OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Warning: inceste.
Le bruissement d'un objet sur l'eau...
Nero fronça les sourcils quand bien même il gardait les yeux clos. Il était allongé sur une surface dure comme du bois, qui semblait bouger en émettant de sinistres grincements. Faible, il tendit un bras tremblant, cherchant à toucher tout ce qui l'entourait.
Il se souvenait qu'il avait été absorbé.
Il se rappelait du Général MacKurie qui s'était fait empaler par les ténèbres.
Derrière lui, Charon.
Et puis plus rien. Le noir complet.
Nero entrouvrit péniblement les yeux. Au-dessus de lui, le ciel était rouge teinté de nuages noirs.
Sur le côté, quelque chose lui barrait la vue. Le corps endolori, Nero essaya tant bien que mal de se redresser.
Du bois.
Quand il se rapprocha pour regarder par-dessus la surface, il remarqua de l'eau noire sous ses yeux.
C'était comme s'il flottait dessus.
Des échos atteignirent ses oreilles.
Nero les reconnaissait entre milles. Pour avoir vécu avec son pouvoir depuis la naissance, il était devenu tellement familier avec ces sons.
L'essence de la mort. Ses hurlements sont comme une berceuse.
N'avait-il pas dit cette phrase une fois ? A Vincent Valentine et à Yuffie quand il les avait absorbés dans ses pouvoirs ?
Sûrement... et maintenant, l'essence de la mort se trouvait en-dessous de lui.
On aurait dit une barque. Une vieille barque en bois qui le transportait sur un lac de mort.
Quand son regard balaya l'horizon, il s'arrêta sur la figure qui se tenait à l'avant de la barque.
La silhouette d'un vieil homme qui fixait droit devant lui, portant sur son dos une longue faux tandis que la barque se déplaçait seule, sans besoin d'intervention. Comme si le chemin était tracé par avance.
Nero serra les poings, sentant la colère monter en lui.
Il avait attendu ce moment. Il avait attendu cette confrontation. Depuis le jour où il s'était invité dans sa dimension. Depuis le jour où il l'avait détruite.
Depuis le jour où il s'en était pris à Shiro, qu'il avait failli le voir mourir sous ses yeux...
Oh oui. Nero ne l'oublierait pas. Jamais.
« Je savais que tu étais dans le coup. »
Charon et le vieil homme travaillaient ensemble tout du long. Pourtant, le vieil homme ne lui porta aucune attention, aucune considération.
Il se contentait de diriger la barque, via une force invisible qui la poussait sans l'aide de rame.
- Dans le coup ? répéta-t-il, la voix rauque. C'est moi qui aie décidé de tout cela, Nero.
Nero aurait raillé s'il n'était pas aussi furieux.
Il ignorait où il se trouvait et il s'en moquait bien.
Il souhaitait seulement le voir détruit.
- Je suppose que Charon était ton complice.
- Mon complice ?
Ce fut à ce moment précis que le vieil homme se retourna lentement vers Nero.
L'ancien Tsviet cligna des yeux... et l'apparence du vieil homme avait déjà changé.
La stupeur le frappa quand il réalisa que le vieil homme ne se tenait plus devant lui.
Et qu'à la place, Charon, vêtu dans un kimono blanc, le dévisageait d'un air attristé.
Il n'y avait jamais eu deux ennemis.
Un seul. Un seul tout du long.
Nero aurait... dû s'en rendre compte. Il était impossible qu'il existe tant de personnes manipulant les ténèbres sur la Planète.
- Tu n'es pas aussi intelligent que tu ne le crois, Nero, souffla Charon, désemparé.
Nero se contenta de tendre le bras dans sa direction.
Les hurlements devinrent plus audibles... les âmes damnées suppliaient qu'on les achève.
Mais avant même qu'il ne puisse attaquer Charon avec ses propres ténèbres, le paysage disparut.
La barque s'effaça.
Nero se retrouva brusquement téléporté dans un autre environnement.
Il ne flottait plus sur l'eau.
Non. Il était à présent sur la terre ferme.
Le ciel rouge était devenu noir.
Les ténèbres l'encerclaient... les âmes piégées pleuraient, gémissaient, imploraient. Il ne les voyait pas mais il les entendait.
Il aurait pu croire qu'il était dans son environnement.
Mais il ne connaissait que trop bien ses ténèbres. Nero observa autour de lui, la mâchoire serrée.
