OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
« C'était Angeal qui faisait office de médiateur entre Sephiroth et moi. Il se plaçait entre nous pour éviter qu'on ne s'entretue. »
Assis ensemble, Weiss appuyait son menton sur ses jointures, esquissant un sourire amusé tandis que G paraissait revivre ses souvenirs en même temps qu'il les lui relatait.
- Ou plutôt pour éviter que Sephiroth ne te démembre. Le Général Légendaire contre le simple Commandant Genesis Rhapsodos, renchérit Weiss, un sourire en coin.
G ne prit aucunement mal sa pique bien placée. Il se contentait simplement de fermer les yeux en baissant la tête.
Auparavant, nul doute que G aurait mal pris le fait d'être considéré comme inférieur à son rival.
Peu importe, il aurait essayé.
- Il était comme ça, avoua simplement G. Angeal. Il agissait comme un pacifiste. Il aimait vraiment les choses simples. Ce qu'il appréciait faire, durant son temps libre, c'était particulièrement de filmer la nature avec une caméra qu'il apportait systématiquement avec lui, même en mission.
- Hm.
- Ce qui l'énervait le plus, c'était quand Sephiroth et moi, on faisait une trêve et qu'on se mettait à deux contre lui. Les rares fois où on était d'accord, c'était généralement au détriment d'Angeal. C'était un peu comme un grand frère, notamment envers ses élèves. L'un est devenu le plus Grand Héros que je n'ai jamais connu.
Un grand frère...
Le plus grand héros que G n'avait jamais connu... alors qu'il souhaitait auparavant devenir le héros ? A la place de Sephiroth ?
Weiss admettait que G avait eu un parcours « intéressant ».
- J'aurais bien apprécié un combat contre l'un de vous trois, soupira Weiss alors qu'il s'étirait. Je pense que vous auriez eu plus que votre place à Deepground.
- Je le sais. C'est pour que ça que tu voulais me recruter, grinça G sans le regarder.
- Un combat contre Sephiroth... hm, je crois que je me serais bien entendu avec lui si je l'avais connu.
- Je crois que tu aurais perdu patience avec ton arrogance. Tu n'aurais pas apprécié ne pas être le plus fort de Deepground.
L'Empereur se contenta de lever les yeux au ciel. Oui, il marquait un point. Il pouvait toujours rêver. Mais dans la vie, on n'avait pas toujours ce qu'on voulait.
- Et Angeal est mort, déplora G, le ton triste.
- Il ne reste que toi. Cela serait intéressant d'essayer.
- Nous sommes le Début et la Fin. On ne peut pas réellement se combattre. On est supposés veiller à l'équilibre de la Planète.
- Si Omega m'accepte.
Weiss s'allongea. Le regard ailleurs, il tourna le dos à G.
- Même si je rejoins un jour la Rivière de la Vie, déclara G, et je ne doute pas que cela arrivera lorsque mon rôle sera terminé... Même si je rejoins la Rivière de la Vie, je doute qu'Angeal m'accueille à bras ouverts. Ni même Sephiroth, en espérant que la Planète ait pitié de lui pour qu'il la retourne à son tour à la Planète, ce dont je doute.
- C'est clair que les actions ne jouent pas vraiment en ta faveur. Tu devras œuvrer pour regagner leur amitié. Même si tu sauvais la Planète d'un redoutable fléau, cela ne change pas que tu les as détruits.
Il entendit le soupir dépité de G.
Pff. Il s'attendait à quoi ? A ce qu'il le console ? Qu'il lui dise que tout va bien ?
- Après, si Angeal était réellement un pacifiste, peut-être qu'il sera plus prône à te pardonner, finit par ajouter Weiss, le ton sombre. Même si je ne peux pas te promettre que vous redeviendrez amis, même dans la mort.
- C'est très pessimiste de ta part, remarqua G.
- Je l'ai toujours été. A quoi t'attendais-tu ?
Il devina que G croisa les bras sur sa poitrine, pensif.
- ... Tu es pessimiste à l'idée de revoir Nero dans la Rivière de la Vie.
- Je ne parle pas de cela, gronda Weiss tandis que ses épaules se tendirent.
- Tu as peur que Nero t'en veuille. Pourquoi ?
La mâchoire serrée, Weiss ferma les yeux. Il n'avait pas du tout envie de parler de cela. Pourtant, le ton de G n'était pas donneur de leçon, ni inquisiteur au point d'être intrusif. Non. Il paraissait réellement inquiet pour lui.
Weiss n'était pas sûr quoi ressentir par rapport à l'attention de ce « parent éloigné qu'il détestait ».
- Tu le sais. Je n'ai pas besoin de te le dire à moins que tu n'aies été frappé d'amnésie.
- C'était Hojo qui l'a poignardé, lui rappela doucement G. Pas toi. Tu n'y étais pour rien.
- Dire qu'auparavant, tu m'accusais de tous les maux du monde. De tous les maux qu'Hojo a causé. Et là, tu me sors que ce n'était pas ma faute ? J'ai du mal à comprendre, G.
- Parce que ce n'était pas ta faute. Le seul regret que tu aies capable de ressentir est par rapport à une chose qui était hors de ton contrôle.
Weiss n'en était pas aussi sûr.
- J'ai laissé Hojo prendre le contrôle de mon corps, grinça-t-il, le ton ferme et catégorique. Je l'ai laissé tuer Nero. Il n'y a pas pire que ça. Toi, à la rigueur, les personnes à qui tu as causé du tort étaient tes amis. Moi, j'ai le sang de mon frère sur les mains.
