OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Enfin, il était ressuscité.
Enfin... Son plan avait marché !
Il était pur... Son corps faisait désormais un avec Omega.
Ne pouvant plus contenir sa joie plus longtemps, il se mit à rire. Un rire maniaque qui résonna à travers la salle du trône.
Il n'accordait aucune attention à la silhouette qui se tenait sur le côté, qui l'observait avec des yeux remplis de joie et d'adoration.
« Enfin réunis... Je ne te quitterais plus jamais... Weiss. »
Non... Ne t'approche pas de moi.
Ce fut à ce moment-là qu'il l'aperçut. Il le considéra avec froideur tandis que son frère s'avançait, le bras tendu pour le toucher, pour l'étreindre...
Non... Je t'en prie, non.
Il sourit.
Et l'instant d'après, il transperça la poitrine de son frère de sa seule main.
Non !
Il voulut lutter, il voulut reprendre le contrôle !
« Weiss... »
Il put seulement observer tandis que la vie quittait les yeux de son frère.
Weiss hurla. Il cria, supplia le parasite d'arrêter, de le laisser vivre !
Mais celui qui contrôlait son corps rejeta son frère, l'envoyer voler à l'autre bout de la salle après avoir prononcé ces mots cruels :
« Je n'ai que faire de toi. »
Weiss se réveilla en sursaut.
Le cœur battant la chamade, Weiss sentit la sueur perler ses mèches et sa nuque. Immédiatement, il se toucha la tête, la poitrine...
Et si le parasite était toujours là ?
Il voulait être sûr. Il voulait être certain qu'il soit encore maître de ses moyens. Il voulait s'assurer qu'Hojo soit bel et bien parti.
« Weiss ? »
Le silence tomba.
Weiss réalisa qu'il n'était plus à Deepground. Il n'était plus dans la salle de trône. Il était... ici, dans cette nouvelle dimension, avec son frère et l'enfant qui s'avérait être son fils.
Et ce, depuis maintenant quelques jours...
Il était dans cette chambre isolée, à l'abri...
Weiss poussa un profond soupir de soulagement. Il pouvait bouger les bras, il pouvait se redresser...
A côté de lui, allongé dans le futon qu'il partageait avec Weiss, Nero le considérait avec inquiétude.
- ... Tu as fait un cauchemar.
- Non.
La voix de Weiss était rauque.
Il sentit son frère cadet se rapprocher de lui, sur le point de lui toucher l'épaule afin de le rassurer. Un contact simple, anodin, qu'ils utilisaient pour se réconforter l'un l'autre dans les pires moments.
Pourtant, le cauchemar ne le quittait pas. Par réflexe, Weiss émit un mouvement de recul. Immédiatement, Nero s'arrêta. Surpris par son attitude, il laissa son bras retomber le long de son corps avant de baisser la tête.
Ce n'était pas contre lui. Ce n'était pas parce qu'il ne désirait pas son contact. Bien au contraire...
- Je suis désolé, souffla Weiss quand il remarqua le visage de Nero se décomposer.
Il n'avait pas souhaité être blessant. Nero releva la tête vers lui, un sourire compréhensif sur son visage.
- Ne le sois pas, mon cher frère. J'avais oublié que mes pouvoirs étaient susceptibles de provoquer des cauchemars. J'étais tellement... pris dans l'émotion que je n'ai pas fait attention aux conséquences si je dormais avec toi.
Weiss ferma les yeux. Ces mots lui faisaient mal. Il savait que Nero ne s'en rendait pas compte. Qu'il n'eût pas fait cela volontairement.
Dire qu'auparavant, quand ils étaient à Deepground, Weiss lui répétait qu'il se moquait bien de subir des cauchemars s'ils dormaient dans la même pièce. Il s'en fichait s'ils pouvaient rester ensemble.
Il préférait les cauchemars provoqués par les pouvoirs de Nero que l'enfer réel dans lequel ils vivaient...
Et ici, il ne pouvait pas supporter un mauvais rêve ?
Depuis quand était-il devenu aussi faible ? Aussi mou ?
- Quand j'habitais avec Shiro dans cet appartement, lui déclara tristement Nero, il disait qu'il ne faisait plus de cauchemars à cause de moi. Même si avant, je m'éclipsais chaque soir pour le laisser avoir une bonne nuit de sommeil. Si tu le désires, je peux me retirer et te laisser dormir.
