OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
« ... Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? »
Assis face à lui, Weiss posa son menton sur son poignet, fixant Charon en silence.
Après le choc de la découverte, la surprise de faire face à la véritable apparence du Nocher, Weiss se laissa aller à l'euphorie. Bien sûr, il intériorisait ses émotions, mais la fierté d'avoir obtenu sa victoire était bien présente, quand bien même cela ne se manifesta qu'à travers un sourire froid dont il avait l'habitude.
Il était fier d'avoir relevé le défi, d'avoir gagné le jeu.
En trois jours... il avait tenu le pari.
Et en plus, il avait gagné un jeu contre une divinité.
S'il avait été encore à Deepground, nul doute que l'on aurait chanté ses louanges. Même Restrictor aurait été forcé de s'agenouiller devant lui. Lui-même n'aurait jamais pu le faire.
Pourtant, son exploit n'était pas la raison pour laquelle il riait.
- Tu tiens à le savoir ? répondit calmement Weiss. Je te trouve hypocrite, voilà tout.
Il tolérait bien mieux la véritable forme de Charon. Celle du vieil homme ne suscitait en lui que de l'agacement une envie de tuer qu'il réprimait à chaque fois que le vieillard ouvrait la bouche pour l'insulter. Ici, il avait l'impression de parler à un enfant, même s'il savait pertinemment que Charon n'en était pas un.
- Hypocrite ? répéta Charon, outré.
- Oui, confirma Weiss. Tu m'as accusé de nombreux crimes, dont celui d'inceste sans chercher à savoir s'il était fondé ou pas.
Incestueux... Génocidaire...
- Mais tes parents... Erebus et Nyx étaient frère et sœur, n'est-ce pas ? Pourtant, ils se sont unis et c'est grâce à eux que tu es là.
- La différence est que tu n'es pas une divinité comme nous, rétorqua sèchement Charon. Tu aurais pu le devenir si tu avais fusionné avec Omega. Mais pour toi, tout est péché.
- On pourrait en parler pendant des heures, fit Weiss avant de changer de sujet. Mais j'ai gagné le jeu. A présent, je viens cueillir mon prix.
Il ne devait pas oublier la raison pour laquelle ils avaient joué.
Charon se tendit, un comportement que Weiss apprécia.
- Tu dois me dire tout ce que je veux savoir. Tel était l'enjeu.
- Je peux très bien changer d'avis, fit Charon avant de tourner les talons.
Weiss répondit par la négative, sans cesser de sourire.
- Je ne crois pas. On ne revient pas sur une parole divine, Charon. Tu as fait une promesse. Les lois t'ordonnent de la respecter.
Il savait qu'il avait raison.
Il ne pouvait pas revenir sur sa parole. Il ne pouvait pas simplement décider de rompre cette promesse et de le planter là sans explication, quand bien même Charon crevait d'envie de le faire.
Charon s'arrêta.
- Tu es bien renseigné, grinça l'enfant, amer.
- J'ai fait un petit séjour en compagnie des dieux. A force, j'apprends des choses, répondit Weiss, inclinant la tête sur le côté.
La mâchoire serrée, Charon se retourna vers l'Empereur de Deepground, le visage fermé.
Il sentait bien que cela lui coûtait de faire cela. Mais Weiss recherchait la vérité. Et quoi de plus pure que la vérité divine ?
- Que désires-tu savoir ? finit-il par demander à contrecœur.
Weiss ferma les yeux.
Il aurait réponse à toutes ses questions.
- J'en ai beaucoup, admit Weiss.
- Je n'ai pas toute la journée, Weiss. Encore moins pour un individu comme toi. Et quand bien même tu recherches des réponses, il y a des vérités qui pourraient potentiellement ne pas te plaire.
Intéressant...
- Des vérités, n'est-ce pas ?
Weiss se redressa. Il réfléchissait à sa première question. Il en choisit une simple, pour prendre la température de cette vérité que Charon lui devait.
- Déjà... Pourquoi prendre cette apparence de vieil homme ? Pour te rendre plus menaçant ? Plus austère ?
- C'est ça, ta question ?
Il parut presque... déçu.
- N'ai-je pas droit à toutes les réponses ?
Charon se contenta de soupirer.
- ... Je suis le Nocher. Crois-tu qu'un enfant chétif aurait été en mesure de conduire les âmes à travers la Rivière de la Mort ? Mon apparence est celle d'un vieil homme car c'est ainsi que je dois être représenté.