- Tu penses réellement que m'absorber dans les ténèbres va me tuer ? cracha l'ancien Tsviet, méprisant.
Charon était si naïf au point de croire une telle chose ?
L'entité au visage d'enfant se matérialisa derrière lui. Nero plissa les yeux, réalisant qu'une forme se dessinait de l'autre côté.
- Il ne s'agit pas de mon but.
Nero se retourna d'un bloc vers Charon, le fusillant du regard.
- Mon but n'est pas de te tuer.
- Tu ne seras pas le premier à le vouloir, pourtant, railla-t-il méchamment.
Il en avait assez.
Il voulait seulement partir d'ici. Quitter cet endroit, peu importe de quoi il s'agissait... et retrouver Shiro.
Tel était son objectif à présent, quand bien même l'envie d'écraser la tête de Charon entre ses mains le démangeait.
- Tu es dans la Rivière de la Mort, l'informa calmement Charon.
Nero ne bougea pas. Mais lorsque Charon s'avança, le visage triste rempli d'une teinte d'un espoir qui dégoûtait l'ancien Tsviet, Nero lui adressa une expression menaçante.
Il n'avait pas peur de lui...
Non. Nero refusait d'avoir peur de Charon. Il n'avait jamais eu peur pour lui-même. Pour les autres, oui.
Mais jamais pour lui-même.
- Tu devrais reconnaître cet endroit.
- Je ne suis pas ton père, articula Nero avec mépris.
Il se mit à ricaner, âpre.
- Tu dois être si désespéré que tu es prêt à voir ton père dans n'importe qui. Alors même que je n'ai jamais eu d'enfant. Alors même que je suis stérile.
- Je sais très bien que tu n'es pas mon père.
Charon ferma les yeux, placide.
- Tu en es seulement son réceptacle. Son Hôte, si tu es plus familier avec ce terme. Un seul existe pour Erebus.
Nero sentit un frisson lui traverser l'échine.
Ces mots... Ces quelques mots si puissants...
Il se mit à penser à Chaos. Il se mit à penser à Omega.
Il se mit à penser à Weiss. Il se mit à penser à Vincent.
Eux aussi avaient été les Hôtes d'une entité.
Mais Nero ne pouvait pas en être un... Non. Impossible. Il ne l'avait jamais été. Il ne pouvait pas être comme eux.
Il ne pouvait prétendre à une telle importance, à un rôle aussi sacré.
- Tu te trompes, rétorqua sèchement Nero.
- Pourtant, c'est ce que tu es, avoua Charon. Tu es une expérience de la Shinra, mais les dieux, la Planète avait déjà réservé un rôle pour toi. Le rôle de réceptacle. Le rôle d'Hôte.
Pensif, Nero posa la question qui lui brûla aux lèvres, quand bien même il sentait qu'il n'aimerait pas la réponse.
- Et qu'est-ce que cela implique ?
- Laisser ton âme pour que ton corps accueille Erebus.
Charon marqua un temps, avant d'ajouter :
- Cela vaudrait mieux pour tout le monde.
Sidéré, Nero n'eut aucun mot pour décrire ce qu'il ressentait face à cela.
Ce que sous-entendait Charon, c'était que laisser son corps à un autre revenait à la même chose que de mourir.
Même s'il ne mourrait pas physiquement, il le serait à l'intérieurement.
Non... Charon devait mentir. Il était tellement désespéré.
Même si c'était vrai, il ne le désirait même pas.
- Je le refuse, gronda l'ancien Tsviet.
- Chacun doit endosser les responsabilités que lui incombe son rôle, lui déclara Charon, détaché. Tu n'as pas d'autres choix que de l'accepter.
Cela en devenait pitoyable...
Nero n'allait pas se laisser mourir si facilement.
Il l'aurait fait autrefois, parce qu'il aurait été incapable de vivre sans Weiss. S'il avait été incapable de le faire revivre, de le faire revenir auprès de lui, nul doute que Nero aurait laissé tomber Deepground et aurait trouvé un moyen de mourir lui-même. Seulement pour rejoindre Weiss dans la Rivière de la Vie.
Oui. Il l'aurait sans doute fait.
Mais Shiro était entré dans sa vie.
Shiro comptait sur lui...
- Vous devez faire un. Mon père et toi. Tel est ton destin, Nero le Sable.
