Long Time no see! Désolée, le travail me demande tellement, j'ai à peine du temps pour écrire en espérant que la suite des choses vous plaise! Cette fic tire bientôt sur sa fin, dites moi si une «partie 2» vous plairait, ou une tout autre histoire! J'ai hâte de vous lire!
Deux mois. C'était tout ce que nous avions comme temps pour nous rendre à Demacia. Deux mois, c'était également la durée du trajet, à quelques heures près. Notre temps était compté, et s'il y avait quelque chose que je détestais presque autant que Demacia, c'était bien l'incertitude. Par moments, j'arrivais à me dire que le destin était en ma faveur, que nous allions arriver bien avant la cérémonie, voir même quelques jours. Bien sûr, s'il y avait des instants rationnels, il y en avait d'autres qui l'étaient moins. Heureusement pour ma partenaire de voyage, ce combat se déroulait à l'intérieur de moi. Cette guerre entre l'espoir et la frustration se déroulait dans ma tête, et je me doutais qu'il fut un tant soit peu apparent.
Morgana était d'une agréable compagnie. Silencieuse, se faisant discrète, elle était tout l'inverse de mon casse-pied de frère. Elle était même assez opposée à Lux. Nous ne faisions que la petite discussion lors des quelques repas. Je ne savais plus trop si j'aimais autant le silence, maintenant que mon esprit était constamment tourmenté. J'avais hâte et je rêvais d'un instant de paix intérieure. Un seul moment sans secrets, sans pression, et surtout un instant de sérénité intérieure.
Il ne nous restait environ qu'une semaine avant notre arrivée à Demacia. Bien entendu, un voyage important de la sorte ne pouvait se dérouler sans entourloupe. Ombrage, forcément distrait par un quelconque volatile, se cogna le sabot sur un rocher et trébucha. Comme si nous n'avions pas assez de malchance déjà, sa chute entraîna une branche à lui entailler une patte. Intrigué, je descendis de la charrette et allai lui porter secours. Le sang ne coulait pas à flot, heureusement, mais sa plaie me semblait douloureuse. D'un regard, je consultai la sorcière qui hocha la tête presque instantanément. Elle se retourna vers le fond de la charrette et sortit une sorte de bourse. Agilement, elle sauta de la voiture et vint à mes côtés pour observer la blessure.
-Je peux soigner ça, m'informa Morgana d'une voix sereine. Mais il va avoir du mal à marcher pour la dernière semaine.
-Soignes-le, lui commandai-je. Nous n'avons pas le choix.
-Entendu.
Sans se faire plus attendre, la femme s'affaira. De ses doigts longs et minces comme des baguettes, elle fit un sort violet qui enveloppa tendrement la patte blessée de l'animal. Ce dernier hennît sous la douleur et tenta de se relever. Je fus plus rapide et le maintins au sol le temps que la sorcière puisse réaliser son sort. Cela ne prit que quelques instants. Elle était déjà en train de bander l'entaille quand je relâchai un peu la tension de ma prise sur le cheval. Lentement mais sûrement, Morgana l'aida à se remettre sur ses sabots et l'encouragea à faire quelques pas. Comme elle l'avait prédit, l'étalon noir avançait avec un air souffrant. Mon acolyte me consulta du regard avant de m'offrir une moue incertaine.
-Il ne pourra pas tirer la charrette, pas dans cet état, s'opposa-elle quand je m'apprêtais à l'atteler.
-Tu as une meilleure idée? Rétorquai-je.
- Oui, on laisse l'autre tirer?
-Un cheval ne peut pas supporter notre poids et une voiture à lui seul, répondis-je.
-Eh bien nous marchons. On ne va pas tuer ce cheval à la tâche.
