L'âme brisée – Chapitre 3

Bonjour/soir ! Merci pour les follows et favs, ça me fait grave plaisir ^^ j'espère que cette fanfic vous plaît, et j'espère aussi que tout est compréhensible pour l'instant ! J'essaierai d'expliquer et d'intégrer au mieux les éléments de Psi Changeling dans l'histoire (il n'y aura pas de perso de cette série ici, juste l'univers et les éléments) petit à petit dans les chapitres. Si vous ne comprenez pas quelque chose, dites-le moi par mp et je vous expliquerai un peu plus en détail !

Et n'hésitez pas à me laisser une petite review, ça motive de ouf et ça m'aide à savoir si ça vous plaît ou pas ^^ au plaisir de vous retrouver !


La première nuit d'Harry au dortoir fut courte et mouvementée, comme il s'en doutait. Il faisait toujours le même genre de cauchemars. D'abord, il revoyait ce jour où il avait tué dans ce bar. Il ne voyait pas mais sentait les cerveaux de ses victimes se comprimer puis exploser sous la pression. Il imaginait sans mal le bruit, le sang qui giclait puis qui coulait sur les lattes du parquet, les corps qui s'écroulaient sur le sol dans un bruit sourd. Il pouvait sans mal penser aux réactions des gens présents : peur, effroi, horreur, incompréhension.

Traumatisme.

Lui aussi avait été traumatisé. Ne plus ressentir d'émotions était finalement peut-être une délivrance. Lorsqu'il avait demandé à ses formateurs pourquoi ses souvenirs continuaient de le hanter quand il dormait, ceux-ci avaient répondu par la violence. C'était à ce moment-là presque la fin de la formation et pourtant, ils avaient agi comme si Harry n'avait rien appris. Ils avaient dit par la suite que ces songes devaient cesser et qu'à partir de ce moment-là, Harry serait parfait.

Un Psi parfaitement Silencieux.

C'était assez impressionnant qu'ils aient réussi à obtenir ce résultat en seulement deux mois, mais finalement pas si étonnant. Qu'il était simple de détruire quelqu'un de traumatisé qui commençait déjà à se briser. Les souvenirs d'un enfant perdu qui en avait trop vu. Ses formateurs avaient simplement terminé le travail en achevant de détruire sa volonté et sa personnalité. Le reste avait été un peu plus complexe : développer ses formidables capacités sans perdre le contrôle sur sa personne ou plutôt ce qu'il en restait.

Aujourd'hui, Harry gardait quelques vestiges du passé. Des souvenirs et des cauchemars. Néanmoins, il ne ressentait pas vraiment d'émotions, même en revoyant ces images. C'était tout juste si son corps réagissait en frissonnant, en bougeant un peu la nuit. Pourtant, il ne comprenait pas pourquoi elles étaient aussi récurrentes, obsédantes.

Harry se leva avant tout le monde et partit se doucher dans la salle de bain de son dortoir. Ce n'était peut-être qu'un détail, mais il ferma la porte à clé. Il se dévêtit et les nombreux sillons blancs qui parcouraient son corps donnaient un air morbide au jeune homme et contrastaient nettement avec sa peau tannée, qui avait toutefois un peu perdu de sa couleur. Le corps de Harry Potter était une horreur sans nom. Personne ne devait le voir, cela ne ferait que compliquer les choses. De plus, exposer une quelconque marque de faiblesse pouvait aisément provoquer la chute d'un Psi. Ces êtres à l'air intouchables ne devaient pas montrer à quel point l'on pouvait les atteindre. Ils avaient beau être des experts de l'esprit, leurs lacunes en magie et en combat au corps à corps étaient trop importantes pour être négligées.

Mais Harry était une arme. Il se devait d'être irréprochable à tous les niveaux.

L'eau tiède coulait sur la peau marquée du brun, qui ferma les yeux et sonda son propre esprit. Tout était calme à l'intérieur, aucun dysfonctionnement n'était à signaler. Autrefois, Harry adorait prendre des douches chaudes, voire bouillantes. Chaque fois qu'il était à Poudlard, il en profitait : à Privet Drive, il n'avait droit qu'à quelques bassines d'eau froide par semaine, gracieusement accordées par les Dursley. Aujourd'hui, c'était fini tout ça. Harry ne devait rien faire qui puisse lui rappeler ce qu'il aimait. Pour le moment, son conditionnement n'est pas entièrement abouti récent et donc fragile, il ne serait hermétique qu'après plusieurs mois de fonction. Et encore, Harry avait eu droit à une formation express. Chez les nés-Psis, le conditionnement était instauré dès la naissance. L'amusement était prohibé, les rires et sourires, punis. Interdiction d'être envieux ou en colère. Il fallait être lisse dès le plus jeune âge. Le conditionnement s'avérait complètement stable vers les six ou sept ans de l'enfant. Les formateurs d'Harry avaient donc dû précipiter un peu les choses pour que le jeune homme soit conditionné de manière efficace et durable, même si c'était tardif.