C'était la première fois qu'il l'appelait par son titre entier.
Il était bien naïf.
- Parce que tu crois que je vais accepter ?
L'expression de Charon se durcit.
- Tu n'as pas le choix. Ta place est ici. Ton corps doit servir comme réceptacle à mon père, pour qu'il prenne ta place.
A nouveau, il essaya d'utiliser ses pouvoirs sur Charon.
Mais il en fut incapable. L'instant d'après, il se retrouva à genoux. Secoué par les nausées, il ne put se contenir plus longtemps et se mit à rendre avec douleur.
Cette matière noire...
Encore.
- Ton corps crie pour recevoir mon père, Nero. Mais tu refuses de lâcher prise.
Nero s'essuya la bouche d'un revers de main avant de lui montrer les dents.
Il avait toujours été traité comme un animal qu'on enfermait et qu'on ne ressortait que pour des expériences, des combats ou pour régler des problèmes.
- J'ai toujours combattu, grinça Nero. Vous avez déjà réservé un rôle pour moi. Peut-être. Mais vous devriez savoir que je ne me suis jamais rendu. Pas sans combattre.
- Pourtant, tu t'es agenouillé une fois devant moi. Pour supplier d'épargner Shiro. Shiro qui n'est même pas ton fils. Tu l'as pris et tu t'en es attribué le mérite d'un autre.
Nero lui adressa un air froid.
Il le lui ferait payer pour ça.
- Je n'ai jamais prétexté être le père de Shiro. J'en suis un de substitution, mais je ne suis pas SON père.
Il marqua une pause, reprenant péniblement son souffle.
- Et ces choses ne sont pas tes affaires, alors pourquoi insister ?
- Alors, tu devrais comprendre cette sensation, soupira Charon. Ce sentiment désespéré de revoir un membre de sa famille. Au point de tout mettre en œuvre pour le faire revivre, même si cela devait tout te coûter. Simplement dans le but de partager quelques heures supplémentaires en sa compagnie.
Il ne se ferait pas manipuler.
Il ne se ferait pas avoir !
- Nous ne sommes pas pareils, gronda Nero. Toi et moi, nous n'avons rien en commun.
- Pourtant, nous avons en commun, Nero.
Charon baissa la tête.
- Tu as provoqué un cataclysme seulement pour revoir ton frère. Même si cela n'a duré que quelques minutes, tu as commis un génocide avec tes camarades Tsviets à l'encontre des humains. Juste pour Weiss.
- Parce que mon frère ne méritait pas de mourir.
- Et crois-tu que mon père méritait de disparaître ? Ne penses-tu pas que je souhaitais également garder mes parents, mes frères et sœurs auprès de moi ?
Nero tiqua à cette remarque.
- Ça suffit, siffla-t-il, menaçant.
- Quoique c'est vrai. Moi, je n'ai pas commis de génocide. J'ai envoyé ces créatures sur Gaïa afin que mon père réagisse. Et cela a fonctionné. Je crois même que la Planète m'en sera reconnaissant.
Reconnaissant ?
Est-ce qu'il s'entendait parler ?
- Tu n'as jamais réellement payé pour tes crimes, déclara Charon. Les humains ont été naïfs de croire qu'ils avaient besoin de toi et de tes pouvoirs. Alors que d'autres sont morts sans raison, qu'est-ce qu'un criminel comme toi a reçu comme châtiment ? Tu t'en es tiré avec un bracelet électronique. C'est vrai. Mais tu as été logé, nourri, blanchi. Tu es libre de te balader où tu veux. Toi, un criminel coupable de génocide qui devrait être puni par la mort.
Nero secoua la tête.
- Et tu comptes me punir à la place des humains ?
- La Rivière de la Mort est un lieu de punition. Un lieu de peine. Un purgatoire. Voilà l'occasion idéale.
Nero renifla de mépris.
- Mes crimes ? Le génocide ? Le nombre de personnes que j'ai tué directement ou indirectement ? Avec mes ténèbres ou avec mes armes ? C'est cela donc, les crimes dont tu parles ?
Charon se contenta de porter son regard sur un point invisible par-dessus l'épaule de Nero. Ce dernier se retourna.
L'objet qui s'était dessiné auparavant était parfaitement net.
Une ancre plantée dans le sol... dont la chaîne remontait jusqu'en haut, sans qu'il ne puisse en apercevoir le bout.
