OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Le lendemain matin, comme à son habitude, Shiro sortit de sa chambre pour prendre le petit-déjeuner. Epuisé, il se prit le visage dans une main. Il n'avait pas bien dormi. Il repensait encore à son baladeur cassé, à son échange de la veille avec Weiss...

Il n'arrivait pas bien à percevoir les émotions de son père. Il n'arrivait pas à savoir si hier avait été un premier pas réussi ou une autre déception. D'un côté, il avait paru intéressé par la musique qu'il lui avait fait écouter. Il n'avait pas refusé sa demande de se rendre au campement des survivants. Mais de l'autre côté, il y avait toutes ces critiques, ce refus d'en savoir davantage sur ses goûts, ses intérêts...

C'était si ambigu. Il ne savait pas sur quel pied danser. Officier East avait dit qu'il était froid avec tout le monde. Avec un peu d'appréhension, Shiro se dirigea vers la terrasse.

Comment est-ce que cela se passerait aujourd'hui ?

Pouvait-il faire mieux que la veille ?

Lorsqu'il atteignit sa destination, il remarqua que Nero et Weiss étaient déjà levés. Par réflexe, Shiro s'arrêta pour les observer. Weiss venait de quitter l'intérieur, une pomme dans la main qu'il tendit à Nero, qui attendait sur les marches de l'escalier.

« Mange », lut-il sur ses lèvres.

Leur repas habituel du matin.

Son oncle leva la tête vers lui. Son expression prit Shiro au dépourvu. D'habitude, Nero était si excité, si heureux de voir Weiss dans son champ de vision après tant de temps séparés l'un de l'autre. Mais ici, il paraissait fatigué, las.

Triste.

Il avait la même expression que la dernière fois, quand il l'avait surpris au lac avec Officier East.

Il se demandait si quelque chose s'était passé entre eux. Après tout, il ignorait de quoi ils discutaient quand il n'était pas là. Est-ce qu'ils s'étaient disputés ? Shiro plissa les yeux, observant leur comportement. Nero reçut la pomme pour la croquer du bout des dents, sans appétit. Weiss resta à côté de lui, fixant les montagnes à l'horizon.

Une fois qu'il eut terminé sa pomme, Shiro vit Nero se rapprocher de lui, petit à petit. Weiss ne chercha pas à bouger. Il le laissa venir, ne réagissant pas quand Nero posa sa tête sur son épaule.

Posant ses deux mains sur son bras gauche, Nero parut lui chuchoter des mots à l'oreille. Des mots que Shiro ne put entendre de la distance où il se situait. Il vit Weiss hocher la tête, sans le regarder.

Nero embrassa Weiss sur la joue. Shiro était sur le point de tourner les talons. Peut-être tombait-il au milieu d'une conversation, d'un moment important. Mais alors qu'il était le point de faire demi-tour, Weiss tourna la tête vers Nero.

Ce dernier ferma les yeux avant de s'approcher pour l'embrasser à pleines lèvres.

L'enfant se figea de stupeur.

Qu'est-ce que... ?

Shiro ne sut pas comment réagir, le choc et l'incompréhension déformant les traits de son visage. Il ne sut pas quoi ressentir par rapport à ce qu'il était en train d'assister. Weiss rendit le baiser de Nero, passant ses bras autour de sa taille pour l'attirer vers lui. Nero ouvrit la bouche, sans rompre le baiser. Aucun d'eux ne fit attention à l'enfant qui les observait au loin.

Ils ne faisaient attention qu'à l'autre, leurs lèvres se touchant, se séparant, complètement perdus dans le moment qu'ils étaient en train de partager.

Shiro croisa les bras sur sa poitrine, crucifié sur place.

Nero lui avait répété combien Weiss lui avait manqué tout ce temps. Manifestement, selon les dires d'Officier East, cela était réciproque. Nero avait été la seule personne que Weiss n'avait jamais aimée. Shiro devrait se dire que c'était logique que Nero et Weiss se fassent des câlins ou s'embrassent pour montrer leur affection.

Pourtant, même si Shiro était un enfant, même s'il y avait plein de choses qu'il ne comprenait pas, il ne pouvait pas s'empêcher de trouver cela bizarre, étrange. La manière dont ils s'étreignaient, dont ils s'embrassaient, Shiro l'avait déjà observée. Cloud et Tifa témoignaient leur affection de cette même façon.

