OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Warning : spoiler pour Intergrade.

Plus ils avançaient, plus les fantômes revenaient en masse.

Weiss se téléporta derrière le suivant qui croisa sa route, avant de lever « Paradis » pour le trancher en deux, la lumière pure du Mako émanant de son corps.

Le spectre s'écroula à ses pieds, réduit en deux moitiés qui se dissolurent quelques secondes après. Weiss ne s'attarda pas dessus et décida de faire le ménage : il croisa ses lames, avant de les décroiser. Cela eut pour effet d'envoyer des boules d'énergie blanches. Ces dernières s'élevèrent en hauteur avant de retomber dans un sifflement, frappant aléatoirement les créatures des ténèbres, aucune d'elles ne ratant sa cible.

« Vous êtes déjà fatigués ? »

Weiss ne pouvait s'empêcher de commenter durant le combat. Mais il s'agissait de sa façon d'être, peu importe si les ennemis en face d'eux étaient des soldats ou des entités démoniaques. Weiss se téléporta à nouveau, levant son pied qui vint frapper droit dans le visage d'un autre. La tête du spectre décolla et Weiss en profita pour le viser avec « Terre » avant de lui tirer dessus à répétition. Il en enchaîna avec un suivant qu'il poursuivit avant de l'emprisonner avec ses deux lames, le découpant en plusieurs morceaux de ténèbres qui s'éparpillèrent sur le sol avant de disparaître à leur tour.

« Minable. »

A ce rythme-là, ils seraient encore ici demain.

Nyx demeurait derrière lui. Contrairement à lui, elle ne combattait pas. Après tout, elle était une déesse. Que risquait-elle réellement de ces créatures ? Pas grand-chose. Et même si Weiss était le seul à se battre, il savait pertinemment que ses pouvoirs étaient extrêmement puissants et que si elle en venait à les utiliser, il en résulterait des dommages importants.

Peu importe, Weiss n'avait pas besoin d'elle. Il avait envie de se défouler et il s'en sortait très bien tout seul. Il l'avait toujours fait. Pourquoi cela devrait-il changer aujourd'hui ?

En même temps qu'ils avançaient, les spectres restant se mirent à reculer, demeurant sur le qui-vive. Une réaction que Weiss apprécia. Ils se sentaient menacés.

« C'est tout ce que vous êtes capables de faire ? »

Weiss en eut assez. Il prit position, dégainant « Paradis » avant de charger.

Aussi vite qu'un éclair, Weiss s'était frayé un chemin parmi les spectres. Quand il leva sa gunblade, la lumière blanche frappa les créatures en un seul temps.

Quand elle s'effaça, les spectres avaient disparu.

- Bien. On dirait qu'on avance, approuva Weiss alors qu'il se tournait vers Nyx.

Nyx ne partageait pas son enthousiasme.

Alors qu'elle le suivait, elle avait le visage fermé. Weiss connaissait cette expression mieux que personne.

Elle masquait sa douleur derrière une expression dure et stoïque.

- Puis-je savoir ce que vous avez en tête ? railla Weiss.

Nyx ferma les yeux.

La réponse ne fut pas immédiate.

- ... Rien. Le fait que j'ai échoué en tant que mère. C'est tout.

Weiss abaissa ses larmes, la dévisageant avec attention.

Nyx croisa les bras sur sa poitrine, se recroquevillant sur elle-même.

Elle ne ressemblait plus vraiment à une puissante déesse à l'heure actuelle.

Elle avait une réaction plus proche de celle de l'humain que d'une divinité.

Manifestement, la conception des liens familiaux était la même chez eux.

- Je me dis que j'aurais dû mieux le préparer à sa tâche. Et pas tout laisser à Erebus...

Weiss garda le silence.

Les histoires entre Nyx et Charon ne le concernaient pas. Et pour être franc, il pouvait presque comprendre les actions de ce dernier.

Lui non plus n'avait pas souhaité endosser le rôle d'Hôte d'Omega.

Pourquoi le devrait-il ?

Pourquoi devait-on les forcer à faire quelque chose qu'ils ne désiraient pas ? Même pour le bien de la Planète ?

Alors, oui. Il pouvait partager le point de vue de Nyx sur le fait qu'elle n'avait pas assuré en tant que mère. Mais Weiss n'avait connu la sienne que pour un temps limité. Il ne pouvait pas comparer.

A l'heure actuelle, les déboires de Charon ne l'intéressaient pas. Le but était de l'arrêter. Il se moquait bien de son histoire.

Surtout si Charon s'en prenait à son frère. Weiss l'éventrerait s'il osait toucher ne serait-ce qu'à un cheveu de Nero.