- Sauras-tu vivre avec cela ? Avec tous tes crimes ?
- Tu crois que j'ai des regrets ?
Nero eut envie de rire. Mais il était trop amer pour cela.
- Des regrets par rapport aux humains qui nous ont torturés ? Qui m'ont séparé de mon frère ? Ils m'auraient séparé de Shiro s'ils en avaient eu l'occasion. Bien sûr que je n'en ai pas.
- C'est ce que nous allons voir, Nero.
Charon se rapprocha lentement de l'ancre. Il s'abaissa pour l'effleurer du bout des doigts, vérifiant probablement qu'elle était bien stabilisée.
Cela devait être une mauvaise blague...
- Si tu peux remonter jusqu'à la surface et atteindre la barque, tu pourras partir, fit Charon.
- Crois-tu réellement que je vais jouer à ton petit jeu ? grogna Nero.
- Tu n'es pas réellement joueur.
- Je l'étais, avant. J'adorais m'amuser. A ma manière. En jouant avec tes entrailles.
Mais il ne saurait s'amuser sans son frère.
Et l'heure était celle de sortir d'ici.
- Tu es bien naïf de croire que je vais utiliser la chaîne de l'ancre pour remonter jusqu'à la surface.
- L'autre solution est d'accepter ton rôle de réceptacle.
- Je ne crois pas.
Il allait simplement se téléporter.
Mais alors qu'il était sur le point de disparaître via un portail, il se retrouva violemment projeté en arrière.
Il siffla de douleur, se tenant la tête entre les mains tandis que son visage se déformait.
A nouveau, il se mit à vomir.
Et du sang fut mêlé à de la matière noire...
- Je le fais pour toi, insista Charon, laconique. Plus tu résisteras, plus cela sera douloureux. Il suffit simplement que tu lâches prise.
Nero lui adressa un rictus mauvais.
- J'adore la douleur. J'adore les sensations de douleur, de mort. Je ne vivais que pour cela à Deepground.
Il ne devait pas abandonner.
Sans réfléchir, il réessaya.
Non seulement cela n'eut aucun effet, mais Nero sentit sa tête tourner. L'ancien Tsviet tituba et bascula en avant, face contre terre.
Il ignora pendant durant combien de temps il fut étendu sur le sol, au milieu de ses ténèbres, de son élément.
Mais quand il rouvrit les yeux, cela fut pour voir une flaque de sang près de son visage.
Il sentit une sensation humide roulant sur ses joues. D'une main tremblante, il toucha son visage.
Du sang.
C'était une blague...
Il était celui qui contrôlait les ténèbres... et elles étaient complètement inefficaces quand il en avait besoin.
- Non seulement tes tentatives sont inutiles, mais tu finiras par céder, entendit-il la voix de Charon. Et si tu ne cèdes pas maintenant, tu cèderas en revoyant tes crimes. Tous tes actes monstrueux, tu ne seras pas en mesure de les endurer. Tu craqueras et tu supplieras qu'on t'achève. Tu supplieras et à ce moment-là, je t'offrirais le salut.
Les poings de Nero se serrèrent et se desserrèrent.
Il se releva d'un bond, ignorant la douleur dans le creux de son estomac.
Furieux, il se jeta sur Charon.
Il ne l'anéantirait pas avec les ténèbres, mais il pouvait très bien le faire souffrir !
Nero retomba à l'endroit même où se tenait Charon quelques secondes auparavant.
Charon s'était téléporté derrière lui.
- Me tuer ne servira à rien, Nero. Tu n'as que deux manières de sortir d'ici : en remontant la chaîne de cette ancre. Ou en acceptant ton rôle d'Hôte.
Nero gronda.
Il ne fit aucunement attention à son apparence pitoyable.
Il ne se ferait pas avoir par une chose pareille.
Entendu.
- ... Je choisis l'ancre, alors.
Puisque se téléporter ne servirait à rien, il jouerait au jeu stupide de Charon.
Mais il était hors de question qu'il devienne l'Hôte. Qu'il laisse son âme au profit d'un autre, quand bien même Charon jugeait qu'il méritait d'être puni. Pour tout ce qu'il lui avait fait, Nero mourrait avant de lui laisser son corps.
Nero se détourna de Charon et se dirigea à pas rapide vers l'ancre. Sans hésiter, il empoigna la lourde chaîne avec les deux mains.
Lentement, il leva la tête.