A l'école, la maîtresse avait déjà commencé à leur enseigner l'éducation sexuelle. Les composants du corps humains, la manière de montrer son affection à travers les câlins, les baisers... Rien qui n'avait choqué Shiro ou les autres enfants, mais il se souvenait parfaitement que la maîtresse disait que l'amour entre deux membres de la famille était différent de celui que partageaient normalement deux personnes qui pratiquaient l'acte. L'un des enfants lui avait demandé si deux membres de la même famille pouvaient faire la même chose, mais la maîtresse lui avait répondu que non. Qu'entre membres de la famille, on ne faisait pas ce genre de chose et qu'il s'agissait de quelque chose d'inacceptable.

Shiro se souvenait qu'elle avait employé un terme particulier... mais il était incapable de se rappeler lequel.

Cloud et Tifa s'aimaient. Ils n'étaient pas frère et sœur. Ils étaient un couple. Alors, pourquoi Nero et Weiss agissaient-ils comme tel ?

Non. Shiro avait beau réfléchir mais il n'arrivait pas à comprendre. Pourquoi faisaient-ils cela ? Est-ce que quelque chose lui avait échappé ?

« Shiro ! »

Perdu dans ses pensées, Shiro n'avait pas réalisé que Nero et Weiss s'étaient arrêtés. Ils s'étaient détachés l'un de l'autre pour le regarder, abasourdis.

Shiro sursauta. Masquant sa gêne sur son visage, l'enfant essaya de prétendre qu'il venait d'arriver et qu'il n'avait pas assisté à cette scène singulière. Il ne souhaitait pas se faire disputer. Il ne désirait pas d'ennuis.

Il préféra faire comme si de rien n'était, quand bien même son visage trahissait son état d'esprit. Il s'avança vers eux, tentant de leur sourire quand bien même il n'arrivait pas à effacer cette image de son esprit.

Cela ne pouvait tout simplement pas être...

« ... Tu as bien dormi ? » balbutia Nero.

Ebranlé, Shiro n'arrivait pas à le regarder.

Cela ne servait à rien de lui mentir.

Il avait déjà compris qu'il les avait vus.

De l'autre côté, Weiss ne lui adressa même pas la parole. Shiro préféra s'asseoir à côté de son oncle, posant les mains sur ses genoux. Nero se releva, prétextant lui aller son petit-déjeuner avant de rentrer précipitamment à l'intérieur.

- Tu peux le préparer tout seul, commenta Weiss au bout d'un silence.

Shiro le détailla, perplexe.

Il y avait un certain reproche dans son ton.

- Ton petit-déjeuner, précisa Weiss, le ton dur comme de la pierre. A ton âge, j'étais plus autonome que ça. Nero n'est pas ton esclave.

Il mit un temps plus que nécessaire à intégrer les mots.

- ... Je peux me le préparer tout seul, lui rétorqua faiblement l'enfant. Mais Nero adore le faire.

Ses mots firent mouche. Weiss n'insista pas et il lui en était reconnaissant. Shiro n'était pas dans l'état d'esprit d'une dispute. Il reporta son attention sur le paysage devant eux, les yeux dans le vague. Quelques instants plus tard, Nero revint, le bol de Shiro dans les bras, qu'il s'empressa de lui tendre avec un peu trop d'enthousiasme.

Est-ce qu'il essayait de détourner son attention et de lui faire penser à autre chose ? Shiro préféra ne pas poser la question et porta le bol à ses lèvres, ayant des difficultés à l'avaler.

- On se rendra au campement des survivants, aujourd'hui, déclara Weiss à l'intention de Shiro. Toi et moi.

- Oh...

Shiro releva la tête de son bol, s'autorisant enfin à regarder Nero.

Il avait donc accepté ?

- Si tu es toujours intéressé, bien sûr, précisa Weiss en se levant. A moins que tu ne préfères dessiner en écoutant ta musique.

Shiro se mordit la lèvre, encaissant les mots.

Pourquoi lui disait-il cela ? Il n'avait même plus de baladeur !

