OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
PS : Happy birthday to tiredvampire !
Les mots de Weiss avaient été énoncés sur un ton ferme et sans appel.
Alors qu'il essayait de se redresser, Shiro réprima à peine un gémissement de douleur. C'était comme si les paroles de son père avaient ravivé la souffrance endurée pendant le supplice que lui infligeait Charon.
Immédiatement, Nero l'entendit et reporta son attention sur l'enfant. En voyant les blessures, dans quel état l'enfant se trouvait, l'ancien Tsviet sombre se dirigea à toute hâte vers Shiro pour le soutenir, les ténèbres s'agitant d'inquiétude. Shiro grimaça mais tâcha néanmoins de sourire à son oncle en dépit de la situation.
Au-delà de cela, il était soulagé.
« ... J'ai cru t'avoir perdu... » murmura Shiro avec difficultés. « ... J'ai cru que tu étais mort... »
Nero lui rendit son sourire. Un sourire que Shiro ne lui connaissait pas. D'habitude, Nero se contenait. Il garda une attitude modérée. Mais ici, il paraissait avoir du mal à contenir son émotion.
- ... On ne me tue pas aussi facilement.
Un sourire sincèrement réjoui, ravi...
C'était si étrange de le voir ainsi.
Oui... Nero avait raison. On ne se débarrassait pas de lui comme ça. Mais cela avait terrifié Shiro. Il avait eu si peur de ne plus jamais revoir Nero... Même encore maintenant, Shiro avait du mal à regarder sa poitrine, entourée d'un bandage de ténèbres qui recouvrait la blessure infligée par la boule de feu de Charon.
Lorsque Nero le redressa, même en étant le plus délicat possible, cela arracha un hurlement de douleur de la part de Shiro.
- Je crois qu'il y a plusieurs os cassés, s'alarma Nero alors qu'il s'adressait à Weiss. Il a besoin de soins le plus rapidement possible.
Un peu plus en retrait, son père se contenta d'acquiescer.
Son père...
Shiro avait encore un peu de mal à assimiler le fait que l'homme présent, qui se tenait avec eux, qu'ils avaient passé tant de temps à chercher, était son père. Qu'il était enfin là, enfin revenu après des années de recherches.
- Toi aussi, Nero, lui répondit Weiss. Toi aussi, tu as besoin de soins.
- Ça va, Weiss... Je t'assure que tout va bien.
- Il faut quand même la traiter.
Il avait raison... Les blessures de Nero n'étaient pas négligeables.
- Dans ce cas, il faut rentrer, fit Nero alors qu'il tendait le bras pour ouvrir un portail de ténèbres.
Sa réponse stupéfia Weiss. Avant même qu'ils ne s'avancent vers le portail, le leader du Deepground arrêta Nero.
- Rentrer ? Où ? A Deepground ?
Nero se retourna vers lui, abasourdi.
- Tu ne... tu ne te rappelles pas que Deepground a été détruit ?
Shiro resta dans les bras de Nero, dévisageant Weiss pour voir sa réaction.
Il souhaitait que son père le regarde...
Tétanisé, Weiss gardait son attention rivée sur son frère.
- Détruit ? répéta Weiss, presque dans un chuchotement. Comment ça... « détruit » ?
Nero se raidit. L'inquiétude qu'il arborait fut immédiatement remplacée par de la culpabilité. Il savait pourquoi. Ce qu'il était sur le point d'annoncer à Weiss n'était pas une bonne nouvelle.
- Tu... quand tu as... quand tu as été possédé par Hojo, l'ORM... L'ORM a pris les armes contre nous. Ils ont détruit Deepground et... il n'en reste que des ruines, des vestiges.
Le visage de Weiss se décomposa.
Laissant les bras tomber le long de son corps, Weiss laissa ses mèches blanches cacher son visage.
- ... Je pensais que... je pensais que c'était un autre mensonge. Un mensonge de sa part, de leur part... Je savais que sans moi, Deepground n'était plus. Mais... Quand j'ai appris que tu n'étais pas mort, je pensais que... il y avait encore une chance pour Deepground.
Nero le regarda tristement.
- Et Azul ? Rosso ? le questionna Weiss. Ils sont en vie ?
Son frère secoua la tête.
- Non. Ils sont morts, Weiss. Ils ont été tués par le Gardien de la Protomatéria. Ils ont été tués par l'Hôte de Chaos. Seule Shelke est encore en vie mais... elle est avec eux, maintenant.
Eux ?
Pourquoi se séparer ? Pourquoi les appelait-il « eux » ? Shiro n'aimait pas cela. Il n'aimait pas la manière dont Nero parlait.
- Avec l'ORM, hein ?
Weiss serra les poings, une colère froide montant en son être. Pourtant, Shiro ignorait s'il s'agissait d'une colère destinée à l'ORM ou par rapport à la situation dans son ensemble.
- Je suis désolé, répondit Nero après un silence.
- Ne t'excuse pas.
Weiss se prit le visage dans les mains, comme une manière de se calmer.
- Quand tu dis « rentrer »... Où est-ce que vous habitez, maintenant ?
Nero échangea un regard avec l'enfant.
