-Es-tu prête? Lui demandai-je en caressant du bout des doigts sa douce joue rose.

-Je crois, oui, me répondit-elle en soupirant.

Nous étions dans sa chambre, une semaine après mon intervention spontanée au mariage. De longues discussions avec la royauté et les Crownguard débouchèrent une solution qui me surprit de leur part: ils acceptaient de me donner la main de leur précieuse petite fille. Bien entendu, Garen s'y était objecté fermement, mais avait-il réellement un mot à dire? Au fond, plus je repensais à leur décision, plus je me dis qu'elle était la plus sensée. Allaient-ils risquer un affront pour la main de Lux? Aussi, ce mariage allait dans le même sens que notre traité et pouvait montrer le bon exemple. C'était inévitablement la meilleure décision possible, qu'ils furent heureux avec ou non. J'étais heureux avec, Lux aussi, tout ce qui m'importais.

Nous avions également décidé ensemble de nous installer à Noxus. Ce fut un choix déchirant pour Lux, mais elle se consola en se disant que rien n'allait l'empêcher de revenir quelques fois voir sa famille, qui allait lui manquer même s'ils lui en veulent et lui en voudront de m'avoir choisi. Même si ce choix fut difficile, ce fut aussi le plus intelligent à faire. J'avais mon travail, à Noxus. Mon armée, mon grade. Pour la demacienne, je pouvais facilement l'intégrer à mon escouade de mage que j'avais formé à l'aide de Morgana. Je me doutais qu'en quelque part, Swain allait être ravi d'avoir une précieuse alliée dans ses rangs. Bien entendu, cela allait être mon argument principal pour justifier notre union pour mon supérieur. Il n'était pas forcément obligé de connaître toute l'histoire, tant qu'à ces yeux nous étions gagnants en tant que cité, cela allait passer, j'en étais convaincu.

La jeune mage était tout de même emballée à l'idée de venir à Noxus, être avec d'autres mages et de travailler en équipe avec Morgana. Bien sûr, quitter sa précieuse Demacia était l'enjeu qui lui causait le plus de peine, et je la comprenais. Je laissai glisser mes doigts sur son corps et allai prendre sa main. Elle releva la tête vers moi et je vis dans son regard une tristesse qui me tordit le cœur. J'essayai de la faire sourire en lui renvoyant un sourire en coin.

-Allons leur dire au revoir, l'invitai-je doucement.

Elle hocha la tête sans rien dire et me suivit quand je sortis de la pièce. Nous nous rendîmes ensemble à la fameuse salle à manger du château. Il était évident qu'ils allait préparer un petit repas pour elle, et c'était exactement ce qu'ils avaient fait. La table était mise, sa famille était assise à leur place respective, de même que pour le prince. Lux délaissa ma main et se couvrit la bouche, touchée par ce geste. Ses yeux se remplirent d'eau alors qu'elle posa une main sur son cœur.

-Vous n'auriez pas dû, commença la jeune femme avec émotion.

-Ma chérie, répliqua sa mère avec douceur, nous n'allions pas te laisser partir sans te dire au revoir adéquatement.

-Et puis, compléta son père avec gêne, ce n'est pas parce que nous ne ferions pas le choix que tu as fait, que nous te renions pour autant. Tu es notre fille, nous t'aimons à toujours et à jamais.

Sans se faire attendre, elle accouru vers ses parents et alla les serrer dans ses bras. Même Garen soupira et alla se joindre à l'accolade familiale. De tous ces nobles, il devait être le plus frustré et le moins chaud à l'idée de son départ. Il me toisa du regard, les yeux empreint d'une colère vieille comme le temps. Je ne savais plus s'il me détestait pour moi ou parce que je lui volais sa sœur. Je ne répondis pas à sa provocation visuelle et portai plutôt mon attention vers Jarvan. Ce dernier, abordant un sourire se voulant chaleureux, m'invita d'un geste de la main à prendre place à la table.

-Nous allons chercher votre amie Morgana, lança-il à mon intention. Joignez-nous pour ce repas d'au revoir.

Je sourcillai en sa direction. Je me doutais que les autres ne voulaient pas de ma présence parmi eux, mais tels étaient les ordres du prince. Je le remerciai d'un hochement de tête et m'apprêtai à prendre la place que j'occupais habituellement. Lux m'interpella alors et m'invita d'un signe de la main à prendre place à côté d'elle. Sous le regard mauvais de son frère aîné, je me rendis au siège à sa gauche et m'y assis. Cela ne prit que quelques minutes pour que Morgana ne se joignes à nous pour ce dernier repas à Demacia. Cette dernière semblait bien heureuse, soit de quitter la ville blanche et rentrer chez nous, soit pour notre victoire sur eux.

