Black Bird

Auteur : Ninaa San

Genre : Drame, Angst, Rating M On parle ici de discrimination, de castes sociales, évocation de rapports de force, activités de gangs ; passez votre chemin si le sujet ne vous convient pas.

Disclaimer : Les personnages sont à JKR, l'idée m'est venue suite à un binge watching de "Good Girls" ; Les extraits de la chanson appartiennent à la chanson "T'as Qu'à Tirer" de Hornet la Frappe, ils apparaitront tout au long de l'OS pour accompagner les passages ; les titres des Parties sont tirées de "L'Odho" de Eyes Berg

Mot de l'auteur : On reprend l'ancienne tradition du One-Shot de début d'année - quelque part entre l'OS des fêtes et celui de la Saint-Valentin, avec un univers Alternatif, et un format de Three-Shot dont voici la première partie.

Bonne lecture, et pour ceux qui me suivent, la prochaine fois qu'on se voit sera pour l'upload de Sans Contrefaçons.

Biz


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Black Bird

Partie 1 - "Tout ça c'est trop" - L'Odho - Eyes Berg

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"C'est nos vies
On a grandi, grandi, frère
J'avance les deux pieds dans l'vide"

T'as Qu'à Tirer - Hornet La Frappe

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Février 2021

La porte claque, le vertige prend fin, et Oliver fixe le plafond d'un air absent. Autour, c'est à nouveau le calme, la tempête s'apaise tandis que son esprit se vide. La respiration reprend son rythme, le sang pulse à une fréquence plus calme. Et le silence devient criant. Oliver contemple le plafond sans réellement le voir, son esprit est encore accroché aux étreintes intimes. Le froid de l'appartement grêle sa peau, délaissée par la chaleur qui l'étreignait et le consumait plut tôt.

Il est parti.

Il a pris ses affaires, s'est rhabillé, camouflant l'horrible oiseau noir sous son haut de la même couleur. Le sweet à capuche sur la tête, sans un regard en arrière, il a déposé une enveloppe sur la table sans se retourner. Juste avant de claquer la porte, il a dit de sa voix grave :

- Je ne reviendrai pas.

Il a menti.

Il revient toujours, Oliver le sait. Pour une raison qu'il ne saisit pas encore, Black revient toujours le voir, comme s'il ne pouvait pas se détacher réellement. Il a dit un jour :

- Garde à l'esprit que tu m'appartiens tant que je l'ai décidé. Et que j'ai tous les pouvoirs sur toi.

Comme s'il essayait de se convaincre qu'il gardait le contrôle. Mais la vérité, et Oliver en est sûr, c'est qu'il ne peut pas l'oublier lui non plus. Qu'il est tout aussi piégé, enfermé dans une spirale, à prétendre tout maîtriser pour se rassurer.

Ces mots le hantent toujours, mais il faut qu'il se lève. Il faut qu'il se douche. Les jambes d'Oliver le guident automatiquement dans sa salle de bain. Tous ses gestes sont mécaniques, comme une marionnette qui connait par cœur le numéro à exécuter. C'est dingue comme le corps a une mémoire tactile puissante. Dans le miroir, le visage qu'il fixe face à lui est à peine familier. Yeux marqués encore voilés, traits tirés d'épuisement du à un rythme auquel il est peu habitué, quelque chose reste encore dans son regard, mais quoi exactement ?

Sous la douche, l'eau qui coule ne suffit plus à effacer la présence de Black, ni des marques qu'il sème sur son corps avec sa dentition anarchique. Un temps, Oliver voulait les enlever, frotter jusqu'à effacer toutes traces de sa présence, comme une gomme magique. A présent, quand l'eau l'effleure, Oliver revit les caresses, les étreintes. Tout est fou, tout est paradoxal. Chaque fois que Black part, il emporte un bout d'Oliver avec lui. Et Oliver survit entre deux visites, rempli ses missions, gère sa boutique. Il vit à cent pourcent lors des visites de Black, puis s'éteint à son départ. Peut-être un peu plus chaque fois.

Black n'a pas fait que le changer.

En un sens, il l'a tué, et l'a fait renaître autrement.

Oliver l'a détesté, puis apprécié, et haït presque à en mourir.

Il a détesté ses faux sourires, ses dents de travers.

Il a détesté ses manières, ses ordres, ses exigences.

