OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
La nouvelle était parvenue aux oreilles du Gardien.
Alors qu'il entrait dans le lieu sacré où résidait la Déesse, il se sentit... vide. Comme si une part de lui-même avait quitté son corps.
Ou plutôt, comme si une part de lui-même, une part qu'il avait réprimé depuis le jour où il avait accepté de devenir le Gardien de la Planète, le jour où il avait juré fidélité et servitude envers Minerva, envers Gaïa, cette part qui faisait de lui ce qu'il était autrefois... ce fut comme si elle avait ressurgi lorsqu'il avait appris les plans de Minerva.
Une part de l'ancien lui ? Une part du tristement célèbre Genesis Rhapsodos ? Celui qui avait révélé la vérité au Héros Légendaire Sephiroth ? Celui qui avait engendré ce funeste récit ?
Lorsque la guerre des bêtes mènera le monde à sa perte,
La déesse descendra des cieux.
Des ailes de lumière et d'ombre se déploieront au loin,
Elle nous guidera vers le bonheur, de son don éternel.
Non.
Il avait toujours été arrogant, fier, présomptueux... Genesis Rhapsodos n'avait jamais eu cette part empathique en lui... Il devait l'admettre. Elle n'avait jamais existé. Et si tentée qu'elle existait, elle n'avait su le sauver complètement.
Il essayait de paraître digne, stoïque auprès de Minerva, récitant en tête le poème qui était devenu sa raison d'être, encore et encore...
Car les desseins de la Déesse ne devaient pas être contredits... Ils devaient seulement être appliqués.
Mais ce qu'il avait appris...
« ... Tu es là. »
Posant son épée au sol, G s'agenouilla devant Minerva, les yeux clos.
Il sentit le regard de la Déesse rivé sur lui.
Il n'y a aucune haine, seulement de la joie,
Car la déesse te protège
Héros de l'aurore, guérisseur des mondes....
- Je lis en toi, G. Je sens que tu es contrarié.
G inhala, exhala discrètement.
On ne saurait mentir à la Déesse. On ne saurait cacher la vérité à la Planète.
Il n'était pas contrarié... il était juste... amer.
- Parle-moi, Gardien, lui adressa Minerva, son ordre teinté d'autorité mêlée à de la sollicitude.
Elle le savait déjà.
Mon ami, le destin est cruel.
Il n'existe ni rêve ni honneur
- Vous avez pris votre décision. Doit-on réellement en arriver là ? lui demanda G, à voix basse.
Doucement, il rouvrit les yeux.
Minerva gardait une expression stoïque face à ses mots.
Pourtant, il la connaissait. Il aimerait prétendre qu'il savait tout d'elle. Mais ce n'était pas le cas. Même en tant que Gardien, il ne pouvait réellement connaître la Planète en son entièreté.
Non. Cela serait présomptueux.
- Il est l'Hôte d'Omega, déclara-t-elle, le ton ferme.
- ... Il demeure un enfant.
G secoua la tête, effaçant le visage de Shiro de son esprit.
- Ne peut-on pas en trouver un autre ? Un autre Hôte ?
- L'autre Hôte a refusé son rôle. Et on doit prendre ces décisions pour le bien de la Planète. Omega a besoin d'un Hôte.
Oui...
C'était ce qu'il essayait de se dire. Minerva n'était pas cruelle... loin de là. Et il savait qu'au fond, cette décision la peinait tout autant que lui.
Elle faisait seulement ce qu'il était nécessaire, même si c'était dur. G avait envie de porter la responsabilité sur Weiss, sur le fait qu'il avait refusé son rôle par égoïsme. Il avait été malhonnête sur ses intentions.
C'était à cause de lui, tout cela...
Mais il n'avait pas le droit de blâmer qui que ce soit. Cela serait injuste... et cela serait inutile.
- Je le sais, souffla G. Et je sais que vous ne pouvez pas vous permettre de négliger cet aspect. Surtout maintenant qu'il n'y a plus le Nocher. Erebus a suffisamment de mal à régner sur la Rivière de la Mort. On ne peut pas se permettre de nous passer également d'Omega.
Il essayait de se le convaincre.
- Je fais ce qu'il faut faire pour assurer la survie de la Planète.
- Je n'ai jamais douté de vous, Minerva.
Minerva lui donna l'autorisation de se relever. G s'inclina, gardant les yeux rivés au sol.
- Alors, dans ce cas, j'accomplirai ma mission en tant que Gardien. Si telle est votre volonté.
Il était prêt à partir quand Minerva l'interpella.
- G.
G s'arrêta, lui faisant dos.
Le ton de la Déesse était... concerné, inquiet.
Elle s'inquiétait pour lui.
- Es-tu sûr que cela va ? Est-ce que vous avez de la considération pour cet Hôte parce qu'il est lié à vous ? Ou plutôt... il est indirectement lié à celui que vous étiez ? Tout ce temps ?
G ferma les yeux, attristé.
- ... Peut-être un peu, admit-il. Mais cela n'a pas d'importance. Cela n'entravera pas ma mission.
Minerva se détourna de lui.
Le ton absent, elle répondit, fixant le plafond de roche au-dessus d'eux :
- ... Dans ce cas, je te fais confiance.
