OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Au-dessus de leurs têtes, le ciel s'assombrissait au fur et à mesure qu'ils avançaient. Shiro ignorait depuis combien de temps ils marchaient. Même s'il n'était parti que ce matin, il avait l'impression que cela faisait une éternité depuis qu'il avait quitté la maison. L'enfant aurait trouvé le temps moins long s'il avait été seul.

Ou avec une meilleure présence à ses côtés.

A présent, le soir tombait. Et aucun d'eux n'avait parlé depuis leur dernière conversation. Alors qu'ils contournaient un croisement, ils tombèrent sur un chemin plat bordé d'herbes. Devant eux, un petit lac rond d'eau pure qui reflétait le ciel devenu orangé marqué par de gros nuages noirs.

Plutôt surpris, Shiro s'arrêta pour observer le paysage. Il ne fut pas le seul. Weiss aussi avait également interrompu sa marche, regardant dans la même direction.

« Bien », déclara Weiss après un silence. « Je suppose qu'il s'agit du meilleur coin pour s'arrêter. »

Shiro fronça les sourcils à cette remarque.

Il avait envie de continuer sa route. Néanmoins, ses jambes étaient lourdes. Il était exténué. S'il marchait encore, il risquait de s'effondrer.

A contrecœur, il décida d'obéir à Weiss et posa son sac par terre. L'Empereur s'était assis sur l'herbe, au bord de l'eau. Il paraissait observer quelque chose dedans, avec une lueur prédatrice dans ses yeux. Mais son attention fut détournée par le bruit de Shiro qui commençait à défaire son sac.

- Puis-je savoir ce que tu fais ? lui adressa Weiss, le ton acide.

L'enfant leva les yeux au ciel.

- Je prépare ma tente.

- Oh. C'est mignon. Tu as une tente, commenta-t-il, sarcastique. Voici un luxe qu'il ne faut pas perdre, n'est-ce pas ?

Shiro le toisa, incrédule. Il n'avait pas de tente ? Weiss parut deviner ses pensées. Il se contenta d'hausser les épaules, nullement inquiet.

- Je n'en ai pas besoin. Je n'avais pas le luxe de m'offrir une tente à Deepground.

- Tu aurais pu en emprunter une au campement des survivants, lui rétorqua Shiro tandis qu'il sortait les affaires pour monter la tente.

- Tu me vois vraiment demander à un soldat « s'il te plaît, peux-tu me prêter ta tente ? Je t'en serais éternellement reconnaissant. » ?

L'enfant soupira.

- J'avais oublié que tu ne demandais pas.

- Exactement. Je tue, je prends. Mais même maintenant, je ne peux pas me permettre un tel plaisir. Les soldats à ma disposition ne sont pas facilement remplaçables.

Shiro ne put s'empêcher de tressaillir à cette remarque.

« Je tue, je prends. »

Il préféra se détourner de Weiss, son cœur battant la chamade.

- Je ferais comme pour les rares missions où j'étais autorisé à sortir dehors. Je dormirais à la belle étoile.

- Et s'il pleut ?

Weiss semblait confus par sa question.

- ... Quoi « s'il pleut » ?

La pluie ne le dérangeait pas ?

Peu importe. Shiro attrapa les piquets pour les planter dans le sol. Néanmoins, il sentit le regard brûlant de Weiss dans son dos qui l'observait.

Quand il se retourna, l'expression de Weiss oscillait entre moqueuse mêlée à une forme de curiosité.

- Je ne vais pas t'aider, lui adressa-t-il en se redressant.

- Ce n'était pas mon intention de te le demander, le railla Shiro sur le même ton.

Loin de là.

Shiro savait se débrouiller seul. Sans attendre, il se remit à son ouvrage.


« Je ne suis pas un spécialiste », déclara Weiss, sans détourner ses yeux du lac. « Mais je trouve que ta tente a triste mine. »

Shiro était assis à l'intérieur, sur son sac de couchage. Il laissa son sac à dos dehors pour avoir plus de place. Oui. L'un des piquets était certainement plus enfoncé que l'autre et elle penchait un peu sur le côté. Mais cela ne dérangeait pas Shiro.

- Elle tient, c'est le principal.

- Mouais. Si tu le dis. Je peux savoir qui t'a appris à monter une tente ?

L'enfant poussa un soupir.

Etait-il judicieux de les mentionner ?

Non. Il ne dirait pas leurs noms.

- ... Des amis.

- Il n'y a pas d'amis à Deepground, lui répliqua Weiss.

- Je parle de ceux du monde des humains. Je suis resté un soir chez eux et on a décidé de camper dans le jardin, à la belle étoile. Ils m'ont montré comment monter une tente.

Cela laissa Weiss un peu songeur.

