OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Warning: Léger spoiler sur Intergrade mais rien d'important.

Ils avaient attendu toute l'après-midi.

Toute l'après-midi, Shiro et Charon jouèrent dans le parc. Comme prévu, après avoir mangé plusieurs gaufres, ils avaient pris d'assaut l'aire de jeux.

Shiro fit en sorte de distraire Charon autant qu'il le pouvait. L'enfant aux cheveux blancs avait payé les gaufres car il avait soupçonné que Charon n'avait pas d'argent. Il poussait Charon sur la balançoire, faisait marcher le tourniquet, et essayait de trouver des scénarios d'aventure quand ils escaladaient ensemble les portiques en bois avant de terminer leur parcours en glissant dans le toboggan.

Pour Shiro, faire toutes ces choses l'amusaient beaucoup.

Pourtant, Charon ne paraissait pas passer un bon moment. Non. Il gardait tout du long le visage fermé. Quand Shiro riait aux éclats, Charon ne l'imitait pas. La seule chose qu'il faisait, quand bien même il imitait Shiro et le suivait dans ses propositions de jeux sans discuter, était de garder son attention focalisée sur le QG de l'ORM.

Il y attendait vraiment quelque chose.

A moins qu'il n'attende quelqu'un ?

En réalité, Shiro ignorait encore ce qui l'avait poussé à faire ça. Ce qui l'avait poussé à passer du temps avec ce petit garçon qu'il venait à peine de rencontrer. Oui, ils s'étaient vus deux fois. Et affronter ensemble des créatures de l'Enfer formaient des liens. Il n'y avait aucun doute par rapport à cela. Mais ils se connaissaient à peine. A part son nom, le fait que Charon n'avait plus ses parents, Shiro ne savait rien de lui.

Shiro savait qu'il ne l'avait pas vraiment fait pour Charon en lui-même. Plus pour lui-même, pour avoir de la compagnie, pour éviter de penser à ses nouveaux pouvoirs... Les raisons étaient diverses et variées. Il ne pouvait pas nier qu'il avait pris un peu pitié pour le jeune enfant.

Cinq ans et perdu seul dans ce monde...

Shiro ne connaissait que trop bien la situation.

Et puis... un garçon aux cheveux noirs, aux yeux rouges...

Il se demandait pourquoi une telle apparence. Il lui faisait penser un peu à son oncle Nero malgré tout. Vincent aussi. Ressemblaient-ils à cet enfant quand ils avaient son âge ? Shiro ne saurait le dire. Il ignorait comment Nero était, quand il était enfant. Agissait-il comme lui ? Se montrait-il aussi timide ? Aussi renfermé que Charon ? Est-ce que Weiss était celui qui essayait de le sortir de sa coquille ? En le poussant à jouer, en lui témoignant de l'attention ?

Shiro secoua la tête. Bien sûr. Mais ce n'était pas la même chose. Shiro et Charon n'étaient pas frères. Ils étaient de parfaits inconnus qui avaient traversé une épreuve ensemble alors que Weiss et Nero se connaissaient depuis leur enfance. Malgré cela, il ne pouvait pas s'empêcher de se poser des questions, d'être curieux vis-à-vis de sa situation.

« Dis-moi, Charon », lui demanda-t-il pour rompre le silence. « Pourquoi errais-tu devant le QG de l'ORM ? Tu y cherches quelque chose ? »

Il essayait de paraître le moins intrusif possible. Il ne voulait pas risquer de braquer Charon. Il avait déjà l'impression de le déranger en lui posant cette question.

Charon se contenta d'hausser les épaules, sans répondre.

- Quelqu'un que tu connais y travaille ? insista Shiro.

- Cela ne te regarde pas, finit-il par rétorquer sans se tourner vers lui.

Shiro ouvrit la bouche, mais au final, il choisit de ne pas insister. Autrement, Charon risquait de se mettre à pleurer. Shiro croisa les bras sur sa poitrine, plongé en pleine réflexion.

Autant changer de sujet.

- Dis... Où est-ce que tu vis, actuellement ?

Charon se figea. Shiro se dépêcha de préciser pour éviter que Charon ne perde patience et ne l'envoie paître.

- Je dis ça car... Tu as l'air d'être seul. N'est-ce pas ? Et si cela t'intéresse, on pourrait jouer ensemble. Comme aujourd'hui.

Peut-être était-ce un enfant des bidonvilles, tels ceux qu'il avait rencontré en participant aux actions humanitaires de l'ORM. A cette pensée, Shiro redoubla de compassion pour cet enfant.

A ce moment-là, Charon se retourna lentement vers Shiro. Pour la première fois, il dévoila autre chose que de l'amertume.

Il le toisa, ahuri.

- ... Jouer ensemble ?

- Oui, sourit Shiro. Tu t'es amusé aujourd'hui ? On pourrait recommencer demain si cela te dit.

Charon était sur le point de répondre quelque chose. Mais à la place, il parut se raviser avant de hocher timidement la tête.

- ... Oui. Je me suis amusé.

- Tant mieux ! s'exclama Shiro, ravi de sa réponse. Tu sais... ça me fait toujours plaisir de rencontrer de nouvelles personnes.

Et il le pensait sincèrement. Lui qui avait toujours vécu seul avec Nero dans leur dimension parallèle, sans jamais croiser d'autres enfants de son âge...

Surtout qu'en plus, les enfants de sa classe le mettaient à l'écart parce qu'ils le jugeaient bizarre, à cause de ses cheveux blancs et de ses yeux si bleus.

Alors, avoir un partenaire de jeu, avoir potentiellement un nouvel ami, c'était une pensée qui lui faisait chaud au cœur. Encore plus depuis qu'ils avaient traversé une épreuve ensemble avec les créatures de l'Enfer. Si Charon était seul aussi, il pouvait essayer d'atténuer ses maux, de lui rendre la vie plus facile en lui accordant quelques heures de jeux, sans penser à rien d'autre.

Charon garda le silence. Il paraissait... réfléchir.

- Si tu veux, demain... On se retrouve au même endroit, offrit Shiro. On continuera de créer de nouveaux scénarios. Avec une amie, c'était ce qu'on faisait. On jouait avec des peluches Moogle et on inventait des aventures dont ils étaient les héros. On pourrait faire cela, demain.

