L'âme brisée – Chapitre 2
Le jour de la rentrée à Poudlard était arrivé, bien trop lentement aux yeux de Ron Weasley et Hermione Granger. Il ne leur tardait qu'une chose voir Harry, savoir comment il allait. Le Survivant leur manquait atrocement. Ils n'avaient pas eu de nouvelle de sa part, mis à part une maigre lettre de la part de l'un de ses formateurs. Cette lettre, Hermione l'avait toujours sur elle. À force de la lire, elle la connaissait par cœur.
« Ron Weasley, Hermione Granger,
Je vous envoie cette lettre pour vous informer du bon déroulement de la formation de Harry Potter. C'est un garçon au potentiel exceptionnel qui excelle dans plusieurs domaines du psychique, ce qui est assez étonnant. Il commence finalement, au bout de deux semaines, à maîtriser ses capacités. Pour obtenir les meilleurs résultats, nous avons fait en sorte de soigner son traumatisme.
Harry Potter sera bien présent à Poudlard à la rentrée. »
C'était la seule lettre qui leur avait été envoyée mais elle leur avait permis de tenir jusqu'à ce jour. Durant deux mois, Hermione avait ressassé ce que lui avait dit Harry avant l'incident. Il était lié à ce que lui seul pouvait entendre, elle le savait mais avait mis du temps à faire le lien.
Dans le train, Ron et Hermione croisèrent Neville et Luna, ainsi que Blaise Zabini, qui leur avait parlé sans animosité, pour leur plus grande surprise.
- Vous êtes venus sans Potter ? Nota-t-il simplement.
- Nous n'avons pas pu partir en même temps, mentit Ron.
Il voulait protéger Hermione, ne pas reparler de cet épisode dont ils ne s'étaient qu'à moitié remis. Les images de mort les hantaient toujours, moins violemment. Néanmoins, elles étaient toujours là, obsédantes, terrifiantes. La main dans le dos de la jeune femme Ron regardait les trois personnes qui leur faisaient face. Blaise hocha simplement la tête, leur souhaita un bon trajet et partit dans un autre wagon. Ron et Hermione étaient inquiets de ne pas avoir vu Harry en montant dans le train, mais ils ne dirent rien. Neville et Luna s'installèrent face à eux et la route fut ponctuée de discussions variées qui changèrent un peu les idées des meilleurs amis du Survivant.
La rentrée avait eu lieu et l'absence d'Harry Potter, fut particulièrement remarquée. Néanmoins, les professeurs ne semblaient pas surpris, encore moins la remplaçante de Dumbledore, Minerva McGonagall. Quelques Serpentards dont Drago Malefoy en allèrent de leur bon commentaire mais ça, c'était habituel. Ron et Hermione n'y réagissaient que peu. Personne ne remarqua rien, mis à part l'éternel rival d'Harry.
En effet, lorsqu'il lâcha une remarque désobligeante sur l'absence du Survivant, il vit la lueur de chagrin passer dans les yeux de la lionne et la douleur dans ceux du rouquin. C'était fugace et seul un œil acéré pouvait remarquer ce détail. Un œil comme le sien. Néanmoins, il ne chercha pas plus loin. Sans doute la belette et la Sang-de-bourbe étaient triste que leur ami si fidèle ne les accompagne pas, ce qui était une première. Cependant, cette hypothèse ne tint pas la route puisque le Survivant n'apparut pas de la journée. Personne ne le vit non plus durant les premiers cours, ni au repas du soir, ce qui attisa la curiosité de beaucoup d'étudiants, y compris Malefoy. Certains allèrent interroger Ron et Hermione, qui ne lâchèrent rien. Chacun menti en disant qu'ils ne connaissaient pas la raison de l'absence de Potter. Cependant, chaque fois qu'on lui posait cette question, le regard de la lionne s'assombrissait et Drago semblait être le seul à l'avoir remarqué.
Le soir, tout le monde partit se coucher tôt et Ron eut beaucoup de mal à dormir. Dans cette chambre qu'il partageait avec Neville, il y avait un lit vide. Celui d'Harry. Le rouquin avait demandé à McGonagall d'occuper une partie du dortoir où il pourrait garder une place pour son ami et la directrice avait accepté avec un regard indescriptible. La tête sur son oreiller confortable, Ron se tourna encore et encore, ne trouvant pas de bonne position pour dormir. Lorsqu'il parvint finalement à basculer dans le monde de l'inconscience et des rêves, des images d'horreur lui parvinrent aussitôt.
