De toute ma vie, je n'avais jamais été aussi éboulis par quelque chose, et des paysages, des beautés, j'en avais vu passer des milliers. Elle ne m'avait pas entendu ouvrir la porte puisque le doux son de sa voix enveloppait la pièce. Un son si beau que j'aurais pu écouter toute ma vie, mais ce n'était pas cela qui me frappa le plus. C'était sa robe. Forcément, c'était le dernier essayage, à en juger par son air concentré sur l'énorme miroir qui se dressait devant elle. Une sublime robe blanche longue de toute sa grandeur ornait son corps. Un corset d'un bleu des plus clairs décorait sa taille, lassé dans le dos par un ruban satiné marine. Le buste en forme de cœur couvrait à la perfection sa poitrine, et ce dernier était entouré de petits saphirs. La traîne, elle, était d'un tissu soyeux et brillant, blanc pur comme la neige. Luxanna prit alors le voile qui était déposé sur un petit tabouret à sa droite et le déposa sur sa tête. Un petit diadème incrusté de perles bleues et de saphir juché sur le sommet de sa tête laissait tomber en cascade ce doux voile blanc sur ses cheveux dorés.
Son visage, partiellement caché par le voile, me semblait triste. Je ne l'avais pas vu depuis au moins une dizaine de lunes, si ce n'était pas plus. La voir ainsi me fit un petit pincement, puisque le souvenir que j'essayais de me garder d'elle était son sourire radieux et son entrain. Était-elle devenue maussade? Avait-elle perdu cet éclat qui m'avait fait tomber pour elle? Je l'entendis soupirer et tourner légèrement la tête vers moi. Quand elle me vit, elle sursauta et porta immédiatement sa main à sa bouche. À ce moment-là, je compris que le moindre doute que je venais d'avoir n'avait aucunement lieu d'être. Ses yeux se mirent à briller mille feux et quelques larmes naquirent à la commissure de ses yeux. Son sourire se fendit jusqu'à ses oreilles quand je lus mon nom sur ses lèvres. Je n'eus le temps de faire qu'un pas vers elle et de fermer la porte qu'elle s'était déjà jetée dans mes bras. Presque instinctivement, je les refermai fortement sur elle et enfonçai mon visage dans son cou. Son odeur n'avait pas changé et elle me frappa à coups de souvenirs merveilleux.
-J'avais tellement peur que tu ne viennes pas, me souffla-t-elle.
-Depuis quand je te refuse une invitation? Répliquai-je avec un sourire en coin.
Je l'entendis s'esclaffer doucement lorsqu'elle se détacha de moi. Ses yeux rencontrèrent les miens et je vis dans son regard toutes sortes émotions. Je ne savais même plus moi-même comment je me sentais. Tout ce que je savais, c'était que je voulais goûter à ses lèvres, me remémorer cette sensation de bien-être. D'une main que je voulais délicate, je pris sa jouedans ma paume et approchai lentement mon visage vers le sien. Je ne tenais pas à la brusquer, près d'une année sans se voir l'un et l'autre avait été difficile pour moi, je n'imaginais pas pour elle. Ce qui me surprit le plus, ce fut son attitude. D'un petit bon, elle amena ses bras derrière mon cou et les crochets, écrasant nos bouches l'une contre l'autre avec rudesse. Apparemment, elle avait autant soif de moi que j'avais soif d'elle. Pour une fois, ce fut moi qui arrêtaile baiser.
-Lux, commençai-je, attend un peu…
-Non, s'opposa-t-elle fermement. Je te veux, toi et personne d'autre. Maintenant.
Je ne pus répondre car elle me sauta littéralement dessus encore. Je la pris donc dans mes bras, ses jambes nouées à ma taille et l'amenai vers son lit. Croyant que nous allions faire ce qu'elle voulait, la magicienne se laissa faire. Quand je la fis tomber sur le lit, et resta couchée, attendant que je continue. Je saisis donc ma chance et m'installai à côté d'elle, assis sur le bord. Un air de confusion naquit sur son visage d'ange.
-Lux, nous devons parler, expliquai-je avec sérieux.
-De quoi tu veux parler, rétorqua la demacienne avec acidité. Tu m'as manqué, bon sang!
-Moi de même ma chère, répondis-je en riant doucement devant ce revirement soudain. Mais nous devons trouver une solution d'abord.
Sa frustration laissa place à de la tristesse, du désespoir. La jeune femme s'assit donc en prenant ses genoux dans ses bras et fixa devant elle. Je l'entends soupirer quand je caressaidoucement son bras.
-Il n'y a aucune issue, marmonna-t-elle. Je vais marier ce noble que je ne connais même pas, et mon dernier souvenir avec toi sera cet adieu, à Noxus.
Les larmes roulèrent sur ses joues. D'un doigt, je relevai son menton, la forçant à me faire face.
-Je ne laisserai pas ce souvenir être notre dernier, la rassurai-je. Et je ne te laisserai pas marier cet étranger.
-Et comment tu vas faire cela? Lança la blonde avec découragement.
-Je ne sais pas, mais nous allons trouver une façon, soufflai-je. Il le faut.
