Dans le calme d'une soirée d'été, deux jeunes femmes regardaient paisiblement la télévision. Kiyoko était assise dans son canapé, fixant le film qu'elles avaient choisi sans vraiment le voir, la douceur ambiante la rendant moins attentive. Baissant distraitement le regard, un sourire lui vint aux lèvres. Entre ses genoux, appuyée contre l'assise du canapé, Yachi semblait à deux doigts de s'endormir, son éternelle nervosité la quittant enfin. Ses traits étaient détendus et Kiyoko sentit son affection pour l'autre jeune fille l'envahir doucement, une chaleur qui n'avait rien à voir avec la saison la faisant sourire plus largement. Leur relation durait depuis deux mois et avait été précédée par une amitié solide d'un an mais la plus jeune restait nerveuse quand elle était avec Kiyoko, ce qui rendait ce genre de moment d'autant plus précieux pour la brune. Se redressant légèrement, elle perdit le peu d'intérêt qu'elle portait au film et préféra se concentrer sur Yachi. La petite blonde luttait vaillamment contre le sommeil mais il était clair que la bataille était perdue d'avance, ses paupières se fermant sur des intervalles de plus en plus longs et son corps reposant de plus en plus lourdement contre le canapé. La lumière qui leur parvenait d'une fenêtre semblait adoucir ses traits et Kiyoko pouvait presque sentir la torpeur s'emparer de son adorable petite amie. Les cheveux blonds, si différents des siens qui étaient aussi noirs qu'il était possible de l'être, lui paraissaient doux et elle ne résista pas à son envie de tester cette théorie. Tendant sa main, elle la posa délicatement sur la tête de Yachi. Celle-ci sursauta et leva la tête vers Kiyoko, une certaine confusion se lisant dans ses yeux bruns. La plus âgée lui sourit tendrement en repoussant les quelques mèches dorées qui cachaient les yeux de Yachi :
"Tu étais en train de t'endormir. Je m'excuse de t'avoir réveillée, je ne voulais pas te déranger. Tes cheveux avaient l'air doux", expliqua simplement Kiyoko tout en continuant à jouer avec les mèches qu'elle tenait entre ses doigts.
Yachi marqua un temps d'arrêt, cherchant à se réveiller complètement pour intégrer ce que venait de dire l'autre jeune femme. Cette dernière put voir avec amusement le moment exact où la blonde comprit ce qu'il venait de se passer. Yachi se redressa brusquement, ce qui obligea la plus âgée à lâcher les cheveux qu'elle tenait, et se tourna vers Kiyoko pour pouvoir la regarder de face, les joues rougies d'embarras. La bouche ouverte sur ce qui était certainement un flot d'excuses sans queue ni tête, elle semblait prête à s'enterrer dans le sol. Avant que Kiyoko ne puisse même songer à se retenir, elle laissa échapper un léger rire accompagné d'un calme :
"Tu es adorable."
Son adoration pour Yachi faisait gonfler son cœur presque douloureusement et elle n'aurait pas pu s'empêcher de sourire si elle l'avait voulu. Yachi, coupée dans son élan, resta bouche bée pendant que le rouge sur ses joues s'intensifiait puis, sa nature anxieuse reprit le dessus :
"Je, je suis vraiment désolée d'avoir failli m'endormir Shimizu... je ne voulais pas te déranger- enfin je sais que tu vas dire que ça ne te dérange pas mais- c'est juste que j'aurais voulu rester éveillée pour qu'on puisse passer du temps ensemble? Et puis on ne s'est pas vues depuis un certain temps et donc je suis vraiment vraiment vraiment désolée pour ça et- oh mon Dieu, il est déjà tard! je ne pensais pas qu'il serait si tard- enfin je veux dire, j'avais l'impression que ça ne faisait que quelques minutes et- oh- attends- tu as dit que j'étais- oh."
Kiyoko se contenta de l'écouter, lui laissant le temps de reprendre contenance et profitant au passage de l'adorable spectacle qu'était Yachi à ce moment précis. Cette dernière avait plaqué ses mains sur son visage tentant vainement de cacher son embarras qui restait malgré tout parfaitement visible dans ses oreilles rougies. Lorsque Yachi commença à se recroqueviller sous la honte, Kiyoko fronça les sourcils et lui releva délicatement le visage avant de déposer un baiser léger sur son front. Cette action eut le mérite de sortir Yachi de son anxiété, la blonde fixant sa petite amie avec stupéfaction. Kiyoko en profita alors pour reprendre la parole d'une voix rassurante:
"Tu n'as pas à t'excuser pour quoi que ce soit. À vrai dire, je suis contente que tu te sentes à l'aise au point de pouvoir t'endormir chez moi. Et puis tu ne repars que demain soir donc tu peux te détendre, ne t'en fais pas."
La brune guida gentiment Yachi par les épaules afin qu'elle se réinstalle dans leur position initiale. Elle s'en voulait d'avoir rendu Yachi nerveuse et n'était pas sûre de comment réparer cela. La plus jeune semblait tenter de s'intéresser au film mais Kiyoko pouvait voir à son dos rigide qu'elle était toujours préoccupée par la manière dont elle s'était pratiquement endormie. Un peu hésitante et ne voulant pas la rendre plus mal à l'aise encore, Kiyoko tendit de nouveau sa main vers sa petite amie. Elle la laissa planer à quelques centimètres de la tête de Yachi, hésita une dernière fois puis lui demanda finalement :
"Je peux?"
La blonde se tourna vers elle et aperçut sa main tendue. Elle parut ne pas comprendre pendant un moment, ses yeux allant et venant entre la main et Kiyoko, avant que ses yeux ne s'écarquillent légèrement lorsqu'elle saisit ce que voulait dire la brune. Rougissant alors - et Dieu ce qu'elle était mignonne comme ça, se dit avec affection sa petite amie -, Yachi hocha la tête avant de se retourner vivement pour tenter de cacher ses rougeurs. Avec un sourire ravi, la plus âgée plongea sa main dans les mèches dorées de la plus jeune, s'émerveillant devant leur douceur. Elle commença à promener ses doigts le long des cheveux de Yachi, se penchant pour pouvoir jouer plus facilement avec. La brune enfonça un peu plus fermement ses doigts, laissant ses ongles effleurer le crâne de la jeune fille, curieuse de voir sa réaction. Lorsque cette dernière laissa échapper un soupir content et appuya sa tête entre ses mains, Kiyoko sentit son cœur se gonfler d'amour et le sourire déjà présent sur ses lèvres grandit jusqu'à devenir éclatant. La tension qui avait été présente dans les épaules de la blonde semblait s'évaporer avec les mouvements que Kiyoko effectuait sur son crâne et bientôt elle somnolait de nouveau. Sa tête s'appuyant de plus en plus lourdement entre ses mains, la plus âgée la posa délicatement contre l'assise du canapé et profita du fait que le visage de Yachi soit dorénavant levé pour faire glisser ses doigts sur ses traits détendus. Elle traçait du bout des doigts son nez, son front, ses paumettes, la courbe de sa mâchoire. Kiyoko laissait ses mains apprendre chaque courbe du visage de Yachi, tentant de les graver dans sa mémoire à tout jamais. Le contentement les envahissait toutes deux et elles profitèrent du moment, dans le calme d'une soirée d'été.
