OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Ce matin-là, Shiro quitta sa chambre, refermant délicatement les portes coulissantes derrière lui.

Il se frotta les yeux, encore humides.

Pour une raison qu'il ignorait... il avait pleuré cette nuit-là. Dans son rêve. Il s'était réveillé en larmes.

Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Pourtant, il n'avait pas rêvé de Monsieur Cigarette. Il n'avait pas appelé Nero pour qu'il vienne le réconforter.

Son rêve n'avait pas été triste...

Il ne s'en souvenait pas... mais Shiro savait que cela n'avait pas été terrifiant. Il n'avait pas eu peur.

Avait-ce été un rêve triste ?

Peut-être...

Non... Shiro ne s'en rappelait pas. Toutefois, lorsqu'il aperçut Nero et Weiss au loin, Shiro sécha ses larmes et essaya de faire bonne impression. Il les salua d'un « bonjour », poussant un bâillement à s'en décrocher la mâchoire.

Nero, qui murmurait des mots à l'oreille de Weiss que Shiro n'entendit pas, se redressa avant de l'accueillir d'un sourire prévenant :

« Bonjour, Shiro. Bien dormi ? »

Bien dormi...

Shiro ne saurait pas le dire. Il se contenta de s'asseoir en même temps que Weiss se levait pour rentrer à l'intérieur de la maison. L'enfant le fixa avec curiosité.

- Qu'est-ce qui lui prend ? demanda-t-il à Nero.

Nero haussa simplement les épaules.

- Il va chercher ton petit-déjeuner.

Shiro le toisa, assimilant les mots que venait de prononcer son oncle.

Son petit-déjeuner ?

Weiss lui préparait son petit-déjeuner ? Etait-ce un rêve ? Alors que lui disait qu'il ne serait pas le majordome d'un enfant de huit ans ?

- Il est malade ? lui souffla-t-il, incrédule.

- Paie tes efforts, grinça la voix de Weiss derrière lui tandis qu'il revenait, portant une assiette dans ses mains.

Nero soupira.

- Oui, Shiro. Essaie de prendre en compte ses efforts. Je croyais que votre petit voyage à deux vous avait rapprochés.

Oui... Il était clair qu'ils arrivaient davantage à se parler qu'auparavant, mais...

Shiro se retourna tandis que Weiss posait l'assiette devant lui.

L'enfant devint blême en remarquant ce qu'il y avait dessus.

Un poisson entier, cru, le fixant avec ses yeux dénués de vie.

Une grimace horrifiée apparut sur le visage de l'enfant.

- Erg !

- Quoi ? ricana Weiss tandis qu'il se rasseyait à côté de lui, amusé.

- Tu l'as fait exprès ! gémit l'enfant en repoussant l'assiette.

- Allons, bon, je croyais que tu l'avais apprécié, la dernière fois.

- Il était grillé et dépecé ! Grillé et dépecé ! répéta Shiro, plaintif.

L'image de Weiss, durant leur randonnée, dévorant le poisson à pleines dents, fit irruption dans l'esprit de Shiro qui ne put s'empêcher de réprimer un haut-le-cœur.

- Ouah, commenta Weiss, inclinant la tête sur le côté. A Deepground, tu n'aurais pas été en mesure de voir un—

Nero le coupa. Il leva les yeux au ciel avant de reprendre l'assiette et de l'emporter dans la cuisine. Quand il revint, ce fut pour apporter le bol habituel de Shiro.

- Et toi, tu le chouchoutes trop, constata Weiss, s'adressant cette fois-ci à Nero.

- Evite de le dégoûter dès le matin et moi avec, soupira Nero en se rasseyant entre eux.

- Manifestement, il a déteint sur toi.

- Weiss...

Shiro l'ignora et se mit à boire le contenu de son bol. En même temps, Nero et Weiss finissaient leurs fruits respectifs tandis qu'ils contemplaient ensemble les montagnes qui se dessinaient devant eux.

Dire qu'ils y étaient, quelques jours à peine...

Pourtant, ce moment fut davantage détendu que tous les autres matins qu'ils avaient partagé tous les trois.