Malgré cela, alors qu'il décapita un autre spectre à l'aide de « Terre », il ne put s'empêcher de faire un commentaire à l'égard de Nyx :

- Je me moque éperdument de vos histoires. Mais bon. Vous avez d'autres enfants. Quatre autres, je crois ? Au moins, eux n'ont pas tourné comme Charon.

Les lèvres pincées, Nyx opina douloureusement du chef.

Ce n'était pas le moment de flancher. Ils le savaient bien tous les deux.

Plus ils s'avançaient, plus les ténèbres autour d'eux paraissaient s'éclaircir. La teinte noire prit une lueur rougeâtre.

Surtout qu'ils se rapprochaient peu à peu de leur objectif...

En voyant d'autres créatures apparaître, Weiss ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Cela commençait à bien faire.

- Vous êtes si pressés de mourir.

Weiss cessa de parler.

Si les ténèbres disparaissaient autour d'eux, cela signifierait qu'ils auraient atteint leur but.

- Bien. Que la chasse commence.


Un nouvel essai, de nouveaux crimes.

Nero s'y était attendu... il avait choisi de remonter le long de la chaîne pour atteindre la barque. Charon l'avait prévenu des conséquences de ce choix.

Mais lorsque le décor changea, Nero sentit l'appréhension naître en son être.

Deepground.

« Qui a fait cela ? Qui ose m'interrompre de la sorte ? »

Nero continua de monter, essayant de faire abstraction des souvenirs qui rejouaient sous ses yeux.

Il revoyait la scène de combat.

Scarlet l'avait envoyé faire le ménage. Elle l'avait envoyé traquer ces deux pestes...

Il se revoyait rire de manière incontrôlable tandis que les deux Ninjas le frappaient à répétition.

Ha hahahaha... Oui... Oui... Continuez à me donner ces sensations de douleur ! De mort !

L'un d'eux le poignarda avec son bâton.

Nero venait de disparaître dans un nuage de ténèbres.

Tout du long, il avait été en contrôle...

Tout du long, il n'avait fait que s'amuser avec eux.

C'était une chasse comme une autre...

Et au moment où les deux Ninja s'étaient rués vers la sortie, Nero avait visé l'une d'entre eux, prêt à la poignarder dans le dos.

L'homme avait fait barrage.

Il s'était placé devant elle et avait pris le coup fatal à sa place.

Nero avait ri... Se rapprochant doucement de l'homme, Nero avait posé une main délicate sur son épaule, lui indiquant qu'il l'avait piégé.

Il était à lui.

Tout était fini, maintenant.

« Tu dois survivre... »

Nero avait assisté à leurs au revoir déchirants.

Il avait entendu la fille hurler, supplier l'homme de rester avec elle, de continuer à avancer...

Il l'avait entendu appeler son nom encore et encore.

L'homme l'avait poussée à l'extérieur, les portes se refermant entre eux, les séparant de manière définitive.

Il n'avait jamais détaché son regard d'elle.

Nero avait continué de poignarder l'homme encore et encore avec ses ténèbres.

Tout en riant face à la douleur de sa victime...

Puis, dans le but de le faire souffrir mentalement, Nero avait observé ses souvenirs.

Ce fut là qu'il avait vu qui il était.

Le rôle de l'homme.

« Un grand frère... » souligna Charon.

Il avait vu l'homme revoir sa sœur, partager un souvenir avec elle...

Il l'avait vu pleurer de douleur tandis qu'elle rendait son dernier souffle dans ses bras...

A partir de ce moment-là, Nero avait cessé de s'amuser.

Il avait cessé de jouer.

Peut-être que si Nero l'avait su, il aurait...

Non.

A Deepground, il n'y avait pas la place pour la compassion. Mais revoir tout cela... toute cette séquence...

Nero sentit son cœur se tendre. Pourtant, il n'avait eu aucune affinité avec cet homme. Ils avaient été ennemis.

Tuer ou être tué... telle avait été la règle à Deepground.

Mais le plaisir qu'il avait ressenti en infligeant la douleur s'était effacée à partir du moment où Nero s'était projeté à leur place. Le Tsviet s'était contenté de le prendre dans ses bras avant de l'emporter avec lui dans les ténèbres.

Et depuis qu'il avait perdu Weiss, il ne pouvait que comprendre davantage la douleur de l'homme.

« Tu ne comprends pas la valeur d'un sacrifice. Pourtant, toi qui a un frère, tu devrais le savoir. Toutes ces émotions que tu éprouves... Cela n'efface rien », déclara Charon. « Tu as quand même ruiné la vie de deux personnes, ce jour-là. »

Nero resserra son emprise sur la chaîne.

« J'ai fait ce que j'avais à faire. Je devais les tuer. J'ai exécuté les ordres à ma manière. Et je ne le regrette pas. »

Nero devina Charon secouer la tête.

