OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Le matin suivant, Shiro n'eut pas la force de se lever.

Allongé dans son lit, l'enfant gardait les yeux ostensiblement clos, serrant sa peluche Moogle dans ses bras.

Il voulait encore prétendre que tout ce qui était arrivé hier, y compris la journée qu'ils avaient passé ensemble, n'était pas réel. Rien de tout cela n'avait été réel.

Il l'avait seulement rêvé...

Omega n'était pas apparu...

Et Weiss...

Weiss n'avait pas disparu sous leurs yeux... Il n'avait pas rejoint la Rivière de la Vie...

Prends soin de Nero, mon fils.

Non... Shiro voulait rester comme ça, pour toujours... Il n'avait pas le courage d'affronter la réalité.

Il n'avait pas le courage d'affronter Nero.

« Mon fils »...

Dire que Weiss ne s'était jamais adressé à lui comme tel auparavant... cela avait été la seule et unique fois.

Les larmes roulant sur ses joues, Shiro put apercevoir « Terre », posée au sol en horizontal près de son futon.

Prendre soin de Nero...

Shiro se frotta les yeux tandis qu'il se redressa avec difficultés. Weiss lui avait demandé une chose. Une seule chose.

Il ne saurait la respecter s'il restait ici, enfermé, quand bien même Shiro en mourrait d'envie.

L'enfant finit par se lever. Ses jambes le portèrent toutes seules jusqu'aux portes coulissantes, prêtes à quitter sa chambre.

Nero... Qu'est-ce qu'il devait ressentir à l'heure actuelle ?

Il avait peur. Shiro baissa les yeux, prenant une profonde inspiration.

Il devait le faire.

Son père... Son père lui avait demandé de veiller sur lui.

Les mains tremblantes, Shiro écarta les portes coulissantes pour sortir et se rendre sur la terrasse.

Il ne put s'empêcher de vérifier l'horizon, de contempler le ciel.

Omega n'était plus là.

Omega avait disparu. Il avait fusionné avec Weiss.

Et il ne reviendra pas... sauf quand viendra la Fin des Temps.

Mais cette pensée ne plaisait pas à Shiro. Cela ne fit qu'accentuer son amertume...

Il porta toute son attention sur le Tsviet sombre qui se tenait à son emplacement habituel.

Au moins, il était sorti...

Au moins, il ne s'était pas enfermé dans sa chambre.

Au moins, il... il n'avait pas commis de bêtise. Il n'avait pas quitté la dimension en abandonnant Shiro et les survivants du campement.

Ou pire... Il n'avait pas essayé de rejoindre son frère...

Quand bien même c'était ce qu'il avait essayé de faire, hier soir.


« Lâche-moi ! Non... Non ! Laisse-moi ! Laisse-moi le rejoindre ! Je ne veux pas que cela se reproduise ! Je ne veux pas que cela recommence ! Je ne veux pas le perdre encore une fois ! Laisse-moi ! Laisse-moi y aller ! C'est mon frère ! Laisse-moi le rejoindre ! Je dois le suivre !»

« Papa Nero... arrête. »

« Lâche-moi, Shiro ! »

Il avait beau le retenir, le tirer en arrière, Nero ne se calmait pas... Il tendait le bras vers l'endroit où Weiss se tenait, quelques instants plus tôt, continuant de l'appeler désespérément, les ténèbres menaçant de décimer tout sur son passage.

Il avait eu l'air si fragile, si vulnérable... Les rôles étaient comme inversés. Cela n'avait plus été Nero qui agissait comme le parent, à l'heure actuelle.

Shiro n'avait pas eu d'autre choix.

Ce fut avec douleur que l'enfant avait prononcé cette phrase si dure, si puissante...

Pourtant, si vraie.

« Il est déjà parti. Il est parti il y a trois ans. »

Le silence était tombé sur eux.

Les mots l'avaient atteint. Nero avait arrêté de crier, d'appeler, de supplier.

Shiro l'avait regretté. Il avait cru que Nero allait mal réagir.

Les ténèbres avaient cessé de s'agiter...

