OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

« ... Vous n'êtes pas mort, j'espère ? »

Peut-être que tout cela n'était qu'un rêve...

Peut-être que tout cela n'était pas réel. Etendu sur un sol qui n'existait pas, le corps meurtri, baignant dans son sang mélangé à celui de son « frère », Weiss se tenait à la croisée de la conscience et de l'inconscience.

Ce fut la voix qui le réveilla.

Qui était-ce ?

Une voix féminine, très douce, qui aurait pu se fondre dans une berceuse.

Peut-être que tout ce n'était qu'un rêve, au final.

Peut-être qu'à l'heure actuelle, Weiss se trouvait encore à Deepground. Peut-être se trouvait-il encore sous sédation, attaché solidement à son trône par les chaînes qu'il avait tant essayé de briser. Peut-être qu'il se réveillait d'un long rêve. Peut-être qu'il était appelé pour combattre dans l'arène.

Peut-être que tout cela n'avait été que le produit de son imagination.

Il était encore à Deepground... Bientôt, les scientifiques allaient encore le livrer à des expériences sordides.

Peut-être pourrait-il au moins voir Nero ?

Que se passerait-il s'il choisissait de se laisser tomber dans l'inconscience ? Afin de ne plus jamais se réveiller ?

Il avait pensé ce qu'il disait, après tout. Ce qu'il avait dit à G...

Il serait au moins libre dans la mort...

Il serait libéré de tout cela. Libéré de ces responsabilités qu'il ne désirait pas.

Omega... La Fin... Le Début... La Genèse...

Il devait seulement lâcher prise.

« Vous abandonnez maintenant ? Après tout cela ? »

Weiss rouvrit péniblement les yeux.

Tout était flou autour de lui... Il sentait à peine ses propres membres. Cet endroit avec cette horrible couleur dont il portait le nom...

Il n'aurait jamais cru penser cela un jour, mais il préférait encore Deepground à cet endroit. Au moins, à Deepground, aussi calamiteux avait été l'endroit, il s'était au moins senti chez lui. Une parodie d'un endroit qu'il pouvait appeler une « maison ». Une maison, malgré les Restrictors, les scientifiques qui n'avaient été que des parasites à ses yeux.

Une silhouette dont il discernait à peine les traits était penchée sur lui. Weiss plissa les yeux, essayant de rendre sa vision plus nette.

Une femme. Une femme avec de longs cheveux couleur lilas, des yeux clairs et une robe qui lui recouvrait les jambes et les pieds.

Une robe qui aurait pu se dessiner dans les étoiles...

Pas les étoiles du faux ciel, du simulateur. Les vraies étoiles.

Weiss ne put réprimer un sourire ironique. Le simple fait de glousser lui arracha une violente douleur dans la poitrine.

- ... Tiens. On n'a pas eu l'occasion de faire connaissance. Une autre divinité qui vient m'affronter ? Finir le travail que G lui-même avait commencé ?

Il remarqua l'ombre d'un sourire sur le visage de la femme.

- Je crois que cela ne sera pas la peine. Weiss, n'est-ce pas ? Mon nom est Nyx.

Ce nom lui était familier.

Weiss ferma les yeux. La bouche entrouverte, les pensées fusèrent dans son esprit, cherchant à rattacher ce nom à un souvenir.

Oh.

Il venait de trouver. Lui qui était sur le point de basculer dans l'inconscience et ne plus jamais se réveiller, il arrivait encore à relier les fils de son esprit.

- ... Vous êtes la Nuit, constata-t-il. Et vous êtes la mère de Charon.

Nyx hocha la tête, confirmant ses dires.

- C'est exact.

Elle paraissait être le contraire de son fils. Lui qui était enclin à la provocation, au jeu, comme un enfant capricieux, Nyx était posée et polie, avec un côté précieux. Dans d'autres circonstances, Weiss l'aurait même jugée raffinée avec ses bonnes manières. Mais l'heure n'était pas à cela.

- Venez-en au fait, souffla Weiss, la voix rauque. Si vous êtes là, c'est que vous avez une bonne raison.

