OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
« ... Et celle-ci, c'est la musique du générique d'un dessin animé. »
Weiss fronça les sourcils, l'air perplexe face aux informations de Shiro.
- ... Un dessin animé ? répéta-t-il, sans comprendre.
- Oui. Un dessin animé très connu du monde des humains. Cela met en scène des Moogles qui vivent des aventures. Moogle Rouge, Moogle Vert, Moogle Jaune, qui combattent ensemble. Mon préféré est Moogle Rouge ! lui expliqua Shiro, se mettant soudainement à parler très vite tandis qu'il évoquait son dessin animé préféré. Ils doivent affronter un méchant qui—
Remarquant que la confusion ne s'effaçait pas du visage de Weiss, qu'au contraire, il semblait même l'accentuer, Shiro réalisa que peut-être s'emballait-il un peu trop rapidement. Après tout, Shiro devait expliquer plusieurs fois le scénario à Nero quand ce dernier lui posait la question sur les choses qu'il visionnait. Cela ne serait pas mieux avec Weiss.
Il n'aurait même pas pensé évoquer un jour le sujet des dessins animés avec Weiss. Si on le lui avait prédit, il y a quelques jours, Shiro aurait certainement ri d'incrédulité. Il préféra cesser avant qu'il ne le perde totalement.
- Enfin. C'est très chouette, acheva-t-il en guise de conclusion.
- Ouah. Plus j'en apprends, plus j'ai l'impression que le monde des humains est aussi fou que je ne le croyais, commenta Weiss, déconcerté.
Qu'est-ce que Shiro devait en dire de Deepground ?
- ... On le regarde souvent, fit Shiro tandis qu'ils escaladaient une pente, rangeant son baladeur pour rendre le trajet plus facile. Ce dessin animé.
- « On » ? J'ai du mal à croire que Nero visionne ce genre de choses et comprenne le tiers de ce que cela veut raconter.
- Eh bien, j'ai essayé, ricana nerveusement Shiro. Mais... quand je parle de « on », je parle surtout d'eux. De mes amis humains.
Shiro baissa la tête, son visage s'assombrissant à cette pensée.
- Et ils te cherchent en ce moment même ? le questionna Weiss sans le regarder. Tes « amis » ?
L'enfant tressaillit à cette question.
Il n'y avait pas d'amis à Deepground.
Mais Denzel, Marlène, Vincent, les membres d'ex-AVALANCHE... Ils l'avaient toujours protégé, entouré... Encore plus depuis la crise des Chiens de l'Enfer.
Il n'y avait aucun doute. Shiro savait qu'il pouvait compter sur eux. Et il était certain qu'ils étaient morts d'inquiétude pour lui, à l'heure actuelle. Pour Nero aussi, sûrement. Shiro ferma les yeux, avant de hocher la tête, sans hésitation :
- Oui. Oui, ils me cherchent en ce moment même.
- Tu sembles bien sûr de toi.
- Je les connais. Et je sais qu'ils ne s'inquiètent pas pour moi parce que je suis une expérience de la Shinra. Enfin, pas que. J'en ai eu la preuve ces six derniers mois.
Il fut reconnaissant que Weiss ne pose pas plus de questions, quand bien même il paraissait encore avoir du mal à croire aux affirmations de l'enfant. Mais il ne les connaissait pas comme Shiro les connaissait. Il ne les avait jamais rencontrés.
On est amis.
Les mots de Marlène. Une fois arrivés en haut de la pente, Shiro traîna les pieds derrière Weiss.
- D'ailleurs, pour t'expliquer combien on est proches, poursuivit-il, quand bien même Weiss regardait droit devant lui, on a joué ensemble avec l'une d'eux. Elle adore ce dessin animé autant que moi. Un jour, on s'ennuyait et on s'est dit que cela serait bien d'inventer de nouvelles aventures pour nos personnages préférés. Et cela m'a donné l'idée de lui dessiner un comics par rapport aux aventures qu'on a imaginé.
- Un comics ? répéta Weiss, sans trop comprendre.
Encore un terme à définir, à lui expliquer...
- Une bande-dessinée, précisa Shiro. Je lui ai donnée.
