OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Lorsque Shiro se réveilla le lendemain matin, il fut étonné de trouver Weiss seul sur la terrasse, assis à sa place habituelle.

« Bien dormi ? » lui adressa distraitement le leader de Deepground après lui avoir jeté un coup d'œil.

D'habitude, il ne lui posait même pas cette question. Shiro lui adressa un timide signe de tête, en se souvenant du rêve de la nuit dernière.

Ce n'était pas la première fois qu'il rêvait qu'il voyageait dans les étoiles.

Cela avait été un beau rêve... quand bien même il y avait ressenti une émotion étrange. Une émotion sur laquelle il ne pouvait pas mettre de mot.

- ... Oui.

Weiss n'ajouta rien de plus et le silence pesant retomba.

Remarquant que Nero n'était pas présent pour l'accueillir comme d'habitude, Shiro chercha son oncle du regard.

« Il n'est pas là », l'informa Weiss tandis qu'il mordait à pleines dents dans sa pomme.

Shiro le dévisagea, surpris.

- Où est-il ?

- En mission, se contenta de répondre son père.

« En mission » ?

Et qu'entendait-il par « mission » ? Chercher de la nourriture, des armes, d'autres survivants du Deepground ?

Shiro ouvrit la bouche pour lui poser la question, avant de la refermer. Il n'y arrivait pas. Il n'osa pas lui demander des détails. Surtout que Weiss paraissait peu enclin à lui en donner. Il avait déjà du mal à lui parler, alors lui expliquer quelles étaient ces missions...

Il savait que ce n'était pas à lui à qui il devait poser la question, s'il souhaitait des réponses.

- Qu'est-ce que tu attends ? l'interrogea Weiss, voyant qu'il ne quittait pas son emplacement.

Shiro le toisa, confus.

- Désolé. Il n'y a personne pour te faire ton petit-déjeuner, ce matin, grinça Weiss, sarcastique. Et si tu penses que je vais me lever pour te préparer quelque chose, tu as tort. Ce n'est pas mon rôle, de faire le majordome pour un enfant de huit ans.

Oh...

- Mais ce n'était pas mon inten—commença Shiro.

Il s'interrompit. Weiss ne le regardait même pas.

- Alors, dans ce cas, utilise tes deux mains. Tu les as bien utilisées hier, en t'entraînant avec Nero. Je suis sûr que tu peux t'en servir pour autre chose.

Shiro fronça les sourcils, l'incompréhension envahissant son être.

Etait-ce une critique...

Ou une forme de compliment ?

Il n'arrivait pas à savoir. Pourquoi mentionnait-il l'entraînement ? Est-ce que cela signifiait qu'il avait été impressionné par ses capacités lors de l'entraînement d'hier ? Par la manière dont il avait utilisé son arme, ses pouvoirs contre Nero ?

Shiro se contenta de s'incliner, jugeant qu'il valait mieux suivre son conseil et s'exécuter. Il se dépêcha de se rendre à l'intérieur et prépara son bol de lait, qu'il emporta avec lui sur la terrasse. Weiss n'avait pas bougé.

Cela serait la première fois...

La première fois qu'il prenait son petit-déjeuner seul avec Weiss, sans Nero aux alentours.

L'enfant hésita... Doucement, il s'assit à côté de Weiss, qui n'émit aucune réaction. Il n'effectua aucun geste de recul ou de rejet à son égard.

Non. Il resta assis tandis que Shiro portait son bol à la bouche, le buvant à petites gorgées.

La brise leur caressa le visage. Shiro leva la tête, observant le ciel.

Ce n'était pas si désagréable... de l'extérieur, il s'agissait d'un père qui partageait un moment qui pourrait paraître anodin avec son fils.

Mais Shiro était conscient que leur relation était loin d'être anodine. Et il se doutait bien que Weiss pensait certainement la même chose.

On n'est pas une famille normale.

- Tu désires retourner au campement, aujourd'hui ? lui adressa Weiss, rompant le silence.

Shiro le regarda, perplexe.

- Les autres survivants ne s'en prendront pas à toi. Ils savent que t'attaquer revient à m'attaquer. Comme pour Nero, quand bien même lui est largement capable de les gérer.

- Je croyais...

Il est beau, l'héritier de Deepground.

- A moins que tu ne le souhaites pas, fit Weiss en se levant.

- Non... Enfin, si. Je le veux bien.

- Bon. Alors, ne tarde pas. On se met en route bientôt.

Shiro hocha la tête, retournant à son bol.

- Shiro ?

Weiss l'attendait à l'entrée de la forêt, gardant le dos tourné. Surpris, Shiro reporta son attention sur lui.

- Seule la force compte ici. Tu as du potentiel et pas seulement parce que tu as hérité de mes pouvoirs. Je crois que tu peux apporter quelque chose à Deepground. Si tu en as la motivation, tu peux très vite devenir un puissant guerrier.

Il ne lui disait plus qu'il devait « gagner sa place ».

Il lui disait directement qu'il avait du potentiel.

C'était vraiment... étrange que Weiss lui parle d'une telle façon. Shiro n'y était pas du tout habitué.

Cela signifiait qu'il l'acceptait ? Qu'il l'acceptait comme son héritier ?

- ... D'accord, put-il seulement répondre, trop abasourdi pour dire autre chose.

Weiss hocha la tête, sans lui faire face. Il commença lentement à s'éloigner.

- J'espère que tu es satisfait de ton baladeur, ajouta-t-il, sans aucune émotion.

- Euh... oui ! s'écria Shiro.

Il porta la main à sa bouche, un peu honte de sa réponse qui devait paraître un peu trop brusque.

- Oui... le son est génial. Il est même mieux qu'avant.

Et il ne mentait pas. Weiss avait bel et bien réussi à le réparer.

- Bien.