- Tu oublies mes parents adoptifs.
Il entendit G se rapprocher de lui. Weiss fit mine de ne pas réagir.
- Tu as élevé Nero. Tu l'as regardé grandir. Tu étais son frère aîné, tu étais comme un parent de substitution. Tu lui as donné tout ce que tu avais quand d'autres n'ont pas su le lui donner. Peu importe ce que tu as fait, il t'aimera toujours. Tu pourrais le trahir, tu pourrais le tuer, tu pourrais ne plus être Empereur de Deepground, tu pourrais même ne plus être le plus fort, il t'aimera quand même. Même dans la mort. Son amour pour toi est inné. C'est quelque chose qu'on ne pourra jamais le lui arracher. Comme ta mère Agrippina ne pourra jamais détester Nero malgré qu'elle soit morte à sa naissance, à cause de ses pouvoirs.
Au nom de sa mère, Weiss sentit un frisson lui parcourir l'échine.
- Cela ne change rien. Et puis... Comment le saurais-tu ? répondit Weiss, pas vraiment convaincu.
- Je le sais. C'est tout.
Il l'aimerait toujours...
Peut-être que G avait raison. Mais dans ce cas, Nero serait bien naïf de lui pardonner. A sa place, Weiss ne serait pas aussi clément envers lui-même.
- Je pense que tu devrais avoir plus confiance en lui. On ne peut pas s'empêcher d'aimer quelqu'un malgré leurs actes.
- Parles-tu de moi et Nero ? Ou de toi et Sephiroth ?
Weiss comprit que G avait haussé les épaules à cette question.
- Peut-être les deux. Mais toi, tu ne désires que le rejoindre. Alors, mets tout en œuvre pour qu'Omega t'accepte.
Pas besoin de le dire deux fois.
Weiss se sentit baîller. Il n'avait pas réalisé qu'il avait sommeil jusqu'à présent. A croire que G était ennuyeux au point de faire dormir les morts qui n'ont plus besoin de sommeil. Il cessa progressivement de lutter tandis que son corps se détendait peu à peu.
Il entendit G bouger.
La minute d'après, il sentit comme une couverture posée sur lui. Weiss fronça les sourcils, entrouvrant légèrement ses yeux pour voir ce qu'avait fait le Gardien.
Le manteau du Gardien.
Son manteau rouge. Attends. G l'avait retiré pour le poser sur lui, pour lui tenir chaud ?
- ... Touchante attention, commenta Weiss, sarcastique.
- Tu n'as qu'à boutonner ta veste, au lieu de laisser tes pectoraux à l'air libre.
- Mon corps n'est pas aussi faible que celui des humains. Je n'aurais pas froid aussi facilement. Même si j'accepte le manteau rouge du légendaire Genesis Rhapsodos.
G ne sourit pas en réponse.
Manifestement, il ne mentait pas quand il disait qu'il le considérait comme sa seule famille. La seule qui lui restait.
On prenait soin de sa famille, après tout. Et G venait d'en témoigner.
Alors que G disparaissait, Weiss se laissa glisser dans l'inconscience.
Il entreprit de faire ce qu'il avait prévu de faire.
La clé pour gagner le jeu avait été dénichée dans son rêve.
Alors, tout ce qu'il pouvait faire était rêver. Il n'était pas sûr que cela marcherait. Mais après tout, il n'avait que ça à disposition. Il n'avait plus d'autre solution.
Il n'avait que ce moyen pour entrer en contact avec son écuyer.
En espérant seulement qu'il réponde. Qu'il daigne lui répondre quand bien même il n'était pas réellement Omega. Mais son Hôte.
Est-ce qu'il pouvait se considérer comme étant le maître de Chaos ?
En même temps qu'il glissait dans les bras de Morphée, il se mit à appeler.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Aussi rapide qu'un éclair, l'arme coupa l'air en un arc de cercle.
Shiro voulut atteindre Nero au ventre, mais il n'en eut jamais l'occasion. Son oncle se décala sur le côté pour le frapper d'un coup de pied dans les côtes qui l'envoya voler. Shiro réprima un cri de douleur alors qu'il tombait lourdement au sol, son dos heurtant le métal froid et dur de la salle d'entraînement.
Sans hésiter, l'enfant se releva. Dans un cri de guerre, il se jeta sur l'ancien Tsviet.
Il fut immédiatement repoussé par un uppercut dans le ventre, le propulsant en arrière. Shiro retomba par terre, lâchant son arme suite à la violence de l'impact.
« On peut s'arrêter pour aujourd'hui », susurra Nero, le ton faussement compatissant.
Shiro se redressa vivement.
Pas question !
Il reprit son fleuret et s'élança à nouveau sur lui.
Nero ne le regardait même pas. Avant même qu'il ne puisse le toucher, il l'arrêta d'une main lui couvrant le visage, stoppant net sa trajectoire.
« Qu'est-ce... »
Avant même qu'il ne puisse cligner les yeux, Shiro fut précipité au sol. Nero se retrouva au-dessus de lui, un pied sur le ventre de l'enfant pour l'empêcher de se relever.
- Tu ne réfléchis pas assez, constata-t-il, le ton léger.
- Mais j'essaie ! Mais toi, tu ne me laisses pas te toucher ! Tu ne veux pas que je gagne juste pour que je n'aille pas traquer les Chiens de l'Enfer !
- Tu crois que les êtres des ténèbres vont te laisser les approcher aussi facilement ? Voyons, Shiro. Je ne suis même pas à mon maximum. Quoique... tu n'aimerais pas me voir quand je le suis.