Ici, il n'y avait pas d'enjeu. Il n'y avait pas de Deepground, pas de question d'entraînement, pas de soucis d'héritage... Aucun de ces sujets ne vinrent s'immiscer dans la conversation.

Non. Ils prenaient simplement leur petit-déjeuner ensemble.

Et cela convenait très bien à Shiro.

Quand il eut fini son bol, Weiss se leva et aida Nero à se relever en lui attrapant la main. Il attira Nero vers lui et lui glissa à l'oreille :

- Demande à l'officier Courage de me rapporter ce que je t'ai demandé et ensuite, on partira pour ce « rencard ».

Nero sourit en guise de réponse, avant de l'embrasser sur les lèvres. Cette fois-ci, Shiro ne détourna pas le regard.

L'habitude, sûrement.

Tandis que Weiss s'éloignait dans la forêt, Shiro se retourna vers Nero, intrigué.

- De quoi parlait-il ?

Nero haussa les épaules.

- Il a demandé à ce qu'on lui rapporte quelque chose provenant du monde des humains. Pour essayer, apparemment.

Quelque chose du monde des humains ?

Shiro voulut obtenir des précisions, mais Nero l'interrompit. Alors que l'enfant posait son bol, il passa devant lui et lui attrapa la main pour le guider vers la terrasse.

L'enfant comprit tout de suite quelles étaient les intentions de Nero.

- Entraînement ?

- Entraînement, susurra Nero, approbateur. Et cette fois-ci, tu as de la chance. Cela sera avec moi.

Shiro se contenta de lui adresser un sourire confiant, voire provocateur.

- Tant mieux. Je vais pouvoir utiliser les nouvelles techniques que m'a appris ton frère, dit-il en dégainant son arme.

- Cher Shiro... pourquoi crois-tu qu'on s'entraîne ?

Nero et Shiro se placèrent en position, le premier faisant signe au deuxième d'attaquer d'un geste de la main.

Shiro poussa un hurlement de guerre et s'élança sur lui, arme à la main.

Cette fois-ci, il parviendrait à le toucher !


Ils s'étaient isolés loin de la maison, loin du campement des survivants, loin des soldats.

Assis devant le lac, Nero et Weiss avaient commencé leur « rencard ». Mais quand bien même Weiss ne lui lâchait pas la main, la seule chose qu'ils firent fut de picorer la nourriture qu'ils avaient rapporté.

« ... C'est ça, un rencard ? » lui demanda Weiss, perplexe. « On mange ? »

Nero réprima un soupir d'ennui tandis qu'une envie de meurtre montait en lui.

Andrea et ses idées débiles. C'était lui, le responsable, qui lui avait balancé cette idée de « rencard » qu'il avait souhaité essayer avec Weiss.

Pourtant, il ne se souvenait pas que c'était aussi ennuyeux. Même quand Andrea l'avait emmené à cet endroit appelé « restaurant »... A moins que Nero n'ait été submergé par le sentiment de découverte de la chose.

Mais il aurait souhaité plus. Prendre un pique-nique avec Weiss semblait être une idée agréable. Pour lui, il comptait partager un bon moment avec son frère adoré. C'était clair que l'idée sonnait meilleur dans l'attente que devant le fait accompli.

Weiss finit par se rapprocher de Nero, passant un bras autour de ses épaules pour le serrer contre lui.

- Désolé, s'excusa Nero piteusement. J'ignorais combien c'était vide. A croire que cela a davantage d'impact dans le monde des humains qu'ici... moi et mes idées stupides...

- Hé.

Weiss resserra son emprise autour de sa main. Il lui adressa un sourire rassurant. Un sourire qui faisait toujours fondre le cœur de Nero.

- Ce n'est jamais vide avec toi, tu sais. Moi... peu importe ce qu'on fait, tu sais... Je suis heureux aussi longtemps qu'on est ensemble.

Nero sourit en retour, gêné.

- Vraiment ?

- Oui. Bon, c'est vrai qu'ici, il n'y a pas de chasse à faire...

- Notre terrain de jeu me manque parfois, avoua son frère cadet. A tuer encore et encore... On s'amusait tellement bien.