- Pourquoi camper à la belle étoile ? Vous n'étiez pas en randonnée à ce que je sache.

- Comme ça, lui rétorqua un peu sèchement Shiro. Pour s'amuser.

- ... « s'amuser »...

Weiss secoua la tête, ne le croyant pas.

- Je ne vois pas ce qu'il y a d'amusant à galérer une heure à monter une tente. Tes divertissements me semblent de plus en plus loufoques.

- Parce qu'ils n'impliquent pas de tuer ? grinça Shiro.

Shiro jeta un œil au sac massif que Weiss avait emporté avec lui.

- Et si tu n'as pas amené de tente, alors... qu'est-ce que tu as emporté d'autres ?

Weiss haussa les épaules.

- Un cadavre, pourquoi ?

Le cœur de Shiro cessa de battre.

- Pff, ricana l'Empereur en voyant son visage se décomposer. J'ai seulement emporté des armes et des Matérias. Mais maintenant, j'imagine qu'ils ne me serviront à rien s'il n'y a pas de monstre.

Sa plaisanterie était de très mauvais goût.

- Même pas de sac de couchage ?

Weiss l'ignora. Il se rapprocha du bord, son visage se tenant à quelques centimètres de l'eau.

Shiro ne comprenait pas exactement ce qu'il était en train de faire... Contempler son reflet ? Après tout, s'il était l'Empereur de Deepground, c'était certainement son genre de s'admirer dans un miroir ou dans l'eau. Surtout qu'il paraissait avoir un ego surdimensionné.

- On n'avait pas de raison particulière. On avait envie de le faire, fit Shiro, reprenant le sujet d'origine. C'est tout. On voulait partager un moment. Dormir dans une tente, discuter...

- Et chanter des chansons au coin du feu ? susurra Weiss, moqueur.

Shiro en eut assez.

- On s'amusait.

Il ne pouvait pas le comprendre, de toute manière. Il trouvait déjà son envie d'écouter de la musique sur son baladeur « bizarre ». Déjà que Nero lui-même ne comprenait pas son goût aux dessins animés, cela devait être pire avec Weiss.

Quel était le but de Nero de les envoyer ici ?

Il commençait à avoir faim. Shiro tendit son bras vers son sac pour sortir un sandwich. Alors qu'il le déballait, un « plouf » attira son attention.

Weiss s'était jeté dans l'eau. Il en ressortit quelques secondes après, tenant à bout de bras un poisson qui gigotait dans tous les sens.

Shiro écarquilla les yeux, stupéfait.

- Il y a des poissons dans ce lac ?

- Nero a vraiment bien choisi sa dimension parallèle, gloussa Weiss alors qu'il revenait sur la terre ferme.

Il resserra fortement sa prise, utilisant ses deux mains et le poisson abandonna la lutte. Weiss se rassit, à quelques mètres de la tente de Shiro, avant de se mettre à le déchiqueter avec véracité.

Son sandwich dans les mains, Shiro fut dégoûté du spectacle.

- Tu vas réellement manger ça ? Alors que tu ne sais même pas si c'est comestible ?

- Tu penses que ce qu'on mangeait était comestible, là-bas ? lui répliqua Weiss avec une forme de compassion face à son ignorance.

Non...

Déjà qu'avec le Mako, il y avait des chances que leurs corps ne survivent pas.

Shiro reposa son sandwich sur les genoux, amer.

- Et puis, c'est le plaisir de la chasse, fit Weiss alors qu'il portait le poisson à sa bouche, mordant à pleines dents.

L'enfant eut soudainement un haut-le-cœur.

- La chasse, hein ? balbutia Shiro.

- Ce n'est pas ton petit confort, hein ? Avec ta tente et ton sandwich ?

- ... C'est le même principe que « chasser un pauvre officier et voir combien de temps il peut tenir sur une distance » ?

Le silence tomba.

Weiss s'essuya la bouche, venant à peine de commencer son poisson.

- Le « pauvre officier » comme tu l'appelles, est un lâche qui a réussi, par je ne sais quel miracle, à survivre à Deepground. Je me considère clément. N'importe quel autre Tsviet l'aurait déjà tué par plaisir.

- Tu fais ça parce que tu n'en as pas d'autres, répliqua Shiro.

Il ne faisait pas cela par bonté d'âme. Il n'était pas charitable. Weiss était seulement pragmatique.

Shiro reprit son sandwich. Son envie de vomir était passée.

- Au moins, il n'a pas subi le même sort que ce poisson.

- Hm ? Pour cette fois, répondit Weiss avant d'en reprendre une bouchée. Je n'aurais rien garanti là-bas.

A nouveau, ses nausées revinrent immédiatement au galop.

- Tu ne sais pas ce que tu as raté, commenta simplement Weiss une fois qu'il eut balancé les arêtes au sol.