Nero se décala et lui tendit la main pour l'aider à se relever.
Shiro accepta l'aide et lui prit la main.
Ce fut à ce moment-là qu'il profita d'un moment d'inattention de la part de son oncle pour lever son fleuret, ayant l'intention de l'enfoncer dans le bras de Nero.
Mais il n'en eut pas le loisir. Nero l'avait déjà saisi par le poignet et Shiro hurla en même temps qu'il fut lancé dans le mur.
- Mais pourquoi ? geignit-il tandis qu'il massait l'arrière de sa tête, son expression se tordant en raison de la douleur.
- C'était vil, Shiro.
Nero posa une main sur sa hanche, affichant néanmoins un sourire de fierté à destination de l'enfant aux cheveux blancs.
- Mais il s'agit d'une tricherie digne d'un membre de Deepground. Je serais fier de t'enseigner davantage cet art.
- Tu penses que cela peut aider, de combattre sans honneur ? En utilisant la triche ?
Nero se contenta d'hausser les épaules à cette remarque.
- J'appellerais cela « s'amuser tout en demeurant pragmatique ».
- Et tu utilisais beaucoup la triche à Deepground ?
Son oncle ne répondit pas. Il se contenta de se diriger vers le panneau de la salle d'entraînement. Shiro le vit entrer une combinaison et il comprit rapidement que son oncle était sur le point d'activer une simulation.
- Voyons ce que tu peux faire contre ça.
Nero se décala.
Les données de la simulation formèrent progressivement un escadron de mini robots noirs et gris, dont les bras étaient armés de revolvers, qu'ils dégainèrent dès qu'ils virent Shiro. L'enfant se raidit, resserrant son emprise sur son arme tandis que Nero se décala sur le côté pour ne pas interférer sur le champ de bataille.
- Ils sont au moins de niveau 10 ? lui adressa Shiro, méfiant.
Nero esquiva sa question.
- Je te conseille de ne pas poser de question sur leur niveau, Shiro. Ce qui compte est que tu survives. Rien de plus.
- J'espère juste qu'ils ne sont pas de niveau 1.
- Crois-moi... ils sont loin d'être de niveau 1.
Et Shiro comprit que Nero disait la vérité dès l'instant où le combat commença.
« Ce n'est pas grave », le rassura Nero alors qu'il s'était abaissé à son niveau pour l'aider à se relever.
Shiro s'était fait littéralement écraser. Il avait été rapidement encerclé et malgré le fait qu'il avait essayé tant bien que mal de faire appel à sa force pour les faire valser les uns après les autres, malgré le fait qu'il avait voulu utiliser ses pouvoirs, il n'avait été que bon à compter sur sa rapidité pour essayer de fuir le combat. Mais une balle dans la cheville lui avait fait perdre l'équilibre et il avait été mis par terre par tous les robots qui l'avaient attaqué en même temps.
Un seul mot : nul.
- Ils sont de niveau 40 ou quoi ? gémit Shiro tandis qu'il se laissait aller contre Nero.
- Perdu. Ils étaient de niveau 15, avoua son oncle alors qu'il le serrait tendrement contre lui.
- Pff.
- Hé. J'ai tenu parole pour une fois. Je n'ai pas abaissé le niveau comme tu me l'avais demandé.
- Tu aurais été capable de le faire.
Nero se contenta de lui tendre une bouteille d'eau. Shiro la reçut et se dépêcha de se désaltérer.
- Je réussis à annihiler toute une armée de Chiens de l'Enfer avec la « lame immaculée », mais je suis incapable de la sortir face à des robots de niveau 15.
- N'aie pas les yeux plus gros que le ventre, Shiro. Il a fallu des années à ton père pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs. Cela ne vient pas du jour au lendemain.
Shiro le toisa, confus.
- Des années pour que j'apprenne à maîtriser mes pouvoirs ? Mais... les Chiens de l'Enfer ne resteront pas aussi longtemps. Et c'est pour ça que je m'entraîne. Pour pouvoir les combattre pour que tu n'aies pas à le faire.
- Shiro. On en a déjà discuté longuement.
Nero s'éloigna pour ouvrir la porte de la salle d'entraînement. Cela signifiait que la session d'aujourd'hui était finie.
Shiro ne put s'empêcher de se sentir un peu frustré. Cela avait paru tellement court. Il aurait tellement souhaité en faire plus.
- Même si on parvient à éliminer les Chiens de l'Enfer avant que ton entrainement ne s'achève, tout cela te servira pour la suite, déclara Nero.
- Pour la suite ?
- Il y aura d'autres ennemis à affronter. Et puis...
Nero marqua un temps avant de reprendre :
- Et quand ton père reviendra, je suis persuadé que tes compétences acquises lui seront grandement utiles.
Shiro fronça les sourcils à cette remarque.
- Utiles à faire quoi ?
- Mais pour faire renaître Deepground de ses cendres, bien sûr. Quelle question !
Ils n'avaient pas eu trop le loisir d'en parler. Au cours de ces six derniers mois, ils avaient été trop focalisés sur leur installation, leur nouvelle vie, leur nouveau quotidien rythmé avec les apparitions des Chiens de l'Enfer...
Il savait que Nero n'avait pas abandonné l'idée de recréer Deepground. Cela n'avait jamais été un secret pour eux, notamment depuis qu'ils avaient scellé ce marché avec Reeve Tuesti et Rufus Shinra. Ce n'était pas parce qu'ils étaient alliés contre un ennemi commun que Nero oubliait sa haine des humains. Shiro le savait très bien. Il n'avait pas cherché à le cacher.