Sa réponse le satisfit. Weiss se dirigea à grands pas vers la forêt. Quelques instants plus tard, il avait disparu de son champ de vision.

Shiro posa son bol sur les genoux.

J'ai surtout envie que tu deviennes son fils. Pas son héritier. Son fils.

Même s'il l'acceptait comme potentiel héritier, il ne le percevait pas encore comme son fils. N'est-ce pas ?

Il n'avait pas pensé à ça. Quand Nero lui avait proposé de s'entraîner, ce n'était pas dans l'objectif de devenir le digne héritier de Deepground. Il savait très bien que ce monde ne lui conviendrait pas.

Déjà avec ce qu'il avait vu hier, entre Weiss et Nero... et cette chasse à l'homme avec Officier East...

Il l'avait seulement fait pour pouvoir avoir un début de « quelque chose » avec Weiss, peu importe de quoi il s'agissait. Mais manifestement, ce plan se retournait contre lui. Weiss l'interprétait de la mauvaise manière. Il croyait qu'il était d'accord pour participer à la renaissance de Deepground. Il croyait qu'il s'était entraîné pour « gagner sa place ».

Et s'il se vengeait de la Shinra... s'il s'en prenait au monde des humains...

Et ces « missions »...

Shiro se redressa. La tête baissée, il porta son bol vide à la cuisine.

Il avait accepté de venir au campement. Weiss risquerait de mal le prendre s'il se désistait.

Shiro balança presque son bol dans l'évier.

Il fallait qu'il réfléchisse à cette situation, qu'il trouve un plan... Il ne voulait pas que les humains, notamment ceux que Shiro connaissait, souffrent.

Il ne souhaitait pas de cette vengeance, même si la Shinra le méritait. Cela ne valait pas le coup...

Mais quel genre de plan ?


« Tu te débrouilles de mieux en mieux », lança Weiss, éclatant d'un rire mauvais tandis que l'Officier East gisait à ses pieds, exténué par le trajet qu'il venait de parcourir.

Encore une fois, Weiss avait remis le couvert avec l'Officier East. Après la chasse à l'homme dans la forêt, Weiss l'avait forcé à grimper à un arbre pour lui donner une chance de s'échapper. Mais il n'avait pas réussi cette deuxième épreuve et Officier East s'était écroulé en même temps que l'arbre que Weiss avait abattu en essayant de le faire descendre.

C'était officiel. Officier East était bel et bien devenu le souffre-douleur attitré de Weiss. Et Shiro ne comprenait pas pourquoi Weiss lui infligeait un tel traitement. Et pourquoi est-ce qu'Officier East ne réagissait pas, ne se défendait pas plus que cela... ?

Shiro soupira. Il connaissait déjà la réponse.

Weiss était l'Empereur de Deepground. Le plus puissant de tous. Et East ? Un trouillard qui luttait pour rester en vie.

Ce petit jeu paraissait plaire à son père.

« Shiro ? »

L'enfant sursauta. Weiss s'était tourné vers lui.

- Je dois m'absenter pour accompagner des patrouilleurs. Je te confie le campement ? S'ils se conduisent mal, je compte sur toi pour les tenir en laisse avec tes pouvoirs.

Shiro resta bouche bée.

Weiss... lui confiait le campement ? Alors que la veille, il ne lui faisait même pas confiance pour s'entraîner, pour devenir le digne héritier de Deepground ?

Il était trop stupéfait pour réagir...

- Alors ?

Mais... en même temps, il ne se voyait pas dire non. Pouvait-il même lui dire « non » ?

Shiro accepta d'un signe de tête.

- Bien. Cela devrait durer un quart d'heure, au maximum.

Il tourna la tête vers les miliciens qui observaient la scène avec attention.

- S'il lui arrive quelque chose, dit-il avec le même ton qu'il emploierait pour parler de la pluie et du beau temps, je vous démembre. C'est clair ?

Shiro blêmit face à cette menace.

- Avé Weiss, répondirent simplement les miliciens, dont East qui était encore par terre.

Weiss adressa un dernier regard à Shiro avant de tourner les talons, suivant les patrouilleurs dans les bois jusqu'à ce qu'ils disparaissent de leur champ de vision.

Shiro remarqua que derrière leurs masques à gaz, les miliciens restants le fixaient. L'enfant déglutit, pas du tout habitué à toute cette attention insistante.

Etait-ce parce qu'il était l'héritier ?

Etait-ce cette attention qu'ils portaient à Weiss tous les jours ?

- Euh... Officier East ? lui chuchota Shiro, complètement pris de court.

- Hmm... Oui, Sir ? balbutia l'Officier qui se redressa péniblement.

- Qu'est-ce que je dois faire ?

Quel ordre devait-il donner ?

Que devait-il faire, précisément ?

- C'est à vous de donner les ordres, lui adressa une autre gradée qui se tenait assise sur un rocher, pansant le poignet d'un soldat.

- Euh... ? Vous êtes... ?

- Officier Este-D, Sir, fit cette dernière en lui faisant un salut militaire. Je serais ravie de donner ma vie pour la vôtre et celle de l'Empereur. Avé Weiss.

Etait-ce toujours aussi formel à Deepground ?

- N'importe quel ordre fera l'affaire, lui assura Este-D, le ton prévenant.

N'importe quel ordre ?

- Euh... Entraînez-vous ? hasarda Shiro, les bras tendus vers les miliciens.

- Avé, Weiss ! lui crièrent-ils en chœur.

Shiro cligna des yeux, surpris par une telle réponse. Disaient-ils « Avé Weiss » à chaque ordre donné ?

En tout cas, les miliciens cessèrent de prêter attention à lui. Ils se dispersèrent et, pendant un instant, Shiro crut qu'il avait fait une erreur. Mais il soupira de soulagement quand il remarqua les miliciens prendre des armes pour s'exercer au combat.

Entraînez-vous, ils s'entraînaient.

