OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Je vous accorde une journée. Le temps de lui dire au revoir. Ensuite, je le prendrais avec moi et il disparaîtra définitivement.
Avec du recul, Weiss se demandait une seule chose. Pourquoi n'avait-il pas dégainé ses deux armes pour les utiliser contre G ?
Il aurait pu essayer de le tuer...
Cela lui aurait au moins apporté du réconfort. Peut-être que de cette manière, les quarts d'heure qu'il était en train de passer auraient été un peu moins pénibles...
Il aurait dû au moins essayer.
Vous pouvez me tuer ici et maintenant, mais la Déesse prendra ce qui lui appartient pour protéger la Planète. Vous ne pouvez rien faire contre Minerva.
Weiss aurait aimé prétendre le contraire...
Il aurait voulu montrer à G qu'il pouvait combattre Minerva. Il pourrait combattre Omega. Il pourrait combattre la Planète elle-même et toutes ses Armes Ultimes si cela était nécessaire.
Il était l'Empereur de Deepground. Il était le plus puissant...
Mais il le savait.
Il savait qu'il ne pouvait rien contre les dieux.
Shiro était allongé dans son futon, profondément endormi. Dans le couloir, les deux frères essayaient encore. Ils réfléchissaient à un moyen d'empêcher tout cela.
« ... On peut se cacher dans les ténèbres... on peut se cacher quelque part... je peux réutiliser mes pouvoirs et trouver un autre endroit... » balbutia Nero qui avait du mal à aligner les mots. « On ira se cacher là-bas... dans un endroit où personne ne pourra nous retrouver... »
Weiss n'exprima rien. Les yeux cachés, il se contenta de secouer faiblement la tête.
- Peut-être... parler à cette Déesse... je... on est les frères de Genesis... cela devrait compter... non ? lui adressa Nero dont la voix se mit à trembler.
- Nero...
- Ou peut-être... peut-être qu'on pourrait les tuer tous ? Hein ? Tous les tuer... Cela fait si longtemps que je n'ai pas découpé de membres... je prendrais tellement de plaisir à sectionner ceux de G qui a osé se considérer comme notre frère...
Un sourire tordu apparut sur le visage de Nero tandis qu'il considérait le plan. Il se mit à glousser, avant d'éclater d'un rire incontrôlable.
- Ce serait tellement amusant... un séjour dans les ténèbres après l'avoir étripé, non ?
Il connaissait son frère. Au-delà du sadisme, il était désespéré.
- Je... on peut essayer... empêcher tout cela... Ils changeront peut-être d'avis. Ils n'emmèneront pas Shiro, hein ? Ils ne nous sépareront pas, hein ? Dis-moi qu'ils ne vont pas l'emmener...
Son frère cadet se couvrit le visage, les ténèbres le recouvrant presqu'entièrement.
Nero ne cessa pas de rire.
Et bientôt... Le rire maniaque laissa bientôt place aux sanglots. A nouveau, Weiss ne put que se maudire. Il se sentait impuissant... tellement impuissant face à toutes ces choses qu'ils devaient endurer.
G qui emmènerait Shiro... Shiro qui deviendrait l'Hôte d'Omega...
A sa place...
Et Nero qui se laissait couler... Il avait l'impression de revoir son cadet, quand ils étaient enfants. Quand Nero demandait à son grand frère en pleurant s'ils seraient séparés par les scientifiques à cause de ses capacités.
Plus jeune, Weiss avait toujours trouvé les mots.
Mais ici... que pouvait-il dire ?
Il n'y avait rien à dire.
Parce qu'il n'y avait rien à faire. Le destin de Shiro était désormais inévitable.
Weiss et Nero allaient assister à sa disparition et il n'y avait rien qu'ils puissent faire pour le protéger.
Rien... juste rien.
Weiss serra les poings, essayant de se contenir. Il avait envie de tout abattre. De détruire cette maison, cette forêt, cette dimension sous la rage... Il souhaitait que G, que la Planète comprenne la douleur qu'ils traversaient, qu'ils avaient toujours traversé...
Ils ne les laisseraient jamais tranquilles, hein ? Ils devaient punir pour leurs actions ? A cause d'Omega ? A cause d'Hojo ?
Au point que Shiro paie à leur place alors qu'il n'était même pas né à Deepground ?
Alors qu'il n'avait rien fait... qu'il avait seulement huit ans... qu'il n'avait même pas conscience de l'étendue des horreurs causées à Deepground...
- Je... je le refuse, dit Nero, à voix basse. Je refuse de le perdre. Je refuse de perdre Shiro. Dire qu'on était les plus forts à Deepground et on ne peut même pas empêcher cela. A Deepground, on aurait trouvé un plan. Dis-moi... dis-moi qu'on aurait trouvé un plan à Deepground...
Weiss effectua un pas vers son frère cadet. Sans dire un mot de plus, il attrapa Nero par la taille pour l'attirer contre lui, l'étreignant fortement.
C'était tout ce qu'il pouvait faire.
Il ne l'avait pas réalisé. Il n'avait pas réalisé combien cela faisait atrocement mal.
Nero se raidit avant de se laisser aller contre lui. Weiss resserra son étreinte, observant Shiro par-dessus son épaule.
L'enfant était en train de se réveiller. Weiss s'écarta de Nero. Il prit délicatement son visage dans les mains avant de l'embrasser, les larmes de Nero mouillant les lèvres de Weiss. Il posa doucement son front contre le sien, fermant les yeux.
- Weiss... murmura faiblement Nero.
Weiss secoua simplement la tête.
- Si tu veux réellement le préserver, il ne doit pas te voir comme ça.
- Je voulais une famille de trois... qu'on soit ensemble, tous les trois... que plus personne ne nous sépare...
Nero étouffa un sanglot, les ténèbres se dissipant légèrement avant de réapparaître, beaucoup plus intenses. Doucement, il s'écarta de lui. Sans se retourner, il s'éloigna dans le couloir, gardant son visage dans les mains au cas où Shiro le verrait.
Weiss reporta son attention sur l'enfant, l'observant depuis l'entrebâillement. Shiro releva la tête vers lui, l'observant avec curiosité.
- Qu'est-ce qui se passe ?
Dis-moi qu'on aurait trouvé un plan à Deepground...
Est-ce qu'il devrait le lui dire ?
Est-ce qu'il devrait lui dire ce qui l'attendait ?
Une journée... une seule journée pour lui dire au revoir... avant qu'il ne laisse place à Omega.