G hocha la tête avant de reprendre sa route.
Il n'y avait plus de temps à perdre.
Mon ami, tu prends ton envol à présent ?
Vers un monde qui nous rejette, toi et moi ?
Tout ce qui t'attend est un sombre lendemain,
Peu importe où les vents souffleront.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Shiro se réveilla en sursaut. Il rouvrit brusquement les yeux.
L'espace avait disparu... Il n'y avait plus que le plafond de sa chambre qui accueillit sa vision. Quand Shiro toucha machinalement son dos, il fut soulagé de s'apercevoir qu'il n'y avait plus ces ailes de Rivière de la Vie qui se déployaient.
Le cœur battant, Shiro essayait tant bien que mal de se calmer.
Cela n'avait été qu'un rêve...
Il n'y avait rien à craindre.
Lorsqu'il tourna la tête sur le côté, il fut accueilli par l'expression paisible de son oncle, qui dormait à côté de lui. L'enfant remarqua également que sa main était posée contre son dos, ses doigts entrelacés avec d'autres.
Quand il se retourna, Shiro fut surpris de voir que Weiss était également présent, allongé de l'autre côté, les yeux fermés, quelques ronflements s'échappant de sa bouche.
Shiro s'était blotti contre lui, contre sa poitrine...
Et Weiss ne l'avait pas rejeté.
Ils avaient dormi tous les trois... Ils seraient certainement surpris à leur réveil. Du moins, Weiss... Nero avait l'habitude, contrairement à lui.
On aurait dit une véritable famille.
Enfin... Shiro savait qu'ils l'étaient déjà. Mais il ne l'avait jamais ressenti aussi intensément que maintenant...
L'enfant émit un léger sourire sur ses lèvres. Il devait admettre qu'ils avaient passé un bon moment la veille...
Il s'était rapproché de Weiss... Cela rendait Nero heureux...
Et Shiro se demandait même si cela le rendait tout aussi heureux. De savoir qu'il n'était pas seul... qu'ils avaient atteint l'objectif désiré.
Une famille de trois, comme le souhaitait Nero.
N'était-ce pas ce qu'il souhaitait aussi ?
« Alors, Shiro ? Tu viens jouer avec nous ? »
Il se remémora la phrase de Marlène.
Il se remémora son rêve tout entier.
Et à nouveau, son expression s'assombrit. Weiss et Nero ne s'éveillèrent pas. Ils ne remarquèrent pas la tristesse apparaissant sur le visage de l'enfant qu'ils entouraient.
Oui... dans d'autres circonstances, Shiro aurait admis qu'il était comblé. Qu'il était heureux d'avoir sa famille présente à ses côtés. Pas seulement son Papa Nero.
Il voulait se convaincre qu'il était heureux ici. Que cette situation lui convenait parfaitement.
Mais... il n'oubliait pas Denzel. Ni Marlène. Ni Lorraine, ni les autres...
Il n'oubliait pas Aerith qui ne tarderait pas à naître. Si elle n'était pas déjà née. Si Tifa allait bien après l'attaque subie par les spectres de Charon.
Et surtout, il n'oubliait pas sa propre mère.
Il n'oubliait pas que Weiss lui-même n'avait pas abandonné ses plans. Qu'il n'avait pas changé d'avis concernant la renaissance du Deepground, concernant la Shinra, concernant le monde des humains...
Et peut-être était-ce trop optimiste de croire aux miracles. De croire que Weiss l'écouterait après six jours passés ensemble en randonnée dans la montagne, coupés du monde...
Shiro adressa à Weiss un regard accablé. Peu à peu, Weiss bougea dans son sommeil. Les yeux encore clos, il ôta sa main et rompit le contact avec Nero pour s'étirer, poussant un bâillement à s'en décrocher la mâchoire.
Etait-ce optimiste...
Ou complètement impossible ?
Shiro n'exprima rien. Enfin, Weiss ouvrit les paupières. Peu après, Nero l'imita en se redressant.
« ... Ma tête », glapit Weiss en s'agrippant le crâne.
Nero leva les yeux au ciel, sans cesser de sourire.
- Je t'avais prévenu, Weiss. Ne viens pas te plaindre après la soirée d'hier.
- Raah... je vais punir ce maudit officier pour m'avoir fait autant boire.
- Ah-ah-ah. N'ose même pas dire une telle chose, cher Weiss. Cette fois, c'est toi qui es fautif. Et c'est MOI qui irais le traquer dans la forêt.
- Non, mais tu entends ça, Shiro ? soupira Weiss.
Nero sourit à l'enfant qui les observait sans aucune expression.
- Tu as bien dormi ?
Shiro hocha péniblement la tête.
Ils se comportaient normalement...
Ils lui parlaient comme s'il faisait partie de leur clan... comme s'il était des leurs...
Peut-être était-ce réellement ce que croyait Nero ?
Peut-être que Weiss commençait également à aborder dans son sens...
Nero se releva le premier, faisant craquer ses os tout en s'étirant.
- Les survivants du campement ne vont pas comprendre pourquoi l'Empereur ne leur fait pas honneur de sa présence.