Shiro devina presqu'un sourire derrière le masque à gaz d'Este-D.

- Vous nous avez épatés, hier, Sir, lui disait-elle, le ton élogieux.

- Vraiment ?

- Vos pouvoirs étaient impressionnants, s'empressa d'ajouter East, se tenant la tête dans une main. On aurait cru voir votre père sur le champ de bataille !

Le visage de l'enfant s'assombrit.

Il aimerait pouvoir recevoir le compliment... mais il en était incapable.

- Officier East...

- Oui, Sir ? déglutit East nerveusement, serrant son bâton dans sa main.

Il avait beau chercher une raison, il était incapable de comprendre comment on pouvait traiter quelqu'un comme ça. Même si East était un froussard qui disait « oui » à tout pour rester en vie.

- Pourquoi est-ce que tu tolères ce genre de traitement ? Tu n'as pas de dignité ? lui adressa Shiro sans l'ombre d'un sourire.

- Euh... Quel genre de traitement, Sir ?

Il ne paraissait pas comprendre à quoi il faisait référence.

Shiro soupira.

- Cette chasse à l'homme dans les bois.

- Oh, Sir ! Ce n'est pas un problème pour moi, s'écria East en s'inclinant. Peu importe ce que l'Empereur désire, je l'accomplirais avec joie. S'il souhaite me traquer, je lui accorderais ce plaisir.

Le pire était qu'il était sincère...

- Vraiment ?

- Je vous assure ! L'Empereur est clément. Je suis déjà chanceux de rester en vie. Je préfère obéir à Weiss l'Immaculé plutôt qu'à Restrictor ! A côté de Deepground sous l'ancienne autorité, c'est presqu'un jeu.

- C'est notre jeu, renchérit Este-D. La loi du plus fort. Les plus puissants utilisant les plus faibles. C'est tout.

Cela déconcerta l'enfant.

- Et vous êtes heureux avec cela ?

- Heureux ? Est-ce que cela a un sens à Deepground ? On exécute la volonté de l'Empereur. Il n'y a pas à réfléchir. C'est comme ça.

Shiro fronça les sourcils, trop stupéfait pour dire quoi que ce soit.

- Un problème, Sir ? lui adressa Este-D, remarquant son expression tétanisée.

- Je...

Il prit une inspiration.

- Donc... Si Weiss vous ordonne de vous jeter du haut de la montagne, vous le feriez ?

Sans hésiter, Este-D et East répondirent d'une même voix :

- Il s'agirait de sa volonté.

Leur réponse avait été instantanée.

Ils n'avaient... aucune considération pour leurs propres vies ? Seulement pour les ordres qu'on leur donnait ?

C'était leur façon de penser...

Mais comment quelqu'un pouvait-il avoir une telle manière de penser ?

Shiro repensa aux mots de Nero.

Un enfer sur Terre.

Ils avaient été habitués à tout cela... Les soldats, les officiers, les Tsviets...

Peut-être même Nero.

Peut-être Weiss lui-même. Quoique... est-ce que cela pouvait s'appliquer à lui, s'il avait détrôné l'autorité ?

- Et les missions... ?

- Les missions ? répéta East, confus.

Shiro le regarda, apeuré.

- Les missions pour lesquelles on vous envoie... de quoi s'agit-il, exactement ?

Este-D et East se regardèrent. Leur attitude corporelle indiquait qu'ils ne s'attendaient pas à une telle question. Peut-être croyaient-ils que Shiro le savait déjà ?

- Euh. On récupère de la nourriture, des armes, des objets de l'Ombre de la Shinra, l'avertit East.

- Et bientôt, il s'agira de recrues, ajouta Este-D, les bras croisées sur sa poitrine.

Shiro écarquilla les yeux.

- Des recrues ? Les derniers de Deepground ?

- Vu comment c'est parti, je pense qu'on élargira le périmètre hors Deepground...

- Vous voulez dire—

Shiro refusait de le concevoir.

Il ne pouvait pas en croire ses oreilles.

- On va commencer par des individus, sans famille, qui ne manqueront à personne. Peut-être des sans-abris ou des gens qui haïssent la Shinra. On va les façonner pour qu'ils deviennent des soldats loyaux à Deepground, à l'Empereur, déclara Este-D sans aucune émotion dans sa voix.

La nouvelle eut l'effet d'une bombe.

Enlever... des sans-abris ? Pour les envoyer ici ? A Deepground ?

Faire comme avec lui... l'enlever du monde extérieur pour l'emmener ici ?

Non...

Non ! Ce n'était pas acceptable !

Dans son esprit, l'image de quelqu'un qu'il connaissait... Denzel, Marlène, Lorraine, enlevés par les soldats de Deepground et envoyés ici...

Ses amis à qui on laverait le cerveau...

Cette image glaça le sang de Shiro.

Deepground était né bien avant Shiro. Et aujourd'hui, Deepground le dépassait par sa conception tordue des choses.

Si Weiss leur ordonnait de se venger de la Shinra, d'attaquer le monde des humains, ils le feraient sans ciller.

Ces officiers étaient capables de tuer ses amis. De tuer Denzel, Marlène, Lorraine, si Weiss leur en donnait l'ordre.

C'était effrayant... et à nouveau, l'estomac de l'enfant se tordit à cette pensée.

- Sir ? Vous allez bien ?

Son attitude ne manqua pas d'interpeller Este-D, qui s'avança vers lui pour le détailler avec inquiétude.

- Avez-vous besoin de quelque chose, Sir ? Vous ne semblez pas aller bien.

- Oui, affirma East. Vous êtes tout pâle.

Shiro releva la tête.

Non... il ne pouvait pas laisser Weiss faire cela.

Hagard, Shiro reporta son attention sur Este-D et sur East.

On aurait cru voir votre père sur le champ de bataille !

Ils... ils le considéraient déjà comme l'héritier de Deepground.