- Je n'ai pas de peluche Moogle, lui répondit sèchement Charon.

Ah.

- Hé bien... On n'a pas besoin de peluche Moogle. On serait nous-mêmes les héros. J'ai pensé que ça, dit-il en désignant les portiques en bois qu'ils avaient escaladé toute l'après-midi, cela pourrait faire un bon navire. On serait sur un bateau, on serait les capitaines... On découvrirait des îles inconnues. Qu'est-ce que tu en penses ?

Le visage de Charon s'éclaira à cette proposition.

Une réaction. L'idée paraissait lui plaire.

- ... J'aime bien les bateaux, répondit Charon, le regard ailleurs.

- Vraiment ?

Tant mieux.

- Je possède une barque, déclara Charon de manière inattendue.

- ... Une barque ?

- J'y vis dedans.

Cela déconcerta l'enfant aux cheveux blancs.

Il habitait dans une barque ? Seul ? Shiro ne put s'empêcher de lever la tête vers le ciel. Que faisait-il quand il pleuvait ? Quand il y avait un orage ?

Il restait dans sa barque ?

- Je passe mon temps à naviguer, avoua Charon, le ton bas.

- Intéressant ! s'écria Shiro, le ton enjoué. Où l'as-tu amarrée ? Tu pourrais me la montrer et on naviguerait ensemble.

Charon parut décontenancé par la proposition de Shiro. Aux vues de son expression, ce n'était pas quelque chose qu'il avait envisagé.

- Enfin, si tu le souhaites, bien sûr, ajouta Shiro.

- Eh bien...

Charon marqua une pause avant de reprendre :

- Je choisis ceux qui peuvent monter dans ma barque. De plus, il faut payer pour monter dedans.

- Payer ?

- Autrement, tu n'as qu'à errer au bord du fleuve.

C'était de cette manière qu'il gagnait sa vie ? Il faisait payer les gens pour qu'ils fassent un tour de barque ?

Shiro fronça les sourcils, perplexe. C'était dangereux. Et si quelqu'un profitait de la naïveté de l'enfant pour la lui voler ?

Surtout qu'au ton qu'il prenait, il paraissait beaucoup tenir à cette barque.

- D'accord. Si tu me choisis, si j'ai les moyens de te payer, on naviguera ensemble ?

- Cela dépend où tu souhaites aller.

Oui, c'était logique.

- Et cette barque, le questionna Shiro, le ton prudent, comment l'as-tu obtenue ?

L'expression de Charon s'assombrit d'un coup.

- C'est mon père qui me l'a donné, répondit l'enfant avant de se recroqueviller sur lui-même, évitant le regard de Shiro. Il me l'a laissé avant de partir. C'est... tout ce qui me reste de lui.

Que répondre face à cela ?

L'air bienveillant, Shiro se rapprocha de Charon.

- Je sais ce que ça fait, finit-il par déclarer tristement.

Charon lui adressa un regard noir, incrédule.

- Non, je ne le crois pas. Je suis sûr que tu ignores ce que cela fait, d'avoir été abandonné par ses deux parents. De ne plus être en mesure de les revoir.

Il paraissait... lui en vouloir.

Lui en voulait-il parce qu'il croyait que Shiro avait un père et une mère qui s'occupaient de lui ?

- Si, je t'assure, insista Shiro. Je sais ce que ça fait. J'ai... je n'ai pas connu mon père. Je ne sais même pas s'il est en vie, à l'heure actuelle. Et ma mère est vivante mais... elle n'avait pas le courage de m'élever. Elle n'a même pas souhaité me rencontrer quand on en avait l'occasion.

En repensant à Ophelia, en repensant au fait qu'il avait désespérément cherché sa mère, sa mère qui n'était jamais venue au rendez-vous, Shiro sentit l'émotion monter en lui.

Je n'ai pas de mère.

Il savait ce que cela faisait... le sentiment d'abandon, de rejet que Charon devait connaître. Shiro l'avait ressenti aussi.

Il inspira, expira, essayant de se contenir et de faire bonne figure. Non. Il n'allait pas se mettre à craquer alors que Charon comptait sur lui. L'enfant aux cheveux noirs le dévisagea. Il put lire une lueur de confusion dans ses yeux.

Et s'il creusait un peu plus, il put y discerner aussi... un certain regret.

- ... Ma mère m'aimait. Mon père aussi, répondit Charon, le ton mélancolique. Ils m'aimaient, je le sais.

Pouvait-on abandonner quelqu'un et dire qu'on les aimait ?

Est-ce qu'Ophelia l'aimait ? Est-ce que Weiss saurait l'aimer aussi ?

Shiro ne saurait le dire. Mais il croyait Charon. Ce n'était pas à lui de juger ses parents, peu importe qui ils étaient.

- ... Je le pense aussi, finit-il par répondre avec moins de conviction qu'il ne l'avait anticipé.

- J'espère juste pouvoir au moins retrouver mon père. Qu'il rentre à la maison, avec moi. Qu'on redevienne une vraie famille. Il me l'avait promis.

Peut-être que le père de Charon avait de gros problèmes et n'avait jamais eu l'intention d'abandonner son fils.

- En tout cas, si tu désires en parler avec quelqu'un qui a connu la même chose que toi, fit Shiro, changeant de sujet, je suis disponible. Je pense que comme on a vécu la même chose tous les deux, on pourrait s'entraider. Ne le penses-tu pas ?

Il l'espérait.

Il n'y avait aucune raison qu'ils ne s'entraident pas. Charon le fixa sans lui rendre son sourire.

- ... J'imagine.

- Cool ! Donc, demain, on se retrouve ici. Et quoi de mieux pour s'entraider que de passer du temps et jouer ensemble, sans se préoccuper du lendemain ? Et... puisque tu as une barque, tu seras le capitaine du navire. Je m'en moque, je peux très bien être un sous-fifre.

Tant qu'il pouvait passer du temps avec un ami qui a connu la même chose que lui...

Shiro sauta de sa balançoire et leva le regard pour surveiller l'heure. Six heures du soir.

