OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
« ... Comment ça : « se rendre dans la montagne » ? » répéta Weiss avec hargne.
Il fut encore tôt quand Nero frappa à sa porte. Lorsque son frère pénétra dans la pièce, il devina rapidement que Weiss n'avait pas décoléré depuis la veille. L'atmosphère régnant dans la chambre était lourde et pesante et, quand bien même Weiss cachait ses émotions derrière un masque de froideur, Nero n'était pas dupe.
Le voir ainsi le heurtait. Il détestait voir cette émotion chez son frère adoré. Voir Weiss en colère le mettait irrémédiablement en colère. Mais plus que tout, il se sentait heurté par la manière dont Weiss avait crié sur Shiro. Il était habitué aux cris à Deepground. Aux cris de Restrictor, aux cris des scientifiques... Mais il était incapable d'endurer les cris de Weiss, quand même ils n'étaient jamais dirigés contre lui.
Je vous déteste.
Et il était incapable d'encaisser les mots de Shiro qui avaient illustré toute sa rage, toute sa répugnance. Ces trois mots horribles, que Nero avait toujours tant redouté de la part d'une personne qu'il aimait... Les autres pouvaient le détester. Mais pas Weiss. Pas Shiro. L'idée même était inconcevable.
Et l'enfant les avait prononcés pour se défendre contre Weiss. Il ignorait si son aîné s'était également senti blessé autant que lui.
Mais même si c'était le cas, il ne l'admettrait pas.
Ils tournaient en rond.
Quand vas-tu comprendre que cela ne fonctionnera jamais entre Shiro et moi ? Tu voulais construire une famille avec lui alors que lui, il n'est jamais né à Deepground ?
Nero n'avait pas dormi de la nuit. Il n'avait pas cessé de penser, de réfléchir. Il ne désirait pas abandonner. Il avait pensé ce qu'il avait dit à Weiss, la veille. Il avait besoin d'eux deux. Et les voir comme ça l'attristait profondément.
Calculer le temps pour grimper au sommet de la montagne avant de redescendre avait fait germer un début d'idée dans son esprit.
C'était osé, il n'était même pas sûr que cela marche... Mais au point où ils en étaient, il devait tout tenter. Autrement, il verrait son rêve s'effondrer.
Oui... Peut-être qu'au fond, il était bel et bien égoïste. Peut-être même l'avait-il toujours été, quand bien même il clamait avoir toujours agi pour le compte des personnes qu'il aimait.
Ne trahissant aucune émotion, le cadet se contenta de hocher la tête, maintenant sa position.
- La nuit dernière, les officiers ont entendu quelque chose qui provenait de la montagne, se contenta-t-il de répondre. Cela vaut le coup d'y jeter un coup d'œil.
Weiss s'accouda contre le dossier de sa chaise, las.
- « Quelque chose ? »
- Pour eux, tout pointait à une bête. Ou à un monstre, prétendit Nero.
- Mais tu avais assuré qu'il n'y avait pas de monstre dans cette dimension. Que c'était sécurisé, répliqua Weiss, haussant un sourcil, interrogateur.
Nero ferma les yeux, continuant sur sa lancée.
- Cela ne ferait pas de mal d'aller vérifier.
- D'accord. Envoie une équipe de soldats pour ratisser la montagne.
- Il serait mieux que ce soit toi.
Weiss fronça les sourcils, perplexe par la répartie de son frère cadet.
- Moi ? Pourquoi « moi », précisément ?
- On ignore à quoi on a affaire, déclara simplement Nero.
- Tu n'as qu'à envoyer des gradés. Tiens. L'officier Courage, par exemple.
- Sir, entendirent-ils glapir Officier East depuis l'extérieur.
Nero soupira.
- Je maintiens qu'il vaut mieux que ce soit toi, fit Nero. On ne peut pas se permettre de perdre des soldats alors qu'on est si peu.
