Sixième lune complétée. J'étais allongé dans mon lit, une main derrière la tête et l'autre posée sur le dos nu de Lux. Cette dernière était lovée contre moi tel un louveteau. Je fixai le vide devant moi, ou plutôt, le plafond terne. Chaque matin était semblable au précédent; je me réveillais bien avant la jeune demacienne, je rivais mon regard au ciel et songeais. Je ne faisais que cela, songer, et je me demandais même si cela se voyait à travers mes yeux au quotidien. L'idée que qu'un puisse être au courant de notre secret me torturait l'esprit constamment. J'étais conscient que je devenais de plus en plus paranoïaque et que ce n'était pas du tout mon style, mais je ne savais pas comment contrôler ces pensées intrusives. Chaque fois que je posais les yeux sur Lux, je ne pouvais m'empêcher de constater son ventre qui devenait de plus en plus rond. Elle le cachait merveilleusement bien aux yeux des autres en portant des vêtements un peu trop grands. Une journée, je lui avais donné une poignée d'or pour qu'elle puisse se vêtir. Ce fut une excellente idée, compte tenu du fait que ses vêtements étaient un peu trop étroits au niveau de son ventre et que cela mettait en valeur ce dernier. Heureusement pour nous, le petit qu'elle portait ne prenait pas excessivement de place et ne faisait pas de son ventre une montagne.
Je me levai du lit doucement, en tentant le plus possible de ne pas déplacer la belle endormie. Une fois assis sur le matelas, je pris la tête entre mes mains et inspirai un grand coup. Je devais garder le sang-froid. Notre mission était sur le point de se terminer. Les soldats étaient bien formés par nos deux alliés, ils avaient même réussi à bien avancer cette quête. Nous avions réussi à nous faire une liste de noms de potentiels leader de troupes rebelles. Nous en avions déjà enrayé trois sur les quatre qui figuraient sur cette dite liste. Cependant, il nous restait le plus puissant, et sensiblement le meneur de ce mouvement. Nous étions prêts à tenter une ultime embuscade contre le peu d'ennemis qu'ils restaient. Lux, étant très habile en camouflage et en espionnage, avait su trouver le repaire de notre cible. Il s'était caché, lui et ses quelques sbires, dans une grotte invisible à l'œil nu. Un passage secret, quoi, selon les explications de la jeune demacienne. Cette dernière devait nous mener à cet endroit ce soir-là. Je me sentais fébrile à l'idée d'en finir avec cette menace qui planait sur notre cité, mais une partie de moi était affreusement déçue. Mettre à terme cette mission mettait également à terme le séjour de Lux parmi nous.
Je secouai la tête en soupirant, me sommant de ne plus songer à cette vérité qui ne faisait qu'approcher et me rendis dans le salon. Je me laissai lourdement tomber dans le fauteuil le plus près et me perdit en réflexion. Je repassai mentalement le plan d'attaque et essayai de me convaincre, en vain, qu'il n'allait en aucun cas compromettre la sécurité de Lux et de l'enfant. Elle avait besoin d'être présente et était la seule magicienne de notre petit groupe. En cas d'urgence, elle était d'une importance capitale. Cependant, s'il fallait qu'il lui arrivât quelque chose, je ne savais pas si j'aurais eu la force de me le pardonner.
Le plan était relativement simple; Sett, flaqué des soldats, serait devant, nous protégeant avec leur armure et techniques pour esquiver. Juste derrière, épaulée par Talon et moi, Luxanna allait ouvrir le passage en corrompant le portail avec un sort sur lequel elle avait mis une bonne semaine à apprendre et à maîtriser. Malgré sa flagrante baisse de mana et d'énergie, sans aucun doute à cause du petit qu'elle portait, elle arrivait à le faire, mais non sans épuisement. Ensuite, c'était simple. Sett allait bourriner ces traîtres avec les soldats. Je me chargeais personnellement du chef et Talon devait protéger Lux en restant à ses côtés, puisqu'il était furtif et rapide comme un aigle. Malgré que nous avions créé une ligne directrice, nous n'avions aucune idée de qui nous allions affronter. Les sbires de la personne qui manigançait cette rébellion n'étaient pas très entraînés et surtout pas très futé. Nous avions pu prendre avantage de leur inexpérience pour les éradiquer, mais qu'en était-il de la main en haut de ces pantins?