S'il était déjà sorti, Nero était certainement en train de le chercher à l'heure actuelle.


Etrangement, cela fut Barret qui vint le chercher. Une fois debout, Nero avait eu l'autorisation de quitter l'aile médicale, à condition qu'on l'escorte jusqu'à son appartement.

Bien sûr. Pourquoi est-ce que cela devait changer ? Nero suivit Barret à travers les couloirs. Alors qu'ils erraient en silence, Nero chercha Shiro du regard.

Ils s'étaient quittés, fâchés.

Où était l'enfant ?

Est-ce qu'il était remonté à l'appartement ?

« Shiro est dans le parc », l'informa Barret de manière inattendue. « Il joue avec l'un de ses amis. On pourra le récupérer en rentrant. »

Nero n'en cacha pas sa surprise. Apparemment, Barret avait dû sentir qu'il était agité, notamment en raison des filets de ténèbres qui se manifestaient autour de lui.

Soulagé, Nero ralentit le pas, avant de froncer les sourcils en repensant à ce que Barret venait de lui dire.

Un ami ? Denzel ? Marlène ?

- Je pense que tu devrais apprendre à lâcher du lest, finit par dire Barret, l'air de rien. Ce n'est pas en t'inquiétant sans arrêt pour lui que tu l'aideras.

Nero releva le regard vers lui, confus.

Pourquoi lui disait-il cela ?

- Je sais ce que ça fait, poursuivit le membre de l'ex-AVALANCHE. Moi aussi, j'aimerais pouvoir garder Marlène auprès de moi. Je pense à elle tous les jours. Mais elle doit grandir aussi. Et ce n'est pas en l'empêchant de quitter le nid, en l'empêchant de prendre ses propres décisions que tu lui rendras service.

Est-ce qu'il parlait de lui et de Shiro ?

Pourquoi ? Parce que Barret était un parent ? Mais Barret n'était pas lui et il n'était pas Barret. Toutefois, Nero se garda de faire le moindre commentaire à ce sujet. Barret lui parlait rarement. Et quand c'était le cas, c'était pour s'envoyer des piques.

Quand ils quittèrent le QG de l'ORM, ils se dirigèrent ensemble vers le parc. En effet, Shiro était bel et bien là, dans l'aire de jeux. Et quand Nero reporta son attention sur celui qui l'accompagnait, ses yeux se plissèrent en remarquant un enfant aux cheveux noirs.

Un enfant aux cheveux noirs et aux yeux rouges...

« Papa ! »

Nero s'immobilisa instantanément à la vue de l'enfant. Remarquant sa réaction, Barret se retourna vers lui, perplexe.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

L'ancien Tsviet ne répondit pas. Il demeura raide, sans répondre. Son regard ne se détacha pas de l'enfant, les pensées fusant dans son esprit.

Il... il y ressemblait. Il ressemblait à l'enfant de son rêve.

Mais... non. Ce n'était qu'une coïncidence. Il y avait des enfants aux cheveux noirs partout. Et les yeux rouges... Il en avait. Vincent en avait aussi.

Impossible.

- Papa Nero ?

L'appel de son nom le sortit de sa torpeur. Il ne se rendit pas compte que Shiro l'avait déjà rejoint. Il abaissa le regard vers lui.

Shiro toisa son oncle, l'expression suspicieuse.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Au ton employé, il n'avait pas oublié leur dispute. Nero non plus. Alors qu'il reportait son attention sur l'enfant aux cheveux noirs, il remarqua que ce dernier ne les avait pas rejoints. Il demeurait assis sur la balançoire, les observant de loin.

- C'est ton ami ? l'interrogea Nero d'une voix sèche.

- Oui, soupira Shiro. Il s'appelle Charon. Pourquoi ? Tu vas m'empêcher d'avoir des amis aussi ?

Nero ignora la remarque acide de son enfant, quand bien même Barret lui fit les gros yeux.

Timidement, précautionneusement, le dénommé Charon leva doucement le bras pour lui faire un signe de la main.

Comme pour lui dire bonjour.

Nero ne réagit pas face à cela. Il continuait de le dévisager.

« Papa » ...

Ridicule.

Le nom de cet enfant ne lui disait absolument rien. Que croyait-il ? Ils avaient les cheveux noirs et les yeux rouges. Et alors ? Est-ce que cela créait un lien entre eux ?

« Papa »... Pff. Nero devenait fou, s'il ne l'était pas déjà auparavant. Il était stérile. Il n'avait participé au programme d'imprégnation qu'une seule et unique fois dans sa vie.

Comment pouvait-il rêver d'un enfant l'appelant « papa » ?

Une femme et un enfant... Mais qu'est-ce qui lui était arrivé pour qu'il rêve de pareilles absurdités ? Oui, il avait retrouvé sa mère. Mais pour le reste...

- Dis au revoir à ton ami, Shiro. On rentre.

Nero tourna les talons alors que Shiro appelait l'enfant, criant suffisamment fort pour qu'il l'entende :

- On se retrouve demain ! Ok ? Au même endroit !

Le petit garda le silence. Nero ne l'entendit pas répondre.

Shiro se dépêcha de rejoindre Barret et Nero tandis qu'ils se dirigeaient vers leur propre appartement.

« Papa »

Nero se retourna abruptement.

- Quoi ? s'exclama Shiro quand Nero reporta son attention sur lui, agacé. Je n'ai rien dit !

- Tu ne viens pas de m'appeler Papa ?

- Mais non ! Je n'ai rien dit !

Il en avait assez.

Nero réprima un sifflement de frustration, se couvrant le visage comme pour ne plus voir ni entendre qui que ce soit ou quoi que ce soit.

Il sentit une violente migraine poindre.

Il avait besoin de repos.


« Peut-être qu'en étudiant la faux qu'utilisaient ces spectres, on réussirait à la dupliquer », proposa Reeve Tuesti. « Cela pourrait nous servir, si elle est efficace contre eux. »

Dans les laboratoires de l'ORM, Shelke, Yuffie et Reeve Tuesti étaient tous debout en cercle devant l'arme des ténèbres, emprisonnée à l'intérieur d'un compartiment transparent. Elle ne s'était pas dissoute comme ils l'avaient craint. Non.