« Ton cœur dit le contraire, Nero. Si tenté que tu en aies un. »

S'il comptait montrer tous ceux qu'il avait torturé pour le compte de Deepground... Lui qui comptait le briser, cela ne fonctionnerait pas.

Peut-être avait-il ressenti un semblant de compassion pour cet homme en particulier, mais cela n'avait pas été de même pour les autres.

« Et le pire est que tu la connais. Tu la fréquentes indirectement... et tu continues de vivre alors que tu lui as pris son partenaire. Tu continues comme si tout cela n'avait pas existé. »

Nero prit une inspiration, les ténèbres s'agitant autour de lui.

S'il devait se souvenir de tous ceux qui étaient tombés de ses mains...

« La meilleure chose qui lui soit arrivée est une amnésie post-traumatique... une clémence qui l'empêche de voir que tu as ruiné sa vie. Elle croit qu'il est simplement mort à Wutaï. Mais quand elle recouvrera la mémoire... »

Il savait ce que cela signifiait.

« Ils t'avaient tous prévenus que tu aurais un procès. Mais tes semblants de bonnes actions... cela ne sera rien comparé à sa perte à elle. Au mieux, ils t'exécuteront. Au pire, ils te laisseront vivre mais enfermé, dans une cellule, loin de l'enfant que tu dis aimer... »

Cela... fit mal.

Il savait tout cela mais cela lui faisait mal.

« Alors que si tu lâches prise, tu n'auras plus à vivre avec tout cela. »

Nero abaissa le regard.

En-dessous de lui, le vide.

Il voulait qu'il lâche prise...

Qu'il lâche cette ancre...

Nero secoua la tête de manière véhémente, un nœud à l'estomac qui devenait de plus en plus insupportable.

Il reprit sa route.

« On continue, alors. »


Nero sortit sa tête de la Rivière de la Mort.

La barque était à sa portée.

Cette fois-ci, il n'échouerait pas. Pas comme la première fois...

Nero tendit le bras pour saisir le bord de la barque.

Il avait réussi.

Il tendit les bras pour se hisser à hauteur, levant la jambe pour l'enfourcher et grimper à bord.

Avant même qu'il ne puisse se glisser dedans, une main attrapa sa jambe.

Non !

Nero se sentit brusquement tiré en arrière.

Cette fois-ci, il essaya d'utiliser ses pouvoirs. Tant pis si cela lui faisait mal... Tant pis s'il vomissait des ténèbres, tant pis s'il pleurait des larmes de sang...

Nero usa de ses serpents de ténèbres pour les repousser, tranchant les bras qui essayaient de l'aspirer dans la Rivière de la Mort.

Sa tête tourna...

Nero lâcha la barque et fut précipité dans les ténèbres.

Il se retrouva allongé, revenu à son point de départ.

L'ancre qui flottait dans les ténèbres sous ses yeux, comme une provocation.

Non...

« Tu n'as que deux manières de sortir d'ici : en remontant la chaîne de cette ancre. Ou en acceptant ton rôle d'Hôte. »

Nero adressa un regard meurtrier à destination de Charon.

- ... Va mourir.

Nero agrippa la chaîne et remonta.


« Discutons de ton rôle en tant que parent. »

Nero aurait aimé être sourd plutôt qu'entendre ce qu'allait lui dire Charon.

Cette fois-ci, il était à l'extérieur.

Au milieu de la nature, avec Shiro.

Ce paysage...

Gardé dans les bras de Nero, Shiro tendit le bras vers un Chocobo pour le caresser.

En se rappelant ce souvenir, le dégoût que Nero avait pour lui-même se mit à accroître, le rythme de son cœur s'accélérant dans sa poitrine.

Shiro souriait.

Shiro le remerciait.

Nero secoua la tête, ne voulant pas regarder la suite.

« Qui êtes-vous ? »

Les poignets de Nero tremblèrent.

Le fermier venait d'apparaître.

« Qu'est-ce que c'est... que cette apparence ? »

Le fermier les menaçait.

Il s'était attaqué à lui pour défendre Shiro, se répétait-il à lui-même tandis que les coups de feu répétés atteignirent les oreilles de l'ancien Tsviet.

« On sait tous les deux que ce n'était pas ton intention. »

Shiro se mit à hurler, à pleurer...

Nero se précipitait vers lui pour le réconforter.

« Je veux rentrer à la maison ! Je veux rentrer à la maison ! »

La vision de Nero se troubla.

« Manipulation psychologique d'un enfant », soupira Charon. « Bravo. Et tu te dis être un bon parent ? »

Non...

Il ne l'était pas. Il savait très bien qu'il ne l'était pas.

« Tout cela lui a réveillé d'affreux souvenirs. Monsieur Cigarette, Jin Satsu... parce que tu as fait usage de la violence dont il était victime à Deepground, à la Shinra. Sans cela, sans toi, il n'aurait pas re-vécu ces affreux cauchemars. »

La mâchoire serrée, Nero ne répondit pas.