Il a détesté son rôle, sa position toujours dominante, les rappels de son infériorité.

Il a détesté l'immonde tatouage noir qui lui couvre la colonne vertébrale, les ailes noires de corbeau déployées sur ses omoplates, celles qui étendent le bout de leurs plumes sur les épaules vers les coudes.

Il a haït cette différence, l'interdiction qu'il a de l'appeler par son nom, cette ignoble distance qu'il met entre eux alors qu'ils ont été si proches.

Et maintenant, Black lui manque.

Un reste de son parfum est perceptible dans l'air, qui suffira à Oliver de ne pas aérer pour garder l'illusion de sa présence.


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"T'es pas heureux, tu simules, tu veux m'voir en quarantaine"

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Septembre 2020

Parmi les choses que déteste Oliver, il y a entre autre les poils. Les petits poils semés partout par son mari dans la salle de bain, ceux qui se prélassent dans la douche, qui baignent dans un fond de lavabo, car c'est un fait connu que passer un coup d'éponge aurait pu arracher le bras de Graham. A la réflexion, depuis quelque temps, n'importe quoi est capable d'arracher le bras de Graham. Sa grand-mère l'avait prévenu, à l'époque "Tu lui donne de trop mauvaises habitudes, méfies-toi, Oliver. ; il ne l'avait pas écouté. Et maintenant, il en prenait pleinement conscience.

Chaque matin, la routine est la même. Oliver se lève, enfile son peignoir et va aux toilettes. Il se lave les mains, prépare le petit déjeuner de Graham et retourne se coucher. Lorsqu'il se lève deux heures plus tard, son mari est parti, et Oliver ramasse mécaniquement la tasse vide, les miettes de tartine. Il range le beurre dans le frigo avec la confiture et passe un coup sur la table. Ça lui prend deux minutes, alors pourquoi Graham ne le fait pas ? Oliver ne se pose plus la question.

Il s'occupe à peine de son propre repas, programme une machine qui terminera à retour, pile à temps pour être mise à sécher, et il se prépare pour son travail. Douche du matin, dents, coup de peigne.

Ces derniers temps, il oublie régulièrement ses documents d'identité, ainsi que les attestation complémentaires. Le temps de faire demi-tour pour tout récupérer, et il est sur le trajet de son travail. Son mariage avec Graham lui a permis au moins une chose, pouvoir être son propre patron, et ouvrir sa boutique de coiffeur barbier. Parce que l'abruti au pouvoir avait déclaré que les Mal-Nés n'avaient pas le droit de gérer leurs propres affaire ; comme si Oliver avait eu le choix ne serait-ce qu'un instant avant de naître.

Les journées sont rythmées souvent de la même manière. L'agent Carrow lui demande ses papiers lorsqu'il le croise dans le secteur, et Oliver sait qu'il brûle de l'envie de le coffrer dès qu'il en aura l'occasion. Mais l'agent reste poli, lui rend ses documents, sans toutefois oublier de cracher à ses pieds avant de lui demander de circuler. Il y a des fois où Oliver regretterait presque d'avoir suivi Graham dans le secteur Serpentard, mais dans ce cas, quel aurait été son avenir chez Gryffondor ? Une vie moyenne, des corps de métiers qui ne lui correspondent pas ; une reconnaissance sociale proche de celle du chien. De temps en temps, il faut peser le pour et le contre, cela ne veut pas dire que la balance s'équilibre un jour.

Une journée de travail, et Oliver rentre chez lui. Un bonjour au gardien au regard vicelard, appuyer sur la touche d'ascenseur avec le bout de la clé, trainer les pieds sur le paillasson, entrer d'abord du pied gauche pour empêcher la porte de lui claquer au nez et...

Et Oliver s'interrompt, son regard affolé tentant d'évaluer la situation.

D'ordinaire, lorsqu'il rentre, Graham est installé sur le canapé, la cravate desserrée, un verre d'alcool dans la main. Il regarde souvent des vidéos sur son téléphone, ou sur le grand écran du salon, son pantalon au sol soit devant l'entrée, soit au pied du frigo selon son envie.