Sentant l'émotion monter, il ravala son désarroi.

- ... Non. Je suis toujours intéressé.

- C'est réellement ce que tu veux ? lui demanda Nero d'une petite voix.

En revanche, son oncle ne paraissait pas apprécier l'idée qu'il accompagne Weiss. Cela se voyait à son expression.

- Oui. J'irai, insista Shiro, tâchant de se dépêcher de terminer son bol.

Il désirait penser à autre chose.

Il souhaitait simplement ôter de son esprit la scène invraisemblable de tout à l'heure.

- Au fait...

Shiro se retourna. Weiss sortit quelque chose de sa poche.

Les yeux de l'enfant s'écarquillèrent en apercevant l'objet qu'il lui tendait.

C'était...

- Mon baladeur ! s'écria Shiro tandis qu'il tendait les mains pour le recevoir.

- Weiss l'a réparé, fit Nero en souriant. Il y a passé toute la nuit.

Shiro releva la tête vers son père, stupéfait.

Il croyait qu'il ne s'agissait que d'un divertissement secondaire. Mais il avait quand même réussi à le réparer, quitte à y passer toute une nuit ?

L'enfant avait du mal à y croire...

- ... Merci, le gratifia-t-il avec une sincère émotion, sans voix.

Weiss lui rendit son regard. Malgré son absence d'émotion, malgré son air taciturne, Shiro put toutefois apercevoir une petite lueur allumer ses yeux.

C'était déjà beaucoup...

Cette lueur s'effaça aussi vite qu'elle n'était apparue. Weiss tourna les talons. Les armes rangées dans son dos, il passa devant Shiro sans lui accorder davantage d'attention.

- On se rejoint là-bas, alors. Ne sois pas en retard. Je n'aime pas attendre.

Shiro ouvrit la bouche pour lui dire quelque chose. Mais Weiss s'était déjà enfoncé dans les bois.

Le silence tomba.

L'enfant se tourna vers son oncle, le fixant intensément de ses yeux d'un bleu céruléen. Nero ne put endurer son regard plus longtemps et détourna la tête, lui ordonnant simplement de se préparer.

- ... Papa Nero...

Il serait incapable de passer la journée dans cet état d'esprit. Encore plus s'il devait rester au campement avec Weiss.

Peut-être avait-il mal compris ?

Nero laissa les bras tomber le long de son corps.

Il finit par déclarer, sans aucune gêne :

- Pourquoi est-ce que cela te choque ? Tu savais déjà ce que Weiss signifiait pour moi, Shiro. Tu ne devrais pas être surpris.

Shiro répondit par la négative.

Si. Il savait qu'il y avait de quoi être surpris.

- Cela ne m'a jamais surpris... de savoir combien Weiss signifiait pour toi. Mais... Tous ceux que je connais... tous ceux qui ont un frère n'agiraient pas de la sorte.

- Qu'est-ce que tu souhaites me dire, Shiro ? lui demanda froidement Nero.

Shiro se raidit. Il baissa la tête, penaud.

- Je dis juste que... ce n'est pas normal.

Les membres d'une même famille ne pouvaient s'aimer de cette manière.

Dans le monde extérieur, cela n'était pas acceptable.

- Parce que tu crois que nous sommes nés normaux, Shiro ?

L'enfant ne sut pas quoi répondre. Les mots se noyèrent dans sa gorge.

Nero se pencha vers lui, les yeux plissés. Les ténèbres s'agitaient autour de lui et Shiro comprit qu'il s'agissait d'un sujet sensible.

- Tu veux partager des moments avec ton père et ta mère comme les autres familles ? Qu'ils t'attendent à la sortie de l'école, comme tu le souhaitais ? Cela n'arrivera jamais, Shiro. Mets-toi bien ça dans la tête.

- Je dis juste que—

- On est ta famille. Mais on n'est pas une famille normale. Nous ne sommes pas humains. On ne le sera jamais. Il y a des choses que le monde extérieur que tu affectionnes tant ne peut t'enseigner.

- Et quoi, comme « choses » ?

Nero se redressa.

- ... On ne choisit pas qui on aime.

- Je veux seulement savoir pourquoi ! s'écria l'enfant.