Shiro lui avait lâché le bras. Nero s'était laissé tomber à genoux. Le visage caché par ses longs cheveux noirs, Shiro l'avait vu trembler comme une feuille.

« ... J'ai froid... » avait-il prononcé, les mots à peine audibles.

Mais Shiro avait compris.

Nero venait de perdre une part de lui-même. Sa moitié avait définitivement disparu.

C'était comme s'il était déjà mort à l'intérieur.

Non... Shiro ne voulait pas que son oncle meure... il ne voulait pas qu'il reste comme ça...

Il voulait seulement rester avec son Papa Nero, s'assurer qu'il aille bien...

Shiro s'était approché de lui par-derrière. L'enfant avait noué ses bras autour des épaules de son oncle, posant son menton sur son épaule.

Nero avait à peine réagi...

Mais il ne l'avait pas rejeté.

Lui et Nero étaient restés dans cette position jusqu'à ce que les étoiles disparaissent.


« ... Mange. »

Shiro n'avait même pas pensé à préparer son propre petit-déjeuner. Pourtant, à l'heure actuelle, cela n'avait aucune importance.

L'enfant avait récupéré une pomme, qu'il tendit à Nero.

Nero ne la regardait pas.

Le cœur de l'enfant se serra.

« S'il te plaît... mange un peu. Juste pour moi... »

Son oncle n'émit aucune réaction.

Shiro poussa un soupir avant de prendre délicatement la main de Nero, qui se laissa faire comme une marionnette.

L'enfant posa la pomme dans sa main, le forçant silencieusement à l'accepter.

La pomme tomba au sol.

Shiro déglutit, essayant de se contenir.

Malgré tout, il effectua une dernière tentative.

« S'il te plaît...» répéta-t-il d'une voix faible.

La main de Nero se referma sur la sienne, quand bien même il n'y avait plus aucune trace de vie dans son regard.

Il garda leurs mains entrelacées. Doucement, prudemment, l'enfant s'écarta de son oncle, ayant peur qu'il ne lâche la pomme et qu'elle ne tombe, qu'elle roule au sol à leurs pieds.

Nero la garda en main.

Ce seul geste réchauffa le cœur de l'enfant.

- ... Merci.

Shiro se releva. Il était temps qu'il mange aussi. Sans détacher son regard de son oncle, Shiro se rendit à la cuisine pour préparer son bol habituel.

Il revint s'asseoir à côté de Nero. Il avait porté la pomme à sa bouche pour en croquer un bout, l'avalant avec difficulté.

Il manquait quelqu'un.

Il manquerait toujours quelqu'un.

Alors qu'il buvait son bol de lait, Shiro constata l'ampleur du vide qu'avait laissé Weiss quand bien même la période de temps qu'ils avaient vécu ensemble avait été relativement courte.

Il avait envie de pleurer... Mais il devait se montrer fort. Pour Nero. Il devait veiller sur lui.

- J'irai au campement, lui adressa Shiro, le ton bas. J'organiserai l'entraînement. Tu veux qu'on y aille ensemble ?

Il ne s'agissait pas de son rôle. Et Shiro n'avait aucune envie de le faire.

Cela est ma maison. Et j'y appartiendrais toujours.

Mais quelqu'un devait se charger des soldats... et son oncle n'était pas en état. Il ne souhaitait pas que Nero s'en prenne à eux.

- Ou je peux y aller seul... et tu n'auras qu'à me rejoindre plus tard.

De toute évidence, Nero avait besoin de s'isoler.

Son oncle ne répondit pas et Shiro le prit comme une confirmation de sa part. L'enfant débarrassa son bol et retourna dans sa chambre.

Il attrapa « Terre » et rangea l'arme dans son fourreau.

Il était temps.

Shiro se dirigea ensuite vers la forêt. Avant de disparaître, il se tourna vers Nero qui n'avait pas bougé.

Il lui adressa un signe de la main avant de tourner les talons pour se rendre au campement.

L'héritier de Deepground...

Telle était sa fonction, maintenant.

Dire qu'il n'avait que huit ans...


