C'était dangereux. On le savait très bien, nous risquions nos vies et plus encore mais c'était simplement plus fort que nous. Je ne vivais que pour ces instants volés, ces petits moments de bonheurs qui se faisaient tellement rare dans le monde actuelle. Cependant, alors que je marchais dans la nuit noir, ma cape me recouvrant, l'idée d'être découvert me paralysa. Non pas que j'ai peur de mourir, d'être torturé ou enfermé. Plus rien de tout ça ne me faisaient peur maintenant, et j'avais accepté le risque quand j'avais commencé, je prenais des risques tous les jours, je savais que mon destin était probablement scellé et je m'étais fait à cette idée depuis longtemps. Non, j'avais peur pour elle, peur de ce qu'ils pourraient lui faire s'ils savaient ce que nous faisions. Elle était la femme la plus forte, la plus combative, que j'avais jamais croisée, je savais qu'elle ne supporterait pas l'idée que je m'angoisse pour elle, je connaissais son discours, j'entendais déjà sa voix me répété qu'elle prenait des risques tout le temps pour notre monde, pour les autres, alors elle pouvait bien en prendre pour elle. Je savais très bien qu'elle ne renoncerait pas. Aussi, je poursuivi ma progression dans la nuit, jusqu'à entrevoir la lisière de la forêt.

Sans hésiter, je m'enfonçais dedans. J'avais encore du chemin avant d'atteindre le vieux saule, notre lieu de rendez-vous. Je ne savais même plus comment ça avait commencé, mais c'était devenu notre arbre, celui qui nous dissimulait des regards du monde. C'était un lieu magique, notamment parce que personne ne s'aventurait généralement aussi loin dans la forêt, c'était risqué, mais nous, nous avions apprivoisé la nuit et nous étions accepté des créatures qui y vivaient. Aussi, cela nous permettait au moins de ne plus penser au danger pendant quelques minutes ou quelques heures. Nous n'avions jamais beaucoup plus de temps, mon absence se ferait remarquée et je devrais m'en expliqué, c'était beaucoup trop imprudent. Alors je profitais du temps que j'avais auprès d'elle, je mémorisais chaque trait de son visage, l'éclat de ses yeux, la forme de ses lèvres, son délicat sourire.

A chaque fois que nous nous retrouvions ici, la même joie emplissait ses traits. Elle se précipitait dans mes bras avides, et je la serrais si fort qu'elle riait de bon coeur. Si seulement j'avais pu ne jamais la lâcher. Je respirais son parfum, enfouissait mon visage dans son cou et savourais la douceur de sa peau, alors qu'elle glissait ses doigts dans mes cheveux. Et lorsque nous nous détachions l'un de l'autre, c'était pour échanger le plus parfait des baisers, celui qui avait le goût des retrouvailles, de l'interdit, de la passion et du désespoir. Nous savions tout les deux que ça ne durait jamais, qu'on devrait retourner à nos places ensuite et ne rien laisser paraître. Nos chances de vivre une belle vie heureuse était si minces que nous préférions ne pas y penser, nous ne perdions pas de temps en grandes déclarations, c'était inutile, on savait tous les deux ce que l'autre ressentait.

Je souris doucement en avançant dans la nuit, l'idée d'elle dans une longue robe blanche flottant dans mon esprit. Je savais que c'était utopique, c'est sans doute pourquoi l'idée me séduisait tant. Notre relation ne serait jamais comme ça, elle était née dans la guerre et la violence, elle ne vivait qu'au travers de court moment de passion, elle s'épanouissait au travers d'un combat commun. Rien ne nous destinait l'un à l'autre, il était quasiment certain que, sans cette guerre, nous ne nous serions jamais trouvé. Elle était la femme de la lumière, moi l'homme des ténèbres. J'étais le Mangemort repenti, elle la guerrière combative. Il en serait toujours ainsi, et si nous parvenions à gagner et à en sortir vivant, ce serait toujours l'image qu'on renverrait au monde. Peu de gens savait quel était mon rôle dans la résistance, mon rôle pour libérer le monde, moi qui était devenu agent double grâce à elle.