Je soupirai. Elle n'avait pas tord, lui infliger ce travail aurait été dangereux pour son rétablissement et aurait pu aggraver son état. Cependant, y aller à la marche prenait plus de temps. Avions-nous un autre choix, en même temps? J'acquiesçai d'un hochement de tête et saisit les rennes d'Ombrage en me mettant en marche. Il fallait faire vite, et nous n'avions pas une seule seconde à perdre.
Avec ce fâcheux incident, nous avions probablement perdu une journée, voir même deux. Heureusement, nous avions retranché quelques heures au début de notre périple, vu la vitesse à laquelle Ombrage et son partenaire allaient. Avec un peu de chance, nous n'allions pas être en retard.
La précieuse Demacia se dessinait au loin devant nous. Juste de songer à y remettre les pieds me dégoûtait. Ces petits demaciens prétentieux… Mon amie, elle, semblait un peu émerveillée devant la blanche ville. Elle n'y avait jamais été, je pouvais comprendre. En même temps, si je pouvais leur donner quelque chose, à ces snobs, c'était qu'ils avaient le sens de l'architecture. D'un point de vue esthétique, c'était joli, je devais l'admettre. Mais toute cette blancheur et cette lumière m'étourdissais presque.
-Tu vas lui dire quoi, me demanda subitement Morgana.
Pris au dépourvu, je tournai la tête en sa direction et sourcillai. Devant mon air incrédule et confus, elle s'esclaffa avant de préciser.
-À Lux, tu vas lui dire quoi?
-Je n'en sais rien, marmonnai-je.
-Tu vas devoir faire quelque chose, me lança-elle les lèvres pincées.
-Je sais.
-Sans ça, elle risque de marier ce pauvre clown demacien et…
-Je sais, la coupai-je sèchement. Je sais tout ça.
Froissée, elle ne dit rien et riva son regard vers l'horizon. Le reste de la demi-heure se fit dans le silence. Je me demandais justement ce que j'allais bien faire, ce que je pouvais faire. Aucun éclair de génie ne me frappa. Pouvais-je m'opposer à cette union? Et quelle raison pouvais-je bien leur donner? Les idées se bousculaient dans ma tête et prirent toute ma concentration. J'étais tellement saisi par tout cela que je ne remarquai pas que mon amie s'était arrêtée. Je ne le remarquai que quelques mètres plus loin. Saisi, je tournai les talons et lui adressai un coup d'œil confus.
-Donc c'est ça, Demacia? Me demanda-elle avec une mince nervosité apparente.
Devant nous se dressait les grandes frontières blanches de Demacia, bien gardée par ses habituels gardes en armure scintillante. Je fis signe de tête que oui et l'invita à me suivre d'un coup d'œil. Je comprenais sa nervosité, son allure et sa prestance hurlait Noxus. Possiblement qu'elle savait que j'avais fait quelques voyages là-bas et que l'on me tolérait. Encore là, le mot était fort. Je recevais autant de regards de dégoût qu'apeurés.
D'un pas ferme et confiant, j'amenai notre petit groupe au portes, qui étaient gardées pas quelques soldats en armure étincelantes. Sur leurs gardes, je les vis resserrer leur prise sur leurs armes respectives. Deux hommes se regardèrent furtivement avant de faire un pas vers nous.
-Général Darius, s'exclama l'un des deux en se raclant la gorge. Que nous vaut votre visite?
-Une invitation.
Sans rien ajouter de plus, je leur tendis froidement la lettre de Lux. Je devinai leur air confus sous le heaume qui couvrait leur visage. Celui qui m'avait adressé la parole déroula alors le parchemin et se mit à le lire. Son acolyte pointa du menton Morgana.
-Et elle?
-La même, très cher, répondit-elle sur un ton mielleux.
Tout comme moi, elle tendit son invitation au second garde qui lui offrait sa main. Ce dernier prit moins de temps à lire, forcément à la simple recherche du sceau royal. Les deux hommes s'échangèrent un dernier regard avant d'hocher la tête presque simultanément. Le premier soldat leva la main et fit un mouvement circulaire dans les airs. Forcément un signe commun que tous comprirent, puisque les soldats s'affairaient à ouvrir les grandes portes.