« Tu es méprisable, tu sais ? »

Nero continua son chemin.

Il devait réessayer...

Il ne devait pas l'écouter et... réessayer.


Nero tendit le bras hors de la Rivière de la Mort...

Cette fois, il n'eut même pas le temps d'effleurer la barque du bout des doigts.

Les bras l'avaient déjà saisi en lui enveloppant la poitrine, le tirant une nouvelle fois vers le bas.

Cela avait été trop rapide. Agitant les bras devant lui, Nero ne put même pas lutter.

Il atterrit une nouvelle fois au pied de l'ancre.

« Tu n'as que deux manières de sortir d'ici : en remontant la chaîne de cette ancre. Ou en acceptant ton rôle d'Hôte. »

Il allait répéter cette phrase à chaque fois ?

Charon ajouta, dur :

- Tu sais que tu peux arrêter cela. Cela continuera jusqu'à ce que tu acceptes de lâcher prise et de laisser ton corps à mon père.

Dans un geste ultime de provocation, Nero se dirigea vers l'ancre.

Il aurait seulement souhaité paraître plus fort auprès de Charon...


« Ne le dis pas à Nero... »

Non.

Pas cela. Pas ce souvenir...

Nero n'était pas du genre à supplier quelqu'un... Mais il aurait donné n'importe quoi pour ne pas à revoir cela.

Deepground.

Weiss, Azul, Argento et Shelke revenaient d'une mission avec Restrictor. L'une des rares fois où ils étaient mobilisés à l'extérieur. Ils avaient traversé la mer en ferry durant cinq jours.

Mais quelque chose s'était produit.

Il l'avait senti quand il avait revu Weiss à la cascade.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? » lui avait demandé Nero.

Weiss était devenu... plus froid, plus taciturne. D'habitude, il souriait. D'habitude, ils passaient un moment inoubliable ensemble.

Mais aujourd'hui, Weiss n'émit à peine que quelques mots.

Et Nero avait compris qu'il y avait eu quelque chose.

Plus tard, en rejoignant Azul dans le simulateur, Nero l'avait forcé à lui dire ce qui s'était passé durant la mission.

- Weiss m'a dit de ne rien te dire.

Pourquoi ?

Ils se disaient tout, Weiss et lui.

Pourquoi lui cacher des choses ?

- Tu me le diras quand même.

« Encore une fois, tu as insisté. »

Azul avait lutté au début.

Mais Nero était plus fort.

Un voyage dans les ténèbres, une revisite de ses souvenirs douloureux durant son enfance lui avait fait cracher le morceau.

Azul lui avait dit.

Weiss n'avait rien montré mais ils le savaient tous.

« Et le résultat de tout cela ? Tu croyais quoi ? Le protéger ? Alors que tu n'as jamais été qu'un boulet ? »

C'était vrai...

Parce qu'il avait insisté, il avait su la vérité.

Nero avait contenu sa rage. Il avait essayé de ne rien montrer. A la place, il s'était détourné d'Azul pour déverser sa colère et sa haine envers Restrictor sur les soldats qui étaient entrés dans le Simulateur virtuel.

Et même après cela, la rage n'avait pas diminué.

Restrictor avait touché Weiss.

C'était pire que toutes les punitions, la torture dont il était capable.

Puis, Restrictor, le responsable de tous ces malheurs, l'avait appelé.

- Aujourd'hui, tu affrontes un nouveau candidat.

« Ne le dis pas à Nero... »

Nero s'était senti trembler.

Restrictor avait continué de parler.

- Je vais prier pour ta survie, Nero le Sable.

Et tant qu'il vivrait, il ne cesserait pas de torturer Weiss.

Nero n'avait plus réfléchi.

C'était comme si on avait appuyé un bouton. Comme si une corde s'était brisée.

Il s'était jeté dessus, déversant ses ténèbres sur lui.

Il avait été rapidement maîtrisé, sans même qu'il ne puisse frapper Restrictor d'un coup qui aurait envoyé son casque voler, avec sa tête à l'intérieur.

Mais les ténèbres l'avaient quand même atteint.

Elles l'avaient seulement effleurées... Mais Restrictor en avait peut-être ressenti les effets.

- ... Appelez Weiss, avait-il décrété, posant sa botte sur le dos de Nero, pressant dessus.

Nero avait senti ses os se briser l'un après l'autre.

- Il est trop dangereux pour rester en liberté. On va l'attacher à un pilier. Avec un peu de chance, il finira par mourir. Appelez Weiss. Ce sera lui qui l'y attachera, avait-il décidé, le ton froid et impitoyable.

Le corps de Nero fut secoué de tremblements.