- Et pourquoi ne pas y aller, toi, par le biais de tes portails ? Tu es fort, mon frère. Tu pourrais aisément t'acquitter de cette tâche. De cette manière, tu pourrais t'amuser et te vider la tête.
Un sourire en coin se discerna sur les lèvres de Weiss.
- A vrai dire, répondit le Tsviet sombre, il vaudrait mieux que ce soit toi qui ailles t'amuser. Tu en as bien besoin. Alors, je te laisse ce cadeau, mon cher Weiss.
Il était sur le point de tourner les talons pour s'éloigner quand son frère aîné l'interpella :
- Qu'est-ce qui te fait croire que « j'ai besoin de m'amuser » ?
Nero s'arrêta. Sa réponse fut immédiate.
- Tu sais très bien pourquoi.
- Si tu crois que je me sens mal par rapport à hier...
- Tu te sens mal, l'interrompit Nero le ton sec.
Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, fusillant Weiss du regard.
- Tu peux mentir à tout le monde, mais pas à moi. Il n'y a rien de toi que je ne connais pas déjà.
Il avait frappé dans le mille.
- Il a initié une rébellion contre moi, cracha Weiss, le masque de froideur se fissurant, dévoilant peu à peu sa fureur. A Deepground, je l'aurais exécuté.
- Non, refusa Nero. Et sois heureux : cela vous fait un point commun.
- N'ose pas me dire une telle chose ! Je n'ai jamais trahi ma famille ! s'énerva Weiss en se rapprochant de lui. J'ai fait cela pour détrôner un tyran ! Pour vous libérer ! Pour TE libérer !
Nero secoua simplement la tête en guise de réponse.
Il en avait assez. Assez de tous ces conflits.
Pour lui, cela demeurait un point commun. Que Weiss le veuille ou non, Shiro avait hérité de son caractère qui consistait à ne pas se laisser marcher sur les pieds.
- Il veut retourner dans le monde extérieur ? Bien. Qu'il y retourne et qu'il y reste. Moi, j'en ai assez fait.
- Tu sais ce que je vais faire ? lui adressa Nero, acerbe. Je vais simplement quitter cette dimension et vous y enfermer ici, tous les deux.
Weiss écarquilla les yeux, atterré.
Bien sûr... Nero n'avait jamais contesté ses ordres, sa conduite. Il s'était toujours exécuté, moins en tant que Commandant et plus en tant que frère.
Et Nero n'aurait jamais cru qu'il menacerait d'enfermer Weiss dans sa dimension. Encore plus sous le coup de la colère.
- Tu ne le ferais pas...
- Et pourquoi pas ? Il n'y a que par le biais de mes pouvoirs, de mes portails, que vous pouvez vous déplacer à travers les dimensions. Vous n'aurez qu'à errer ici.
- Tu es vraiment...
Son frère aîné ne finit pas sa phrase. Il se prit la tête dans une main, inhalant, exhalant pour se calmer.
- Tu souhaites vraiment que je le massacre, c'est ça ?
- Qu'est-ce que tu en sais ? grinça Nero alors qu'il était sur le point de quitter la chambre de son frère pour revenir à l'extérieur.
S'il ne l'acceptait pas, Nero était à court d'idées. Et il considérerait peut-être l'idée de réellement quitter cette dimension et les laisser gérer leurs problèmes.
- Sa mère l'a rejeté. Tu le rejettes aussi, articula Nero, le ton sourd.
Il sentit Weiss tiquer derrière lui.
Un court silence s'installa avant que Weiss ne finisse par lui répondre :
- ... Bien. J'irai, accepta-t-il de mauvaise grâce. Et j'irai seul. Je n'ai aucune envie de me coltiner des soldats comme l'Officier Courage car vu l'état d'esprit dans lequel je suis, je ne suis pas sûr qu'ils ressortent vivants de cette montagne.
Bien, pensa Nero, sans se retourner.
- J'assurerai Deepground en ton absence.
- Tu me gardes la place au chaud ? Comme tu l'as toujours fait ? lui lança son frère aîné, amer.