Un soir où tout semblait perdu pour moi, où le désespoir de ma vie m'étreignait avec force. Un soir où j'avais réussi à m'échapper du manoir et où j'avais filé dans cette même forêt pour laisser libre cours à ma douleur. Je m'étais assis sur la souche, sous le vieux saule, ses branches me dissimulant à la vue du monde. J'avais hurlé, j'avais laissé quelques larmes coulés et surtout, je n'avais pas remarqué le regard posé sur moi. Lorsque, enfin, je l'avais remarquée, elle n'avait pas bougé d'un cil et avait attendu. Nous nous étions regardés un long moment et je me souviens m'être dit qu'elle avait tellement changé, son regard innocent ne l'était plus, elle était plus mince et ses traits étaient fatigués. Il ne restait plus grand chose de l'enfant que j'avais connu, et je me fis la réflexion qu'elle devait penser la même chose de moi. Je ne sais plus comment nous en étions venu à nous parler, comment nous avions convenu de ne pas nous dénoncer, ni commun nous avons convenu de nous revoir à cet endroit. J'ai fini par tout lui dire, mon aversion pour cette guerre, mon dégoût pour son tyran, mes croyances personnelles bien loin de celles qu'on me demandait d'avoir. Au bout d'un mois, je rentrais dans la résistance comme agent double. Au bout de deux, je me savais fou amoureux d'elle. Au bout de trois, nous sommes devenus un couple de la guerre et un an s'était écoulé depuis.

Je me sortis de mes pensées en apercevant enfin les branches retombantes de notre arbre. Mon sourire s'agrandit sur mes lèvres tandis que j'accélérais le pas. Cependant, lorsque je franchis la barrière de feuilles, mon sourire se figea. Ce n'était pas elle qui m'attendait mais deux personnes que je ne connaissais que trop bien et que je n'avais pas spécialement envie de voir. Ils avaient les traits tirés, sans doute autant que moi, et eux aussi étaient plus minces. La tristesse et le désespoir se lisait dans leurs regards, comme deux personnes qui avaient déjà tellement perdu. Je savais que c'était le cas, beaucoup de personnes étaient tombées à cause de cette guerre, mais ce chagrin là semblait plus violent. Pendant plusieurs secondes, nous nous contentâmes de nous fixer, sans rien dire, jusqu'à ce que l'un d'eux s'avance vers moi.

-Bonsoir Drago, dit simplement Ginny Weasley. Il n'y avait ni agressivité, ni colère, simplement de la douceur et de la résignation dans sa voix.

-Que faites-vous là ? Grognais-je malgré moi.

Harry Potter s'avança alors, serrant la main de sa petite-amie, et me regarda longuement avant de prendre la parole.

-Nous sommes désolés, finit-il par dire, mais nous avons une mauvaise nouvelle...

Je ne le laissait pas finir.

-Non, soufflais-je.

Un frisson glacial s'empara de moi et je sentis mes muscles se paralyser. Ce n'était pas possible.

-Il y a eu une attaque...

-Non, répétais-je.

-Drago, intervint Ginny, douloureusement.

-Ce n'est pas possible, je ne vous crois pas. Pas elle.

-Malheureusement si.

Je les regardais tour à tour. Les yeux de la jeune Weasley étaient remplis de larmes, ceux de Potter remplis de chagrin et d'une douleur si vive.

-Comment ? Parvins-je à articuler en regardant le survivant.

-Il y a eu une attaque, notre quartier général a été découvert, nous n'étions pas préparé. Elle a mené le combat d'une main de maître mais elle n'avait pas vu qui était derrière elle. Elle n'a pas pu esquivé l'Avada à temps.

Et mon monde s'écroula. Tout devint flou autour de moi et je sentis mes jambes se dérober. Je m'écroulais à genou, un hurlement dans la gorge qui refusait de sortir et je priais pour que ça ne soit qu'un cauchemar.

-Je suis désolé, ajouta Potter.

-Pourquoi elle ? Murmurais-je.

Je n'obtins aucune réponse pendant un moment, jusqu'à ce que Ginny ne vienne s'accroupir devant moi.

-Drago, commença-t-elle, hésitante, Remus a entendu le Mangemort dire quelque chose avant de lui lancer le sort.

Je relevais aussitôt les yeux vers elle.

-Quoi ?

Elle posa une main sur mon épaule.

-Il a dit que c'était pour toi, pour ce qu'elle avait fait de toi.

Je ne pensais pas qu'il était possible que je me sente encore plus mal, jusqu'à cet instant. Soudain, je sentis ma respiration se bloquer et le barrage de ma douleur céda. J'enfonçais mes poings dans le sol alors que les larmes me brouillaient la vue, j'hurlais à la mort et contre le monde entier.

Quand enfin je parvins à me calmer, ils étaient toujours là et les larmes striaient leurs visages aussi.