- ... Vous... vous venez tous les deux du monde des humains, n'est-ce pas ?

Les deux hochèrent la tête.

Peut-être que les officiers venaient peut-être de lui apporter la réponse qu'il recherchait.

S'il ne pouvait pas parler à Weiss, peut-être qu'il pouvait essayer de parler aux officiers ? Leur donner l'ordre de ne pas attaquer les humains ? De se venger de la Shinra ?

Impossible.

Pas comme ça. Pas avec cette attitude de soumission à Weiss au péril de leur propre vie...

Shiro les considéra silencieusement.

- Sir ?

Ils venaient du monde des humains.

- ... Je peux vous donner un ordre ?

Les deux officiers hochèrent la tête avec empressement.

- Tout ce que vous souhaitez, Sir.

- ... Est-ce qu'on peut se retrouver ce soir, près du lac ?

- Sir ? s'étonna Este-D. On a des soldats à surveiller. Nous sommes les seuls gradés ici.

Shiro devina qu'Este-D fronça les sourcils derrière son masque à gaz.

- Vous pouvez donner le commandement à l'un des miliciens ?

- Euh...

East se recroquevilla sur lui-même, nerveux.

- Je pense que ça... pourrait être possible, Sir.

- Parfait, alors. Mais s'il vous plaît... trouvez une excuse à donner aux soldats et n'en parlez pas à l'Empereur s'il ne vous le demande pas.

- Mais Sir... on ne désire pas d'ennuis ! glapit East.

- Je suis d'accord, Sir, avoua Este-D avec amertume.

Shiro se retourna pour apercevoir la silhouette imposante de Weiss émerger des bois.

Il n'ajouta rien de plus. Il se contenta de leur adresser un signe de tête.

- A ce soir, alors.


Ce fut avec le cœur battant que Shiro se rendit au lac, se frayant un chemin parmi les arbres, portant un sac à dos.

Nero n'était pas encore revenu et c'était une bonne chose. Il avait prétexté à Weiss qu'il était fatigué et qu'il préférait se coucher tôt. L'Empereur n'avait pas cherché à demander des détails. Il s'était contenté de hausser les épaules avant de se diriger à son tour vers sa chambre pour s'enfermer dedans.

Discrètement, Shiro avait quitté la maison. A plusieurs reprises, il avait vérifié que personne ne l'avait suivi.

La porte de Weiss était demeurée close. Mais de l'extérieur, il remarqua que la lumière de la chambre était encore allumée.

Shiro manqua de déraper dans la descente. Il se rattrapa de justesse avant de continuer sa route.

Il espérait qu'ils soient là...

Il espérait qu'ils n'aient rien révélé à personne...

La sueur coulant sur son front, Shiro s'approchait de plus en plus de sa destination.

Il aurait la réponse dans quelques instants...

Shiro émergea des bois.

Il leva la tête et ce fut avec soulagement qu'il découvrit deux silhouettes l'attendant sur la rive. Quand Shiro s'avança, il reconnut les officiers qui sursautèrent en chœur en le voyant.

« Sir... Nous ne désirons pas d'ennuis », répéta East, la voix tremblante.

Este-D demeura un peu plus en retrait. Elle aussi n'était pas à l'aise avec la situation. Shiro les comprenait. Après tout, il leur avait dit de ne parler de leur entrevue à personne. Même pas à l'Empereur.

- Je suis content que vous soyez là.

Il déposa son sac à dos au sol.

- C'est... pour une mission particulière ? l'interrogea Este-D.

A leur grande surprise, Shiro sortit trois canettes de soda qu'il avait sorti du réfrigérateur, ainsi qu'un jeu de cartes que Marlène lui avait donné.

- Et si on s'installait ?

Este-D et East lui répondirent par un silence, le choc apparent dans leur attitude.

Shiro inclina la tête sur le côté, un sourire tranquille sur le visage.

- C'est assez facile. Je vous explique les règles et on commence une partie ?


Les canettes ouvertes, trônant autour du trio, assis sur un tronc tandis que Shiro distribuait les cartes, le jeu se passa avec calme. A plusieurs reprises, Shiro dût expliquer les règles aux deux officiers, notamment à East qui eut beaucoup de mal à comprendre. Plusieurs fois, il s'excusa piteusement, demandant à se faire punir.

A croire qu'il aimait cela...

« Alors, vous aimez ? » lui demanda Shiro.

Este-D et East s'échangèrent un nouveau regard, perplexe. Aucun d'eux n'avait touché à leurs canettes, ce qui décevait Shiro. Il espérait qu'ils enlèvent leurs masques à gaz pour voir leurs visages en buvant.

- Euh... on ne comprend pas vraiment l'intérêt, Sir... avoua Este-D, East gardant ostensiblement le silence.

Shiro piocha une carte, avant de répondre :

- C'est pour s'amuser.

- S'amuser...

- Vous ne vous amusez jamais, à Deepground ? A part... en faisant des chasses à l'homme ? déclara Shiro, du bout des lèvres.

East se redressa. Cela fut à son tour de piocher.

- On s'amuse, mais pas comme ça... et surtout... on n'a pas l'habitude de jouer avec les Tsviets et hauts placés, lui expliqua doucement Este-D.

Cela ne devrait pas le surprendre, après tout ce qu'ils lui avaient dit.

- Je vois...

Shiro tâcha de ne pas se décourager. Il devait persévérer.

- Il y a une première fois à tout. Et cela devient rapidement addictif.

- Oh. Très bien, Sir.

Shiro dévoila ses cartes. Les officiers firent de même.

- J'ai gagné ? demanda East avec espoir.

- Non. Tu as perdu.

Les épaules de l'officier se raidirent.

Shiro lui sourit, rassurant :

- Tout va bien. Il n'y a pas de punition si vous perdez.

- Je le mérite, pourtant, glapit East.

Shiro réprima un soupir.