Son ton était léger. Weiss s'appuya sur ses avant-bras, levant la tête vers le ciel.

Il semblait... détendu, relaxé.

- Dis-moi, lui adressa Weiss. Quand tu es parti monter cette tente avec tes amis... J'ai du mal à croire que Nero t'aurait laissé sortir si facilement.

Shiro croisa les bras, son pauvre sandwich laissé à l'abandon. Merci, Weiss de lui avoir coupé l'appétit.

- Il ne l'a jamais su.

- Quelle intelligence, grinça Weiss.

Son air réprobateur revint.

Non... Il ne subirait pas une nouvelle critique.

- De toute façon, fit simplement Shiro, il était occupé cette nuit-là.

- Occupé ? Comment ça ?

- ... Il était avec quelqu'un.

Weiss ouvrit la bouche.

- ... Quelqu'un ? répéta-t-il, à voix basse.

Il parut... déconcerté.

A son tour de le provoquer.

- Avec le célèbre Andy. Andrea Rhodea, l'informa Shiro, le sourire béat. Le meilleur danseur de tout Edge. Propriétaire du « Honey Bee Inn ».

- Je me moque bien de qui c'est, fit Weiss. Tellement célèbre que je ne le connais même pas. Je veux seulement savoir pourquoi il était avec Nero.

Ce fut avec un immense plaisir que Shiro lui avoua, sans aucune honte :

- Peut-être... parce qu'il aimait bien Nero ? Il a passé la soirée avec lui.

Un lourd silence tomba.

Weiss se leva de son emplacement. Lentement, il marcha vers Shiro, le regard indéchiffrable.

Néanmoins, ses épaules étaient tendues.

- ... Je ne te crois pas. Pas Nero, à moins qu'il ne l'ait tué par la suite.

- Tu pourras lui demander, susurra Shiro. Mais je te dis ce que j'ai vu. Et Andrea est toujours vivant.

Sa mine déconfite valait presque de l'or.

Cela faisait du bien, de prendre sa revanche après le coup du poisson déchiqueté et mangé entier...

Le suspense était insoutenable. Weiss demeura immobile, ne cessant de dévisager Shiro comme s'il cherchait la moindre parcelle de malice, de plaisanterie dans ses yeux. Mais l'enfant était on ne peut plus sincère.

Sans dire un mot, Weiss se détourna de l'enfant pour s'éloigner à grands pas, laissant son sac à l'abandon.

Shiro l'observa du coin de l'œil.

On aurait dit qu'il était jaloux.

Malgré tout, Shiro se sentit un peu coupable. Un peu.

L'enfant se laissa tomber sur son sac de couchage, les bras étendus.

Au moins, il allait profiter d'un temps de paix.

Un temps de solitude.


Shiro fut réveillé par un bruit dehors.

Quand il ouvrit la fermeture éclair de sa tente, sortant sa tête pour observer à l'extérieur, il réalisa rapidement que la nuit était tombée.

Venant de loin, une silhouette imposante s'avança vers lui. Quand Shiro le vit s'approcher, il reconnut immédiatement Weiss.

Il était parti tout ce temps ? Il ne revenait que maintenant ?

Weiss se laissa tomber lourdement par terre, au bord du lac. Les bras croisés sur sa poitrine, il se recroquevilla sur lui-même.

Shiro l'observa avec attention. Il se demandait s'il avait déjà constaté que l'enfant était réveillé. Il ne laissa rien paraître. Mais après tout, Weiss avait des yeux derrière la tête. Et ses doutes furent confirmés quand il prononça une phrase qui fit frissonner l'enfant :

« ... J'ai voulu te laisser. »

Shiro se redressa. Ses cheveux couvrant un œil, Weiss le dévisageait dans les ténèbres.

- J'étais parti pour me vider la tête. J'avais envie de rentrer. J'ai failli t'abandonner ici.

- ... Pourquoi ne pas l'avoir fait ?

Weiss grogna, détournant la tête pour ne pas avoir à le regarder plus longtemps.

- A ton avis ? Nero aurait été mort d'inquiétude. Alors, je suis revenu sur mes pas.

Etait-ce vrai ?

Il y avait-il réellement que Nero qui aurait été inquiet ?

Shiro secoua la tête, effaçant ses doutes. Bien sûr. Bien sûr que seul Nero aurait été inquiet. Pour son fils. Pas pour son héritier.

Mais il faisait vraiment tout cela pour lui ? Pour son frère ?

Shiro était sur le point de refermer la tente et de se rendormir.

Mais malgré tout, quelque chose l'incita à ajouter cette phrase. Une phrase que peut-être Weiss aimerait entendre.

- Je souhaitais que Nero comprenne que le monde des humains n'était pas une si mauvaise chose. Mais... Andrea n'était pas une réelle menace, lui avoua-t-il doucement. Quand je suis revenu le lendemain, Nero m'a dit qu'il préférait rester seul pour l'instant.