- Je vois. Tu as dessiné une bande-dessinée pour une « amie » ? railla Weiss, son sarcasme revenant. Et pour quelle raison ?
Shiro plissa les yeux, ne comprenant pas où il voulait en venir.
- ... Comme ça. Parce que j'en avais envie. Pour m'amuser.
- Mouais. Ce n'est pas plutôt parce que tu t'es pris d'affection pour elle ?
L'enfant se raidit. Il fixa Weiss comme deux ronds de flancs.
- ... Euh. Oui. Je voulais lui offrir un cadeau. Enfin, pas que. Mais je ne vois pas—
- Tes yeux mentent, fit Weiss, amusé. On n'offre pas de cadeau à n'importe qui. Je n'offre pas de cadeau à ceux qui ne comptent pas sur moi. Et encore, pour ce que c'était... De la nourriture, des objets provenant de la surface...
- Des objets ? s'étonna Shiro.
Weiss opina du chef.
- ... Des plumes de Chocobo. J'en avais ramené une fois, se remémora-t-il, songeur.
Il marqua une pause. Il se tourna vers Shiro, lui adressant une expression malicieuse.
- Je crois comprendre maintenant pourquoi tu es si « attaché » au monde des humains. C'est par rapport à elle, n'est-ce pas ?
Brusquement, il comprit.
Il comprit ce qu'insinua Weiss, ce qui ne manqua pas de le tétaniser.
- Erk ! Cela ne va pas ? C'est juste une amie ! cria Shiro, prenant une moue dégoûtée, ce qui fit... rire Weiss pour une raison qui lui échappait.
- Oui, oui, oui... Une « amie », approuva Weiss, ironique. Je te crois.
- Arrête ! Ce n'est pas du tout ce que tu crois.
- Oh, mais je ne crois que ce que je vois, Shiro. Dis-toi que c'est ma revanche pour ta petite anecdote sur Andrea.
Et allez donc !
Il allait réellement remettre cela ? Mais ce n'était pas de sa faute à lui ! Shiro n'avait fait que rapporter ce qu'il avait vu. Il ne pouvait pas croire que Weiss lui en veuille et s'abaisse à un niveau aussi bas.
- Oh.
Immédiatement, Shiro s'arrêta. Weiss l'imita peu après, leurs regards rivés sur le spectacle qui s'offrait à eux.
C'était...
- ... Une cascade, constata Shiro, remarquant l'eau tomber du sommet, s'écoulant jusqu'à un lac, bien plus vaste que celui auquel ils s'étaient arrêtés.
Weiss leva la tête.
- Cela signifie qu'on s'approche du sommet.
Combien de temps avaient-ils marché ?
En tout cas, en contemplant cette cascade, toute cette eau qui paraissait si pure, si fraîche... cela fit prendre conscience à l'enfant combien il avait chaud, combien il était exténué...
Il avait envie de se rafraîchir. Sans faire attention à Weiss, Shiro posa son sac au sol et se dirigea d'un pas léger vers la cascade, retirant son tee-shirt blanc avant de le déposer sur un rocher. Avant même que Weiss ne puisse lui dire quoi que ce soit, Shiro avait déjà plongé dans la cascade.
L'eau était froide, et pendant quelques instants, Shiro demeura raide, le temps de s'habituer à la température. Puis, il se mit sur le dos, fixant le ciel bleu et nuageux au-dessus de lui.
- ... Faut croire que pour barboter, tu es le premier, railla Weiss, l'observant de loin, les bras croisés. Mais pour nager et chasser la nourriture, il n'y a plus personne.
- Je veux juste—commença Shiro, se retournant vers lui, contrarié.
- - T'amuser, compléta Weiss en soupirant. Je sais. J'avais compris.
Shiro le vit s'avancer vers le bord, jetant un coup d'œil distrait au tee-shirt blanc abandonné sur le rocher. Ce fut après s'y être attardé dessus durant quelques minutes que Weiss s'exclama, outré :
- C'est MON tee-shirt !
Shiro se redressa, les cheveux blancs trempés.
- Et c'est que maintenant que tu le réalises ?
- Je peux savoir où tu l'as obtenu ? lui répliqua Weiss, éberlué.
- C'est Nero qui me l'a donné. Il a dit qu'il m'allait bien.
Cela réduisit Weiss au silence.