Au menu, nous avions comme souvent des pâtisseries bien chaudes sorties tout droit du four, accompagnées de fruits de toutes sortes. Tous semblaient légèrement mal à l'aise, fort probablement à cause des derniers événements. Ils devaient être en train de s'imaginer toutes sortes de choses, comme ce qui aurait bien pu se passer lors de cette première mission qui nous avait fait traverser un torrent d:épreuves, Lux et moi. Leur malaise me rendait presque amusé. Un silence profond planait depuis un bon moment et fit interrompu par quelqu'un qui entrechoqua une cuillère avec un verre. Tous dévisagèrent le prince, moi inclus, qui avait rompu le silence.

-J'aimerais porter un toast, annonça-il formellement en se levant de son siège.

Tous l'imitèrent, Noxiens comme Demaciens. Un sourire sincère se dessina alors sur sa bouche alors qu'il posa les yeux sur Lux. Un vrai monarque, fier comme un paon de ses sujets. Sa fierté était visible et honnête.

-Pour notre chère Luxanna. Que cette nouvelle épopée te soit favorable, et puisses-tu amener la paix et la bonté à Noxus pour Demacia. Pour Luxanna!

-Pour Luxanna, complétèrent les autres en chœur.

Tous levèrent leur verre et les entrechoquèrent. Je jetai un œil à la jeune demacienne pour voir son enthousiasme. Elle semblait tellement heureuse, cela me ravit. J'avais un peu peur que le départ pour Noxus ne lui brisa le cœur. Heureusement, elle allait quitter en bon terme. Une fois le repas terminé, tous discutèrent ensemble, hormis bien sûr moi et Morgana, un peu mis à l'écart.

Je remarquai que Garen n'était pas très bavard, lui et sa moue triste. Il croisa alors mon regard et d'un coup de tête, il m'invita à le suivre. Je me demandai sérieusement ce qu'il pouvait bien avoir à me dire, et surtout lui, par-dessus le marché. Il lui était simplement impossible de se montrer un tant soit peu respectueux devant moi, pourquoi diable voulait-il me dire quelque chose? J'obtempérai néanmoins en me retirant de table, m'excusant au passage. Personne ne remarqua vraiment mon départ, et c'était mieux ainsi. Je suivis silencieusement le chevalier jusqu'à ce qui me semblait être une sorte de salon. Au passage, Garen se prit une coupe et se versa un verre de vin. Il sourcilla en ma direction, m'en offrant un. Je refusai poliment d'un hochement de tête. Je me demandai qu'elle mouche l'avait bien piqué pour qu'il se montre autant courtois avec moi. Il s'effondra alors dans un des sofas dorés et soupira profondément. Le demacien passa alors une main dans ses cheveux et reportai son attention vers moi, un drôle d'air au visage.

-Écoute, Noxien, commença-il. Je ne te fais pas confiance, mais j'ai foi en ma petite sœur. Si elle t'a choisi… c'est qu'il doit y avoir une raison. Je veux juste que tu me promettes une chose…

Je ne dis rien, les bras croisés, attendant qu'il continuât sur sa lancée. Pour le moment, il ne m'impressionnait pas.

-Je veux que tu me promettes d'en prendre soin… s'il te plaît… ma petite sœur, je l'adore comme personne, elle est ma famille et…

-Écoute, Demacien, le coupai-je en soupirant et en réutilisant ses mots. Que tu me fasse confiance ou non, je n'en ai rien à faire. Je ne te promettrai rien, je ne te dois absolument rien. Alors si tu veux bien m'excuser…

Je tournai les talons et m'apprêtai à quitter le salon quand tout à coup, vif comme je ne l'avais jamais suspecté, Garen me saisit le bras d'une main forte. Surpris par son geste, je me dégageai fermement et fit volte-face, le toisant amèrement. De quel droit se permettait-il? L'envie de le cogner monta en moi l'espace d'une fraction de seconde. Elle se dissipa presque instantanément quand je vis son visage. Il me semblait vraiment sincère et empreint d'une sorte de… tristesse? Je fronçai les sourcils et inclinai à peine la tête devant le demacien.

-Darius, soupira-il, j'essaie de me montrer courtois, pour une fois. (En effet, pensai-je.) Je ne veux que le bien de ma petite sœur, est-ce que c'est trop te demander de me jurer de la protéger? Je ne te connais pas, et je ne connais nullement tes intentions envers elle et…

-Attends une minute, m'écriai-je, incrédule. Mes intentions?

Gêné, Garen se gratta le derrière de la tête et portai son regard vers le sol. Son visage s'empourpra légèrement, fort probablement envahi par des images d'une possible partie de jambe en l'air avec sa propre sœur avec son rival. De quoi dégoûter n'importe qui, en vrai.

-Eh bien, je ne sais pas, pourquoi tu t'intéresserais à une fille tellement plus jeune autre que pour…

-Et je peux savoir tu étais où quand j'ai fais ce discours à son propre mariage? M'emportai-je. Me crois-tu à ce point un monstre? Si j'avais envie de baiser, ce n'est pas vers elle que j'aurais été, des filles de joies, il en déborde à Noxus, alors...