Et Reeve Tuesti ne pouvait nier que le fait qu'elle soit encore là lui redonnait un peu d'espoir.

Ils avaient peut-être le début d'une piste. Ils allaient peut-être bientôt voir le bout de cette crise.

- On n'aurait plus besoin de Nero, alors, déclara Shelke, les bras croisés sur sa poitrine. On n'aurait plus besoin de ses ténèbres pour lutter contre ces créatures.

- On a encore besoin de lui, répliqua Reeve Tuesti. Après tout, c'est son domaine. C'est lui qui a pu voir que ces armes fonctionnaient contre leur propriétaire.

Il se détourna de l'objet. Yuffie le suivit tandis que Shelke demeurait à son emplacement, prenant quelques notes. Elle notait certainement des pistes afin d'orienter ses recherches.

- Il va falloir que je m'oriente vers les légendes de Gaïa, décréta-t-elle.

- C'est peut-être encore une expérience de la Shinra, soupira Yuffie.

- Possible. Mais pour moi, des spectres de ténèbres... l'usage d'une faux... Ils ont certainement puisé leurs recherches dans quelque chose.

- Comme les Anciens et la Terre Promise, renchérit Reeve Tuesti, amer.

- Malheureusement, cela va prendre du temps.

- J'imagine bien.

Reeve Tuesti rangea ses affaires. Il s'apprêtait à rentrer.

- Au fait, les interpella Yuffie. Qu'en est-il de Shiro ?

Reeve et Shelke se retournèrent vers elle, l'incitant à continuer.

- Je veux dire. Marlène et Denzel ont dit qu'il avait réussi à détruire les Chiens de l'enfer à lui tout seul. De manière totalement par hasard.

- On lui a fait des examens, approuva Reeve Tuesti.

Shelke prit la parole.

- On pense que c'est lié aux pouvoirs que Weiss lui aurait transmis.

- Il avait le pouvoir de purifier les ténèbres ? l'interrogea Yuffie, perplexe. Comme ça ?

- Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelait l'Immaculé, lui répondit Shelke.

- Il avait un pouvoir appelé « La lame immaculée ». Cela ne m'étonnerait pas que la démonstration que nous a fait Shiro en soit une extension, déclara Reeve Tuesti. Il a déjà hérité de sa force. Et ses pouvoirs vont continuer à se développer.

Yuffie garda la mâchoire serrée. Elle était soucieuse et elle ne chercha même pas à le cacher.

- C'est terrifiant, non ? De savoir que Shiro a hérité de ses pouvoirs... Sachant que Weiss était le plus fort de Deepground. Qui sait quelle autre capacité il a encore en réserve ?

- J'en suis conscient, l'affirma Reeve. Mais ce n'est pas parce qu'on a des pouvoirs qui sont potentiellement très dangereux qu'on est une mauvaise personne. Ce sont nos choix qui nous guident et ce qui nous détermine est ce qu'on décide d'en faire.

Shelke baissa la tête. Cette phrase lui était apparemment destinée, quand bien même elle ne démontra rien.

- Je le sais. Mais... juste une question : est-ce que cela ne pourrait pas nous aider ? Ses pouvoirs de purification ? suggéra Yuffie, hésitante.

Reeve Tuesti ferma les yeux.

Il ne pouvait pas nier que l'idée ne lui avait pas effleuré l'esprit.

- C'est un enfant. Je ne vais pas envoyer un enfant au combat.

- Nous, à Wutaï, on combattait dès nos dix ans, commenta Yuffie, haussant les épaules. Si on entraîne Shiro, ses pouvoirs peuvent bien régler le problème, non ?

- Et je ne parle pas de Deepground, renchérit Shelke à son tour.

Reeve Tuesti coupa net à la discussion.

- Ecoutez. L'objectif est de ne pas reproduire ce qui s'est passé durant la guerre. Il n'y aura plus d'enfant soldat. De toute manière, Nero ne l'acceptera pas. Il n'acceptera pas qu'on envoie Shiro au front ou qu'on fasse des expériences sur lui. Il le prendra très mal et ce sera compréhensible.

- C'était une suggestion. Il pourrait devenir un ninja du Wutaï. Le plus fort après moi, bien sûr !

Le président de l'ORM secoua la tête, désemparé.

- De toute manière, la crise sera peut-être terminée avant que Shiro ne grandisse. Pour l'heure, nous avons les armes des ténèbres. Et si on apprend à les manier, on pourra se passer des pouvoirs de Shiro. Même si je suis d'accord. Shiro doit apprendre à les maîtriser.

- Qu'il ne devienne pas comme Weiss et qu'il s'en serve pour semer la destruction, approuva Shelke.

- On fait les choses bien pour une fois.

Il n'y aurait plus d'enfant soldat. Il n'y aurait plus d'expérience. Reeve allait se tenir à ce qu'il disait. Ils avaient une arme potentielle qui servirait à pourfendre les créatures qui menaçaient la Planète. Une arme sous la forme d'une faux.

Ils n'allaient pas faire appel aux pouvoirs d'un enfant qui ne l'avait même pas demandé. Alors que Reeve Tuesti quittait la pièce, Yuffie l'interrompit.

Elle semblait embêtée.

- Je me disais... Par rapport à Lorraine ?

- Il y a un problème ?

Cela attira également l'attention de Shelke qui la dévisagea, surprise.

- Bah... C'est juste que Shiro lui manque et... même si elle ne le montre pas souvent, cela la rend triste, expliqua Yuffie. Et Denzel et Marlène sont obligés de cacher à l'un qu'ils connaissent l'autre.

- Tu sais très bien pourquoi, répliqua Shelke.

- Je dis juste que ça m'embête de lui mentir.

- Tu préfères qu'elle sache que Shiro est le neveu de celui qui a tué ses parents ? Ou que Shiro apprenne que son nom complet, c'est Lorraine Satsu ?

Yuffie se raidit à cette remarque. Elle baissa la tête, quand bien même elle ne changea pas d'expression.

- Désolée.