Un point pour Shiro, pensa l'enfant, fier de lui.
Weiss s'abaissa au-dessus du lac, s'accoudant sur un genou, peu franchement ravi par cette découverte.
- Oui. Il te va bien, admit-il de mauvaise grâce. Mais bon. Nero aurait pu me demander l'autorisation.
- Tu n'étais pas là.
- Je sais que je n'étais pas là.
Le ton léger de Weiss était redevenu acariâtre. Shiro comprit qu'il avait tiré sur une corde sensible, quand bien même Weiss extériorisait peu de choses. C'était assez difficile de savoir à quoi il pensait.
L'enfant observa la cascade, avant de reporter son attention sur Weiss.
Il avait une idée.
- Et si tu venais en profiter aussi ? lui proposa l'enfant.
Weiss fronça les sourcils en guise de réponse.
- Ce n'est pas l'heure du repas, lui rétorqua-t-il sèchement.
- Barboter, c'est bien aussi, lui assura Shiro. Cela te vide la tête.
- Vraiment ?
Il ne semblait pas convaincu.
Shiro insista, lui faisant signe de le rejoindre.
- Tu peux oublier que tu es l'Empereur de Deepground pendant deux minutes, tu sais.
Le visage de Weiss se tendit brutalement face à cette remarque.
Shiro comprit rapidement qu'il avait mal choisi ses mots. Il s'enfonça dans l'eau, penaud.
- Je veux dire... Nero a dû te dire la même chose, par moment ?
Cela parut l'adoucir. Le visage de Weiss s'éclaira imperceptiblement, avant de hocher la tête.
Il finit par retirer sa veste et la poser sur le tee-shirt blanc de Shiro. A son tour, il pénétra dans l'eau, nullement affecté par la température.
Il devait avoir l'habitude. Shiro le vit se placer sous la cascade, laissant l'eau lui rincer les cheveux. Weiss ferma les yeux, semblant apprécier la sensation.
Malgré tout, Shiro ne put s'empêcher de sourire discrètement.
- C'est vrai qu'avant, la cascade n'était que simulation, constata Weiss, le ton posé. On s'y amusait quand on nous laissait sortir. Et c'était l'endroit préféré de Nero.
L'enfant opina du chef.
- ... Je le sais. C'est pour cela que je te l'ai proposé, lui répondit Shiro avant de plonger, la tête sous l'eau.
Il ne remarqua pas que, tout du long, l'attention de Weiss fut concentrée sur lui.
Finalement, Weiss et Shiro choisirent de s'arrêter près de la cascade pour passer la nuit. De toute manière, ils n'avaient plus beaucoup de route à faire. Ils seraient arrivés au sommet le lendemain soir. Ils n'auraient qu'à redescendre via le même trajet par la suite.
La nuit paraissait douce. Peu d'indication qu'il pleuvrait ce soir. Mais après tout, ils n'étaient jamais sûrs de rien. Cette fois-ci, Weiss utilisa une Matéria Brasier pour préparer un feu, avant d'y griller son repas.
Alors qu'il était sur le point de demander à Shiro s'il désirait troquer ses sandwiches pour du poisson grillé, l'enfant ne lui répondit pas. Curieux, Weiss s'approcha.
Shiro était allongé dans l'herbe, ses écouteurs sur les oreilles, les yeux fermés.
Il s'était déjà endormi.
Weiss reporta son attention sur la tente qu'il avait montée, une fois de plus. Elle ne servirait à rien, s'il dormait à l'extérieur. Laissant son poisson cuire sur le feu, Weiss s'abaissa devant Shiro, prêt à le soulever pour le transporter vers sa tente.
Mais étrangement, Weiss ne le fit pas immédiatement.
Non. Il se surprit à le contempler dormir.
Alors qu'il l'observait, des souvenirs remontèrent à l'esprit de l'Empereur. Des souvenirs quand lui et Nero pouvaient encore rester ensemble. Parfois, Nero tombait de sommeil et s'endormait à côté de lui.
Et Weiss passait son temps à le contempler dormir. Parfois, il passait sa main dans sa longue chevelure noire ou l'embrassait sur le front, l'assurant de sa présence. Lui indiquant que son grand frère était là et qu'il le protégeait. Qu'il ne laisserait personne le déranger.