En se rappelant de l'attitude de Weiss vis-à-vis des soldats, l'enfant réalisait l'ampleur de son autorité. Cette capacité, ce charisme... Avait-ce été inné chez lui ?

La maison de Weiss... Il y appartiendrait toujours.

Il se demandait si, en plus de ses pouvoirs, il saurait se montrer à la hauteur. S'il saurait se faire obéir, malgré son jeune âge, malgré le fait qu'il n'avait aucune envie de régner, de rester ici...

Mais au moins, le monde extérieur, les humains, ses amis étaient tous en sécurité. Ils ne seraient pas attaqués par Deepground.

Ils étaient à l'abri.

Contrairement à la première fois, donner des ordres fut un peu plus facile. D'un côté, ordonner de s'entraîner était simple. Mais Shiro ne cesserait jamais d'être surpris face à l'empressement des soldats à exécuter ses ordres, quand bien même ils étaient prêts à tuer, à tout écraser sur leur passage...

Mais à part un « Avé Weiss » en guise de salut, aucun des miliciens ne posa de question sur l'Empereur.

Un salut qui ne manqua pas de le faire frissonner. Il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir mal à l'aise en leur présence.

« ... Weiss vous a donné le commandement ? » lui demanda l'Officier East une fois qu'il fut seul avec les officiers.

Bientôt, Este-D les rejoignit. Ensemble, ils observèrent tous les trois l'entraînement des miliciens

- Je suis son héritier, lui adressa simplement Shiro, le ton plutôt ferme.

- Pardon, Sir ! s'écria Officier East, s'empressant de s'incliner pour montrer sa dévotion envers l'enfant. Je... je ne souhaitais pas paraître grossier et vous insulter de manière involontaire. S'il vous plaît, ne me traquez pas dans la forêt !

Shiro et Este-D s'échangèrent un regard. Il pouvait deviner l'expression blasée derrière le masque de l'instructrice.

- Cela ne fait rien, lui répondit-il, à voix basse.

- ... Est-ce qu'il reviendra, Sir ? lui demanda Este-D, le ton prudent.

Shiro ouvrit la bouche.

Il souhaitait répondre qu'il l'ignorait. Même un doute le réconforterait.

Pourtant, il devait se rendre à l'évidence.

- Non, répondit-il tristement. Non... il ne reviendra pas. Et en ces conditions, je crois que c'est à moi d'assurer le leadership maintenant.

- Vous ferez un très bon chef, Sir ! le congratula Officier East. Vous devez être fier !

Fier... ?

Ce n'était pas ce qu'il ressentait.

- Cela ne vous fait pas plaisir ? l'interrogea Este-D, une certaine compassion dans sa voix.

Il aurait aimé faire autre chose.

Il aurait aimé être ailleurs... n'importe où qu'ici.

Shiro se recroquevilla sur lui-même, résigné.

Peu importe, il devait prendre soin de la maison de Weiss. C'était probablement ce qu'aurait attendu Weiss de sa part, en tant qu'héritier.

C'était sûrement ce qu'attendait Nero.

- ... On ne fait pas toujours ce qu'on veut, dans la vie, déclara-t-il, essayant de contenir ses émotions.

- En êtes-vous sûr ?

Este-D avait tourné la tête vers la droite, comme si quelque chose avait attiré son attention.

Shiro suivit son regard.

Ce qu'il vit le sortit de sa torpeur. Le choc le frappa lorsqu'il réalisa qui s'était matérialisé entre les arbres.

De loin, son oncle l'observait avec une expression indéchiffrable. Immédiatement, les miliciens qui se tenaient à proximité cessèrent leur entraînement pour s'incliner face au Second. Officier East se déplaça derrière Shiro, comme pour se mettre à l'abri d'un danger.

Shiro prit une inspiration, avant de forcer un sourire tandis qu'il s'avançait vers Nero.

Au final, il était venu.

Il avait réussi à le rejoindre.

- On peut s'entraîner ? lui demanda-t-il, le cœur battant.

Nero cligna des yeux.

Shiro sentit l'attention des soldats braquée sur eux.

Après un long silence insoutenable, son oncle accepta sa proposition d'un signe de tête.