- Je vois.
Avec du recul, Weiss ne devrait pas être surpris.
Il avait accepté de jouer. Les enfants adoraient jouer. Chacun avait son terrain de jeu. Après tout, Weiss et Nero avaient le leur à Deepground, en massacrant les faibles à leur plus grande joie.
Charon avait le sien. Un terrain de jeu qui lui était bien spécifique.
- Il s'agit d'une sorte de purgatoire, n'est-ce pas ? l'interrogea l'Empereur de Deepground.
Le Nocher répondit par l'affirmative.
- Les âmes qui auront payé leurs crimes, leurs péchés, pourront rejoindre la Rivière de la Vie le moment venu.
- Je crois que j'aurais préféré te suivre dans cette Rivière de la Mort plutôt que de rester ici.
Il ajouta ce constat avec une pointe d'envie et de regret.
Oui. Le purgatoire, les âmes damnées, la Rivière de la Mort...
A côté de sa situation actuelle, cela ne paraissait pas aussi terrible. Au moins ici, il savait ce qui l'y attendait.
Il se demanda brièvement si Azul, Rosso et Argento avaient dû également rejoindre cette Rivière de la Mort pour demander l'absolution.
Mais Nero... G disait que Nero avait rejoint la Rivière de la Vie...
- Pourtant, tu n'as pas accepté ton rôle, commenta Weiss, le ton sombre.
- Je croyais que tu souhaitais savoir des choses sur toi-même, railla Charon, sèchement. Notamment la raison pour laquelle Omega t'a rejeté. Qu'est-ce qui te rattache encore à cette Planète...
- On y viendra.
Les yeux bleus de Weiss se plissèrent, adressant une expression froide à destination de Charon.
- Mais j'ai le droit de poser toutes les questions que je souhaite. Tu me critiques parce que, soi-disant, je ne possède pas la volonté de fusionner avec Omega, la volonté de protéger la Planète... Je l'entends. Mais pourtant, toi non plus, tu n'as pas pleinement accepté ton rôle.
Le visage de Charon se fissura.
Weiss comprit qu'il avait touché un point sensible.
- Ce n'est pas une critique, ajouta Weiss d'un ton faussement prévenant. Pourquoi te critiquerais-je ? La Déesse est venue à toi, t'a imposé un rôle qui n'était pas de ta propre volonté... Tu as dû dire adieu à ta famille toute entière. Ta mère, ton père, tes frères et sœurs... Cela a dû être dur pour toi, non ? De les voir tous disparaître ?
- Arrête de me parler de ma famille.
Sa voix était sans appel.
Le sourire de Weiss s'élargit à cette réponse.
Cela signifiait tout.
- C'est un sujet intéressant.
- Tu ne sais pas ce que cela fait. Tu ignores ce que j'ai traversé, articula Charon, la colère froide montant de plus en plus. Ce que j'ai traversé tout ce temps.
- S'il te plaît, l'interrompit Weiss. Tu crois être le seul à qui on t'a imposé un rôle ? Tu crois que moi-même je l'ai désiré ? Devenir l'Hôte d'Omega ? Je ne crois pas. Et encore. Moi, ce n'était pas la Déesse qui est venue à moi. C'est un fou qui a pris le contrôle de mon corps et souhaitait le devenir. Malheureusement, il a eu une mort trop rapide pour ses méfaits et c'est moi-même qui ait dû en payer les conséquences. Je suis même certain que G lui-même ne s'attendait pas non plus à devenir le Gardien de la Planète.
Charon le dévisagea avec un dédain non dissimulé.
- Toi, tu n'es rien du tout. A côté de ma famille, à côté de la Déesse, à côté de G, tu n'es rien. N'ose même pas te comparer à eux. Tu mérites ce qui t'est arrivé.
- Bien.
Il lui répétait des choses qu'il savait déjà. S'il était déterminé à ne pas en parler, autant passer à une autre question.
- Dans ce cas, si tu ne désires pas parler de ta famille... On va parler de la mienne.
Il était temps de lever le voile.
Même Charon semblait déjà avoir anticipé cette question qui, pourtant, lui brûlait les lèvres. Pour Weiss, continuer d'attendre devenait un supplice.
- Pourquoi en veux-tu autant à Nero ?
Il remarqua Charon tressaillir.
- Ne me mens pas. Tu ne peux me dire que la vérité, insista Weiss. Pourquoi en veux-tu autant à mon frère ?
Le Nocher prit une inspiration.
