Drarry – Chapitre 1

Hermione frissonna. Elle enfila une veste en laine beige que la mère Weasley lui avait tricoté avant de rejoindre Ron sur le canapé. Les traits tirés, elle inquiétait son petit-ami roux car il savait qu'elle dormait très mal la nuit. Son calvaire intérieur durait depuis une semaine. Depuis l'incident.

- Tu crois qu'il va bien ? Demanda la brune en détachant ses cheveux volumineux.

L'inquiétude se lisait sur son visage autant qu'elle s'entendait dans sa voix. Ron soupira. Comment la rassurer alors que lui-même n'en avait aucune idée ? Inutile de mentir, Hermione le saurait tout de suite. Alors, il lui prit la main et fut honnête.

- Je l'espère. Si ces gens ont dit qu'ils étaient capables de l'aider, c'est que ça doit être vrai.

Hermione hocha la tête silencieusement, semblant accepter cette explication. L'ombre ne quitta pas son regard pour autant. Les images tournaient sans cesse dans sa tête.

Tout avait commencé à la fin de la bataille contre les forces du mal. Harry avait vaincu le mage noir et les mangemorts avaient été repoussés. La mort de Voldemort avait signé la fin de la guerre et la fin d'une époque de terreur. Le problème n'était pas là. Quelques temps plus tard, un peu avant le début des vacances d'été, Harry Potter s'était plaint à ses amis d'un mal de tête assez dérangeant. Il disait également que des phénomènes étranges avaient lieu de plus en plus souvent. Lorsqu'il en avait parlé pour la première fois, Ron avait ri :

- Harry, nous sommes dans un monde de sorciers ! Il n'y a rien d'étrange, juste de la magie.

Hermione, elle, avait tout de suite compris que quelque chose n'allait réellement pas. Un soir, Harry s'était confié à elle et lui avait raconté qu'il entendait des voix dans sa tête, sans arrêt.

- J'entends ta voix, celle de Ron, mais pas que. J'entends les voix de tous les gens que je croise et c'est… C'est infernal, lui avait avoué le Survivant, l'air abattu. Elles se rencontrent, s'entrechoquent, se mélangent. C'est un capharnaüm constant !

En premier lieu, la lionne avait légitimement pensé à une maladie mentale moldue. Quelque chose comme de la schizophrénie, ou une variante. Cela lui avait percé le cœur d'imaginer que son ami souffre à cause de ça, mais il fallait parfois être réaliste. Cependant, elle s'était vite rendu compte que ça ne collait pas. Pourquoi ? Parce que ce n'était pas simplement sa voix qu'Harry entendait…

- Non, je… Je ne pense pas être atteint de schizophrénie.

- Mais Harry, je n'ai pas parlé… Avait-t-elle balbutié, les yeux ronds.

- Pardon alors, peut-être que j'ai réellement un problème, avait soupiré Harry Potter, las.

- Non, Harry, je… C'est autre chose. Je n'ai pas parlé, mais j'ai émis cette supposition dans ma tête.

… Mais bel et bien ses pensées.

Harry l'avait regardé, confus, avant de se refermer sur lui-même. Depuis ce soir-là, ils n'en avaient plus reparlé.

Quelques temps plus tard, les trois amis s'étaient retrouvés dans le monde sorcier pour entamer leurs vacances d'été dans de bonnes conditions. Quoi de mieux que se balader entre amis dans la capitale ? Loin des horribles Dursley pour Harry, mais aussi de Poudlard, cet endroit si studieux et sérieux qu'ils retrouveraient dès la rentrée pour rattraper leur dernière année ratée.

Cependant, un incident de grande envergure avait eu lieu. Dans un bar que leur avait conseillé Ron, quatre personnes étaient venues accoster les trois sorciers. Ils étaient ivres, puaient leurs grands morts et semblaient armés. Ils avaient invectivé Harry en lui disant qu'il avait trop tardé pour éliminer celui dont il ne fallait pas prononcer le nom, ajoutant que par sa faute, trop de gens innocents avaient péri. Au début, le Survivant avait essayé de ne pas trop réagir, bien que le fait qu'on lui rappelle cette vérité le faisait atrocement souffrir. Il savait que beaucoup de gens étaient morts par sa faute et essayait chaque jour de s'en remettre. Pour essayer de ne pas énerver plus que cela les quatre ivrognes, Harry répondait calmement, presque de manière pitoyable. Provoquer une personne ivre, c'était dangereux. Le risque étant ici multiplié par quatre, il valait mieux ne pas faire le malin. Ron et Hermione avaient tout de suite compris leurs intentions. Harry avait espéré qu'ils s'en aillent vite, il était fatigué d'entendre toutes ces voix autour de lui.