- L'Empereur a besoin de temps pour que cela monte au cerveau, souffla Weiss en grimaçant de douleur à cause de sa migraine. Le Commandant n'a qu'à s'y rendre.
- Mouais. Vous me rejoindrez dehors quand vous serez prêts.
Il sourit à nouveau à Shiro, désignant Weiss du doigt, encore allongé au sol, l'air malicieux :
- L'Empereur du Deepground dans toute sa splendeur.
Weiss lui tira la langue tandis que Nero quitta la chambre de l'enfant. En même temps, Weiss se redressa et se tourna vers Shiro.
- Cela n'est jamais arrivé, d'accord ?
L'enfant hocha simplement la tête sans répondre tandis que Weiss se remit debout et emboîta le pas de son frère, laissant Shiro seul.
Tu n'es pas obligé.
Shiro se recroquevilla sur lui-même, les cheveux couvrant son visage.
Il ne pouvait pas rester comme ça.
Il fallait qu'il leur parle.
L'enfant les rejoignit sur la terrasse, à leur emplacement habituel. Weiss quitta la cuisine, glissant une pomme dans la main de Nero tout en lui adressant les mots quotidiens :
« Mange. »
Nero lui adressa un sourire avant de prendre la pomme et de mordre dedans à pleines dents, en même temps que Weiss s'asseyait à ses côtés.
Ils paraissaient tous deux... si paisibles.
Si calmes.
Shiro prit une inspiration, sa vue s'embuant tandis qu'il s'approchait d'eux à petits pas.
« ... Je dois vous parler. »
Immédiatement, Weiss et Nero reportèrent leur attention sur eux, déconcertés. Shiro se planta devant son père et son oncle.
- Hé, Shiro, s'écria Nero tandis qu'il se relevait, l'inquiétude dans ses yeux. Qu'est-ce qui se passe ? Tu es souffrant ?
Il n'avait pas réalisé qu'il tremblait comme une feuille. Weiss garda la même expression stoïque, qui ne laissait transparaître aucune émotion.
Nero était sur le point de rejoindre l'enfant quand Shiro l'arrêta d'une main :
- ... Je veux... je veux savoir.
Immédiatement, son oncle s'arrêta, confus.
- Tu veux savoir... ?
- Je veux savoir si vous allez attaquer la Shinra. Si vous allez vous en prendre au monde des humains... une bonne fois pour toutes.
Le silence tomba net.
L'atmosphère légère s'était transformée en quelque chose de pesant, de tendu. Par ces quelques mots.
Nero laissa les bras retomber le long de son corps. Quant à Weiss, il n'avait pas quitté son emplacement.
La tension à son comble, Shiro étaya ses arguments, essayant de couvrir les tremblements secouant sa voix :
- ... On est bien ici, déclara l'enfant. On a ce qu'on voulait. On est tous les trois réunis. Enfin. Après toutes ces années... On est dans un endroit magnifique. On est isolés du monde extérieur. On a une maison. On a des soldats du Deepground. Cela prouve que Deepground ne disparaîtra jamais totalement, n'est-ce pas ? Aussi longtemps que Weiss sera là... Vous disiez même que vous étiez dehors. Vous n'êtes plus enfermés. Il n'y a plus les Restrictors... la Shinra ne s'en prendra plus à vous... plus personne ne vous fera du mal...
C'était très dur de rassembler les mots pour les convaincre.
Que pouvait-il avoir comme expérience ? Il n'était pas né à Deepground. Il ignorait l'enfer qu'ils avaient traversé. Weiss ne manquerait pas de le lui faire savoir.
Il compléta sa tirade avec cette phrase qui possédait tellement d'impact...
- ... S'il vous plaît... n'attaquez pas le monde extérieur. N'attaquez pas les humains... Cela ne sert plus à rien de se venger. Vous avez atteint votre but. Chacun de vous. Charon n'est plus là, en plus. Les Chiens de l'Enfer ont disparu. Alors... S'il vous plaît... n'attaquez pas les humains... n'attaquez pas mes amis. Je vous en prie.
Je vous en prie.
Shiro avait tout donné. Il s'était ouvert à eux. Il les suppliait.
S'il pouvait seulement s'assurer que ses amis restent en vie... Non. Pas seulement ses amis, mais tous les humains, peu importe s'ils étaient mauvais ou non...
Il souhaitait seulement que cela s'arrête.
- ... Non, refusa Weiss.
Nero et Shiro se retournèrent d'un bloc vers lui.
Weiss se redressa. Le ton impérieux, il s'adressa à l'enfant :
- Si Deepground a pu renaître, ce n'est pas sans raison. La Shinra nous a commis tant de torts. Pour moi, ils sont toujours coupables et ils méritent tous d'être punis.
- Mais, Weiss—
L'Empereur secoua la tête, décrétant d'une voix sans appel :
- Je ne renoncerai pas à ma vengeance parce que tu me l'as demandé, Shiro. Je suis trop en colère contre eux pour passer l'éponge. Ils n'ont jamais payé.
- La Shinra n'a plus lieu d'être...
- Cela ne change rien.
Weiss écrasa sa pomme par terre.
- Et quand Deepground sera prêt, on se rendra au monde extérieur. Je ne changerai pas d'avis.
Par sa seule réponse, par son seul refus, Shiro comprit.