- Ne le sois pas, la rassura Reeve. Cela ne me plait pas non plus de leur mentir, mais c'est mieux comme ça. Quand elle déménagera, elle aura d'autres amis. Elle ne sera plus triste par la suite.

- Hm.

La Ninja de Wutaï ne parut pas convaincue. Avant de partir, Reeve demanda à Yuffie d'aller chercher quelque chose dans son bureau. Une mallette avec de l'argent qu'il utiliserait pour financer les scientifiques qui analyseraient l'arme des ténèbres. Yuffie ne se le fit pas dire deux fois et se hâta de se rendre au bureau du Président de l'ORM.

Lorsqu'elle ramassa la mallette, située dans un coin de la pièce, elle releva le regard et remarqua un curieux objet posé sur le bureau de Reeve Tuesti.

La photographie d'une personne familière.

Shalua Rui souriait à l'objectif. Cela déconcerta la Ninja. Pourquoi est-ce que Reeve possédait une telle photographie ? Yuffie s'approcha pour mieux l'inspecter.

Il y avait quelques mots écrits dans un coin de la photo.

« A ma bien-aimée Shalua »


« Tu m'entends quand je te parle ? »

Yuffie poursuivait Shelke à travers l'appartement. Lorraine, qui écoutait de la musique pour se distraire, retira un de ses écouteurs pour savoir ce qui se passait. Shelke demeura de marbre face à l'insistance de la Ninja de Wutaï.

- Je te dis que Reeve Tuesti aimait Shalua ! Il aimait ta sœur ! Ils étaient ensemble et cela ne te fait rien ?

Shelke s'arrêta. Elle finit par faire face à Yuffie, blasée.

- Ils se respectaient.

- Il y avait plus que du respect.

- Et même si c'était le cas, qu'est-ce que tu veux que j'en fasse ?

Elle marqua une pause, coupant court à l'enthousiasme de la Wutaïenne. Elle finit par soupirer.

- Cela expliquerait certaines choses. Pourquoi Reeve a été si prompt à me prendre sous son aile. Pourquoi il m'a donnée ce travail, cet appartement. Il souhaitait certainement s'occuper de moi pour honorer Shalua.

La Ninja laissa les bras retomber le long de son corps.

- Et... cela ne te fait pas plaisir ? lui demanda Yuffie d'une petite voix. De savoir que ta sœur avait quelqu'un qui prenait soin d'elle ? Qui l'aimait et qu'elle aimait potentiellement ? Tu ne savais pas grand-chose d'elle durant ces dix ans de séparation.

Shelke ne démontra rien.

Mais elle devait avouer que Yuffie avait raison. Elle avait appris des choses sur sa sœur dans un contexte professionnel.

Néanmoins, elle ignorait beaucoup sur la vie personnelle de sa sœur. Elle ne savait même pas si elle en avait eu une. Elle avait passé sa vie à la chercher. Cela avait été ses mots.

La photographie semblait confirmer que c'était le cas. Et quelque part, cela rassurait un peu Shelke de savoir que Shalua avait pensé à elle-même au lieu de se morfondre durant toutes ces années.

- Je suis contente de t'avoir appris ces choses sur ta sœur, sourit Yuffie, enthousiaste. On aura des questions à poser à Reeve, demain !

- Hm.

- Je suis sûre que... si ta sœur était encore là, tu la cuisinerais pour en savoir davantage, non ? Elle ferait semblant de ne pas savoir de quoi tu parles. Cela aurait été tout Shalua, ça.

Shelke haussa les sourcils, confuse.

- ... Pourquoi dis-tu ça, Yuffie ?

- Bah. Tu lui aurais posé des questions, non ? C'est ce que les sœurs font. Elles échangent les ragots et elles parlent des garçons.

Yuffie s'assit sur le canapé, adressant à Lorraine un sourire tendre.

- Ce n'est pas ça, précisa Shelke. Mais... tu parles comme si tu avais une sœur. Ou un frère. Alors que tu n'en as pas.

- ... Je n'en ai pas.

Yuffie croisa les bras, fixant le plafond d'un air pensif.

- Mais j'ai eu un assistant.

- Un assistant ? répéta Shelke, incrédule.

- Ouais. Il était un élève de mon daron. Godot l'a entraîné et lui enseigné les arts des Ninjas. Il était beaucoup plus âgé que moi mais il me considérait comme son « Senpaï » car j'avais plus d'expérience que lui.

Etrange. Yuffie n'avait jamais mentionné un quelconque assistant. Elle avait toujours cru qu'elle s'était débrouillée seule avant de rencontrer l'ex-AVALANCHE. Shelke s'assit à son tour, l'écoutant avec attention.

- On a été envoyés en mission une fois. Pour voler une Ultime Matéria que la Shinra possédait. La seule fois où on a été en équipe. C'était... l'une des meilleures missions que je n'ai jamais pu faire.

Elle se mit à rire, comme si elle se rappelait de bons souvenirs.

- Il connaissait les fèves dures du Wutaï et les mâchoires d'acier. Il adorait boire et prendre du bon temps aussi, notamment à cet endroit sordide du Wall Market. Il connaissait la Tortue Joyeuse et surtout... Il me traitait comme si j'étais sa sœur.

- Je vois.

- Parce que je lui rappelais la sienne. Il ne pouvait pas s'empêcher de me surprotéger.

Hm.

Donc, elle connaissait le sentiment d'avoir un frère ou une sœur. Oui, ce n'était pas son frère de sang. C'était différent, mais elle comprenait ce que cela faisait.

- Que lui est-il arrivé ?

Yuffie cessa de rire.

Elle inhala, exhala, comme si elle essayait de cacher sa détresse derrière son sourire. Elle haussa simplement les épaules.

- Il est mort à Wutaï, tué par la Shinra.

Oh.

Shelke voulut répondre quelque chose. Quelque chose d'approprié à ce qu'elle venait d'apprendre.

Mais à la place, elle ne put que prononcer ce simple mot :

- Désolée.

- Ce n'est rien ! Mais enfin, voilà. Yuffie ici présente avait un frère. Même si je lui répétais que je n'étais pas sa sœur.