En quelques phrases, Nero lui raconta tout. Tout ce qui s'était passé pendant trois ans. La dimension parallèle dans laquelle Shiro et lui avaient vécu, avant d'être attaqués par Charon. Shiro avait eu besoin de soins et Nero avait été forcé de passer un marché avec l'ORM afin de veiller à sa sécurité, le temps que la menace des créatures des ténèbres soit annihilée.
Plus Nero poursuivait son récit, plus Shiro se rendit compte que Weiss se tendait au fur et à mesure.
Ce n'était pas bon signe.
- Tu veux dire que tu es emprisonné des humains ?
Shiro voulut crier que non !
Non. Ils ne l'étaient pas ! Mais alors qu'il ouvrit la bouche, une nouvelle douleur traversa son être, le laissant échapper un glapissement.
Nero referma ses bras autour de Shiro.
- Oui. Mais c'était nécessaire. Pour Shiro, le temps que tu reviennes...
- Je suis là, maintenant.
Weiss se rapprocha d'eux d'un pas, le regard éteint.
- Vous n'avez plus à obéir aux humains, maintenant. Tu n'as plus à le faire, Nero. Je refuse que vous soyez davantage esclaves à leur bon-vouloir.
Mais c'était faux !
C'était faux... Shiro ne se sentait pas esclave. Il aimait la compagnie des humains. Il aimait l'appartement dans lequel ils résidaient. Il aimait aller à l'école ! Il aimait Denzel, Marlène, les amis qu'il s'était fait...
Shiro voulut agripper la manche de Nero pour le laisser parler, mais il se rendit compte que Nero était complètement absorbé par ce que disait Weiss.
- Oui, déclara doucement Nero. Maintenant que nous sommes réunis, nous pouvons réfléchir à un moyen de nous extraire de tout cela.
Il était sérieux ?
Mais... il avait cru que...
Non.
Nero avait toujours été clair. Il avait toujours dit qu'il n'avait pas abandonné Deepground pour autant. La seule raison pour laquelle il s'était soumis à ce marché avait toujours été pour Shiro, le temps de retrouver Weiss.
- On ne retournera pas auprès des humains, décida Weiss, le ton impérieux. Il en est hors de question. De toute manière, tu as rempli ta part du marché. Charon est hors état de nuire, maintenant. Il sera puni et les créatures des ténèbres cesseront de souiller Gaïa. Tu n'as plus aucune raison de leur obéir.
- J'aurais dû avoir un procès à la fin de cette crise, approuva Nero.
- Tu n'auras pas besoin de procès, Nero. Et pour décider quoi ? De t'enfermer encore ?
Quitter le monde des humains...
Non... ça n'allait pas... ça n'allait quand même pas recommencer ?
Maintenant que Weiss était là, il serait encore écarté du monde des humains ?
Mais pour aller où ?
Néanmoins, Nero parut lire ses pensées.
Il parut se rendre compte de quelque chose tandis qu'il se concentra sur Shiro et la situation qui se présentait à eux.
- Mais... toi-même, mon frère... Comment as-tu réussi à survivre ? Que t'est-il arrivé ?
- Ce n'est pas essentiel pour l'instant. Mais... disons que j'étais enfermé aussi, à la merci de quelqu'un.
Les yeux de Nero se plissèrent à cette remarque.
- On en parlera plus tard, lui assura Weiss en remarquant son changement d'expression.
- La dernière fois, la raison qui m'a motivé à venir au monde des humains, cela avait été pour sauver Shiro. Il était grièvement blessé et ils avaient le matériel nécessaire.
- Que veux-tu dire ?
Weiss adressa un œil en biais à destination de l'enfant qui le fit frissonner.
- J'ai commis l'erreur de tout vouloir prendre en main, admit Nero, la honte sur son visage. J'ai été isolé avec Shiro et... j'ai réalisé qu'à nous deux, on n'y arriverait pas. Pas tous seuls, du moins.
Cela donna à Shiro un élan d'espoir.
Oui...
Même s'ils étaient trois, ils auraient besoin d'aide. Shiro se disait que peut-être, finalement, ils resteraient dans le monde des humains. Ils ne commettraient pas la même erreur deux fois.
- Hm.
Weiss se prit le menton, songeur.
- Je suis désolé.
- Ne le sois pas, avoua Weiss. Ce n'est pas si différent de ce que nous faisait subir Restrictor et les scientifiques de la Shinra. On fait ce qu'on peut pour survivre. Les humains sont tous les mêmes, après tout.
Non !
- Ils ne sont pas comme la Shinra ! cria brusquement Shiro, parlant pour la première fois depuis leur échange.
Weiss se tourna vers lui, apparaissant sidéré par la réaction de l'enfant.
- Ils sont gentils ! Ce sont mes amis et—
- Je crois que la douleur te donne des hallucinations, soupira Weiss. Tu ferais mieux de souffler et de ne pas y penser.
Bouche bée, Shiro n'eut rien à répliquer.
Contrairement à Nero, Weiss n'était aucunement ouvert à l'échange. Ce ton impérieux... personne n'essayait de le contredire quand il l'utilisait. Shiro s'en rendait compte seulement quelques minutes après l'avoir rencontré.
- Shiro, calme-toi, lui murmura doucement Nero.
Weiss ne détacha pas son regard de Shiro. Il finit par changer de sujet.