Il comprit avec douleur que Weiss ne changerait pas d'avis. Il comprit qu'aucun mot ne le ferait jamais changer d'avis. Même s'ils venaient de sa propre famille.
Pour lui, la vengeance importait plus que le reste.
Shiro avait envie de pleurer. Il avait envie de crier. Pourtant, il se contenait devant eux.
C'était terminé.
Maintenant, il devait l'admettre...
- Shiro... l'appela Nero, faisant un pas vers lui.
L'enfant le rejeta, le repoussant d'une main sans le regarder.
Sans ajouter quoi que ce soit, Shiro tourna les talons et se dirigea rapidement vers la forêt. Il entendit Nero crier après lui. Il comprit qu'il voulait le poursuivre, mais que Weiss l'en avait dissuadé.
C'était injuste...
Tout cela était injuste...
Shiro s'écroula contre un arbre, avant de se prendre la tête dans une main, étouffant ses sanglots.
« Surprise, Shelke ! »
Dans les quartiers de l'ORM, Shelke était assise à son bureau, en train de rédiger un rapport quand Yuffie fit irruption, les mains derrière son dos, un grand sourire sur son visage.
Passée la surprise qui se traduisit par un sursaut, Shelke poussa un soupir, lâchant son ordinateur pour tourner son siège vers elle.
- Yuffie. Je travaille, je te rappelle.
- Raison de plus pour venir à toi !
Elle s'écarta et Shelke réalisa qu'elle n'était pas seule. Lorraine l'accompagnait, la même posture que la Ninja.
Oula. On dirait que les deux préparaient un mauvais coup.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Yuffie, tu sais très bien qu'à cette heure-là, elle doit avoir déjà dîné, la réprimanda sévèrement Shelke. Elle a un couvre-feu et tu ne le respectes pas.
Pourquoi devait-elle toujours systématiquement tout vérifier derrière elle ? Surtout concernant Lorraine. Elle croyait quoi ? Que c'était un animal de compagnie ?
- On va dîner, sourit Yuffie alors qu'elle sortait un sac en papier de son dos, dont émanait une fumée et une odeur de nourriture. Mais comme Lorraine te réclamait, on s'est dit que c'était bien de venir à toi, pour changer.
Shelke haussa un sourcil, perplexe.
- Vraiment ?
- Des gyoza ! précisa Yuffie alors qu'elle posait le sac sur son bureau. Allez, après, tu ne dîneras pas. C'est plus sympa ici, non ?
- Je travaille, je te rappelle—
- Voyons, avec ce qu'on a appris sur Reeve et Shalua, il ne t'en voudra pas, ricana Yuffie alors qu'elle et Lorraine déballaient leur repas. N'est-ce pas, ma puce ?
- Totalement ! acquiesça Lorraine, l'air tout aussi enchanté que Yuffie.
Shelke était sur le point de protester. Finalement, elle se contenta de soupirer avant d'écarter son ordinateur. Quand Yuffie avait un plan en tête, impossible de lui faire changer d'avis.
Et puis, elle avait raison... Elle était trop prise dans ses recherches qu'elle sautait parfois les repas. Et étant donné que Yuffie adorait les gyoza...
Surtout que c'était Lorraine qui la réclamait... et par rapport à ça, Shelke faisait confiance à Yuffie. Elle savait que c'était vrai.
Shelke rendit le sourire de Lorraine tandis que les trois filles s'installaient, ouvrant les boîtes pour commencer à manger.
- Je vois qu'on est sérieux.
Elles se retournèrent d'un bloc vers la porte. Reeve se tenait devant elle, les bras croisés, un sourire amusé sur les lèvres face à la scène qui se présentait à lui. Shelke ouvrit la bouche. Elle était sur le point de se justifier quand Yuffie la devança.
- Hé, Reeve ! Tu en veux ? cela vient du Wutaï !
- Héhé, pourquoi pas ? Cela tombe bien, je voulais vous voir. Toutes les trois.
Hein ?
Shelke fronça les sourcils. Yuffie se déplaça pour laisser Reeve s'asseoir avec elles. Tandis que Shelke piochait dans sa boîte à repas avec des baguettes, elle lui demanda :
- Tu voulais nous voir ? répéta-t-elle, interloquée.
- Oui... je souhaitais vous annoncer une grande nouvelle.
Reeve se tourna vers Lorraine, la petite le contemplant avec de grands yeux de curiosité.
- Le dossier de tes futurs tuteurs a été accepté. Ils pourront t'accueillir dès la semaine prochaine.
La nouvelle fut accueillie avec stupeur et choc.
Lorraine écarquilla les yeux, entrouvrant la bouche pour répondre :
- ... Vous voulez dire...
- Oui. Ce sont des gens très gentils, qui ont déjà été famille d'accueil. La mère est tombée sous ton charme dès qu'elle a vu ta photo. Ils ont toutes les compétences pour prendre soin de toi. Et... ils ont toujours rêvé d'avoir un enfant, même si les circonstances ont fait que ce n'était pas possible.
Lorraine demeura silencieuse. Son teint pâlit et la main qui tenait sa baguette se mit à trembler. Elle cherchait les mots pour s'exprimer. Elle ne fut pas la seule. Ni Yuffie, ni Shelke ne surent quoi répondre non plus.