Néanmoins, les choses avaient pris un tournant dramatique lorsque les quatre individus avaient commencé à se montrer violents. Mais ce n'était pas ça qui avait précipité les choses. C'était les pensées qu'Harry avait entendues.

La fille est bonne, je vais me la faire et elle va en redemander la salope. J'vais la tailler aussi, elle sera sublime.

Une autre.

La tête de ce roux… J'peux pas me la voir en peinture. J'vais le défigurer jusqu'à ce qu'on ne puisse plus le reconnaître, là ce s'ra mieux. Lui péter le nez et lui arracher les dents.

Il y avait eu des pensées le concernant, lui aussi. Mais Harry n'en avait eu cure. Qu'on l'attaque lui, c'était une chose. Que l'on veuille faire du mal à ses deux meilleurs amis, c'en était une autre. Lorsque l'un des individus sortit un couteau et s'approcha d'Hermione, Ron s'interposa et il se prit une grosse droite de la part d'un autre. Harry, lui, était pétrifié. Aucun des trois élèves de Poudlard n'avait pris sa baguette, pensant simplement passer un moment simple à se détendre.

Tout avait changé lorsque Hermione avait poussé un cri, derrière lui. Un cri de douleur et de désespoir. Dans la tête d'Harry, les voix s'étaient faites plus fortes, plus intenses, insupportables. Il vrilla. Immobile, il serra ses mains sur sa tête et hurla à son tour.

Le silence s'était emparé du bar. Un silence lourd.

Après quelques secondes, Harry s'était mis à trembler et tomba à genoux. Ron s'était précipité vers lui et l'avait aidé à se relever, tandis qu'Hermione était déjà sortie du bar. Sur leurs visages, le choc. Sur celui de Sauveur, de l'horreur et de la confusion. Il y avait du sang sur la peau et les vêtements de ses amis, qui le tiraient hors d'ici.

Plus tard, ils avaient fini chez Ron. Tout le monde s'était lavé et changé, Molly avait prêté des vêtements à Hermione, tandis que pour Harry, c'était le rouquin qui s'était occupé de lui trouver quelque chose. Personne n'avait parlé de ce qui s'était passé, tous les trois étaient restés muets, jusqu'à ce que Harry ne leur demande pourquoi ils avaient du sang sur le visage en sortant du bar.

Ce fut Ron qui lui avait tout raconté. Au moment où Harry avait hurlé, les mains sur sa tête, les crânes de trois des quatre individus avait littéralement explosé. Le troisième avait soudainement saigné des yeux, du nez, des oreilles et de la bouche, comme si quelque chose avait sauté à l'intérieur de sa tête. Puis, il s'était effondré.

Harry s'était mis à trembler plus fort que jamais en répétant que tout était de sa faute. Il les avait tués, sans trop savoir comment. Il avait fait exploser leurs cerveaux à chacun. Il le savait, il le sentait. Mais comment, pourquoi ? Aucune idée.

Ce soir-là, aucun des trois adolescents n'avait dormi et Ron avait fait en sorte que ses parents et ses frères ne viennent pas l'interroger. Concernant Ginny, aucun problème, elle n'était pas là.

Deux jours plus tard, trois individus avaient toqué chez les Weasley et avaient demandé à voir Harry Potter. Leur tenue intégralement noire et leur air profondément neutre avait marqué les trois adolescents ainsi que les parents Weasley.

Les trois hommes s'étaient présentés comme étant des Psi, des êtres dotés de capacités psychiques hors du commun. Ils avaient eu vent d'un incident un peu particulier survenu dans le monde magique et avaient enquêté avant de remonter la piste jusqu'à Harry et d'étouffer l'affaire auprès du ministère de la magie.