Elle se releva pour se diriger vers Lorraine. La petite fille sortit quelque chose de sa poche, qu'elle offrit à la Ninja.

- Pour te consoler, fit Lorraine.

Les yeux de Yuffie s'écarquillèrent, avant de se mettre à briller.

- Ouah ! Une Matéria Brasier ! Héhé, merci Lorraine !

- Où est-ce que tu l'as trouvée ? lui demanda Shelke, suspicieuse.

- Je l'ai trouvé dans la rue, répondit Lorraine.

- Tu mens.

- On me l'a donnée. C'est un gentil monsieur qui—

- Lorraine, arrête ces histoires.

Yuffie ricana, tenant la Matéria dans ses mains comme s'il s'agissait d'un trésor. C'était sûrement le cas pour elle. Un trésor.

- Peu importe ! Elle en a trouvé une ! Bravo, Lorraine. Pour les prochaines vacances scolaires, je t'invite au Wutaï !

Elle ajouta, avant de s'adresser à Shelke :

- Et toi aussi, tu viendras.

Cela prit Shelke au dépourvu. Elle ne s'y attendait pas.

- Moi ?

- Bah oui ! On accompagne notre fille, héhé.

« Leur » fille ?

Ils n'étaient pas un couple.

- Et puis, tu as besoin de vacances pour te remettre de ce que cet imbécile de Christophe ou je ne sais pas quoi t'a fait !

- On a seulement arrêté notre relation, Yuffie.

- Même ! C'est un mufle !

Shelke soupira.

Elle avait cessé d'y penser jusqu'à présent. Elle s'en était remise. Elle avait voulu se lancer dans une relation avec un garçon. Elle avait cru être prête.

Cela n'avait pas été le cas. Il était gentil au début. Ils se parlaient en ligne, sur Internet. Puis... quand il avait vu sa véritable apparence, son apparence de petite fille, il avait déchanté. Il avait tout de suite rompu en prétextant que Shelke ne « savait pas s'amuser ».

Et c'était pourquoi elle avait voulu se prouver le contraire, en allant danser la dernière fois... Dire que c'était Nero lui-même qui l'avait extrait de là.

Quelle honte.

- Je devais m'y attendre avec ce corps. Je serais toujours considérée comme une petite fille de neuf ans, même si j'ai vingt-deux ans maintenant.

- Arrête ! tu es très bien ! Il suffit juste de te trouver le garçon qui t'acceptera comme tu es. Moi-même, mon assistant m'a acceptée comme j'étais alors que je n'étais pas un cadeau avec lui.

Yuffie avait eu l'air de beaucoup l'aimer...

Shelke garda le silence. Lorraine se pencha vers elle, un sourire intéressé sur ses lèvres.

- Moi ça me plairait d'aller à Wutaï avec Tata Shelke et Tata Yuffie.

- La vérité sort de la bouche des enfants !

Shelke détourna le regard, un peu gênée par la manière dont Lorraine l'appelait, même si elle était habituée par ce surnom, maintenant.

- Alors ? insista Yuffie. Qu'en dis-tu, Shelke ?

Shelke ouvrit la bouche, prête à refuser.

- ... J'y réfléchirais.


Ce n'est pas en t'inquiétant sans arrêt pour lui que tu l'aideras.

Tu devrais apprendre à lâcher du lest.

Malgré lui, les mots de Barret résonnèrent dans la tête de l'ancien Tsviet.

Il essaya de se concentrer sur le livre offert par Tifa. Mais malheureusement, il fut incapable de penser à autre chose qu'à Shiro, qu'à ses nouveaux pouvoirs et au fait qu'il voulait tant les utiliser pour protéger les humains.

Il n'arrêtait pas de penser à leur dispute.

Quel genre de parent serait-il s'il acceptait de laisser Shiro affronter ces créatures tout seul ? A sa place ? Alors que ce n'était pas son combat ?

Nero finit par poser son livre sur la table basse avant de se lever machinalement pour se diriger vers l'interphone.

Une fois devant, il appela le gardien.

Quelques minutes plus tard, ce dernier l'escortait jusqu'à la salle d'entraînement.

Discrètement, Nero entra dans la simulation pour apercevoir Shiro combattre des robots de niveau 10.

Par réflexe et par crainte du niveau trop élevé, Nero faillit intervenir pour abaisser le niveau de difficulté, mais il s'arrêta net de justesse.

L'un après l'autre, les trois robots volèrent à travers la salle. Shiro s'élança sur eux, l'arme à la main, avant de leur bondir dessus pour les échapper.

Quand le combat cessa, les robots disparurent dans un flot de données. Shiro se laissa tomber par terre, reprenant progressivement son souffle.

Lentement, Nero s'avança vers lui, se positionnant dans son dos pour l'examiner sous toutes les coutures.

Niveau 10...

C'était impressionnant. Nero était forcé de l'admettre.

« ... Je ne veux pas te perdre », finit-il par déclarer à voix basse.

Shiro se retourna pour lui faire face.

Même s'il savait qu'il lui en voulait encore, il parut s'adoucir face aux propos de son oncle. Shiro se redressa avec difficulté et Nero lui tendit une main pour l'aider à se relever.

- Je sais que tu ne le veux pas, Papa Nero. Tu as toujours fait ces choses pour ne pas me perdre. M'enfermer dans une dimension, m'empêcher d'utiliser mon pouvoir...

Shiro se rapprocha de lui, l'arme abaissée.

Il finit par soupirer.

- J'aimerais que tu me fasses confiance de temps en temps.

- Shiro, je te fais confiance.

- Pas vraiment. Autrement, tu me ferais confiance pour participer à la traque des Chiens de l'enfer.

Nero ferma les yeux, endurant les mots de son enfant.

Oui. Il avait raison. Il ne lui faisait pas confiance.

- Tu es encore si jeune.

- Il faudra que tu me laisses grandir, un jour. Et... si je peux t'aider à nous débarrasser de ces créatures... à éviter que tu tombes malade... Laisse-moi essayer.

Nero le fixa intensément.

Il finit par s'agenouiller près de lui, posant une main sur l'arrière du crâne de Shiro pour l'attirer vers lui.

Shiro lâcha son arme et étreignit Nero en retour.