Elle hocha la tête tristement avant de retirer son voile et de le lancer au sol. Le diadème émit un petit bruit lors de sa chute. Lux soupira et me demanda de l'aider à retirer sa robe, ce que je fis sans rien dire. Les idées se bousculaient dans mon esprit. Je ne savais honnêtement pas comment j'allais réussir à faire quelque chose pour empêcher ce mariage. Je réussis à dénouer habilement son corset dans son dos et le laissai tomber sur le lit. Elle-même le prit et le lança à côté de son joli voile. Une fois son accoutrement de mariage retiré, elle empoigna vivement un chandail marine et ses habituelles leggings assorties et s'en vêtit. La jeune demacienne ramassa alors les habits et les pliait en une sorte de tas avant de les jeter sur le fauteuil dans sa chambre. Elle se laissa ensuite mollement tomber sur le lit et tourna la tête vers moi.
-Je pourrais m'opposer, proposai-je.
-Et en quel honneur, répliqua Lux.
-Pour Noxus? Suggérai-je. Pour la trêve?
Lux empoigna son menton de sa main, en pleine réflexion. Nous étions tellement concentrés et silencieux que nous sursautâmes légèrement quand une porte s'ouvrit. Celle qui donnait sur la chambre d'invité, bien sûr. Morgana dut s'impatienter et j'avais complètement oublié sa présence dans la chambre d'à côté. Quand Lux vit la sorcière, ses yeux prirent une teinte de joie et un mince sourire naquit à la commissure de ses lèvres. Les deux amies se rapprochèrent et s'enlacèrent tendrement.
Toujours pris dans mes pensées, je les laissais discuter entre filles. Elles devaient avoir quelques lunes à rattraper, et moi je devais trouver une formule gagnante. Au fond, pouvais-je me permettre l'honnêteté? Était-ce vraiment la fin qui nous attendait? Et qu'allait-il arriver si je décidais de dévoiler ce secret au grand jour? Je me demandais au fond ce que j'avais réellement à perdre d'essayer. Si je restais muet, je pouvais la perdre pour toujours, et la simple idée d'un reste de vie sans ma tendre demacienne me répugnait. L'idée qui me dégoûtait le plus en réalité était l'éventualité d'un autre soleil dans sa vie. Je ne pouvais simplement pas composer avec une autre personne dans cette équation. Je ne voulais que personne d'autre que moi ne puisse la toucher comme je le faisais. Personne d'autre que moi pour l'embrasser, la réconforter, lui faire l'amour, lui donner des enfants… je voulais être le seul et l'unique. De toute ma vie je ne m'étais jamais senti aussi protecteur et aussi territorial envers quelqu'un, et il fallait bien entendu que ce soit avec une demoiselle demacienne et bien plus jeune que moi, tout à mon désavantage. Le destin avait bien décidé son chemin pour moi: un bien tordu et sinueux pour un féroce guerrier.
Du coin de l'œil, je vis Morgana se lever du fauteuil dans lequel elle serait vautrée et nous souhaita une bonne nuit. J'en déduisis qu'elle savait que je n'allais pas dormir dans notre chambre d'invité. Au fond, cela faisait plus de sens ainsi. J'avais tout de même le choix de partager un lit avec la seule femme qui me donnait une raison de me battre (autre que la gloire de Noxus, s'entend), ou de le partager avec une sorte d'amie-collègue. Le choix était assez simple. Elle me fit tout de même un petit clin d'œil lourd de double-sens avant de quitter la pièce, refermant la porte derrière elle.
Une fois rendus seuls, je sentis Lux bouger sur le matelas, elle qui forcément n'avait pas quitté sa place. Je sentis ses mains douces et délicates grimper sur mes bras et se poser sur mes épaules, m'offrant un semblant de massage fort agréable. Je fermai les yeux l'espace d'un instant et profitai de son toucher. Quelques longues secondes s'écoulèrent avant que je ne sentisse ses lèvres se poser sur mon cou. Je la laissai mener le bal, cette fois-ci, histoire qu'elle prenne de l'assurance. Elle délaissa mes larges épaules et prit mon visage dans ses mains. D'une main se voulant forte, la jeune femme tourna ma tête vers la sienne, et tel un météore, elle écrasa sa bouche sur la mienne. Toujours aussi avides, elles se soudèrent ensemble en un baiser sensuel qui allait très fortement se conclure en quelque chose de plus. Néanmoins, je continuais de me laisser mener par elle, curieux de voir où elle allait nous amener. Cela ne tarda pas à virer à quelque chose de plus chaud…
Le matin arriva bien assez vite. Je me réveillai d'une nuit qui me sembla trop courte à cause des rais de lumière qui pénétrèrent les rideaux mal fermés. Je passai une main dans mes cheveux et soupirai profondément, me demandant à nouveau dans quel pétrin je m'étais mis en m'amourachant de cette splendide demacienne. Au moins, je me rassurai en me disant qu'une conclusion allait avoir lieu aujourd'hui. Il y avait deux chemins qui se présentaient. Un premier qui menait à une vie sans elle, remplie de regrets de ne pas avoir su la garder, et elle qui forcément allait m'oublier et fondre pour je ne savais quel noble snob. Le second présentait un futur qui m'intéressais nettement plus: une vie avec elle, pour toujours. Tout ce qu'il fallait faire, c'était m'objecter. Allais-je y arriver? Je me le demandais moi-même…