Weiss tourna lentement la tête vers Shiro.

L'enfant soupira, avant de compléter :

- Il a dit qu'il préférait s'occuper de moi.

L'Empereur mit un certain temps avant de répondre, d'une voix faible :

- ... Je vois.

Etait-ce vraiment ses craintes ?

Avait-il eu peur que Nero l'abandonne pour un autre ? S'était-il senti menacé ?

Ils entendirent un léger bruit.

Un bruit d'eau sur de l'herbe... Shiro tendit le bras.

Il sentit une goutte... Plusieurs gouttes lui tomber dessus.

Il pleuvait...

Malgré lui, Shiro se tourna vers Weiss. Il s'était redressé et leva la tête vers le ciel. Les yeux fermés, il laissa la pluie tomber sur lui.

Une pluie qui devenait de plus en plus forte.

- Tu vas être trempé, commenta Shiro.

Mais apparemment, cela ne dérangeait pas l'Empereur.

- ... Franchement, après avoir passé toutes ces années enfermé, lui répondit Weiss, le ton tranquille, sentir la pluie est devenu un luxe dont je ne peux pas me priver.

Sentir la pluie... voir les étoiles...

Il avait passé trois ans enfermés dans cette dimension, sous ce ciel verdâtre qui ne changeait jamais.

Goûter à la pluie, voir les étoiles... c'était devenu rapidement une habitude depuis qu'ils s'étaient installés dans le monde extérieur.

C'était devenu... anodin, alors qu'avant, ce n'était pas le cas.

Prudemment, Shiro sortit de sa tente.

Il marcha dans l'herbe, tendant les bras en croix, laissant la pluie tomber sur lui, lui mouiller les cheveux, le visage...

Ses vêtements seraient trempés...

Mais il devait admettre que Weiss avait raison. Cela faisait du bien.

Après dix minutes à rester comme ça, sous la pluie, Shiro se mit à éternuer. Il avait froid.

- Tu devrais rentrer à l'intérieur, lui conseilla Weiss. Change de vêtement, d'ailleurs. Sinon, tu vas attraper la mort.

Shiro faillit lui demander « et toi » ?

Il fut content d'avoir gardé le silence. Cette fois, l'enfant l'écouta de bonne grâce et se rua vers sa tente, s'enfermant à l'intérieur, le bruit des gouttes de pluie tapant contre le tissu.

Shiro ôta ses vêtements trempés, les déposant à ses pieds, et tira la fermeture éclair du sac de couchage jusqu'à sa nuque.

Il eut tout de suite plus chaud.

Fermant les yeux, il ne se rendit pas compte que la pluie s'était arrêtée une dizaine de minutes après qu'il fût plongé dans les bras de Morphée.


Ce fut la lumière du jour qui le réveilla. Shiro cligna des yeux, observant aux alentours. Il était toujours là, dans son sac de couchage, protégé contre le monde dehors. Il se redressa péniblement avant de pousser un bâillement à s'en décrocher la mâchoire.

Un « plouf » dehors l'interpella.

Oh non. Il n'allait pas remettre ça.

Constatant que ses vêtements n'avaient pas entièrement séché, Shiro décida d'enfiler le tee-shirt blanc qui lui arrivait aux jambes. Il ouvrit la fermeture éclair de la tente pour sortir, une douce brise traversant son visage.

Il faisait plus frais qu'hier.

Ce fut avec horreur qu'il remarqua Weiss sortir de l'eau, tenant un poisson qui gigotait dans sa main droite.

Pitié. Pas deux fois le même film d'horreur. Déjà que Weiss en était un à lui tout seul.

Weiss le remarqua. Il lui adressa un sourire narquois.

« Impressionné ? »

Shiro lui répondit par une moue, peu ravi.

- Te voir attraper un pauvre poisson qui n'a rien demandé ? Tu aurais pu simplement emporter de la nourriture comme je l'ai fait, lui adressa Shiro tandis qu'il s'apprêtait à sortir son propre petit-déjeuner. Au lieu de ça, tu te compliques la vie.

- Tu crois qu'on nous servait de la nourriture quand on partait en mission ? Il fallait se débrouiller. Et comme j'ai dit, c'est le plaisir de chasser.

L'enfant se raidit à cette remarque.

- N'importe qui peut le faire, soupira Shiro.

Encore une fois, il parla trop fort.

Weiss porta son attention sur lui, un sourire mauvais lui arrivant jusqu'aux oreilles.

- Ah oui ?

- Ce n'est pas ce que je veux dire.

- Montre-moi, alors, fit-il, les bras croisés.

- Je ne le ferais pas, refusa-t-il ostensiblement.