Tout comme Hermione dans le dortoir des filles, Ron cauchemarda une bonne partie de la nuit.
Le lendemain, la plupart des étudiants se levèrent tôt. Les premiers jours, il n'était pas étonnant de voir une attitude exemplaire chez la plupart des élèves. C'était l'euphorie du début, le désir de bien faire. Généralement, cela ne durait pas plus de quelques semaines.
Chacun déjeuna à son rythme et les premiers cours commencèrent aux alentours de huit heures trente. Ce matin-là, les Gryffondor avaient un cours en commun avec les Serpentards. Encore une fois, pas de trace d'Harry. Hermione commençait clairement à montrer son inquiétude. Ron gardait ses ressentis pour lui, de manière à ne pas accabler la lionne et augmenter son angoisse.
Aux alentours de midi, tout le monde alla manger dans la grande salle, chaque maison à sa table. Ron peina à faire avaler à Hermione les pommes de terre qui remplissaient son assiette. La jeune femme s'en voulait, c'était indéniable. Elle culpabilisait de ne pas avoir fait le lien entre les voix qu'entendait Harry, qui n'étaient en fait que les pensées des gens qui l'entouraient et l'incident. Les pensées qui l'avaient fait vriller car oui, Harry leur avait confié, avant de partir, ce qu'il avait entendu et qui lui avait fait, semble-t-il, perdre le contrôle. Par extension, elle s'en voulait pour ne pas avoir forcé pour qu'il reste avec Ron et elle. Cette formation, c'était une mauvaise idée et elle en avait toujours eu l'intime conviction. Mais quelle autre alternative avaient-ils eue ? Aucune. Celle-ci avait été la seule possible. Harry avait des capacités inconnues, c'était indéniable.
Au beau milieu du repas, le silence se fit soudainement dans la grande salle, à tel point que Ron et Hermione levèrent les yeux de leur repas. Yeux qui mirent du temps à reconnaître la personne qui venait de pénétrer dans la pièce. Ils tombèrent des nues.
Harry, vêtu de la tenue habituelle que portaient tous les Gryffondors, avançait d'un pas mesuré, très régulier, presque militaire. Droit comme un piquet, il avait un port de tête excellent et ses lunettes, semblant neuves, luisaient presque tant le métal avait l'air récent. Le plus choquant était au niveau de sa tête. Pour la première fois, ses cheveux étaient impeccablement plaqués en arrière, pas un seul ne se rebellait, ce qui était particulièrement étonnant. Sa cicatrice en forme d'éclair, qu'il cachait toujours, était cette fois pleinement exposée aux yeux de tous. Le pire était son regard. Toujours de ce vert émeraude magnifique, malheureusement bien terne ce jour-là. Terne et surtout, atrocement vide. Ce visage d'une impassibilité extrême ne plut pas au rouquin et à la lionne qui étaient bouche bée.
Sans un pas de trop, Harry s'arrêta à la table des professeurs et tendit une lettre à la directrice de Poudlard. Cette dernière la lut rapidement et déclama :
- Nous en rediscuterons, monsieur Potter.
L'air un peu soucieux de la sorcière n'échappa à personne. Harry hocha simplement la tête et tourna les talons vers sa table de maison. Il s'installa à l'une des dernières places disponibles, devant une assiette vide, non loin de ses deux meilleurs amis. Bien vite, apparurent dans son assiette cinq espèces de barres marron clair, dont la couleur pouvait rappeler celle du chocolat au lait, en moins foncé.
Dans la salle, chacun reprit peu à peu la conversation avec ses voisins de table, bien que des dizaines de regards convergeaient régulièrement en direction d'Harry Potter, dont l'étrange arrivée en avait surpris plus d'un. L'air qu'il dégageait était différent de d'habitude, un peu trop peut-être. Certains se demandaient depuis quand le Sauveur se coiffait-il, d'autres s'interrogeaient sur son attitude quasi militaire et l'absence d'expression sur le visage.
Alors que l'origine de toute cette agitation commençait à couper l'une des barres protéinées à l'aide de ses couverts, Hermione serra les poings sous la table et trembla légèrement, les yeux à nouveau rivés sur son assiette. Ron fut le premier à craquer :
- Tu ne nous dis rien ?
Harry leva ses yeux si particuliers et maintenant si vides, vers le rouquin.
- Que veux-tu que je dise ?