« A cause de toi, Weiss a affronté Restrictor seul. Si tu avais su te contrôler, tu aurais pu l'assister. Vous auriez trouvé un moyen afin d'éviter qu'il ne succombe au virus. »

Oui...

Nero aurait dû se contrôler.

Mais on avait touché à son frère.

« Tu ne fais que des erreurs, Nero. Il y a-t-il une seule bonne décision que tu as prise au cours de ta vie ? »

Il avait beau réfléchir, Nero... n'avait aucune réponse à lui fournir.

Lui qui avait été déterminé à quitter cet endroit, il commençait à être affecté par les mots de Charon et les émotions négatives qui en résultaient.

Plus lentement, il remonta le long de la chaîne.


Encore une fois, il atteignit la barque.

Encore une fois, il essaya de lutter contre les bras de ténèbres qui l'attrapèrent avant qu'il ne monte à bord.

Utiliser ses pouvoirs n'avait que pour conséquence de le faire souffrir davantage.

Il se retrouva en bas, devant l'ancre.

« Il n'y a qu'un moyen d'arrêter cela », lui susurra Charon. « Tu peux simplement abandonner et accepter ton rôle d'Hôte. »

Nero tituba.

Il agrippa la chaîne une énième fois.

Mais il n'avait plus de répartie.


« Je ne retournerais plus dans le monde extérieur », lui avait promis Shiro.

Nero ferma les yeux tandis qu'il entendait sa voix.

Ce jour-là... le jour où il avait récupéré Shiro et l'avait emmené loin du monde des humains...

« Je ne retournerais plus dans le monde extérieur. Je resterais avec toi. Comme tu le désires. Mais... En échange, promets-moi que tu ne leur feras aucun mal si je rentre avec toi. Promets-moi que tu ne t'en prendras pas à eux. »

Cela s'était produit il y a six mois...

Mais cela continuait encore de le hanter aujourd'hui.

« Je resterais avec toi. Comme tu le désires. Je ne retournerais jamais plus dans le monde des humains. Je resterais avec toi. Juste... ne t'en prends pas à eux. »

En plein milieu de son parcours, Nero s'arrêta.

Il l'avait accepté.

Il avait accepté de ne pas s'en prendre aux humains qu'il avait fréquenté s'il acceptait de revenir avec lui.

- Au revoir...

Puis, Nero avait employé ces mots durs, comme une sentence irrévocable :

- Jamais je ne te pardonnerais pour cela.

« Encore une fois, tu as privé Shiro de sa liberté. Un concept même pour lequel Weiss combattait. »

Nero baissa les yeux vers le vide.

Non. Il ne devait pas regarder en bas...

« Sans toi, il aurait eu une vie normale. Il aurait eu des amis, des parents aimants... Peut-être aurait-il pu être réuni avec sa mère. Mais toi... pour des désirs égoïstes, tu l'as gardé auprès de toi. Tu l'as empêché d'accéder à ce bonheur. »

Nero sentit un liquide chaud rouler le long de ses joues.

Il ravala ses larmes et persista.


La barque...

Juste... monter à bord de la barque...

Nero n'eut pas la force de l'atteindre...

Les créatures l'avaient déjà attrapé.

« Pourquoi persistes-tu, Nero ? A lutter contre ton destin ? »

Impuissant, Nero serra les poings.

« Personne ne veut que tu vives. Personne ne veut de toi. Tu n'as aucune place dans ce monde. »

Nero rattrapa la chaîne de l'ancre.


« Tiens, te voilà, Shelke. »

Nero eut la force de confronter son souvenir.

Il eut la force de le fixer avec haine et mépris.

- Quelle surprise.

- Pourquoi es-tu venu ici, Nero ?

- Pourquoi ? Il me manquait quelques âmes alors je suis venu en chercher.

« Est-ce que tu vois combien tu es détestable ? »

- Qu'as-tu fait de l'équipage ?

Nero avait seulement ri.

- Tu as besoin de me le demander ? Regarde autour de toi. J'ai accompli ma mission.

C'était ce qu'il disait...

Il avait accompli sa mission. Il avait tout fait pour faire revivre Weiss.

« Ces personnes ne t'avaient rien fait. »

Il s'en moquait, il s'en fichait...

- Et que comptes-tu faire ainsi ?

- Je n'en ai aucune idée...

- Toutefois, depuis mon arrivée ici, j'ai découvert quelque chose. Je ne veux pas décevoir ceux qui comptent sur moi.

« Tu n'as aucune empathie. »

Nero avait hésité ce jour-là...

Ses mots avaient quand même réussi à l'atteindre.

Parce qu'il savait que lui non plus n'avait pas désiré décevoir Weiss.

- Balivernes.


Nero s'était arrêté de monter.

Le souvenir suivant fut insupportable.