- Si tu partais en randonnée, sans aucune affaire ni nourriture, tu devrais te débrouiller d'une manière ou d'une autre. Surtout si tu as de la nourriture juste en face de toi, remarqua-t-il en désignant le lac.

Shiro refusa à nouveau.

- Je ne mangerais pas un poisson. Pas dès le matin. Et MOI, j'ai de la nourriture.

- Vraiment, Nero te gâte.

Encore les critiques...

Il en avait assez. Les poings serrés, il s'avança vers le lac avec hargne, sous le regard amusé et fier de Weiss.

Il ne mangerait pas un pauvre poisson. Il l'attraperait et le remettrait à l'eau. Rien de plus. Il voulait seulement que Weiss descende de son piédestal.

A travers l'eau, Shiro aperçut des poissons nager tranquillement. Il en visa un avant de prendre une inspiration.

Il se jeta dans l'eau, prêt à saisir sa proie.

Le poisson avait disparu avant même qu'il ne l'effleure.

Il entendit Weiss glousser derrière lui.

Shiro le fusilla du regard. Il en repéra un autre. Il tâcha de faire le moins de bruit possible, cette fois, avant de réitérer la manœuvre.

Le poisson lui échappa.

Les gloussements se transformèrent en rires. Shiro réprima un soupir de frustration et réessaya encore et encore. Bien sûr ! Comment pouvait-il faire sans canne à pêche ? Le poisson n'allait certainement pas se laisser attraper !

Et si Weiss pouvait arrêter de rire à côté...

Avant même qu'il ne puisse effectuer une énième tentative, une lame apparut dans son champ de vision et vint transpercer l'eau. Shiro sursauta avant de lever la tête. Weiss leva son arme, ressortant un poisson transpercé à l'extrémité.

- Je pourrais te montrer si tu étais moins entêté et plus silencieux, fit Weiss alors qu'il ôta le poisson et le balança dans les mains de Shiro.

Les yeux vides du poisson mort reflétèrent l'expression répugnée de l'enfant.

- Je ne suis pas intéressé, répondit Shiro alors qu'il le jetait à l'eau.

- Cela pourrait te servir. Pour tes prochaines proies.

Shiro fronça les sourcils tandis que Weiss lui fit signe de revenir au bord. Se rapprochant doucement de l'enfant, il lui murmura à l'oreille, gardant ses yeux rivés sur l'eau :

- Il faut juste être patient. Et attendre. Observe bien leurs mouvements.

De cette distance, ils purent voir les ombres des poissons se déplacer. Shiro déglutit, gardant le silence.

Durant de longues minutes, personne ne bougea.

- Celui le plus à droite, lui souffla Weiss tandis qu'il lui prenait son bras, l'invitant doucement à se rapprocher. Tu le vois ?

Shiro suivit son regard.

Il l'avait repéré...

- ... A trois. Un... deux...

Shiro plongea dès l'instant où Weiss dit « trois ».

Il visa le poisson qu'ils avaient ciblé. Cela fonctionna. Shiro l'attrapa à pleines mains, le sortant hors de l'eau. Il glissa dans l'eau, manquant de tomber à la renverse, le poisson se débattant désespérément dans ses mains.

Il avait réussi !

Il avait réussi à l'attraper !

- Tu vois, commenta Weiss, approbateur tandis qu'il observait la scène de loin, croisant les bras sur sa poitrine.

Shiro ne put s'empêcher de sourire de fierté.

- Ils sont même plus savoureux quand tu les manges après, remarqua Weiss alors qu'il ramassait l'autre proie qu'il avait pêché pour lui-même quand Shiro s'était réveillé.

Euh non...

Une fois qu'il fut debout, Shiro remit son poisson à l'eau. Ce dernier s'éloigna rapidement en nageant, disparaissant de son champ de vision.

- Celui-là, commenta Weiss alors qu'il détaillait le sien, mort depuis longtemps, je crois que je vais me le griller.

- Evite de manger devant moi, soupira Shiro tandis qu'il revenait dans la tente pour manger sa propre nourriture préparée par Nero.


« Encore avec ton baladeur ? »

Shiro coupa sa musique quand il entendit le commentaire de Weiss à son égard. Ils avaient repris la route et s'aventuraient un peu plus dans les montagnes, la pente devenant un peu plus raide au fur et à mesure qu'ils grimpaient.

- Tu ferais mieux de te concentrer, glissa Weiss tandis que leurs pieds glissaient sur les graviers. Tu risques de ne pas savoir où aller et de tomber dans un ravin si tu ne fais pas attention.

L'enfant fronça les sourcils à cette remarque.

- Elle doit être passionnante, ta musique, continua-t-il sans tourner la tête vers lui.

- Tu avais bien aimé celle que je t'ai fait écouter, lui rétorqua Shiro, las.