Malgré lui, Nero baissa la tête.
Il entendit Weiss faire un geste d'humeur derrière lui, ainsi qu'un bruit sourd. Nero comprit qu'il était en train de préparer ses affaires pour partir le plus vite possible.
- Il y a intérêt à ce que ce monstre en vaille la chandelle, lui avertit Weiss. Car il est hors de question que je quitte Deepground et que je traverse toute une montagne pour traquer des pissenlits.
Nero se contenta de s'incliner, en guise de réponse.
- Avé Weiss, le salua-t-il, avant de se rendre à l'extérieur.
« Tu as toutes tes affaires ? »
Son baladeur à la main, son sac à dos sur son épaule, Shiro se contenta de hocher la tête, sans rendre le regard de son oncle. Il préféra fixer le sol, l'expression vide.
Si Weiss était toujours furieux, Shiro, au contraire, était complètement amorphe. Ses yeux rouges indiquaient qu'il avait pleuré toute la nuit. Nero ne saurait dire quelle attitude il préférait. Les deux lui déchiraient le cœur.
Il hésita. Au final, il s'abaissa pour se placer à sa hauteur, posant une main sur son bras.
- Ecoute, lui adressa son oncle, le ton bas. Tu as vidé ton sac. Je pense qu'il est nécessaire pour toi que tu t'éloignes, au moins pendant quelques jours. Le temps que vous vous calmiez, Weiss et toi. Je te conseille de réfléchir. De bien réfléchir à ce que tu veux faire, Shiro.
- Et c'est pour ça que tu m'envoies là ? En randonnée ?
Il désigna d'un signe de tête la montagne qui s'offrait à eux. Nero l'avait accompagné au début du trajet. Mais sa route s'arrêtait là. Il le laisserait s'y rendre seul.
Le ciel était bleu, avec quelques nuages blancs. Le temps était plutôt doux. C'était le moment parfait pour partir.
- Alors, que d'ordinaire, tu as peur que je fasse le trajet seul de la maison jusqu'à l'école ? lui demanda Shiro, la voix éteinte. Là, tu m'envoies traverser une montagne ?
- C'est ici notre maison, Shiro, le corrigea sévèrement Nero.
- Tu sais ce que je veux dire.
Nero croisa les bras sur sa poitrine, poussant un soupir abattu.
- ... Tu disais que je te couvais trop. Et j'imagine que tu as envie de t'évader un peu, non ? Alors, voilà l'occasion idéale.
- ... Ce n'est pas faux.
L'enfant détourna la tête.
- Tu désires réellement quitter ta famille ? Retourner auprès des humains ?
Il ne savait pas pourquoi il lui avait posé la question.
Il espérait que Shiro dise non. Il souhaitait qu'il dise qu'il veut rester ici, avec lui, avec eux...
Pourtant, l'idée même qu'il considère cette éventualité lui était extrêmement douloureux.
Le voir aussi malheureux... cela ne cessait de conforter Nero dans l'idée qu'il avait échoué dans son rôle de gardien.
Je te déteste.
- ... Je suis d'accord avec Weiss sur un point, fit Shiro. Tu aurais dû prendre position au lieu d'essayer de contenter tout le monde.
Nero fut piqué au vif.
Il... il le blâmait maintenant ? Il le blâmait pour cette situation ?
- Shiro. Je n'ai pas essayé de contenter tout le monde. J'étais d'accord pour refonder Deepground parce que toi et ton père, on y a demeurés toute notre vie. Mais je sais que ce n'était pas ce que tu voulais et j'avais quand même envie que tu profites un minimum avant d'y mettre un pied dedans. C'est tout.
- Et tu croyais réellement que cela marcherait ? Je ne veux même pas y mettre un pied dedans.
Non... Au fond de lui, il savait que cela ne fonctionnerait pas. Shiro était trop attaché au monde des humains pour envisager une vie dans ce nouveau monde.