Weiss rouvrit les yeux, dévisageant Nero comme s'il avait dit une absurdité.
Il n'était pas question de le chasser.
Mais en même temps, il ne pouvait pas nier que cela lui causait une vive douleur... Une douleur qui le prenait, rien qu'à le regarder.
Alors, cela serait ça, hein ? Lui qui était si heureux de revoir son frère, de savoir qu'il était en vie... Le voilà qui ne ressentait que tristesse et souffrance en sa présence.
Pourtant, il savait que ce n'était PAS à cause de lui. Nero n'avait rien fait... à part écouter un tordu.
- Non. Reste ici. Mais je préférerais que tu dormes dans ton futon.
Nero hocha la tête. Il paraissait peiné par la demande de Weiss. Néanmoins, il ne protesta pas et s'exécuta. Il se leva et se dirigea vers son futon, se plaçant sous les couvertures.
- C'est froid sans toi, commenta Nero d'une petite voix. Mais peu importe, tant que je peux te voir, ça me va.
Weiss était sur le point de se recoucher à son tour quand une pensée lui vint à l'esprit.
Le rêve avait été horrible mais... il l'avait éclairé sur certains points.
- C'est toi qui as raison, lui déclara Weiss.
- Hm ?
- C'est trop dangereux de chercher les survivants de Deepground via les réseaux. Je pourrais encore me faire pirater, perdre le contrôle de mon corps à cause de ma capacité. Je ne veux pas revivre cela.
Je ne veux plus qu'il t'arrive quoi que ce soit.
Nero sembla satisfait par la décision de Weiss. Un peu plus détendu, Nero se cala dans son futon.
- Je suis content, alors.
- Pff. J'ai une capacité qui me permettait de posséder toute la puissance des Tsviets à Deepground. Et je ne suis même pas en mesure d'utiliser celle qui me serait le plus utile actuellement.
Il marqua un temps avant de soupirer.
- Je suis vraiment devenu mou.
- Ne dis pas ça, Weiss ! s'insurgea Nero, n'acceptant pas la manière dont il parlait de lui-même. Personne ne pouvait s'attendre à ce qui allait arriver.
Weiss se contenta de lui tourner le dos.
Et comme d'habitude, Nero le défendait. Il lui trouvait toujours des excuses.
- Et puis... Il y a peut-être un autre moyen, déclara Nero. Pour chercher les survivants. Ils sont certainement enfermés dans des prisons de l'ORM. Je n'aurais qu'à y accéder par mes portails et je les ramènerai ici.
- Cela risque d'alerter les autorités de l'ORM.
- Peut-être, mais ils ne sauront jamais où nous sommes si on fait en sorte de retirer tout équipement potentiellement connecté à un réseau.
A nouveau, Weiss demeura muet.
Il devait l'admettre. Ce n'était pas une mauvaise idée.
- Tu as su gérer Deepground avec brio, lui chuchota Weiss. Bien mieux que je n'aurais pu le faire.
- Arrête de te dénigrer, Weiss, soupira Nero. Tu aurais fait bien mieux que moi si tu en avais eu le temps. Mais ta survie passait avant Deepground. C'est tout. Je t'ai seulement gardé la place au chaud afin d'éviter les imbéciles qui auraient simplement envisagé de prendre le pouvoir en ton absence.
Weiss émit un sourire amer à cette remarque.
- Les derniers soutiens de Restrictor.
- Exactement, acquiesça Nero en s'accoudant sur son oreiller.
- Mais tu avais toutes les raisons du monde de vouloir prendre le pouvoir en mon absence. N'importe qui l'aurait fait sauf toi.
- Tu crois sincèrement que le pouvoir m'intéressait, Weiss ?
Weiss se raidit face à cette question qui l'atteignit au cœur.
Non. Nero n'avait jamais été intéressé par le pouvoir.
- Même encore aujourd'hui, Deepgroud n'est pas ma priorité.
- Tu veux dire que tu n'es pas intéressé à l'idée de tout recréer ? De partir de zéro ?
Cela... déconcerta Weiss.
Il pensait que Nero le soutenait, qu'il était ravi par leur plan de refonder Deepground.
- Si. Mais pour moi, même sans Deepground, je serais quand même comblé, déclara Nero, laissant retomber la tête sur son oreiller.
Cela réduisit Weiss au silence.
Cet échange le laissa amer.