- Faux. J'ai dit que « ce n'était pas mal ». Mais je ne vais pas forcément dire la même chose avec toutes les musiques.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? Me le confisquer ?

Weiss lui adressa un coup d'œil tenté.

- Cela se pourrait.

Shiro le fusilla du regard. Néanmoins, il préférait ne pas prendre de risque. Weiss en était parfaitement capable. Peut-être serait-il tenté de le jeter dans le vide. Il finit par s'arrêter pour ranger l'objet dans son sac, avant de le suivre en traînant des pieds.

- Ils ont vraiment une mauvaise influence.

- Qui ?

- Les soi-disant « amis » que tu côtoies dans le monde extérieur, soupira Weiss.

Shiro en fut outré.

C'était lui qui lui disait cela ? Il osait lui dire une telle chose ?

- Je pense qu'au contraire, ils ont une très bonne influence. Sur moi, en tout cas.

- Allons bon, répondit Weiss, nullement convaincu.

- C'est vrai !

Shiro interrompit sa marche.

- Ce sont eux qui m'ont montré que le monde des humains n'était pas si moche. Qu'il n'était pas si mauvais ! Nero me répétait que le monde était dangereux, je ne l'ai pas écouté. Et j'ai eu raison. J'ai découvert des tas et des tas de bonnes choses. J'ai découvert l'école, j'ai découvert la musique, j'ai découvert les Chocobos. Des choses agréables que tu n'as certainement jamais vu à Deepground.

- Pff. Sans doute ne les ai-je jamais vues. Mais cela ne m'intéresse aucunement de les découvrir.

Normal. Il ne pensait qu'à recréer Deepground, sans même regarder ce qu'il avait autour de lui.

- Tu as tort. Il y a de très belles choses. Et j'ose espérer que Nero finisse lui aussi par les voir !

Il vit Weiss se raidir légèrement, avant de continuer sa route.

- Peut-être que cela t'intéresserait aussi, ajouta Shiro dans un souffle.

- Cite-moi au moins une chose susceptible de m'intéresser.

Weiss s'arrêta à son tour, remarquant que Shiro ne le suivait plus. Il lui fit face, l'air agacé.

- Je t'écoute. Qu'est-ce qui pourrait m'intéresser ?

L'intéresser, lui ?

A part le meurtre, la chasse... Shiro tourna la langue sept fois dans sa bouche.

Il devait y avoir quelque chose...

Qu'est-ce qui pouvait intéresser Weiss ?

- Là, soupira Weiss. Tu ne le sais pas.

- Le bar, hasarda Shiro.

Sa réponse fut accueillie par un silence.

- Le bar ? Qu'est-ce que c'est que ça ?

Shiro prit une inspiration.

Merci, Cid.

- C'est un endroit où... les adultes prennent du bon temps. Ils s'y rendent pour boire quelque chose et ils s'amusent.

- Boire quelque chose ? Qu'est-ce qu'il y a de drôle à « boire quelque chose » ? Encore une de vos façons de vous amuser ?

Weiss tourna les talons, paraissant déçu de la réponse de Shiro.

- Il boivent généralement de l'alcool, précisa l'enfant. J'ai demandé à en boire une fois, mais Tifa me l'a interdit.

- Tifa ?

- Une amie, soupira Shiro.

Il n'y pensait même plus.

Est-ce qu'elle allait bien à l'heure actuelle ? Elle et Aerith ?

- De l'alcool... Et pourquoi t'a-t-elle interdit d'en boire ? lui demanda Weiss, son ton trahissant néanmoins une certaine curiosité.

- Je suis trop jeune pour en boire. C'est une boisson d'adulte. Mais en tout cas... ils en boivent en écoutant de la musique et en dansant. Ils passent un agréable moment.

- Danser ?

C'était... réellement dur de lui expliquer quelque chose qu'il ne connaissait pas lui-même.

Il ne connaissait pas non plus ce que signifiait « danser » ?

Il pourrait lui montrer, bien sûr... mais il ne le savait que via une expérience avec Marlène, à la fête foraine où ils s'étaient rendus, six mois auparavant.

- Peut-être que si tu demandais à quelqu'un de te rapporter de l'alcool, il en trouverait sans problème. Tu n'aurais qu'à juste... essayer. Cela ne t'engage en rien.

Il était intrigué.

Il était intrigué par toutes ces choses : bar, alcool. Il ne le disait pas, bien sûr... mais Shiro l'avait deviné.

- ... Peut-être, répondit-il du bout des lèvres.

Il lui ordonna d'un signe de tête de reprendre la marche. Shiro s'exécuta. Le regard vague, Weiss expliqua :

- Je crois que j'ai bu de l'alcool une fois.

Shiro écarquilla les yeux, surpris.