Pour Shelke, elle essayait de se dire qu'elle s'y attendait. Elle savait très bien que Lorraine serait placée dans une famille d'accueil officielle une fois que Reeve aurait trouvé des gens pour l'accueillir.
Elles s'étaient préparées à ce que Lorraine les quitte un jour ou l'autre. Elles savaient que ce n'était pas éternel.
Ce jour était arrivé.
Pourtant, Shelke eut l'impression que son cœur se déchirait même si elle intériorisait ses émotions pour ne pas paraître impolie devant Reeve. Mais Yuffie en fut incapable. Ses lèvres se mirent à trembler tandis que ses yeux s'embuèrent de larmes.
- Un couple charmant, précisa Reeve d'une voix douce. Ils préparent ta chambre. Je leur ai dit que tu aimais les Moogle. Si tu as besoin de les rencontrer avant, on pourra organiser une rencontre prochainement avant que tu t'installes.
- ... Je ne le veux pas.
Son ton avait été si bas qu'elles auraient pu ne pas l'entendre.
- Lorraine ? l'appela Shelke, essayant de faire bonne figure.
- Je ne veux... PAS rencontrer ces gens !
Les poings de Lorraine se serrèrent. L'instant d'après, elle jeta ses gyoza au sol avant de se lever, furieuse.
- Lorraine ! cria Yuffie tandis qu'elle se levait à son tour.
- Ce ne sont pas mes parents ! cracha Lorraine alors qu'elle quittait la pièce précipitamment. Laissez-moi tranquille !
- Lorraine !
Les larmes aux yeux, Yuffie s'était hâtée à sa poursuite. Quant à Shelke, elle resta avec Reeve. Le Président de l'ORM baissa le regard, penaud. Il croyait avoir commis une bêtise.
- ... Je ne voulais pas. Je... j'aurais dû... articula-t-il.
- Tu as fait ce que tu devais faire, déclara Shelke, le ton dur comme de la pierre. Et... tu lui as trouvé une famille.
- Mais vous vous êtes attachées à elle, toutes les deux.
Shelke laissa ses bras tomber le long de son corps.
Elle ne pouvait pas le nier.
- ... Mais ces personnes pourraient l'accueillir et lui donner ce que moi, je ne peux pas lui donner. Pas plus que Yuffie...
- Shelke...
Shelke referma sa boîte, la replaçant dans son sac à papier.
Elle n'avait plus faim.
- Tu as pris la bonne décision, Reeve.
- Ce que je veux dire, c'est que—
Il ne put jamais terminer sa phrase.
Un soldat de l'ORM ouvrit la porte du bureau de Shelke à la volée. Il paraissait... terrifié.
- Que se passe-t-il ? lui adressa Reeve en se redressant.
- Venez... venez voir dehors ! Il y a quelque chose qui est apparu dans le ciel !
Reeve et Shelke s'échangèrent un regard effaré. Sans perdre de temps, ils suivirent précipitamment le soldat à l'extérieur, où ils rejoignirent Yuffie et Lorraine qui étaient dans les bras l'une de l'autre, la petite pleurant dans les bras de la Ninja. D'autres habitants étaient sortis de leurs maisons pour voir ce qui se passait.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? s'écria Yuffie.
Shelke leva la tête et blêmit face à la vision qui se présentait à eux...
Non.
Cela ne pouvait pas être...
Son cœur rata un battement lorsqu'ils comprirent.
L'Arme de la Planète.
Omega était apparu dans le ciel.
- ... Appelle les autres, articula Reeve, s'adressant à un soldat. Appelle l'ex-AVALANCHE... et surtout Vincent.
Cela ne pouvait pas être aujourd'hui.
Mais... tout l'indiquait pourtant, par sa seule présence.
Le Début de la Fin.
Dans la chambre, assis sur le lit de Weiss, appuyés contre le dos de l'autre, aucun des deux frères n'osa s'exprimer.
Weiss connaissait son cadet. Il savait pertinemment à quoi il pensait. Même si Nero n'avait pas contesté sa décision, même si lui aussi cherchait la vengeance auprès des humains, auprès de la Shinra, il savait qu'au fond, il n'approuvait pas pour autant la réponse donnée à Shiro.
Weiss gardait son regard fixe sur un point invisible situé sur le mur. Leurs doigts se frôlèrent, mais ils ne se tinrent pas la main pour autant.
« ... Il a peut-être raison », souffla Nero, à peine audible.
Weiss ne répondit pas.
- ... On est bien ici. On a Deepground. On est ensemble. Est-il nécessaire de continuer et d'en faire plus ?
- Tu n'oseras pas me dire que tu ne veux pas qu'ils paient, Nero, lui répondit Weiss. Tu détestes la Shinra autant que moi. Tu hais les humains. Tu sais qu'ils doivent payer.
- Je le sais, bien sûr. Combien de fois en ai-je rêvé ? J'ai attendu trop longtemps que tu reviennes, pour qu'on puisse ensemble terrasser le monde des humains, mon frère.