Il avait l'impression qu'il n'y avait que lui qui s'y intéressait. A la renaissance de Deepground. Nero l'approuvait, mais il ne semblait pas aussi épris du projet que Weiss ne l'était.
Nero... avait changé. Cela se voyait déjà à sa manière de parler.
Il prenait de la distance par rapport à Deepground. Il disait « oui » pour faire plaisir à son frère.
A nouveau, l'ancien Empereur se sentit exténué. Enfouissant sa tête sous la couverture, il mit un terme à l'échange.
- Dors, Nero.
- Repose-toi, mon frère adoré.
Weiss ferma les yeux.
Il espérait qu'Hojo ne revienne pas le hanter cette nuit.
Le soleil s'était levé au-delà des montagnes.
Weiss n'avait pas réussi à se rendormir. Il s'était levé et était sorti. Pour se calmer, il s'était assis sur la terrasse pour observer l'aurore.
Pour une fois, il voyait un véritable lever de soleil.
Pour une fois, ce n'était pas un rêve ni une simulation.
Weiss jeta un coup d'œil à ses épées. « Paradis » et « Terre » étaient plantées dans le sol, à quelques mètres de lui.
Il songeait à s'entraîner. A chaque fois qu'il était réveillé, ou qu'il reprenait conscience suite à la sédation, c'était soit pour un combat à mort, soit pour un entraînement intensif.
C'était ce que les scientifiques désiraient de lui.
Il n'y avait plus les scientifiques.
Il était temps que sa tête l'intègre.
Plus de Restrictor, plus de scientifiques, plus de virus, plus de G, plus d'Omega...
Juste lui. Lui et sa nouvelle liberté.
« Tiens. »
Nero était déjà apparu derrière lui. Weiss abaissa le regard.
Une pomme.
« Mange », fit Nero alors qu'il s'asseyait auprès de lui.
Ce n'était pas une pomme banorienne.
Il ne s'agissait pas d'un fruit de G.
- C'était toi qui me forçais à les manger, lui rappela Nero. Tu volais la nourriture des scientifiques pour me l'apporter.
Weiss sourit face à l'ironie de la situation.
Il prit la pomme tendue et la croqua, l'air absent.
C'était difficile à décrire, comme sensation.
C'était bon mais... cela avait fait tellement longtemps.
Ils entendirent des pas. Nero se retourna vers la source du bruit.
- Oh, te voilà ! s'exclama-t-il avec un sourire ravi lorsqu'il aperçut Shiro apparaître sur la terrasse.
Encore endormi, Shiro ne réagit pas immédiatement. Tandis que Nero s'avançait vers lui pour l'étreindre, Weiss demeura à distance. Il adressa un simple signe de tête à l'égard de l'enfant, avant de se remettre à manger.
- Je t'ai préparé à manger, souffla Nero en s'adressant à l'enfant. Bon, ce n'est pas ce à quoi tu as l'habitude, mais je pense que cela devrait te plaire.
Shiro acquiesça du chef, ne détachant pas ses yeux de Weiss.
Même s'ils étaient père et fils, Weiss l'impressionnait. Il le sentait.
- Merci, Papa Nero.
Ils avaient tellement proches...
« Papa Nero », les démonstrations d'affection, la manière dont Nero s'inquiétait rapidement pour lui...
C'était tellement étrange. Nero avait toujours dit qu'il ne démontrerait jamais ce type de comportement envers un autre que Weiss. Il lui avait toujours répété qu'il était le seul que Nero aimait et le seul qui aimerait toujours Nero.
Mais maintenant, le voilà qui se montrait chaleureux, affectueux, envers un autre être que lui...
Nero qui ne laissait jamais les autres l'approcher autrefois.
Il devait avoir raté tellement de choses...
Shiro entra à l'intérieur de la maison et partit chercher son bol, avant de revenir vers la terrasse, s'installant à côté de Nero qui s'était placé entre Weiss et lui.
- Comment te sens-tu ? lui demanda Nero, faisant référence aux poignets cassés de Shiro.
Shiro haussa simplement les épaules.
- Ça ira... La Matéria Soin a fait effet.
- C'est ton père qui y a pensé, sourit Nero. Il avait caché cette Matéria Soin à l'abri des scientifiques. Et on ne l'a jamais retrouvée jusqu'à aujourd'hui.
- Oh.
Encore une fois, l'enfant reportait son attention sur lui.
Weiss détourna la tête. Il n'aimait pas cela. Cela le mettait vraiment, beaucoup trop mal à l'aise.