- J'ai peut-être une idée. La dimension où vous habitiez, toi et Shiro ? Est-il possible d'y retourner ?
Nero baissa la tête.
- Je ne le crois pas. Elle a été détruite par Charon.
- Mais est-il possible de voyager à travers... d'autres dimensions ? Par le biais de ton portail ? Il doit en exister d'autres, je pense.
D'autres dimensions...
Nero réfléchit à son tour.
- ... ce n'est pas impossible, finit-il par répondre. Il existe certainement d'autres dimensions. Mais je n'ai voyagé aussi loin avec mes portails.
- Alors, dans ce cas, on devrait essayer. Si on en trouve une, le plus rapidement possible de préférence, qui pourrait nous servir de foyer, alors on s'y installera, décréta Weiss.
- Et ensuite ? lui demanda Nero.
- Et ensuite, on retournera à Deepground pour chercher du matériel de soin. La priorité, c'est de vous soigner tous les deux. Mais après... on commencera à chercher les autres.
- Les autres ?
- Les autres membres de Deepground.
Alors, c'était l'objectif...
Quelques minutes après leurs retrouvailles, ils décidaient déjà de refonder le Deepground.
La crainte de Shiro s'était avérée...
- Je doute qu'il reste beaucoup de survivants, fit Nero, dubitatif.
- Cela vaut le coup d'essayer, je pense.
Nero opina du chef.
- Bien sûr, Weiss. Si tel est ton désir...
- Et si c'est une mauvaise idée ? leur demanda Shiro à voix basse.
Weiss l'avait entendu.
- On en a qu'une seule, pour l'instant, répondit-il, las.
Il y en avait une autre.
Retourner auprès des humains...
Mais ils ne l'envisageaient même pas.
- On ne sera pas séparés une nouvelle fois, déclara Nero à son tour. Il en est hors de question.
Il avait déjà compris ce que Shiro avait en tête.
Weiss se releva.
- On ferait mieux de se mettre en route.
- Il reste encore un problème.
Nero lui tendit sa jambe.
Ils purent voir tous les trois le bracelet électronique accroché à sa cheville. Shiro sentit l'amertume l'envahir en le regardant.
- Si je sors de mon périmètre, je serais électrocuté.
- Pff. Toujours les mêmes. Après les puces, le bracelet. Mais cette fois-ci, la Shinra s'appelle l'ORM.
Weiss s'abaissa près de la cheville de son cadet.
Sans hésiter, il posa la main dessus et envoya une énergie électrique qui fit légèrement tressaillir Nero. Pourtant, cela ne dura que quelques secondes.
- J'ai provoqué un court-circuit. Cela devrait le désactiver, le temps de trouver quelqu'un ou quelque chose pour le retirer définitivement.
- Tu penses vraiment à tout.
Nero agrandit le portail, en même temps qu'il attrapait Shiro dans ses bras, arrachant un nouveau frisson de douleur de la part de l'enfant.
- Je suis tellement désolé. On va te soigner très rapidement. Je te le promets, s'excusa Nero.
- Papa Nero... s'il te plaît...
Il ne fallait pas qu'ils recommencent les mêmes erreurs...
A peu de choses près, Weiss proposait le même plan que Nero l'avait fait il y a trois ans : l'enfermer dans un endroit où personne ne les retrouverait.
Weiss se retourna.
Il parut étonné de la manière dont Shiro se référait à son oncle.
- « Papa » Nero ?
Nero sursauta face à la remarque de Weiss.
- Je t'expliquerai, déclara-t-il, le ton sombre.
- ... Je vous en prie, supplia Shiro.
Mais ses supplications parurent tomber dans l'oreille de sourds. Alors que Nero portait Shiro et était sur le point de pénétrer à l'intérieur du portail, Weiss l'arrêta. Il sortit de sa veste un objet curieux.
Une pelote de laine rouge.
- Nyx me l'a donné pour retrouver notre chemin, leur signala Weiss alors qu'il pesait la pelote par terre, attrapant un fil dans sa main, prêt à la dérouler. Je pense qu'on en aura besoin.
- Elle sera déroulée avant qu'on n'arrive au bout, remarqua Nero.
- Les dieux ont bien l'immortalité. J'ose croire que c'est la même chose pour leurs objets.
Nero lui sourit en retour.
Alors qu'ils s'enfonçaient dans le portail, dans le but de trouver une nouvelle maison, un nouvel endroit qui deviendrait leur foyer, Shiro se laissa tomber contre le torse de Nero, vaincu.
Il devrait être content d'avoir retrouvé son père... que son oncle ait retrouvé son frère bien-aimé qu'il avait tant cherché et qui lui avait tant manqué...
Mais ça...
Ce n'était pas ce que Shiro désirait. Il savait très bien que cela finirait mal. Si Charon ne les attaquait plus... Il y aurait d'autres dangers.
Denzel... Marlène...
Lorraine...
Le ciel rouge disparut et le noir les entoura.
Le temps était venu.
Charon garda le visage rivé au sol. Lui qui avait toujours été quelqu'un de sûr, quelqu'un qui avait confiance en lui, en ses capacités, il réalisait combien il se sentait petit par rapport aux autres entités.
Son seul réconfort fut celui d'avoir sa mère auprès de lui...
Mais la voir sangloter à chaudes larmes lui heurtait le cœur.