Weiss prit une inspiration. Il finit par entrer dans la chambre, avant de s'allonger auprès de lui, attentif.
- ... Tout va bien.
A sa place, est-ce qu'il aimerait qu'on le lui révèle la vérité ?
Sans doute. Mais il n'avait jamais eu cette innocence.
Non.
Shiro méritait autre chose. Il ne méritait pas ce que Weiss avait subi...
Il ne méritait pas ce que Weiss avait subi.
Weiss tiqua à cette pensée, ne remarquant pas que Shiro le dévisageait.
- Weiss...
Weiss secoua la tête.
Impossible...
Mais... le pouvait-il ? Avait-il réellement tout essayé ?
- ... J'ai repensé à ce que tu m'avais dit, Shiro.
S'il vous plait, n'attaquez pas le monde extérieur.
Pour l'heure, je souhaite seulement qu'on reste ensemble.
La vengeance, hein ?
Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ?
Est-ce qu'à l'heure actuelle, cela comptait encore ? Weiss souhaitait la mort de la Planète pour oser lui prendre un membre de sa famille. Pour les faire souffrir encore et encore, jusqu'à ce qu'ils cèdent et s'abandonnent à la volonté des dieux.
En temps normal, c'était ce qu'il ressentirait.
Mais actuellement... il ne ressentait rien. Juste... du vide.
Sa dernière journée...
- On a tout ici. On est ensemble, maintenant, déclara Weiss. Tout cela... toutes ces idées de vengeance... plus j'y pense, plus je me demande si cela a réellement de l'intérêt. Alors qu'au fond, on n'est pas si mal ici, non ?
Cela lui coûtait de dire ces mots...
Lui qui aspirait tant à tuer le Président Shinra et tous ses cohortes pour l'enfer qu'ils avaient subi...
- Que veux-tu dire ? lui demanda Shiro.
Weiss ferma les yeux, prenant une douloureuse inspiration.
Sa dernière journée...
Il tâcha de rester stoïque. De garder cette attitude moqueuse et sarcastique comme il l'avait toujours fait pour se protéger des autres, des choses qui leur tombaient dessus.
- Je pense que je vais rester à l'écart du monde extérieur et éviter de me faire contaminer par ces idiots. T'ai-je dit une fois qu'ils ont essayé de créer un double de moi dans un environnement virtuel ? Minable. Ils se sont crus tellement intelligents. Plus j'y pense, plus je me dis que cela ne vaut pas le coup de coup. Oh, bien sûr, j'ai toujours envie de les pourchasser, les exterminer, les taillader, les étrangler, les massacrer, les battre, les poignarder, les pulvériser, les asphyxier, les empaler, les fusiller et les exécuter sans pitié... Et ils le mériteraient. Mais je me dis que cela ne ferait que me mettre de mauvaise humeur de revoir leurs sales têtes d'imbéciles. Franchement, cela ne vaut pas le coup de gâcher mon énergie pour ces crétins qui auront de toute manière ce qu'ils méritent un jour ou l'autre.
- Je... je ne comprends pas ce que tu veux dire.
Weiss marqua un temps avant de compléter, sans changer de ton :
- Je n'attaquerais pas le monde des humains que tu chéris tant. Et... je ne kidnapperais pas tes amis pour les envoyer ici et leur laver le cerveau. Je crois qu'on a suffisamment à faire ici.
Il espérait que cela soit réellement ce qu'il désirait.
Et plus que tout, que le résultat en vaille la chandelle.
Shiro était si attaché au monde des humains pour une raison qu'il lui échappait encore... une raison qu'il ne comprendrait jamais.
- Vraiment ? répondit Shiro, incrédule. Mais... tu m'as dit hier que...
- Je sais ce que j'ai dit. Mais j'ai le droit de changer d'avis, non ? grinça Weiss, sarcastique.
- C'est juste que... je ne m'attendais pas à ce que tu y penses.
- J'y ai réfléchi. Oui, je sais réfléchir.
- Je n'ai jamais dit le contraire.
Sa dernière journée...
Il pouvait lui donner ça, au moins.
- Donc, sois tranquille pour ta petite amie, le railla Weiss.
Shiro sursauta avant de se mettre à rougir, prenant une expression dégoûtée.
- Erk ! Ce n'est pas ma petite-amie ! C'est une amie !
- Oui, oui, ricana Weiss, amer. J'ai du mal à te croire.
L'enfant détourna la tête, gêné.
Il ferma les yeux, pensif.
- Merci... Merci d'avoir changé d'avis et... de m'avoir écouté, le gratifia-t-il, une sincère reconnaissance dans son ton.
- Hm.
Weiss essayait de paraître magnanime. Peut-être qu'à l'heure actuelle, il avait gagné des points dans les yeux de l'enfant.
Mais en aucun cas, cela le réconforta. Il savait que, peu importe les décisions qu'il prendrait, cela ne changerait rien au destin de l'enfant.
Il pouvait seulement lui donner ce qui le rendait heureux...
Et plus il y pensait, plus le cœur de Weiss se serrait dans sa poitrine.
C'était injuste...
- Tu me fais écouter ta musique ? lui demanda Weiss, le ton éteint.
Il désirait... penser à autre chose.
- On y prend goût ? sourit Shiro alors qu'il tendait la main vers son baladeur.
Shiro disparaîtrait et laisserait place à Omega...
- ... N'y compte pas, refusa ostensiblement Weiss tandis qu'il plaçait un écouteur dans son oreille, tournant la tête sur le côté pour ne pas avoir à le regarder plus longtemps.
Pourquoi ?
Il n'avait même pas désiré cet enfant... Shiro était le fruit d'une expérience, c'est vrai.
Mais il savait au fond de lui-même que ce n'était pas naturel de survivre à son propre enfant.
Et il savait qu'il ne serait plus jamais le même s'il laissait une telle chose se produire.
Nero lui-même ne serait plus jamais le même. Il serait détruit pour de bon.
Weiss ferma les yeux tandis qu'il laissa la musique l'envahir, les mots de Shiro s'y noyant dedans.
Il avait disparu...
G l'avait emmené.
Il se réveilla en sursaut pendant la nuit.
Immédiatement, Weiss chercha Shiro du regard.
Il poussa un soupir de soulagement.
Non... Tout cela n'avait été qu'un rêve... Shiro était à côté de lui, profondément endormi dans les bras de Nero qui les avait rejoints.
Ce n'était qu'un rêve...
La visite de G ne s'était jamais produite.
Il en avait rêvé... mais rien de tout cela n'avait été réel. Shiro n'était pas l'Hôte d'Omega. Il avait seulement rêvé de tous ces évènements...