Les poings de Nero se serrèrent tandis qu'il compléta, le ton vide :
- Mais... je n'ai pas envie d'imposer notre vengeance à Shiro s'il ne souhaite pas de cette vie. Il n'a jamais connu cet enfer. Enfin... pas ce type d'enfer que nous, on a subi à Deepground.
- Tu es en train de me dire que tu souhaites abandonner tous nos projets ?
Nero secoua la tête.
- Pour l'heure, je souhaite seulement qu'on reste ensemble. J'ai besoin de vous deux. Même si je rêve de me baigner dans le sang de Rufus Shinra... si ça me permet de rester avec vous, je peux m'en passer.
- Mais moi, je ne peux pas m'en passer. Je ne peux pas oublier ce que Restrictor, ce qu'Hojo nous a fait, Nero.
Il sentit Nero se lever. Bientôt, Weiss sentit le vide accueillir son dos. Il se retourna vers son frère qui le toisa, attristé.
- Ce n'est pas ce que tu veux, Weiss ? Une vie avec nous deux ? Tu avais dit qu'on resterait toujours ensemble. Même si on doit renoncer à nos plans, est-ce que cela en vaut réellement la peine ? Surtout que maintenant, plus aucun humain n'est susceptible de s'en prendre à nous. Je ne dis pas que je ne veux plus les voir morts... mais je refuse de perdre Shiro.
Weiss détourna le regard, la mâchoire serrée.
Il était trop... atterré pour répondre.
- Weiss... toi aussi, tu es déchiré, lui adressa Nero. Je le sens.
- ... Non.
Un « non » ferme et définitif.
Nero baissa la tête tandis qu'il porta la main aux portes coulissantes pour les écarter et sortir.
- ... Réfléchis bien à ce que tu désires, Weiss. Moi... ma décision est prise. Mais elle ne dépend que de toi.
Weiss ne réagit pas tandis que les portes coulissantes se refermèrent derrière Nero.
Il se recroquevilla, plongé en pleine réflexion.
Il revoyait Restrictor qui l'enfermait, qui l'enchaînait au trône avant de l'appeler « Empereur » à titre de moquerie.
Il entendait le rire d'Hojo tandis qu'il piratait son propre corps.
« Je n'ai que faire de toi. »
Il devait renoncer à cela ?
Même si Hojo et Restrictor étaient morts, ils n'étaient pas les seuls responsables. Il y avait toute une hiérarchie qui devait tomber.
Il ne pouvait pas passer l'éponge et prétendre que rien ne s'était passé...
Non. Il en était incapable... et il avait l'impression qu'il ne trouverait pas la paix tant qu'il n'aurait pas... qu'il n'aurait pas eu ce qu'il voulait. Qu'il n'aurait pas eu sa vengeance.
« Toi aussi, tu es déchiré. »
Non. Il n'était pas déchiré. Pas du tout...
« Weiss ! »
Weiss fut violemment sorti de sa torpeur par le cri de Nero. Immédiatement, il se retourna. Nero avait rouvert les portes de sa chambre.
- Nero ?
Son frère était blême, son corps tremblant de tous les membres.
- Je... Shiro n'est plus dans sa chambre... et... dehors... je... je...
Il n'arrivait pas à finir sa phrase.
Weiss bondit de son lit et s'empressa de suivre Nero à l'extérieur.
Quand ils levèrent le menton, Weiss se raidit. Il eut l'impression que son esprit avait quitté son corps et que la scène jouait d'un point de vue extérieur.
Qu'est-ce qu'il faisait là... ?
Entends-moi...
Réponds-moi.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Non ! Il ne pouvait pas être là !
- ... Omega, prononça Nero, la voix éteinte quand ils repérèrent la masse gargantuesque de l'Arme Ultime de la Planète qui dominait derrière les montagnes, les ailes de Rivière de la Vie déployées dans son dos.
Non.
Omega... Pourquoi était-il ici ?
Weiss voulut crier. Il voulut frapper quelque chose d'un poing rageur. Mais l'heure n'était pas à cela.
- Ordonne aux soldats de chercher Shiro ! ordonna-t-il à Nero, le ton impérieux.
Ils devaient être prêts à réagir au moindre danger.
Etait-ce réellement cela ?
Etait-ce le Début de la Fin ? Comme G en avait tant parlé ?
Néanmoins, Omega n'avait pas encore agi.
Rien n'indiquait qu'il était sur le point de tous les écraser, d'annihiler toute vie restante dans cette dimension...
Il était seulement...ici. Devant eux. Il était déjà suffisamment menaçant en lui-même.
L'Être Suprême...
« Shiro est nulle part ! » cria Nero, s'agrippant le visage, les ténèbres s'agitant autour de lui.
Il était en train de perdre son calme. Immédiatement, Weiss retourna à ses côtés, posant ses mains sur ses épaules tandis qu'il hurlait des ordres aux soldats qui s'activaient de chercher l'enfant.
- Sir... on a ratissé la forêt au peigne fin. Il est introuvable ! leur cria Este-D.
Weiss la fusilla du regard.
- Cherche encore ! Et tu as intérêt à me le ramener si tu ne veux pas que ta tête roule au sol !
Este-D sursauta et se dépêcha de crier des ordres aux moins gradés.
Il n'avait pas quitté la dimension...