Je soupirai encore et pris ma tête dans mes mains. Je rivai mon regard au sol et repassai sans cesse le plan dans ma tête. J'étais tellement obnubilé par mes pensées que je n'avais pas entendu Lux se réveiller et venir me rejoindre. Une main douce comme de la soie et légère effleura délicatement mon épaule, ce qui me fit à peine sursauter. Je fis volte-face vers la demacienne et ce que je vis m'émerveilla. Elle était vêtue d'une simple petite culotte bleue claire qui s'agençait avec un espèce de déshabillé qui ne cachait que sa poitrine. Un mince voile encadrait ses côtes et cachait son fin dos, mettant en évidence son ventre rebondi. Une main instinctive et protectrice alla se poser sur cette colline et la caressait. Quand je croisai son regard, je pus voir ses joues rougir et un sourire timide illuminer son visage d'ange. Elle baissa légèrement la tête et glissa une mèche blonde derrière son oreille avant de me murmurer un « bon matin ». Je me levai de mon fauteuil, le contournai et allai la saluer en la prenant dans mes bras, la jetant sur le long sofa du salon et la prenant d'assaut de baisers.
Cette session d'affection ne dura que quelques savoureux instants, trop courts à mon avis. Nous devions préparer notre attaque et retrouver nos alliés. J'aidai Lux à se relever et à se garnir de son corps de métal avant qu'elle ne fît la même chose avec moi. Je lui installai une somptueuse cape rouge sur laquelle ornait fièrement le symbole Noxien. La voir avec de tels accoutrements me satisfaisait grandement.
-Le rouge te va bien, commentai-je avec un sourire en coin.
-Merci, répondit-elle alors que ses joues prirent la même teinte que la cape. Mais je…
-Préfère le bleu, l'interrompis-je en m'esclaffant, je sais.
Elle rit doucement avant de lever les yeux au ciel. Une fois tous vêtus, nous nous rendîmes ensemble à la grande salle d'entraînements où se trouvaient déjà quelques-uns de nos soldats. Ces derniers convenaient de tout et de rien quand nous arrivâmes dans la pièce. Il ne fallut que quelques minutes d'attentes avant que Sett et Talon ne firent leur entrée dans la place. Quand tous furent présent et attentifs, je me raclai la gorge et répétai une ultime fois notre fameux plan, m'assurant que tous étaient toujours en accord et qu'ils savaient quoi faire. Sans surprise, personne ne me contredit et tous étaient fébriles à l'idée de se combattre. Même Talon, ce qui me surprit, étant tellement habitué à son insolence habituelle. Je me ravis de son enthousiasme pour la mission.
Au moment où j'allais demander au groupe de me suivre, j'entendis au loin crier mon nom. Je fronçai les sourcils et me tournai vers la porte de la salle, me demandant bien qui pouvait m'interpeller aussi bruyamment et à ce moment exact. Je ne mis que quelques secondes avant de réaliser que c'était nul autre que mon petit frère Draven qui hurlait mon nom comme s'il n'y avait pas de lendemain. Je le vis entrer alors dans la pièce, essoufflé comme s'il avait couru depuis Shurima. Je croisai les bras et levai un sourcil en sa direction, le questionnant silencieusement sur sa subite présence.
-Tu pense vraiment que je vais te laisser t'amuser sans moi, Darius? S'exclama le bourreau de sa voix forte et dérangeante. Tu te mets le doigt dans le cul!
-On dit dans l'œil, sombre idiot, rectifiai-je en soupirant et en me prenant les tempes entre les doigts.
-Oh et on s'en fout royalement de l'expression! S'indigna-il. Je suis là pour la baston, alors allons-y, je vous accompagne!
Je levai les yeux au ciel, mais acceptai tout de même sa proposition. Il était tout de même doué pour exécuter des cibles et ne serait sûrement pas une nuisance dans cette mission ultime. Sûrement pas. Je demandai alors à Sett d'ouvrir la voie et de mener notre petit groupe. Draven se précipita derrière lui pour essayer de faire semblant d'être un meneur, se bombant le torse et se pavanant comme un coq. Draven restait Draven. Lux rit de sa voix amusée et se mit en marche, essayant de parler avec les soldats qui nous accompagnaient. Au passage, je pris fermement le bras de Talon, alors que nous allions fermer notre petit groupe. Ce dernier se tourna vivement vers moi et tenta de dégager son bras avec fougue. Il me servir une paire d'yeux sombres et sinistres avec une expression confuse.