Nyx se rapprocha de lui, le jugeant avec une expression que Weiss n'appréciait pas, habituellement. Exécrait, même.

De la pitié.

Mais actuellement, il ne lui en tint pas rigueur. Il ne lui ordonna pas de cesser de le regarder comme ça. Pour l'heure, la curiosité, au-delà du fait qu'il endurait la douleur infligée avec grande peine, prévalait.

- J'ai besoin de vous pour une mission importante, avoua Nyx avec sollicitude.

- Laquelle ? Omega ? grinça Weiss, sentant la lassitude poindre. Laissez tomber. Il m'a rejeté.

Il marqua une pause, avant d'ajouter, le ton venimeux.

- Et de toute manière, même s'il m'avait accepté, j'aurais refusé. Juste pour les mensonges et la trahison de mon soi-disant « frère ».

- C'est pour cela que vous êtes là, déclara Nyx.

- Non, la coupa Weiss avec fermeté. Parce que G m'a menti. Il m'a dit que mon frère était mort, alors que ce n'est pas le cas. Il m'a caché le fait que j'avais eu un fils. Tout cela pour que j'accepte mon rôle, comme vous aimez tant l'appeler.

Nyx ferma les yeux. Elle ne réagit aucunement mal à ses mots.

Non. Il y avait une certaine mélancolie dans ses yeux.

- Moi aussi, je suis une fervente partisane du fait qu'il faut accepter le rôle qui nous incombe. Qu'on doit tous endosser nos responsabilités.

- Pff. Ne commencez pas à m'énerver.

- Vous me faites penser à mon fils sur ce point.

Weiss se sentit tressaillir, dégoûté à l'idée d'être comparé à Charon.

- Et c'est pour lui que je viens vous voir, avoua Nyx.

- Pourquoi faire ? soupira Weiss tandis qu'il sentait sa tête tourner.

- J'ai besoin de vous pour l'arrêter.

Ses mots mirent un terme aux envies de rejet, de rébellion, de provocation de la part de l'Empereur de Deepground.

Il toisa Nyx, trop surpris pour répondre.

- Il a envoyé des créatures des ténèbres sur Gaïa, l'informa Nyx, toujours sur le même ton contenu. Des ténèbres de la Rivière de la Mort. Il ne se contrôle plus et elles sont en train de tout ravager sur Gaïa.

Weiss demeura sans voix face à la demande de Nyx.

- Vous êtes des divinités, lui répondit-il. Vous avez le pouvoir de tout faire. Pourquoi avoir besoin de moi ?

- Vous êtes le seul à pouvoir purifier ces créatures, Weiss. Vous connaissez les ténèbres mieux que personne.

Bien sûr...

- Charon ne veut pas m'écouter, soupira Nyx. Il n'écoute plus personne.

- C'est votre fils, lui rétorqua Weiss, acide. Vous n'avez qu'à le raisonner. Ce n'est pas mon problème.

Il en avait ras-le-bol d'être considéré comme le toutou des autres. Des scientifiques, de Restrictor, des divinités... Sois gentil et tue les Tsviets. Sois gentil et deviens Omega. Sois gentil et va arrêter Charon pour moi.

- Je n'obéirais plus aux dieux, désormais. Vous m'avez menti et je déteste la trahison. J'ai suffisamment donné avec Omega.

- Je crois que c'est votre problème aussi, fit Nyx.

- Ah oui ? Et je peux savoir en quoi cela me concerne ?

Nyx marqua un temps avant de répondre.

- Je suis quelqu'un qui aime profondément son frère et ses enfants. Cela doit être la même chose pour vous, non ?

Weiss plissa les yeux à cette remarque.

Il n'aimait pas la tournure de cette conversation.

- J'ai tout donné pour mon frère, c'est vrai. Enfin, autant que je le pouvais.

- Alors, vous ne serez pas insensible au fait que Charon en ait après votre frère ?

Cela fit l'effet d'une bombe.

- Comment ça ? articula-t-il, le ton sourd.

- Vous savez que Charon en a après Nero.

Nero a mon père.