Mais... il avait cru qu'il changerait d'avis. En six mois, qu'il apprendrait à connaître les humains qui les entouraient. Tifa, Vincent, Cloud, Barret... Il croyait qu'à force de traquer les Chiens de l'Enfer en leur compagnie, Nero finirait par les apprécier et réaliser que les humains n'étaient pas tous mauvais, comme Shiro lui-même l'avait appris.
A moins que cela ne soit trop optimiste ? De penser que Nero oublierait sa haine contre l'humanité aussi facilement ? Pourtant, il avait accepté ce rencard avec Andrea...
Et si Shiro accepterait de le suivre, de faire renaître Deepground comme Nero s'y attendait... Il n'était pas sûr d'avoir envie de cela, encore plus si la mentalité de Deepground rendait incompatible leur cohabitation avec les humains. Il s'était attaché à Denzel, Marlène, à Vincent, aux autres membres de l'équipe...
Il n'avait pas envie de leur faire du mal.
A moins que Shiro puisse faire en sorte de changer cette mentalité ? De faire en sorte que Deepground ne soit pas aussi prône à tuer les humains, comme le croyait Nero ? Est-ce que Shiro pourrait rendre cela possible ? S'il était, après tout, l'héritier de l'Empereur de Deepground ?
Nero suivrait sûrement ce que son père Weiss dirait. Mais est-ce que Weiss serait à même d'écouter Shiro ? Déjà, accepterait-il de le reconnaître comme son « héritier » ?
Plus l'enfant y pensait, plus l'idée de rencontrer Weiss l'effrayait. Alors qu'il s'agissait de son père et que Nero attendait son retour avec impatience...
Il s'en voulait presque de penser ça.
- D'abord, les Chiens de l'Enfer, déclara Shiro, le ton amer.
- Tu as raison, approuva Nero. D'abord, les Chiens de l'Enfer. On s'occupera de Deepground quand on aura retrouvé ton père.
Il avait peut-être encore un peu de temps...
Encore un peu de temps pour que Nero ne change d'avis. Shiro l'espérait. Il espérait que la suite le ferait réfléchir et qu'il ne continue pas de s'enfermer dans cette haine perpétuelle. Il désirait que Nero soit heureux. Et il ne serait jamais heureux en haïssant l'humanité.
Lorsqu'ils retournèrent à leur appartement, escortés par le gardien habituel, Shiro jeta un coup d'œil à l'heure.
Deux heures de l'après-midi !
Mince, il avait failli oublier. Son rendez-vous avec Charon. Il se précipita dans la salle de bain pour se changer, avant de foncer comme une fusée vers la porte d'entrée.
- Shiro ! l'interpella son oncle, interloqué.
- Désolé. Je dois aller au parc !
Nero haussa un sourcil, surpris.
- Au parc ?
- Oui.
Shiro lui sourit en guise de réponse.
- J'y ai rendez-vous avec Charon. Un ami. On va jouer ensemble.
A la mention du nom « Charon », il vit le visage de Nero se décomposer.
Sa réaction surprit l'enfant. Shiro le dévisagea, curieux.
- Tout va bien ?
- ... Oui.
Nero se prit le visage dans les mains en secouant la tête.
- Je crois que l'entraînement m'a fatigué autant que toi. Je pense que je vais aller me reposer.
- D'accord...
Shiro était sur le point d'ouvrir la porte d'entrée. Au dernier moment, il se retourna vers son oncle pour l'étreindre en guise d'au revoir.
- Hé, lui lança Nero, le ton tendre.
- Hm ?
- Je t'aime. Ne l'oublie pas.
Shiro hocha la tête.
- Je ne risque pas de l'oublier. Je t'aime aussi.
Nero lui embrassa le front avant de se détacher de lui.
- Va t'amuser. Et je te défends de quitter le parc. Je viendrais te récupérer si tu rentres trop tard.
Shiro lâcha un rire nerveux.
- Héhé... Pas de souci. Je n'irais pas au « Honey Bee Inn », cette fois.
Son oncle lui fit les gros yeux et Shiro se dépêcha de s'éclipser avant qu'il n'ajoute quoi que ce soit d'autre.
Alors qu'il dévalait les escaliers à toute hâte, Shiro ne cacha pas une certaine appréhension qui gagnait son être tandis qu'il atteignait la porte de sortie de l'immeuble.
Il avait donné rendez-vous à Charon...
Il lui avait fait la promesse de venir jouer avec lui. Mais même si Charon avait dit qu'il s'était amusé, était-ce vraiment le cas ? Avait-il dit la vérité ? Après tout, il n'avait pas paru être très enthousiaste la veille. Peut-être qu'il avait dit cela pour faire plaisir à Shiro ?
Et s'il s'était trompé ? Et si Charon n'était pas venu au rendez-vous ?
Si Shiro venait seul... De quoi aurait-il l'air ?
Une fois à l'extérieur, ce fut avec le cœur battant que Shiro s'approcha du parc, se dirigeant vers l'aire de jeux où ils s'étaient donnés rendez-vous la veille.
Quand il releva le regard, le soulagement le submergea, balayant toutes les interrogations qui avaient fusé dans son esprit.
Charon était déjà présent, positionné sur les portiques tandis qu'il laissait Shiro venir à lui.
« ... Tu es en retard », lui déclara Charon, un peu sèchement.
Shiro se gratta la tête, un peu gêné.
- Désolé. J'étais en entraînement. Je n'avais pas vu l'heure passer.