Cela symbolisait leur réconciliation.

- D'abord, tu apprendras à les maîtriser. Tu n'iras pas sur le champ de bataille tant que tu n'auras pas appris à contrôler tous tes pouvoirs, décida-t-il. Et tu n'iras pas sur le champ de bataille sans moi.

- Vraiment ? s'écria Shiro, le ton plein d'espoir.

Nero hocha la tête.

- Vraiment, Shiro. C'est non négociable.

- Donc, on fera équipe pour combattre les Chiens de l'enfer ?

Il sentit l'enfant sourire contre son épaule.

- Ils n'auront aucune chance contre nous, alors.

- Aucune, Shiro. Ils n'auraient aucune chance contre ton père. Alors, ils n'auront aucune chance contre toi.

- Et ce sera toi qui m'entraineras ?

Ce fut au tour de Nero de sourire.

- Qui d'autre, Shiro ? Comme tu l'as dit... on formera une équipe. Notre propre équipe.

Et il était sincère.

- J'ai hâte, alors.

- On peut commencer, maintenant.

Nero se détacha de Shiro, tendant les bras vers l'enfant, un air joueur sur son visage.

- Et comme première consigne... essaie de me toucher.

Le sourire de l'enfant disparut.

Eh oui.

Malheureusement pour Shiro, l'entraînement ne sera pas une partie de plaisir.


Lorsque Weiss se réveilla, il sentit un regard posé sur lui.

Pendant un instant, il crut qu'il s'agissait du vieil homme. Que le troisième jour se fût écoulé et qu'il était venu lui demander son nom pour la dernière fois.

C'était tellement injuste...

Injuste car... Il venait tout juste de trouver une solution à son problème.

Il venait d'en obtenir la clef.

Ouvrant les yeux, il se retourna lentement vers la personne qui l'avait rejoint dans le néant.

Mais à son plus grand soulagement, il ne s'agissait pas du vieil homme. A la place, G se tenait devant lui, armé de son épée rouge comme d'habitude.

D'habitude, Weiss ne se sentait pas heureux de le voir. Pas du tout. Mais actuellement, il préférait le voir lui plutôt que le vieil homme.

« Puis-je m'asseoir ? »

Les yeux de Weiss se plissèrent. D'habitude, il ne lui demandait pas l'autorisation.

L'attitude de G avait changé. D'habitude, il se comportait de manière froide et sévère, comme face à un gamin désobéissant. Tel avait été ses mots.

Ici, il paraissait... amer. Triste. Quand Weiss croisa son regard, il devina une lueur de regret, de culpabilité dans ses yeux.

Etait-ce à cause de ce qu'il lui avait dit ?

Que parce qu'il n'avait pas sauvé Sephiroth et Angeal, il ne réussirait pas à le sauver, lui ?

Weiss garda la mâchoire serrée, se rappelant de leur dernière conversation. Il se contenta de faire le geste de s'asseoir. G s'exécuta et s'assit en tailleur face à lui.

Il semblait... concentré. Weiss sentait qu'il cherchait ses mots.

- Qu'est-ce que tu veux ? l'interrogea-t-il d'un ton hostile.

Le silence tomba.

G ne répondit pas instantanément. Il se contenta de prendre une longue, profonde inspiration. Comme si son corps ne supportait plus le poids de la fatigue ou du devoir, comme il semblait tant vouloir le proclamer.

Cela dissuada Weiss d'ajouter autre chose.

- ... J'ai tué mes parents adoptifs.

A ce constat, Weiss sentit un frisson le parcourir. Il fusilla G du regard, sans comprendre.

- Et c'est moi le destructeur, grinça-t-il avec mépris. Quoiqu'il ne s'agissait pas de tes véritables parents même si j'imagine qu'ils t'ont élevé. Ils t'ont nourri, ils t'ont habillé et ils t'ont aimé. Et tu les as tués quand même.

Il lui annonçait cela comme ça alors que la propre mère de Weiss était morte quand il était enfant.

- Et c'est moi, le pire de nous deux.

- Je n'ai jamais dit que tu étais le pire de nous deux.

G baissa la tête.

Il semblait tellement abattu.

- C'est moi qui suis le pire de nous deux. Je le sais très bien. J'ai toujours traité les autres comme si je leur étais supérieur. Je voulais la gloire. Je voulais devenir un héros.

- Sans rire, cracha Weiss.

- J'ai traité Angeal non pas comme un égal, mais comme un faire-valoir. J'ai traité Sephiroth comme un monstre, comme un ennemi. Je vous ai traités vous... Toi, Nero, le reste des Tsviets, comme des animaux de cirque qui avaient reçu mes cellules alors que je n'avais jamais consenti à votre création.

Weiss ne réagit pas, quand bien même la colère montait en lui à cette remarque.

- ... Pendant des années, tout ce temps, je croyais que j'étais quelqu'un d'incompris. Je croyais qu'on me devait quelque chose. Je croyais que le monde entier était contre moi. Je croyais qu'il désirait ma perte. C'est... bien plus tard que j'ai compris que le souci ne venait pas des autres. Le véritable problème venait de moi. Il est toujours venu de moi.

G releva le regard vers lui.

Weiss garda le silence. Plus par curiosité qu'autre chose, il laissa G poursuivre.

- Sephiroth et Angeal ont agi parce que je leur ai dit la vérité... mais en tapissant cette vérité de mensonges. En les traitant de monstres. Je reportais tout mon malheur sur eux alors qu'il ne le méritait pas. J'aurais pu les sauver mais je ne l'ai pas fait. J'étais trop focalisé sur moi-même... j'étais trop focalisé sur ma maladie à tel point que j'avais peur de mourir. Peur de mourir sans avoir vécu la gloire que je ne méritais pas.

- ... Toi, tu as eu du temps pour trouver un remède. J'avais trois jours devant moi pour éradiquer le virus de Restrictor.

Le ton de Weiss était venimeux.

- Je le sais. J'ai cru que vous étiez des monstres, la première fois que je vous ai rencontrés. Et quand tu as dit que vous aviez besoin de moi pour faire tomber Restrictor... j'avais peur de devenir comme vous.