Habitué à son image, Potter ne prit pas la peine de regarder le reflet de son corps nu dans le miroir. Il attrapa la serviette qui lui était réservée et se sécha rapidement, sans y aller délicatement. De toute manière, toutes ses blessures, même les plus récentes, avaient été correctement refermées par un M-Psi, une classification spécialisée dans la médecine. Certains étaient des professionnelles de la peau, d'autres réparaient des fissures dans l'ADN aussi facilement qu'ils respiraient, d'autres pouvaient opérer un cerveau avec une précision sans faille, sans craindre un quelconque dysfonctionnement durant l'intervention.

Après s'être vêtu, Harry se mit devant le miroir pour se coiffer correctement. Avec ses cheveux en bataille car à peine séchés, il ressemblait un peu à celui qu'il était avant. Si seulement ses yeux n'étaient pas si vides, l'on aurait pu croire que c'était en effet Harry Potter, l'étudiant à Poudlard. Sans même prendre un peigne ou une quelconque brosse, les cheveux du jeune homme se mirent à bouger et se démêlèrent petit à petit. Harry était parfaitement immobile et regardait son reflet, pour surveiller le futur résultat. Une fois ses cheveux lisses, ceux-ci se plaquèrent en arrière, comme la veille. Durant tout le long du processus, le brun était resté sans bouger. Seuls ses yeux témoignaient de ses agissements. Lorsqu'il utilisait ses capacités de manière simple, ses iris s'assombrissaient, passant d'émeraude à sapin foncé. Ce n'était rien, ça. Lorsqu'il avait un effort un peu plus important à faire, ils devenaient d'un noir d'encre constellés d'étoiles. La suite, c'était encore autre chose.

Harry partit déjeuner sans un bruit, mangeant une seule barre nutritionnelle qu'un elfe de maison lui apporta.

Très vite, l'école s'anima et arriva finalement l'heure du début des cours de la journée. Harry se mentalisa. Il ne savait plus utiliser la magie comme avant. Déjà qu'il avait toujours été difficile pour lui de reprendre les cours après deux mois à ne pas avoir le droit de pratiquer, là, c'était encore pire. Non seulement il n'avait pas pu manier sa baguette, mais en plus il avait appris à maîtriser un autre type d'énergie. Ce n'était pas de la magie, c'était autre chose de bien différent. Par chance, la veille, les cours de l'après-midi n'avaient été que théorie et cours magistraux. Ce jour-là serait assurément différent.

Pour commencer, les Gryffondors avaient une nouvelle fois cours de potion durant deux heures, avec les Serpentards. Alors qu'il arrivait devant la salle de cours, Harry se mentalisa et apposa une protection mentale, un bouclier supplémentaire autour de son esprit. Entendre sans arrêt les pensées d'autrui à longueur de journée pouvait s'avérer plus épuisant qu'un cours de sport intensif. Par conséquent, le jeune homme était obligé d'alterner entre levée et baisse de ce bouclier. Trop le maintenir pouvait le fatiguer autant qu'entendre les réflexions internes de ses camarades. Il devait sans cesse doser, trouver un équilibre relatif. C'était là le défaut d'être un Tp-Psi très puissant et de ne l'avoir découvert que récemment : la télépathie marchait dans les deux sens et, si elle n'était pas matée dès l'enfance, pouvait causer ce genre de désagrément. Les formateurs d'Harry lui avaient dit que ce léger souci disparaîtrait de lui-même d'ici une année, avec un peu de chance. Bien évidemment, cette classification n'était pas la seule dominante chez le jeune homme. Deux autres étaient très nettement marquées, dont une qui avait scellé son destin.

Finalisant mentalement la construction de son bouclier, Harry ne remarqua pas l'arrivée de Ron et Hermione, qui évitèrent de le regarder. Tous les Serpentards étaient déjà là depuis un moment. La maison des vert et argent maîtrisait l'art de la ponctualité et deux yeux gris nuageux scrutaient le visage de marbre d'Harry depuis son arrivée. Le professeur Rogue arriva pile à l'heure et fit rentrer tous les élèves, non sans regarder Potter avec étonnement lorsqu'il passa devant lui.

Sans laisser à ses élèves le temps de s'installer où ils le voulaient, Severus leur apprit qu'il avait préparé de binômes à l'avance et en fit la liste. C'est ainsi que Blaise Zabini se retrouva à s'installer à contrecœur à côté d'Harry, dont l'attitude n'avait absolument pas changé depuis la veille. Drago avait dû se mettre avec Neville, Hermione avec Théodore et Ron avec quelqu'un d'autre. Très vite, Rogue fit apparaître les ingrédients nécessaires à la potion sur chacune des tables après un gracieux mouvement de baguette et expliqua ce qu'il fallait faire pour la réaliser.