Il savait combien cela réconfortait son cadet.
Prendre soin d'un enfant est plus dur que de prendre soin d'un frère. Mais le principe est le même.
Shiro semblait si paisible dans son sommeil.
Parfois, Weiss espérait qu'il puisse dormir aussi tranquillement, sans personne pour le déranger, sans cauchemar pour le ramener à la dure réalité.
Sans qu'il ne soit hanté par Hojo...
L'air absent, Weiss posa sa main dans les cheveux de l'enfant, caressant sa longue crinière blanche.
Il n'y avait aucune intention derrière... il voulait juste sentir la différence avec la manière de prendre soin de son frère cadet.
Et il y avait une différence.
Une connexion immuable qu'il ne pouvait nier. L'envie de protéger... Non pas que ce n'était pas déjà le cas avec Nero... Weiss s'était fait le serment de le protéger parce qu'il était tout ce qu'il avait. Il était la raison pour laquelle il endurait tout cela à Deepground. Ils se connaissaient mieux que personne. Ils étaient deux moitiés d'un même tout.
Mais Shiro, c'était... difficile à expliquer. Il se sentait trop différent de lui. Il ne le comprenait pas. Et l'enfant l'agaçait.
Pourtant, l'envie de protéger était présente. L'envie qu'il ne lui arrive rien.
Ainsi qu'autre chose... quelque chose de plus profond, comme ancré en lui... Similaire à son lien avec Nero, mais également très différent.
Peut-être était-ce le fameux lien qui liait instinctivement un parent à son enfant. Weiss l'ignorait. Il ne connaissait personne qui pouvait le lui confirmer.
Alors qu'il caressait les cheveux blancs de Shiro, ses doigts effleurant son crâne, il sentit quelque chose à travers sa crinière.
Une bosse...
Non. Une cicatrice.
Weiss se raidit à cette découverte. Comment était-ce arrivé ?
Shiro bougea dans son sommeil. Peut-être qu'il avait senti l'inquiétude grandissant en Weiss et que cela l'avait réveillé.
En tout cas, l'enfant ouvrit bientôt les yeux, rendant le regard de son père.
« ... Ta cicatrice. »
Weiss lui indiqua d'un doigt ce qu'il avait découvert. Shiro posa la main sur l'endroit désigné, le touchant pour comprendre de quoi il parlait.
Ses yeux s'assombrirent alors qu'il répondit :
- Charon. Il était venu nous attaquer dans la dimension parallèle dans laquelle on vivait, avec Papa Nero. Il m'a fait léviter et ma tête a heurté le mur de notre maison.
Weiss garda sa main en suspens.
Sans même qu'il ne puisse l'expliquer, l'inquiétude qu'il avait ressenti se transforma en une intense colère qui gronda, menaçant de décimer tout sur son passage.
- ... Il s'en est pris à toi ?
Dire qu'il avait eu un sentiment de compréhension vis-à-vis de Charon, sur la façon qu'il avait de lutter contre un rôle pour lequel il était destiné... A ce moment-là, Weiss l'avait compris mieux que personne.
Mais en apprenant qu'il avait attaqué Nero... qu'il avait également attaqué Shiro... ce sentiment de compréhension avait disparu. Il avait envie de le traquer et de le tuer. Le massacrer. Là maintenant. Tout de suite.
- ... Il n'est pas le seul à s'en être pris à moi, Weiss.
- Quoi ?
Qui ?
Qui d'autre ? De qui parlait-il ?
Shiro détourna la tête, refusant d'affronter son regard.
Cela rappelait à Weiss comment Nero se comportait, quand Restrictor le torturait. Quand il refusait de lui dire les choses pour ne pas l'inquiéter.
En l'élevant, est-ce que Shiro avait également hérité de traits de caractère de Nero ?
- Je suis fatigué. Je vais dormir.
L'enfant se releva. Il était prêt à se diriger vers la tente quand Weiss l'interpella.
- Fais-moi écouter de la musique.
Shiro lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, un sourire espiègle sur son visage.
- On y prend goût ?
Weiss leva les yeux au ciel.
- Tes chevilles vont enfler. Amène-toi.
Shiro s'exécuta silencieusement.