- Tu n'es qu'une abomination. Rien de plus, lui déclara le vieil homme.

Nero voulait le tuer.

Il voulait tuer Charon. Il voulait juste qu'il arrête de faire cela. De lui montrer ses souvenirs. De lui parler.

- Ton monde va brûler.

Shiro...

Lorsque ses pieds décollèrent du sol, le cœur de Nero avait arrêté de battre.

- Papa ! avait supplié l'enfant.

Non...

Il ne souhaitait pas revoir cela.

Il ne voulait pas mourir une seconde fois en revoyant Shiro être...

- Sache que ce n'est que le début de ton supplice.

Shiro qui était projeté en arrière par une force invisible.

Shiro qui heurtait sa tête contre le mur...

Nero ne s'était jamais détesté autant jusqu'à maintenant.

- C'était toi... articula Nero, le timbre faible. Tout cela, c'était de ta faute.

« Ce sont tes propres actions qui ont conduit à tes malheurs, Nero. Comment peux-tu encore vivre avec tout cela ? »

Nero qui avait cru que Shiro était mort...

Nero qui l'avait bercé dans ses bras, qui l'avait supplié de se réveiller, qui avait appelé son nom encore et encore.

- Je suis désolé... Je suis désolé d'avoir été si long à te répondre... Je... je voulais te dire que je t'aime. Je t'aime, Shiro. Je sais que tu ne me croiras pas...je sais que tu crois que je ne t'aime pas, mais c'est faux ! Je t'aime. Je t'aime tellement. Je t'aime comme mon fils. Et rien ne changera cela. Je le sais, maintenant. Je le sais.

« Non... tu es incapable d'aimer quiconque, Nero. »

Nero ne lutta plus contre les émotions.

Il se laissa aller, son corps secoué par les sanglots.


Nero ne chercha pas à atteindre la barque.

Avant même qu'il ne puisse sortir la tête de la Rivière de la Mort, les entités l'avaient déjà attrapées...

« Il est temps que tu acceptes ton rôle, Nero. Il est temps que tu laisses ta place à quelqu'un qui est réellement utile à l'avenir de la Planète. »

Les larmes ne cessèrent pas.

Nero ignora Charon.

Au-delà de ce tourbillon d'émotions à l'intérieur de son être, il y avait également... un début de lassitude.

Une envie de laisser tomber...

Une envie d'abandonner, contre laquelle il avait essayé de lutter tant bien que mal.


Devant lui, Nero voyait le cadavre de son frère, assis sur le trône.

A sa place. A la seule place où il devrait être.

Dehors, les cris des âmes qui se faisaient engloutir par le courant de la Rivière de la Vie.

Pourtant, Nero n'y faisait aucunement attention.

Nero se laissa tomber devant Weiss, entre ses jambes.

Il savait qu'il ne pouvait même pas le toucher.

Weiss lui disait qu'il devait rester pur...

Mais l'émotion fut trop grande.

Nero n'arrivait pas à endurer la vision de son frère mort.

Doucement, Nero tendit le bras vers le visage de Weiss.

Afin de ne pas le contaminer, il lui caressa la joue seulement du bout des doigts.

Même encore aujourd'hui, cette image lui portait un coup au cœur.

« Weiss ne reviendra pas. Il ne reviendra jamais. »

Nero n'avait même plus la force de remonter.

« Tu as fait tout cela pour rien, Nero. Il ne reviendra jamais. Et tu vivras seul éternellement. Tu ne pourras même pas le rejoindre dans la Rivière de la Vie, tellement tes crimes sont énormes. »

Pourquoi méritait-il tout cela ?

... Non.

Charon avait raison.

Il méritait tout cela. Ses actions avaient été monstrueuses... et aujourd'hui, il était jugé.

Aujourd'hui, il en payait le prix.


« Weiss... Mon frère adoré. Le moment est venu. »

Il avait été si réjoui de le revoir...

De revoir son frère adoré vivant.

Weiss s'était levé de son trône, tel le phénix qui renaissait de ses cendres.

Nero avait tendu le bras tremblant vers lui...

« Enfin réunis... Je ne te quitterai plus jamais, Weiss. »

Cela n'avait pas été Weiss...

Cela n'avait jamais été son frère.

Weiss l'avait toisé, un air froid sur son visage.

Un air froid qu'il ne lui reconnaissait pas.

Puis... il avait plongé sa main dans sa poitrine.

Aujourd'hui encore, Nero sentait la douleur de cette blessure qui le hanterait à jamais.

- Weiss ? avait-il balbutié, à travers les hurlements de douleur qui sortaient de sa bouche.

Weiss avait rapproché son visage du sien.

- Je n'ai que faire de toi.

Et il l'avait rejeté...

Nero avait considéré Weiss comme sa moitié...

Mais Weiss avait été manipulé par Hojo...