Pendant les instants qui suivirent le réveil, Weiss espéra.
Ils n'avaient rien à craindre...
Jusqu'à ce qu'il tourne la tête vers la fenêtre.
Tous ses espoirs s'évanouirent à la seule vue d'Omega qui remplissait le ciel, dominant les montagnes de toute sa splendeur et de sa majesté.
Juste une journée...
Les joues trempées de Nero ne firent que confirmer ses craintes. Il serra davantage Shiro dans son sommeil, comme s'il avait peur que quelqu'un ne le lui prenne durant la nuit.
Weiss avait encore l'écouteur dans son oreille. Il observa Shiro durant un long moment, penché sur lui.
Shiro ne serait plus là demain...
Il se laissa aller à un instinct qu'il avait redécouvert durant leur randonnée dans les montagnes. Sans réfléchir, sans hésiter, Weiss glissa la main dans les cheveux de l'enfant pour le caresser en signe de protection et de réconfort.
Il avait promis. Là-haut. Au sommet de cette même montagne.
Mais je veillerai... enfin, j'essayerai de faire en sorte que plus personne ne t'inflige de tels sévices, Shiro. Que plus personne ne s'en prenne à toi. Pour des expériences ou... pour autre chose.
Weiss laissa sa main tomber le long de son corps.
Il secoua la tête, reposant l'écouteur par terre avant de se lever.
Non.
Cela ne se finirait pas comme cela.
Il n'avait pas tout essayé.
Les armes sur son dos, l'expression déterminée, Weiss écarta les portes coulissantes pour sortir dans le couloir d'un pas rapide.
Il avait promis à Shiro que plus personne ne lui infligerait de sévices.
Et il s'y tiendrait.
Il l'attendait au bord du lac.
« Paradis » et « Terre » à chaque main, Weiss vint à sa rencontre, l'expression sérieuse. Comme à chaque fois qu'il était libéré de ses chaînes et qu'on l'appelait pour combattre, sous le regard sadique de Restrictor.
Parce que ce n'était pas autre chose, n'est-ce pas ?
Un combat. Entre le Début et la Fin, hein ? N'étaient-ils pas deux revers d'une même médaille, comme le soulignait-il si bien ?
Cela ne serait qu'un autre... Rien de plus.
« ... Tu ne sauras pas l'empêcher, Weiss. »
G se tenait debout, LOVELESS à la main.
Weiss émit un sourire amer à cette vision.
Il ne changerait jamais... même s'il était le Gardien de la Planète... il y aurait toujours cette part de celui qu'il était autrefois.
Cela l'agaçait mais en même temps... quelque part, cela le réconfortait un peu.
- Je n'ai jamais baissé les bras, G.
G hocha la tête.
- C'est vrai. Je ne retirerais pas cela. Mais que comptes-tu faire ?
En guise de réponse, Weiss rangea ses armes.
- Tu sais très bien ce que je vais faire.
- Tu vas combattre Omega ?
- ... Cela se pourrait.
G baissa la tête, les yeux rivés sur les vers de son poème.
- Tu sais pertinemment que c'est inutile.
- Tu m'as menti sur Nero. Tu m'as caché la vérité sur Shiro. J'estime que tu me dois une faveur. Tu pourrais au moins me laisser faire ?
G plia son livre, amer.
- S'il décide que tu en es digne, il répondra à ton appel.
- Bien sûr.
Il avait passé des mois à essayer d'entrer en contact avec Omega, après tout. Il pouvait encore essayer.
Inutile... peut-être. Mais cela valait le coup d'essayer.
Tout essayer, comme il le disait lui-même.
Weiss s'assit en tailleur, se tournant face au lac.
L'instant d'après, il ferma les yeux.
Il connaissait la technique, maintenant.
Il inhala, exhala, faisant le vide dans son esprit.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Il n'avait pas été là quand Jin Satsu s'en était pris à lui.
Il ne laisserait personne d'autre s'en prendre à Shiro et vivre pour raconter l'histoire.
Au petit matin, Weiss ressurgit des bois.
La première chose qu'il vit en arrivant à leur maison fut le caisson d'alcool qu'avait rapporté l'Officier East du monde extérieur, encore ouvert et abandonné à la vue de tous.
Pendant un instant, Weiss eut l'idée de se servir. De boire de tout son saoul. Pour oublier, pour se laisser glisser dans l'inconscience...
Il regrettait presque de ne pas avoir à sa disposition la sédation de la Shinra, de Restrictor.
Oui. Weiss en avait envie.
Mais au dernier moment, il se ressaisit. C'était la dernière chose à faire. La seule chose à faire...
Les mains se resserrèrent sur les manches de « Paradis », se tendant imperceptiblement avant de reprendre son souffle, poussant un long, profond soupir.
La seule chose à faire.
Son regard dériva sur le côté. Il remarqua Nero assis sur les marches d'escalier devant la terrasse, le regard baissé, les cheveux noirs lui cachant le visage.
Une autre silhouette apparut dans son champ de vision. Este-D. Cette dernière se dirigea lentement vers Nero et se pencha vers lui pour lui parler. Mais l'instant d'après, Nero dégaina simplement son arme et le braqua sur la tête de l'Officier, les ténèbres gisant de son corps pour lui lécher les pieds et la menacer de l'emporter avec lui si elle ne le laissait pas tranquille sur-le-champ.
« ... Nero », l'interpella Weiss.
Ils ne pouvaient pas se permettre un tel acte. Nero rendit un regard éteint à son frère aîné avant d'abaisser son arme, chassant toutefois Este-D qui se dépêcha de disparaître dans la forêt.
Au-delà de l'horizon, Omega était toujours présent.
Moindre en raison de la lumière du jour, mais il était toujours là.
Weiss s'efforçait de ne pas y faire attention avant de marcher vers Nero. Sans un mot, il déposa ses armes et passa devant lui pour se rendre à l'intérieur.
Quelques instants plus tard, la porte de la chambre de Shiro s'ouvrit.
« ... Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Il comprit instantanément à quoi il faisait référence.
Weiss essaya de ne pas se tendre. Il voulut se concentrer sur autre chose... Alors, à la place, comme s'il l'avait toujours fait depuis des années, il prépara le petit-déjeuner.
Tiens.
C'était plus facile qu'il ne le croyait... et pas aussi barbant qu'il ne l'avait anticipé.
Il ferma les yeux. Inhalant, exhalant, il se répétait toujours la même chose.
Il devait garder son calme.