- Parce que je ne peux pas aimer une personne autre que Weiss. Tu ne peux pas comprendre notre relation, Shiro. Même si tu partages notre famille. Pourquoi est-ce mauvais ? Pourquoi est-ce inacceptable ? Je l'ignore. Le monde des humains a peut-être sa propre vision des choses. Mais laisse-moi te dire une chose : tu ignores ce qu'était Deepground. Tu n'y as jamais mis les pieds. On y subissait un enfer quotidien. Tous les jours, j'étais endormi, sédaté. On me réveillait et la seule question que je me posais, c'était « qui est-ce que je vais chasser aujourd'hui ? ». Quand on m'appelait pour une expérience, je me demandais « est-ce que je vais y survivre » ? On a vécu des choses terrifiantes et je ne peux même pas t'en parler parce que je ne souhaite pas briser ton âme plus que je ne l'ai déjà brisée.

Le discours de Nero parvint à fissurer le visage, déjà blême, de Shiro.

- ... Je...

- Alors, dis-moi, Shiro : est-ce que cela a de l'importance ? Quand tu subis un supplice tous les jours, quand ta vie est susceptible de se terminer à n'importe quel instant, est-ce que le fait de nous voir ainsi est si horrifique que cela ? Explique-moi. En quoi c'est pire que ce que t'a fait subir Jin Satsu ?

Shiro ne trouva pas les mots.

Il se contenta de tourner les talons, s'éloignant précipitamment. Son oncle ne chercha pas à le poursuivre.

Les pensées tourbillonnèrent dans son esprit, ne lui laissant aucun temps mort.

Le message avait été clair.

Il ne devait plus poser de question sur la relation qui unissait son oncle et son père.

Il ne devait même pas contester ne serait-ce que son existence.

Shiro s'enferma dans sa chambre, se laissant tomber, le dos au mur.

Pourquoi devait-il rester ici ?

Il avait besoin de repères... et il avait l'impression qu'ici, il n'y en avait aucun.

Alors qu'à l'extérieur, tout paraissait tellement plus simple... Il savait ce qui était acceptable, ce qui ne l'était pas...

Ils s'attendaient tous à ce qu'il s'acclimate à cet endroit, à Deepground... A ce qu'il noue des liens avec Weiss...

Mais comment le pouvait-il, avec cette image dans la tête ?

La gorge nouée, Shiro glissa la main dans sa poche, sortant le baladeur que Weiss lui avait rendu.

Il le contempla en silence, atterré.

Précautionneusement, l'enfant appuya sur le bouton.

L'écran s'allumait.

Weiss l'avait réparé... il lui avait réparé alors que Shiro ne le lui avait même pas demandé.

On ne sera jamais une famille normale.

Peut-être Shiro l'avait-il cru... peut-être s'était-il voilé la face lorsqu'ils s'étaient installés, de manière temporaire, dans le monde des humains afin que Nero accomplisse sa part du marché ?

Il aimerait que Vincent soit là.

S'il était là, il trouverait les mots qu'il fallait pour lui expliquer.

On frappa à la porte de sa chambre.

- Weiss t'attend au campement.

Le ton de Nero était éteint. Shiro se raidit. Prudemment, il posa le baladeur au sol avant de se lever machinalement.

Il sortit de la chambre. Ce fut en silence qu'il rejoignit son oncle qui l'attendait à l'entrée de la forêt.

Shiro était sur le point de l'éviter quand Nero l'interpella, prononçant ces derniers mots si forts et si puissants :

- Tu as dit que je devais penser à moi-même, une fois. Aujourd'hui, c'est ce que je fais. Je pense à moi-même. Et personne d'autre que Weiss n'est susceptible de me faire ressentir ce que je ressens quand je suis avec lui.

L'enfant se tut, se contentant d'accélérer le pas.

Il ne comprenait pas ce nouveau monde.

Il ne le comprendrait sans doute jamais.


« ... Shiro. Mon héritier. »

Debout face aux survivants, les bras posés sur les épaules de l'enfant pour le présenter à chacun, Weiss prononça ces mots avec une certaine difficulté.

Officier East se mit à trembler quand Weiss balaya le groupe de soldats du regard. Néanmoins, les miliciens parurent davantage surpris qu'apeurés. A ses côtés, Nero fixait la scène avec attention.