- Je ne lui en veux pas, répondit-il vaguement.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu le détestes ?
Charon ouvrit la bouche.
Il finit par secouer la tête avec véhémence.
- Non... Je ne le déteste pas.
Bon sang. Qu'est-ce qu'il attendait pour cracher le morceau ?
- Viens-en-au fait, gronda Weiss à bout de patience. Dis-moi simplement ce qu'il t'a fait. Quel est votre lien ? Qu'est-ce que tu as à perdre, de toute façon ? Tu me dois la vérité divine. Parle.
La phrase que lui répondit le Nocher résonna dans ses tympans, dans sa tête.
- Nero a mon père.
Au début, Weiss crut avoir mal entendu.
Lorsqu'enfin, le Nocher lui expliqua la raison de toute cette haine, de toute cette rancœur qu'il arborait à l'égard de Nero, de tous ces mystères qui l'entouraient depuis le premier jour, Weiss en demeura crucifié.
Nero a mon père.
Quoi ?
L'Empereur souhaita réagir.
S'il n'avait pas été aussi tétanisé, nul doute qu'il aurait éclaté de rire et qu'il aurait accusé Charon de le prendre comme un idiot.
Mais à la place, il fixa Charon avec incompréhension.
Etait-il bien certain d'avoir compris la tournure de cette phrase ?
« ... Tu veux dire que Nero est ton père ? » répéta-t-il après un lourd silence, en plein désarroi.
Nero était son...
Non. Impossible. Nero était stérile. Les scientifiques de Deepground l'avaient confirmé.
Charon secoua la tête, le regard las.
- Tu ne m'as pas bien écouté. Nero n'est pas mon père. Il A mon père.
Il « avait » son père ?
- Cela n'a aucun sens, s'énerva Weiss tandis qu'il se remettait debout, toisant Charon de toute sa hauteur. Cela n'a aucun sens !
Il en avait assez.
Il en avait assez de toutes ces énigmes.
- Explique-toi ! aboya Weiss, réemployant son ton impérieux, tel qu'il l'utilisait à Deepground.
Charon laissa les bras tomber le long de son corps.
- Erebus est devenu les Ténèbres. Mon père a abandonné son enveloppe physique pour pouvoir faire un avec son élément. Nero en est son réceptacle.
- Parce que Nero contrôlait les ténèbres, tu croyais que ton père était en lui ?
Il ne parlait que métaphoriquement, n'est-ce pas ?
Cela aurait été étrange que son frère ait eu un fils. Quelque part, l'idée que Charon ne soit pas son neveu le soulagea grandement. De toute façon, Charon était une divinité. Cela n'aurait pas pu concorder.
Pourtant, la réponse du Nocher ne le satisfaisait pas.
- Nero contrôle ses ténèbres depuis sa naissance. S'il avait contenu une entité aussi ancienne et aussi puissante qu'Erebus, crois-moi qu'on l'aurait su, l'informa Weiss, du bout des lèvres. Tu es sûr que tu ne parles pas de ton père de manière métaphorique ? Il te manque tellement au point que tu le vois dans les ténèbres de Nero, étant donné qu'il s'agit de son élément ?
Charon ne changea pas d'expression.
Il semblait... déterminé, sûr de lui.
- Mon père est dans les Ténèbres de Nero.
- Il n'est pas DANS les Ténèbres. Il EST les Ténèbres, siffla Weiss, l'impatience devenant apparente. Erebus est la personnification elle-même des Ténèbres. Tels sont les mots de Chaos. Crois-moi, je connaissais bien mon frère et l'étendue de ses pouvoirs que toi qui ne l'as jamais connu. Je le connaissais mieux que personne.
- Parce que tu l'as élevé ? se moqua Charon, perfide. Parce que tu le désires ? Tu désires ton propre frère ? Tu te permets de croire que tu le connaissais mieux que personne ?
Weiss porta sa main au manche de « Paradis ». Il commençait à en avoir assez de ces insinuations. Enfant ou pas, il n'allait pas le laisser le critiquer et le regarder de haut sans réagir.
- Je sais qu'il est à l'intérieur des Ténèbres.
Charon marqua une pause, avant de répéter.
- Je sais qu'il y est. S'il arrive à retrouver ses souvenirs, à me reconnaître, à reconnaître son fils... Peut-être qu'il acceptera de revenir avec moi. Dans la Rivière de la Mort. Au Jardin. Peut-être que mon père acceptera de conserver une forme physique pour rester, pour ne pas me laisser seul.