Il était certainement quelque part ! Il ne s'était pas volatilisé !
Bon sang, ils n'avaient pas besoin de ça.
Brusquement, Weiss se figea. Il venait de réaliser quelque chose quand il releva le regard vers ce monstre suprême avec qui il avait autrefois tenté de fusionner.
Il y avait un endroit qu'ils n'avaient pas fouillé.
- On va utiliser tes portails ! cria Weiss en agrippant Nero par l'épaule. Il s'est peut-être rendu en montagne.
La probabilité était mince. Mais ils n'avaient pas d'autres solutions.
Nero cligna des yeux avant de hocher la tête, levant une main tremblante par-dessus l'épaule de Weiss pour créer un passage de ténèbres.
Sans réfléchir, les deux s'engouffrèrent à l'intérieur, laissant les miliciens derrière eux.
Ils fouillèrent de fond en comble la montagne, retraçant le chemin que Weiss et Shiro avaient effectué, plusieurs jours plus tôt.
A chaque fois que l'endroit était vide, ils repartirent dans le portail de ténèbres pour monter plus haut.
C'était beaucoup plus rapide avec la téléportation, les passages... Si Shiro était bel et bien ici, ils auraient vite fait de le rattraper.
Mais plus ils montaient, plus l'impatience et l'inquiétude de Nero grandissaient, au point que les ténèbres devenaient erratiques autour d'eux.
Il avait peur pour l'enfant.
Et Weiss... mentirait s'il disait que ce n'était pas son cas, quand bien même il gardait une attitude sûre de lui pour rassurer Nero et le réconforter. Il lui disait qu'ils allaient le retrouver, que Shiro irait bien...
Au fond de lui, l'angoisse était à son apogée.
Ce fut lorsqu'ils approchèrent du sommet qu'ils trouvèrent enfin quelque chose.
Une silhouette qui portait une forme dans les bras...
« Là ! » cria Nero tandis qu'il se ruait dans les ténèbres, suivi de près par son frère aîné.
Quand ils rejoignirent le sommet de la montagne, Weiss ne chercha plus à cacher le choc qui le traversa quand il réalisa qui les attendait.
- ... Toi...
G. Ses ailes noires étendues dans son dos, il portait dans ses bras Shiro qui était inconscient, la tête basculée en arrière.
- Genesis... ?
Derrière lui, Nero était complètement tétanisé face à la scène. Bien sûr. Il avait seulement rencontré Weiss. C'était Weiss qui était resté enfermé dans le néant durant des mois, avec G comme sa seule compagnie.
- ... Eloigne-toi de lui, l'avertit Weiss, prêt à dégainer « Paradis » pour s'en servir.
G le regarda, une tristesse infinie baignant ses yeux.
La gorge nouée, Weiss répéta, le ton plus froid :
- Eloigne-toi de lui, G. Je te jure que je vais te tuer si tu n'obéis pas.
Il le ferait.
Il le ferait pour être seulement revenu.
- ... Je ne peux pas, Weiss, lui adressa G, le ton éteint.
Nero avait dégainé ses pistolets et les pointait à son tour sur G.
- Tu veux vraiment nous affronter ? Même si tu as été un ancien Soldat de 1ère classe, on a parfaitement nos chances face à toi. Je n'arrive pas à croire que tu débarques ici, après tout ce temps, après avoir refusé notre offre ! cracha Nero, le ton venimeux.
- Vous êtes au courant de ce qui est en train de se passer ? leur adressa G, désignant d'un signe de tête l'immense silhouette d'Omega qui couvrait le ciel.
Weiss serra les poings.
Il avait peur de comprendre...
C'était... pour lui ? A cause de lui qu'Omega se pointait maintenant ?
- Il a besoin d'un Hôte, décréta G d'une voix sans appel.
Il avait envie d'éclater de rire.
Non. Il n'allait pas foncer droit dans le piège. Pas maintenant qu'il était réuni avec son frère, qu'il avait presque tout accompli...
- Omega m'a rejeté, articula Weiss, le ton haineux. Je ne serais pas son Hôte.
- ... Je n'ai pas dit que tu étais l'Hôte, Weiss.
La déclaration de G eut l'effet d'une bombe.
Sa voix sans appel ne fit qu'accentuer ce que put ressentit Weiss à l'instant.
L'incompréhension, le déni de la situation...
Il n'était pas en train d'insinuer que...
« ... Qu'est-ce que cela à voir avec Shiro ? » s'écria Nero hystérique, le doigt posé sur la gâchette, prêt à trouer la tête de G. « Laisse-le partir ! »
G ne réagit pas.
Nero tira. Il rata sa cible. G s'était déjà envolé, le corps de Shiro dans ses bras.
- ... Shiro est son Hôte, dit G.
- Non, refusa Weiss, le ton ferme. Non. Ce n'est pas possible.
- Il est son Hôte, insista G, la voix mélancolique. Il a tes pouvoirs. Son corps est suffisamment pur pour accueillir Omega. Et... lui désire protéger la Planète, au contraire de toi, Weiss.
Les oreilles de Weiss sifflèrent, encaissant la sentence de G.
Il refusait de le croire...
Cela ne pouvait pas être vrai.