Aucun d'eux ne s'était certainement attendu à ce qu'il leur introduise son fils. Devant lui, Shiro avait le regard caché par ses mèches blanches. Quand bien même Shiro garda le silence, Weiss sentit une tension émaner de l'enfant.

Pitié, pensa amèrement Weiss. Faites qu'il ne se mette pas à pleurer ou à lui faire honte...

« Je vous préviens tout de suite : il est mon héritier mais cela ne signifie pas qu'il ne devra pas œuvrer pour gagner sa place à Deepground. A l'heure actuelle, c'est encore moi l'Empereur. Mais il est possible que certains d'entre vous aient à lui obéir dans un futur lointain. »

Si tenté qu'il en soit digne.

Nero lui adressa un signe de tête. Weiss poussa un soupir avant d'ajouter, à contrecœur :

« En tout cas... si quelque chose lui arrive, je n'ai pas besoin de vous détailler ce qui arrivera aux responsables. Je crois que vous finiriez même par regretter les anciennes punitions de Restrictor. Et la « question » ne sera qu'un conte de fée à côté de ce que je vous réserve. »

Il détestait cela.

Shiro était son héritier. Il disait qu'il devait gagner sa place, mais il interdisait aux soldats de le toucher.

Oui, il avait besoin de protection... mais leur en avait-on donné à Deepground ?

Cette présentation maladroite et malaisante se termina.

Weiss repoussa Shiro et l'invita à prendre place parmi les soldats.

« Officier East. »

Il allait en profiter et s'amuser un peu. Weiss ne cacha pas son sourire quand il vit l'officier se raidir à l'appel de son nom.

Weiss dégaina « Paradis », son arme offensive. Il lui fit signe de venir le rejoindre.

- ... Sir... glapit l'Officier East.

- Et si on commençait la chasse ?

Il lui indiqua les bois.

- Tu as dix secondes pour te mettre à courir.

East sursauta.

Il avait compris le message.

Sans tarder, l'officier s'exécuta et se rua en direction des bois. Quelques secondes après, Weiss était déjà en train de le poursuivre, son arme à la main.

Ici, il était dans son élément.

- Que la chasse commence, donc.


Weiss ne s'entraînait jamais avec les soldats.

A quoi bon ? S'il essayait, il les massacrerait. Il préférait, la plupart du temps, s'entraîner seul. Ou avant, quand ils étaient en mesure de le faire à Deepground, il lui arrivait de s'entraîner avec un camarade Tsviet. Azul ou Nero. Rosso était mauvaise perdante et Shelke n'avait pas les compétences nécessaires pour mener un bon match. Quant à Argento, son rôle était à la forge et au conseil. Plus d'une fois, il avait souhaité l'affronter à un combat, seul à seule. Mais elle avait toujours refusé, à sa plus grande déception.

Mine de rien, Officier East avait définitivement des capacités à la course. Il avait su tenir la distance sur une dizaine de kilomètres jusqu'à ce que Weiss le rattrape et l'assomme.

Mais s'il dit qu'il avait réussi à survivre en courant pour sa vie, Weiss était davantage susceptible de le croire.

Quelques miliciens étaient partis patrouiller pour surveiller la zone, mais la plupart d'entre eux restaient aux alentours du campement, à s'entraîner, à essayer les armes qu'ils avaient ramassé dans les périmètres phares de la bataille de Midgar.

Assis près d'un officier East assommé, Weiss remarqua du coin de l'œil l'enfant qui l'inspectait, une expression inquiète apparente sur son visage.

Weiss plaça son arme derrière son dos, s'avançant vers Shiro qui releva la tête vers lui. Immédiatement, il la rabaissa, amer.

Qu'est-ce qui lui prenait ?

« Tu ne t'entraînes pas ? » lui demanda Weiss, le ton détaché.

Shiro observa East en silence.

- Pourquoi avoir fait cela? Pourquoi l'avoir poursuivi dans les bois ?

Weiss haussa les épaules.

- Pour m'amuser, je dirais.

- T'amuser ? répéta Shiro, incrédule.

- Et évaluer ses compétences. Je n'ai aucune place pour les inutiles.

- Mais...