- Il va s'en prendre à lui. Cela n'est qu'une question de temps, déclara amèrement Nyx. Il est déjà en train de s'en prendre à lui.

- Vous croyez que Nero va se laisser faire ? Vous ne le connaissez pas aussi bien que moi. C'est lui, le Maître des Ténèbres, cracha Weiss, essayant de masquer l'inquiétude naissant en son être.

- Il n'y a pas que lui. Qu'en est-il de Shiro ?

Weiss sentit un vif frisson à la mention de ce nom. Il avait encore du mal à intégrer qu'il avait un fils.

- Qu'est-ce que vous souhaitez que je fasse par rapport à Shiro ? grinça Weiss, froid. Je ne le connais même pas. Et je ne vois même pas pourquoi Charon s'en prendrait à lui.

- Le simple fait qu'il envoie ces créatures sur Gaïa constitue une menace suffisante.

La sollicitude et l'inquiétude de Nyx fut remplacée par une amère sévérité.

- Vous êtes son père, non ? La sûreté de votre enfant devrait vous inquiéter.

- Je n'ai pas désiré cet enfant, répliqua Weiss, immédiat. J'imagine que les vôtres étaient le fruit de votre union avec votre frère Erebus. Mes félicitations. Pour moi, ce n'était pas consenti. Il s'agissait du fruit d'une expérience.

Même s'il demeurait furieux que G lui ait caché son existence.

- Cela demeure votre héritier, releva Nyx. Vous devez avoir un minimum d'instinct humain, même si on vous a ôté votre humanité il y a longtemps. Et si vous ne le faites pas pour lui, faites-le pour vos projets.

Son héritier...

Oui. Il avait réussi à suivre le conseil d'Azul. Tout Empereur devait avoir un héritier, même si cela était arrivé très tardivement.

Peut-être que c'était même trop tard.

- Sauf que si j'interviens, répliqua sèchement Weiss, vous ne me laisserez pas rester longtemps dans le monde extérieur. Vous ferez comme le reste. Vous allez me laisser à l'air libre le temps que j'accomplisse ma « tâche » avant de me ré-enfermer dans cet endroit maudit. Pour de bon, cette fois.

Il put lire les émotions sur le visage de Nyx.

Pas aussi arrogante que Charon, pas aussi moralisatrice que G...

Avec elle, le courant passait bien.

Malgré lui, Weiss ne pouvait pas s'empêcher de se demander comment se comporterait la Déesse, s'il la rencontrait un jour.

- Omega, précisa-t-il, perfide.

- Non, avoua Nyx. Vous ne serez plus obligé de rester ici.

Si Weiss n'avait pas été aussi tétanisé, il aurait cru à une mauvaise blague.

- Je vous demande pardon ?

- Vous m'avez comprise. Si vous m'aidez, si vous nous aidez, vous serez libre de retourner auprès de votre frère. Et votre fils aussi, si vous le désirez.

- Je vous rappelle que G m'a menti parce qu'il croyait que j'allais recréer Deepground. Que je les enverrais décimer l'humanité.

Nyx prit un air grave, quand bien même elle demeura stoïque.

- Et vous le feriez ?

Weiss se contenta de lui sourire, le regard mauvais.

Il tenait ses promesses.

- Bien sûr. Bien sûr que je le ferais. Et vous voulez quand même me faire sortir d'ici ?

Nyx ne s'en démonta pas.

- Oui, répondit-elle de manière inattendue. La Déesse a jugé que Charon constituait une plus grande menace que vous et Deepground. Mais n'ayez crainte, on s'occupera de vous plus tard.

Weiss renifla de mépris.

Parce qu'ils étaient des dieux, ils croyaient qu'ils auraient aisément le dessus sur lui ?

Weiss n'allait pas leur laisser la tâche facile.

Mais peu importe. Qu'ils viennent.

- Alors ? Est-ce un « oui » ? insista Nyx.

- Et qu'en est-il d'Omega ?

La réponse de Nyx fut sèche.

- Cela ne vous concerne plus.

Enfin une bonne nouvelle.