- ... Je pourrais réussir à te toucher, cette fois, plaisanta Shiro tandis qu'il dégainait son arme.

Il s'arrêta, réalisant que « Terre » était maintenant en sa possession.

Est-ce que Nero le prendrait mal ? Que Shiro utilise l'arme de Weiss, quand bien même ce dernier la lui avait prêtée ?

Peut-être souhaitait-il la recevoir... ?

- ... Je pense qu'avec l'arme de Weiss, tu as plus de chance, lui adressa Nero, se plaçant à son tour en position.

Shiro lui rendit un sourit reconnaissant.

Il l'acceptait... il acceptait que cette arme lui revienne.

- Je ne te ferais pas de cadeau pour autant.

- Héhé, moi non plus, répondit Shiro.

C'était ce qui leur fallait à tous les deux... un entraînement.

Un moment ensemble.

Shiro inhala, exhala et chargea. Aussi rapides que des tirs, sous les yeux attentifs des soldats, les deux combattants s'élancèrent l'un vers l'autre.


« J'ai observé comment tu te comportais avec les soldats. »

Assis ensemble sur les marches d'escalier qui menait à leur maison, Nero et Shiro faisaient face aux montagnes.

Maintenant, à chaque fois qu'il les regardait, Shiro sentait son cœur se serrer. Mais il tâchait de ne pas trahir ses émotions devant Nero.

« ... Tu te débrouilles bien », le complimenta Nero à voix basse.

Shiro sourit.

- Tu le penses ?

- Oui.

- Ce n'était pas grand-chose... je leur ai seulement demandé de s'entraîner.

- Même... Faire cela relève de l'exploit, encore plus pour un enfant de ton âge. Cela reste Deepground, après tout.

Nero se recroquevilla sur lui-même. A son tour, il ferma les yeux, se laissant aller à ses pensées.

- Et c'est ce que tu es, ajouta-t-il. Un enfant.

- Je le sais, fit Shiro, souriant amèrement à ce commentaire. Tu as peur pour moi.

- J'ai toujours peur pour toi.

- Mais... à nous deux, on pourrait régner sur Deepground, non ? Cela ne devrait pas être trop compliqué. Surtout que tu as l'expérience.

Son oncle entrouvrit ses paupières. Lentement, il se retourna vers l'enfant.

A nouveau ce regard indescriptible...

- Seulement si tu veux bien m'apprendre, bien sûr, ajouta Shiro, d'une petite voix.

- ... Shiro...

Son oncle marqua un temps, comme s'il hésitait à poursuivre sur cette voie.

Au final, il s'y tint. Et l'enfant ne fut aucunement préparé à ce que Nero s'apprêtait à lui annoncer.

- Deepground, cette qualité d'héritier, toutes ces responsabilités... tout cela n'est pas pour toi.

- Que veux-tu dire ?

- Tu ne seras jamais heureux ici. Je le sais. N'essaie pas de le nier.

Le regard perçant de son oncle lui traversa le cœur.

Il le connaissait par cœur...

Shiro ouvrit la bouche, mais aucun son n'en émana.

- Je souhaite que tu reçoives ce que ton père... ce que moi-même, nous n'avions jamais pu recevoir.

- Tu parles de...

- Une jeunesse. Je ne souhaite pas que tu deviennes un enfant soldat. Je ne souhaite pas que tu deviennes comme moi. Je ne veux pas que tu sois l'héritier de Deepground, surtout si cela n'est pas ta volonté. Et je sais qu'ici... cet endroit, quand bien même il nous protège du monde extérieur, n'est pas ta place. Tu n'y appartiens pas.

La chaleur monta à la tête de l'enfant.

Son corps entier se mit à trembler.

N'était-ce qu'un rêve ?

Nero ne pouvait pas sérieusement lui dire que...

- Tu appartiens au monde extérieur. Ta place est là-bas. Elle n'a jamais été nulle part ailleurs, déclara Nero. Et... je peux t'y ramener.

- Tu veux dire que... tu es d'accord pour qu'on y retourne ? Qu'on rentre ensemble chez nous ? Au monde des humains ?