La voix de Shiro se perdit lorsqu'un tir résonna, à quelques kilomètres de leur position, l'interrompant. Ce n'était pas alarmant. Les soldats s'entraînaient au tir dans la forêt.

- C'est assez drôle, souffla Weiss, un sourire en coin.

- J'ai du mal à voir ce qu'il y a de drôle, là-dedans... commenta Shiro, à voix basse.

Le sourire de Weiss s'effaça.

- Ah oui. C'est clair que c'est autre chose que tes dessins et ta musique, grinça-t-il, agacé.

Il toisa Shiro, gardant le silence. Il finit par soupirer.

- C'est toi qui l'as voulu. Tu as voulu venir au campement. Personne ne t'a forcé.

- Vraiment ?

Shiro posa sa main sur le masque à gaz de l'Officier East.

Quoi ? Il ne l'avait pas forcé.

Qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'il allait être attristé de son sort ? Il ne l'avait pas tué, après tout. Weiss considérait qu'Officier East était chanceux qu'il n'y ait pas d'autre gradé bien plus compétent que lui. Autrement, il aurait facilement été remplaçable.

- Tu ne veux pas t'entraîner ? Même pas un petit peu ? Pour montrer ce que tu vaux aux soldats ? insista Weiss, quand bien même il connaissait déjà la réponse.

Shiro ne réagit pas.

- ... Gagner sa place, hein ? Il est beau, « l'héritier de Deepground », chuchota Weiss, à bout de patience.

L'enfant se raidit. Weiss s'écarta.

Cela ne servirait à rien. Il fit signe à Nero en désignant Shiro, lui indiquant qu'il était temps de le ramener à la maison.

Il n'avait pas le temps pour cela. Shiro n'essayait même pas de jouer le jeu. Il avait tout un Empire à reconstruire, et il n'y avait pas la place pour cet enfant.

Nero passa derrière Weiss et s'approcha de Shiro, l'attrapant délicatement par les épaules pour le forcer à le regarder.

- Hé, Shiro... l'entendit-il souffler.

Shiro releva la tête vers son oncle, l'expression vide.

- Cela te dit... qu'on s'entraîne tous les deux ? Comme avant, à Edge ? A la salle d'entraînement ?

Weiss s'arrêta.

Il jeta un œil par-dessus son épaule, observant la réaction de l'enfant.

Nero l'avait entraîné... il était intéressé de savoir comment Shiro se comportait, quand il combattait sérieusement...

Shiro hésita. Il jeta un œil en direction de l'officier East, sans répondre.

- Il va bien, lui assura Nero, d'une voix douce. Weiss ne lui aurait pas fait de mal. Pas sérieusement, du moins. Alors, cet entraînement ?

L'enfant déglutit.

- ... Je ne sais pas, répondit-il, le ton bas.

- Tu ne veux pas essayer de me toucher ? La dernière fois, il s'en était fallu de très peu...

Le ton de Nero était provocateur. Il l'attirait dans ses filets, l'incitant à prendre l'arme contre son oncle.

Malgré tout, Weiss se demandait si cela fonctionnerait.

Shiro n'effectua aucun mouvement. Il ouvrit la bouche, avant de la refermer. Nero se redressa, gardant ses mains sur les épaules de l'enfant.

Non. Cela ne marcherait pas.

Weiss était sur le point de s'éloigner.

Un bruit de métal atteignit ses oreilles. Tous les soldats qui étaient occupés à faire autre chose interrompirent immédiatement ce qu'ils étaient en train de faire pour se retourner, stupéfaits.

A son tour, Weiss fit face à la scène qui se déroulait devant lui.

Ce à quoi il assista l'interpella.

Shiro avait dégainé son arme.

Sans hésiter, il avait plongé en avant, fondant droit sur Nero dans le but de lui porter un coup.

Nero avait sauté sur le côté. Dégainant ses revolvers, il contre-attaqua en envoyant ses tentacules de ténèbres assaillir Shiro, l'encerclant de tous les côtés.

Stupéfait, Weiss assista à la scène, ne cherchant pas à intervenir.

« C'est tout ce que tu es capable de faire ? »

L'enfant les esquiva en effectuant une roulade au sol. Il se remit à courir vers son oncle, traînant sa lame derrière lui. Il essaya de le viser au ventre, à la tête, à la poitrine...