Weiss se mit à tousser en guise de réponse.

- J'aimerais bien, même si mon corps n'est pas au meilleur de sa forme. G a bien combattu. Je dois admettre sa valeur au combat.

Nyx garda le silence.

Elle se contenta de se pencher pour lui tendre la main.

Quand Weiss la saisit, toute douleur disparut.

Il se tenait debout, face à la Nuit, observant ses mains avec stupeur. Il n'avait plus mal. Plus aucune blessure.

Il était guéri, prêt à combattre.

Weiss adressa un sourire à l'égard de Nyx avant de dégainer « Paradis » et « Terre ».

- Qui dois-je tuer ?

Nyx ne lui rendit pas son sourire.

Elle se contenta de lui tendre quelque chose qu'elle tenait derrière son dos. Quand Weiss abaissa le regard, il remarqua que c'était une pelote de laine rouge.

C'était une blague ?

- On se perd facilement dans les dimensions, fit Nyx alors qu'elle tenait l'autre extrémité de la pelote de laine par un fil. Je vais vous ouvrir un portail et vous me suivrez. Mais quand le moment sera venu, vous en aurez besoin pour sortir.

Weiss émit un rictus pincé.

- Hm. Intéressant.

Il cacha la pelote de laine dans la poche de sa veste en même temps que Nyx tendit le bras vers le blanc les entourant.

Une lumière bleue émana de ses doigts, prenant la forme d'une grande porte qui s'ouvrit devant eux.

Weiss garda les lames sorties.

- Après vous, railla-t-il.

- Trop aimable, répliqua Nyx alors qu'elle se dirigeait vers le portail, d'un pas lent et déterminé.

Il fallait qu'ils s'en tiennent au plan.

Au moins, il avait une chance inespérée de sortir. Il n'avait pas l'intention de la laisser passer.

Dès que Weiss franchit le pas et se retrouva à son tour de l'autre côté, lui et Nyx furent rapidement encerclés par des créatures sans visage.

Weiss aurait dit qu'ils ressemblaient à des fantômes, sans leur entité noire et leurs faux...

Des créatures de ténèbres.

Weiss ne cligna même pas des yeux. Il leur adressa un regard féroce, comme un prédateur prêt à traquer sa proie.

Il serait libre, peu importe le prix.

Il prépara la « lame immaculée », et chargea.


Elle servait les derniers clients avant de fermer boutique.

La clientèle n'avait pas été très affluente aujourd'hui. Pourtant, l'expression des gens qui défilaient au sein de la Pâtisserie Dorée de Wutaï demeurait la même.

Ils étaient inquiets. Chacun disait à l'autre de se réfugier à l'abri. Une attaque allait peut-être bientôt survenir.

Une attaque ?

Intriguée, Ophelia n'avait pas su de quoi ils parlaient, trop occupée à servir. Mais finalement, elle s'était laissée à la curiosité et avait demandé aux clients quelles étaient les nouvelles.

« Vous n'êtes pas au courant ? » lui avait répondu la vieille dame, la dévisageant comme si elle était une arriérée. « Tout le monde en parle ! Il y a eu une attaque de monstres. Si proche d'ici en plus ! »

Ophelia avait froncé les sourcils, incrédule.

Des monstres ?

- Enfin, regardez les informations ! Ils en parlent partout ! avait grincé la vieille dame.

- Mais... où ?

La cliente avait déjà quitté la boutique d'un pas précipité.

Ophelia sentit son estomac se tordre. Blême, elle ne comprenait pas d'où venait ce sentiment.

C'était comme... instinctif. Un mauvais pressentiment.

Sans réfléchir, alors que les derniers clients n'avaient même pas encore commandé, elle attrapa son téléphone portable et pianota sur les réseaux sociaux pour accéder aux dernières nouvelles.

Ce qu'elle lut lui glaça le sang.

« Vous avez vu ? » entendit-elle une femme qui pointait l'extérieur. « Le ciel... A cette heure, pourquoi fait-il encore jour ? »

Ophelia ne fit même pas attention à ce qu'elle racontait.