- Ah oui ?

Weiss hésita.

Il finit par hocher la tête, la lueur ayant disparu de ses yeux.

- Ils avaient apporté une bouteille de champagne pour nous. Je crois que c'était cela. Du champagne. Je me demande si je n'en avais pas bu avec ta mère.

L'enfant laissa les bras tomber le long de son corps.

Il ne s'attendait pas à ce que Weiss parle de sa mère. Pas spontanément, pas sous l'ombre des reproches et des critiques...

- Tu le crois ? lui demanda Shiro, la voix tremblante.

- Les femmes qu'on nous amenait, expliqua Weiss, le ton bas, elles étaient présentes pour une seule chose : engendrer la nouvelle génération de SOLDATS. Etablir la descendance qu'on entraînerait et qu'on utiliserait comme des armes. Avec l'une d'elles, j'avais bu du champagne. Elle venait du Wutaï et je lui avais demandé de m'en parler. Je lui avais demandé de me décrire le Wutaï. Je ne saurais dire s'il s'agissait de ta mère ou d'une autre.

Dans sa tête, Shiro peina à imaginer Weiss et la femme qui était désignée comme sa mère boire du champagne, encore moins échanger des mots sur le Wutaï.

- Tu te souviens d'elle... en tout cas. De cette femme, même si ce n'était peut-être pas ma mère, remarqua Shiro.

- Il y avait quelque chose qui me disait, à l'intérieur de moi, que je serais lié à elle. Je ne saurais pas dire pourquoi.

Cela se pouvait-il ?

Cela se pouvait-il qu'ils aient réellement partagé ce moment, Ophelia et lui ?

- ... Elles ne désiraient pas ces enfants. Les femmes qu'on nous envoyait. Elles ne désiraient pas cela.

Ces mots durs foudroyèrent Shiro. L'enfant leva la tête vers lui, perplexe.

- Elles ne désiraient pas ces enfants. Elles ne désiraient pas cette situation. Elles ne désiraient pas qu'on les touche. Pas plus que moi, en fait. Je ne l'ai pas désiré non plus. C'était seulement un programme d'imprégnation. Pas un foyer d'amour. Rien de plus.

Weiss accéléra le pas.

Shiro ne chercha pas à en demander davantage. Il avait très bien compris à quoi Weiss faisait référence.

Il avait compris le message.

Ni lui, ni Ophelia ne l'avaient désiré. C'était la raison pour laquelle sa mère l'avait rejeté. La raison pour laquelle elle n'était jamais venue au rendez-vous.

Shiro baissa la tête, les larmes embuant sa vision, menaçant de couler sur ses joues. Même si c'était un fait, même si c'était la vérité, les mots de Weiss lui portaient un coup de poignard en plein cœur.

- ... Ma mère ne me désirait pas non plus.

Ce furent les mots de Weiss qui le sortirent de sa torpeur.

Shiro s'essuya les yeux en reniflant.

- Elle a subi la même procédure qu'Ophelia. Pour moi et pour Nero... et ne me pose pas de question par rapport à mon père. Je serais incapable de te répondre. J'ignore même si on partage le même père. On sait seulement qu'on partage la même mère. Mais à l'époque, comme le projet Deepground était en plein essor et qu'on était en train de transformer cet hôpital pour soldats blessés en laboratoire, on laissait les mères garder leurs enfants. C'est elle qui s'est occupée de moi, autant que cela a duré.

Weiss inspira, expira.

- Mais elle ne m'a pas désiré. Pas au début, du moins. Après, peut-être que passer du temps avec moi l'a fait changer d'avis. Elle semblait ravie à l'idée de me donner un petit frère même si...

Il n'acheva pas sa phrase. Shiro se souvenait des mots de Nero.

Il se souvenait qu'il lui avait expliqué la situation, quand Shiro avait émis le désir de retrouver sa propre mère Ophelia.

Peut-être devait-il se lancer au lieu de laisser Weiss dans le mutisme.

- Je sais que Papa Nero s'en veut parce qu'il dit avoir retiré ta mère. Enfin « votre » mère même si Papa Nero dit que c'est avant tout la tienne avant la sienne, pour l'avoir connue un court temps.

Weiss se tendit à cette information.

Un sourire amer se dessina sur son visage. Il tourna la tête vers Shiro, quand bien même ce sourire n'était pas particulièrement dirigé contre lui.

- Elle est morte à sa naissance, quand ses pouvoirs se sont réveillés. C'est typique de Nero... de s'en vouloir pour quelque chose qui était hors de son contrôle. Encore plus si cela m'a affecté. Je sais qu'il s'en veut.

- Je...

Shiro déglutit.

- ... Et tu lui en veux ?

Weiss ferma les yeux en guise de réponse.

- Non.

La réponse le soulagea grandement.