Il ne devait pas tout envoyer paître et se laisser aller à ses pulsions. Sans un mot, Weiss revint à l'extérieur et tendit le bol de Shiro.
« ... Ce n'est rien. C'est la manifestation de la Planète. »
Shiro ne détachait pas ses yeux d'Omega.
Weiss devina sa peur. Il pouvait entendre son cœur battre la chamade.
- ... Tu n'as rien à craindre, lui assura simplement Weiss.
- Cette entité ailée, déclara Shiro.
Il marqua une pause, avant de reprendre :
- Je crois que j'en ai rêvé.
Weiss réprima un frisson. Pour Nero, cela en fut trop. Il se leva d'un bond avant de s'éloigner précipitamment dans la forêt.
- Qu'est-ce qu'il lui prend ? lui demanda innocemment Shiro.
- ... Il n'y a rien, répondit encore Weiss.
Il n'y avait rien qu'il ne devait craindre.
Weiss se releva pour rejoindre Nero, lui agrippant le bras avant qu'il ne quitte son champ de vision. Nero garda les yeux rivés au sol, ne souhaitant pas affronter Weiss.
Tendrement, Weiss posa sa main chaude sur sa joue froide. Lentement, il approcha sa bouche de son oreille pour lui murmurer :
- Fais semblant.
- Comment tu peux me demander cela ? bredouilla son frère, abattu. Je n'arriverais jamais à faire semblant, Weiss !
- Tu n'as qu'à simplement... repenser à Deepground. On faisait toujours semblant pour rendre la vie moins dure.
Nero laissa échapper un gémissement dévasté.
- Nero... je ne veux pas que tu craques maintenant. S'il te plaît. Je te demande seulement de faire semblant. Ce n'est pas... aussi pire que toutes les expériences qu'on subissait à Deepground. Ce n'est pas aussi pire que ce que nous faisait Restrictor. Ce n'est pas aussi pire que moi... partant pour effectuer un Plongeon Synaptique. C'est seulement une épreuve de plus.
- Tu le crois vraiment ? balbutia Nero, la mâchoire serrée. Tu le penses sincèrement ? Pour moi... cela n'a rien à voir !
Weiss prit son menton, le forçant doucement à le regarder.
- Mon frère, s'il te plaît... Juste. Fais cela pour moi. Fais semblant.
Il souhaitait seulement que Nero ne soit pas triste.
Alors, même s'il ne le pensait aucunement, il voulait que Nero fasse semblant. Au moins pour cette fois.
- S'il te plaît, répéta Weiss tandis que Nero détournait la tête. On n'a plus le temps.
Le silence tomba.
Seul le bruit du vent faisant grincer les branches couvrait ce silence. Après des minutes qui lui parurent interminables, Nero hocha lentement la tête avant de se frotter le visage.
- ... Si c'est que tu veux, mon frère... Je te fais confiance. Je t'ai toujours fait confiance.
Weiss poussa un soupir de soulagement.
Oui... c'était mieux comme cela.
Une fois que Nero fut calme, Weiss l'entraîna dans le sens inverse, les deux revenant vers la maison. Sans le regarder, Nero lui prit la main pour la lui serrer fortement dans la sienne.
Il avait peur... il était terrifié.
Et Weiss mentirait s'il prétendait que ce n'était pas aussi son cas. Mais à Deepground, on apprenait à intérioriser la peur, on apprenait à la dominer et en tirer profit.
Alors, les deux frères rejoignirent Shiro.
Ensemble, ils s'assirent de chaque côté de l'enfant tandis que ce dernier buvait son bol, l'examinant avec une mine de conspirateur :
- Il n'y a pas de poisson dedans, n'est-ce pas ? lui demanda Shiro, suspicieux.
Weiss se mit à rire, quand bien même Nero ne l'imita pas.
- Tant de méfiance, cela me désole.
Weiss attrapa une pomme et la tendit à Nero.
Comme chaque matin. Comme tous les matins après celui-là.
- Mange.
Nero la prit mais ne la mangeait pas.
Weiss se détendit, profitant de la brise. Il ferma les yeux pour ne pas avoir à penser à Omega.
Dire qu'ils auraient pu manger ensemble, tant de fois auparavant...
Le destin était bien cruel.
- J'espère que l'Officier a rapporté ce que je lui ai demandé.
Quand on parlait du loup...
Officier East débarqua de la forêt, serrant le bâton qu'il gardait précieusement tandis qu'il portait un petit paquet dans l'autre main.
- Sir...
- Amène-toi ! lui cria Weiss en lui faisant signe de venir.
Officier East s'approcha piteusement, avant de lui tendre ce qu'il lui avait demandé. Shiro se pencha pour observer par-dessus son épaule tandis que Weiss déballait le paquet.
- Tu m'expliques comment cela fonctionne ? lui adressa Weiss tandis qu'il désignait l'appareil photo.
- Bien sûr, Sir...
Officier East lui expliqua, étape par étape, la façon d'utiliser un appareil photo. Plusieurs fois, Weiss dût lui demander de répéter, ce qui fit pouffer Shiro et sourire Nero, quand bien même le sourire de ce dernier était forcé.
- Tu expliques mal ! cracha Weiss.
- Pitié, Sir ! Punissez-moi ! glapit l'officier. Donnez-moi juste le temps d'atteindre la forêt.
Weiss lui adressa un sourire amusé.
Il était si prévisible que cela, alors ?
- Pitié, Sir ! supplia à nouveau l'officier East.
Weiss ferma les yeux avant de secouer la tête.
- Sois tranquille. Aujourd'hui, je ne te ferais pas courir.
- S-sir ? répéta East, éberlué.
- Vraiment ? lui adressa Shiro, tout aussi perplexe que lui.
Weiss haussa simplement les épaules.
- A tous les coups, Nero va me piquer une crise de jalousie, soupira-t-il.
- Moi ? Jaloux ? railla Nero, le ton absent. De ce lâche ?
- Sir... balbutia l'officier.
- Par contre, si jamais il ne fonctionne pas, je te démembre, l'avertit Weiss, le ton menaçant.
Cela laissa échapper un cri de terreur de la part de l'Officier. Shiro leva les yeux au ciel tandis que Nero se recroquevilla sur lui-même.
- Et on ne va pas tarder à l'utiliser, dit Weiss tandis qu'il enclenchait l'appareil avant de prendre Shiro en photo, le flash aveuglant temporairement l'enfant.
Shiro se figea. Weiss se mit à rire en voyant sa tête sur la photo.