Mais il n'est pas seul, et ils sont nombreux dans le salon. Oliver en compte à vue d'œil presque une douzaine, tous habillés de noirs, certains avec des capuches sur la tête. Le canapé est occupé par deux énormes hommes à la surcharge pondérale nécessitant un rendez-vous d'urgence chez un nutritionniste. Oliver est totalement stupéfait, qu'il se fige dans l'entrée, les clés dans la main. Quelque chose dans l'atmosphère met ses sens en alerte, il peut sentir le courant défensif chuchoter dans ses veines, malgré le bracelet à sa cheville qui bride ses capacités.

Un des hommes se retourne vers lui, sa capuche cache son front et couvre un regard sombre, une mâchoire carrée accentuée par un terrifiant sourire aux incisives de travers.

- Ah, c'est ça ton gars, Montague.

Le sourire disparait, et Oliver se mortifie lorsque l'inconnu lève une arme sur lui. Sa bouche s'assèche et il cherche son souffle, sans comprendre ce qui lui arrive réellement.

- Ferme la porte derrière toi et vient rejoindre ton cher et tendre. On doit causer.

Le sang semble quitter son visage quand Oliver s'exécute mécaniquement. Il pose ses clés et garde les yeux au sol, avançant lentement jusque dans son salon. D'un coup d'œil dans la cuisine, il reconnaît à peine Graham tant son visage est tuméfié, gonflé et rouge. Un sanglot meurt dans sa gorge quand il s'arrête au milieu de tout ces individus, sans jamais lever les yeux. Une claque dans son dos le secoue, c'est l'homme au regard de travers qui laisse échapper un rire de gorge.

- Allons, pourquoi cette tête d'enterrement ? C'est vrai, ça, Montague m'a assuré que tu étais charmant. Offre-moi un sourire, pour voir ?

Mais Oliver n'y arrive pas, son regard est crispé sur Graham. Il vient de comprendre la dangerosité de leur situation. A vrai dire, lorsqu'il était tombé sur des rouleaux de gallions en replaçant un carreau de la salle de bain, Oliver avait déjà eu un mauvais présentiment, mais Graham n'avait jamais répondu à ces questions. Quoi qu'il ait pu faire, Oliver savait que c'était la cause directe du gang présent dans leur appartement.

- Il y a... commença-t-il à articuler. Il y a des l'argent dans notre coffre. Vous pouvez tout prendre...

C'était sûr qu'ils voulaient de l'argent, sinon pourquoi ils étaient tous ici ? Le gars qui lui avait parlé, lui offrit un nouveau sourire atroce en désignant un siège à côté de Graham.

- Pose ton cul et on va causer.

Il obéit encore. Que faire d'autre ? La position assise cacherait au moins les tremblements de ses jambes qu'il tente de camoufler. Le gars à un air satisfait et quand il s'approche, Oliver sent le parfum qu'il porte lui envahir le nez presque jusqu'à la nausée.

- Tu vas m'appeler Black, parce qu'on va se voir souvent, je te le garantis. Tu vois, ton mari il n'est pas malin. Il a essayé de me baiser et je n'apprécie pas trop ça. Tu en pense quoi, toi ?

Oliver sent sa lèvre trembler, il ne comprend pas - enfin si, il comprend qu'ils sont dans une position très mauvaise. Le gars à la capuche se hisse sur le plan de travail et s'assoit dessus, les jambes ouvertes, en jouant avec le canon de son arme comme s'il avait un jouet intéressant entre les mains.

- A combien tu estimes sa vie, Oliver ? Parce que c'est bien ça, ton nom, Oliver ?

Le jeune homme cherche l'air dans ses poumons, il tente un regard vers Graham, cherchant une réponse dans ses yeux, mais Black cogne fort sur la table à côté de lui.

- C'est moi, et uniquement moi que tu regardes, tu as compris ?

Oliver hoche tête vivement, retenant un nouveau sanglot. Ses mains se crispent sur ses genoux. Les gens autour d'eux semblent faire leur vie, en décalage total avec ce gars qui les menace. Et Oliver en est sûr, ils vont mourir. Il ne sait pas ce qu'à fait Graham, mais ils vont mourir pour ça.

- Donc, je répètes, Oliver. A combien tu estimes sa vie ?

Son terrifiant regard noir exige une réponse, alors Oliver mesure ses mots.

- Tout ce que j'ai. Je... je suis Mal-Né, je n'ai pas grand-chose à moi. Mais tout...