- Je me souviens. Tu avais adoré ta dernière chasse contre les Wutaïens.

Nero haussa les épaules, sans cesser de sourire.

- C'était la meilleure... même si, avec du recul... je la regrette quand même un peu. Et puis... ça aurait été bien mieux avec toi.

S'ils avaient davantage de soldats, ils pourraient se permettre un petit échauffement. Une chasse où ils riraient ensemble, en chœur, comme autrefois... l'Empereur de Deepground et son second... Les deux frères de Deepground...

- Nos ressources sont limitées. Après, il y a d'autres moyens de passer le temps, susurra Weiss tandis qu'il effleurait la cuisse de Nero du bout des doigts.

Nero ne put s'empêcher de réprimer un frisson de plaisir à ce contact.

L'expression de Weiss changea. Il retira sa main et fit signe à Nero de se lever.

- J'ai une idée. Un endroit où on pourrait aller.

- Ah oui ? s'étonna Nero.

Weiss hocha la tête.

- Mais pour cela, ajouta-t-il, on aura besoin de tes portails.


Quand le passage de ténèbres se referma derrière eux, ils se retrouvèrent au milieu des montagnes.

Sans hésiter, Weiss prit la main de Nero et le conduisit au lieu destiné.

Qu'est-ce que...

Nero entendit un ruissellement d'eau.

« On l'a découvert, durant notre voyage avec Shiro. »

Weiss s'écarta et lui laissa contempler la vue. Le cœur de Nero manqua de s'arrêter quand il aperçut la cascade se dessiner devant lui.

« Mes dieux... » put-il seulement répondre, estomaqué.

Derrière son dos, il devina Weiss sourire face à sa réaction. L'instant d'après, il noua ses bras autour de sa taille pour le serrer contre lui, posant sa tête sur l'épaule de Nero.

- C'est une vraie, cette fois-ci, lui murmura-t-il.

La vue de Nero s'embua. Emu, il posa sa main sur celle de son frère aîné tandis qu'il répondit, la voix tremblante :

- ... Tu te souviens de notre jeu ?

- Je ne saurais l'oublier.

Nero et Weiss se détachèrent l'un de l'autre.

Ils s'échangèrent un sourire, pensant tous les deux à la même chose.

L'instant d'après, Weiss avait disparu derrière la cascade et Nero s'élança pour le chercher. La tête de Weiss émana de derrière le jet d'eau, tirant la langue à Nero avant de s'éclipser, son frère cadet s'évertuant à le poursuivre.

Exactement comme durant leur enfance...

Ils se moquaient bien que cela soit enfantin, qu'ils soient adultes et qu'ils n'aient plus l'âge de jouer à ces jeux...

Pour Nero, il s'agissait de leur moment. Un moment qu'ils avaient tellement chéri et qu'ils n'avaient jamais oublié.


« ... Je souhaitais te la donner. »

Etendus dans l'herbe, devant la cascade, l'un à côté de l'autre, Nero fit apparaître quelque chose.

Le cœur battant, la gorge nouée, il se tourna vers Weiss.

Il aurait dû le faire dès l'instant où ils avaient été réunis par le destin...

Pourquoi ne l'avait-il pas fait avant ?

Nero ferma les yeux, prenant une profonde inspiration.

Il connaissait la réponse.

Il n'avait pas souhaité voir la réaction de Weiss... il n'avait pas souhaité voir la tristesse dans ses yeux, ou la rancœur animer ses traits...

Timidement, Nero tendit la photo à Weiss.

Weiss la reçut et contempla la photo où il était assis, plus jeune, sur les genoux de leur mère Agrippina.

Quand ses yeux se posèrent dessus, Nero vit son regard s'éteindre durant quelques instants, avant de se rallumer. Cela avait été imperceptible et un autre aurait pu ne pas s'en apercevoir.

Mais Nero connaissait son frère bien-aimé.

Ce sujet avait toujours été sensible pour eux... Aucun n'en parlait. Mais Nero se sentait coupable d'avoir gardé la photo de Weiss et de leur mère pour lui. Cela avait été égoïste.

Elle ne lui revenait pas.