Elle sentit son cœur s'emballer à la lecture des horreurs qui défilaient sous ses yeux.

« Des monstres, la Nuit qui ne vient jamais... Est-ce la fin du monde ? »

« Des créatures de ténèbres attaquent la ville d'Edge. »

Tremblante, elle laissa tomber son téléphone portable. Elle n'entendit même pas l'écran se briser au sol.

« Tout va bien ? »

Ophelia sentit sa gorge se nouer tandis que les larmes lui montaient aux yeux.

Ce mauvais pressentiment...

Elle savait maintenant d'où il provenait.

Il était là-bas.

Il était dans la même ville où se trouvaient ces monstres.

Ophelia secoua la tête, tandis qu'elle étouffa un sanglot. Elle se moqua bien de tomber en pleurs devant les clients.

Comment avait-elle pu le laisser là-bas ?

Comment avait-elle pu l'abandonner ?

Elle aurait au moins pu avoir la force de se rendre au rendez-vous... De faire l'effort de le voir, de lui parler.

Mais non. Elle avait fait demi-tour.

Et à présent, il était en danger.

Alors que si... si elle l'avait ramené ici, si elle l'avait pu lui fournir un toit à Wutaï, il ne serait pas à Edge en ce moment même !

Quel genre de monstre était-elle ?

Elle ne l'avait pas désiré, c'est vrai. Le voir lui rappelait d'horribles souvenirs.

Mais il n'en demeurait pas moins son fils.

Le seul enfant qu'elle avait et qu'elle n'aurait jamais !

« Madame ? »

Ophelia serra les poings.

Elle était faible, tout simplement.

Et maintenant, elle le regrettait alors qu'elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même.

« ... Pourquoi les autorités de Wutaï ne font rien ? » se contenta-t-elle de déclarer entre les sanglots.

Non... Elle ne pouvait pas rester là sans rien faire !

Pas cette fois.

Ophelia ne servit pas les derniers clients. Elle ne leur signala même pas que la boutique était fermée.

Elle se contenta d'ôter son tablier avant de le balancer derrière le comptoir.

Puis, passant devant les clients déconcertés par son attitude, Ophelia se rua dehors, sans savoir où aller.

A Edge...

Elle devait se rendre à Edge !

Au-dessus d'elle, le ciel était bleu, comme à l'heure de midi.


« ... Aujourd'hui, nous allons filmer une nouvelle expérience. »

L'odeur insupportable lui prenait aux narines.

Pitié...

Pitié, s'il vous plaît ! Je vous en supplie...

Shiro demeura tétanisé de terreur tandis qu'il entendit Monsieur Cigarette bouger derrière lui.

C'était comme s'il suffoquait... comme s'il n'arrivait plus à respirer...

« Donc, tu vas ôter tes vêtements et tu vas t'injecter toi-même ce produit dans ton corps. »

Non...

Shiro secoua la tête, les yeux clos, la mâchoire serrée tandis que les larmes coulaient sur ses joues.

Non. Il ne le voulait pas.

« Shiro. Tu m'as entendu ? Dois-je me répéter ? Tu vas ôter tes vêtements et tu vas t'injecter toi-même ce produit. »

Sa vue se brouilla.

Tout était noir autour de lui...

Il se sentait oppressé, tiraillé...

- ... S'il vous plaît...

Il parvenait à peine à l'articuler. Les mots se noyèrent dans ses larmes.

- Pardon ?

Shiro n'arrivait même pas à se répéter. Il entendit Monsieur Cigarette se redresser.

- Tu es assez grand pour le faire, maintenant. Cette fois-ci, c'est pour voir comment ton corps résiste si tu t'injectes de l'acide.

Shiro pâlit à ses mots.

Il ne le ferait pas... comment pouvait-il lui imposer cela ? Le faire lui-même en plus ?

- Tu enlèves tes vêtements et tu prends cette seringue. Dois-je encore te montrer où injecter ?

Le pire était cette voix calme, presqu'apaisante.

Cela aurait été moins pire si Monsieur Cigarette lui criait dessus.