- Vous ne pouvez pas l'arrêter. Vous ne pouvez pas le stopper, dit G, tristement. Omega est l'Être Suprême. Vous pouvez me tuer ici et maintenant, mais la Déesse prendra ce qui lui appartient pour protéger la Planète. Vous ne pouvez rien faire contre Minerva.
Nero s'emporta. Il sauta en l'air, envoyant une gerbe de ténèbres fondre sur G pour le faire tomber.
Une autre... et encore une autre...
- Nero ! Tu risques de toucher Shiro ! l'avertit Weiss, criant aussi fort qu'il le pouvait.
A nouveau, G avait esquivé.
- Shiro ne sera pas l'Hôte d'Omega, cracha Nero, fou. Je refuse qu'il se serve de son corps !
- Shiro va disparaître pour laisser place à Omega, leur annonça G, solennel. Il n'y a rien qui puisse empêcher cela. Rien.
- Non ! Non ! NON ! répéta Nero avec douleur, sa voix se brisant tandis qu'il envoyait ses ténèbres, incontrôlable, tirant sur G à répétition.
Ses balles n'eurent aucun effet. Pas plus que ses ténèbres... G esquivait facilement ses attaques, sans ciller. Avant même que Nero ne puisse l'atteindre, G l'avait frappé en plein visage avec un brasier. L'effet fut immédiat. L'attaque fit tomber Nero au sol, son corps roulant par terre dans sa chute. Malgré la fumée et les plaies douloureuses qui apparurent sur son corps et son visage, il continuait de répéter « non, non » inlassablement.
Weiss se laissa tomber au sol. Encore maintenant, il refusait d'affronter la situation.
Cela avait été son rôle...
Et maintenant, il s'agissait du rôle de Shiro ?!
La chaleur montant à la tête, il ne réalisait pas qu'il tremblait comme une feuille.
- Laisse Shiro... laisse-le ! lui cria Nero, son corps bientôt embrumé par les ténèbres qui lui couvraient à présent le visage.
Impassible, G ne descendit pas. Il ne laisserait pas Shiro partir.
Pour lui, son destin était tracé.
- ... J'étais Omega... articula Weiss, se prenant le visage dans une main. J'étais Omega... vous m'avez choisi MOI pour ce rôle ! Et maintenant... maintenant vous dites que Shiro doit porter cette responsabilité ? Sa conscience va disparaître pour laisser place à ça ? hurla-t-il presque en désignant Omega.
G ferma les yeux, le visage résigné.
- Mais quel genre de dieux êtes-vous ? explosa Weiss. VOUS ÊTES QUI POUR DECIDER DE QUI DOIT ÊTRE QUOI ? VOUS CROYEZ QUE C'EST LE DESTIN DE SHIRO D'ENDURER TOUT CELA ?
- ... C'est pour le bien de la Planète, Weiss.
- Vous m'avez déjà fait suffisamment souffrir ! Vous allez faire souffrir Shiro en prônant l'excuse du « bien de la Planète » ? Vous êtes prêts à tomber aussi bas ?
- Ne sois pas hypocrite, Weiss. Cela aurait été un autre que Shiro, tu n'aurais pas été aussi affecté. Admets-le.
Le visage caché par ses cheveux, la mâchoire serrée, Weiss n'arrivait plus à réfléchir, ni à penser...
Comment pouvait-il ?
Comment les dieux pouvaient décider de cela ?
Pourquoi... Juste... pourquoi eux ? Pourquoi méritaient-ils tout cela ?
- Tu es un monstre, lui déclara Weiss, le ton glacial, comme si une partie de lui venait de lui être retirée. Vous êtes tous des monstres.
G les contempla silencieusement.
A côté, Nero s'était redressé. Malgré la douleur qui le brûlait, il tendait désespérément le bras vers Shiro, les larmes aux yeux menaçant de rouler sur ses joues.
Le visage de G sembla s'adoucir. Peut-être que les mots de Weiss avaient fait mouche. Peut-être que la vision pitoyable des deux frères lui faisait plaisir.
Lentement, il se rapprocha du sol. Il se pencha, déposant délicatement Shiro au sol. Immédiatement, Weiss et Nero se ruèrent à ses côtés, le deuxième examinant l'enfant pour vérifier qu'il n'avait aucune blessure grave.
- Tu vas l'épargner ? lui demanda Weiss, le ton rauque.
Il ressentit un espoir... l'espoir que G l'avait écouté...
Mais G brisa cet espoir en quelques phrases :
- Non. Je vous accorde une journée. Le temps de lui dire au revoir. Ensuite, je le prendrais avec moi et il disparaîtra définitivement. Cela ne sert à rien de lutter, ni même de vous échapper. Je vous suivrai toujours. Jusqu'à ce qu'Omega fusionne avec son Hôte.
La vision de Weiss se troubla.
G battit des ailes, avant de s'envoler dans le ciel, là où l'attendait Omega.
En silence, les deux frères restèrent aux côtés du petit. Convulsant presque, Nero attrapa Shiro contre lui pour le serrer dans ses bras avec force.
Puis, il éclata en sanglots.
Weiss ne ressentit plus rien. Comme si la vie l'avait quitté depuis longtemps.