- On se refait une partie ?

Les deux officiers ne refusèrent pas. Il espérait croire que c'était parce qu'ils commençaient réellement à prendre goût au jeu plutôt que par soumission, à l'instar de son père.

- Je voulais jouer avec quelqu'un, avoua Shiro amèrement. J'avais envie de partager un moment comme celui avec quelqu'un.

- Mais Sir... pourquoi ne pas jouer à ce jeu avec l'Empereur ? Ou avec le Commandant ? proposa East. Plutôt qu'à deux officiers comme nous ?

Shiro devina qu'Este-D le fusilla du regard derrière son masque.

- Ne sois pas ridicule ! L'Empereur et le Commandant sont bien trop occupés !

L'enfant baissa la tête.

- Je veux dire—

- Ne vous excusez pas, la rassura Shiro, absent. Vous avez raison. Ils sont occupés.

Il s'accouda sur son genou, attristé.

- Et puis... je souhaitais jouer avec quelqu'un d'autre, de toute manière. J'avais... des amis avec qui je jouais régulièrement à ce jeu. Et de plus... J'avais besoin de m'éloigner un peu d'eux.

- Sir ? Pourquoi dites-vous une telle chose ? s'étonna East.

- Je les ai vus-

Shiro ne parvint pas à finir sa phrase.

Fort heureusement, il n'eut pas besoin de s'expliquer davantage. A sa plus grande surprise, Este-D avait déjà compris.

- Oui. Si vous venez du monde des humains, cela a dû vous paraitre étrange.

- Vous saviez que—

- Tout le monde était au courant.

East détourna le regard, gêné.

- Cela est inacceptable dans le monde des humains. De ce que je me souviens, aucun endroit ne tolère ces pratiques. J'ai moi-même été choquée en l'apprenant, la première fois. Pour moi, ce n'était pas concevable.

- Je... je veux dire... pourquoi ? Ils pouvaient se trouver quelqu'un d'autre, non ? Quelqu'un avec qui ils n'ont pas de liens familiaux... ? Ce n'est pas normal...

- Pitié, Sir ! On ne souhaite pas avoir de problèmes et qu'on soit exécutés parce qu'on aura parlé de leur relation derrière leur dos.

Este-D haussa simplement les épaules. Au contraire de son collègue, elle semblait calme.

- Ils sont nés à Deepground. Croyez-vous, Sir, qu'on leur a appris des liens familiaux standards dans un tel endroit ? Tels qu'on les perçoit dans le monde des humains ?

Shiro tiqua à cette remarque.

Il n'avait pas abordé les choses de cette manière...

- La réponse est non, Sir, lui dit-il doucement. Ils ne pouvaient sortir que pour les expériences ou pour les combats à mort. Restrictor utilisait même leur lien fraternel pour parvenir à ses fins. Je ne cherche pas à le justifier. Je demeure de la surface même si je suis loyale à l'Empereur pour qui je donnerais ma vie.

Elle marqua une pause, avant d'ajouter :

- Il faudra vous y habituer, Sir. Et puis... avec du recul, est-ce si grave que cela ? Leur lien leur donnait du réconfort. Du bonheur, aussi. A Deepground, il n'y avait aucune équipe. Sauf eux. Ils étaient les seuls à avoir développé l'un pour l'autre des sentiments sincères et suffisamment puissants pour lutter contre Restrictor. Alors qu'à Deepground, n'importe qui utilisait les plus faibles avant de les poignarder dans le dos. Ils n'ont jamais fait une telle chose l'un à l'autre.

Shiro n'eut aucune réponse à donner.

Alors, cela confirmait donc ce que lui avait dit Nero ?

Je pense à moi-même. Et personne d'autre que Weiss n'est susceptible de me faire ressentir ce que je ressens quand je suis avec lui.

Cela le rendait heureux ? Et cela rendait Weiss heureux ?

Perdu dans ses pensées, Shiro réalisa que c'était à son tour de distribuer. Il donna les cartes aux officiers, avant de répondre, le ton bas :

- Je... je n'avais pas envisagé les choses sous cet angle.

- Vous n'avez pas à vous justifier, Sir, lui assura East.

- Mais je... je crois que je voulais encore m'attacher à une conception normale de la famille. La famille comme on la perçoit dans le monde des humains. La famille est réservée aux liens familiaux et... pas à autre chose.

Shiro ajouta, songeur :

- ... Mais peut-être que vous avez raison. Si cela les rend heureux, peut-être que je dois m'y habituer...

A la condition qu'il reste ici...

L'enfant releva la tête.

Il ne devait pas oublier la raison pour laquelle il leur avait demandés de venir ici.

- ... Le monde des humains ne vous manque pas ? finit-il par leur demander, d'une petite voix.

Este-D et East ne réagirent pas.

- ... A quel âge avez-vous été emmenés à Deepground ?

- Euh... A treize ans, Sir, répondit East.

- A quatorze ans, je dirais, pensa Este-D.

- Et vous ne vous souvenez de rien ? Pas un souvenir positif laissé de ce monde ? les interrogea Shiro, curieux. Avant d'être emmenés à Deepground ?

Les deux officiers demeurèrent muets.

- Vous aviez des familles ? les interrogea Shiro.

East secoua la tête avec véhémence.

- Non, Sir. Pitié... on ne désire pas d'ennui.

- Je vous pose seulement la question, East. Il n'y aura aucune punition, l'assura Shiro. Je te le promets.

East ne répondit pas. Il se contenta de baisser la tête.

- Pas de famille, Sir. Je... j'étais sans-abri.

Shiro prit cette nouvelle avec tristesse.

Il se rappelait parfaitement des sans-abris qu'il avait fréquentés, qu'il avait servi dans le cadre des actions humanitaires de l'ORM.

Tous ces gens qui avaient perdu leur maison...

East en faisait partie ?