-S'il devait arriver quoi que ce soit à cette demacienne, le menaçai-je en me penchant lourdement vers lui, tu vas le payer cher, Du Couteau. Tu m'as compris?
Talon prit un air de dégoût et réussit à se défaire de mon emprise.
-Personne ne touchera aucun de ses cheveux de poupée, grogna-il, pas besoin de faire des menaces. Et puis qu'est-ce qu'on s'en fout, de ces demaciens. Qu'est-ce que ça ferait, si elle se faisais une petite égratignure, elle n'avait qu'à rester dans son petit palais parfait.
Je lui rendis un regard plus noir que la nuit et lui dit qu'il était primordial de conserver une excellente relation avec elle, puisqu'elle représentait Demacia et qu'il fallait honorer notre traité. Bien entendu, je sous-entendais la sécurité de la femme que j'aimais et de celle qui portait une miniature de nous deux. Le jeune adulte hocha lourdement de la tête avant d'accélérer le pas pour rejoindre les autres membres du groupe. Je fis comme lui également et m'empressai de les rattraper.
Le fameux repaire n'était pas très loin de la ville. Il était dans un bois, pas trop creux dans la forêt, mais assez pour que nous fûmes rendus la nuit au moment où nous arrivions sur place. L'endroit ne me surpris pas vraiment. Derrière un large buisson se trouvait une faille sombre comme la nuit et émanait des faibles rayons de lumière violette. Il fallait tellement la tombée de la nuit pour pouvoir distinguer quelque chose parmi la noirceur. Heureusement pour notre petit groupe, nous avions Lux qui avait su faire un petit orbe de lumière pour nous éclairer. Une fois devant la faille, nous avions besoin de notre jeune mage pour briser le sort qui nous empêchait de progresser. Elle réussit sans trop de difficulté en faisant des mouvements dont je ne comprenais strictement rien, faisant bouger ses doigts de fée et faisant déplacer magiquement cet aura violet avec une telle légèreté. La magie me fascinait autant qu'elle m'inquiétait. Si quelqu'un pouvait aussi aisément détruire un sort de protection comme elle le faisait, étions-nous réellement à l'abris derrière nos murailles?
Je délaissai ma brève réflexion et me mis en marche suite au signal de Lux, escorté de notre petite escouade. Nous étions donc rendu dans un très sombre tunnel qui semblait bien étrange. Comme prévu, Lux me rejoignit, portant encore dans sa main la petite lumière. Nous ne distinguions pratiquement rien avant de longues secondes. Armés jusqu'aux dents, nous marchions d'un pas assuré dans l'antre de l'ennemi. Au loin une lumière autre que l'orbe de la magicienne montra le bout de son nez. Je touchai doucement la main de Lux, lui demandant silencieusement d'un signe de détruire sa création. Elle obtempéra sans rien dire et se cacha derrière moi. Talon ne mit qu'une fraction de seconde pour se flaquer derrière elle, prêt à bondir sur n'importe qu'elle cible potentielle. Sett et les soldats restaient derrière moi, alertes eux aussi. Je commençai à détecter des faibles voix au loin.
À mesure que nous nous approchions, j'étais capable de discerner près de trois voix différentes. Je fis signe à notre groupe de se faire des plus discrets et de se pencher pour être le moins visible possible. La fin du tunnel donna la vue sur une salle relativement éclairée d'une lumière violette, dans la même teinte que le sort de la faille. Quelque chose me dit qu'ironiquement, il y avait un ou une mage ici. Je scrutai rapidement l'endroit des yeux. La cave était composée de murs de glaise à l'air solide. Une grosse table de bois noir se trouvait au centre entouré de quelques chaises dépareillées. Des tonneaux vides comme pleins ornaient le sol, avec des vêtements usés et souillés, de sang ou d'autre saleté. Quelques corps étaient entassés sur les bords des murs et une panoplie d'armes étaient accrochées sur ces murs. Heureusement pour nous, nous n'avions pas été vus par ces rebelles. Enfin, c'était ce que je croyais.