-Je suis désolé, s'excusa-il en me coupant la parole. Je ne voulais pas t'accuser de quoi que ce soit. Je ne veux que la savoir en sécurité.

Je soupirai et croisai les bras. Je toisai le demacien, rencontrant alors ses yeux piteux. Il était vraiment sincère, cela me titillai presque. Venant de lui, c'était vraiment étrange.

-Alors je te le jure, capitulai-je devant son air suppliant. Je vais la protéger.

-Merci, Darius.

-Et pas seulement ça, renchéris-je. Je vais l'aimer, la réconforter, lui donner des enfants et une vie heureuse.

Pour la première fois de toute ma vie, je le vis me sourire et il m'offrit même une petite baffe amicale sur l'épaule. J'étais un peu choqué de ce geste gentil venant de lui. Je dus presque me pincer pour être certain que je ne rêvais pas.

-Heureux d'entendre cela, conclut-il. Avec un peu de chance, nous pourrions même nous entendre, après tout.

-On verra, maugréai-je en quittant vraiment le salon.

Cette petite discussion avec Garen m'avait bien surpris. Je me demandais s'il était un peu cinglé, lui que me détestait du plus profond de son âme. Il venait tout de même de suggérer une possible entente? Au fond, peut-être que le bonheur de sa chère sœur valait plus pour lui que cette incessante querelle. Je devais devenir un peu parano, mais l'idée que ce soit lui qui triomphait dans notre opposition, que ce soit lui qu'il y mit fin pour gagner le respect de sa sœur me traversa l'esprit. Au fond, quelle importance cela avait? Tant qu'elle était heureuse, c'était tout ce qui était important, enfin, pour moi.

Je me rendis donc à nouveau dans la salle à manger et constatai que tous avaient terminés et étaient sur le point de quitter la pièce. Je m'approchai de Lux d'un pas décidé et lui sourit légèrement quand elle tourna la tête vers moi, m'offrant son habituel visage d'ange rayonnant de bonheur. La jeune mage se leva d'un coup et me serra dans ses bras, un peu insensible aux autres autour de nous. Je lui répondis en la serrant un peu plus fort momentanément avant de me détacher d'elle. Sa main glissa alors dans la mienne, douce et délicate comme de la soie. La demacienne tira sa révérence au prince et à sa famille avant de m'entraîner vers sa chambre, forcément en allant chercher nos affaires. Morgana nous emboita le pas silencieusement.

Remonter cet escalier en colimaçon me rappela de nombreux souvenirs. Si j'avais pu retourner dans le temps, avant cette mission, il y a plus d'un an, jamais je n'aurais cru quelqu'un qui m'aurait raconté les évènements présents. Ce qui se produisait était des plus inattendu et jamais de toute ma vie je ne m'étais préparé à cette vie. J'allais vivre avec une femme demacienne, qui avait un peu plus de dix ans de moins que moi. Tout chez elle m'aurait dégoûté, mais je l'adorais plus que tout en dépit de ces caractéristiques qui m'auraient révulsées.

Une fois rendu en haut, nous nous munîmes de nos effets et nous dirigeâmes directement vers le rez-de-chaussée. Bien entendu, une poignée de domestique avait prêté main forte à leur demoiselle pour prendre un bonne partie de ses effets personnels. Quelqu'un avait même préparé la charrette dans laquelle Morgana et moi avions voyagé. Nos montures étaient nourries, Ombrage me semblait guéri, tout était en ordre. En travail de chaîne et d'équipe, les domestiques balancèrent nos choses dans la charrette pendant que Lux accouru vers ses parents et son frère. Ces derniers avaient sorti une dernière fois afin d'enlacer leur chère Luxanna. Des larmes roulaient sur les joues de sa mère et furent déviées de leur trajectoire à cause du mince sourire qu'elle abordait. Je lus sur ses lèvres un «je t'aime» murmuré à l'intention de sa fille avant de se décoller de l'accolade de groupe. Un sourire sincère naquit aussi sur le visage de son père. Ils devaient être tellement fiers de leur fille, qui allait «se sacrifier» pour la paix, pour Demacia, pour donner le bon exemple. Une véritable finalité digne d'un conte de fée. Au fond, j'étais tout de même ravi de leur réaction. Ramener avec moi une jeune femme imprégnée de remords n'était pas dans mes plans ni dans mon intérêt. Garen et moi échangeâmes un ultime regard. Je lui hochai la tête, devinant qu'il me demandait encore une fois, silencieusement bien sûr, de prendre soin d'elle. Lux revint alors vers nous, les joues rosies par l'émotion et les yeux larmoyants.

-Allons-y, lança-elle avec une joie mixée d'une tristesse.