- J'imagine que c'est pour ça qu'ils m'avaient envoyé à Deepground. J'étais inutile au monde extérieur. Et à Deepground, je suis en mesure d'être utile ! déclara East avec fierté.

- Vraiment ? le questionna Shiro, le ton incertain.

Ce qu'avait fait la Shinra était tellement horrible...

Le pire était que Weiss comptait reproduire leurs actions, alors que lui-même avait souffert de la main des Restrictors, des scientifiques...

- ... J'avais un frère, déclara Este-D. Du peu que je m'en souvienne. Un frère aîné.

Cela interpella l'enfant.

Shiro la fixa avec compassion.

- Vous étiez proches ?

Este-D hésita.

- Oui. Je le crois.

Elle se redressa, plongée dans ses réflexions.

- Je me souviens qu'il me portait sur ses épaules quand j'étais trop fatiguée pour marcher. Il me ramenait à la maison de cette façon.

- Et c'était un souvenir agréable ?

Este-D mit un temps avant de répondre :

- ... Pas désagréable. Je n'y pensais même plus mais... ce n'était pas désagréable.

Shiro émit un faible sourire.

Elle s'en souvenait...

- Et... tu attaquerais le monde des humains ? Alors que tu as un frère qui y vit peut-être toujours ?

La réponse d'Este-D fut sans appel.

- Je suis loyale à mon Empereur.

Une réponse qui déçut grandement Shiro.

L'enfant baissa la tête, désespéré.

Cela ne serait pas aussi simple, n'est-ce pas ? Même s'il lui parlait de son frère, elle ne changerait pas aisément d'avis.

A côté d'elle, East prit sa canette, se préparant à lever son masque à gaz pour porter la canette à ses lèvres.

Sa réaction arracha un sourire sur le visage de l'enfant.

- Vous êtes loyaux à Deepground... admit-il avec douleur.

Brusquement, East se figea.

La canette dans sa main, il s'était immobilisé, comme si quelque chose l'avait interrompu. Même Este-D s'était brutalement raidie, comme si elle avait été prise en flagrant délit.

Un silence de mort tomba sur le groupe. On aurait dit des statues.

Au début, Shiro ne comprit pas.

Qu'est-ce que...

Ce fut lorsqu'East lâcha sa canette qui tomba au sol, son contenu se déversant à leurs pieds, qu'Este-D se positionna pour s'agenouiller, la tête rivée au sol, que le cœur de Shiro s'arrêta.

Lentement, Shiro tourna la tête pour regarder derrière lui tandis qu'East imitait Este-D avec empressement.

Shiro pâlit en voyant Weiss se tenir devant eux.


Quelque chose était arrivé.

Même s'ils étaient séparés par les dimensions, Nero avait senti un changement d'atmosphère brusque s'opérer en son être, illustré par le biais des ténèbres qui s'agitaient autour de lui.

Ce n'était pas normal.

Sans réfléchir, Nero avait avorté la mission et était immédiatement retourné à la dimension par le biais de ses portails, accompagné par les patrouilleurs. Son attitude avait suscité la confusion parmi les troupes, mais il s'en moquait.

Nero possédait un instinct particulier qui lui permettait de deviner que quelque chose allait mal. Notamment quand cela concernait des personnes qu'il aimait, à qui il tenait.

Lorsqu'il apparut devant la maison, ses craintes furent immédiatement confirmées.

« Comment as-tu osé ? »

Sur la terrasse, le toisant de toute sa hauteur, Weiss faisait face à Shiro, les poings serrés. La tête rentrée dans les épaules, l'enfant avait les yeux rivés au sol.

« Dis-moi : comment as-tu osé ? Regarde-moi quand je te parle ! A moins que tu ne sois trop lâche pour venir m'affronter ! »

Il n'avait jamais vu Weiss comme ça... aussi enragé, même avec Restrictor.

Nero fronça les sourcils. Sans hésiter, il vint à leur rencontre. Néanmoins, Weiss ne lui accorda aucune attention. Il s'adressait seulement à Shiro.

- Cela ne m'étonnerait même pas de toi ! cracha Weiss avec fureur. Tu viens tout juste de me prouver que tu étais un parfait lâche. Après tout, il n'y a qu'un lâche qui pourrait agir comme ça et me poignarder dans le dos ! Tu avais trop peur de me faire face ?

- Mais enfin, qu'est-ce qui—commença Nero.

Weiss le coupa.

- Hein, Shiro ? Ai-je tort ? Je n'arrive pas à le croire. Quand je pense que je t'ai laissé venir ici, dans MON Empire, tu me remercies en me TRAHISSANT !

Le ton de Weiss monta soudainement d'un cran. Shiro garda les mains croisées derrière son dos, sursautant de peur sous les mots de Weiss. Nero se plaça entre les deux, fixant avec la scène avec incompréhension.

Il les avait laissés la veille...

Il croyait qu'il y avait eu un rapprochement suite à l'entraînement... et là, Weiss était en train de hurler sur Shiro ?

- Mais enfin, qu'est-ce qui se passe ici ? s'exclama Nero, atterré.

Weiss lui adressa un regard furieux.

- Il y a que Shiro a décidé d'initier sa propre rébellion. Tu as gagné. Je suis d'accord avec toi, Nero : on a un point commun. Mais pas dans le bon sens du terme !

- Hein ?

- Tu m'as entendu ! J'ai trouvé Shiro dans les bois, en train de se tailler une bavette avec les officiers. Qu'il me fiche la honte avec les officiers inférieurs en les parlant d'égal à égal alors qu'il y a toute une hiérarchie à respecter, c'est déjà suffisamment grotesque ! Mais en plus, tu ne sauras jamais ce que j'ai entendu d'intéressant !

Abasourdi, Nero reporta son attention sur Shiro, l'invitant à s'expliquer.