- Voyons ? Tu ne peux pas me faire ton plus beau portrait ?
- Hé !
A nouveau, Weiss le mitrailla. Il mitrailla également Nero, qui, au début, essaya de s'échapper. Mais peu à peu, il se força à regarder l'objectif.
Faire semblant.
C'était la même chose qu'à Deepground.
Il était temps qu'ils concrétisent l'idée que Nero et Weiss avaient eu ensemble, devant la cascade.
Cet album de famille... une idée provenant du monde extérieur, du monde des humains...
L'idée de Nero en plus.
Mais Weiss avait néanmoins envie d'essayer. De lui donner une chance, quand bien même des souvenirs n'allaient jamais les réconforter.
Mais cela restait une trace de leur existence. Une trace qui n'émanait pas des rapports scientifiques ou de la Shinra.
A chaque instant de la journée, une photo fut prise.
Ils se rendaient au campement des survivants, une photo.
Ils se baignaient au lac tous les trois, profitant de l'eau fraîche, une photo.
Ils s'entraînaient ensemble, une photo.
Bientôt, cela agaça Weiss. Il ne comprenait rien et il s'énervait à chaque fois que la photo était mal cadrée, les forçant à recommencer. Plusieurs fois, il manqua de perdre son calme.
Mais il fit en sorte de prendre le plus de photos possibles.
Il le devait bien... il devait bien faire cela.
Durant toute la journée qui leur restait, Weiss et Nero firent ce qu'ils avaient toujours réussi à faire de mieux.
Ils prétendirent.
Ils prétendirent qu'ils étaient une famille heureuse. Ils prétendirent tout simplement qu'ils étaient une famille. Qu'ils seraient encore là demain, ensemble, à continuer de vivre dans le nouveau monde qu'ils s'étaient promis de forger.
Ils vivaient comme s'il n'y avait pas de lendemain...
Et Nero... parvint à tenir plus ou moins sa promesse. Il demeurait aussi protecteur, aussi affectueux envers Shiro et lui, au point d'en devenir un peu collant. Quand il le pouvait, il les enlaçait.
Parfois, il se laissait aller au mutisme, au silence.
Shiro ne comprit pas et Weiss fut obligé d'inventer des excuses.
Mais cela demeura une journée où il n'était ni question de Deepground, ni question de la fin du monde...
Weiss n'était pas Empereur de Deepground ce jour-là.
Non. Il tâcha d'oublier de l'être pendant deux minutes, comme lui avait conseillé Shiro.
Et c'était... plaisant.
Ce fut plaisant de ne pas penser à ses responsabilités, à la vengeance qu'il comptait mener contre la Shinra, au nombre de cadavres qu'il comptait faire de la manière la plus créative possible...
Aujourd'hui, il était seulement Weiss. Pas Weiss l'Empereur, pas Weiss l'Immaculé, pas Weiss qui a été contrôlé par Hojo...
Juste Weiss.
Rien de plus.
Et la journée passa très vite, trop vite.
Mais pour la première fois depuis longtemps, depuis qu'il avait anéanti les Restrictors, la journée de Weiss fut paisible.
Oui. Il le pouvait le dire. Paisible.
Il se sentait en paix. En paix avec lui-même, même si tout cela n'était qu'un rêve. Même si tout cela n'était qu'une illusion.
Mais cela n'effaça en rien ses sentiments.
Le soir venu, Weiss appela Shiro, lui demandant de le rejoindre au lac.
« ... Weiss ? » lui demanda l'enfant dès l'instant où il apparut.
Weiss était assis au bord du lac. Il fixait l'horizon, le vide dans sa tête, ne pensant à rien d'autre qu'à l'instant présent...
Comme s'il était déjà parti, quelque part, loin de ce lac... loin de cette dimension...
Il fut sorti de sa torpeur par Shiro qui s'approcha, l'expression inquiète. Weiss le regarda avant de lui sourire, l'invitant à s'asseoir à côté de lui.
L'enfant s'exécuta sans rechigner.
- ... Tu n'as pas quelque chose à me dire ? lui demanda Weiss, s'accoudant contre son poing, l'absence sur son visage.
- Euh... j'ai fait quelque chose de mal ? répliqua Shiro, confus.
Peut-être, pensa Weiss.
Mal ou pas, il ne saurait toutefois le dire. Mais il avait fait quelque chose.
- ... J'y suis, devina Shiro. J'ai passé une super journée.
- Vraiment ?
- Oui, le confirma l'enfant. La meilleure depuis que j'ai pénétré cette dimension, ce nouveau monde.
L'enfant baissa la tête avant d'ajouter, un peu embarrassé :
- J'ignorais que cela puisse me plaire, en fait. Que j'envisage qu'être ici puisse apporter de bons moments, alors que ce n'est pas le monde des humains. Mais... tous les trois, on s'est bien amusés. Et je pense que Nero s'est amusé aussi.
Weiss approuva ses mots en silence.
C'était l'essentiel.
Weiss dégaina ses deux armes. Il planta ensuite « Paradis » et « Terre » dans le sol, à ses pieds.
Il les fixa avec attention, durant de longues minutes.
- « Paradis » et « Terre », déclara Weiss, songeur. Il n'y a jamais eu de raison propre à ces noms. Il n'y en a jamais eu à Deepground.
Il poussa un petit soupir.
- Mais peut-être que maintenant, j'en ai trouvé une. Depuis que je suis ici, j'ai peut-être trouvé une raison pour laquelle je leur ai données de telles appellations.
- Parce qu'ici, c'est ton paradis sur Terre ? lui adressa Shiro avec précaution.
Weiss ne répondit pas.
- Tu voulais que Deepground soit ton paradis sur Terre ? Tu as toujours considéré que tu y appartenais, que c'était ta maison...
- Cela est ma maison. Et j'y appartiendrais toujours.
Etrange...
C'était une conversation anodine, mais qui lui déchira le cœur pour une raison qu'il ignorait.
Il sentait un flot d'émotions monter en lui... il ne saurait dire d'où elles venaient. Mais Weiss eut du mal à les intérioriser et à prétendre que tout serait toujours pareil.
- ... Je souhaite seulement qu'elle ne soit pas détruite, fit Weiss. Peu importe ce qu'il en advient, je désire seulement que là, tout ce que je viens de construire, ne soit pas réduit en cendres par les humains. Par la Shinra, surtout.
- Tu avais dit que tu n'attaquerais pas le monde des humains, lui rappela Shiro.
- Oui... et j'ai dit que je tiendrais ma promesse, n'est-ce pas ?