Il n'en voyait pas la fin. Cela avait l'air si haut...
Peut-être que la chaîne n'avait aucune fin. Mais pour le savoir, il devait essayer.
Bien sûr... Avec ses ailes mécaniques, il serait aisément remonté à la surface.
Mais il n'était pas en mesure de le faire.
Heureusement, avant d'obtenir ses ailes mécaniques, avant de recevoir sa combinaison, Nero avait subi l'entraînement physique de Deepground. La corde, l'escalade... Cela n'avait aucun secret pour lui.
Cela... ne devait pas être difficile.
Mais il y avait certainement un piège. Nero n'était pas dupe.
Sans hésitation, Nero enroula ses jambes autour de la chaîne et commença lentement à la remonter.
Il sortirait d'ici.
Il ne se rendrait pas sans combattre...
A Deepground, abandonner revenait à du suicide.
Nero ne regardait pas en bas. Il n'avait pas nécessairement le vertige, mais il préférait se concentrer sur son objectif.
Il n'y avait aucune raison qu'il ne réussisse pas.
A la place des ténèbres, le décor changea.
Nero était toujours agrippé à la chaîne, mais il put observer l'environnement se dessiner autour de lui.
C'était comme s'il regardait un film.
« Le film de ta vie », lui déclara Charon.
Il ne le voyait même plus.
A la place des ténèbres, Nero se retrouva au milieu d'une cascade.
Une cascade qui lui était si familière...
Non. Il ne s'agissait pas d'une véritable cascade. Mais la simulation d'un décor du monde réel.
Deux jeunes garçons jouaient ensemble à cache-cache autour de la cascade.
Un enfant aux cheveux blancs, avec une constitution déjà puissante pour son âge, enveloppé dans un uniforme qui laissait transparaître le Mako se déversant dans son corps...
Un autre, bien plus jeune, bien plus menu, dans le même uniforme...
Les cheveux noirs, les yeux rouges...
Le cœur de l'ancien Tsviet se serra à leur vue.
Nero reconnaissait ces deux enfants mieux que personne.
L'un avait l'apparence d'un ange, l'autre d'un démon.
Weiss et Nero.
Il les entendit rire.
Il vit Weiss disparaître. Nero le chercha du regard. Comme Weiss ne réapparaissait pas, l'enfant aux cheveux noirs se mit à pleurer.
Immédiatement, Weiss sortit de sa cachette et l'attrapa contre lui pour le rassurer.
« Tout ce que tu vois est un crime ».
Nero sentit que Charon était tout près de lui.
Sa bouche était proche de son oreille. Il entendait ses mots distinctement.
- Mon crime est d'avoir joué avec Weiss ?
Il ne comprenait pas.
Il prétendait le faire céder afin qu'il lâche prise. Comment pouvait-il le faire lâcher prise avec cela ? Nero avait beau réfléchir, avait beau essayer d'imaginer ce que Charon pouvait avoir en tête, quel était le but de cette manœuvre ?
- Ton crime est d'avoir aimé et d'avoir été aimé par Weiss.
Nero sentit ses poings se serrer sur la chaîne.
Il devait l'ignorer et continuer de monter.
Il ne se ferait pas avoir.
L'environnement de la cascade ne changea pas.
Mais à la place de deux enfants, cela fut deux adolescents qui se tenaient au bord de la fausse falaise. Nero portait déjà sa camisole et son masque qui lui recouvrait le visage.
Quand il se revit sous cette apparence, Nero eut du mal à imaginer qu'il ressemblait maintenant aux humains qu'il détestait. Le plus qui pouvait s'apparenter à un humain.
Weiss se tenait proche de lui, le visage à quelques centimètres du sien.
« C'est une demande pour essayer ? » lui demanda Weiss, le timbre de voix amusé.
Nero ne comprenait pas à quoi il faisait référence.
- Je veux juste savoir...Ce que cela fait d'embrasser une personne qu'on aime.
Cette scène...
Sa vision se troubla en se remémorant ce souvenir.
Weiss avait ôté son masque, ce jour-là.
Il l'avait ôté de ses propres mains pour que ses lèvres puissent toucher celles de Nero.
Des lèvres qui n'avaient jamais été embrassées par personne... Sauf par son frère adoré.