Il n'aurait jamais cru entendre de tels mots de la part de son oncle, qui l'avait toujours protégé, qui s'était toujours méfié des humains...

C'était... inespéré !

Shiro n'arrivait pas à contenir la joie qu'il ressentait. Il était sur le point de se jeter sur lui, de le remercier encore et encore.

- ... Je ne viendrai pas avec toi, Shiro.

Le visage de Shiro se décomposa.

En à peine quelques secondes, le choc, l'effarement remplacèrent la joie de l'enfant.

Quoi ?

Il fixa son oncle, incrédule. Nero essaya de garder une attitude digne, déterminée quand bien même sa voix trembla.

- Tu m'as entendu. Je te ramènerai au monde des humains mais... je ne t'y suivrai pas, Shiro.

- Qu'est-ce que tu racontes ? On a toujours été ensemble !

- Pas cette fois-ci.

- Papa Nero...

Nero baissa les yeux, se contentant de dire « non » d'un signe de tête.

- Je n'y appartiens pas, Shiro.

- Tu y as autant ta place que moi !

- Non. Jamais je ne m'y adapterais. Et si c'est possible un jour, je ne m'y sens pas prêt. Sans compter que j'ai rompu le marché. Si j'y retourne, je devrais subir un procès. Et je ne veux pas y rester enfermé, emprisonné alors qu'il y a Deepground à gérer ici.

Non.

Shiro le refusait. Il se mit debout, se plaçant à hauteur de son oncle, le fixant avec son regard céruléen intense.

- Si c'est ta décision, je reste ici ! Je refuse qu'on soit séparés.

- Shiro...

- Non ! Je le refuse ! S'il te plaît, Papa Nero !

La voix de Shiro se brisa. Les larmes embuaient déjà sa vision.

- Je ne peux pas... je ne veux pas te quitter !

- Shiro...

Nero entoura les épaules de l'enfant d'un bras, l'attirant doucement contre lui tandis dans une étreinte réconfortante.

- Tout ce qui compte pour moi, c'est ton bonheur. Et je serais égoïste si je refaisais la même erreur, en te gardant enfermé ici alors que ce monde ne t'appartient pas. Je sais qu'il s'agit de ton plus profond désir... et quand bien même cela me déchire le cœur, je sais que cela te rend heureux. Je dois te laisser partir, Shiro.

- Non... non...

Il avait déjà perdu son père...

- Je ne veux pas te perdre toi non plus, hoqueta-t-il difficilement, s'accrochant à lui désespérément.

- Tu ne me perdras pas, Shiro. Il ne s'agit pas d'un adieu. Je serais toujours là. Je veillerai toujours sur toi. Tu sais, il ne s'agit qu'une distance entre deux dimensions. Je te rendrai visite, aussi souvent que possible... mais tu dois suivre ta propre voie.

Je serai toujours là...

Shiro ferma les yeux, ses épaules montant et descendant.

- Et puis, déclara Nero. Si je te sais là-bas... peut-être que cela me donnera la force de ne pas céder à mes pulsions et à ma soif de destruction, s'il y avait un moyen de ramener mon frère adoré. Peut-être que cela me donnera la motivation de ne pas tout détruire, tout décimer sur mon passage si tu es là...

- Papa Nero...

- Je sais qu'il y a des gens là-bas qui prendront soin de toi. Bien plus que je ne saurais jamais le faire.

- Et toi ? Que vas-tu faire ?

Nero resserra son étreinte.

- Je l'ignore encore. Je dois y réfléchir, penser un peu à moi-même... A ce que va devenir Deepground, si ce n'est pas pour attaquer le monde des humains. C'est tout ce que je peux dire. Mais... tu ne dois pas t'arrêter de vivre à cause de moi, de Weiss... même si tu me manqueras terriblement.

- Toi aussi, Papa.

Cette fois-ci, Nero ne le corrigea pas.

Shiro comprit alors qu'il avait l'autorisation. L'autorisation tant attendue de l'appeler « Papa » au lieu de « Papa Nero ».

Cela le rendait triste... mais en même temps, cela lui apportait une telle joie.

- Je t'aime, Papa.