Pourtant, quelque part, Nero l'espérait encore. Qu'ils restent tous les trois ensemble, qu'ils ne soient jamais séparés...
- C'est pour ça que je te conseille d'y réfléchir. A tête reposée. Profite seulement de ce temps.
- Si tu le dis.
Nero étendit les mains. Il avait envie de prendre Shiro dans ses bras, de l'étreindre... Après tout, ils l'avaient toujours fait. Cela avait toujours été leurs « au revoir ».
Mais cette fois-ci, Shiro ne s'approcha même pas de lui. Cela ne fit qu'achever son oncle. Nero laissa les bras tomber le long de son corps, anéanti.
Il lui en voulait...
Nero le regarda s'éloigner, l'enfant prenant le petit chemin qui devrait le conduire à sa destination.
Je suis désolé.
Il aurait tellement souhaité lui dire ces mots...
Il était sur le point de faire demi-tour quand Shiro l'appela :
- Ce que j'ai dit hier...
Nero se figea.
- ... Je ne le pensais pas. Je ne te déteste pas, compléta Shiro. Pas réellement.
Malgré tout, sa déclaration réchauffa le cœur du Tsviet sombre.
Pas réellement.
Il s'en contenterait.
- Je t'aime, Shiro.
L'enfant lui adressa un signe de tête, avant de placer les écouteurs sur ses oreilles, prêt à écouter une musique avec son baladeur.
- ... Moi aussi.
- Regarde où tu vas, lui conseilla distraitement Nero, le ton léger alors que Shiro et lui se séparaient.
Il observa Shiro s'éloigner progressivement, avant de disparaître à l'horizon.
Nero prit une profonde inspiration.
Maintenant, il était seul.
Il avait presqu'envie de les rejoindre...
Nero se rappela qu'il avait une mission. Qu'il avait un rôle à jouer pour assurer l'autorité de Weiss.
A contrecœur, ce fut d'un pas lent que Nero rejoignit le campement des survivants de Deepground.
Cela fit plus de deux heures que Shiro marchait.
A vue d'œil, sur l'écran de son baladeur, l'enfant remarqua la batterie se vider au fur et à mesure qu'il s'avançait dans la montagne. Il avait l'impression d'avoir une protection en ayant mis ses écouteurs, en ne prêtant attention à rien d'autre qu'à la musique.
Une protection contre ce nouveau monde... et qui se briserait au moment où il enlèverait ses écouteurs.
Heureusement qu'il avait apporté des piles... Il ouvrit son sac pour sortir une bouteille d'eau, avant d'en boire une gorgée.
Au moins, il avait dit ce qu'il avait sur le cœur.
Il avait dit ce qu'il pensait de cet endroit. Il avait dit qu'il ne souhaitait pas rester ici.
Qu'est-ce qui se passerait, quand il reviendrait ?
Peu importe ce que disait Nero, une randonnée ne changerait pas son point de vue sur lui. Sur Deepground, sur son Empereur, sur ce qu'il comptait faire des humains qu'ils enlèveraient pour les envoyer ici...
Alors qu'il buvait le contenu de sa bouteille, il fut interpellé par un bruit sourd qui résonna derrière lui.
Shiro fronça les sourcils, avant de se retourner.
Le bruit recommença.
Des bruits de pas... quelqu'un ou quelque chose était peu à peu en train de se rapprocher...
Une bête ?
Comme par automatisme, Shiro posa sa main sur son arme, prêt à la dégainer.
Une silhouette de grande taille se dessina au loin.
Qu'est-ce que... ?
Shiro n'en crut pas ses yeux.
Weiss était apparu devant lui, un sac massif posé sur son dos, « Paradis » et « Terre » chacune dans une main.
A sa vue, Shiro tressaillit, abaissant sa main lorsque leurs regards céruléens se croisèrent.
Aucun d'eux ne chercha à camoufler sa surprise. L'un comme l'autre eut la même réaction.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
Weiss et Shiro fermèrent la bouche, ayant posé la même question en même temps. Weiss leva les yeux au ciel, la colère revenant sur son visage. Shiro ôta ses écouteurs, les enroulant autour de son poignet.