Il n'avait pas voulu cela.
Il n'avait pas voulu causer autant de peine à sa mère, à son père, à sa famille...
Minerva se tenait devant lui, les bras croisés sur sa poitrine. A ses côtés, G avait les deux mains posées sur son épée plantée au sol.
Tous les deux affichaient la même expression grave.
« ... C'est fini, Charon. »
Ils savaient tous ce qui allait se passer.
- ... Je sais qu'il mérite un châtiment, implora la Nuit, la voix brisée.
Nyx se couvrait le visage dans ses mains. Elle avait honte. Elle avait honte de lui, de la situation...
- S'il vous plaît... punissez-moi à sa place...
- Nyx, commença Minerva.
- Non... je vous en prie... Même s'il a commis ces crimes affreux contre vous, je suis autant responsable que lui. Nous aurions dû... agir avant que cela ne tourne mal. Je suis sa mère, je suis responsable. Alors, je vous en prie... punissez-moi.
G s'exprima à la place de Minerva.
- Charon doit être puni. Et vous avez un rôle à remplir, Nyx. Sans la Nuit, il n'y a plus de Planète.
- Erebus ne serait pas d'accord non plus, renchérit Minerva, sévère. Que vous preniez la punition à la place de celui qui a fauté. Ce n'est pas comme ça que vous avez élevé vos enfants.
Ils avaient raison...
Cela était difficile à admettre, mais Charon était d'accord avec eux. Il n'était pas question que sa mère paie pour lui.
- Maman, il faut que j'assume mes actes. Tu n'as pas à être punie à ma place alors que tu n'as rien fait.
Il avait souhaité être réuni avec sa famille...
Mais il n'avait jamais voulu qu'elle soit punie.
Nyx se contenta de l'étreindre fortement, laissant les larmes tomber dans ses cheveux.
- ... Je suis désolée. Je suis tellement désolée pour toi, Charon.
Charon lutta pour ne pas montrer ses émotions tandis qu'il lui rendait l'étreinte.
Elle souhaitait seulement cela...
Etreindre son fils une dernière fois.
Cela fut trop court... Trop court aux yeux de Charon.
Minerva le toisa avec pitié. Il détestait cette expression, surtout qu'elle provenait d'elle.
- J'espère qu'un jour, Charon, tu réaliseras l'importance de ton rôle. A cause de toi, il est possible qu'il n'y ait plus de Nocher pour assurer sa fonction. Erebus essayera de compenser au mieux qu'il peut, étant le Maître de la Rivière de la Mort... mais rien ne garantit qu'il y arrivera.
Nyx se détourna de Charon, les cheveux cachant son visage embué de larmes.
- Je le sais, admit Charon.
- Bien. Il est temps pour toi, Charon.
Minerva lui tendit la main.
Charon fixa la main tendue, sans expression.
La toucher le dégoûtait...
L'expression de G lui indiquait clairement qu'il n'y avait pas d'autre choix. Qu'il n'y avait qu'un seul choix.
Le bon choix.
Après un dernier regard destiné à sa mère qui n'arrivait même plus à lui faire face, Charon s'avança vers Minerva.
Il lui prit la main.
L'instant d'après, il se retrouva dans le Jardin.
Charon observa autour de lui.
Son cœur manqua de s'arrêter quand il vit au loin plusieurs silhouettes familières.
Quand il plissa les yeux, il découvrit la silhouette de Nyx.
La silhouette d'Erebus.
Ses frères et sœurs... Ether, Hemera, Eleos, Epiphron...
Ils jouaient ensemble...
Ils comptaient les fleurs, ils observaient les étoiles, ils jouaient dans le lac ensemble...
Ils souriaient. Ils passaient un bon moment ensemble.
Ils étaient tous réunis.
De la façon qu'il l'avait toujours souhaitée.
Charon voulut les rejoindre.
Immédiatement, il s'élança dans leur direction.
Mais dès qu'il arriva à leur hauteur, ils s'éloignèrent.
Et quand il s'arrêta, Charon réalisa qu'ils avaient tous disparu.
Sa famille n'était plus là.
Il était dorénavant.
Charon se laissa tomber au sol.
Ne pouvant plus contenir ses émotions, il sanglota à son tour.
Au loin, très loin, depuis la Rivière de la Mort, Charon put voir les larmes couler sur les joues de son père.
« J'ai de la peine pour eux. »
Minerva se prit le visage dans une main, les yeux clos.
Cela avait été... plus dur qu'elle ne l'avait anticipé.
G se tenait à ses côtés. Difficilement remis de ses blessures infligées par Weiss, il ne pouvait marcher que quelques pas. Néanmoins, il se tenait agenouillé auprès d'elle.
Elle se moquait bien de paraître vulnérable devant lui.
- ... J'ai puni le fils de Nyx. Devant ses yeux.
- Cela était nécessaire, la rassura G. Il n'y avait rien d'autre à faire.
- Mais voir les larmes de Nyx m'a brisé le cœur.
Minerva inhala, exhala.
- Parfois, je me dis que je ne fais qu'échouer. A mon propre rôle. Je donne des leçons à tous mais... je réalise combien je suis hypocrite.
- Et qui d'autre serait en mesure de nous guider ? Si ce n'est toi ?