« ... Elle est à toi », déclara Nero, le ton bas. « Elle t'appartient. »

Le seul souvenir d'Agrippina...

Weiss abaissa la photo avant de se tourner vers lui, le regard indéchiffrable.

- ... Pourquoi dis-tu qu'elle me revient ?

- Tu sais pourquoi, lui répondit tristement Nero, recroquevillé sur lui-même. Elle était ta mère, mon cher Weiss. Elle l'a toujours été et... je sais combien tu l'as aimée. Et...

La gorge serrée, les lèvres de Nero se mirent à trembler.

- Et... je te l'ai prise. J'ai pris ta mère et... j'ai également pris sa photo. Je... j'ai toujours voulu te dire combien j'étais désolé. De ce qui est arrivé... alors que tu l'aimais... que tu l'aimes toujours et... qu'elle te manque énormément. Je... je suis tellement désolé, mon frère.

Voilà.

Voilà, c'était dit.

Il en avait... assez de se taire, de porter cette croix en silence. Il voulait parler à cœur ouvert à son frère.

Il ne voulait pas qu'il le rejette... le seul fait qu'il lui dise qu'il le déteste le mettait dans tous ses états... Et il savait pertinemment que cela lui porterait un énorme coup au cœur.

Weiss garda le silence. Pendant de longues minutes, aucun des deux frères ne s'exprima. Seul le bruit de l'eau qui coulait devant eux étouffait ce mutisme pesant.

- Et toi... tu ne l'aimes pas ? Elle ne te manque pas ? finit-il par l'interroger.

Nero releva la tête vers lui, surpris par ses mots prononcés avec tellement de calme, de douceur venant de la part de Weiss.

Il sentit la main chaude de son frère aîné se poser délicatement sur sa joue. Nero ferma les yeux, savourant le contact.

Il aurait aimé répondre que non... mais à quoi cela servirait-il de mentir ?

- Si... Si. Elle me manque. Et je l'aime aussi. Je m'en suis rendu compte quand Shiro recherchait sa propre mère... et... je l'ai entendue. Quand je combattais Charon... j'ai entendu sa voix. Je l'ai vue... pour la toute première fois...

Nero secoua la tête.

- Je sais que cela paraît idiot...

- Non. Cela ne l'est pas.

Weiss entoura les épaules de son frère d'un bras, avant de l'attirer contre lui, le serrant fortement dans ses bras. Nero s'empressa de lui rendre l'étreinte, enfouissant son visage dans sa poitrine.

- Nero, lui souffla Weiss.

- Oui, cher Weiss ?

- Je ne t'en veux pas. On peut la garder tous les deux. En souvenir d'elle. Je doute que la Shinra ait pris soin de garder ses souvenirs...

Nero opina du chef, resserrant son étreinte, s'agrippant presque à la veste de Weiss.

- Oui... Oui... cela serait une bonne idée, acquiesça-t-il. On pourrait la placer dans un album.

- Un album ? s'étonna Weiss tandis qu'il se détachait de lui, inquisiteur.

Nero sourit en se frottant les yeux.

- Oui... les humains placent les photos de leur famille dans des albums... Je me dis qu'on pourrait essayer. Des photos de toi, de moi, de Shiro... il faudrait simplement trouver un appareil photo quelque part.

- ... Je pense qu'on peut demander à l'Officier Courage de nous en trouver.

- Alors, tu acceptes ? lui demanda Nero avec espoir.

Weiss lui adressa un léger sourire.

- Oui. Pourquoi pas ? Mais admets-le, Nero. Le monde des humains t'a changé. Même un peu.

Nero détourna le regard avant d'étreindre Weiss de nouveau.

- Cela n'a pas changé certaines choses, murmura-t-il dans sa poitrine alors qu'il fermait les yeux.

Ils demeurèrent dans cette position, l'un dans les bras de l'autre, tandis que Weiss déposait de temps en temps des baisers dans les cheveux de son cadet, ce que Nero apprécia grandement.

- ... Cher Weiss...

- Oui, Nero ?

- ... Pourrais-tu me parler d'elle ?