- Quand j'étais jeune, peut-être que je lui en ai un peu voulu, lui expliqua-t-il en marchant. Je venais de perdre ma mère. Mais quand je l'ai vu pour la première fois, quand j'ai posé mes yeux sur lui... Ma rancœur s'est envolée. Les scientifiques allaient lui faire subir un enfer. Il avait besoin de protection. Il avait besoin qu'on veille sur lui. Et ma mère n'aurait pas souhaité que je lui en veuille éternellement.

- On a dit que vous étiez les seuls à vous aimer sincèrement l'un l'autre, dans Deepground, lui adressa Shiro, repensant aux mots d'Este-D.

- Ce n'est pas faux. On a un lien fraternel particulier. Qui nous est propre. C'est tout.

Cela lui fit ouvrir les yeux.

Peut-être que pour la première fois depuis qu'il le connaissait, depuis qu'il l'avait rencontré, Shiro comprenait.

Il comprenait ce que Nero voyait en Weiss. Pourquoi une telle relation, quand bien même elle transcendait les liens familiaux tels que perçus dans le monde des humains...

Shiro n'était pas sûr d'approuver. Il n'arriverait peut-être jamais à l'accepter pour d'autres... mais peut-être pouvait-il essayer de comprendre pour Weiss et Nero...

Et puis... Si la mère de Weiss ne l'avait pas désiré au début, mais avait fini par l'aimer... est-ce qu'il y avait de l'espoir avec Ophelia ?

Il l'espérait.

Il voulait y croire.


« Si on continue à ce rythme », déclara Weiss tandis qu'il désignait la montagne devant eux. « On devrait arriver au sommet demain soir. »

Weiss et Shiro faisaient une pause, s'asseyant au bord du chemin. Shiro sortit la bouteille d'eau pour en prendre une gorgée quand il remarqua avec déception qu'elle était vide.

Mince... il aurait dû la remplir quand ils étaient au lac...

« Tiens. »

De manière inattendue, Weiss lui tendit la sienne, remplie à rabord. Confus, Shiro le toisa, perplexe.

Est-ce que c'était un rêve ?

- Tu ne croyais quand même pas que je n'avais pas prévu de bouteille d'eau ? soupira Weiss en remarquant son expression. Fais-toi plaisir.

Shiro hocha vivement la tête avant de la recevoir.

Sans hésiter, il la porta à ses lèvres, la buvant avec avidité.

- Tu ferais mieux de faire attention quand on s'arrête, lui adressa Weiss. Il faut anticiper durant des trajets comme ça.

- Je me demandais...

Shiro s'essuya la bouche avant de la lui rendre. A nouveau, ils se remirent en route.

- Puisque tu... on ne se connait pas réellement, toi et moi, hasarda Shiro.

- Sans rire, grinça Weiss.

Malgré tout, l'enfant continua sur sa lancée.

- ... Je t'ai parlé du bar tout à l'heure. Mais... je ne t'ai pas dit ce qui pouvait t'intéresser parce que... je ne sais tout simplement pas ce qui t'intéresse. A part Deepground. A part Nero...

Pas lui.

Clairement pas lui.

- Est-ce que... tu pourrais me dire ce que tu aimes ? l'interrogea-t-il, sérieusement.

A sa grande surprise, Weiss pouffa de rire.

- Vraiment ? Tu te fiches de moi ? Ce qui m'intéresse ? On est où, là ?

- Laisse tomber.

Shiro se hâta de passer devant lui.

C'était stupide de lui demander.

Néanmoins, Weiss le rattrapa rapidement.

- Je l'ignore, dit simplement Weiss. J'ignore ce qui m'intéresse. J'étais trop occupé à survivre que je n'ai pas pris le temps de me poser la question. Satisfait ?

Shiro sortit son baladeur de son sac, l'observant attentivement.

- Tu avais réussi à le réparer.

- Oui, je sais, railla Weiss. Je suis le sauveur de l'humanité.

L'enfant prit une inspiration.

Non. C'était complètement idiot.

- J'ai une nouvelle musique à te faire écouter, lui adressa-t-il en lui tendant un écouteur. Peut-être que celle-là serait davantage que « pas mal ».

Même si Weiss ne dirait jamais que c'était bien, juste par fierté.

- Encore avec ce baladeur...

Mauvaise idée.

Shiro était sur le point de le ranger quand Weiss poussa un soupir.

- ... Vas-y. Fais-moi écouter. Tant qu'on ne s'arrête pas.

L'enfant... fut agréablement surpris par la réponse de Weiss.

Peut-être qu'il pourrait réellement être intéressé...

Weiss reçut l'écouteur et le plaça dans son oreille tandis que Shiro fit démarrer la musique sur son baladeur, les deux marchant l'un à côté de l'autre.