- Tu ne devrais même pas être ici, le railla Weiss. En plus de tout cela, tu es imprudent ?
Shiro entrouvrit la bouche, perplexe.
- Je ne comprends pas...
- Tu n'as vraiment pas choisi le meilleur moment pour t'offrir une randonnée gratuite dans le nouveau monde de rêve de Deepground, cracha Weiss, sarcastique. Rentre. Tout de suite.
Il passa devant lui, ne lui adressant aucune attention supplémentaire.
- ... Non, refusa Shiro.
Après tout, il lui avait déjà dit tout ce qu'il pensait de lui, de ses plans. Pourquoi devrait-il lui obéir ?
Qu'est-ce que cela changerait ? Pas son point de vue sur Shiro. Clairement pas.
En tout cas, dire ses sentiments l'avait libéré.
Weiss se tourna d'un bloc vers l'enfant.
- Tu oses me désobéir ? l'avertit-il froidement.
- Si j'ai envie de me balader, je me balade.
Il rangea la bouteille d'eau dans son sac, prêt à reprendre la route.
- Tu es borné, en plus.
- Faut croire que je tiens cela de quelqu'un, grinça Shiro en retour.
Il remarqua les poings de Weiss se serrer et se desserrer sur ses armes. Il finit par les ranger dans leurs fourreaux d'un geste d'humeur.
Ce fut sur un ton glacial qu'il reprit :
- Bon. Comme tu n'as rien compris, je vais te l'expliquer autrement. Non seulement je suis toujours furieux contre toi, mais en plus, il y a un monstre qui erre dans la montagne.
Malgré qu'il ne désirât pas lui parler, cette information frappa Shiro de stupeur.
- Un monstre ?
- Oui, le confirma Weiss. Un monstre. Les officiers ont entendu des bruits provenant de ce coin. Et comme j'ai envie de me défouler... il vaudrait mieux que tu ne sois pas là quand je tomberais sur le monstre.
Il avait vraiment confiance en ses capacités...
- Donc, compléta-t-il, le ton faussement doucereux, je te conseille de rentrer. Pour ton propre bien.
Pourtant, Shiro n'arrivait pas à comprendre. Pourquoi est-ce que Nero...
- ... Papa Nero m'a envoyé en randonnée, l'informa-t-il alors que Weiss était sur le point de se séparer de lui.
Weiss s'arrêta net.
Manifestement, il ne s'attendait pas à cette réponse.
- Comment cela ?
- Il m'a envoyé ici, répéta Shiro.
- Quand ?
Shiro haussa un sourcil, intrigué.
- Ce matin.
- Je ne te croirais pas car c'était ce matin qu'il m'a prévenu de l'existence de ce monstre. Tu crois réellement qu'il t'aurait envoyé en randonnée, tout seul, alors qu'il y a danger dans cette montagne ?
Le silence tomba lourdement.
Peu à peu, la réalisation s'immisça sur leurs visages respectifs. Ils venaient d'arriver à la même conclusion.
« ... Nero a toujours été mesquin. Mais jamais avec moi ! » s'exclama Weiss alors qu'il jetait son sac par terre. « C'est la première fois que ça arrive. »
Shiro s'était assis sur le sien, les bras croisés sur sa poitrine.
Il n'arrivait pas à penser correctement.
Weiss se retourna vers l'enfant, lui adressant une expression presqu'accusatrice.
- C'était quoi, son but ? Qu'on se rencontre ? Et pourquoi ? Tu m'expliques ?
Shiro se contenta d'hausser les épaules, tout aussi confus.
- J'ai d'autres choses à penser, déclara Weiss, se parlant davantage à lui-même qu'à Shiro. Je n'ai pas le temps pour ces stupidités.
Il ramassa son sac et était prêt à reprendre le sens inverse pour repartir. Pour être honnête, Shiro n'allait pas l'en empêcher.