Au moment où je me dis que nous étions en plein dans l'effet de surprise, je distinguai une femme vêtue d'une longue robe noire tourner la tête vers nous, subitement. Ses yeux prirent la même teinte de violet flamboyant et un sourire mauvais se dressa sur les lèvres. Ses longs cheveux brun clair étaient noués en je ne savais quelle sorte de natte et étaient ornés d'un bijou qui faisait le tour de sa tête et duquel pendait une série de pierres précieuses sur son front. La dame approcha avec une lenteur mesurée et son sourire se tordit à chaque pas qu'elle faisait en notre direction.
-Tiens donc, s'écria sa voix rauque, si ce n'est pas le général Darius en personne avec ses… guignols.
Mon cœur battant la chamade, je fis un pas devant et sorti de l'ombre. Elle ne me faisait pas trop peur, j'étais flaqué de personnes de confiance et dont je savais que le potentiel était au-delà de ma compréhension. J'entendis les lourdes haches de Draven balancer légèrement avec le mouvement et les jointures de Sett craquer. Ces deux-là étaient prêts pour une bonne baston. Je me raclai la gorge et me redressai, me voulant plus imposant.
-Et vous, assassin, qui êtes-vous? La questionnai-je avec un air sérieux.
Son sourire se figea un instant et elle inclina la tête, semblant confuse.
-Vous ne savez donc toujours pas? S'indigna-elle. Je suis là grande Enchanteresse, voyons…
-Il n'a jamais eu mention de toi nulle part, rétorqua Draven. Tu t'inventes une vie ma poulette!
Elle éclata de rire et claqua des doigts. Immédiatement, ses quatre derniers sbires vinrent à ses côtés, tous avec des yeux d'un violet éclatant. Quelque chose me dit qu'ils étaient sous l'emprise d'un sortilège.
-Je ne fais que commencer mon travail, s'exclama la sorcière en reprenant son sérieux, et vous commencez à me nuire un peu trop. Les forts combattants se font si rares…
-Et je peux savoir de quel droit vous tuez tous ces mages? Lui crachai-je avec hargne.
-Les mages aujourd'hui sont d'une faiblesse, ils sont honteux pour notre race, me répondit-elle en arquant un sourcil. Ils se battent pour des causes qui ne valent pas la peine et ont oublié notre grandeur. Nous pouvons dominer le monde, et je suis bien certaine que je peux devenir plus grande sans eux.
Lux fit un pas devant, me bousculant. Son regard prit un air de colère et je la sentis bouillir de rage.
-Alors quoi, tu te nourris d'eux comme une vulgaire sangsue? S'indigna la jeune blonde en resserrant sa poigne sur son sceptre.
- Elle comprends vite, cette petite, ricana la dame. Allez-y, mes enfants. Amusez-vous, je n'ai pas que cela à faire.
Elle claqua alors des doigts et commença à s'en aller vers une porte au fond de la salle. Au même moment, ses sbires contrôlés par sa volonté se jetèrent sur nous comme des vrais dingues. Je sortis ma lourde hache et la fit tournoyer autour de moi, en envoyant valser un des hommes sur le mur. Du coin de l'œil, je vis Lux lancer son sort de prison de lumière sur la femme. Rapide comme un aigle, Talon fondit sur cette dernière, mais se prit un sort en plein visage. Je décidai de me concentrer sur les alliés de la sorcière, jugeant bon de laisser l'assassin et la jeune demacienne lui donner leur leçon. Draven et Sett, fiers à leurs habitudes, se prirent un vilain plaisir à exploser le visage de nos rivaux avec les soldats que nous avions entraînés.
Un de nos adversaire était plus gros et plus coriace, un peu comme une version maléfique de moi-même. Celui-là me causa du fil à retordre. J'avais beau le frapper de ma grosse hache, il réussissait souvent à me coller des bonnes droites au visage. Même que quand il sortit un couteau de sa poche, il réussit à me glisser une vilaine entaille sur la joue et quelques-unes sur les bras. J'ignorais la douleur tant bien que mal et réussit à le mettre par terre. Étant un peu plus rapide que lui, j'avais réussi à me glisser derrière et lui couper l'arrière des genoux. Forcés à céder, ses genoux ne purent supporter son poids à cause de l'entaille profonde, ce qui le fit tomber à mes pieds. Je saisi alors ma hache à deux mains et lui balança ma célèbre signature, la guillotine noxienne. Mon attaque brutale lui explosa littéralement le crâne et il son corps tomba lourdement au sol après que je lui assenai un violent coup de pied au torse.