Ses attaques étaient plutôt coordonnées... Parfois un peu maladroites, mais coordonnées.

A chaque fois, Nero esquivait aisément. Il répliqua par un coup de poing, un coup de pied, un uppercut, le projetant en arrière. Plusieurs fois, Shiro vola dans les airs, lâchant son arme qui se planta dans le sol, à quelques mètres de lui.

Weiss observa sa réaction.

Allait-il abandonner ?

Shiro reprenait son arme et repartait de plus belle.

Non. Il n'abandonnait pas. C'était déjà un bon point, pensa Weiss.

Nero gloussa, ne cherchant pas à cacher son amusement. Cette fois-ci, il cessa de contrer.

Il passa à l'offensive, se téléportant devant Shiro dans le but de l'avoir au corps-à-corps.

« Relax ! Je serais gentil ! » insista Shiro tandis qu'il contrait les coups de poing tantôt avec sa lame, tantôt avec ses simples avant-bras quand il ne pouvait pas faire autrement.

Relax, je serais gentil...

Dans sa course, la main droite de Shiro se mit à briller. Il la tendit en direction de son oncle. Une forte et puissante boule d'énergie s'en échappa, visant Nero qui la manqua de justesse en plongeant en avant, l'attaque frappant le tronc d'un arbre à la place. Son oncle répliqua en faisant exploser une nouvelle vague de ténèbres, décimant tout sur son passage.

« Allons, je m'échauffe à peine ! » cria Shiro tandis que tout son corps s'illumina d'une aura blanche.

Allons, je m'échauffe à peine !

Weiss cligna des yeux, trop abasourdi pour mettre un mot sur ce qu'il ressentait.

Il n'avait pas menti sur ses pouvoirs...

A son tour, la lame se mit à briller.

Avant même que la vague de ténèbres ne puisse l'atteindre pour ne serait-ce que l'effleurer, Shiro leva son arme, sautant en avant.

L'instant d'après, la lame était en train de fendre la vague de ténèbres.

Difficilement, mais cela fonctionnait...

Fends l'eau, ne l'écarte pas...

« ... Ouah. Spectaculaire, Sir », entendit-il Officier East commenter tandis qu'il relevait la tête pour observer la scène.

Même Nero s'était arrêté, impressionné par ce qu'il voyait.

Shiro traversa la vague de ténèbres, se frayant tant bien que mal un passage pour atteindre plus aisément sa cible.

Il y était parvenu...

Weiss le suivit du regard. Le souffle coupé, il observa Shiro charger, sa lame en l'air, prête à s'abattre sur Nero.

Nero... ne bougea pas.

Il demeura parfaitement immobile. Un sourire sur ses lèvres, il se contenta de fermer les yeux, laissant l'enfant venir à lui.


Nero avait déposé Shiro dans son lit. Sur le trajet du retour, Shiro était tombé d'épuisement, ce qui avait conduit son oncle à s'arrêter, avant d'entamer les derniers kilomètres en portant l'enfant sur ses épaules.

Cela ne l'avait pas dérangé. Après tout, le combat avait exténué l'enfant. Caressant ses cheveux blancs du bout des doigts, Nero ne put s'empêcher de considérer Shiro avec tendresse.

Ses prouesses avaient impressionné tout le monde.

Elles avaient impressionné les miliciens, les gradés...

Et Weiss...

Nero ramassa une couverture pour border l'enfant.

Oui... Weiss ne pourra pas prétendre le contraire.

Ce dernier se tenait dans l'entrebâillement de la porte, observant la scène tout en conservant une expression nonchalante.

Mais cela n'échappa pas à Nero. Il savait pertinemment à quoi il était en train de penser, derrière cette attitude.

« Avoue que cela ne t'a pas laissé indifférent », lui susurra Nero tandis qu'il passa devant lui pour sortir.

Weiss croisa les bras sur sa poitrine, songeur.

- Ne cherche pas à le cacher, sourit son cadet. Tu es comme un livre ouvert. Pendant l'espace d'un instant, j'ai pu sentir une certaine fierté émaner de toi quand tu l'as vu fondre sur moi.