Au contraire, il préférait largement faire le trajet seul plutôt qu'avec Weiss.
- Fais comme tu veux, pensa-t-il à voix haute.
Weiss s'arrêta.
Il l'avait entendu. Tout de suite, Shiro regretta de s'être exprimé trop fort.
L'Empereur se tourna vers lui, le dévisageant d'un air froid.
- Tu ne vas pas me manquer de respect, l'avertit-il.
- Je ne t'ai pas manqué de respect ! s'exclama Shiro, outré. J'ai juste dit « fais comme tu veux ».
Pourquoi s'énervait-il ? Weiss non plus n'avait pas envie de le voir.
A moins qu'il ne prenne tout comme une insulte...
- « Comme je veux », n'est-ce pas ?
Weiss lui fit face, la tête inclinée sur le côté.
Shiro sentit un frisson lui traverser l'échine. Weiss s'avança vers lui, les bras croisés sur sa poitrine.
- ... Comme je veux, répéta-t-il, cette fois-ci en employant un ton mielleux qui ne laissait présager rien de bon.
Shiro écarquilla les yeux, abasourdi.
- Que veux-tu dire ? lui demanda Shiro alors que Weiss passait devant lui.
- J'ai changé d'avis.
Il reprit la route qu'ils avaient initialement empruntés. Shiro resta déconcerté par ce changement d'attitude.
- J'ai bien envie d'explorer ces montagnes, fit Weiss. Pourquoi serais-tu le seul à t'amuser ? Surtout que si je rentre maintenant, je risque de massacrer les miliciens à la minute où ils seront dans mon paysage juste par envie de me défouler.
- Non ! s'exclama Shiro, atterré.
Weiss lui adressa un sourire narquois.
- Dommage d'avoir ruiné ta journée, Shiro. Mais tu peux toujours rentrer si ma présence t'insupporte.
Non...
Non... Il n'allait pas obéir. Il n'allait pas rentrer seulement parce que Weiss lui avait dit.
Cette randonnée était pour lui... Il ne s'attendait pas à ce que Weiss fasse partie du voyage...
Faire le trajet avec Weiss...
L'idée même révulsait Shiro.
Mais détaler reviendrait à lui donner raison.
Shiro réprima un long, profond soupir avant de reprendre son sac et de le remettre sur ses épaules.
Par provocation, Shiro lui emboîta le pas. Devant lui, Weiss lui adressa un coup d'œil condescendant.
- A croire que tu es têtu.
Et c'était lui qui disait cela ?
Il s'éloignerait de lui au premier croisement... Il emprunterait une autre route.
Oui. C'était la meilleure chose à faire.
« Cela ne sert à rien. »
Ce fut Weiss qui brisa le silence.
Ils marchaient tous les deux, en silence, depuis environ trois quart d'heures, Weiss se tenant à une bonne dizaine de mètres devant lui. Personne ne cherchait à entamer la conversation, le dialogue. Il n'accordait aucune attention à l'enfant derrière lui et Shiro pensait qu'il ne le surveillait pas. Que s'il disparaissait, il ne s'en rendrait même pas compte.
Du moins, le croyait-il. Ce fut lorsque Weiss et lui arrivèrent à un croisement que Shiro décida de prendre un autre chemin pour se séparer de l'Empereur de Deepground.
- Soit il s'agit réellement d'un autre parcours, lui déclara Weiss, et on est destinés à nous revoir inévitablement dans environ une dizaine de kilomètres, soit c'est un chemin semé d'embûches qui ne te mènera nulle part. Si tu n'as jamais fait de randonnée de ta vie, je te déconseille de le prendre.
Shiro reporta son attention sur l'autre alternative qui s'offrait à lui.
Il était vrai que, comparé au chemin plat et linéaire qu'ils suivaient depuis tout à l'heure, celui-ci paraissait largement plus ardu.
- ... Que serait la vie sans un peu de risque ? se contenta de lui adresser Shiro avant d'emprunter le chemin escarpé.