Sa voix se brise et le reste de sa phrase meurt dans un sanglot incontrôlable, auquel personne ne fait attention. Son champs de vision est troublé par ses larmes et il essuie son visage d'une main tremblante. Black passe la langue sur sa lèvre en souriant et regarde son mari cette fois.

- C'est beau. Oh Montague, tu es vraiment un sale fils de pute, tu le sais ça ? D'après toi, Oliver, à combien Montague estime ta propre vie ?

Il secoua la tête. La vérité, c'est que lorsqu'il a épousé Graham il y presque cinq ans, il savait déjà que leur relation était à sens unique.

- Je ne sais pas.

- Fais un effort.

Oliver porte un ongle à ses dents, et le ronge pour essayer de se calmer. Les larmes coulent sur ses joues, la mort semble refermer la main sur son cœur dont les battements pulsent aussi faiblement que ses chances de survies. Sa vessie est pleine, et il craint de se faire dessus. Ses prunelles sont focalisées sur l'arme qui se pointe sur la tête de Graham cette fois. Le geste de Black est précis, pourtant son visage est patient, toujours avec cet immonde rictus. Oliver commence à détester Graham de les avoir mis dans cette situation. C'est sa faute après tout, Oliver n'a rien fait. Depuis qu'il est en Serpentard, Oliver marche dans les clous car il sait qu'il constamment sur le fil.

- Je ne sais pas, répète Oliver. Peut-être même rien. Sûrement pas ce que moi je ferais pour lui.

Les mots lui brisent le cœur, il ne les avait jamais prononcé à voix haute et leur vérité est tellement criante qu'elle lui fait l'effet d'un couteau dans le ventre.

- Ah !

Black se frotte le menton avant de baisser l'arme.

- Tu n'es pas si loin, tu vois ? Disons... que ton mari a perdu une de mes livraisons. Une livraison qui coûte beaucoup d'argent. Je pense que tu ne peux même pas imaginer la somme que ça représente, parce que les gars comme toi n'ont même pas le droit d'imaginer avoir un jour autant d'argent.

Oliver veut tenter un nouveau regard vers Graham, mais il n'ose pas, et il écoute le laïus de Black, pétrifié derrière ses larmes.

- Donc, ton cher mari m'a donné la seule chose qui pourrait avoir autant de la valeur. Donc je vais te poser quelques questions, pour connaître la vérité. Ce n'est qu'un petit jeu, d'accord ? Si tu répond honnêtement, on passe à la question suivante jusqu'à ce que j'ai finit. Par contre, si ta réponse ne me plaît pas, c'est lui qui prend ? Tu as compris ?

Oliver hoche la tête vivement, les poings serrés. Peut-être qu'ils ont une chance de rester en vie.

- Allez, on commence à jouer.

Black pose l'arme à côté de lui, toujours tournée vers Graham.

- Quel est ton sexe ?

Oliver ferme les yeux, la mort dans l'âme. Graham l'avait trahi.

- Je suis un homme.

- Tu me regarde quand je parle.

Il relève les yeux vers les puits sans fond qui le toisent.

- Quelle est ton origine ?

- Gryffondor.

- Ton sexe avant ta naissance ?

Oliver veut fermer les yeux pour se cacher, il veut fuir, peut-être même mourir.

- Fille.

La réponse le détruit à l'intérieur. Comme un couteau tourné et retourné dans ses tripes. Derrière Black, il voit les sourire moqueurs, et les regards méprisants des autres. Black lui, reste stoïque comme un inspecteur en plein interrogatoire.

- Tes parents ont fait le changement de quelle manière ?

- Une potion artisanale.

- Mais elle n'a pas fonctionné totalement, pas vrai ? Graham dis que tu es incube.

Cette fois Oliver ferme à nouveau les yeux, les larmes coulant sans limites. Lors de leur mariage, Graham a fait le vœux de le protéger, de le soutenir. Aujourd'hui, Oliver comprend à quel point il l'a trahi, et peut-être même détruit. Les Lois en vigueur dans le secteur Gryffondor plafonnent une taxe de naissance puis plus tard, une dot de mariage chez les jeunes filles sur laquelle le Ministère perçoit une importante taxe. En désespoir de cause, les parents d'Oliver ont eu recours à une manipulation interdite pour ne pas finir ruinés. Comme souvent dans les manipulations illégales, l'opération n'a marché qu'à moitié. Oliver est bien né garçon, mais son identité magique était totalement mutée, lui donnant les qualités d'incube Interdites par l'état.