Ce ne fut pas très long que ces possédés étaient au sol et dépourvu de vie. Il ne restait que cette vilaine magicienne à rayer de la liste. Une fois que j'avais terminé avec mon colosse, je pus aller rejoindre nos deux équipés qui, forcément, semblaient avoir de la difficulté contre cette puissante enchanteresse. Au moment où j'approchais en courant vers eux, quelque chose se produisit devant moi et sembla au ralenti. Je vis la dame sortir de sa ceinture une dague pointue et se diriger droit sur Lux qui venait d'être poussée contre un mur grâce à un des sorts qu'elle lui avait lancé. Talon vit pris au piège par des dagues fantomatiques violettes qui embrochaient ses pieds au sol. Le cri de douleur qu'il poussa aurait pu réveiller toute la ville si nous n'avions pas été aussi loin sous terre. La jeune demacienne, sonnée puisque sa tête avait violemment cogné sur le mur, ne put se dégager à temps et assez rapidement. Lux réussit tout de même à faire tomber la femme avec un de ses sorts lumineux, ce qui détourna la direction de la dague vers son ventre au lieu de son cœur, qui était forcément sa cible. La rage me consuma à ce moment-là. La souffrance que je lus dans les yeux de Lux me tordit le cœur et me donna une énorme bouffée d'adrénaline. Je courus vers la femme qui, grâce au sort envoûtant de notre alliée, étaient par terre, à quatre pattes, tentant en vain de se lever. Je lui servis avec violence ma guillotine et lui tranchai un bras. Puis suivit sont autre. Elle hurla de douleur et plia son torse. Complètement contrôlé par ma fureur, je saisi ses cheveux et relevai sa tête pour forcer mon regard à se planter dans le sien. Je dus avoir l'air fou à lier, mais tout ce que je voulais, c'était venger la souffrance de Lux, et aussi la souffrance de toutes les familles qui avaient perdu un proche. Je laissai tomber ma hache et lui assenai de violents coups de poing au visage. Draven ne mit que quelques secondes à me saisir par derrière.
-Darius, calmes-toi, m'intima-il en se voulant sérieux pour une fois, on va s'en occuper. Toi, va amener Lux et Talon voir un guérisseur.
Ses paroles eurent l'effet escompté. Je me ressaisis comme si je venais de recevoir un sceau d'eau glacée en plein visage. Je me retournai et vis la jeune demacienne adossée contre le mur, inconsciente, assise dans une trop grosse flaque de sang. J'accrochai instinctivement ma hache à mon dos, délaissai immédiatement la folle et allai rejoindre Lux à toute vitesse. Je déchirai ma cape avec toute la force que j'avais et entourai son ventre entaillé avec. La blessure ne semblait pas trop profonde, mais cela m'inquiétait horriblement. Jamais mon cœur n'avait pompé aussi vite de toute ma vie. J'interpellai deux soldats en renforts pour qu'ils prennent Talon en charge et leur intimai de me suivre rapidement. Je pris alors la jeune femme dans mes bras et me dirigeai vers la sortie en courant.
Tout le long du trajet, j'essayais de la réveiller en murmurant son nom. Il n'y avait rien à faire, elle ne répondait pas, toujours inconsciente. Je ne faisais que courir du plus vite de mes capacités. J'étais tellement choqué par ce qui venait de se passer, je ne savais pas pendant combien de temps je l'avais transporté dans mes bras. Je ne savais pas depuis combien de temps elle avait été inconsciente dans mes bras. Je me rendis le plus vite possible à la tour de Noxus où se trouvait mes appartements et allait droit au cabinet des guérisseurs. D'un violent coup de pied, je défonçai la porte pour tomber sur une pièce vide. Évidemment, en pleine nuit, il n'y avait personne. Ne suivant que ma rage et mon instinct, je me rendis sans plus attendre à mes appartements et allai déposer le corps sans énergie de Lux sur mon lit. Je connaissais quelqu'un qui pouvait m'aider, et fort heureusement, elle habitait la tour elle aussi. Sans plus attendre, ma prochaine destination fut sa porte. Je fus étonné qu'elle ouvrit quand je frappai comme s'il n'y avait pas de lendemain. La porte s'ouvrit et je vis cette sombre mage avec des yeux endormis me répondre.