Il s'allongea à côté de Weiss et lui tendit un écouteur, lançant une musique aléatoire tandis qu'ils levaient la tête vers le ciel.
Ce fut ensemble qu'ils contemplèrent les étoiles, la musique les berçant progressivement jusqu'à ce qu'ils s'endorment dans un sommeil léger.
« Oh non ! »
Shiro poussa un cri d'effroi dès lors que Weiss lui tendit un poisson grillé à point.
- On ne gâche pas la nourriture. A Deepground, on luttait pour manger, lui déclara-t-il sérieusement. Donc, tu vas me faire le plaisir de manger ça.
Shiro contempla le poisson avec une mine révulsée.
- Et ne fais pas d'histoire. On restera là jusqu'à ce que tu le manges en entier, l'avertit Weiss.
- Tu fais comme Papa Nero.
- Cela fait plaisir à entendre. C'était moi qui le forçais à manger à Deepground.
Oh oui. Ils n'étaient pas frères pour rien.
A contrecœur, Shiro tendit les mains vers le poisson généreusement par Weiss. L'Empereur lui adressa un sourire malicieux tandis que Shiro prit une bouchée.
Ses yeux s'éclairèrent. Ce n'était pas... si mauvais. Weiss se positionna de manière décontractée tout en le regardant manger.
- Alors ?
- Je préfère quand même le sandwich de Nero, dit Shiro.
Weiss haussa un sourcil, amusé.
- Je peux en goûter ?
Pourquoi pas ?
Shiro acquiesça, lui désignant son sac. Weiss le saisit et en attrapa un sandwich emballé. Il se plaça devant Shiro autour du feu désormais éteint, ne laissant que quelques braises, et mordit dedans à pleines dents.
Il paraissait... apprécier. Il releva la tête vers Shiro, le contemplant d'un air interrogateur :
- Depuis quand Nero sait cuisiner ?
- Euh... depuis que je suis là, je pense. Mais tu sais, cela n'a pas toujours été une réussite.
Intrigué, Weiss lui demanda plus d'explications.
- Il m'a fait une soupe violette une fois. Lui-même ignorait ce qu'il avait mis dedans, se remémora Shiro. Il me l'a retirée avant que je ne puisse terminer, au moins.
- Amusant...
Weiss ricana face à l'anecdote.
- Tu as de la chance qu'il t'ait laissé partir en randonnée. Même si c'était pour nous forcer à nous parler.
- Je pense que c'est pour ça qu'il m'a laissé partir. Mais... avant, il ne me laissait même pas quitter la dimension parallèle.
- Il ne me laissait pas quitter son champ de vision.
- C'est Papa Nero, après tout.
- On ne peut pas le changer.
Un silence tomba.
Sans s'adresser un seul mot, Weiss et Shiro mangèrent leurs nourritures respectives. Le poisson pour Shiro, le sandwich pour Weiss.
- ... Tu sais, finit par dire Weiss. Vu qu'on est seuls tous les deux... est-ce que tu veux que je te montre comment activer la « lame immaculée » ?
Shiro le toisa, perplexe.
Il... il était sérieux ?
Il lui proposait actuellement de...
- D'accord ! s'exclama Shiro avec un peu trop d'enthousiasme. Je veux bien !
- Alors, viens.
Weiss déposa l'emballage, n'ayant rien laissé du sandwich. Il se leva et attrapa ses deux lames, « Paradis » et « Terre ». Il tendit la dernière à Shiro qui l'attrapa avec une poigne ferme. Weiss leva un sourcil face à cela, quand bien même il ne commenta rien.
- Du coup, lui demanda Shiro tandis qu'il tenait « Terre », est-ce que... tu as trouvé une raison pour laquelle tu les as appelées « Paradis » et « Terre » ?
Weiss leva les yeux au ciel.
- Pourquoi avoir besoin d'une raison ? Ce sont de jolis noms, c'est tout.
- Oui...
Weiss se positionna derrière Shiro, corrigeant sa posture.
- Encore une fois, je vais devoir tout te réexpliquer.
Shiro poussa un soupir d'agacement, quand bien même il ne répliqua rien.
- Maintenant... regarde bien et fais le vide, lui souffla Weiss avant de lui expliquer, un mot après l'autre, les bases de la « lame immaculée ».