- En entraînement ? répéta Charon, perplexe.
- Avec mon oncle, le confirma Shiro.
Charon fronça les sourcils à la mention de « son oncle ».
- C'est celui qui est venu te chercher hier ?
- Yep, répondit Shiro alors qu'il se hissait sur la balançoire. C'est mon oncle. C'est lui qui s'occupe de moi.
- ... Je vois.
Charon lâcha les portiques pour se rapprocher de Shiro. Il se plaça à côté de lui, les bras croisés.
L'enfant aux cheveux blancs fut quelque peu... déconcerté par son regard. Charon le toisait avec une expression indéchiffrable. Comme si ses yeux cherchaient à lire dans ses pensées pour dénicher des réponses.
- Et il ne vient pas ? Ton oncle ?
- Euh... Non, répondit Shiro. Il m'a laissé quartier libre jusqu'à ce soir, à condition qu'on reste dans le parc.
- ... Le parc...
Charon poussa un discret soupir.
Shiro se leva de sa balançoire. Peut-être voulait-il jouer dessus ? Shiro n'hésita pas et lui laissa la place.
Toutefois, Charon ne s'assit pas. Il se contenta de fixer dans le vague, comme s'il avait oublié la présence de Shiro.
- ... Et si on faisait le scénario que je t'ai proposé hier ? Avec le navire ? suggéra Shiro pour rompre le silence.
Charon ne répondit pas.
Pourtant, il suivit Shiro quand ce dernier se hissa vers les portiques. Cela fit sourire ce dernier.
Ils allaient passer une bonne après-midi. Cela serait peut-être même aussi amusant qu'hier.
« Je suis le Second qui suit son Capitaine ! Si le bateau coule, nous coulerons avec lui ! » cria Shiro alors qu'il tendait le bras vers l'horizon.
Il s'y croyait vraiment. Il s'imaginait être comme dans les dessins animés. Être vêtu d'un uniforme de marin alors que son navire naviguait sur la mer déchaînée, au milieu des requins et de la tempête. Alors que Charon et lui faisaient semblant d'être attaqués par des sirènes, Shiro se hissa en haut du toboggan pour faire croire qu'il conduisait le navire, avant de glisser dans le toboggan.
« Je me noies ! Au secours, Capitaine ! »
Il se cramponna et commença à grimper le toboggan dans le sens inverse. Charon se baissa vers lui pour lui tendre le bras, l'aidant à remonter.
« Hissez haut ! Merci, Capitaine ! Je vous dois la vie ! »
Charon hocha la tête, une expression neutre sur son visage.
« Allez ! Il faut nous débarrasser des sirènes ! On va s'en débarrasser en chantant ! » proposa Shiro.
Il entama alors la chanson d'un générique d'animé qu'il avait visionné récemment. A nouveau, il manqua de tomber des portiques et se redressa, riant de bon cœur de sa propre bêtise. Il avait été trop emporté par le scénario qu'ils avaient créé tous les deux.
Il réalisa que Charon ne chantait pas.
- Oups, désolé. Tu ne connais peut-être pas la chanson. On peut en chanter une que tu connais, à la place ?
Le silence tomba.
Charon releva le regard vers lui. Ce fut avec un air sérieux et grave qu'il lui demanda, de manière inattendue :
- ... Pourquoi ton oncle t'a demandé de ne pas quitter le parc ?
Shiro haussa un sourcil, déconcerté.
Il croyait que Charon s'amusait et qu'il appréciait leur scénario.
- Oh, répondit-il, nonchalant. Il est surprotecteur. Cela le rassure.
- « Surprotecteur »...
Charon s'assit, près du toboggan, se tenant en équilibre pour ne pas tomber et glisser dessus.
- Vous êtes proches, ton oncle et toi ?
- Euh...
Pourquoi il lui posait des questions sur son oncle ? Malgré son étonnement, Shiro répondit.
- Oui, oui. On est très proches. Je l'appelle « Papa Nero ».
- ... Donc tu as un papa, en fait.
Il y eut une lueur de déception dans les yeux de Charon.
- Je croyais que tu étais orphelin.
Etait-ce de la jalousie ? Ou de l'envie ?
- C'est juste que je n'ai eu que lui pendant trois ans, justifia Shiro. Trois ans où nous étions seuls tous les deux. Nous contre le monde. Donc... Oui, même si j'ai techniquement un autre papa, je considère mon oncle comme mon papa de cœur.
Il n'y avait rien de mal à cela.
- Je vois, déclara tristement Charon. Tu as de la chance.
Peut-être que Charon désirait ce que Shiro avait ? Un papa de cœur ? Pour remplacer celui qui l'avait abandonné ?
- Au fait, ton Papa Nero, lui demanda à nouveau Charon, articulant bien sur le terme « Papa Nero », qu'est-ce qu'il aime faire ?
- Hein ?
Shiro ne comprit pas sa question.
- ... Est-ce qu'il aime les tours en barque ? Est-ce qu'il aime les fleurs ? le questionna Charon, toujours sur un même ton laconique.
Cela devenait... de plus en plus étrange.
- Je l'ignore.
- Tu as un Papa, et tu ne connais pas ses goûts ? commenta Charon, toujours aussi calme.
- Pourquoi me demandes-tu cela ?
Charon haussa les épaules.
Quand on parle du loup... Ce fut à ce moment-là que Shiro remarqua une silhouette familière sortir de l'immeuble, escorté par le gardien habituel.
Cela signifiait qu'il était tard. L'enfant aux cheveux blancs vérifia l'heure.