Et les sensations qu'il en avait ressenties ce jour-là... la manière dont le baiser, à l'origine chaste, s'était transformé en quelque chose de bien plus passionné. La manière dont leurs lèvres s'étaient complétées comme les pièces d'un puzzle, la manière dont leurs langues s'étaient entremêlées...
Il avait senti les frissons. Il avait senti l'électricité l'animer.
La manière dont Weiss l'avait caressé dans leur échange, la manière dont ses doigts avaient dessiné ses marques à travers son uniforme...
Nero avait désiré plus.
Plus qu'un baiser de son frère. Il aurait souhaité se débarrasser sa camisole. Il aurait voulu l'arracher, la déchirer...
Il aurait désiré que leurs poitrines nues se touchent, sentir les battements du cœur de son frère se rythmer aux siens.
Nero détourna le regard.
Il n'était pas gêné par la scène. Il n'en avait aucunement honte...
« Peut-être que si tu ne l'avais pas aimé de cette façon, ton frère n'aurait pas sacrifié sa vie pour toi. Et tu n'aurais pas cherché à le faire revivre, en croyant qu'il s'agissait d'Hojo. »
Charon lui chuchota.
« Quel genre de frère es-tu ? Tu as obéi à un imposteur qui a fait de toi ce qu'il voulait. Il a fait de toi sa chose, son animal de compagnie. Imagine ce que doit ressentir Weiss. Savoir que son propre frère ne le connaissait même pas. »
Nero sentit une boule dans sa gorge.
Cela faisait mal... Il s'agissait d'un beau souvenir et ce que disait Charon déformait la réalité. Il le rendait presque... hideux.
Il en avait presque honte.
Il devait sortir...
Il devait penser à Shiro.
Nero continua son chemin, quand bien même la boule dans la gorge et la douleur à son cœur n'avaient pas disparu.
Le décor se transforma encore.
Nero ferma les yeux. Il ne voulait pas voir. Il souhaitait seulement se concentrer sur son objectif.
Il devait atteindre la surface... remonter jusqu'à la barque...
La cascade avait disparu.
Elle avait été remplacée par les arènes de Deepground.
Weiss et Nero avaient été appelés. Cette fois-ci, ils étaient l'un contre l'autre.
Nero n'avait même pas cherché à se défendre. Il avait seulement tendu la joue pour se faire frapper.
« Bon sang, défends-toi ! »
Malgré les coups qui plurent, malgré les supplications de Weiss, Nero s'était laissé faire.
Hors de question de laisser les ténèbres l'effleurer. Il ne le toucherait jamais pour lui faire du mal.
Il préférait mourir que d'être frères ennemis.
Et s'il devait mourir, autant que ce soit de la main de Weiss.
« Weiss. Achève-le. »
La voix de Restrictor...
Weiss cessa de frapper Nero.
Il se redressa. Lentement, il se retourna vers Restrictor, un air de défi sur son visage.
« Non ! »
Accroché à la chaîne, Nero tendit la main vers Weiss, comme pour le dissuader d'attaquer Restrictor.
Mais il ne put rien faire. Weiss s'était déjà jeté sur lui.
Il fut précipité par terre. Restrictor avait dégainé sa lame et l'avait poignardé encore et encore.
« Dire que tu voulais le protéger... »
Charon secoua la tête, dépité.
« Tu disais que c'était ton but. Quel genre de personne laisse son frère se faire battre comme ça ? Tu n'as même pas essayé d'intervenir, de le défendre. Et Weiss a enduré tellement d'horreurs à cause de toi, pour toi. »
Il avait été trop faible...
Nero avait été laissé étendu sur le sol. Il n'avait même pas eu la force de tendre le bras vers Weiss pour lui attraper la main tandis qu'il le voyait se faire torturer, le regard de son frère plongé dans le sien.
- Tu ne m'auras pas, déclara Nero, le ton à peine audible.
Il continua à avancer.
Il était à présent à l'extérieur.
La Shinra, Deepground...
Il n'en restait que des débris. Des ruines.
Un Empire tombé. L'Empire de son frère...
Tombé par ses actions, tombé par sa faute...
Nero était seul. Il marchait seul dans ce monde, rejeté par la Rivière de la Vie.
Encore une fois, il avait été séparé de Weiss.
Des pleurs atteignirent ses oreilles.
Nero observa la scène, attristé.
Il se voyait venir à la rencontre d'un enfant aux cheveux blancs, aux yeux d'un bleu si pur, âgé d'à peine seulement cinq ans...