Sa voix si monotone fit presque sursauter Hermione. Elle lui rappelait vaguement quelque chose.
À la table des Gryffondors, personne ne disait ni ne comprenait quoi que ce soit. Cependant, leur ahurissement et leur confusion était bien visible depuis les autres tables. Les Serpentards n'en avaient pas manqué une miette, bien qu'ils ne pouvaient pas entendre le dialogue. Les yeux mercure de Drago Malefoy ne pouvaient voir le visage d'Harry, celui-ci étant de dos à lui. Par contre, il ne pouvait pas rater le choc sur le visage de la lionne et l'air décontenancé de la belette. C'était un étrange spectacle, tout aussi plaisant que dérangeant. Il était clair que quelque chose n'allait pas, mais cela restait divertissant. Les vert et argent avaient l'habitude de voir une maison vantarde, courageuse et démonstrative. Voir les rouge et or dans un tel état de stupeur avait quelque chose de drôle, dans le fond, car l'humeur de deux des membres du Golden trio avait déteint sur toute la tablée, dans une moindre mesure toutefois.
- Je sais pas, reprit Ron, déconcerté. Tu… Pourquoi tu n'étais pas là hier ?
- J'avais des choses à faire, répondit simplement Harry après avoir avalé un morceau de la barre protéinée, qu'il aurait tout aussi bien pu manger avec les doigts.
- Et tu crois que ça va suffire comme explications ?
Harry arrêta de manger et se mit à fixer Ron de son regard si vide de toute émotion. D'une voix toujours égale, il lui dit simplement :
- Tu vas devoir t'en contenter parce que je n'en ai pas d'autre à te donner.
La fin du repas était arrivée bien lentement et dans le silence le plus complet à la table des Gryffondors. Harry avait été le premier de sa maison à se lever et à sortir de la grande salle, son pas toujours autant régulier et sa silhouette, plus droite que jamais. Alors qu'il marchait, son esprit était vide. Vide de toute émotion. De toute pensée instable. Les morceaux de son âme brisée flottaient quelque part dans sa psyché, dans une mer tellement calme qu'elle en était presque immobile.
- Alors Potter, à ce que je vois on aime toujours autant se faire remarquer ? Fit une voix qu'il connaissait bien.
Harry tourna la tête vers Malefoy qui se trouvait quelques mètres devant lui, accompagné de Blaise Zabini et Théodore Nott qui, comme toujours, était un peu en retrait. Le visage du blond qui lui faisait face semblait exprimer une sorte de mépris, ou bien de moquerie. Le Survivant ne savait plus trop. Difficile à dire pour quelqu'un qui ne ressentait plus rien.
- Ce n'était pas mon objectif, rétorqua Harry de sa voix monocorde.
- Voyons, arrête de mentir. Saint Potter, tu es toujours aussi modeste à ce que je vois, ricana le blond.
C'est quoi cette attitude ? Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Ce n'est pas Potter, ça.
Si Harry avait été encore capable de ressentir des émotions, il aurait été à la fois surpris et amusé. Fut un temps où savoir que Drago était dérouté par son attitude lui aurait beaucoup plus. Comme ce n'était pas le cas, son visage resta de marbre. Il lâcha tout de même une remarque à l'attention du Serpentard :
- Pour être modeste, il faudrait déjà ressentir quelque chose et ce n'est pas mon cas. Toi, en revanche, tu sais très bien dissimuler ce que tu penses vraiment.
Cette simple réplique cloua les trois vert et argent sur place. Même si Blaise et Théo n'avaient pas parlé, ils avaient pu observer et écouter. Jamais ils n'avaient vu Harry Potter répondre de cette manière à Malefoy, surtout de manière aussi détachée.
Alors que le Survivant allait se remettre à marcher, tracer sa route, des pas précipités se firent entendre dans le couloir. Weasley et Granger s'arrêtèrent à sa hauteur, l'air essoufflé. Aucun des deux ne sembla faire attention à la présence des Serpentards. Hermione garda la tête basse mais Ron, lui, décida de regarder Harry dans les yeux :
- Mec, au bout d'un moment, il va falloir que tu sois honnête avec nous !
Harry se retourna vers son ami et son expression faciale ne changea pas d'un iota. Il restait de marbre, un air froid sans aucune agressivité.
- Je t'ai déjà donné une explication, Ron, se contenta-t-il de dire.
- Elle ne nous suffit pas, rétorqua le rouquin.