Il avait l'habitude, après tout.
Sa réaction parut surprendre Weiss. Mais contre toute attente, tandis que Shiro s'enfonçait sur le trajet raide, il entendit des pas le suivre derrière lui.
Weiss l'avait suivi.
- Je n'ai pas franchement envie de ramener ton cadavre, lui adressa Weiss. Cela risque de faire de la peine à Nero.
Shiro s'interrompit. Il était prêt à lui répondre quand brusquement, la terre se fendit sous ses pieds. L'enfant poussa un cri, se sentant basculé en avant.
Il tomba à plat ventre. Serrant la mâchoire, il se redressa avec difficultés. Il jeta un coup d'œil derrière lui. Un trou, heureusement pas très profond, s'était formé sous lui. Des pieds apparurent dans son champ de vision.
Weiss était penché sur lui, le toisant avec hauteur.
- Et tu comptais emprunter ce chemin tout seul ? Tu n'as vraiment aucune jugeote.
Shiro inspira, expira.
Alors qu'il se remettait debout, il observa ses mains égratignées suite à sa chute.
- Tu t'es blessé ? l'interrogea simplement Weiss alors qu'il se détournait de lui.
Il allait suivre leur chemin initial. Et pour le coup, Shiro décida de ravaler sa fierté et de l'imiter. S'essuyant les mains sur son pantalon, ils reprirent leur route, revenant sur le chemin aisé, si agréable sous leurs pieds.
A nouveau, le silence. Weiss avait une nouvelle fois placé une distance entre eux, observant l'horizon d'un air vague.
- Je pouvais prendre ce chemin sans problème. Contrairement à toi, j'ai l'habitude des dangereux sentiers, commenta Weiss avec arrogance. Tu n'y arriverais même pas au bout de deux mètres.
Shiro baissa la tête, se sentant honteux.
Deepground, n'est-ce pas ?
- Qu'est-ce qui t'empêchait de le faire, alors ?
Weiss se contenta de l'ignorer. Il agissait comme si sa question était stupide.
- ... Nero a dû lutter dur pour te garder sous son contrôle, constata Weiss avec amertume.
Shiro fronça les sourcils à cette remarque.
- Il t'a élevé, poursuivit Weiss, de manière inattendue. Il t'a pris sous son aile quand personne d'autre ne l'aurait fait. Il t'a donné un toit, il t'a protégé... et toi en échange, tu lui dis que tu le détestes.
Il y avait un lourd reproche dans son ton.
L'enfant serra la mâchoire. Il s'en voulait suffisamment. En temps normal, il aurait écouté la personne qui lui aurait reproché d'avoir osé dire de telles choses à son gardien. Mais pas Weiss. Cette fois-ci, il lui rétorqua :
- Je crois que je ne suis pas le seul problème ici, lui lança Shiro.
- Attention à ce que tu vas dire, Shiro, lui adressa Weiss avec un ton d'avertissement.
Shiro ne cacherait plus ce qu'il pensait.
- Papa Nero était déjà malheureux même avant cela. Il ne cherchait même pas à le cacher.
Weiss interrompit soudainement sa marche.
Cette fois-ci, ses yeux d'un bleu céruléen se plongèrent directement dans ceux de l'enfant.
- ... Quoi ?
Il y avait une inquiétude flagrante dans son air.
Shiro déglutit avant de continuer :
- Papa Nero avait toujours l'air triste, même avant hier soir. Tu ne t'en es pas rendu compte, n'est-ce pas ? Alors qu'il était si heureux de te revoir. Il était si heureux que tu sois vivant, que vous soyez réunis. Pendant toutes ces années, il n'a jamais cessé d'espérer ton retour. Et maintenant qu'il t'a enfin, maintenant que tu es là, il est triste.
C'était un fait.
Tout ce que disait l'enfant était vrai. Même s'il lui avait effectivement désobéi plusieurs fois, il était certain qu'il n'était pas responsable de l'état de son oncle depuis qu'ils avaient pénétré ce nouveau monde.