- Je t'aime aussi, Shiro.

Ce n'était pas un adieu.


Shiro eut l'impression qu'il n'y était pas retourné depuis une éternité.

Encore à l'intérieur des ténèbres, Shiro jeta un coup d'œil derrière son épaule.

Cela serait si simple de revenir sur sa décision et d'y retourner... de rejoindre Nero. De prétendre que rien n'avait changé.

Mais plus rien ne serait comme avant.

Quand bien même il ne le vit pas, Shiro put deviner que Nero lui adressait de grands gestes pour l'inciter à continuer, à ne pas se retourner.

L'enfant lui adressa un sourire chaleureux, lui rendant de grands gestes.

C'était un « au revoir ».

Pas un adieu.

Shiro prit une profonde inspiration.

Il était prêt.

Il franchit les derniers mètres pour sortir du passage.

Derrière lui, à l'abri des regards, Nero s'effondra en sanglots dès que l'enfant eut quitté les ténèbres.


Dès que le portail se referma, Shiro se retrouva en plein dans le centre-ville d'Edge. Il était au milieu de la Place du Marché. Des passants en masse allaient et venaient, chacun plongés dans leurs activités.

Son sac à la main, Shiro fit un pas hésitant.

Puis un deuxième...

Enfin, il se mit à marcher, sans savoir où aller.

Son appartement ?

Pouvait-il revenir à son appartement ? Alors que Nero n'y était plus ? Shiro baissa la tête, retenant ses larmes.

Le « Septième Ciel ».

L'endroit même où Vincent Valentine lui avait donné rendez-vous, la première fois qu'il avait quitté sa dimension.

« Shiro ? »

Mais il n'eut pas besoin de faire le trajet.

Shiro se retourna vers la source de la voix familière qui l'interpella.

Son cœur manqua de s'arrêter en les voyant.

Denzel... Marlène...

Vincent.

« Shiro ! »

Marlène lâcha son sac de cours.

Elle fonça droit sur Shiro qui lâcha le sien et tendit les bras vers elle.

Les deux s'étreignirent fortement, bientôt rejoint par Denzel qui les entoura de ses bras, Vincent à quelques mètres d'eux.

L'homme à la cape rouge portait même l'ombre d'un sourire sur son visage à la vue des trois amis réunis.

- Tu nous as manqués ! Tu nous as tellement inquiétés !

- Vous aussi, leur répondit Shiro, d'une petite voix. Vous aussi...

- Les autres seront tellement ravis de te revoir ! Tu as besoin d'aide pour ton sac ? On se mange quelque chose ? On se fait une partie de « Dance like Andy » ? lui adressa Denzel, excité.

Shiro lui sourit en retour.

- Peut-être plus tard...

- Ne nous refais plus jamais ça, Shiro ! s'écria Marlène avant de l'attirer dans une nouvelle étreinte.

Non.

Shiro le lui promit. Et il tiendrait parole.


L'enfant avait oublié que le temps s'écoulait différemment entre les dimensions.

Quelques jours dans cette dimension parallèle consistait à quelques mois dans le monde extérieur.

Les pauvres, ils avaient dû être tellement inquiets.

Il leur avait tout racontés.

Tout ce qui lui était arrivé depuis qu'il avait quitté Tifa. Il était sincèrement soulagé que cette dernière aille bien. Que rien de dangereux n'était arrivé à Aerith.

Il leur avait raconté leur confrontation avec Charon, sa rencontre avec Weiss, la dimension où Nero les avait mis à l'abri...

Pourtant, il eut beaucoup plus de mal à évoquer Omega sans que les émotions n'entravent son récit. Mais heureusement, ils étaient compréhensifs. Cloud lui avait assuré qu'il n'avait pas à continuer s'il s'en sentait incapable.

Mais Shiro avait persévéré et avait achevé son récit. Il l'avait raconté jusqu'au bout.

« Qu'en est-il de Nero ? » lui demanda Reeve Tuesti tandis qu'il prenait des notes, une fois que l'enfant eut terminé.

Shiro baissa la tête.

- Il reste là-bas. Mais il a promis qu'il n'attaquerait pas le monde des humains avec Deepground.