- Je te l'ai déjà dit je n'ai rien d'autre à te dire sur ce sujet-là. Tu n'es pas content de mon explication ? Tant pis pour toi, parce que c'était la seule.
Ce qui perturba le plus les Serpentards ne fut pas vraiment le contenu des paroles de Potter, mais plutôt cette voix si monotone. Sans vie. Aucune agressivité dans sa voix, aucune colère, frustration, rage, rien. Le néant.
- Putain mais qu'est-ce qui ne tourne plus rond chez toi ?! S'emporta Ron en s'approchant un peu, les poings serrés.
- Harry, on ne sait même pas si tu vas bien ! Intervint finalement Hermione, les yeux brillants.
- Que ce soit d'un point de vue physique ou psychologique, tout est fonctionnel, dit simplement Harry.
Ses réponses impersonnelles et monotones étaient dérangeantes au plus haut point, si bien qu'elles firent frissonner chacun des étudiants présents dans le couloir, même Drago Malefoy. Harry Potter agissait et parlait de la même manière que le ferait un automate moldu et c'était terrifiant, dans un sens. Le blond n'arrêtait pas de comparer mentalement Saint Potter et le Harry qui se tenait à quelques pas de lui. Rien de commun, sauf l'apparence.
Ron sembla finalement remarquer les Serpentards, mais ne leur jeta aucun regard dédaigneux. Son attention était concentrée sur la jeune femme près de lui et sur leur ami sorcier.
- Tu as ta réponse, Mione, cracha Ron. Ils nous l'ont transformé en… Je ne sais même pas en quoi.
- Ce n'est pas possible… Balbutia la jeune femme.
Le rouquin, voyant que son amie allait bientôt se mettre à pleurer, passa un bras autour d'elle et lui dit d'une voix douce :
- Viens Mione, on s'en va.
Le Survivant, en regardant ses deux anciens amis s'en aller, se fit la réflexion logique que ces gens ne l'avaient pas transformé, mais tué. Harry Potter était bel et bien mort cet été, durant ces deux mois de formation. Son âme, sa personnalité, tout avait été détruit. Néanmoins, c'était loin de le rendre triste. Harry était incapable de ressentir quelque émotion que ce soit. D'ailleurs, ne pas être soumis à ce fléau de l'humanité avait ses bons côtés. En plus de lui permettre de se concentrer sur ce qui était réellement utile et d'être efficace, le jeune homme pouvait désormais prendre rapidement des décisions impartiales. Pas d'amis, pas d'ennemis, juste des gens. Adieu les chagrins, tout autant que les joies. Harry n'avait plus de rancune envers qui que ce soit concernant le fait que l'on se soit servi de lui pour tuer Voldemort. Il n'était plus triste du fait que nombreux avaient été les innocents tués par la guerre. Et surtout, il n'était plus horrifié par rapport à ce qu'il avait fait dans ce bar, ce triste jour qui avait fait basculer sa vie. Cet évènement lui avait permis de découvrir ce qu'il était réellement et maîtriser ses capacités autrefois dormantes. Même s'il n'en avait pas l'air, Harry Potter était beaucoup plus puissant que ce que l'on pouvait penser.
Car Harry n'était pas seulement un sorcier extrêmement talentueux. Il était aussi et surtout une arme. Une arme diablement efficace. N'était-il pas profitable pour ses formateurs de l'avoir à disposition ? Quoi de mieux qu'un pantin sans âme mais on ne peut plus fonctionnel pour les servir ?
Toujours aussi neutre, il se retourna vers les trois Serpentards qui n'avaient pas perdu une miette de l'échange et étaient bouche bée. Même Drago Malefoy avait les yeux écarquillés.
Ce n'est Potter que j'ai en face de moi, ce n'est pas possible, il y a un problème !
Harry se garda bien de confirmer ses doutes ou bien de le détromper. Cela ne serait rien d'autre qu'une perte de temps. Il devait aller récupérer ses affaires et étudier avant ses prochains cours, tout en se gardant dix petites minutes pour faire une courte sieste. Même si cela ne se voyait pas, le Survivant était épuisé, les nuits de ces deux derniers mois n'ayant pas été très… Reposantes. Sans accorder ne serait-ce qu'un regard à Blaise, Théo ou même Drago, Harry traça son chemin de sa démarche régulière.
Oui, Harry Potter était mort et les morceaux de son âme brisée flottaient toujours dans les eaux sombres mais calmes de son esprit formaté.