- Mais avec un peu de chance, fit Nero, il y aura du personnel médical dans les survivants de Deepground qu'on trouvera. Ainsi, si un nouvel incident devait arriver, on aura au moins la garantie que tu serais soigné. Surtout qu'on sera bien plus nombreux que trois.
- Vous allez réellement refonder Deepground ? leur demanda soudainement Shiro.
Weiss se raidit.
Ils ne sont pas comme la Shinra !
Il n'avait pas oublié son attitude quand ils avaient décidé de quitter le monde des humains.
Shiro n'avait pas accueilli cette décision avec joie. Au contraire. Il avait semblé déçu. En colère, aussi.
Pourquoi ne devraient-ils pas refonder le Deepground ? Est-ce que cet enfant y avait déjà mis les pieds ?
Probablement pas, pensa Weiss. Du moins, pas autant qu'il ne le devrait.
- Exactement, décréta Weiss, le ton grave. Ce sera Deepground, mais sans les scientifiques et les bourreaux qui te demandaient tous les jours de tuer un Général pour gravir les échelons.
Shiro blêmit à cette remarque.
- Doucement, Weiss, l'invita gentiment Nero alors qu'il se retournait vers lui.
Quoi ? Trop direct ?
- Au passage, Shiro, poursuivit Weiss qui n'en avait pas terminé.
L'enfant se recroquevilla sur lui-même.
Encore une fois, Weiss l'impressionnait. Peut-être même l'intimidait-il.
C'était même sûr.
- Ce n'est pas parce que tu es mon fils que tu auras un traitement de faveur, fit Weiss alors qu'il croquait à pleines dents dans la pomme, mangeant les restes. Il faudra que tu gagnes ta place, comme tout le monde.
- ... « Gagner ma place » ? répéta Shiro, confus.
Weiss sentit le regard incrédule de Nero brûler dans son dos.
- Oui. Gagner ta place. Je suis l'Empereur, donc techniquement, cela fait de toi mon héritier. N'est-ce pas ?
- Weiss... Il est un peu trop tôt pour parler de ça, s'offusqua Nero.
- Non, justement. Il doit se mettre dans le bain. Le plus rapidement possible, de préférence.
Weiss jeta le trognon au loin avant de se lever.
- Si tu es comme moi, tu t'adapteras vite.
- Surtout qu'il a tes pouvoirs, enchaîna Nero, l'excitation revenant dans sa voix.
Shiro opina timidement du chef. Intrigué, Weiss lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.
- Ah oui ?
- Il a certainement reçu tes pouvoirs à la naissance. Il a pu activer la « lame immaculée » une fois, lui raconta Nero, la fierté apparente dans son ton.
- C'est assez compliqué comme attaque, commenta Weiss en dévisageant Shiro, inquisiteur.
L'enfant força un sourire tandis qu'il précisa :
- Deux fois, en fait. Et contre Charon... mes pouvoirs se sont activés à pleine puissance. J'ai même pu réussir à le toucher.
- J'aurais dû lutter davantage pour te mettre à l'abri, se lamenta Nero en baissant la tête, honteux.
Weiss prit son menton dans une main, curieux.
- Mais je n'arrive pas à les contrôler, lui avoua Shiro. Enfin, pas encore.
- Hm.
Weiss se redressa, ne changeant pas d'expression.
Il ne croyait que ce qu'il voyait, mais Nero lui disait toujours la vérité. Si cet enfant avait vraiment ses pouvoirs, il pouvait très vite devenir quelqu'un de puissant.
- Je suis sûr que cela viendra, fit Weiss, le ton détaché. Il te faut simplement de la discipline et de l'entraînement.
- Mais... est-ce que j'aurais le droit de contacter mes amis ? lui demanda Shiro, presque naïvement.
Weiss fronça les sourcils à cette remarque.
« Des amis » ?
- Il n'y a pas d'amis à Deepground, l'informa rapidement Weiss, un peu sec.
- Je parle du monde extérieur... celui des humains...
Avant qu'il ne poursuive davantage, Nero le coupa doucement.
- Et si tu allais te baigner, Shiro ? Dans le lac ? Tu pourrais t'accoutumer à ton nouveau chez-toi.
Shiro ouvrit la bouche. Il souhaita vouloir dire quelque chose, mais il sembla se raviser. Il finit par acquiescer en silence, sans un sourire.