- Cela ne change pas le fait qu'il a rompu son marché et qu'il a échappé à son procès, grinça Cid, appuyé contre le mur. Qui dit qu'il ne reviendra pas sur sa parole ?

- Parce que je reste ici, insista Shiro, sûr de lui.

Il pouvait lui faire confiance par rapport à cela.

Vincent croisa les bras, une lueur amusée dans son regard quant aux protestations de Cid.

- Ce n'est pas encore parfait. Mais... au moins, cela prouve que n'importe qui est capable de changer.

Cette phrase rassura grandement Shiro.

Il avait toujours été là pour lui. Comme les autres, d'ailleurs, mais il avait été le premier à lui tendre la main. A lui faire voir la vérité.

- Mouais. Si vous le dites, ronchonna Cid.

- On restera quand même en alerte, déclara Reeve, pliant son cahier.


« ... Tu penses que j'ai eu tort de laisser Weiss prendre ma place ? » demanda Shiro une fois que lui et Vincent furent seuls.

Avant que Denzel et Marlène ne bondissent sur les adultes et leur demandent si Shiro allait dorénavant habiter avec eux, une chose à laquelle Shiro s'était attendue, Vincent les avait interrompus.

Il avait demandé à l'enfant de le suivre, au prétexte qu'il l'emmenait « quelque part », sans pour autant dévoiler davantage d'informations. Mais après tout, Vincent n'avait jamais été particulièrement loquace.

Encore une fois, il ressemblait tellement à son oncle.

Il avait besoin de se confier. Il avait besoin qu'un autre adulte que Nero lui donne un point de vue.

Vincent se retourna.

- ... Je sais que tu te sens coupable, Shiro. Quand Omega est apparu, j'ai essayé d'appeler Chaos. J'ai essayé de le contacter, pour trouver une réponse à ce qui était en train de se produire. S'il s'agissait réellement du Début de la Fin. Si la Planète était en voie d'extinction... Mais je n'ai rien pu faire. Chaos n'est pas venu à moi. J'en suis navré.

- Chaos aurait pu trouver une solution ? lui adressa Shiro d'une petite voix.

- Je l'ignore. Mais tout ce que je peux te dire... c'est que ton père était déterminé. Il ne désirait pas te voir disparaître et il a pensé faire ce qui devait être fait. Même si pour cela, il devait embrasser un rôle qu'il ne désirait pas, je pense que cela lui convenait si cela permettait de te garder toi et Nero en sécurité.

Shiro émit un triste sourire face à la réponse de Vincent.

Cela lui faisait du bien. Cela le rassurait, même.

- Et donc, déclara Vincent alors qu'il s'approchait peu à peu de leur destination, tu penses lui avoir pardonné ? A Weiss ?

- ... Je l'ignore encore. Peut-être.

- Cela peut te libérer d'essayer le pardon, Shiro.

Il s'arrêta.

Sans se retourner, il lui demanda :

- Il y a... une autre personne quelque part qui te demande pardon. Si tu le souhaites, bien sûr.

Shiro releva le regard, stupéfait.

La gare d'Edge.

- J'ai pris deux billets pour le Wutaï. Libre à toi d'accepter ce chemin, Shiro.

Shiro ne répondit pas.

Se libérer en essayant le pardon...

L'enfant inspira. Il n'eut pas besoin de mot pour lui faire savoir sa décision.

Il s'était déjà avancé vers l'entrée de la gare, l'homme à la cape rouge à ses côtés.


Ils l'attendirent devant la Pâtisserie.

Shiro eut du mal à cacher son inquiétude, sa nervosité. Vincent garda sa main de fer sur l'épaule, un geste pour le rassurer. Lui dire que cela se passerait bien. Qu'il serait présent tout du long.

Oui. Shiro n'aurait pas pu tout seul.

La porte de la boutique s'ouvrit.

Portant toujours son tablier, la femme en sortit.

Les yeux de Shiro s'écarquillèrent à sa vue.

Des cheveux noirs de jais, des yeux marron fatigués, les traits marqués les évènements...

Elle était belle, pensa-t-il.