De toute manière, il la tiendrait dans tous les cas.
- Alors, il n'y a aucune raison qu'ils t'attaquent. Il n'y a aucune raison qu'ils viennent ici, qu'ils détruisent ta maison, n'est-ce pas ?
- J'espère que tu as vu juste, en tant qu'héritier de Deepground, dit Weiss, le ton bas. Et j'espère que je ne regretterais pas cette décision.
Weiss croisa ses jambes, savourant le calme.
- Shiro ?
- Oui ? lui demanda l'enfant, la même expression de sérénité sur son visage.
- Tu as toujours ton baladeur ?
Shiro inclina la tête sur le côté, perplexe.
- Tu souhaites encore écouter de la musique ?
- En réalité... j'aimerais qu'on fasse un échange. Un échange temporaire, si tu permets.
Un sourire narquois apparut sur le visage de l'enfant.
- Je t'ai convaincu !
- Attention à tes chevilles qui enflent, soupira Weiss alors qu'il levait les yeux au ciel.
- Quel est cet échange ? lui adressa Shiro, excité.
Weiss entrouvrit la bouche. Il prit un temps avant de répondre :
- Tu me prêtes ton baladeur jusqu'à ce soir. Et en échange, je te prête « Terre ».
Les yeux de l'enfant s'écarquillèrent de stupeur.
Oui. Shiro l'avait bien entendu.
Ce n'était pas un piège.
- ... « Terre » ? Ton arme ?
- Je garde « Paradis », lui assura Weiss. Mais je veux bien te prêter « Terre ». Mais seulement si tu me prêtes ton baladeur et que tu me jures que tu en prendras soin et que tu ne la CASSERAS PAS.
Il était sérieux.
Il tenait à « Terre » et si Shiro était maladroit et la cassait dès le premier essai, Weiss était capable de tuer quelqu'un au campement.
- Ce n'est pas une blague... ?
Weiss secoua la tête.
- Ai-je l'air de blaguer ? Alors ? Qu'en dis-tu ? Marché raisonnable, n'est-ce pas ?
Un grand sourire apparut sur le visage de l'enfant tandis qu'il poussa un petit cri de joie.
- Marché conclu ! Seulement si tu promets de ne PAS casser mon baladeur en retour !
- Je ne suis pas maladroit, moi, prétendit Weiss.
- On ne sait jamais.
Weiss et Shiro se serrèrent la main, à titre de moquerie d'un marché solennel.
L'enfant sortit le baladeur de sa poche et le tendit à Weiss.
- Tu veux que je te change la musique ?
L'Empereur refusa.
Pour lui, c'était du pareil au même.
Shiro se dépêcha d'agripper « Terre» et de la retirer du sol, la soulevant avec plus ou moins de difficultés. Il était prêt à s'éloigner pour l'essayer avec plaisir, mais Weiss l'interpella.
- Shiro.
- Oui ?
- Reste ici encore un peu, s'il te plaît.
Surpris, Shiro se tourna vers lui.
Weiss ne chercha pas à insister.
Mais cela l'arrangea que Shiro revienne s'asseoir près de lui, les deux admirant le crépuscule qui se reflétait dans le lac.
Les étoiles apparaîtraient bientôt...
Weiss déglutit avant de se rapprocher de Shiro.
Les ténèbres apparurent à la tombée de la nuit, derrière eux.
Nero marcha dans leur direction et s'installa à son tour, s'asseyant par terre.
Personne ne parla.
Aucun n'en avait besoin. Serrant « Terre » contre lui, Shiro était fasciné par ce qu'il voyait et surtout, plongé dans l'instant présent.
Weiss repensa à leur promesse.
Voir les étoiles tous les trois ensemble...
Au final, ils avaient pu honorer cette promesse.
Une fois qu'ils rentrèrent chez eux et que Shiro s'enferma dans sa chambre, Weiss resta seul dehors, avec son frère.
Il s'approcha doucement de son cadet. Ce dernier ne bougea pas. Les épaules baissées, il fixait l'herbe comme si elle n'existait pas.
Faire semblant...
Cela avait toujours été plus dur pour lui que pour Weiss.
Maintenant qu'ils étaient seuls, Nero se laissait aller. Abattu, il exprimait à présent ses véritables sentiments.
La situation était tellement similaire... tellement ressemblante à celle qu'ils avaient partagé, le jour où Weiss avait quitté Nero pour effectuer ce plongeon synaptique. Quand il lui avait confié le commandement de Deepground...
J'ai besoin de toi le temps que je trouve un remède. J'ai besoin de mon second.
Mais ici, c'était différent.
Il n'y avait pas de remède.
Weiss pouvait seulement faire ce qu'il pouvait.
Son frère aîné attrapa Nero contre lui, l'étreignant par-derrière, son menton posé sur son épaule.
Il voulait encore ce contact...
Il le désirait tellement... juste... encore un peu...
« ... Je suis heureux aussi, » lui adressa Weiss, en écho à ce que lui avait dit Nero quelques jours plus tôt, tandis que Shiro dormait entre eux.
Nero tressaillit.
« J'avais besoin de te le dire. Je crois que j'étais plus heureux durant ces derniers jours que je ne l'ai été une seule fois à Deepground. »
Et c'était vrai.
Son cadet ne répondit pas.
Il se contenta de se retourner vers lui, enfouissant son visage dans son épaule tandis qu'il lui rendait l'étreinte.
Weiss ferma les yeux, inhalant le parfum de Nero.
Il ne saurait vivre sans lui, sans ce parfum... Il en avait encore besoin...
- ... Je t'aime, lui déclara Weiss. Je t'aimerai toujours.
Les épaules de Nero tremblèrent.
- Je t'aime aussi, dit Nero, la voix brisée.
Weiss sourit douloureusement en entendant ces mots.
A son tour, il arrêta de faire semblant.
Il se laissa aller contre Nero, s'accrochant désespérément à lui.
A l'être qu'il lui avait été le plus cher...
Il souhaitait seulement passer un instant avec lui, avec son frère bien-aimé... et il souhaitait que cet instant dure éternellement.
- Ne me laisse pas...
Weiss inspira, ses lèvres se mettant à trembler.
- Ne me laisse pas ! répéta Nero en sanglotant. Ne me laisse pas seul ! J'ai besoin de toi... j'ai besoin de mon grand frère... s'il te plaît. S'il te plaît ! Pas après tout cela, pas après tout ce temps ! Je ne veux pas vivre dans un monde sans toi, Weiss... Je ne veux pas...