- Bien, fit Nero alors qu'il l'étreignait. Peut-être que quand on aura le temps, on pourra visiter les montagnes ensemble.
- Mais je n'ai pas de maillot de bain, lui avoua Shiro, penaud.
Pourquoi avoir besoin d'un maillot de bain ?
Ils n'en avaient même pas à Deepground.
La réponse de Nero ne cessa pas de surprendre Weiss.
- Je t'en ai apporté un quand je suis allé chercher tes affaires, l'informa Nero. Allez. Va te détendre un peu. Cela va te faire du bien.
Shiro obtempéra. Il adressa un signe de tête à destination de Weiss, plus par politesse qu'autre chose.
Puis, il tourna les talons et quitta la terrasse pour rentrer dans sa chambre.
Nero se tourna vers Weiss, visiblement mécontent.
- Pourquoi tu lui dis ça ?
- De quoi ? rétorqua Weiss en soupirant.
- « Il n'y a pas d'amis à Deepground ». Il y a des façons de dire les choses.
- Quoi ? Tu disais toi-même qu'il n'y avait pas d'équipe à Deepground, à part nous deux.
- Oui. C'était notre terrain de jeu.
Il jeta un coup d'œil en direction de la chambre de l'enfant.
- Tu peux au moins le laisser s'acclimater un peu ? Avant de parler d'héritage, de tuerie, d'échelons... Je te rappelle qu'il n'est pas comme nous. Il vient du monde des humains. Il a une autre conception des choses.
La réponse de Weiss fut immédiate.
- Depuis quand tu fais autant attention ? Tu sais qu'à Deepground, il n'y avait pas de temps d'acclimatation. On était obligés de se mettre dans le bain tout de suite, si on ne voulait pas mourir tués par les plus puissants.
Nero poussa un léger soupir.
- Cela peut être différent ici.
- Différent ? De quelle manière ?
- Ecoute, lui répondit Nero, j'irais te chercher les survivants de Deepground. Si telle est ta volonté. Ils ont besoin d'être réunis autour d'un chef. Ils seront ravis d'apprendre que tu es bien vivant. Que leur Empereur est revenu. Mais j'ai réfléchi et... je ne suis pas aussi emballé à l'idée que Shiro devienne comme eux pour l'instant.
Weiss n'en crut pas ses oreilles.
« Comme eux » ?
- Tu ne connais pas l'histoire de Shiro, précisa Nero. Je n'ai pas envie de le savoir... entouré de soldats qui s'entretuent parce que c'est la volonté du plus fort. Il n'a que huit ans.
- On y a été depuis notre naissance, Nero. On a combattu depuis qu'on a l'âge de porter une arme.
- Bien sûr. Mais justement. Il vient du monde des humains. Il n'a pas vécu la totalité de sa vie entourée des Restrictors, fort heureusement. On peut le laisser profiter de sa jeunesse. Au moins, un peu. Je le connais. Il ne s'acclimatera pas bien à ce nouveau monde si on est trop brutaux. J'ai essayé et crois-moi, ce n'est pas la solution. Il vaut mieux y aller progressivement.
Nero ne voulait pas que Shiro devienne comme eux...
Qu'ils n'aient pas cette enfance sordide... Weiss le comprenait.
Mais ils n'étaient pas habitués à prendre des gants, même quand il s'agissait d'un enfant.
- Avec moi, ce ne sera pas comme les Restrictors. Tu ne te souviens pas de mon discours quand j'ai été « sacré » Empereur de Deepground ? Je ne vais pas organiser des arènes de combat pour mon bon vouloir et le simple plaisir de voir le plus fort massacrer les plus faibles. Comme tu l'as dit, il faut que tout le monde soit sur la même longueur d'ondes. Mais il est hors de question que je laisse les humains, en particulier la Shinra, s'en tirer à si bon compte après ce qu'ils nous ont fait.
- Oui. Nous venger des humains est ton objectif et je t'ai dit que je te suivrais, approuva Nero. Mais... pour l'instant, j'aimerais bien que les survivants restent à l'écart de Shiro. Au moins jusqu'à ce qu'il ait maîtrisé ses pouvoirs.
Il avait peur que les soldats qui lui vouaient obéissance et loyauté s'en prennent à Shiro ?
Pourquoi s'en prendraient-ils à lui ?