-Tout ça c'est de ma faute, murmurais-je en me relevant pour leur faire face. Achevez-moi.

-Non ! S'écria Potter.

-C'est de ma faute, criais-je, sans moi elle serait encore en vie !

-Peut être oui, mais pour combien de temps ? C'est la guerre, c'est Voldemort, ce sont les Mangemorts, qui l'ont tué mais pas toi !

Il s'avança jusqu'à moi, braquant son regard sur moi, et reprit plus fort :

-Ecoute moi bien, Malefoy, toi et moi n'avons jamais été amis, bien au contraire, mais elle croyait en toi, elle m'a convaincu de ta bonne foi, moi et les autres, elle te faisait confiance. Bordel, elle t'aimait ! Et je ne sais pas pourquoi, comment, ni quand c'est arrivé mais c'est un fait et je la connaissais assez pour savoir qu'elle se trompait rarement sur les gens ! Alors ne gâche pas tout ce qu'elle a accompli pour toi comme ça.

-Elle m'aimait...

-Oui, elle t'aimait, ajouta doucement Ginny. Elle était si souriante quand elle revenait de ses escapades.

-Vous saviez ?

-Bien sûr qu'on savait, elle n'a jamais été douée pour mentir ou nous cacher des choses.

J'hochais la tête, très au fait de cette réalité.

-On voulait te le dire en personne, et aussi... Reviens avec nous.

-Pardon ?

-Rejoins le Phoenix pour de bon. Ta couverture est grillée, tu risques de mourir si tu y retournes.

J'envisageai cette possibilité pendant une minute. A quoi bon continuer le combat ? J'avais perdu ma combattante. Qu'avais-je à gagner ? Plus rien. Toutefois, je savais qu'elle me l'aurait reproché, elle qui n'avait jamais renoncé à un combat.

Il se passa dix secondes ou dix minutes avant que je ne réponde et que j'accepte de les suivre. Tout se passa dans une brouillard épais, j'étais arrivé au Phoenix, tous étant plus ou moins au courant de la situation, pour le peu qu'ils étaient encore, personne ne me dit rien. Potter pris la parole, sans doute pour les prévenir que je restais, mais je fus incapable d'entendre un traitre mot. Je suivis Molly Weasley dans un dédale de couloirs et elle m'indiqua une chambre, qui devrait être la mienne. Elle était fort simple, une armoire pour des affaires que je n'avais pas, un lit, une table de chevet et un bureau. C'était largement suffisant pour mon agonie, car c'était bien le sentiment que j'avais. Je mourrais lentement. Je ne sais pas combien de temps je suis resté assis sur le bord du lit, les yeux dans le vague mais lorsqu'on frappa à ma porte, le jour était déjà bien avancé.

-Bonjour Drago, dit Potter en entrant.

Je hochais la tête pour lui répondre, incapable de parler. Derrière lui se tenait la jeune Weasley et le troisième membre du Trio d'Or, Ronald Weasley. Je le regardais une seconde, ses yeux aussi étaient douloureux, ils avaient tous ça en commun. Il me salua d'un hochement de tête et je fis de même.

-On a pensé que tu devais voir quelque chose, si tu veux bien nous suivre.

Je me levais mécaniquement et les suivit hors de la chambre. On monta un étage supplémentaire, traversa un nouveau couloir avant qu'ils ne s'arrêtent devant une porte, que la jeune femme ouvrit devant moi.

Une vague me frappa aussitôt et je sentis Son parfum m'envelopper. Ma respiration se bloqua aussitôt alors que je fis un pas pour entrer dans la pièce.

-On va te laisser seul.

Ils fermèrent la porte derrière eux et j'avançai dans la pièce. C'était tellement elle tout ça, des livres partout, des draps bordeaux, un peu de désordre, des photos en tout genre sur le mur. D'elle, de sa famille, de ses amis, de paysages, de notre école. Des listes aussi, un peu partout, au dessus du bureau. Au dessus de son lit, une étagère pleine de livres de sort. Je m'assis sur ses couvertures et pris son coussin contre moi, respirant son odeur à pleins poumons. C'est alors que je remarquais une photo, sur le matelas. Une photo que je connaissais bien, la seule qui nous représentait tout les deux. C'était un bête cliché, pris pendant un de nos rares instants volés, la représentant dans mes bras alors que je lui embrassais la joue et la faisait rire. Je pouvais presque entendre l'écho de ce moment et je sentis de nouvelles larmes couler sur mon visage.