- Montre ton bracelet.

La mort dans l'âme, il relève la jambe gauche de son pantalon. L'anneau de métal qui lui ceint la cheville est rendu luisant pour combattre la magie qui chuchote dans ses veines. Oliver l'a toujours sentie en lui, mais il n'a jamais pu l'utiliser. Black regarde avec attention les inscriptions dessus, avant de soupirer et de pointer Graham avec son arme d'un coup.

- Tu as mentis, encore. Tu as dis qu'il était de niveau deux.

- C'est le cas, se défend Graham, et Oliver a l'impression qu'il ne l'a pas entendu parler depuis une éternité. Le bracelet a été modifié sinon Oliver n'aurait pas pu intégrer Serpentard. Je paye un Mangemort pour garder le silence en échange du laisser-passer.

- Je veux les documents d'identité.

Oliver les sort de sa poche mécaniquement. Son porte-monnaie est tendu et Black s'en saisit d'une main ferme avant de fouiller dedans, parcourant les documents avec attention.

- Qui tolère le laisser-passer ?

- Carrow. C'est lui qui gère le secteur.

Black hocha la tête.

- Je sais, c'est un un de mes gars

De ses deux mains, il retira sa capuche, dévoilant une tignasse noire coiffés vers l'arrière. Sa main continue de frotter sa barbe pensivement avant qu'il croise les mains en les fixant tour à tour.

- Je vais avoir un problème, Graham. Parce que tu vois, lui je vais en avoir l'utilité. Mais toi ?

Black fait sautiller sa jambes avec un faux air de dilemme sur le visage. Oliver le regarde sans vraiment le voir. Ses larmes ont cessé de couler mais il est toujours tétanisé, comme spectateur d'une situation irréelle. Un cauchemars sans fin.

- Je vais prendre le temps de réfléchir, finit par lâcher Black. Je garde ça avec moi, d'accord ? lança-t-il à Oliver en glissant son porte-monnaie dans sa poche. On va dire que c'est notre garantie que tu ne vas pas merder, d'accord Montague ? A la moindre connerie je le balance, et comme tu es son tuteur légal, tu plonges avec lui. Tu connais le tarif pour la contrefaçon de documents.

Un sourire éclaté apparait lorsqu'il retrousse ses lèvres en sautant du plan de travail.

- Je reviens bientôt, en attendant passez un bon weekend en amoureux. Tu peux arrêter de pleurer, Oliver. T'es plutôt moche comme ça.

Et Oliver ne sait pas si c'est l'intonation avec laquelle il prononce ces mots ou la tapette qu'il associe sur sa joue mais une poussée de haine gonfle ses veines. L'humiliation passée, Black lève un bras, et les hommes en noir commencent à quitter le salon. Oliver commence à décrisper ses mains avant que Black se tourne vers les deux mastodontes toujours assis sur le canapé.

- Crabbe, d'après toi, combien coûte la télévision murale ?

Le petit des deux colosses fait mine de compter ses doigts boudinés tandis qu'Oliver sent qu'il va se passer quelque chose de mauvais.

- Je dirais peut-être 1500 gallions. Le modèle n'est pas très récent.

Black se tourne vers Oliver, les mains jointes devant son ventre.

- Il a raison ?

Et son regard perçant interdit à Oliver de mentir.

- Je crois que Graham l'a payé 1700 à l'époque.

- Ah.

Il esquisse un signe de tête aux molosses, qui se lèvent de concert. Le dénommé Crabbe attrape une barre de fer qui était cachée à leurs pieds, et Oliver ferme les yeux d'anticipation. Sans surprise, le bruit de verre éclaté l'informe qu'ils sont en train de détruire l'écran. Les débris tombent au sol, dans un bruissement atroce qui sonne le glas de leur vie tranquille. Une fois le carnage terminé, la barre retombe sur le carrelage dans un tintement métallique.

- 1700 gallions sur la somme perdue, c'est pas si cher payé, n'est-ce pas Montague ? raille Black tandis que les colosses quittent l'appartement à leur tour.

Il reprend son arme, qu'il met dans sa poche et leur offre un dernier sourire immonde sur le pas de la porte.

- N'oublie pas Montague : ce que je n'ai pas, tu ne l'as pas non plus. Et toi...