Minerva découvrit ses mains.
G lui souriait. Un sourire doux qu'il n'adressait qu'à elle.
Même quand elle était faible, il continuait d'être absorbé par ses paroles.
- Je ne suis pas mieux que les humains, finit-elle par déclarer.
- Tu es une Mère. Tu es Mère Gaïa. Et n'aie pas peur de craquer devant moi. Je serais toujours à tes côtés, dans les bons et les pires moments.
Minerva le dévisagea avec une expression de tristesse mêlée à de la gratitude.
Oui...
G serait toujours à ses côtés.
- Je ne regrette pas de t'avoir choisi, lui confessa-t-elle.
- Et je ne regrette pas mon rôle, lui répondit-il.
Un silence tomba entre eux.
G finit par la questionner :
- ... Qu'en est-il... de notre mission ?
Minerva ferma les yeux, amère.
Elle n'avait pas envie de penser à cela pour l'instant.
- Laissons-les profiter un peu.
G baissa la tête à cette réponse.
Après tout, ils n'en auraient peut-être plus l'occasion.
« L'enfant va bien. Tout a été pris en charge très vite. »
Allongée sur le lit médicalisé, Tifa avait écouté le docteur de l'aile médicale de l'ORM. Inquiète par rapport à l'état de santé de son enfant, elle avait tout de suite imaginé le pire après les dégâts causés par les créatures des ténèbres.
Qu'elle le perde, que les pouvoirs de ces créatures l'affectent d'une horrible manière...
Fort heureusement, le bébé allait bien. Pourtant, Tifa demanda à Cloud de la rejoindre à son chevet. Elle avait besoin de lui prendre la main, d'être rassurée par son ami d'enfance...
Silencieux, Cloud la lui prit, la gardant dans la sienne.
Aerith irait bien.
C'était tout ce qui comptait...
Dans le lit d'à côté, Rude et Tseng se tenaient au chevet de Reno. L'envie ne lui manquait pas de venir, mais Elena assurait la sécurité du Président Rufus Shinra.
Eux aussi avaient été affectés...
Reno en était encore horrifié.
Reeve entra dans la pièce, accompagné de Shelke.
Il paraissait soucieux.
« Alors ? » lui demanda Vincent.
Reeve poussa un soupir.
- Les Chiens de l'Enfer ont quitté Edge. Ils se sont... volatilisés. D'un seul coup.
Vincent acquiesça.
- C'est une bonne chose.
- Mais... Je n'ai aucune nouvelle de Shiro. Ni de Nero. C'est comme s'ils avaient disparu.
- J'ai essayé de les localiser, déclara Shelke. Mais j'ai perdu leur trace. Le système du bracelet électronique aurait pu me donner la puce à l'oreille mais... je continue de creuser.
Cid grimaça tandis qu'il allumait une cigarette, tirant une bouffée. Il était amer par la situation.
- Charon a sûrement dit vrai. Il les a absorbés tous les deux. Qui sait ce qui a bien pu leur arriver...
Shelke baissa la tête aux mots de Cid.
- Shelke ? s'inquiéta Reeve.
- ... ça va. Je suis juste... triste pour Shiro. Rien de plus.
Vincent la dévisagea. Même si elle disait vrai, peu importe si elle clamait le contraire, il y avait une part d'elle qui s'inquiétait également pour Nero. Ils avaient été dans la même équipe, autrefois. Elle ne pouvait pas être entièrement enchantée de sa disparition.
- On continue les recherches, s'assura Reeve. On est peut-être passés à côté de quelque chose.
- On a surtout besoin de repos, fit Red XIII.
- Je suis d'accord, avoua Barret. Je vais rejoindre les enfants. Il y a peut-être d'autres créatures qui errent.
Reeve approuva.
- Shelke. Yuffie et Lorraine t'attendent.
Shelke sourit faiblement à cette information. Vincent lui emboîta le pas pour la suivre à l'extérieur.
Dehors, Yuffie et Lorraine observaient le ciel.
- La nuit est revenue... constata Lorraine.
- C'est trop bizarre ! s'écria Yuffie, perplexe. Il fait jour, il fait nuit, il fait re-jour à minuit.
Alors que Shelke les rejoignait, Vincent suivait leur regard.
Oui... C'était étrange.
Tout cela... était-ce lié ?
- ... Excusez-moi.
Une voix s'éleva dans son dos.
Vincent se retourna.
Ce fut avec surprise qu'il tomba nez-à-nez avec Ophelia. Cette dernière se tenait droite, le visage anxieux et implorant.
- ... Ophelia.
- On y va, déclara Shelke alors qu'elle prenait Lorraine par la main, se mettant en route pour rentrer chez elles.
Lorraine la regarda, l'espoir dans sa voix.
- ... Où est Shiro ?
Shelke regarda droit devant elle, ne lui répondant pas immédiatement.
- Je l'ignore, Lorraine.
- On va le retrouver, essaya de le rassurer Yuffie comme elle le pouvait.
Le visage de Lorraine se décomposa. Shelke se contenta d'adresser un regard glacial à la Ninja, lui indiquant de ne pas en dire trop ou de lui donner de faux espoirs.
Malheureusement, Ophelia avait entendu la question de Lorraine. Et Vincent connaissait déjà la raison pour laquelle elle était revenue.