-Je peux savoir ce que tu fais ici, en pleine nuit, Darius? Me demanda Morgana.
J'empoignai alors subitement son bras et la forçai à me suivre.
-Lux est blessée, haletai-je. Viens m'aider.
-Lux? Comme dans Luxanna Crownguard ?!
Je hochai la tête sèchement et pressai le pas afin d'arriver à la chambre le plus rapidement possible. Une fois arrivé à destination, Morgana ne se fit pas attendre et allai directement voir comment Lux se portait. Elle ouvrit doucement le semblant de bandage que je lui avais fait et je vis une vague d'inquiétude envahir son visage. Elle défit habilement ma cape regarda de plus près l'entaille. Sa main se posa alors sur la cuisse de la demacienne et une aura bleuté illumina sa paume ainsi que la jambe de la blessée. Je me rapprochai du lit pour observer de plus près et questionna la sorcière sur ce qu'elle faisait avec rudesse, pris par l'inquiétude.
-Je lui transfère du mana, m'expliqua-elle en se voulant calme et rassurante. Elle en aura besoin pour guérir et elle semble s'en faire…
Morgana ne termina pas sa phrase et tourna sa tête vers moi, avec un air autant confus qu'inquisiteur. Je soutenu son regard avec sérieux, attendant patiemment la suite de ce qu'elle allait dire. Une partie de moi se doutait que le secret allait être révélé à ce moment-là, mais la vie de Lux était en jeu et je me foutais bien des conséquences.
-Darius, murmura l'ange déchu, elle est pas enceinte, dis-moi?
Son ton laissait croire qu'elle voulait que je lui dise non. Je lui fis signe de la tête qu'elle l'était avant de baisser les yeux vers son corps pâle et l'air presque mort. J'entendis alors mon amie soupirer et je vis du coin de l'œil sa main se retirer de la cuisse de Lux. Je relevai et la vis prendre ses tempes entre ses doigts et secouer la tête, désespérée.
-Si tu veux que je sauve cette fille, ce petit devrait possiblement en payer de sa vie, soupira-elle. Il draine tout son mana, elle ne s'en sortira jamais. Et lui non plus, d'ailleurs… si cela se trouve…
-Assez, la coupai-je fermement et sèchement. Sauve-la. Fais ce que tu as à faire.
-Bien, marmonna-elle en hochant de la tête.
Une bouffée de chaleur m'envahit tout à coup. Allais-je réellement sacrifier cet enfant pour sauver Lux? Était-il déjà réellement sans vie? Est-ce que cette agression par dague l'a réellement achevé? Je sentais tout mon corps brûler de l'intérieur et je ne savais plus où donner de la tête. Je sortis de mes appartements en me prenant la tête entre les mains. Comment diable cela avait pu arriver? Mon démon intérieur cherchait un coupable, quelqu'un à punir. Seule l'image de Talon me vint à l'esprit. La fureur prit alors le contrôle de mon corps tout entier. Sans réfléchir, je me dirigeai vers sa résidence personnelle, à l'étage sous le mien. Je me fis plaisir et défonçai sa porte d'un violent coup de poing. Heureusement pour lui, il n'avait que des blessures mineures dans ses pieds et jambes. Il me restait donc plusieurs os que je pouvais lui fracturer pour le punir. J'avançai vers lui, complètement soumis à ma rage. Voyant mon air de fou, Talon fronça les sourcils et tenta le plus possible de se redresser du lit dans lequel il était étendu, pansé des orteils aux mollets.
-Je peux savoir ce que tu… commença-il.
- Tu n'avais qu'une tâche, grognai-je avec colère.
Je m'approchai alors lourdement de son lit, le saisit par la gorge et serrai, juste assez pour lui couper le souffle.
-Et c'était de la protéger, complétai-je en haussant le ton.