- Monsieur Harry Potter est jeune et aurait, semble-t-il, des capacités semblables aux nôtres. Nous pensons qu'il est un Psi latent. Un Psi dont les facultés ne se seraient révélées que sur le tard. De par votre jeunesse, jeune homme, il serait assez injuste que vous soyez inculpé pour cette affaire.

- Mais je… Je les ai tués, avait soufflé Harry, profondément mal.

- Disons que vos capacités se sont révélées au grand jour un peu trop subitement et que vous ne sachiez pas les contrôler.

Hermione n'avait rien dit, se contentant de regarder Ron dans les yeux. Cela suffisait, ils s'étaient compris. La voix de ces gens était très posée, extrêmement calme et dénuée de toute émotion. Leur regard ne trahissait absolument rien.

- Nous faisons partie d'un centre de formation Psi. Généralement, nous formons nos enfants à contrôler leurs facultés dès le plus jeune âge pour éviter ce genre de désagrément. Vous êtes un Psi puissant, monsieur Potter. Il serait dommage que vous perdiez à nouveau le contrôle de vos facultés dont vous ne savez certainement pas vous servir. Voici ce que nous vous proposons une formation de deux mois dans notre centre pour vous permettre de comprendre ce que vous êtes et maîtriser vos pouvoirs.

- Attendez, s'était interposée Hermione. Je n'ai jamais entendu parler de Psis ou je ne sais quoi. Comment pouvons-nous être certains que cette… Formation sera bénéfique pour lui ?

- Il est normal que vous ne nous connaissiez pas, avait répondu de façon mécanique un homme blond aux yeux bleus. Notre espèce est crainte et discriminée alors, nous nous cachons. Vous comprenez, qui dit capacités psychiques dit, pour la plupart des humains, manipulation mentale. Les gens ne nous croient pas et cherchent à nous nuire. Pour éviter cela, nous vivons de manière discrète. En cherchant bien dans vos livres, vous nous trouverez.

L'homme avait fait une pause et avait regardé Harry, sans aucune émotion.

- Notre formation ne peut être que bénéfique pour lui et l'empêchera de perdre le contrôle à nouveau. L'incident d'il y a deux jours ne se reproduira plus.

Harry s'était levé et avait accepté de les suivre. Ses yeux brillants de chagrin, il avait fait une rapide valise avec quelques affaires de Ron et était allé dire au revoir à ses amis. Il leur avait dit que, même si tout ça, c'était nouveau et dur à croire, il voulait avoir l'espoir de ne jamais refaire ce qu'il avait fait. Il était détruit et avait d'ores et déjà commencé à maigrir, refusant de manger quoi que ce soit. La culpabilité était en train de le rendre dingue. Ron et Hermione n'avaient rien pu faire d'autre qu'accepter sa décision, la jeune femme se promettant de se renseigner sur le sujet.

Quelques jours plus tard, elle avait effectivement trouvé quelques informations dans de vieux livres de la principale bibliothèque de la capitale. Elle avait alors été un peu rassurée de constater que ces gens lui avaient dit la vérité. Néanmoins, un sentiment d'angoisse restait ancré en elle et ne voulait pas la quitter. La lionne se forçait alors à se dire qu'elle stressait trop, que tout irait bien pour Harry et qu'il reviendrait, tranquille. Elle se souvenait de son regard avant de les quitter. Ces yeux verts détruits de l'intérieur, terrifiés par l'acte involontaire de leur propriétaire.

Ron et Hermione vivaient ainsi chez le roux depuis cet incident et n'avaient pas passé une bonne nuit depuis. Oui, leur meilleur ami avait tué quatre personnes en leur faisant exploser le cerveau à distance. Pourtant, ils n'arrivaient pas à lui en vouloir. C'était involontaire et Harry ne comprenait toujours pas ce qu'il s'était passé ni comment il avait pu faire cela. Une chose était certaine, leur ami avait désespérément besoin d'aide et ils espéraient de tout cœur qu'il reviendrait, un peu mieux dans sa peau, avec des capacités qui n'échapperaient plus à leur contrôle. Quant à eux-mêmes, ils chérissaient l'espoir de passer une nuit sans faire de cauchemars avec des cris, du sang et des cerveaux qui explosaient.