Elle n'était jamais venue au rendez-vous, mais Vincent ne lui en tenait pas rigueur. Il avait su qu'elle n'aurait pas la force d'endurer une telle épreuve.
Rencontrer son enfant né d'une expérience effroyable...
Shiro l'avait certainement compris aussi.
- ... Mon fils... commença Ophelia, la voix tremblante. Est-ce que... mon fils va bien ?
Vincent détourna le regard. La bouche enfouie dans son manteau, il n'avait pas envie d'être le porteur de la mauvaise nouvelle.
Mais comment pouvait-il lui cacher la vérité ?
Elle était la mère de Shiro.
- ... Il a disparu.
Cela réduisit Ophelia au silence.
Ces trois mots furent ceux qui l'achevèrent.
L'instant d'après, Ophelia s'effondra en larmes.
Ils s'étaient assurés que la voie était libre avant d'apparaître.
Après tout, même si Deepground avait été détruit, les gardes de l'ORM continuaient d'errer. Heureusement, Nero avait des yeux dans les ténèbres. Une fois que le dernier tour de garde fut mené dans la zone qu'ils convoitaient et une fois que les soldats de l'ORM s'étaient éloignés hors de leur champ de vision, Nero avait ouvert le portail.
Les tuer aurait réglé le problème. Cela avait été même la première solution. Mais ils étaient encore trop affaiblis. Ils étaient là pour récupérer du matériel de soin. Il s'agissait de leur objectif.
Et s'ils pouvaient profiter que les humains aient le dos tourné pour recréer Deepground afin de provoquer notamment l'effet de surprise, ils devaient saisir cette chance.
Nero apparut le premier. Il vérifia une dernière fois qu'ils étaient seuls avant d'inviter Weiss à sortir du portail.
« Cela fait si longtemps... »
La salle du trône.
Weiss contempla longuement l'endroit qui avait été sa prison et le lieu de son ascension. Quand bien même il n'exprima rien sur son visage, Nero sentait qu'il était malgré tout bouleversé par tous ces changements.
Tout ce qui avait été fait durant son absence... même lorsqu'ils mettaient tout en œuvre afin d'éveiller Omega.
L'idée de voir Weiss ressentir une telle émotion suffisait à faire sortir Nero de ses gonds. Au-delà de l'épuisement, Nero était en colère. En colère contre tous ceux qui leur avaient fait subir ces abominations. Hojo, Charon...
S'il pouvait les faire revivre pour les tuer encore et encore, Nero vendrait son âme avec plaisir.
Juste pour revoir le sourire sur le visage de Weiss.
Weiss marcha en direction du trône d'un pas silencieux. Son frère n'eut pas besoin de deviner pourquoi. Weiss souhaitait toucher les vestiges.
Un trône... il s'agissait d'une relique, maintenant.
Weiss l'effleura du bout des doigts. Il finit par pousser un long, profond soupir avant de s'en détourner.
- L'infirmerie, dit-il.
Nero hocha la tête avant de lui emboîter le pas.
Alors qu'ils se dirigeaient vers ce qui avait été autrefois l'infirmerie, Nero espérait qu'il reste au moins du nécessaire de premier secours. Pour soigner Shiro, surtout. Lui... lui, il pouvait endurer.
Quand bien même Weiss n'était pas d'accord avec lui.
Encore une fois, son grand frère le protégeait. Il n'avait pas changé.
Alors qu'ils marchaient, Nero laissa son regard parcourir le dos de Weiss, un sentiment de nostalgie et de confort lui pénétrant l'être.
Toujours aussi sublime...
Sa beauté pouvait s'apparenter à celle d'un dieu.
Son dieu.
En fouillant les placards de l'infirmerie de Deepground, Nero parvint à dénicher quelques pansements et des bandages. Ils pourraient immobiliser les poignets cassés de Shiro le temps que cela se ressoude.
- Elle doit être encore là... Ah.
Weiss ressortit des sous-sols de l'infirmerie, une Matéria soin à la main.
Nero la fixa avec surprise.
- L'ORM n'a pas tout récupéré, ricana Weiss, fier.
- Tu l'avais caché ?
- Je l'avais confiée à l'infirmière quand Restrictor était encore au pouvoir. Je me disais que cela pourrait servir à quelque chose.
Cela ne cessa de ravir Nero.
Son frère adoré avait réellement pensé à tout... même encore aujourd'hui, il parvenait à le surprendre.
- Il était vraiment pitoyable. Il se croyait intelligent... mais il n'aurait même pas pu lire ton esprit et deviner tes plans, même s'il en avait eu l'occasion, railla Nero, méprisant.
Weiss sourit en guise de réponse, rangeant la Matéria dans sa poche.
- On l'utilisera sur Shiro, alors, décida Nero.
Weiss ne répondit pas. Il se contenta de passer devant son cadet, fouillant pour chercher d'autres objets qui pourraient leur être utile.
- Cela me fait penser quand on échappait aux scientifiques pour explorer Deepground, se rappela Weiss.
Les yeux de Nero s'éclairèrent.
- Tu t'en souviens.
- On disait qu'on trouverait des trésors.
- Un jour, on avait même pensé qu'il existait une machine pour nous sortir d'ici... se remémora Nero.