Weiss serra les poings presque jusqu'à les éclater.
- De toute manière, Nero a déjà rejoint la Rivière de la Vie. Ton père peut être dans les Ténèbres, Nero est mort.
Il inhala, exhala, essayant de calmer les rythmes rapides de son cœur qui était sur le point de déchirer sa poitrine.
- Tu ferais mieux d'arrêter d'insulter un mort pour des choses dont il n'était pas responsable. Tu ferais chercher un autre réceptacle si tu souhaites parler à ton père et lui dire ce que tu ressens.
Charon le foudroya du regard.
- ... Nero est en vie.
Nero a rejoint la Rivière de la Vie.
Hojo l'a tué en utilisant ton propre corps. Son sang, le sang de ton frère est sur tes mains. Et il n'y a aucun moyen de le faire revenir, Weiss.
Weiss... ne ressentit rien.
Quand Charon prononça ces quatre mots, ces quatre mots si simples mais tellement importants et essentiels, Weiss n'y crut simplement pas.
Il ne ressentit aucune émotion, comme si les mots de Charon ne l'avaient pas atteint.
Il n'y a aucun moyen de le faire revenir.
« ... Nero est mort », articula-t-il, le ton dur comme de la pierre. « Il a rejoint la Rivière de la Vie. »
Même pour quelqu'un comme Weiss, même pour quelqu'un qui avait passé sa vie à mentir, à tricher, à manipuler les autres dans l'objectif de tuer ses ennemis et devenir le plus puissant de Deepground, il considérait que l'action de Charon était ignoble.
Il savait très bien que Nero était mort. Qu'il n'y avait aucun moyen de le faire revenir. C'était...ignoble que Charon lui raconte ces mensonges...
« Ce n'est pas le cas. »
Weiss se mit à trembler de manière incontrôlable.
Nero en vie ? Impossible...
- Je te conseille de cesser immédiatement ces sornettes si tu ne souhaites pas que je dise des atrocités sur ta famille », répondit Weiss par monosyllabe, le ton bas et menaçant. Ce que je t'ai fait subir la dernière fois, cela ne sera rien à côté de ce que je te réserve si tu continues de me répéter que Nero est en vie.
Il n'y aura jamais aucune rassurance, aucun réconfort à tout ce que tu as traversé.
Charon demeura de marbre.
- Nero est en vie.
- Assez !
Je t'interdis de me donner des faux espoirs...
Charon ne se taisait pas.
- ... Tu as gagné ce jeu. Je te dois la vérité divine. Crois-tu que je te mentirais ?
Ce simple rappel eut l'effet du coup de grâce.
Il avait gagné ce jeu... il avait gagné ce jeu et avait le droit à la vérité.
Tu vivras avec cela tout le long de ta vie, jusqu'à ta mort.
La vision de Weiss se brouilla tandis que son corps devint raide. C'était comme si l'âme de Weiss l'avait quitté et qu'il se retrouvait spectateur à la scène.
Nero est vivant...
Ses oreilles sifflaient inconfortablement. Weiss se couvrit le visage. Il avait mal à la tête, comme s'il était au bord du malaise.
« Enfin réunis... Je ne te quitterai plus jamais, Weiss. »
Ce fut comme une lueur qui rompait les ténèbres. Ce fut comme si quelque chose s'était brisé en lui.
Quelque chose qui n'était pas négatif.
Non... Weiss ressentit une douce émotion lui caresser l'être. Comme si, après avoir attendu si longtemps enfermé, quelqu'un lui avait donné les clefs afin qu'il se libère de sa prison.
- Tu souhaitais savoir ce qui te rattachait encore à la Planète. Pourquoi tu n'as pas encore lâche prise. Tu le sais, maintenant. Omega a lu en toi.
Nero est vivant.
Il avait cru qu'il était mort. Il avait cru qu'il l'avait tué...
Il se moquait bien d'avoir l'air vulnérable. Il se moquait bien d'avoir l'air idiot.
Tu te réveilleras avec cette pensée, tu dormiras avec cette pensée... Jusqu'à ton dernier souffle, tu vivras avec le fait d'avoir tué ton propre frère. Rien ne saura apaiser cette culpabilité. Rien.
Weiss se découvrit progressivement le visage.
Nero est mort.
Tels avaient été les mots de G...
- ... Pourquoi ?
Au-delà de la joie, d'une joie beaucoup intense, bien plus infinie et sincère que celle d'avoir gagné à ce jeu, Weiss ressentait de l'incompréhension.