Mais Weiss ne lui laissa pas le temps et s'en chargea à sa place :

- Shiro, ici présent, était en train de remettre en cause mes plans concernant ma vengeance contre la Shinra et le monde extérieur. Il était en train de parler avec les officiers, en leur demandant s'ils étaient à l'aise à l'idée d'attaquer le monde des humains s'ils avaient de la famille qui y vivait. Tu te rends compte ?

Nero laissa les bras retomber le long de son corps, tétanisé.

Il ne savait pas comment réagir. Choqué pour répondre, les pensées tourbillonnèrent dans son esprit.

- Non, mais tu te rends compte, Shiro ? A moins que tu sois trop stupide pour réfléchir ? C'est ça, ce que tu veux ? Je t'accueille ici, je te donne accès au campement, je te laisse gérer les officiers en ta qualité d'héritier. Je te fais confiance pendant deux minutes. Dis-moi ! Comment oses-tu initier une rébellion CONTRE MOI ?

Nero se retourna vers Shiro. Il devrait être scandalisé. Il devrait être furieux qu'il ait osé agir d'une telle manière. Dans leur dos. Dans le dos de Weiss, surtout.

Ce fut d'une voix éteinte que l'enfant répondit :

- ... Et toi, tu désires enlever des gens du monde extérieur pour les envoyer ici ? Dans cet enfer ? Alors que c'était précisément ce que faisait Restrictor ?

Piqué au vif, Weiss s'avança d'un pas, sous le regard alarmé de son frère.

- N'ose pas me parler de Restrictor, Shiro ! Tu ne sais rien ! Tu as huit ans ! Qu'est-ce que tu connais de Restrictor ? De Deepground ? Hein ? Dis-moi !

- Weiss...

Même si Nero était consterné par l'attitude de Shiro, il ne supportait pas que Weiss crie sur lui.

- Ah non ! N'ose pas prendre sa défense, Nero !

- Je dis seulement que tu devrais te calmer, lui rétorqua son frère, le ton bas.

- Me calmer ? Après un coup pareil ? Ah oui ! Tu as bien raison, Nero. Je vais me calmer.

Nero se contenta de se retourner vers l'enfant, lui demandant d'un ton posé mais froid :

- Explique-toi. Pourquoi as-tu fait ça ?

Les yeux clos, comme pour éviter de les affronter, Shiro articula avec difficultés, la voix tremblante :

- Je ne veux pas que mes amis soient enlevés et emmenés à Deepground. Je ne veux pas qu'ils souffrent à cause de vous.

Weiss secoua la tête, n'acceptant pas ses arguments.

- A Deepground, je te garantis que je t'aurais puni personnellement. Famille ou pas, j'ai horreur des traîtres !

- On n'est plus à Deepground ! rétorqua Shiro, le ton montant à son tour.

Nero sursauta, accablé. Même Weiss fut surpris par la réaction soudainement agressive de l'enfant.

- On n'est plus à Deepground... tu ne peux pas agir comme Restrictor et retirer des humains du monde extérieur pour les envoyer ici et leur laver le cerveau !

- Shiro...

Shiro se retourna vers Nero. Les larmes aux yeux, il le fixa avec colère :

- ... Et toi tu approuves ? Tu approuves tout cela ? Alors que tu dis que Deepground devrait être secondaire ?

- Tu ne parles pas comme ça à Nero, lui adressa Weiss, un ton d'avertissement.

Weiss passa devant son frère et se planta devant l'enfant, contenant ses émotions derrière une expression froide.

- Tu es ici, CHEZ MOI, donc si tu veux y rester, tu te conformes à MES règles !

- Justement ! Je ne veux pas y rester ! rétorqua Shiro avec force.

Les yeux de Weiss s'écarquillèrent.

- Je DETESTE cet endroit. Je DETESTE tout ce qu'il peut promouvoir ! Je DETESTE sa seule existence ! Je DETESTE le fait qu'on prenne des gens, qu'on leur lave le cerveau et qu'ils deviennent des soldats qui soient ravis de se faire traquer en forêt ! Je DETESTE que vous vous comportiez comme les Restrictors et que vous n'êtes pas mieux que lui ! Je DETESTE cette manière de penser, d'haïr les humains, de vouloir vous venger contre le monde entier pour les torts que vous ont fait subir une poignée d'humains ! Et... par-dessus tout, je VOUS DETESTE pour tolérer tout cela et m'imposer un tel mode de vie !

Nero se serait pris un coup de poing, cela aurait fait moins mal que les mots de Shiro.

Je vous déteste...

Jamais... Jamais Shiro n'avait osé lui dire une telle chose. Il ne lui avait jamais dit qu'il le détestait... Jamais...

La vue du Tsviet sombre se brouilla. Malgré tout, il pouvait encore entendre les mots de Shiro résonner dans son esprit.

- Je veux retourner là-bas ! Je veux retourner avec mes amis ! Je veux retourner avec Denzel, Marlène, Cloud, Tifa, Barret, Vincent, Cid, Yuffie, Red XIII ! Ce sont mes amis ! Je veux retourner à l'école ! Je veux retrouver une vie normale ! Je veux retrouver ma mère ! Vous pouvez comprendre ça ou quoi ?

Maintenant, les larmes roulaient sur les joues de l'enfant.

- ... Je ne t'ai jamais demandé de venir, Shiro, déclara Weiss, le ton glacial. C'est toi qui t'es imposé.

Il ne criait plus. Mais la manière dont il parlait à Shiro atterra son frère.

Non...

- Je reviens après des mois d'enfer, des mois où me demande de laisser la place à un autre pour le bien de la Planète... de laisser mon corps à une autre entité... je suis enfin réuni avec mon frère. Je peux enfin reprendre le contrôle de ma vie en refondant le Deepground... Mais toi, tu débarques. Tu apparais, tu dis que tu es mon fils et tu ruines tout. Tu ruines tous mes plans.

- Weiss...