Oui. Il le lui avait déjà dit.
Et il s'en voulait de lui faire revivre ce cauchemar. Il aurait voulu que Nero ne le sache pas...
Mais son frère le connaissait mieux que personne. Ils ne pouvaient rien se cacher l'un l'autre.
- ... je ne veux pas... articula Nero alors qu'il nouait ses bras autour de son cou.
- Je le sais. Mais tu ne peux pas vivre non plus dans un monde sans Shiro.
C'était une évidence.
Est-ce qu'ils pourraient vivre comme ça ? En sachant qu'ils avaient survécu à cet enfant ? A leur enfant ?
- Et j'ai besoin de toi ici, mon frère adoré.
Non. Il n'y avait qu'une seule chose à faire.
Et Weiss savait qu'il avait pris la bonne décision. Même si cela devait tout lui coûter, en tant que Weiss...
« Unissons-nous... Unissons-nous afin que personne ne puisse jamais plus nous séparer... »
Même cela, il n'y avait pas droit.
- Weiss.
La voix de G les interrompit.
Weiss ne se détacha pas de Nero. Il gardait le silence, essayant de rester stoïque.
- Il est temps.
Peut-être qu'au fond, il avait été digne.
Ou peut-être qu'Omega avait seulement eu pitié de lui. Ou peut-être avait-il été las d'entendre les appels de celui qu'il considérait comme un faux Hôte.
Il ne saurait le dire. Mais Omega avait accueilli l'appel de Weiss.
Toute la nuit, jusqu'au petit matin, Weiss n'avait cessé d'argumenter, de le convaincre, voire même de le supplier à la fin...
Il avait tout fait pour se faire entendre.
Il lui avait donné toutes les raisons possibles pour qu'Omega le choisisse lui, au lieu de Shiro.
« Réfléchissez », avait-il dit. « Vous pensez que je vais faire quoi si vous ne me choisissez pas ? Si je ne deviens pas l'Hôte ? Je vais provoquer un nouveau cataclysme. Cette fois-ci, Hojo n'en sera pas responsable. Cela sera bel et bien moi. Pas un autre. Moi. Weiss l'Immaculé. Vous avez tout à y gagner. Si je deviens l'Hôte, si j'embrasse mon rôle, je ne serais plus une menace pour quiconque. »
« Doit-on te croire ? » lui avait demandé Omega. « Tu ne vis pas pour protéger la Planète. Tu vis pour la destruction, Weiss. »
Weiss... n'avait pas cherché à nier.
« Pourquoi feriez-vous une telle chose ? » lui adressa Omega, aussi compatissant qu'un être comme lui pouvait se comporter à son égard. « Vous n'avez même pas envie de protéger la Planète. »
Il avait simplement souri en guise de réponse.
« Je n'ai peut-être plus envie de la détruire, en fin de compte. Sachant que je sais désormais ce qui s'y trouve. Sachant que mon frère et mon fils y résident. J'ai peut-être envie de la protéger, tout compte fait. »
« Ce n'est pas aussi simple. »
« Cela l'est. G disait que si j'apprenais la vérité, je voudrais me venger des humains et mettre à nouveau la Planète en danger. Peut-être que dans d'autres circonstances, je lui aurais donné raison. Mais là, je veux prouver qu'il se trompe. »
G avait simplement soupiré à cette réponse.
« Peut-être que si ça permet à Shiro de rester lui-même, de ne pas subir ce que moi-même j'ai subi, je voudrais protéger la Planète à sa place. Si cela permet de protéger Shiro et Nero, bien sûr. C'était moi, l'Hôte originel choisi. Vous pouvez encore me prendre. Vous pouvez toujours suivre le plan initial. »
Il était prêt à le faire.
Omega avait sûrement senti qu'il était sincère. Il avait sûrement lu en lui.
« Weiss... même si tu es sincère, il s'agira toujours de reprendre le contrôle de ton corps. D'assurer ta mission, loin des tiens. Loin de ta famille. En serais-tu capable ? En quoi es-tu plus digne que Shiro ? »
Sa réponse avait été immédiate.
« Parce que Shiro est innocent. Moi... je connais déjà Omega. Je connais déjà la mission. Je sais déjà ce que cela fait comme effet, de donner son corps à un autre contre son gré. Je ne souhaite juste pas qu'il lui arrive la même chose. Et vous savez que le rôle d'un père est celui de protéger son enfant, non ? Pourquoi je ne pourrais pas protéger la Planète en même temps que mon fils ? Et mon frère ? »
« Qu'en est-il de Deepground ? Est-ce qu'il survivra ? Ou s'éteindra avec vous ? »
Weiss avait hésité...
Pendant quelques instants, il avait hésité avant de suivre sa voie.
« ... C'est à eux d'en décider. Mais si cela vous rassure, sachez que cette fois-ci, ils ne pourront me faire revivre. Ils ne pourront éveiller Omega car je serais déjà son Hôte. »
Il devait seulement accepter...
« Laissez-moi vous prouver que G a tort. Laissez-moi vous prouver que je tiendrais ma promesse et que j'honorerai mon rôle. »
« Vous tiendrez votre promesse ? »
Weiss avait acquiescé.
« Je tiens toujours ma promesse. Et... je suis prêt à tout abandonner derrière moi pour honorer cette promesse et servir la Déesse. »
Il avait continué à négocier, à parler à Omega...
« Je crois avoir trouvé une raison pour protéger la Planète. Vous devez seulement me croire. »
Les derniers instants avaient été insoutenables.
Puis... Il l'avait senti.
Derrière lui, G avait été empli du même soulagement.
Et Weiss l'avait su. Il n'avait même pas eu besoin de confirmation de la part d'Omega.
Omega avait accepté de fusionner avec lui.
C'était tout ce qu'il lui fallait.
Nero n'arrivait pas à se détacher de lui.
Il tenait toujours Weiss fermement contre lui, ses griffes se plantant dans sa veste tandis que Weiss essayait de rejoindre G.
« ... Weiss... Weiss ! » l'appela-t-il désespérément. « Je t'en prie... je t'en prie, ne me laisse pas. Ne pars pas, s'il te plaît. Reste... reste avec moi. »
Weiss le dévisagea tristement.
Lui aussi souhaitait rester. Il souhaitait rester avec eux plus qu'autre chose.
Mais il avait pris sa décision.
Il savait... il savait que si lui-même disparaissait, Nero en souffrirait jusqu'à la fin de son existence.
Mais il pourrait avancer...
Il avait réussi à avancer avec Shiro.