- Je le sais très bien, rétorqua Weiss. Tu as été très clair.

- Mais au final... je me dis que le seul monstre qu'il y a dans ce néant, c'est moi-même. Ce qui nous différencie... c'est que toi, tu as toujours gardé la personne que tu aimais auprès de toi. Tu ne l'as jamais déçu, tu ne l'as jamais trahi. Tu lui as donné de l'amour quand le monde entier lui tournait le dos. Alors que moi... moi, j'ai perdu toutes les personnes que j'aimais par ma faute.

Weiss écarquilla les yeux. Décontenancé, il plongea ses yeux dans ceux de G.

C'était... un retournement inattendu.

Que cherchait-il à lui dire ?

- Je me dis que... si j'avais eu quelqu'un comme toi dans ma vie, qui m'aurait traité comme tu as traité la personne que tu aimes, poursuivit G, le ton vide, je n'aurais peut-être pas aussi mal tourné. J'aurais eu beaucoup de chance. J'ai rencontré Minerva bien plus tard mais... le mal était déjà fait.

- Je t'aurais traité pareil si tu m'avais rejoint, répliqua Weiss, sans aucune once de sarcasme.

G secoua la tête.

- Non. C'est faux.

- Tu n'en sais rien.

Weiss croisa les bras, le visage fermé.

- Mais cela ne t'empêche pas de vouloir que je lâche prise pour fusionner avec Omega. Tu veux que je disparaisse, que Weiss disparaisse, pour laisser place à un autre. Un autre qui n'est pas moi. Alors, j'ai un peu de mal à croire que tu sois sincère quand tu dis que je n'étais pas un monstre.

- La Déesse avait pensé effacer tes souvenirs. Pour qu'Omega t'accepte plus facilement. Mais... cela ne serait pas toi.

Effacer ses souvenirs ?

Combien de pouvoirs la Déesse possédait-elle encore ?

Beaucoup trop.

- Et tu crois que j'aurais laissé la Déesse effacer mes souvenirs ? Vous tenez vraiment à celui que j'étais disparaisse. Que je ne sois plus même. En quoi c'est honorable ?

G lui indiqua d'un signe de tête qu'il avait tort.

- Tu redeviendras toi-même quand ton rôle sera terminé.

- Quand je rejoindrais la Planète.

- Tu seras avec Nero.

Les yeux de Weiss étaient clos.

Oui... Être avec Nero. Il ne vivait que pour cela, maintenant. Que pour avoir une chance de rejoindre la Planète.

- Pourquoi crois-tu que je fasse tout cela ?

- C'est quelque chose pour laquelle j'avoue t'admirer, confessa tristement G. Et je comprends totalement ta rancœur envers moi, envers Minerva, envers la Planète. Cela ne signifie pas que tu as raison. Cela ne signifie pas que tes crimes sont pardonnés. Mais je peux comprendre. Et je ne peux que t'admirer pour ta détermination, pour ne pas avoir laissé tomber même dans les heures les plus sombres.

C'était... la première fois que G lui disait qu'il l'admirait.

G... Le Grand Soldat. Celui grâce à qui Weiss et les Tsviets avaient été créés. Celui qui avait été si moralisateur, si arrogant dans sa vie précédente...

Maintenant, il disait l'admirer. Il l'avouait lui-même, sans aucune honte, sans aucune crainte. Il admettait être un plus grand boucher que l'Empereur de tout Deepground.

Weiss ne sut pas comment réagir face à cela.

Que devait-il en penser ?

- Mais même si je ne vous ai pas désirés, vous tous... Même si je t'ai déçu, même si je vous ai déçus toi et les Tsviets... je te considère comme la seule famille que j'ai à présent. Sincèrement. Même si tu me détestes.

Weiss rouvrit les yeux.

Il fixa G, une expression indéchiffrable dans ses yeux.

Il lisait son esprit. Tout ce qu'il disait était la vérité. Il pensait chaque mot.

Le considérer comme sa seule famille même si Weiss le détestait ?

Weiss en serait incapable. Il serait incapable de considérer quelqu'un qui le détestait comme sa seule famille.

Qu'il ait le courage de l'admettre aussi librement... Weiss ne pouvait pas le traiter de lâche.

G était beaucoup de choses.

Un moralisateur qui les avait abandonnés, au mieux une drama-queen...

Mais peut-être avait-il eu tort sur son compte.

- ... Je ne te déteste pas vraiment.

Cela fit réagir G. Weiss put lire la stupeur dans ses yeux.

Il avait presqu'envie de sourire face à son attitude. C'était ce qu'il désirait entendre, non ?

- Mais cela ne signifie pas que je t'aime. Ni que je considère que tu es membre de ma famille. Encore moins mon frère. Et je n'adhère toujours pas à ton idée de rédemption. Mais tu as choisi ta voie. Et ça me plait de savoir quelqu'un m'admire encore aujourd'hui. Quelqu'un de vivant, je veux dire.

Tous ses soldats étaient morts.

Il n'y avait plus de « Avé, Weiss ». Il n'y avait plus d'Empire de Deepground.

Alors, il prenait tout ce qu'il pouvait obtenir.

Le silence retomba. Weiss se recroquevilla. Cela devenait trop sentimental. C'en était presque gênant.

- On ne se connaît pas vraiment, en fait. Toi et moi, déclara G. On n'a jamais eu le temps de faire connaissance. Je ne sais pas ce que tu aimes, quels ont été tes rêves, tes hobbies... Je ne connais pas le véritable Weiss.

- Ce que j'aime... Tuer en poussant un rire machiavélique, ça compte ? Se faire posséder par un scientifique fou, ça compte ? Et toi donc ? Lire des poèmes sans queue ni tête en donnant des leçons à tout le monde, ça compte ?

G haussa simplement les épaules.

Weiss soupira. Tant qu'à faire...

- ... Parle-moi de Banora. Parle-moi de Sephiroth et Angeal. Parle-moi de votre parcours au sein du Soldat. Je sais que tu en meurs d'envie. Et en retour... je te parlerais de Deepground. Je te parlerais de ta « famille ».

Il ajouta, le ton plus bas :

- Et je te parlerais de Nero.