-Quand je pense que je ne te l'ai jamais dit, murmurais-je en caressant son visage souriant.

Je me relevais, gardant le cliché et son oreiller dans mes mains, je refis le tour de la pièce, pris son flacon de parfum, et quittais la chambre.

Je fus soulagé de ne croiser personne en retournant à ma chambre, n'ayant aucune envie de parler. J'installais les quelques affaires qui me la rappelait et soupirait une nouvelle fois en m'asseyant. J'étais épuisé, j'avais mal partout, mes yeux me brûlaient, et je n'aspirait qu'à une chose, la voir, lui parler, entendre son rire. Il me fallu un certain temps pour remarquer la boite posée sur le bureau et, à côté, une enveloppe blanche sur laquelle était noté mon nom. Je sortis la lettre et reconnu aussitôt l'écriture fine.

Drago,

Si tu lis ces lignes, c'est que le destin m'a rattrapée. J'espère donc que tu n'auras jamais à lire ça, mais dans le cas contraire, je ne voulais pas partir sans te dire certaines choses. Ces choses qu'on ne se dit jamais parce que nous n'en avons jamais le temps.

Faisons simple : Je t'aime, infiniment. Plus que je ne pensais cela possible. Tu as été mon espoir dans la guerre, mon confident dans le silence, ma joie dans la nuit. Tu m'a rappelé qu'il existait d'autres sentiments que la colère, la peur et le désespoir. Nos instants volés sont ce qui m'est arrivé de plus beau.

Je ne te l'ai jamais dit, je ne t'ai jamais dit ces mots parce qu'ils auraient résonné comme un glas. Lorsqu'on vit dans un monde en paix, on a pas besoin de dire ces choses, mais nous, nous n'avons pas eu droit à ça et te les dire aurait ressemblé à un au revoir. Je sais que c'est aussi pour ça que tu ne l'as jamais dit, aussi parce que les mots ça n'a jamais été ton fort, mais je l'ai lu dans tes yeux si souvent tu sais. Peut être que j'aurais du malgré tout de te le dire, ne serait-ce que pour te voir perdre tes moyens face à tant d'amour.

Et en parlant de ça, sache que je suis fière de l'homme que tu es. Tu as été si courageux, si fort, tu es et seras pour toujours mon héros de guerre. J'espère que tu le seras aux yeux du monde entier. Tu vaux tellement plus que ce tu crois, j'aurais tellement voulu que tu te vois au travers de mes yeux.

Maintenant, il va falloir que tu me fasses une promesse. Je ne serais pas là pour voir si tu l'as tiens mais je crois en toi, je sais que tu feras le bon choix. Je te connais, je sais que si je ne suis plus là, tu voudras tout arrêter, tu voudras renoncer à te battre. S'il te plait, ne le fais pas. Si je ne peux poursuivre ce combat, poursuis le pour moi, pour notre monde, pour notre liberté.

Et quand nous aurons gagné, parce qu'on y arrivera un jour, essaie d'être heureux.

Sache que quoi qu'il arrive, je suis morte sans regret. Je ne regrette aucun de mes choix, aucun des risques pris, aucun instants volés dans tes bras. Tu as été le plus grand amour de ma vie et ma plus belle raison de me battre.

A jamais tienne.

H.

PS : Ouvre la boite.

Je ne sais plus ce que je ressens à la fin de ma lecture. Je me sens triste, brisé, heureux, soulagé, perdu, amoureux et désespéré à la fois. Elle savait, elle savait combien je l'aimais. Je me tourne vers la boite et la fixe un moment avant de l'ouvrir. A l'intérieur, je trouve un autre exemplaire de la photo de nous deux, des chocogrenouilles qui me font sourire parce que je sais que ce n'est pas sans raison, je me souviens lui avoir dit un jour combien le chocolat me manquait depuis qu'il était interdit au manoir. Je trouve aussi un vif d'or qui réagit aussitôt quand je le saisis du bout des doigts. Je comprend alors que c'est le mien, le dernier que j'ai attrapé. Comment a-t-elle fait pour le trouver ? Je ne le saurais sûrement jamais. Enfin,au fond de la boite, je trouve une écharpe verte et argent, doux rappel de l'époque heureuse de Poudlard. Un petit mot est accroché : « Je m'endormais avec un bout de toi. ». Je colle l'écharpe à mon nez, son odeur m'enveloppe et pendant une seconde, je me sens mieux. Je me lève du bureau pour aller m'allonger sur le lit, je sens le sommeil me gagner, je ne résiste pas.