Sept heures moins le quart.
Quand Nero vint à leur rencontre, Shiro remarqua qu'il paraissait un peu irrité. Nul doute qu'il commençait à s'inquiéter pour lui. Et la phrase qu'il lui adressa en guise de bonjour confirma ses doutes :
- Tu as vu l'heure ? Il est tard, Shiro.
Shiro rentrait la tête dans ses épaules.
- Désolé, Papa Nero. Je te jure que je n'avais pas fait attention.
- Demain, tu as école, je te rappelle, grinça Nero.
- C'est juste qu'on s'amusait tellement. Heu... Charon, voici mon Papa Nero. Papa Nero, Charon.
Le regard de Nero rencontra celui de l'enfant aux cheveux noirs.
Quand Shiro se retourna vers ce dernier, il réalisa que Charon n'affichait plus la même expression neutre et ennuyée qu'il avait arboré tout l'après-midi.
Non.
A la place... C'était comme si une petite lueur s'était allumée dans ses yeux rouges à la vue de Nero.
« Papa Nero », qu'est-ce qu'il aime faire ?
Pourquoi tout cet intérêt pour son oncle ? Les deux enfants ne se connaissaient que depuis quelques jours et Charon s'intéressait déjà à celui qu'il considérait comme son père.
Bien sûr, les enfants de l'école posaient des questions sur les parents de chacun. Etait-ce parce que Nero rappelait le père de Charon ? Est-ce qu'il lui ressemblait en apparence ?
Des cheveux noirs, des yeux rouges, le teint pâle...
Shiro esquissa un sourire compatissant. Oui. C'était fort possible.
- Bon, peu importe, finit par répondre Nero, se pinçant l'arête du nez tandis qu'il tournait les talons. Il est temps de rentrer, Shiro.
- Hm.
La lueur dans les yeux de Charon s'éteignit soudainement.
Charon n'avait pas de parent... Il vivait seul dans une barque...
Ce fut peut-être pour cette raison que Shiro lui proposa :
- Tu veux venir dîner à la maison, Charon ?
Ni Nero ni Charon ne paraissaient s'attendre à cette question.
Nero ouvrit la bouche.
- Tu as école demain, Shiro.
- Oui, mais Charon et moi, on a passé l'après-midi à jouer. On a faim et c'est peut-être mieux s'il reste dîner ici, non ? S'il te plaît !
Nero lui adressa un regard sidéré.
- Tu sais très bien que je ne peux avoir un contact que très limité avec les humains. Encore plus les enfants.
- S'il te plaît, Nero.
Il était prêt à refuser d'un « non » ferme et définitif quand Shiro lui sortit sa carte passe-partout. Les yeux de chien battu.
Le visage fermé de Nero se fissura. Intérieurement, Shiro poussa un petit cri de victoire.
Héhé ! Cela marchait à chaque fois.
A la place, son oncle poussa un profond soupir.
- ... Tu me désespères.
- Merci, Papa Nero !
- Mais ce n'est que pour dîner, lui rappela sévèrement Nero. Ensuite, ton ami rentre. Il ne dort pas ici.
Shiro se contenta d'hocher timidement la tête en signe de reddition.
Peut-être la prochaine fois...
Shiro se retourna vers Charon pour lui adresser un sourire victorieux, mais ce dernier n'était plus à côté de lui.
Non. Charon avait accéléré le pas pour marcher à hauteur de Nero tandis que tous les trois grimpaient les marches pour remonter à l'étage de leur appartement.
Et alors qu'ils pénétraient à l'intérieur, Shiro fut frappé de surprise quand il remarqua Charon tendre le bras vers Nero, comme dans une tentative pour lui attraper la main.
Sa réaction parut autant surprendre son oncle, qui effectua un vif mouvement de recul.
Pendant une demi-seconde, les ténèbres de son oncle s'agitèrent autour de lui. Nero fixa Charon comme si ce dernier l'avait touché avec des lames de rasoir.
Qu'est-ce qu'il lui prenait ?
Charon abaissa le bras et fixa le sol. Il n'avait pas l'air d'avoir honte.
Non. Il semblait vraiment... triste.
Shiro reconnaissait cette expression.
La même qu'il avait le jour où sa mère n'était pas venue au rendez-vous.
Sans prononcer un mot, Nero se hâta de placer de la distance entre lui et Charon tandis que Shiro se rapprocha de ce dernier.
- ... Désolé, s'excusa Charon quand bien même son regard ne se détacha pas de l'ancien Tsviet, même quand ce dernier lui fit dos pour ne plus l'avoir dans son champ de vision.
Shiro ne répondit pas.
Il adressa seulement une œillade intriguée à Charon tandis que les deux enfants reprenaient leur marche.
Son père lui manquait autant que ça ?
Même. Cela demeurait un peu... étrange.
Une fois entrés à l'intérieur, Nero referma la porte de l'appartement derrière eux.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Entends-moi...
Réponds-moi.
La nuit était tombée. Au Septième Ciel, allongé sur son lit dans sa chambre d'ami, Vincent Valentine rêva.
Il rêva que quelqu'un l'appelait...
Un écho... un chant calme et doucereux de mots, comme une berceuse.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Entends-moi...
Réponds-moi.
C'était étrange. Il avait l'impression que la voix lui était étrangement familière. Comme s'il l'avait déjà entendue.
Mais où ?
Une voix impériale... Cet appel sonnait presque comme un ordre. Un maître appelait son serviteur.
Un maître...
Son maître ?
Vincent ne comprenait pas.