Il se tourne vers Oliver en le sondant de la tête aux pieds avant de tapoter la poche dans laquelle il a range le porte-monnaie.

- Garde à l'esprit que tu m'appartiens tant que je l'ai décidé. Et que j'ai tous les pouvoirs sur toi. A bientôt, les amoureux.

Lorsque la porte claque, Oliver se laisse tomber au sol, dévasté. Sa vessie se relâche brutalement, bien que ce ne soit plus le humiliant qu'il ait vécu dans la soirée.


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"Des fois, même, j'suis en transe et j'vois tout au ralenti
De toute manière, y a un Dieu, y a tes vœux, y a mes souhaits"

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La soirée, Oliver l'a vécu comme un fantôme. Il est resté un moment effondré, assit sur le sol, fixant les débris de la télévision, à se demander ce qu'allait être sa vie. Sans ses documents d'identité, il ne pouvait plus travailler. Graham l'avait trahi en révélant son secret, l'illégalité totale dans laquelle il vivait. Le départ de Black n'était qu'un sursit jusqu'à ce que les autorités l'arrêtent. Au meilleur des cas, il pairait une amende salée et serait reconduit à Gryffondor, une fois délaissé de toutes ses possessions. Dans le pire... il préférait ne pas y penser.

L'odeur de sa propre urine le répugnait, alors il se leva mécaniquement, sans regarder Graham une seule fois. Il avait besoin de faire comme si rien ne s'était passé. Il alla se doucher. Puis ensuite, il étendit sa machine terminée, sans arrêter de pleurer, parce qu'il ne pouvait plus s'en empêcher de toutes façons. Après, il prépara son repas, après avoir pioché ce qui avait été épargné dans le frigo. Les gars de Black s'étaient bien servis de toute façon. Durant toute la soirée, il ne regarda Graham ni ne lui adressa la parole. Il était mort pour lui.

Peut-être lui aussi, d'ailleurs...

Le lendemain est tout aussi embrumé. Oliver se lève, prépare son propre petit-déjeuner. Sa nuit était mitigée entre cauchemars et terreurs éveillées. Black va revenir, il l'a dit. Et qu'est-ce qu'il va faire, cette fois ? Qu'est-ce qu'il veut faire d'eux ? Il veut récupérer son argent, c'était certain. Quand à savoir comment, Oliver préfère ne pas y penser. Il y a plusieurs manières de rendre de l'argent à un gang, mais aucune de celles qu'il imagine ne lui plait.

Lorsqu'il finit de se laver les dents, la sonnerie la porte retentit, et Oliver se fige en imaginant toutes sortes de possibilités. Graham est parti hier soir sans dire un mot et n'est pas revenu. Il a prit ses clés, donc ce n'est pas lui qui sonne. Oliver risque un œil dans le judas, la boule au ventre de découvrir un Mangemort. C'est Crabbe et sa figure bouffie qui le fixe sans cligner des yeux. Oliver se fait la réflexion qu'il ressemble à un bouledogue.

- Qu'est-ce que vous voulez ? tente-t-il derrière la porte.

Le molosse lui montre son porte-monnaie en crachant presque :

- C'est l'heure d'aller bosser.

Oliver ne comprend pas, mais il est suffisamment rassuré pour entre-ouvrir la porte.

- Quel travail ?

- Parce que t'as un autre boulot que ta boutique de merde, peut-être ? Ramènes-toi, j'ai d'autre choses à foutre.

Sans rien ajouter de plus, Oliver prend ses affaires et le suit avec méfiance. Qu'est-ce qui lui garantis que ce n'est pas un piège ? Black a dit qu'il reviendrait, mais il n'est pas là et en un sens, Oliver est rassuré. Il a hanté toute sa nuits, son horrible sourire défoncé se riait de lui dans le noir, ses yeux étaient partout en train de sonder son âme. Crabbe le guide à son travail, le temps de quelques minutes à pied. Comme tous les jours, Carrow l'interpelle pour contrôler ses documents. Cette fois, il laisse filer une mine étonnée de voir Crabbe sortir son porte-monnaie pour lui tendre. Ses yeux de vipère scannent les documents avant de lui rendre. Cette fois, il ne crache pas au sol. Un hochement de tête adressé à Crabbe, un regard méprisant à Oliver, et ils peuvent continuer leur chemin.