C'était juste de la torture... comment pouvait-il lui demander cela ?

Shiro ne bougea pas.

- Shiro. Arrête de faire tes caprices. Tu n'as pas le choix. Tu es seul ici. Si tu désires voir le lendemain, tu dois te montrer utile. Ou tu le fais toi-même, ou je t'avertis que ce sera douloureux. C'est ce que tu désires ? Réellement ? Dois-je allumer la cigarette ?

Presque mécaniquement, Shiro se couvrit le visage.

Non !

Il allait s'évanouir... Il risquait de s'évanouir s'il continuait de lui ordonner d'ôter ses vêtements et prendre cette seringue.

- Ton corps est puissant. Il ne devrait pas y avoir d'effets, Shiro, reprit-il d'une voix plus douce. Tu n'as pas à avoir peur.

Pitié...

- Allez. Si tu obéis, je te donnerais une sucrerie. Un bonbon au chocolat. Je sais que tu les adores. Ce sont ceux que tu préfères.

Arrête ! Arrête !

Il ne voulait plus rien entendre.

- Et ensuite, tu viendras sur mes genoux et je te ferais un câlin.

Viens sur mes genoux, Shiro...

Viens sur mes genoux, Shiro...

Viens sur mes genoux, Shiro...

- Maintenant, tu vas ôter tes vêtements et injecter de toi-même ce produit !

Cette voix ne quittait pas sa tête ! Shiro se prit la tête. Le visage déformé par la douleur, il se mit à crier.

- Tu es tout seul, Shiro.

Personne ne viendra...

Personne ne viendra le protéger...

Il était seul... il était seul avec lui. Avec Monsieur Cigarette...

Viens sur mes genoux...

Shiro appela Nero à l'aide.

Encore et encore, il le suppliait de venir ! De le protéger ! Il avait dit qu'il s'était débarrassé de Monsieur Cigarette ! Qu'il ne reviendrait pas ! Jamais !

Que pouvait-il faire ?

Que pouvait-il faire seul ?

Pourquoi devait-il supporter tout cela ?

Malgré les hurlements, malgré les menaces de Monsieur Cigarette à son encontre, malgré le bruit sinistre du briquet qui allumait la cigarette qu'il était prêt à utiliser sur lui, Shiro perçut... un son derrière les murs.

Cela fut faible... mais il parvenait à l'entendre.

« Shiro, je compte jusqu'à trois ! »

Un murmure...

Un faible chuchotement...

Shiro ferma les yeux, les larmes tombant au sol à ses pieds.

« Un ! »

C'était comme... des sons familiers.

Des chuchotements qui devinrent de plus en plus audibles...

« Deux ! »

Shiro ignorait ce qui se passait dehors, derrière le mur, au-delà de sa prison...

Mais... il avait l'impression qu'on lui tendait une clef. Une clef pour qu'il ouvre la porte de sa prison et qu'il s'évade.

Loin, très loin d'ici...

« Shiro... Ne m'oblige pas à dire trois... »

Les pas de Monsieur Cigarette devenaient de plus en plus lourds.

Il se rapprochait de plus en plus.

« Tu as gagné... tu auras droit à la cigarette. Et je peux t'assurer que je vais ôter moi-même tes vêtements et t'injecter l'acide. Cela fera très mal, Shiro. »

La terreur le reprit.

Shiro ouvrit la bouche, prêt à hurler à nouveau.

« Bats-toi... »

Shiro rouvrit les yeux.

Avait-il bien entendu ?

Cette voix...

Cette voix lui disait de se battre ?

Mais qui était-ce ?

« Bats-toi. Fais comme dans nos aventures. »

Puis, vint une musique...

Shiro serra les poings. Une musique dans un endroit pareil ?

En plus, il avait l'impression de la connaître.

Une musique... où avait-il bien pu l'entendre ?

« Shiro, viens sur mes genoux. »

Shiro serra les dents.

Il devait se concentrer sur la musique. C'était son salut... sa seule chance de salut...

Une musique...

« Tu ne verras pas le lendemain. »

Les paroles, l'air...

Sa bouche se mit à les réciter, à le humer...