Leurs regards se croisèrent.

Immédiatement, Shiro se raidit. Il ne fut pas le seul.

La femme s'était arrêtée. Les lèvres tremblantes, elle fixait Shiro avec une expression craintive mêlée à du soulagement apparent.

Shiro... ne sut pas comment interpréter sa réaction.

Est-ce qu'elle allait faire demi-tour ?

Il réalisa qu'elle tenait quelque chose dans sa main.

Une fleur de lys.

Ophelia hésita, mais bientôt, elle s'approcha d'un pas lent dans sa direction.

A son tour, Shiro s'avança.

Ophelia garda la main levée vers l'enfant, comme si elle voulait le toucher, mais qu'elle en avait peur...

Ils furent à présent à quelques mètres l'un de l'autre.

La gorge nouée par l'émotion, Shiro la laissa venir à lui.

Ophelia se rapprocha encore.

L'instant d'après, il sentit la main de sa mère sur sa joue.

Ce contact...

Il paraissait si naturel...

« Mon fils... » souffla Ophelia, essayant de sourire à travers les larmes.

Il le réalisait, maintenant.

Il avait hérité de son sourire.

Shiro ne retint pas ses propres pleurs.

L'instant d'après, Ophelia l'avait attrapé dans ses bras, le serrant fortement contre elle.

Oui...

Il pouvait lui pardonner. Il pouvait lui accorder cette deuxième chance.

Il savait déjà qu'Ophelia la saisirait.


« C'est délicieux ! »

Installés ensemble, tous les trois à la table de l'arrière-boutique, Ophelia avait préparé des gâteaux. Elle les posa tous en ligne droite devant Shiro qui se dépêcha de les attaquer.

- Doucement, Shiro, lui souffla Vincent.

- Vous n'en désirez pas ? l'interrogea Ophelia, la voix douce et prévenante.

Vincent secoua la tête.

- Tu as tort ! Ils sont délicieux ! commenta Shiro avant d'enfoncer une tarte aux fraises entière dans la bouche.

- Je suis contente. Manges-en autant que tu le veux, apprécia Ophelia, chaleureuse.

Shiro lui sourit. Si elle l'autorisait, il allait se faire plaisir.

- Merci.

- Je t'en prie.

Ophelia joignit ses mains, avant d'ajouter :

- Je connais un ami qui possède un Chocobo, l'informa-t-elle. Je peux peut-être te demander à ce qu'on le loue pour quelques heures ? Afin qu'on apprenne à se connaître ?

- J'adorerai- !

Un Chocobo...

Shiro se raidit. Il fut incapable de bouger, de parler.

- Shiro ?

Il repensait au Chocobo que lui avait fait découvrir Nero. Et également à celui qu'il avait loué et à ce moment qu'ils avaient partagé dans le parc...

Shiro ne réalisa pas qu'il gardait sa fourchette en suspens. Ni qu'Ophelia avait déjà quitté sa chaise pour l'examiner avec inquiétude.

- Tout va bien ?

- ... Je...

Il secoua la tête, reposant sa fourchette à côté de son assiette.

- ... Pas de visite à dos de Chocobo, s'il te plaît. Pas... pas maintenant. C'est trop tôt.

Il avait peur d'être impoli.

Heureusement, Ophelia ne le prit aucunement mal.

Elle lui adressa seulement un sourire compréhensif.

- Bien sûr. On ira à ton rythme. D'accord, Shiro ?

- Oui.

- Et... si cela peut te rassurer... il paraît que si on écrit un message et qu'on le fait porter via ce Chocobo, il retrouvera toujours la personne pour le lui donner.

- Vraiment ?

Ophelia hocha la tête tandis que Vincent buvait une gorgée de son café froid.

- Et... tu pourras me montrer ? la questionna Shiro avec intérêt. Je veux dire... est-ce que tu pourras me montrer... Maman ? ajouta-t-il avec une certaine prudence et une légère timidité.

Les yeux de sa mère s'éclairèrent.

La réponse d'Ophelia ne se fit pas attendre.

- Bien sûr. Tout ce que tu voudras, mon fils.