« Et vous croyez que votre relation saurait survivre à cela ? » chuchota Charon.


« Ça suffit ! »

« Mon frère... Omega... »

« Peut-être le néant. Mes ténèbres peuvent aussi bien absorber qu'extraire quelque chose. »

« Nous ne ferons bientôt plus qu'un avec les ténèbres. »

« Toutefois, certaines choses persistent. Des choses aussi noires que le cœur d'un démon. »

- Comme ton cœur, n'est-ce pas ? Il s'agit de tes propres mots, Nero...

« L'essence de la mort. Ses hurlements sont comme une berceuse. »

- Et tu oses dire que tu n'es pas monstrueux ?

- Ça suffit !

Il ne comptait plus le nombre de tentatives.

Il en était à bout.

Encore une fois précipité dans la Rivière de la Mort, Nero ne chercha même pas à s'avancer vers l'ancre.

A genoux devant l'entité au visage d'enfant, Nero fut incapable d'affronter le jugement de Charon.

Les mains lui couvrirent le visage tandis que sa voix était brisée par les sanglots.

- Ça suffit ! Arrête ! Arrête tout cela ! ARRETE !

Il se moquait bien d'avoir l'air pathétique...

Il n'en pouvait plus.

Il ne pouvait plus endurer tout cela... toutes ces choses...

- Ce sont tes crimes, Nero, lui rappela Charon, stoïque. Tes propres crimes. Je ne fais que te les rappeler.

Oui. Il savait... il savait que c'était ses crimes...

- Et si tu étais mort, tu n'aurais pas rejoint la Rivière de la Vie. J'aurais jugé que tu ne le méritais pas, déclara Charon. Peu importe tes raisons. Tu es un monstre, Nero. Rien de plus. Juste... un monstre.

Tu n'aurais pas rejoint la Rivière de la Vie...

Tu n'aurais pas rejoint Weiss...

- Si tu aimais réellement Shiro, acheva Charon, tu le laisserais partir. Tu te séparerais de lui. Définitivement. Il ne mérite pas de rester avec un être aussi abject. Ou mieux. Tu accepterais ton rôle pour son bien. Pour le bien de la Planète.

Il aimait Shiro...

Il l'aimait réellement...

Pour son bien... pour le bien de la Planète...

Nero découvrit son visage, souillé par les larmes.

Sans un mot, il se releva péniblement.

Une dernière fois...

Une dernière tentative...

Il s'approcha de l'ancre.

- Donc, tu ne l'aimes pas. Pas vraiment.

Nero s'immobilisa.

Il ne se retourna même pas vers lui.

- ... Tu souhaites que j'acquiesce à chacun de tes mots ? A chacune de tes paroles ? demanda Nero, le ton faible.

Oui.

Il était un monstre.

Oui. Il ne méritait pas de revenir à la Rivière de la Vie pour ses crimes.

Tout était de sa faute.

C'était de sa faute s'il en était à ce point.

- J'espère que ma douleur te fait plaisir, compléta-t-il.

Il était fatigué...

Il était fatigué de tout cela.

Nero agrippa la chaîne pour se hisser au-dessus du sol.

- Regarde, Nero. Regarde bien, l'avertit seulement Charon avant de disparaître.


Nero entendit les rires.

Les rires d'un enfant...

« Maman... »

Nero tiqua à ce mot.

Maman...

Quand il regarda par-dessus son épaule, cela fut pour observer un enfant aux cheveux blancs grimper sur les genoux d'une femme aux cheveux noirs.

Le visage de Nero se décomposa.

Il eut l'impression que son âme avait déjà quitté son corps.

Qu'il regardait la scène en tant que spectateur. Qu'il se voyait agrippé à cette chaîne, au-dessus du vide, prêt à lâcher à tout moment.

Il n'avait jamais vu Weiss aussi heureux que maintenant.

Agrippina...

Weiss posait son oreille contre le ventre rond de sa mère.

- Est-ce que ce sera une fille ou un garçon ?

Ces seuls mots détruisaient Nero de l'intérieur.

- Que préfères-tu ? lui avait-elle demandé.

Weiss se détacha d'elle en guise de réponse.

- Je ne sais pas. Mais j'avoue que je préfère un garçon.

Agrippina se mit à rire.

- Tu voudrais un petit frère, alors.

- Cela signifie que cela sera bien un petit frère ? s'exclama Weiss, enthousiaste.

Leur mère avait simplement caressé les cheveux de son fils aîné.

- Cela sera la surprise, Weiss.

Weiss avait posé sa petite main sur le ventre de sa mère, sentant l'être à l'intérieur qui allait bientôt naître.

- Tu resteras avec moi ? lui avait demandé Weiss, d'une petite voix. Même quand il naîtra, est-ce qu'on restera ensemble ?