- Je souhaite seulement que si tu exécutes un soldat, déclara Nero, que tu le fasses lorsque Shiro n'est pas présent. Je n'ai pas envie de lui raviver des souvenirs douloureux. Quand il sera plus grand, il comprendra mieux pourquoi on désire nous venger des humains. Mais pour l'heure... épargnons-le un minimum. Il affectionne tant ce monde. S'il te plaît, Weiss.
« Des souvenirs douloureux »...
Au-delà de cet aspect qui l'intriguait, la manière de parler de Nero le dépassait. Weiss se passa la main sur le visage avant de soupirer.
Il devait s'y résoudre. Nero s'était pris d'affection pour cet être et il désirait l'épargner le plus longtemps possible.
Nero qui était d'ordinaire un commandant impitoyable, disait à Weiss de « tuer quand Shiro était absent ».
Cela ne serait pas éternel.
Shiro serait obligé de rentrer dans le moule comme eux.
- ... Tu connais cet enfant, alors faisons les choses à ta façon. Si tu es sûr de toi, abdiqua Weiss alors qu'il se dirigeait vers ses armes pour les ramasser.
Il avait besoin de s'entraîner, finalement.
- Très bien, sourit Nero alors qu'il s'inclinait. Je m'en vais de ce pas chercher les survivants.
Alors qu'il commençait à s'exercer, effectuant des enchaînements pour s'échauffer, Weiss prit le temps de s'arrêter pour se retourner vers son frère.
- Fais attention à toi, lui dit-il.
- Avé, Weiss.
Nero ouvrit un portail et s'enfonça dedans, laissant seul l'Empereur de Deepground.
« Avé, Weiss... »
Il avait l'impression que cela faisait une éternité.
Nero n'avait pas à l'appeler d'une telle manière... ils étaient frères et ils étaient seuls. Il le savait. Mais Weiss soupçonne qu'il ait utilisé une telle révérence plus pour lui faire plaisir qu'autre chose.
Quelque part, cela lui faisait bien d'entendre à nouveau ce salut.
En sueur, Weiss rangea ses lames dans leurs fourreaux avant d'enlever sa veste trempée et de la plier sous un bras.
Il s'était entraîné pendant deux bonnes heures. Et au grand air, en plus...
Cela lui faisait tellement de bien.
Il se dirigea à grands pas vers le lac. C'était une bonne idée de la part de Nero. Il allait pouvoir en profiter aussi. Se détendre dans l'eau et ne penser à rien...
Il entendit un « plouf » au loin.
Intrigué, Weiss se rapprocha pour observer Shiro, enveloppé dans un maillot de bain, plonger dans l'eau avant de remonter à la surface.
Ah.
L'idée de se détendre venait de s'envoler.
Le visage fermé, Weiss s'avança vers l'eau. Il se pencha pour tremper sa veste dedans avant de la laisser étalée sur un rocher, au soleil.
A son tour, il entra dans l'eau. Sans un mot à l'égard de l'enfant, il se plaça en position assise, l'eau lui arrivant jusqu'à la poitrine.
Shiro avait cessé de jouer.
Il le toisait avec une expression gênée dans son regard. Manifestement, il devait sentir que Weiss n'était pas d'humeur à bavarder.
Bon, au moins, il était intelligent.
Weiss laissa sa tête se poser contre la roche, les yeux fermés.
C'était si agréable, un tel silence...
A nouveau, un « plouf ».
Weiss rouvrit les yeux et fixa Shiro avec lassitude tandis qu'il nageait à la surface de l'eau. Malgré tout, il le surveillait d'un œil critique, observant sa nage.
A la cascade, au-delà de jouer à cache-cache, il y avait également un lac où ils pouvaient nager.
Un faux lac, même s'il contenait de l'eau réelle.
Weiss avait le souvenir de s'y baigner avec Nero quand ils y étaient autorisés. Ils nageaient de la même façon.
Enfin, ce n'était pas nager pour apprendre à ne pas couler. Plus... du barbotage. Ils en riaient beaucoup.
- Ce n'est pas comme ça, finit-il par commenter.
Shiro se retourna, stupéfait.
Il ne s'attendait peut-être pas à ce que Weiss lui adresse la parole.
- Si tu ne veux pas te noyer, fit l'Empereur en se redressant. Il vaut mieux que tu nages autrement.
- Autrement ? répéta Shiro, levant un sourcil.
- Qui t'a appris à nager ? Je sais que ce n'est pas Nero.
Shiro détourna la tête, embarrassé.