-Passez un beau séjour chez nous, nous invita-il formellement et avec une once de dégout.
Je répondis d'un signe de tête respectueux et n'ajoutai rien. Morgana leur offrit un sourire en coin et me suivit, flanquée des chevaux et de la charrette de bois. Je me dirigeai ensuite vers l'écurie, sachant très bien où elle était grâce aux visites guidées de Lux. Un jeune écuyer me reconnut et prit soin de nos montures et gara notre voiture près. Je lui fit part de notre petit accrochage et lui demandai de bien vouloir garder un œil sur la blessure non guérie de ma monture sombre. Il accepta d'un timide hochement de tête et je lui lançai une poignée d'or pour le récompenser. Il bredouilles un merci avant d'amener Ombrage dans l'enclos où se trouvait Lumière. Presque instantanément, les chevaux hennirent et semblaient se caresser la tête, en une sorte d'accolade maladroite.
-Ils sont adorables, commenta la sorcière en abordant un franc sourire. Alors, où allons-nous?
-Au château, répondis-je sèchement.
Heureusement pour nous, nous étions arrivés à ce qui semblait être la veille du fameux événement. Simplement à en juger pas les décorations qui ornaient les rues, n'importe qui pouvait bien se douter qu'un grand événement se tramait. Nous marchâmes à une vitesse qui était presque épuisante pour mon acolyte, à en juger par sa respiration un peu haletante. Des émotions qui ne m'étaient pas familières prirent le dessus sur moi et me donnaient une vigueur motivante. Le soleil était sur le point de se coucher quand nous franchîmes les portes gardées du précieux château. Nous attendions alors dans ce hall qui m'était trop familier, le temps qu'un domestique nous montra la voie. Forcément, nous allions avoir encore une joie de se partager une de leur chambre d'invité. Avec la chance que nous avions, il allait de soit que nous n'allions pas croiser le domestique en premier. Bien entendu, c'était Garen qui me trouva en premier et qui se dirigea vers nous d'un pas brusque et ferme, piqué tel une flèche. Je soupirai et levai les yeux au ciel, ce qui déclencha l'hilarité de mon amie. Quelles genres de salades allait me raconter cet imbécile, et surtout, quelles genres d'injures allait-il me dire? Avec lui, je m'attendais à tout.
-Je peux savoir qui à laisser entrer ces ordures? Beugla le chevalier en regardant à droite et à gauche.
-Ta maman t'as pas appris à parler aux femmes, s'insurgea Morgana. J'espère que tu ne te demandes pas pourquoi tu es encore seul…
Les yeux de Garen s'empreignirent d'une vague de frustration. Il fit quelques pas en notre direction, décidé à venir bousculer voir même foncer sur la sorcière. D'une main ferme, je l'abattis sur son plastron de métal, lui montrant clairement qu'il n'allait pas aller plus loin que cela. Son regard furieux se posa alors sur moi, ravivé d'une flamme de colère nouvelle.
-Nous n'allons tout de même pas ruiner une si belle journée pour des histoires, hein Garen.
Le demacien se détendit l'espace d'un moment et fit un pas derrière. Il nous toisa tout de même tour à tour et croisa ses gros bras sur son torse.
-Je peux savoir ce que vous faites ici?
Morgana, exaspérée (elle devait enfin saisir la raison de ma haine envers ce gars) poussa un soupir bruyant.
-Mais pour qu'elle raison tu pense, espèce de…
-Pour le mariage de ta sœur, tranchai-je en regardant Morgana d'un air sérieux.
Raviver la fureur de Garen n'était pas nécessaire. Tentant, mais cela n'allait pas aider notre cause, donc une perte de temps. Les yeux du chevalier s'écarquillèrent, tellement que j'eus le doute pendant une seconde qu'ils allaient sortir de leur orbite. La simple idée me fit sourire intérieurement.