Son aîné ferma les yeux, poussant un discret soupir.

- Je l'avoue. Tu n'avais pas tort pour les pouvoirs.

- Et pour autre chose, renchérit Nero.

Il marqua un temps, avant de compléter :

- J'ai cru te voir, l'espace d'un instant.

Weiss dévisagea son frère, incrédule.

- Tu ne peux pas le renier, déclara son cadet. Ta persévérance, tes piques sur le champ de bataille... C'était tout toi. Même les soldats étaient en admiration.

- Au moins, il a su montrer sa force auprès de Deepground, commenta Weiss, jetant un coup d'œil absent à l'égard de l'enfant.

Shiro bougeait dans son sommeil, n'ouvrant pas les yeux. Nero plaça un doigt sur sa bouche, l'incitant à chuchoter. Il lui fit signe de quitter la chambre. Une fois à l'extérieur, il referma les portes coulissantes derrière eux.

Au-dessus d'eux, le ciel s'était assombri.

- J'avais peur, pendant un instant, qu'il me fasse honte. A refuser de s'entraîner, à refuser de comprendre ce pour quoi j'œuvre depuis notre arrivée ici...

- ... Il ne l'a pas fait pour Deepground, avoua Nero, à voix basse.

A côté de lui, son frère se raidit.

- Il l'a fait pour attirer ton attention. Pour que tu le remarques, Weiss. Il s'agissait également de mon but. D'où la raison pour laquelle je lui ai proposé.

Nero tourna la tête vers lui. Son sourire avait disparu, laissant place à une mine morose.

- Il le refuse encore. Ce nouveau monde le perturbe, mon frère adoré. Il croit qu'il n'a plus aucun repère. Tout est différent ici. Tu le sais. C'est à nous de le guider. C'est à nous de l'y préparer. C'est déjà suffisamment difficile pour lui, qu'on ne soit pas une famille « normale, typique et traditionnelle du monde des humains ». De savoir que ses parents ne l'attendront jamais à la sortie de l'école qu'il affectionne tant. Alors... essaie de prendre ses efforts en compte, Weiss. S'il te plaît.

- ... Je les prends en compte, protesta Weiss en se tenant le visage dans une main.

Il avait mal à la tête.

Il ignorait d'où cela venait.

- Tu trouves réellement qu'on se ressemble ? finit-il par lui demander. Au-delà de l'apparence ?

Nero le regarda tendrement.

- Je pense que vous avez déjà de nombreux points communs.

Son frère cadet tendit le bras pour ouvrir un nouveau portail de ténèbres. Il examina ses mains, un sourire satisfait sur son visage.

- Cela fait du bien de récupérer le contrôle des ténèbres... de ne plus avoir ces rêves étranges. C'est comme si je revivais une seconde jeunesse.

- Tu parles comme si tu étais un vieillard, plaisanta Weiss.

- Il grandit si vite.

Nero jeta un dernier regard attendri à destination de la chambre de l'enfant.

Il se tourna vers Weiss avant de s'incliner. Il était temps pour lui de partir en mission.

- Bonsoir, Weiss.

- Bonsoir, Nero, lui adressa-t-il.

Avant que Nero ne disparaisse complètement, Weiss l'interpella.

- Fais attention à toi.

Nero lui adressa un discret sourire avant de s'effacer dans les ténèbres, laissant Weiss seul sur la terrasse.

L'Empereur de Deepground resta debout, devant la chambre de Shiro.

Pendant un instant, il hésita à entrer pour vérifier s'il dormait bel et bien.

Il secoua la tête, chassant cette idée de son esprit. Poussant un soupir, il se dirigea à pas de loup vers sa chambre.

Des points communs, hein ?


Durant la nuit, Shiro rêva.

Il rêva qu'il était dans l'espace, flottant au milieu des étoiles.

Il entendait des échos lointains, comme si on l'appelait.

Il releva le regard.

De loin, il aperçut Gaïa.

Et quand il essaya de la rejoindre, quand il tenta de répondre à ces appels, il remarqua derrière elle un être massif qui la protégeait.

Un géant, sans visage, des ailes portant la couleur de la Rivière de la Vie qui battaient dans son dos.

Son attention était rivée sur Shiro.