Weiss... lui faisait confiance pour la suite.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Weiss se retourna.
L'enfant se tenait devant eux, complètement tétanisé par la scène. Nero en pleurs, Weiss qui était sur le point de rejoindre G...
Weiss qui était sur le point de le quitter, de les quitter de manière définitive.
« Weiss ! » cria Shiro alors qu'il s'avançait vers lui, choqué.
L'Empereur baissa la tête. Il adressa un coup d'œil à G, qui lui répondit seulement par un signe de tête.
- ... Quels sont tes plans ? lui demanda Shiro, d'une voix atterrée.
- Oh. Faire un avec Omega, pourquoi ?
Weiss ouvrit la bouche, avant de se raviser.
A la place, il se contenta de soupirer. Il se détacha doucement de Nero, posant son front contre le sien dans un dernier contact, une dernière étreinte.
Enfin, Nero laissa les bras tomber le long de son corps, le laissant s'écarter de lui quand bien même les larmes tombaient à ses pieds.
- Cela est si insensé... de savoir que je fais cela pour vous sauver ? adressa Weiss à destination de l'enfant, le ton sarcastique.
Autant être honnête.
La réalisation frappa l'expression de Shiro.
L'enfant avait compris. Il avait compris sans aucune autre explication.
Mais je veillerai... enfin, j'essayerai de faire en sorte que plus personne ne t'inflige de tels sévices, Shiro. Que plus personne ne s'en prenne à toi. Pour des expériences ou... pour autre chose.
Weiss voulait tenir sa promesse.
- Oh. Je t'en prie. De rien. Trois fois rien, railla Weiss. Ce n'était rien du tout. Tu n'auras plus la peur au ventre de manger du poisson le matin. Et tu n'auras plus à supporter mes critiques. Tu n'auras plus à me supporter. Et plus que tout, tu n'auras plus à—
Il n'acheva jamais sa phrase.
De manière inattendue, Shiro explosa en sanglots.
La vue de l'enfant en larmes porta le coup de grâce. Weiss... n'arriva plus à s'exprimer, à parler.
G lui donnait ce temps... il lui donnait tout le temps du monde...
Shiro laissa ses jambes le porter jusqu'à Weiss, sa tête tombant contre sa poitrine.
Weiss inspira.
Non... il avait pris sa décision.
Il ne craquerait pas... il devait se montrer fort. Il devait veiller sur eux. Il l'avait promis à Omega.
Lentement, sans un mot, il noua ses bras autour de Shiro, avant de l'attirer dans une douce étreinte.
Cette envie de protéger...
- Papa, l'appela Shiro, sans ajouter autre chose.
La première fois...
La première fois qu'il l'appelait « Papa ». Pas « Weiss », mais « Papa ».
Il n'aurait pas imaginé que cela lui fasse autant de bien.
- Prend soin de Nero, mon fils.
Même si Shiro ne répondit pas, il devina un acquiescement de sa part. Weiss sourit avant de se détacher de lui, lui caressant les cheveux dans un dernier contact.
Enfin, il se retourna vers G.
- Je suis désolé, lui adressa le Gardien, franc.
Weiss garda le silence. Il sentit le regard brûlant de Nero et Shiro dans son dos. C'était insupportable. Il ne saurait l'endurer plus longtemps.
Il était temps d'en finir.
Il se contenta de lui tendre la main, prêt à saisir la sienne.
G la reçut.
- Weiss !
Weiss n'entendit pas l'appel de Nero.
G et lui s'étaient déjà envolés.
Il était debout au sommet de la montagne, faisant face à l'Être Suprême.
Il était si proche de Lui... si proche d'Omega.
La Rivière de la Vie se reflétait sur lui, illuminant sa peau.
L'envie de protéger...
Dans une main, « Paradis ».
Dans l'autre, le baladeur de Shiro.
Il avait besoin de cela...
Il avait besoin d'affronter cette épreuve tout en apaisant son esprit.
Les écouteurs dans ses oreilles, Weiss appuya sur « Play ».
Une paisible chanson démarra.
Puis, une autre.
Et encore une autre.
C'était si doux... il se sentait si serein... Il n'y avait plus rien d'autre. Plus Omega, plus la Début de la Fin, plus rien qui n'importait...
Juste lui qui se laissait bercer par cette musique.
Une musique qui lui rappelait la berceuse de sa mère.
Agrippina...
Shiro avait de bons goûts. Il avait bien choisi.
En même temps que la dernière musique s'achevait, Weiss tendit au-dessus de sa tête l'épée « Paradis », la levant aussi haut qu'il le pouvait.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Entends-moi...
Réponds-moi.
Au loin, Weiss put voir une ombre se matérialiser, au pied de la falaise où il se tenait.
Il n'avait pas pu s'en empêcher.
Nero était apparu. A ses côtés, Shiro lui tenait la main.
L'enfant portait « Terre » sur le dos.
Cela était douloureux de les voir comme ça... cela était atroce de les voir dans un tel contexte.
Weiss savait qu'il criait son nom. Il savait qu'il appelait désespérément son frère, qu'il voulait le rejoindre, qu'il ne souhaitait pas être séparé de lui...
Unissons-nous.
Seul Shiro le retenait par le bras, l'empêchant de s'approcher davantage.
Prend soin de Nero, mon fils.
Il ne pouvait rien faire... seulement lui répondre par un sourire calme pour le rassurer.
Tout irait bien...
La Rivière de la Vie était apparue sur sa lame. Bientôt, elle allait l'absorber entièrement.
Bientôt, Weiss n'eut plus la force de tenir le baladeur et le laissa tomber à ses pieds.
Il voulut le ramasser. Il voulut vérifier qu'il n'était pas cassé...
Weiss tendit la main... mais il ne contrôlait plus son propre corps. Il ne put même pas se pencher pour toucher le dernier objet de Shiro laissé en sa possession.
Cela n'avait plus d'importance.
Weiss était déjà parti... il était déjà parti loin, très loin d'ici.
Il ferma les yeux, les dernières pensées de Weiss envahissant son esprit avant de disparaître peu à peu, les unes après les autres, comme des souvenirs qui devaient être oubliés, de la même manière que des bougies qu'on éteignait.
Weiss et Nero qui jouaient dans la cascade...
Nero qu'il étreignait...
Shiro qu'il avait promis de protéger...
Tous les trois vivant ensemble, ici, à jamais unis...
Weiss ne cessa jamais de sourire.
Une fois que la Rivière de la Vie entra en lui, l'Hôte accueillit Omega.