Non. Le retour de Weiss devait le combler de joie, mais de ce qu'en observait l'enfant, il n'y avait rien de tout cela.
Il a besoin de temps. Il a besoin de temps pour comprendre que les choses ont changé.
Cela prit Weiss au dépourvu. Shiro réalisa que peut-être que la meilleure façon d'attirer l'attention de Weiss était de lui parler de Nero.
Oui. C'était même certain.
- Pourquoi ? finit-il par l'interroger.
Sa voix ne tremblait pas. Il était décidé à affronter Weiss. Une bonne fois pour toute.
L'Empereur ouvrit la bouche, à court de mot. Il finit par reprendre sa marche, le regard sombre. Shiro lui emboîta le pas, sans détacher son regard.
- ... Tu as tort de croire que je ne l'ai pas remarqué, souffla Weiss sans le regarder.
Shiro leva le menton vers lui.
- Il n'y a rien qui peut m'échapper quand il s'agit de mon frère. Je sais pertinemment qu'il ne va pas bien. Et je sais pourquoi.
- ... Pourquoi ? l'interrogea l'enfant d'une petite voix.
Weiss se tut.
- C'est à cause de moi ? lui demanda Shiro.
A sa plus grande surprise, Weiss secoua la tête avec véhémence, lui indiquant que non.
- Ce n'est pas à cause de toi.
Ils n'entendirent que les bruits de leurs pas rencontrant la terre.
Shiro ferma les yeux, humant l'air frais autour d'eux.
- ... Ta mère t'a abandonné, lui annonça soudainement Weiss.
Cela fit tressaillir l'enfant. L'air sombre et condescendant de l'Empereur était réapparu sur son visage.
Comment le savait-il ?
- Je sais que ta mère t'a rejeté. Tu désires quand même la retrouver ? En abandonnant Nero ? grinça Weiss, l'expression réprobatrice.
Shiro le fusilla du regard.
Il n'avait aucune envie de parler de sa mère. Certainement pas avec Weiss !
- Même si je ne la connaissais pas, même si elle m'a rejeté, même si elle ne désire pas devenir ma mère, au moins, elle n'était pas encline à mener une vengeance contre les humains, lui rétorqua Shiro avec hargne.
Oui... Il idéalisait peut-être sa mère absente au détriment de son père présent, comme le soulignait East.
Mais c'était un fait. Sa mère l'avait blessé. Elle l'avait déçu. Mais pas autant que Weiss.
Et puis... pourquoi en parlait-il ? Il ne désirait même pas de sa présence ici non plus ! Il n'était plus digne d'être son héritier.
- Tu ne sais pas tout, lui répliqua simplement Weiss, le ton absent.
- J'en connais assez. Et je ne veux pas parler de ma mère avec toi. Je n'ai posé aucune question sur la tienne, lui lança Shiro, agacé.
Ce fut au tour de Weiss de frissonner.
D'autres ne l'auraient pas remarqué... mais la répartie de Shiro ne l'avait pas laissé indifférent.
- ... Tant mieux. Parce que dans tous les cas, je ne te dirais rien sur elle.
Weiss accéléra le pas, cherchant à s'éloigner le plus de l'enfant.
- Pourquoi donc ? lui adressa Shiro, atterré.
Elle était la mère de Weiss et de Nero...
Pour le meilleur ou pour le pire, ils étaient de la même famille.
- Elle est morte, fit Weiss, le ton aussi tranchant qu'un couteau. Tu n'as pas à connaître le reste.
Shiro comprit qu'il n'aurait pas d'autre réponse.
Alors que Weiss se plongea dans un profond mutisme, mettant définitivement un terme à la conversation, Shiro décida de ressortir son baladeur.
Il remit ses écouteurs sur les oreilles et appuya sur le bouton « play » pour se noyer à nouveau dans ce cocon de musique et d'images montagnardes qui le protégeait du monde qui l'entourait.