Weiss... ne lui avait jamais parlé de cette conversation.

Agrippina avait simplement entouré ses épaules de son bras, étreignant le jeune enfant contre elle.

- Bien sûr. On restera tous ensemble, Weiss. Jamais nous ne serons séparés.

Elle avait marqué un temps avant de sourire.

- Je t'aime tellement, Weiss.

Je t'aime...

Des mots pour lesquels Nero serait prêt à tuer... mais qui lui procuraient tellement de douleur à l'heure actuelle.

Weiss avait hoché la tête, rendant son étreinte.

- Moi aussi, Maman...

« Tu as séparé une famille, Nero. »

Nero avait l'impression de ne plus respirer.

Autour de lui, Charon l'observait.

« Ton pire crime a été celui de naître. »

Celui de naître...

Sans lâcher la chaîne, Nero se recroquevilla sur lui-même.

Il ne pouvait plus...

Il ne pouvait plus endurer cela.

« Tu as tué la mère de Weiss. Tu l'as tuée alors qu'elle t'a mise au monde. Tu l'as tuée avec tes propres pouvoirs. Tu as laissé Weiss seul et tu l'as forcé à s'occuper de toi. »

Il le savait.

Mais entendre quelqu'un le dire... c'était insoutenable, insupportable.

S'il n'était pas né, Weiss aurait encore sa mère.

S'il n'était pas né, quelqu'un l'aurait protégé.

S'il n'était pas né, Weiss ne serait pas mort tué par le virus de Restrictor.

« Tout ce qui s'est produit, c'est de ta faute... »

Sa faute... sa seule faute.

Cela n'avait pas été celle d'Hojo, de Restrictor, des scientifiques...

Mais la sienne.

Sa seule faute.

« Quand vas-tu l'admettre ? Quand vas-tu le comprendre, Nero ? Que tout ce que tu touches se transforme en poison ? Que tu corromps tout ? Que tu détruis tout ? »

Il avait détruit Weiss...

Il avait détruit Shiro...

« Tu ne mérites pas de vivre, Nero. Tu ne mérites pas de fusionner avec la Rivière de la Vie. Tu ne mérites pas d'être en paix pour tes crimes. »

Qu'avait-il fait de bien ?

Il y avait-il une seule chose positive qu'il avait pu faire dans sa vie ?

Non...

Nero n'en voyait aucune.

Aucune bonne action...

« Si tu souhaites te racheter... tu sais ce qu'il te reste à faire. Laisse la place à mon père. Laisse la place à quelqu'un qui ne détruira jamais la Planète. »

Même s'il remontait, il serait à nouveau précipité en bas...

Le vide...

Le vide sous ses pieds qui lui tendait les bras...

« Lâche prise, Nero. Tous tes tourments, toute ta douleur... tout cela peut disparaître. »

Shiro...

« Shiro ira bien. Il restera avec les personnes qui prendront soin de lui. Il n'a plus à te supporter. Il pourra vivre heureux, libéré de toi. »

Oui...

Il pourrait libérer Shiro de son emprise...

Lui qui avait été un si mauvais parent... lui qui avait prétendu veiller sur lui en l'absence de Weiss. En l'absence d'Ophelia...

Il ne devait plus se voiler la face.

Il n'était pas son parent.

Il se l'était seulement revendiqué pour ses désirs égoïstes.

Tout comme ce désir égoïste d'être avec Weiss...

Weiss qui avait tant fait pour lui...

Weiss qui avait mis sa propre vie en péril alors que celle de Nero ne valait pas la sienne.

Tout ce que tu touches se détruit.

Oui...

Un monstre. Une abomination.

Que croyait-il ? Qu'il était autre chose ?

Non.

« Lâche prise, Nero. »

Il devait payer pour ses crimes.

Il devait libérer Shiro...

Il devait laisser Weiss...

Puisque sa vie n'avait rien apporté de positif, pourquoi devait-il persister ?

Pourquoi ne pas laisser la place à un autre ?

Au père d'un autre, si tel était son destin ?

A quoi bon lutter contre son destin ?

Weiss...

Shiro...

Il leur avait causé tellement de douleur. Une douleur telle qu'il ne pourrait jamais complètement effacer.

« Lâche prise, Nero. Laisse-toi aller. »

Se laisser aller...

Plus aucune tristesse... plus aucune colère...

Plus aucune douleur ni souffrance...

Il ne ferait plus souffrir Shiro.

Il ne ferait plus souffrir Weiss.

Il ne ferait plus souffrir personne d'autre.

Le vide lui paraissait... tellement plus accueillant maintenant.

A travers les larmes, Nero sentit un sourire étirer ses lèvres.

Cela avait l'air d'être un bel endroit, surtout s'il n'y avait aucune souffrance.

Nero lâcha la chaîne et bascula dans le vide.