« Tu es seul ici. »

Lentement, progressivement, il sentit ses membres se détendre. Cela fut bref...

Il avait toujours aussi peur. Il pleurait toujours.

« Viens sur mes genoux. »

Shiro était sur le point de s'effondrer.

C'était fini. Tout était fini.

Monsieur Cigarette était revenu...

Monsieur Cigarette avait gagné. Il serait coincé avec lui. Ici, dans cette pièce horrible, seul...

Personne ne viendrait le sauver...

« Bats-toi. »

Se concentrer sur la musique...

Se concentrer sur la voix...

- Ne tirez pas !

- Eloignez-vous ! Mettez les enfants en sécurité !

- Bats-toi...

« Viens sur mes genoux, Shiro... »

Brusquement, Shiro releva le menton.

La musique...

L'air... les paroles...

Cette musique provenait d'un dessin animé...

Un dessin animé qu'il regardait avec Nero.

Shiro se retourna lentement vers Monsieur Cigarette.

Autour de lui, la lumière bleutée l'avait encerclé. Elle se reflétait dans les yeux du monstre qui se trouvait devant lui.

Shiro poussa un hurlement.

Mais pas de peur.

Un cri de guerre.

Bats-toi...

Il n'était pas seul...

Il n'était pas seul !

Il ferait en sorte que Monsieur Cigarette ne revienne pas.

Il n'ajouta rien. Aucun mot. Aucun discours.

Shiro chargea, son arme à la main, aussi rapide qu'un éclair.

Il ne méritait même pas qu'il lui parle.

Mais l'expression horrifiée de Monsieur Cigarette fut la plus belle récompense, la plus belle victoire qu'il put recevoir.

C'était terminé.

La lumière blanche l'aveugla tandis qu'il s'extirpa de la créature des ténèbres qui l'avait englouti avant même qu'il ne puisse se réfugier en sécurité.

Cela lui procura une sensation réconfortante de voir le bout du tunnel.

Pas grand-chose... seulement un doux sentiment de chaleur malgré les mots de Monsieur Cigarette qui ne quittaient pas sa tête.

Ils ne quitteraient jamais sa tête.

Il put voir l'extérieur... le ciel bleu...

Shiro atterrit au sol à pieds joints, l'arme abaissée, sans regarder derrière lui.

Il n'avait pas à regarder derrière lui.

Tout ce qu'il savait était qu'il était libéré de sa prison.

Tout ce qu'il savait était que Monsieur Cigarette avait perdu.

Shiro avait gagné.

C'était tout ce qui comptait.


La scène avait été si lente et si rapide à la fois.

Les soldats avaient tiré à répétition sur la créature des ténèbres à forme humanoïde qui avait absorbé l'enfant sous les yeux tétanisés des civils.

Lorraine connaissait cet enfant.

Elle l'avait entraperçu avant même qu'il ne se fasse absorber...

Son cœur avait raté un battement en reconnaissant ses cheveux blancs.

Shiro...

La joie avait été de courte durée. Elle l'avait vu réapparaître après six mois sans nouvelles... seulement pour disparaître en quelques secondes.

Ce fut à ce moment-là que les soldats avaient commencé à faire feu sur la créature.

Tout s'était passé si vite...

Lorraine qui entendait les soldats crier qu'il y avait peu de chance de revoir l'enfant...

Que ce qui finissait absorbé dans les ténèbres pouvait ne jamais en ressortir...

Lorraine avait refusé de le croire.

Elle venait de revoir un ami... Son ami.

Et elle avait refusé de croire qu'il ait disparu comme ça, en un rien de temps...

Alors qu'elle avait beaucoup de choses à lui dire.

Les accompagnateurs, la maîtresse leur criaient de rentrer à l'intérieur du QG de l'ORM.

Il fallait se mettre en lieu sûr.

Les larmes aux yeux, elle avait serré la peluche Moogle contre elle.

En regardant la peluche offerte par Mitsuko, une idée avait éclairé l'esprit de Lorraine.

Une idée folle...

Mais... s'il y avait la moindre chance que Shiro revienne...