« Plus qu'une dizaine de kilomètres », lui lança Weiss alors qu'ils s'approchaient peu à peu de leur objectif.
Shiro poussa un soupir de soulagement.
Enfin, ils en voyaient le bout... il avait cru que ce voyage n'avait aucune fin. Mais à présent, tout l'horizon en-dessous d'eux se dessinait nettement. Il ne voyait même plus le campement des survivants, ou même leur maison.
- Où est-ce qu'on est ? lui adressa Shiro avec curiosité. Je ne vois plus notre maison.
- Par là-bas, lui adressa Weiss en pointant du doigt quelque part vers l'est.
- Tu as un œil de lynx.
- Si tu as hérité de mes pouvoirs, tu devrais l'avoir aussi.
Shiro se rapprocha du bord, plissant les yeux pour pouvoir nettement la maison.
- Je ne vois rien...
- Shiro !
L'avertissement de Weiss le fit sursauter.
Ce fut trop tard. L'instant d'après, Shiro se sentit vaciller et bascula en avant, poussant un cri effrayé tandis que ses yeux rencontrèrent le vide sous lui.
Non !
Immédiatement, il ferma les yeux en même temps qu'il tombait. Cela fut si long et si court à la fois...
Quelques secondes... seulement quelques secondes avant que quelque chose ne freine brusquement sa chute en l'agrippant par le pied.
Shiro rouvrit les yeux. Positionné à la verticale, la tête en bas, il ne put voir que le vide qui lui tendait les bras.
La chaleur montant à la tête, son cœur battait la chamade.
Il... il s'en était fallu de peu. Péniblement, il releva la tête.
Son regard croisa celui de Weiss. Il avait abandonné son sac massif et s'était jeté après lui. A plat ventre, les ongles agrippés au bord de la falaise, Weiss le tenait d'une main.
L'esprit embrumé par ce qu'il ressentait, Shiro ne réalisa pas immédiatement que Weiss venait de le sauver d'une chute mortelle.
Il fut sorti de sa torpeur quand Weiss le hissa jusqu'en haut avant de passer le bras au-dessus de sa tête, laissant tomber Shiro derrière lui. Son dos heurta la terre dure suite à l'impact, lui coupant momentanément la respiration.
Weiss apparut bientôt dans son champ de vision, la fureur dansant dans ses yeux.
- Tu es incorrigible.
Shiro grimaça de douleur, se frottant le dos pour l'apaiser.
- Tu es têtu. Tu es imprudent. Tu ne fais attention à rien. Tu te rends compte de ce que tu as fait ? lui cracha Weiss alors qu'il passa devant lui, le pas lourd, afin de ramasser son sac et le remettre sur son dos. Tu crois VRAIMENT que c'était une bonne idée de se balader aussi près du bord ? Mais tu es vraiment idiot ou quoi ?
Shiro se remit debout.
- Tu me réponds quand je te parle ! lui ordonna Weiss, montant soudainement le ton. Qu'est-ce que j'aurais fait si tu étais tombé, hein ?
Il...
Il s'inquiétait ?
Vraiment ? Il s'inquiétait pour lui ?
- Qu'est-ce que j'aurais dit à Nero, hein ? Qu'est-ce que je lui aurais dit si j'étais revenu sans toi ?
Shiro garda le silence.
Non. Il avait tort. Les mots de Weiss venaient de lui prouver le contraire.
Il s'inquiétait surtout pour Nero.
- Réponds-moi !
- Parce que c'est vraiment QUE par rapport à la réaction de Papa Nero ? lui cracha Shiro en retour. Tu ne te soucies que de ça ? J'ai failli mourir !
- Exactement ! rétorqua Weiss. Tu as failli mourir parce que tu ne fais pas attention !
- Qu'est-ce que tu en sais, de toute manière ? J'ai failli mourir plusieurs fois et tu n'étais pas là pour savoir si je faisais attention ou pas !
Les remontrances de Weiss s'arrêtèrent net.
Sa colère se transforma en stupeur, comme s'il avait été crucifié sur place. Shiro le fixa, ses yeux embués de larmes.
Oui...
Oui, encore aujourd'hui, il disait ce qu'il avait sur le cœur.