Et bientôt, la joie laisserait place à une rage meurtrière.
- Pourquoi est-ce que G m'a menti ? Pourquoi est-ce que G m'a raconté que Nero était mort ?
Juste cette question.
Pourquoi ?
- ... Je pense que tu devrais lui poser toi-même la question, se contenta de répondre Charon. Mais je t'avais prévenu que tu n'apprécierais pas de découvrir certaines vérités.
Weiss l'ignora.
- Tout ce temps, il le savait...
Il releva lentement la tête.
Je ne sais pas ce que tu aimes, quels ont été tes rêves, tes hobbies... Je ne connais pas le véritable Weiss.
Un sourire fou fendit son visage en deux.
- Tout ce temps, il le savait et il m'a menti.
Même si je t'ai déçu, même si je vous ai déçus toi et les Tsviets... je te considère comme la seule famille que j'ai à présent.
En réalité, G était le plus perfide d'eux tous.
Sa seule famille ?
Tout ce que G avait dit n'avait été que mensonge.
- Weiss... l'interpella Charon.
Enfin, Weiss reporta son attention sur lui.
- Il n'y a pas que Nero qui te rattache encore à la Planète.
Charon plaça les bras derrière son dos, le visage dénué d'expression. Weiss le considéra, attendant des explications.
- ... Nero n'est pas seul.
Quoi ?
- Il est avec ton fils.
Ce fut l'effet d'un nouveau coup de massue.
Son...
Il avait un...
Comment était-ce possible ?
Les poings de l'Empereur de Deepground se remirent à trembler.
Nero était vivant...
Et en plus de cela, Charon lui annonçait qu'il avait un fils ?
Weiss se détourna violemment de Charon. Pour lui, c'en était trop. C'était trop de choses à assimiler, à encaisser. Il finit par péniblement se rasseoir. Le malaise eut raison de lui et il perdit la vision.
G... G savait tout cela. G, la Déesse, Omega...
Avant même de sombrer, Weiss éclata d'un profond rire hystérique.
Ils allaient payer...
Ils allaient tous payer pour lui avoir menti.
Cela fut un coup qui réveilla Shiro.
Depuis sa fenêtre, l'enfant put voir que la nuit était tombée depuis longtemps. Nero avait dû le coucher quand Shiro s'était endormi contre lui et, à cette heure-ci, tout le monde dormait à poings fermés.
Le coup recommença.
Comme si quelqu'un frappait à sa porte.
« ... Papa Nero ? » appela doucement l'enfant aux cheveux blancs, comme dans un souffle.
Personne ne répondit. Nero ne mettait jamais longtemps à répondre à son appel.
Il entendit un grincement sinistre... Mais la porte de sa chambre ne s'ouvrit jamais. Elle demeura ostensiblement close.
Par réflexe, Shiro chercha de la main son arme. Il parvint à la trouver et la saisit à bout de bras.
« ... Tu avais dit que tu n'avais pas de père ni de mère. »
Cette voix...
Lorsque Shiro se retourna vers la fenêtre, il laissa échapper un sursaut de surprise quand il vit la silhouette de Charon se tenir devant lui, au pied de son lit.
Il y a fort à parier qu'il n'avait rien à craindre avec ces Chiens de l'Enfer et qu'il a joué la victime pour pouvoir nous approcher plus aisément.
« Tu avais dit que tu savais ce qu'on ressentait », s'exprima Charon, un ton détaché qui laissait toutefois transparaître une certaine rancœur.
Auparavant, Shiro aurait été ravi de le voir.
Mais depuis que Nero lui avait raconté la conversation que lui et Charon avaient eu plus tôt dans la journée, tout ce que ressentit Shiro fut de la méfiance.
Ainsi que de l'angoisse qui germait en lui...
- Tu as peur de moi ? Tu vas appeler ton « Papa » ? railla Charon, moqueur.
Shiro resserra son emprise sur son arme.
- Tu es jaloux ? Parce que j'ai eu quelqu'un qui s'occupait de moi ?
Charon renifla de mépris.
- Jaloux de qui ? De toi ? Tu n'es qu'un humain, Shiro. Et en plus, tu possèdes des pouvoirs que tu ne maîtrises même pas. C'en est pathétique.
Shiro n'apprécia pas son ton.
Même s'ils avaient joué ensemble, il n'allait pas se laisser insulter.