N'ayant pas réalisé la présence des deux soldats que j'avais envoyé avec lui, j'eus le loisir de me faire pousser du chemin, m'obligeant à lâcher ma prise sur le jeune assassin. Ces derniers essayaient de me raisonner, mais la fureur n'habitant tellement, je n'entendais qu'un bourdonnement sourd. Je n'arrivais simplement pas à me faire à l'idée que Lux fut blessée au combat par ma faute. Je cherchais à blâmer quelqu'un, à déverser un torrent de colère sur quelque chose pour ne plus me sentir coupable, alors qu'au fond, toute cette histoire était de ma faute. Je mis de longues secondes à ne regarder que devant moi, le regard dans le vide. Les injures que me lançaient Talon, qui étaient justifiées, ne m'atteignaient pas. Je ne les entendais même pas. J'étais simplement pris en cage dans ma tête, troublé. Je sentis mon corps alors se détendre un peu. La réalisation de mon erreur fit son effet. Je secouai la tête légèrement et murmurai un pardon avant de quitter sa chambre. Je devais paraître fou à lier pour débarquer comme cela chez lui, l'étrangler presque et partir aussi soudainement que mon arrivée, mais rien ne tournait rond dans mon esprit à ce moment-là.
D'un pas lourd, je retournai vers ma demeure. Je me sentais tout à coup engourdi par toute la situation qui venait de se passer. L'adrénaline était enfin tombée et j'avais l'impression que l'on m'avait scié les jambes en deux. Je mis de longues minutes à remonter vers ma porte. De longues minutes dans lesquels mon esprit était prisonnier des souvenirs de Lux, assise contre le mur, assise dans son sang, sans conscience. Je rentrai alors dans la pièce où je vis Lux, toujours les yeux fermés, étendue dans mon lit, sous un drap noir d'encre qui n'était pas celui que j'utilisais habituellement. Morgana était assise dans un de mes fauteuils qu'elle avait approchée au chevet du large lit. Nos regards se croisèrent et elle m'invita d'un signe de tête à approcher. Je fermai la porte derrière moi et allait vers elle. Je pris place sur le bord du lit et posai instinctivement ma main sur le bras de Lux. Les yeux de Morgana étaient empreints de tristesse et de pitié.
-Elle va s'en tirer, m'expliqua-elle avec calme en soupirant, mais son ventre a été sectionné… Cet enfant qu'elle portait à succombé aux blessures le temps que tu reviennes avec elle, je suis désolée. Je lui ai transféré du mana pour sa guérison et j'ai essayé d'accélérer sa guérison avec un de mes sorts de bouclier.
Elle mit sa main sur mon genou, cherchant mon regard.
-Tu as l'air bouleversé, qu'est-ce qu'il y a? Me demanda-elle avec douceur.
Son attitude sympathique me surpris. Je savais que nous étions relativement de bons amis, mais je la croyais froide et distante. Probablement que sa nouvelle vocation de guérisseuse l'avait changé, ou simplement qu'elle était toujours comme cela, mais que je n'avais jamais réellement prêté attention à cette facette d'elle. Je pris une grande inspiration et me lançai. De toute façon, je n'avais plus rien à perdre. Je venais de perdre quelque chose de tellement précieux, et elle était déjà presque au courant du secret. Il ne lui aurait fallu qu'un peu de temps avant de découvrir la vérité. Je me dis que je pouvais lui éviter cette migraine de chercher des raisons et des réponses.
-Cet enfant, c'était le nôtre, marmonnai-je avec sécheresse. Je compte sur toi pour ne rien dire, sinon tu peux dire adieu à ta tête.
-Tu as ma parole, souffla Morgana et serrant mon genou dans sa main. Je suis désolée.
Je ne dis rien et laissai mon regard se perdre devant l'image de Lux. Le monde entier autour de moi sembla alors s'arrêter. Il n'y avait que moi et elle. Moi, mes remords, mes pensées, ma culpabilité, mes échecs, et elle. Je ne remarquai même pas Morgana quitter ma demeure. Je n'avais de yeux que pour la demacienne endormie devant moi. Je ne savais pas ce que j'allais faire ni ce que j'allais lui dire. Tout ce que je savais, c'était qu'un trou béant venait de se former en moi, et que je ne savais pas si j'allais être capable de le combler. Pour la première fois dans ma vie, j'avais mal. Horriblement mal.