- Tu n'étais pas là. Maman n'était pas là non plus. J'avais besoin de vous deux et vous n'étiez pas là. Seul Papa Nero était là quand j'en avais besoin, lui déclara durement Shiro, la voix tremblante, tandis qu'il se détournait de lui pour remonter la pente pour entamer les derniers kilomètres. Et encore, même lui a échoué.
Weiss ne le suivit pas.
Shiro continua sur sa lancée, mais Weiss demeura immobile.
Est-ce qu'il allait achever ce voyage ?
Est-ce qu'il allait redescendre ? Est-ce qu'il allait l'abandonner ?
Shiro ne le sut pas et il s'en moquait. Ce qu'il disait était un fait. Même si ses parents ne l'avaient pas désiré, ils n'avaient pas été présents dans les moments les plus sombres.
Et maintenant Weiss lui donnait des leçons ?
Il lui faisait la morale ?
Non. C'était de l'hypocrisie pure et simple.
Tant pis s'il arrivait au sommet seul.
Il allait terminer ce pourquoi il était venu à la base.
Ils avaient bien calculé.
Il arriva au sommet à la tombée du jour. Quand il grimpa les derniers mètres, quand il y arriva enfin, il eut l'impression d'être sur le toit du monde.
Un sentiment de délivrance le berça.
Un sentiment de liberté...
Shiro ferma les yeux, inhalant, exhalant l'air pur.
Les étoiles brillaient fortement au-dessus de sa tête.
Tout était si petit sous lui... il pouvait seulement discerner quelques lumières au loin.
La maison...
Le campement...
Shiro se laissa tomber, s'appuyant sur ses avant-bras tandis qu'il observait le monde qui s'offrait à lui.
Le nouveau monde, selon Weiss et Nero. Leur monde à eux. Pas le sien.
S'il n'y avait pas l'idéologie derrière, Shiro serait certainement resté.
Il aurait demandé à ses amis de l'accompagner.
Partager ce moment avec lui...
Parce que seul, ce n'était pas drôle. Il y avait comme... un sentiment de vide qui creusait son cœur.
Shiro s'allongea, tendant le bras, comme s'il crut qu'il pouvait toucher le ciel.
Il pourrait dormir ici...
Dormir ici... habiter ici...
Ne jamais revenir... ne jamais redescendre...
Etait-ce trop optimiste comme scénario ?
Il entendit des pas derrière lui.
Immédiatement, Shiro se redressa et se retourna vers la source des sons.
Weiss avait posé son sac massif avant de le rejoindre.
Silencieusement, il se plaça dans la même position.
Shiro ne chercha pas à le chasser.
Weiss resta à ses côtés, fixant l'horizon avec une expression absente sur son visage.
Est-ce qu'il appréciait la vue ?
Est-ce qu'il aimait être ici ? Avec lui ?
Personne ne parla.
Personne ne prononça un mot.
Ils appréciaient seulement... l'instant présent. Le paysage offert à eux... Pas de Deepground, pas de monde des humains, pas de vengeance, pas de rancœur...
Juste... eux deux.
« ... J'aurais pu naviguer à travers les étoiles », lui déclara Weiss, le ton bas.
Shiro l'observa avec curiosité.
Weiss ne le regardait pas.
- J'aurais pu devenir l'Hôte pour l'être suprême. Pour Omega. Pour le bien de la Planète. Mais je l'ai refusé, l'informa Weiss. Parce qu'accepter d'être un avec Omega, cela signifie un autre prendre le contrôle de son corps. Renoncer à celui qu'on était. Et je ne souhaitais pas que cela recommence. Pas après... pas après ce qui s'est passé avec Hojo... J'avais envie d'être libre. J'ai envie d'avoir ma propre volonté, sans que les humains ou les dieux me dictent quoi faire.
Shiro ne sut pas quoi répondre. Il n'y avait aucune émotion dans les mots de Weiss. Il parlait comme un robot. Comme si toute vie avait déjà quitté son corps.
- ... Si Nero est malheureux aujourd'hui, c'est à cause de moi. C'est parce que je ne désire pas que cela recommence. Qu'un autre prenne ma place et lui fasse mal en utilisant mon corps.