Il posa cette question sans réfléchir. Mais heureusement, Weiss ne le prit aucunement mal.

Il garda son bras autour des épaules de Nero tandis que son frère cadet posait sa tête contre la sienne, leurs yeux rivés sur la cascade.

- ... Elle me chantait des berceuses pour m'endormir. Pour m'occuper la journée, elle me donnait des jouets. Pas grand-chose. Un vieil ours en peluche. Des cubes. Parfois, elle me racontait des histoires. Elle me disait que j'étais sa raison de vivre. Sa raison de tenir à Deepground.

Weiss marqua un temps avant de resserrer son étreinte :

- ... Et elle était aussi impatiente que moi à l'idée d'avoir un second fils, de me donner un petit frère.

Ses mots atteignirent le cœur de Nero.

Andrea n'avait peut-être pas eu totalement tort.

Ce « rencard »... Nero ne l'oublierait pas. Jamais.


Le soir venu, ils s'étaient tous les trois réunis sur la terrasse. Ils attendaient l'Officier Courage... Pardon, Officier East, revenir avec ce que Weiss lui avait demandé. Pour être franc, Nero était plutôt curieux à ce que cela allait donner. Mais en tout cas, Weiss semblait sûr de lui.

« S'il te plaît » lui demanda Shiro d'une petite voix. « Ne le pourchasse pas. »

Les bras croisés, Weiss se contenta de ricaner.

- Cela dépend s'il a trouvé ce que je lui avais demandé.

- Weiss, soupira Nero.

L'Officier East émergea des bras, la démarche peu sûre de lui, tremblant de tous ses membres tandis qu'il rapporta un caisson dans les bras.

Shiro écarquilla les yeux, confus.

- Qu'est-ce que...

- Je leur ai demandé de m'apporter cette chose dont tu as parlé, fit Weiss tandis que l'Officier East ouvrait le caisson. L'alcool.

Shiro plaqua ses mains sur la bouche, impressionné. Nero observa la scène avec attention. Officier East en sortit trois cannettes avant de s'avancer vers Weiss, Nero et Shiro.

- Pitié, Sir, supplia-t-il.

- Il a intérêt à être bon, l'avertit Weiss avant de recevoir sa canette pour l'ouvrir lui-même.

A peine fût-elle ouverte qu'elle lui aspergea le visage. Furieux, Weiss balança la canette à la tête de l'Officier East.

- Non, Sir !

- Weiss ! s'écria Shiro, outré.

- Donne-moi autre chose !

Officier East s'exécuta piteusement et sortit un verre immense qu'il se dépêcha de remplir. Nero remarqua que Shiro avait également reçu une canette. Immédiatement, il vit rouge et la lui arracha des mains, la balançant à son tour à la tête de l'officier.

- Aïe ! Sir !

- Les enfants ne boivent pas, espèce de crétin ! le menaça-t-il.

- Papa Nero ! le réprimanda Shiro à son tour.

- Non, là, je ne suis pas d'accord, s'exclama Weiss. Il peut bien goûter.

- Et moi j'ai dit non.

- Moi, j'ai dit oui. Fais-toi plaisir, Shiro.

Nero et Weiss s'affrontèrent du regard. Officier East fut complètement perdu, son verre rempli à rebord à la main. Weiss le prit et observa son reflet dans le liquide servi.

- Hé bé. C'est quoi ?

- Une pinte de bière, Sir.

- Weiss. Tu devrais y aller prudemment.

Le vin rouge goûté au restaurant...

Erk. Trop sec. Cela lui avait brûlé la gorge.

Weiss haussa les épaules et commença à goûter le précieux liquide à petites gorgées. Au début, à petites gorgées. Puis, ensuite, il se mit à boire la pinte avec plaisir, prenant toute une rasade cul sec. Bouche bée, Nero et Shiro l'observèrent faire.

Est-ce qu'il allait réussir à boire tout cela ?

Leurs doutes furent bientôt confirmés. Weiss reposa la pinte, entièrement vide.

- Une autre !

- Weiss...

- Allez, Shiro ! Fais-toi, plaisir ! Vas-y, officier Courage ! Ouvre-lui ! Et tant que tu y es, installe-toi.