- Si seulement cela avait été le cas.
Nero se tourna vers Weiss.
Cela n'avait pas été son jeu préféré quand il pouvait encore jouer.
- La simulation de cascade était l'endroit que je préférais, lui avoua Nero.
- Je le sais.
- On adorait s'isoler là-bas. Petits, on y jouait même à cache-cache.
- Je m'en souviens.
C'était bien son Weiss.
Pas un imposteur... Son Weiss.
L'attention de son grand frère fut détournée quand il sortit de vieux documents du tiroir. Son expression changea et Nero devina qu'il avait une idée en tête.
- Je pourrais utiliser le réseau et chercher les survivants de Deepground.
Nero n'aimait pas l'idée.
Non. Pas du tout.
- Weiss...
- Je serais prudent, lui promit Weiss sans le regarder.
- C'est comme ça que ton corps a été possédé par Hojo. Rappelle-toi.
Le visage de Weiss s'assombrit aux mots de son frère cadet.
Immédiatement, Nero se raidit. Il n'avait pas souhaité le blesser.
- Je veux juste... je ne veux pas revivre cela, Weiss.
- Je ne vois pas d'autres moyens si on peut recréer Deepground.
Oui.
- On peut le recréer, insista Weiss en prenant les vieux documents et en les rangeant dans sa veste. Cela sera même mieux que le Deepground d'autrefois qui a été corrompu par les scientifiques et Restrictor.
- C'est ce qui se fera, déclara Nero. Mais... à l'heure actuelle, on peut penser à autre chose. Moi... ce n'est pas Deepground qui est l'objet de mes pensées, maintenant.
Weiss fronça les sourcils à cette remarque.
- Ah oui ? Et à quoi tu penses ?
- A toi, admit simplement Nero. A Shiro aussi. A nous.
Weiss détourna la tête à cette réponse.
Il ne paraissait pas... ravi.
- ... Je vois.
- J'ai des affaires à prendre aussi... à l'appartement. Des affaires importantes, lui avoua Nero.
- Importantes ?
Nero hocha la tête alors qu'il ouvrait un portail de ténèbres. Il était prêt à repartir.
Alors que Weiss était sur le point d'enjamber le portail, Nero l'arrêta soudainement.
- ... Nero ?
Nero ne répondit pas.
Il se contenta de serrer Weiss dans ses bras, posant son front contre le dos de son grand frère.
- Je suis si heureux de te revoir.
Il ferma les yeux, approfondissant le contact.
- ... Tu m'as tellement manqué.
Il devina un léger sourire sur les lèvres de Weiss.
- Tu m'as manqué aussi, Nero.
Nero mourrait pour ces mots.
Une fois la Matéria Soin utilisée, les blessures de Shiro furent bien moins douloureuses. Pourtant, Nero ne s'arrêta pas là. Alors qu'il immobilisait les poignets de Shiro, il aida l'enfant à se coucher dans son nouveau lit, composé d'un modeste futon.
« ... Regarde ce que je t'ai rapporté. »
Nero sortit des ténèbres un objet qui illumina les yeux de l'enfant.
Sa peluche Moogle.
Il la posa contre la tête de Shiro, au-dessus de l'oreiller. Nero en profita pour caresser la tête de l'enfant avant de le border.
- ... Tu as l'air si heureux, constata l'enfant.
Nero sourit à cette remarque.
- Je le suis.
- Je ne t'ai jamais vu comme ça auparavant.
- Eh bien... mon rêve se réalise.
Il vit que Shiro ne souriait pas.
Son oncle sentait qu'il était triste... il appréciait le monde des humains et à nouveau, il devait le quitter. Mais Nero jugeait que c'était un mal pour un bien.
Et Weiss ferait en sorte qu'ils ne répètent pas les mêmes erreurs... Cette fois-ci, avec Deepground, Nero et Shiro ne seraient pas seuls livrés à eux-mêmes.
- ... Essaie de donner une chance à cette nouvelle vie, Shiro. C'est peut-être une chance pour nous de prendre un nouveau départ. D'être libres.
- Libre ? A Deepground ?
Le sourire de Nero disparut.
- On ne pouvait pas rester dans le monde des humains. Tu savais très bien ce qui se passerait à la fin de ce marché. J'aurais eu mon procès, j'aurais été enfermé. Peut-être aurais-je été exécuté. Peu importe mes actions contre les Chiens de l'Enfer, je sais très bien comment cela aurait terminé. Ce n'est pas ce que tu souhaites, n'est-ce pas ?
Shiro secoua la tête.
- Et notre objectif à tous, c'est de rester ensemble. Alors... essaie de donner une chance à ce nouveau monde, Shiro. Pour moi, s'il te plaît.
L'enfant garda le silence.
- ... je n'ai pas pu dire au revoir à mes amis.
Nero ouvrit la bouche à cette remarque.
Il ne trouva rien à répondre.
A la place, il caressa les cheveux de l'enfant avant de s'écarter de lui.
- Je t'aime, Shiro.
Shiro acquiesça en retour.
- Je t'aime aussi, Papa Nero.
Nero éteignit la lumière.
Lentement, il referma les deux portes coulissantes derrière lui, laissant Shiro seul et en sécurité.