Jamais il ne pourrait oublier cette rencontre.
« Qu'allez-vous faire de moi ? »
Nero ferma les yeux, un profond sentiment d'amertume remplissant son être.
- Suis-moi.
Il avait tendu la main à Shiro.
- N'aie pas peur. Je ne te ferais pas de mal.
« Pourtant, tu lui as fait du mal. »
Nero se raidit en entendant les mots de Charon.
« Parce que sans ton intervention, l'enfant aurait été recueilli. Il aurait été élevé dans une famille aimante qui aurait pris soin de lui. Il aurait eu une vie normale. »
Non...
Nero avait bien fait. Il avait recueilli l'enfant. Il lui avait sauvé la vie.
« Tu l'as seulement recueilli parce qu'il te rappelait Weiss. Tu ne peux aimer personne d'autre que lui. »
Au début, oui.
Ce n'était plus le cas. Il aimait réellement Shiro. Pour lui-même.
« Comment as-tu osé lui priver de cette vie ? De ce bonheur ? Ce souvenir, ce crime, ce n'est que le début de trois ans d'enfer pour Shiro. »
Trois ans d'enfer... ?
- Tu l'as enfermé dans cette dimension. Sans possibilité pour lui d'en sortir.
- ... C'était pour le protéger.
- Tu as une curieuse façon de protéger les gens.
Il devina que Charon secoua la tête.
- Aucun parent décent ne ferait ça.
- Ça suffit.
- Est-ce que tu te rends compte combien c'est atroce de te connaître, Nero ? Combien c'est atroce de t'aimer ?
Nero se fit violence pour ne pas utiliser ses ténèbres pour le faire taire.
Non. Elles seraient inefficaces contre Charon... et il risquait de flancher s'il continuait.
Il devait l'ignorer.
Seulement l'ignorer.
Trois ans d'enfer pour Shiro...
Cette phrase ne quitta pas son esprit.
Il en vit enfin le bout.
Il vit enfin le bout de la chaîne.
Au-dessus de sa tête, à travers les ténèbres, Nero put discerner tant bien que mal la forme de la barque.
Cela signifiait qu'il y avait bel et bien une fin.
Il avait gagné.
Il avait gagné le jeu de Charon. Il était arrivé jusqu'en haut.
Nero tourna la tête pour regarder derrière lui, quand bien même Charon n'était pas physiquement présent.
« ... Ton jeu est terminé. »
Nero franchit les derniers mètres qui le séparait de la barque.
Il inhala, exhala.
Et sortit la tête hors des ténèbres.
Revoilà le ciel rouge. La barque telle qu'elle était depuis qu'il avait été absorbé.
- Je vais sortir d'ici, Charon.
Il trouverait un moyen de l'éliminer...
Oui. Il s'en faisait la promesse.
Nero tendit le bras pour agripper la barque et remonter à bord.
Ce fut à ce moment-là que des bras sortirent des ténèbres, attrapant Nero par le torse, les bras, les jambes...
Nero se débattit. Il donna des coups de pied, de poing pour que les entités démoniaques le lâchent...
Non !
Nero hurla.
Il ne put atteindre la barque. Cela ne dura que quelques secondes.
Le temps de voir la barque s'éloigner hors de sa portée.
Nero se sentit tomber...
Je n'ai pas... échoué, n'est-ce pas ?
Il tomba, son dos heurtant douloureusement le sol. Suite à l'impact, Nero cracha du sang mêlé à de la salive.
Il était à nouveau auprès de l'ancre...
Cette dernière n'avait pas bougé.
Non...
Non... Il n'était pas revenu au point de départ ?
« Tu n'as que deux manières de sortir d'ici : en remontant la chaîne de cette ancre. Ou en acceptant ton rôle d'Hôte. »
Nero peina à se relever tandis que les mots de Charon résonnèrent dans son esprit.
« D'autres crimes bien pires t'attendent. Tes propres crimes. »
L'ancien Tsviet n'attendit pas plus.
Il agrippa la chaîne, enroula une nouvelle fois ses jambes autour, et se hissa pour remonter en haut le plus vite possible.
Il n'abandonnerait pas.
Et plus que tout, il ne céderait pas au chantage, quitte à réessayer une seconde fois.
Il ne deviendrait pas l'Hôte d'Erebus et ne laisserait pas Charon prendre le contrôle de son corps.