Blaise avala un peu bruyamment sa salive. Potter, tel qu'il était, le mettait profondément mal à l'aise. Plus aucune humanité ne se dégageait de lui et il ressemblait à s'y méprendre à un automate moldu, une marionnette vivante. Zabini, tout comme Drago et Théo, n'avaient pas oublié la scène de la veille, peu après le repas du midi. Potter leur était apparu sous un nouveau jour, et pas forcément pour le mieux. Seule son apparence permettait d'indiquer qu'il s'agissait bien de lui. Pour le reste, ce n'était plus la même personne et c'était diablement perturbant, voire angoissant. Car Blaise avait l'impression de se trouver à côté d'un inconnu dont les intentions lui échappaient. Autant il n'avait jamais affectionné le Gryffondor, autant il ne l'avait jamais vraiment détesté. Cependant, le voir aussi différent lui faisait regretter l'ancienne version d'Harry.

- Je… Je vais m'occuper des ingrédients, chauffe le chaudron, dit Blaise, peu sûr de lui.

S'il y avait bien une chose qui ne devait pas avoir changé, ce devait être le manque de talent pour les potions du jeune Potter.

Harry tourna la tête vers lui et hocha la tête. Il saisit sa baguette et lança le sort pour faire naître un feu sous le chaudron. Enfin, il essaya, car rien ne se produisit. Blaise le vit, du coin de l'œil, réciter la formule plusieurs fois, sans arriver à obtenir quelque résultat que ce soit. Il se demanda ce qui ne tournait pas rond chez Harry Potter, le prodige de la magie.

- Monsieur Potter, à ce que je vois, vous avez du mal à allumer le feu, retentit la voix de Rogue depuis son pupitre.

L'attention générale fut automatiquement dirigée vers le Survivant, qui ignora tous ces regards qui l'auraient autrefois fait rougir de honte. Cette fois, posa simplement sa baguette sur la table.

- Excusez-moi, professeur. J'ai quelques difficultés à me réadapter au monde sorcier, à la magie. Puis-je procéder d'une autre manière ? Demanda Harry, de son habituelle voix monotone.

- À votre guise, tant que vous finissez par allumer ce feu, accepta Rogue en haussant un sourcil.

Il ne voyait pas bien comment Potter pourrait faire sans magie et sans briquet à disposition. Cependant, ses yeux s'écarquillèrent bien vite lorsqu'il vit la main droite du jeune homme s'embraser d'un seul coup. Des hoquets de stupeur se firent entendre, accompagnés de quelques cris de surprise. Harry se baissa, mis sa main sur les petites branches sous le chaudron et le feu prit très vite. Les flammes disparurent de sa main aussi vite qu'elles étaient apparues, sous les regards médusés de tous les élèves de la salle, ainsi que du professeur, qui tarda un peu à reprendre contenance. Seuls deux yeux gris orage avaient pu remarquer, malgré la stupéfaction, un changement léger chez Potter. Si léger que c'était un détail.

Au moment où sa main s'était enflammée, le regard du jeune homme s'était drastiquement assombri. L'émeraude était devenu sapin. C'était léger, mais pas pour Drago, qui n'en revenait toujours pas, tout comme ses camarades. Il était clair que le Survivant n'avait utilisé aucune magie. Pour lancer un sort, il fallait utiliser sa baguette, un outil de convergence qui permettait de libérer sa magie. C'était autre chose.

Rogue se racla la gorge et l'air soudainement très perturbé. Pas surpris, mais bien troublé. Le professeur avait fait le lien entre l'absence de l'utilisation de magie de Potter et cette incandescence qui était apparue sur sa main. Il avait fait ce lien car il savait des choses. Notamment qu'une catégorie ou plutôt une classification Psi était bien « connue » pour ce genre de… Phénomènes. Il fallait aussi dire qu'il avait connu quelqu'un qui faisait partie de cette fameuse classification et qui lui avait montré ses talents par le passé. Néanmoins, il choisit de garder ses suppositions pour lui. Bien que l'existence des Psis n'était pas connue par beaucoup de gens, les membres hauts placés du monde sorcier ainsi que les professeurs et directeurs de chaque école connaissaient ce fait. Les Psis n'étaient pas un secret, mais ils se cachaient depuis plus d'une cinquantaie d'années pour éviter de se faire agresser par les populations qui ne les voyaient que comme des manipulateurs d'esprits. Petit à petit, les Psis avaient été relégués au rang de mythe, puis étaient plus ou moins tombés dans l'oubli.

- … Bien. Reprenez la préparation de vos potions, les enfants, bredouilla-t-il.

Le regard aiguisé de Potter n'avait rien manqué de la réaction de son professeur. Sans doute se doutait-il de quelque chose, mais qu'importe. À côté de lui, Blaise ne savait pas où se mettre. Il se reconcentra tant bien que mal sur la préparation des ingrédients de la potion, même si ce qu'il venait de voir le choquait profondément. Si Harry avait abaissé son bouclier, il aurait entendu tout un brouhaha de questions intérieures qui l'auraient assurément fait court-circuiter, mais également celle de Blaise : C'est… C'est quoi ce mec ?

Si Harry l'avait entendu et possédait encore des émotions, il lui aurait répondu en toute honnêteté : « Un monstre. »