Elle n'avait écouté que son instinct.

Elle avait sorti son téléphone et avait cherché la musique du générique du dessin animé que Shiro et elle adoraient regarder, avant de la jouer.

Bats-toi.

La maîtresse était accourue vers elle pour lui agripper le bras, furieuse et inquiète.

« Tu es folle ! Rentre à l'intérieur tout de suite ! »

Mais elle n'avait pas eu le temps d'ajouter plus.

Devant elles, le ventre du spectre des ténèbres s'était ouvert.

D'un seul coup d'épée...

Shiro en était sorti, l'arme tendue en avant.

Une lumière blanche illuminant son être...

Lorraine en était restée sans voix. Elle n'avait pas reconnu Shiro.

Pourtant, c'était bel et bien lui.

Et au moment où il s'était extrait des ténèbres, le spectre avait été foudroyé par la lumière blanche.

Il n'avait laissé aucune trace...

Comme s'il n'avait jamais existé...

« Qu'est-ce que... » entendit-elle un Soldat de l'ORM.

Lorraine était demeurée immobile. Même la maîtresse n'avait pas su comment réagir face à la scène stupéfiante qui s'était déroulée devant leurs yeux.

Si impressionnant...

Mais tellement cool en même temps.

Shiro garda le regard baissé.

Quand Lorraine le détailla, elle réalisa avec stupeur qu'il avait les larmes aux yeux.

Il avait pleuré...

- ... Shiro ? l'appela-t-elle d'une petite voix.

L'appel de son nom le fit réagir.

Shiro releva le menton vers elle, la bouche entrouverte, l'expression semblable à une personne qui venait de voir un fantôme.

Quand il la vit, ses yeux s'écarquillèrent.

- Lorraine ?

Les lèvres de Lorraine s'étirèrent en un sourire.

Elle ignora la maîtresse qui lui avait lâché le bras et accourut vers Shiro, gardant la peluche Moogle contre elle.

Shiro lâcha son arme et les deux enfants s'étreignirent fortement.

Cela faisait si longtemps...

Shiro murmura, la bouche contre son épaule.

- C'était toi ? La voix qui m'a guidée ?

Lorraine opina du chef.

- La musique, aussi. Je me disais que tu avais besoin d'un coup de main.

Shiro s'écarta d'elle, visiblement ému. Et pour être franche, Lorraine avait également du mal à se retenir de pleurer.

- Je... j'ai toujours la bande dessinée que tu m'as offerte. Celle sur nos aventures.

Shiro ne put s'empêcher d'éclater de rire.

- Héhé... ce n'était pas très bien dessiné.

- Moi, j'ai adoré, déclara Lorraine. Je n'ai pas arrêté de les relire.

- Vraiment ?

Lorraine le confirma énergiquement.

- ... Je t'en ferais d'autres alors, fit Shiro, un sourire un peu gêné s'affichant sur son visage tandis que les larmes lui revenaient.

Lorraine cessa de sourire.

- Shiro ?

- Ce n'est rien.

Non, ce n'était pas rien.

Doucement, Lorraine l'attira contre lui, renouvelant leur étreinte. C'était une étreinte amicale, réconfortante.

Ils ne s'étaient pas vus pendant six mois. Elle était soulagée de savoir qu'il ne l'avait pas oubliée. Qu'ils étaient toujours amis.

- Merci, lui répéta Shiro, la voix cassée. Merci.

Lorraine ferma les yeux.

- Tu as des super-pouvoirs comme les Moogles ?

Shiro étouffa un gloussement malgré les larmes.

- Si on veut.

- C'est trop cool.

- Tu trouves ?

Elle ouvrit la bouche, sur le point de lui répondre.

Mais quand elle rouvrit les yeux, elle réalisa avec terreur que Shiro n'était plus là.

Il s'était volatilisé. Comme si quelqu'un l'avait tout simplement effacé.

Les bras qui étreignaient encore Shiro tombèrent le long de son corps.

Sous le choc, Lorraine peina à entendre les adultes l'appeler.

Pourquoi ?