Nero se trouvait à l'extérieur, debout au milieu de la terrasse de la nouvelle maison qu'il avait absorbé pour la transporter par le biais de ses portails.
Une maison traditionnelle du Wutaï... blanche à la toiture noire, au milieu d'une dimension qu'il avait découverte en même temps que Weiss et Shiro.
Une maison où il y avait un ciel similaire à celui de Gaïa.
Une nuit étoilée...
C'était juste qu'ici... ils étaient au milieu de la forêt, des montagnes.
Au loin, au-delà des arbres, Nero pouvait apercevoir un lac. Un lac où ils pourraient se baigner.
Croisant les bras sur sa taille, Nero se laissa aller à ses pensées. Il ignorait qu'il y existait tant de dimensions à parcourir au sein de ses ténèbres, de son être.
Il avait eu peur. A Deepground, il s'était toujours borné à rester dans une seule dimension qu'il avait considéré comme sa seconde maison.
Il n'avait jamais osé s'aventurer plus loin, de crainte de ne jamais revenir, de ne jamais revoir Weiss.
Il croyait même que les autres dimensions étaient terrifiantes...
Mais ici... c'était étrangement accueillant.
Si calme... si paisible. Bien plus que la dimension dans laquelle Nero avait vécu durant trois ans avec Shiro.
Il espérait que cet endroit lui plaise. Leur plaise à tous les deux.
Qu'ils aient un avenir ici... un avenir où les humains ne viendraient pas les déranger...
Nero laissa les bras tomber le long de son corps. Il finit par se diriger à pas lents vers la chambre de Weiss. Il ouvrit les portes coulissantes et se glissa à l'intérieur.
L'intérieur était simple. Un plancher en tatami, du papier épais et opaque. Assis sur un futon, Weiss fixait les alentours en silence.
- Je te promets que je ramènerai le lit de Restrictor. Enfin... ton ancien lit, le rassura Nero.
Weiss haussa les épaules.
- Ça ira. Tu en as déjà fait beaucoup. Et puis, les soldats de l'ORM risquent de se douter de quelque chose.
Nero s'assit sur son propre futon, situé de l'autre côté de la pièce.
C'était si loin l'un de l'autre. Il ne comprenait pas pourquoi Weiss les avait arrangés comme ça.
Après avoir retiré son haut, Weiss se pencha et commença à traiter les brûlures infligées par Charon. Nero tressaillit légèrement mais cela ne fut pas aussi douloureux à côté de ce qu'il avait vécu auparavant.
- ... « Papa » Nero, répéta Weiss.
Nero ferma les yeux à cette remarque.
- Je te promets que je ne comptais pas prendre ta place, Weiss. C'était juste que... il avait besoin d'un père en ton absence et...
- Je ne suis pas fâché.
Weiss retira le coton de son dos avant de le jeter.
- C'est bien qu'il ait un père.
Nero fronça les sourcils, le toisant, incrédule.
- Tu es son père, Weiss. Pas moi, pas un autre. Toi.
- C'est encore nouveau pour moi, Nero.
Oui...
Oui, il le concevait.
Mais même... Nero croyait que Weiss serait ravi d'apprendre qu'il avait un héritier. Qu'il montrerait plus de joie à ce sujet, à l'idée de rencontrer Shiro et de faire sa connaissance.
Mais depuis leur rencontre, Weiss n'avait rien montré. Juste de la distance envers l'enfant.
- ... Qui est sa mère ? finit-il par lui demander.
Nero se sentit légèrement confus.
Il aurait dû s'attendre à cette question.
- Ophelia.
- Ophelia... répéta Weiss.
- Un sujet du programme d'imprégnation. Elle vit à Wutaï.
- ... Donc, elle est vivante.
Nero se braqua, quand bien même il ne laissa rien paraître.
Oui... elle était vivante.
Il ne sut pas pourquoi il ressentit cette intense jalousie naître dans son cœur quand Weiss lui posa la question.
- C'est un bel endroit, admit Weiss en contemplant les alentours. Le nouveau Deepground sera certainement meilleur que le premier.
- Au moins, ici, on est dehors, approuva Nero.
- Et il n'y a pas de Restrictor.
Weiss se rallongea dans son futon, le regard vague.
Ils comprirent que c'était l'extinction des feux. Nero jeta un coup d'œil à son propre futon, laissé à l'abandon dans un coin.
Non.
Pas question qu'il dorme seul.
Sans un bruit, Nero se rapprocha de Weiss, avant de se glisser sous les couvertures.
Cela fit sursauter son frère quand Nero se rapprocha de lui, sa tête située contre son cou, les cheveux noirs chatouillant le dos de Weiss.
- ... Tu ne croyais quand même pas que j'allais dormir seul ? susurra Nero dans le creux de son oreille. Maintenant que je t'ai enfin pour moi...
Les yeux fermés, Weiss se contenta de sourire.
Du bout des doigts, Nero caressa le dos de son frère, traçant des cercles dans le dos. Il sentit Weiss tressaillir, sans bouger.
Finalement, Nero l'étreignit par-derrière, inhumant son parfum dans son cou.
Si bon...
Il avait encore du mal à croire que tout cela était réel.
Toujours dans les bras de son frère adoré, Nero ferma les yeux à son tour, glissant à son tour dans un sommeil sans rêve.