- J'ignore ce que tu recherches exactement, lui rétorqua Shiro. Mais je t'interdis de me traiter de pathétique. Et je sais maintenant que tu n'étais pas réellement en danger quand on se faisait attaquer par les Chiens de l'Enfer.
Charon se contenta de sourire. Cela fit frissonner Shiro. Charon n'avait quasiment jamais montré ses émotions en sa présence et le voir sourire de manière aussi froide, c'était effrayant.
- Je ne vais certainement pas te laisser détruire la Planète, peu importe tes raisons. Si c'est le vieil homme qui te force à faire ces choses...
Il laissa échapper un gloussement.
A nouveau, cela arracha des frissons à l'enfant aux cheveux blancs.
- Dans ce cas, tu es encore plus naïf je ne le croyais, lui répliqua Charon, ne souriant plus.
- Pourquoi fais-tu ça, au juste ? Pourquoi ne pas me le dire ?
Shiro se redressa sur son lit, le fusillant du regard.
- Si c'est parce que tu n'as pas eu de parent pour s'occuper de toi, je le regrette : ce n'est pas une raison pour détruire le monde autour de toi.
Si Nero était son père et n'avait pas été présent pour s'occuper de lui, Shiro pouvait encore comprendre sa rancoeur à son égard.
- Mes parents...
Charon secoua la tête. Il le toisa à présent avec une certaine forme de pitié.
- J'aimerais bien revoir mes parents. C'est vrai. Du moins, mon père, maintenant que je sais où il se trouve. J'ai commis ces choses afin de le faire réagir. Qu'il me parle. Au moins une fois, qu'il m'écoute et qu'il comprenne pourquoi je n'ai pas accepté d'endosser mon rôle.
Est-ce qu'il parlait de Nero ?
Ou... de quelqu'un d'autre ?
- Les Chiens de l'Enfer, c'était seulement pour attirer l'attention de ton père ?
- Tu comprends vite.
Son expression changea encore.
Charon lui adressa un regard haineux... et pour Shiro, celui-ci fut le pire.
- Mais malheureusement... Mon père ne répond pas à mes appels. Il demeure silencieux. Il refuse de me parler alors que j'ai tout essayé.
Cela tétanisa l'enfant aux cheveux blancs.
- ... Je vais finir par croire que c'est ta faute.
Le visage de Shiro se décomposa.
- Ma faute ? En quoi est-ce de ma faute ?
Il croyait vraiment que Shiro se tenait entre Charon et son père... Mais comment le pourrait-il ? De quelle manière ?
Si Nero n'était pas son père, de qui parlait-il ?
- Tu n'es même pas le fils de Nero.
Charon effectua un pas dans sa direction.
- Il n'y a rien de plus important qu'un lien entre un père et son fils. Tu n'es rien du tout pour lui. Vous n'avez aucun lien entre parent et enfant. Ce que vous partagez, c'est de l'amour soi-disant « filial » mais qui relève d'un profond égoïsme.
Shiro se leva de son lit.
- Nero est mon père, articula-t-il sur chaque mot. C'est peut-être mon oncle biologiquement parlant, mais il m'a élevé et il demeurera mon père. Tu peux me critiquer, mais tu ne pourras jamais m'ôter cela.
Charon se contenta de glousser à nouveau.
- Mais tu n'es pas immortel, Shiro. Tu n'es pas éternel.
Cela glaça le sang de l'enfant aux cheveux blancs.
- ... Je te considérais comme mon ami.
Cela devait être secondaire que Charon et Shiro aient été « amis ». Qu'ils aient joué, qu'ils aient partagé des moments ensemble.
Mais il fut incapable de dire autre chose.
- Tu cherchais seulement un substitut, grinça Charon. Un jouet pour t'amuser.
Shiro manqua de s'étrangler d'effroi.
- Un... jouet ? Comment peux-tu penser cela ?
- Ne me dis pas que tu ne pensais pas à une certaine personne quand tu jouais avec moi. Quelqu'un que tu aurais préféré voir à ma place.
Non !
Comment pouvait-il...
L'image de Lorraine traversa brusquement son esprit.
Cela laissa Shiro sans voix.
- Pur Shiro, blanc comme neige, se moqua Charon. Alors que tu ne l'es pas. Tu es bien comme ton oncle.
Il marqua un temps avant d'ajouter :
- Tu es bien comme ton père.
Dans la chambre, il n'y eut plus que le silence.
Quand Shiro reporta son attention sur la fenêtre, Charon était déjà parti.