Pourquoi pensait-il cela ? Pourquoi croyait-il qu'il avait un maître ? Un maître à qui il avait juré fidélité, à qui il avait prêté serment afin de l'accompagner dans sa mission périlleuse ?
Une mission dont dépendait la survie de la Planète...
Il avait le sentiment que quelque chose en lui voulait répondre, devait répondre à cet appel. Comme s'il l'avait anticipé. Comme s'il l'avait attendu depuis longtemps, depuis si longtemps depuis que Gaïa avait été créée...
« Tu es Son écuyer. »
Lucrecia ?
Vincent rouvrit brusquement les yeux.
Il se retrouvait... dans un espace d'un blanc incorruptible.
Il n'y avait ni de terre, ni de ciel.
Autour de lui, il n'y avait que le néant.
Où était-il ?
Quand il tendit les bras, il réalisa avec stupeur que ses bras humains avaient disparu.
A la place, des griffes lacérées.
Et quand il effectua un mouvement brusque, une paire d'ailes rouges semblables à celles d'un démon apparut dans son champ de vision.
« ... Chaos. »
La voix le fit sortir de sa torpeur. Brusquement, il se retourna vers la source.
Un homme se tenait devant lui. Un homme très grand, dont la silhouette lui était plus que familière.
Impossible...
Weiss ?
Ses cheveux blancs et longs, ses yeux d'un bleu profond... Pas de doute, il s'agissait bien de lui. A l'exception que lorsqu'il l'avait rencontré, Weiss était habillé torse nu. Actuellement, il était couvert d'un long manteau blanc et noir qu'il n'avait pas boutonné, laissant transparaître en-dessous son corps musclé. Ses deux épées étaient rangées dans leurs fourreaux, couvrant son dos.
« ... Maître. »
Les mots sortirent tous seuls de sa bouche. C'était comme s'il n'était plus maître de son corps. C'était comme s'il était devenu la marionnette d'un autre, qui l'obligeait à réciter un script.
Weiss sourit, paraissant apprécier ce titre.
- Chaos. Mon Ecuyer.
Vincent voulut hurler.
Il essaya de tendre le bras, de dégainer Cerbère... Mais malheureusement, son corps demeurait figé.
Le silence tomba entre les deux hommes.
Hommes... Etaient-ils encore humains ?
Il sentit une profonde déception animer son être. La déception laissa place à une vive méfiance mêlée à de la colère.
- Tu n'es pas mon Maître. Tu n'en es que son Hôte.
Le sourire de Weiss disparut face au retournement de situation.
- ... Je deviendrais bientôt un avec lui.
- Omega t'a rejeté.
Vincent secoua la tête contre son gré, comme un pantin.
Lucrecia...
Il voulut crier, appeler à l'aide à qui voulait l'entendre.
- Tu n'es pas digne d'être son Hôte. Il t'a jugé comme indigne de faire un avec Lui. Et tu as osé me duper en m'appelant, en te faisant passer pour lui. Prétendre être mon Maître ? C'est un sacrilège envers l'Être Suprême.
Weiss ne cilla pas.
Il se contenta d'opiner du chef, faisant signe qu'il entendait chacun de ses mots.
- Je n'ai pas cherché à prétendre être ton maître bien-aimé. Je me suis seulement servi des pouvoirs que j'avais à disposition. Parce que, vois-tu, mes champs d'action sont plutôt limités ici. Alors, je fais avec ce que j'ai.
Mais enfin... où étaient-ils ?
- Que veux-tu de moi, « faux » Hôte d'Omega ? cracha Vincent avec hargne.
Weiss poussa un profond soupir.
- Tu ne pourras plus m'appeler comme tel bientôt. Je ne serais plus considéré comme un « faux » Hôte. Mais j'en deviendrais le véritable.
- Et crois-tu cela ?
- J'ai juste besoin de ton coup de main. Chaos... Père d'Erebus et de Nyx.
Erebus... Nyx...
Vincent tiqua à la mention de ces deux noms. Un vif sentiment de chaleur s'empara de son être.
Des noms qui lui étaient familiers... comme s'ils appartenaient à des êtres chers.
Père ?
Chaos avait eu des enfants ?
Lucrecia ne l'avait jamais mentionné dans ses rapports...
- C'est bien ce que je pensais. Donc, c'est vrai, répondit Weiss, la réaction de Vincent ayant apparemment confirmé une hypothèse qu'il avait en tête.
- Pourquoi me mentionnes-tu mes enfants ? Que veux-tu d'eux ? Tu as l'intention de t'en prendre à eux, « faux » Hôte d'Omega ?
Vincent poussa un grondement sinistre qui résonna à travers le néant. Comme un vieil instinct protecteur qui lui criait de voler au secours de ses enfants et d'éradiquer la menace qui se tenait devant lui, Vincent se prépara à bondir sur Weiss pour le déchirer.
Toujours calme, Weiss précisa.
- Non. Au contraire. J'ai besoin d'eux pour comprendre qui je suis. J'ai besoin d'en savoir sur eux.
Vincent montra les dents, menaçant de le lacérer s'il ne réfléchissait pas aux mots qu'il comptait employer.
- Comprendre « qui je suis ? »
Weiss posa une main sur une hanche, l'air exténué.
- Je dois lâcher prise pour pouvoir faire un avec Omega. Et pour comprendre qui je suis, j'ai besoin de la vérité divine. Et pour cela, je dois gagner à un jeu. Un jeu contre celui qu'on appelle le vieil homme. Est-ce que cela te dit quelque chose, Chaos ?