- L'école. On avait piscine.
L'école...
Ce mot lui était complètement étranger.
- Mais c'était pour la détente, justifia Shiro. C'était pour les vacances.
- Donc, c'est pour barboter. Pas pour nager.
L'enfant demeura muet face aux paroles de Weiss.
Manifestement, ce n'était pas ce qu'il s'était dit.
Après une pause qui dura une éternité, Weiss se redressa pour se remettre debout.
Autant ne pas gâcher son temps.
- Je vais te montrer. Cela t'évitera une mauvaise situation par la suite.
- Vraiment ? répéta l'enfant, perplexe.
Weiss opina du chef.
- Vraiment. Observe bien mes mouvements et tu m'imiteras par la suite.
Il prit son élan et plongea dans l'eau, arrosant Shiro au passage.
« Calcule ton souffle... Comme ça. Fends l'eau, ne l'écarte pas », commenta Weiss alors qu'il tenait Shiro tandis qu'il nageait le crawl, plongeant et sortant sa tête de l'eau de manière répétée, reprenant à chaque fois une longue inspiration.
Ce n'était pas gagné.
Shiro commençait à s'agiter. Finalement, Weiss le lâcha et s'écarta de lui. Shiro cessa de nager et se passa la main sur le visage, exténué.
Weiss espérait que Nero ait mieux géré son entraînement. Epuisé, Weiss sortit de l'eau, se laissant sécher au soleil.
Combien de temps ?
Trois heures à essayer de lui apprendre à nager ?
Pourquoi est-ce qu'il s'embêtait, d'ailleurs ? A Deepground, ils avaient un tuteur de natation. De préférence en les jetant dans l'eau alors qu'ils n'y connaissaient rien et en observant attentifs s'ils survivaient ou pas.
Weiss soupira. Il suivait l'idée de Nero. Autant ne pas projeter l'enfant immédiatement dans ce nouveau monde et y aller progressivement.
La prochaine fois, Nero se chargerait de la natation.
« Merci », le gratifia Shiro alors qu'il sortait de l'eau à son tour, s'asseyant à côté de lui.
Weiss ne lui répondit pas.
- Où est Papa Nero ? finit par lui demander Shiro après un silence.
L'Empereur de Deepground haussa les épaules.
- Chercher des gens.
- Des gens ? Les survivants, tu veux dire ?
Weiss lui adressa un œil en biais.
Le visage de Shiro se décomposa à cette information. Il décida de l'ignorer et alors qu'il enfilait sa veste, Shiro ramassa ses propres vêtements et les enfila à son tour.
Ce fut à ce moment-là qu'il remarqua la lame.
- Un fleuret ?
Shiro le confirma.
Intéressant choix d'arme.
- Papa Nero comptait m'offrir des gunblades autrefois, raconta l'enfant en s'attardant sur les lames de Weiss, rangées dans leurs fourreaux. Mais j'ai toujours préféré le fleuret. C'était ma première arme.
- On n'oublie jamais sa première arme.
Il se souvenait encore de la sienne.
Un katana basique mais dont il avait été très fier. Il l'avait brisé lors d'un combat contre cent soldats.
- Elle a un nom ?
Shiro secoua la tête.
A nouveau, Weiss ne masqua pas sa déception.
- Tu devrais lui en donner un.
- Papa Nero m'a dit que les tiennes se nommaient « Paradis » et « Terre ». Pourquoi avoir choisi ces noms ?
Weiss prit un air songeur, essayant de se rappeler.
Pourquoi « Paradis » ? « Terre » ?
Il y avait-il une raison particulière ?
Non. Il ne s'en souvenait pas.
- ... Je l'ignore encore moi-même. Je n'avais pas de raison particulière. Je trouvais seulement qu'il s'agissait de jolis noms.
- Ils sont jolis.
Weiss dévisagea l'enfant avant de tourner les talons, le visage sans expression.
- Ils le sont.
Cela avait été l'œuvre d'Argento, après tout. La meilleure forgeronne qu'il n'ait jamais rencontrée.
Dire qu'elle ne serait pas là pour revoir Deepground renaitre de ses cendres...
- Papa... commença Shiro.
Immédiatement, Weiss l'interrompit avant qu'il ne s'exprime davantage.
- Ne m'appelle pas Papa.
Cela réduisit Shiro au silence.
Sans ajouter autre chose, Weiss s'éloigna du lac, suivant le chemin pour rentrer.