- Sir...

Nero se frappa le visage en soupirant.

- Weiss !

A côté de lui, Shiro goûta rapidement la bière avant de tirer la langue, dégoûté.

- C'est amer !

- C'est délicieux ! lui répliqua Weiss.

- Tu sais quoi, Shiro ? lui murmura Nero. Je pense que c'est une très bonne chose que tu en sois dégoûté.

L'instant d'après, Weiss avait réattaqué une seconde pinte de bière.


Qui avait eu la bonne idée de laisser Weiss boire ?

Nero se répéta cette question toute la soirée. Non seulement, Weiss avait bu jusqu'à huit pintes à lui tout seul et était à présent dans un état second, mais en plus, il avait incité Officier Courage-qui-se-collait-un-peu-trop-à-son-Weiss à faire de même. L'officier était tout aussi ivre et les deux avaient à présent une conversation qui n'avait plus aucun sens :

« Héhé. Tu sais que tu me plais, toi ? » lui adressa Weiss en passant un bras autour des épaules de l'Officier Crétin. « Tu es sûr que tu n'es pas un Chocobo ? »

Officier East se mit à glousser. Nero leva les yeux au ciel, dépité.

- Oui, Sir ! Je suis un Chocobo !

- Les Chocobos sont bêtes. Bientôt, ils vont faire une rébellion et ils vont prendre ma place en tant qu'Empereur. Je te le dis, c'est une véritable conspiration.

- Mais non, Sir... personne ne va prendre votre place.

- Je l'espère. Sinon, je n'ai plus qu'à... devenir paysan. Tiens, c'est une bonne idée. Je vais me reconvertir en fermier qui fabrique du jus de pommes banoriennes comme l'autre abruti, là.

- Oh non, Sir ! Restez ! Vous nous manquerez trop !

- Ah oui ?

Nero fusilla Officier East du regard.

Attention à ce que tu vas dire, toi.

- Oui, Sir. Vous me manquerez. Je vous aime beaucoup trop pour que vous partiez !

East se laissa tomber contre Weiss. Nero se redressa, les poings serrés.

Demain, ce ne serait pas Weiss qui le chasserait à travers les bois.

Oh non. Nero allait parfaitement s'en charger.

Nero jeta un coup d'œil à Shiro, vérifiant qu'il ne s'était pas éloigné.

L'enfant était étendu au sol. Nero s'approcha et constata qu'il s'était assoupi.

Bon. Au moins, une bonne excuse pour quitter son cher frère adoré et cet officier insignifiant qui espérait prendre sa place.

Sans un mot, Nero attrapa Shiro dans ses bras, prêt à le porter jusqu'à sa chambre.

- Bon, Weiss, l'interpella-t-il.

- Oui, mon amour ? lui répondit Weiss, un grand sourire sur le visage.

- On se couche. Tu es libre de nous rejoindre, sauf si tu préfères passer la nuit sur la terrasse.

- Et le Chocobo ?

Weiss désigna Officier East qui les observait d'un air niais.

- Laisse-le dehors, c'est sa place.

Demain, il n'avait pas intérêt à se plaindre d'un mal de tête carabiné. Nero poussa un soupir et ouvrit les portes coulissantes de la chambre de Shiro pour l'installer dans son futon. Shiro fit un mouvement dans son sommeil mais n'ouvrit pas les yeux.

Nero le borda et s'allongea à côté de lui, attentif.

Dire que c'était lui, le plus responsable entre lui et son frère.

Nero caressa doucement le visage de Shiro pour s'assurer qu'il dormait. Les portes coulissantes s'ouvrirent sur Weiss, qui tituba près d'eux. Nero lui fit signe de se taire, désignant Shiro. Weiss répondit par un salut militaire.

- Avé Weiss, chuchota-t-il, avant de se glisser de l'autre côté du futon, prenant la même position que Nero.

Shiro était entre eux deux. Nero gardait sa main dans ses cheveux, adressant un air d'avertissement à Weiss pour qu'il se tienne sage. Weiss se laissa tomber sur le dos, ce qui fit soupirer son cadet.