Weiss l'ignora. Il releva le menton, toisant Shiro avec hauteur.

- Si tu désires retourner dans le monde des humains, alors vas-y. Fais-toi plaisir. C'est ta volonté, non ? Alors, ainsi soit-il. On n'a pas besoin de toi ici. On n'a pas besoin de toi.

Non...

Non, ce n'était pas vrai. Ils avaient besoin de Shiro... Nero avait besoin de Shiro.

- Mais dans ce cas, ne cherche pas à revenir ici. Et tu ne viendras pas pleurer quand on vous massacrera, toi et tes amis, gronda Weiss tandis qu'il tournait le dos à l'enfant, ne cherchant plus à le regarder.

Le visage de Shiro se décomposa.

Il ne fut pas le seul. Nero avait l'impression qu'il allait exploser, qu'il allait à son tour s'effondrer en larmes.

Il n'en pouvait plus... Il n'en pouvait plus de tout cela, toutes ces disputes...

- Vous me dégoûtez, articula Shiro à travers les sanglots alors qu'il s'éloignait précipitamment de la terrasse, claquant les portes coulissantes derrière lui une fois qu'il fut enfermé dans sa chambre.

De là où il se trouvait, Nero put entendre les pleurs de l'enfant.

- Weiss...

- Non.

Weiss secoua ostensiblement la tête, sans le regarder.

- ... Tu le savais, déclara Nero, le ton sombre. Tu savais qu'on ne devait pas emmener Shiro au campement. Tu l'as fait quand même.

- J'ai du mal à comprendre ta position, grinça Weiss. Tu approuves mes choix, mes décisions... et de l'autre côté, tu dis à ce gosse que Deepground est secondaire ?

Nero lui fit face.

Maintenant, il était en colère. Contre Weiss, contre Shiro, contre Deepground, contre tout cela…

- Ce gosse, comme tu l'appelles, est ton fils, Weiss. Et moi, tout ce que je voulais, c'était que notre famille soit réunie. Je voulais qu'on vive ensemble comme tel. Que Shiro profite de sa jeunesse. Pas qu'il organise une rébellion comme on a pu le faire.

- C'est réussi. Elle est belle, notre famille.

Weiss lui adressa un coup d'œil par-dessus son épaule.

- Cela ne sert à rien. On est trop différents. Nos mondes sont trop différents. Quand vas-tu comprendre que cela ne fonctionnera jamais entre Shiro et moi ? Tu voulais construire une famille avec lui alors que lui, il n'est jamais né à Deepground ?

- Parce que vous tournez en rond ! rétorqua sèchement Nero. Tous les deux, vous tournez en rond ! Et peut-être qu'il a raison ! Peut-être qu'on commet une grosse erreur en agissant comme Restrictor !

- Et comment faire pour recruter ? Explique-moi comment faire ! On a connu que cela ! On a connu que l'enlèvement, le lavage de cerveau pour arriver à nos fins ! Dis-moi s'il existe un autre moyen !

Nero garda le silence. Fâché, Weiss détourna le regard.

- Ce n'est pas l'essentiel, Weiss. A l'heure actuelle, c'est de Shiro dont on parle. J'ai élevé ton fils le temps que tu reviennes ! Que tu assumes ton rôle de père, Weiss !

- Et qui t'a demandé de l'élever ?

Nero se figea. Weiss serra les dents, prononçant cette dernière phrase avec dureté :

- Est-ce que je t'ai demandé de trouver cet enfant, de le prendre et de l'élever ? Est-ce que je t'ai demandé tout cela, Nero ? Non. Je ne crois pas ! Je reviens à peine et tu m'imposes un enfant que je n'ai pas désiré, que je n'ai jamais désiré !

Son frère... n'eut aucune réponse à lui donner.

Même pour lui, même s'il s'agissait de Weiss, même s'il s'agissait de son frère bien-aimé, il ne pouvait pas tolérer de tels mots. Nero avait agi pour lui, pour Shiro, pour eux... il n'avait jamais agi pour lui-même !

Il avait toujours agi pour eux.

- ... J'avais besoin de toi, dit Nero, le ton éteint. J'ai toujours besoin de toi. Mais j'ai aussi besoin de Shiro. J'ai besoin de vous deux dans ma vie. Et toi... toi, tu as besoin de lui aussi. Tu ne t'en rends pas compte.

C'était trop.

Il devait s'éloigner, faire quelque chose pour se vider la tête... il ne pouvait plus supporter de telles scènes.

- ... Prendre soin d'un enfant est plus dur que de prendre soin d'un frère, dit Nero. C'est vrai. Mais le principe est le même. Et tu as su être un frère exemplaire. Pourquoi ne peux-tu pas essayer d'être un père exemplaire ?

Il quitta la terrasse et s'éloigna de la forêt.

Derrière lui, il entendit Weiss dégainer l'une de ses gunblades pour frapper un arbre, se défoulant dessus.


Nero n'avait pas envie de rentrer à la maison.

La présence des soldats, même si leur incompétence était parfois trop flagrante, était plus supportable que les tensions continuelles entre Weiss et Shiro.

Dire que c'était les personnes les plus importantes de sa vie...

Et ils n'arrivaient même pas à s'entendre.

S'il se trompait depuis le début ?

Et si Nero n'avait jamais agi pour eux ?

S'il avait toujours agi pour lui-même ? Pour son propre compte ?

Ils n'arrivaient... même pas à s'entendre. Ils n'arriveraient jamais à s'entendre... Weiss était trop ancré dans Deepground et Shiro était si attaché au monde des humains...

Comment cela pouvait-il fonctionner ?

Assis sur un tronc d'arbres, Nero leva un regard las et attristé en direction des montagnes.

Nero se demanda brièvement combien de temps ils pouvaient mettre pour arriver jusqu'au sommet.

Combien de temps pour monter ? Pour redescendre ?