- Vous allez m'accompagner tout le temps ? demande finalement Oliver.

- Tant que ça sera nécessaire, répond le mastodonte.

Il doit avoir un quotas de mot a respecter, car Oliver ne l'entend plus parler après. Sa bouche aux grosses lèvres ne bouge que de dents en temps et pour exprimer le moins de sons possibles. Des fois, il grogne. Oliver se dit qu'il a raison, c'est un bouledogue.

Arrivé à sa boutique, il ouvre la devanture, franchit la porte. Crabbe le suit, et lorsqu'il se pose sur un des fauteuils d'attente pour tapoter sur son téléphone, Oliver comprend qu'il restera là toute la journée. Mais pourquoi le surveiller lui ? Il ne peut même pas servir d'otage, parce que Graham ne se soucies pas assez de lui. Quel est la logique de Black ? A se demander d'ailleurs si Black est le leader de cette organisation. Il avait l'air de commander le groupe, mais peut-être y a-t-il quelqu'un encore au dessus ?

La journée se passe comme tous les jours. Les clients viennent petit à petits. Une coupe, un fondu, une barbe, les deux des fois. Oliver refait même ses racines à l'héritier Malfoy qui vient toutes les deux semaines. Il ne parle jamais, a toujours un air froid, mais il apprécie son travail, puisqu'il laisse un pourboire assez généreux à chaque fois. La moitié de ses clients réguliers sont envoyés par lui, alors Oliver le traite comme un prince. Vers dix heures, Fred et George le soulagent enfin en prenant leur service, et Oliver peut souffler en allant dans son bureau faire sa comptabilité. Crabbe le suit en s'installant face à lui, sans lever les yeux de son écran. Comment fait-il pour trouver les touches avec ses doigts disproportionnés ? Mystère.

Vers midi, Crabbe lève les yeux vers lui en lui demandant ce qu'il veut manger. Oliver hausse les épaules et il entend Crabbe mentionner une chaine de fast-food célèbre. Le repas arrive pour midi trente, et Oliver mange sans grande conviction. Crabbe a assuré que la nourriture n'est pas empoisonné, et Oliver le croit - après tout, pourquoi l'empoisonner ici ? Ça n'a pas de sens.

Le reste de la journée défile. Fred et George se posent des questions sur le molosse qui ne bouge presque pas, Oliver les rassure en le faisant passer pour un inspecteur des Visas. Fred arrête de faire des blagues sur son physique, et George lui souhaite bonne chance. Quand Oliver accompagne le dernier client à la sortie, et que les jumeaux partent en lui promettant une invitation chez eux, Oliver tourne la pancarte pour signifier qu'il n'accepte plus de clients.

Crabbe s'est endormi sur un fauteuil devant un miroir, et son ronflement est atroce aux oreilles d'Oliver qui passe le balais. Il déteste les poils par terre. Au moment où termine de balayer, la porte s'ouvre, faisant tinter le carillon. Oliver s'apprête à renvoyer le client, quand il se tourner vers Black qui le fixe, un sourire aux lèvres, deux incisives déformées visibles. Les mains d'Oliver se crispent sur le manche du balais et il lui semble entendre son sang pulser dans ses tempes.

Black regarde autour de lui avec un air curieux, les mains dans les poches de son sweet noir, la capuche sur la tête comme l'autre fois. Ses épaules sont carrées, et Oliver se fait la réflexion qu'il pourrait tuer quelqu'un à mains nues sans avoir à jouer avec son arme.

- La compagnie de Crabbe t'as plu aujourd'hui ? Je me suis dis que celle de Graham allait te manquer, alors je t'ai fait un petit cadeaux.

Il esquisse un rictus en marchant le long de la boutique jusqu'à s'assoir devant un miroir. Sa démarche est comme celle des félins, souple et dangereuse. Quelque chose dans la tête d'Oliver lui dit qu'il n'est pas en danger cette fois. Mais est-on réellement sans danger face à un fauve ?

Black repousse sa capuche et le fixe à travers son reflet dans le miroir, se grattant les poils du menton avec les doigts.

- Je t'ai trouvé un boulot. Mais d'abord, j'aimerai que tu répare ma barbe. On causera après.

Il lui fait un clin d'œil, et Oliver sait qu'il n'a pas le choix, de toutes façon.