Un silence tomba. Nero sourit doucement, avant de tendre la main vers Weiss. Son frère aîné la prit dans la sienne, leurs doigts s'entrelaçant.

Shiro se retourna à son tour vers Weiss. Les yeux fermés, il laissa sa tête se poser sur la poitrine de son père.

Une image qui attendrit Nero tandis que Weiss considéra l'enfant, confus, sans toutefois le rejeter.

- ... Je suis heureux, lui murmura-t-il.

- Hm ? fit Weiss, levant les yeux vers le plafond.

Nero ferma les yeux, posant sa tête au sol, gardant sa main dans celle de Weiss.

- ... Rien. J'avais envie de te le dire.

Il n'y avait rien de plus.

Juste eux trois. Nero ne fit même pas attention à l'Officier East qui s'était assoupi dehors, au pied de la porte.

Et Nero se disait qu'il pourrait rester ainsi, éternellement dans cette position.

Juste eux trois.


Cette nuit-là, Shiro voyagea une nouvelle fois à travers les étoiles.

Les bras tendus, il rêvait qu'il flottait dans l'espace. Shiro se laissa bercer, les yeux fermés, le sourire aux lèvres.

En-dessous de lui, la forme luminescente de Gaïa. Shiro rouvrit les yeux et observa la Rivière de la Vie baigner la Planète.

C'était si beau... Cela avait l'air si paisible...

Tandis qu'il volait, il entendit des échos. Des voix familières l'appeler, répéter son nom.

« Shiro... »

« Shiro... »

L'enfant pencha la tête vers la source de ses voix.

Il avait l'impression que cela venait de la Rivière de la Vie...

Il entendait Denzel... Il entendait Marlène...

Les deux enfants riaient en chœur. Ils paraissaient s'amuser.

« Alors, Shiro ? Tu viens jouer avec nous ? »

Shiro voulut les rejoindre...

Mais une force invisible semblait lui barrer la route.

Les pleurs d'un bébé...

Cloud... Tifa... dans les bras de cette dernière, Shiro pouvait apercevoir un bébé gazouiller avec bonheur, sous les yeux bienveillants de sa mère et sous le regard, distant mais attentionné, de son père.

Aerith...

« Shiro... Tu n'es pas obligé... »

Il entendait Vincent aussi.

Obligé... ? Pourquoi... ?

« Je suis prête à jouer. »

Lorraine... ?

« Je n'ai pas de mère... elle ne veut pas être ma mère... »

Cette fois, il s'agissait de sa propre voix.

Shiro reporta son attention sur l'espace l'entourant.

Cela devenait si... vaste... il y était si facile de se perdre... Shiro ne savait même plus où aller, comment se guider dans le noir, dans les étoiles...

« J'avais envie d'être libre. J'ai envie d'avoir ma propre volonté, sans que les humains ou les dieux me dictent quoi faire. »

Weiss... Pourquoi entendait-il son père ici ?

Shiro sentit sa mâchoire se serrer. Il se sentit soudainement oppressé... Il avait peur... Il ne savait pas ce qui allait lui arriver...

Il avait besoin d'aide...

Devant ses yeux apparut leur appartement. Nero sortait de la cuisine, tenant dans ses mains un morceau de tarte sur laquelle était posée dessus une bougie.

« Huit ans... cela passe tellement vite. »

Il revivait l'anniversaire de ses huit ans, qu'ils avaient célébré dans leur nouvel appartement. Pour la première fois, ils étaient ensemble, réunis dans le monde des humains.

Le seul véritable monde...

Shiro sentit les larmes couler sur ses joues.

Pourquoi pleurait-il ? Cela n'avait pas de sens...

Il n'y avait pas de raison d'être triste... n'est-ce pas ?

Alors, pourquoi... ?

Entends-moi...

Réponds-moi.

Entends-moi...

Réponds-moi.

Cette voix... elle lui était étrangère.

Mais en même temps... elle lui paraissait tellement familière.

Shiro sentit quelque chose battre dans son dos.

A travers les larmes, Shiro jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

Des ailes formées de Rivière de la Vie...

C'était grâce à cela qu'il pouvait voler.