-Balivernes, s'écria-t-il. Et vous avez une preuve de ça?
Presque simultanément, nous lui tendîmes notre invitation. Il les lit un bref moment, reconnaissant presque immédiatement les faire-part de sa petite sœur. Il releva la tête, incrédule.
-Et pourquoi diable vous a-t-elle invité? S'étonna Garen.
-Il y a des gens qui croient en cette trêve et qui font des efforts, répondis-je amer.
Au loin, je vis un domestique nous faire un chaleureux sourire et nous invita du doigt à venir le voir. Je regardai Garen de haut d'une dernière fois.
-Tu devrais essayer, ça ne te ferais pas de mal, ajoutai-je.
Il n'eut pas le temps de répondre à ma moquerie. Je lui rentrai dedans, le poussant par l'épaule en me dirigeant vers la personne qui nous attendait. Garen grommela quelque chose d'inintelligible, mais je ne m'en préoccupait pas. Le jeune domestique ne devait pas avoir plus d'une quinzaine d'années. Il semblait jeune et jovial, un vrai petit demacien boute-en-train. Ce dernier nous escorta, nous et deux gardes jusqu'à la chambre d'invité. Il nous mentionna qu'il ne restait que celle-ci, puisque de nombreuses chambres étaient réservées pour d'autres invités. Drôlement, la dernière disponible était celle qui avait une connexion avec la chambre de Lux, une connexion oubliée de tous. Je me demandai si c'était voulu, l'espace d'un instant. Au fond, elle avait envoyé des invitations, elle devait forcément se douter que nous allions venir.
Le jeune homme nous déverrouilla la porte et me remit la clé dans ma main, en me souhaitant un séjour des plus heureux à Demacia. Il nous informa aussi que la célébration allait avoir lieu après midi, à la petite chapelle. D'un hochement de tête, je lui fit savoir qu'il pouvait prendre congé. Le domestique se retira en une révérence et s'éclipsa. Nous entrâmes donc dans la chambre. Elle n'avait pas changé, elle était pareille à mes souvenirs. Un lit aux airs confortables, un fauteuil, un accès à une salles de bains personnelle, et bien entendu une porte menant à sa chambre. Je balançai nos sacs sur le lit et m'y assis sur le coin, faisant face à cette fameuse porte. Morgana, se doutant de quelque chose, sourcilla en ma direction. Voyant que je ne réagissait pas vraiment, songeur, elle se leva et se planta devant moi, les mains sur les hanches. Je relevai et la regardait avec questionnement, comme elle.
-Qu'est-ce qu'il y a derrière cette porte qui te rends comme cela?
-Sa chambre, soupirai-je. C'est une porte qu'il a été oubliée, elle assure une connexion entre la chambre de Lux et celle-ci. Elle l'utilisait avec ses amies, quand elle était enfant.
-Et tu attends quoi? S'indigna-elle. Vas la voir!
-Je ne sais pas, répliquai-je avec une ombre de désespoir.
-Allez grand gaillard, nous n'avons pas fait toute cette route pour que tu te dégonfles. Et depuis quand tu manque de courage, toi?
-Et si elle avait passé à autres choses? Doutai-je. Avec tout ce qui s'est passé…
-Justement, avec tout ce qui s'est passé, railla la sorcière en levant les yeux au ciel. Impossible qu'elle t'aime oublier. Va la voir avant que je ne le fasse pour toi!
Je m'esclaffai légèrement et me levai, prenant une grande inspiration. Au fond, elle n'avait pas tord, et qu'avais-je à perdre? Tout. Rien. D'une main ferme mais un tant soit peu hésitante, j'empoignai la poignée de la porte et la tournai lentement, histoire de ne pas la surprendre. Pourtant, c'était moi qui fut le plus surpris devant l'image que je vis…