« Le vieil homme » ? Mais de qui parlait-il ?
- Pourquoi est-ce que je t'aiderais ? lui rétorqua froidement Vincent. Tu es un monstre génocidaire qui a provoqué un cataclysme. Quand on pense que c'est toi qui es destiné à devenir l'Hôte d'Omega...
Weiss soupira en réponse.
- Je suis au courant. Mais si tu souhaites que la Planète soit en sûreté, Omega doit avoir un Hôte. Alors, j'ai envie de te dire de faire avec ce que tu possèdes, Chaos. Et que tu le désires ou non, je deviendrais ton Maître tôt ou tard.
- Tu n'es pas mon Maître !
- Pas encore. Mais n'est-ce pas plus simple de nous épargner des souffrances supplémentaires ?
Vincent serra les poings, menaçant. Il considérait les mots de Weiss.
Omega doit avoir un Hôte.
Weiss était un « faux » Hôte. Mais Omega, la Déesse et G paraissaient lui réserver un dessein particulier...
- ... Si tu menaces mes enfants...
- Je te donne ma parole que rien ne lui arrivera. Que pourrais-je leur faire dans un endroit pareil ? Il n'y a rien ici. A part nous.
Pourquoi est-ce que Vincent pensait à ces noms en particulier ?
Omega... La Déesse... G...
Non. Cela ne pouvait pas être ses pensées à lui...
C'était Chaos. Chaos lui-même qui devait penser à tout cela.
Mais il n'était plus le Gardien de la Protomatéria ! Chaos était retourné à la Planète après l'éveil prématuré d'Omega... Vincent n'était plus supposé avoir le moindre lien avec Chaos. Alors, pourquoi ce rêve étrange ? Pourquoi rêvait-il de Weiss ?
A moins qu'il n'y ait encore une connexion entre eux... Entre lui et Chaos.
Mais comment le justifier ?
- ... Que souhaites-tu savoir ?
- Excellent.
Weiss se risqua à s'approcher, la démarche confiante tandis qu'il détaillait Chaos de haut en bas.
- Pour gagner le jeu, je dois deviner le nom du vieil homme. Je n'ai plus qu'une chance pour cela et j'ai besoin de ton aide pour le savoir. Je soupçonne que le vieil homme soit lié à tes enfants Erebus et Nyx. Et je dois avouer avoir cru qu'il s'agissait de Chaos, au départ. Au final, ce n'est pas le cas.
Est-ce que tout cela était réel ? Ou n'était-ce qu'un rêve ?
- Un vieil homme...
- Puis, j'ai pensé que c'était Erebus. J'ai cru que ce vieil homme était ton fils.
Non. Non, bien sûr.
Erebus n'était pas le vieil homme. Erebus n'était même pas une véritable personne. Pas plus que Nyx.
- Pourquoi crois-tu qu'il soit lié à mes enfants ? finit-il par lui demander.
- Parce qu'il a mal réagi à ton nom, à celui de ton fils. Alors, ma question est : est-ce que tu connais quelqu'un qui soit suffisamment proche de tes enfants pour réagir de la sorte ?
Au départ, Chaos ne comptait pas l'aider. Il avait peur que Weiss soit une menace pour Erebus ou Nyx.
Mais maintenant, il l'informait que quelque chose, ou plutôt, quelqu'un d'autre, était bien plus susceptible de constituer une menace.
Il n'était sûr de rien. Mais peu importe : il devait protéger ses enfants.
Chaos était perdu. Il se mit à réfléchir à toute vitesse, traquant le moindre indice, la moindre piste pour répondre à la question du faux Hôte.
- ... Erebus et Nyx étaient frère et sœur, déclara Chaos après un temps de réflexion. Ils se sont mariés.
- Oui, je le sais, approuva Weiss. Ce sont des âmes sœurs, comme on le dirait.
- Ils ont fondé une famille.
L'information parut prendre Weiss de court. Il fixa Chaos, interloqué.
- Vous voulez dire que...
- Ils ont engendré des enfants. Ils en ont eu cinq.
Oui. Il ne pouvait y avoir qu'eux. Ils étaient les seuls qui étaient assez proches d'Erebus et Nyx pour avoir un lien significatif avec eux.
- Cinq...
Weiss inhala, exhala tout en encaissant l'information.
- Ils ne sont pas de véritables personnes, précisa Chaos. A part un seul. Ils ont tous adopté leur rôle et ont fusionné avec leur destin.
Le destin...
Ce mot revenait à chaque fois.
Un nouveau silence.
Puis, vint la question qui brûla aux lèvres de Weiss :
- ... Peux-tu me donner leurs noms ?
Chaos ouvrit la bouche pour lui répondre.
Mais avant même qu'il ne puisse entendre les noms de la descendance d'Erebus et Nyx sortirent de sa bouche, Vincent se réveilla en sursaut.
Chaos... Omega...
Lucrecia.
Il se retrouva dans sa chambre. En sueur, horrifié par le rêve qu'il venait de traverser, il observa partout autour de lui, comme s'il avait peur qu'il y ait eu un témoin de la scène à laquelle il venait d'assister.
Fouillant sa chambre, il fut à l'affût du moindre intrus, de la moindre présence.
Et si la Protomatéria était encore en lui ? Sans qu'il le sache ? Et si quelqu'un avait mené des expériences sur lui pendant son sommeil ?
Sans réfléchir, il toucha sa poitrine.
Il ne sentit rien.
Il n'y avait plus la Protomatéria.
Chaos n'était plus en lui.