- C'est ce qu'a fait Hojo ? lui adressa Shiro.
Weiss opina du chef.
Son expression ne changea pas.
- D'où la raison pour laquelle je n'ai pas été présent. Et aujourd'hui, je ne le suis toujours pas. Même pas pour Nero.
Shiro déglutit. Il voulait... il voulait dire quelque chose. Donner son avis. Mais il n'était même pas sûr que Weiss l'accepte.
- ... Tu sais... je pense que tu ne devrais pas laisser Hojo continuer de rendre Papa Nero malheureux. Tu ne devrais pas le laisser gagner, surtout si ce que vous partagez est... ce qui vous rend heureux. A tous les deux, hasarda Shiro.
Etrangement, Weiss ne le rejeta pas.
- Ce n'est pas simple.
- Je pense que cela l'est. Mais tu es trop fier. Tu as dit que tu protégerais Papa Nero. Que tu le protégerais toujours. Mais... tu crois que tu peux le protéger en prenant tes distances, quitte à ce qu'il reste éternellement malheureux ?
Cette fois-ci, Weiss n'eut pas les mots pour répondre.
Pendant un bref instant, Shiro put voir son visage se fissurer.
- Ce n'est pas la solution, dit l'enfant en reportant son attention sur l'horizon étoilé devant eux.
Weiss poussa un soupir.
Il le savait... Il savait que Shiro avait raison. L'enfant le sentait. Mais il était trop arrogant pour l'admettre.
Il souhaitait seulement voir Nero heureux.
Un trait commun qu'il partageait avec Weiss.
- Au moins, on est arrivés jusqu'ici, déclara l'enfant. Tu as fini par me rejoindre.
- Ne t'imagine pas des choses. J'avais seulement une question à te poser.
Weiss plongea son bleu céruléen dans celui de Shiro.
L'enfant sentit son cœur se serrer quand l'Empereur posa une question qui eut l'effet d'une gifle.
- ... De qui ne t'ai-je pas protégé quand je n'étais pas là ?
A nouveau, la vision de Shiro s'embua.
Il... il voulait vraiment le savoir ?
Pourtant... Shiro ouvrit la bouche mais aucun mot n'en sortit.
L'enfant se mit à trembler. Sous le coup de l'émotion, il cacha ses yeux derrière ses mèches blanches.
- Shiro... insista Weiss, cette fois-ci, en utilisant un ton plus doux.
- C'est... c'est du passé.
Weiss refusa cette réponse.
- Non. Ce ne sera jamais du passé avec moi. Alors, dis-moi. Qui t'a fait autant de mal ? Moi, c'était Hojo et Restrictor. Et toi ?
Shiro serra la mâchoire.
Il avait peur... il avait peur de lui dire la vérité...
Viens sur mes genoux, Shiro.
- Shiro.
Shiro releva la tête vers l'Empereur.
Mais cette fois-ci, Weiss n'avait plus l'apparence, la prestance d'un Empereur. Pas en ce moment même. Pas en étant assis à ses côtés, à lui demander qui l'avait fait souffrir.
- Je ne serais pas en colère. Pas contre toi, du moins.
Cette phrase... fut comme un déclencheur.
Un déclencheur qui ouvrit les vannes.
Les yeux brillants, Shiro laissa les larmes couler sur ses joues.
Weiss n'était plus un Empereur.
Non... à l'heure actuelle, il était son...
Pouvait-il même prononcer ce terme sans gêne ?
- ... Juste...
Il ne pouvait pas...
Il ne voulait pas être seul...
Shiro étouffa un sanglot tandis qu'il lui demanda, sa main tremblante cherchant un contact dans les ténèbres :
- ... Juste... peux-tu me tenir la main quand je te parlerais de... Jin Satsu ?
Weiss ne répondit pas.
Mais il n'eut pas besoin de mot. Les actions parlèrent davantage.
Il posa sa grande main sur celle, bien plus petite, de Shiro.
- Son nom était Jin Satsu...
Shiro ferma les yeux.
Ce fut avec difficultés, les mots se noyant dans les larmes, dans la peur, mais aussi dans le soulagement, que Shiro raconta, avec tous les détails, sans rien oublier et jusqu'à la fin, les actions de Jin Satsu à Weiss.
