-Allez, ça va te faire du bien! Me supplia Draven. Et moi aussi!

-Ugh… ce que tu peux être pénible, quand tu veux, soupirai-je avec un semblant de sourire.

Bien entendu, Draven était fou de joie à l'idée de mon mariage avec la jolie demacienne. Fidèle à ses habitudes, il voulait, et bien trop, fêter les semblant de fiançailles. En fait, c'était plutôt un vol de mariée, mais quoi qu'il en fût, Draven tenait beaucoup trop à faire une fête avec ses amis et «amies». C'était justement ces dernières qui ne me disaient rien qui vaille. Selon lui, ce n'était pas un bon argument pour me défiler de cette soirée. D'autant plus que Lux allait être occupée aux derniers préparatifs avec Morgana. La sorcière s'était justement proposée pour être sa dame d'honneur et organisa l'événement pour nous avec des connaissances.

Cela faisait plusieurs mois que Lux était parmi nous, à Noxus. Bien évidemment, elle tenais à avoir ses proches avec elle le jour de son mariage, et cela faisait du sens. Il allait donc de soi que cette union soit célébrée plusieurs lunes plus tard, histoire de donner le temps à sa famille et ses amies de venir et de préparer l'événement. J'avais réussi à m'excuser auprès de mon supérieur pour l'altercation que nous avions eu lors de mon retour et depuis, notre relation allait mieux. Je devais admettre que j'y étais allé un peu fort aussi.

Draven, toujours comme il était, tenta comme il pouvait de me faire accepter sa proposition.

-Allez, on ne se marie qu'une fois dans sa vie, mon frère! Enfin, ça dépends… bah! C'est le but en tout cas! Et t'es bien trop vieux pour le divorce!

Je levai les yeux au ciel et soupirai presque en riant. Ce qu'il pouvait être stupide quand il voulait! Je croisai les bras sur mon torse et le laissai terminer.

-En tout cas! Enchaîna mon cadet. Je vais aller lui demander, à ta petite dame, je suis sûr et certain qu'elle voudra, elle!

-Mais ce n'est pas elle qui ne veut pas, grommelai-je, c'est moi, sombre idiot.

-Ce que tu peux être rabat-joie quand tu veux, ronchonna le bourreau. Je vais aller lui parler quand même!

Têtu comme il était, c'est-à-dire pire qu'une mule, cela ne me surprenais pas. J'avais eu toute ma vie pour profiter de ma jeunesse, je n'avais pas besoin de cette soirée inutilement arrosée. Comme une flèche, Draven quitta sa demeure et alla directement vers la mienne. Je soupirai et lui emboitai le pas, nettement moins emballé que lui. Il s'arrêta net devant ma porte et gratta son menton d'un doigt avant de se croiser les bras. Il mit quelques secondes à réfléchir avant de tourner la tête vers moi.

-Tu crois que je peux entrer? Me demanda-il avec sérieux.

-Si tu cognes et qu'elle te dis d'entrer, lui expliquai-je comme s'il était un enfant. Je t'ai mieux élevé que ça.

-Je sais, mais y a pas une histoire de mariage maudit si je vois sa robe?

-À ce que je saches, ce n'est pas toi le marié, soupirai-je en me cachant le visage de ma main. Allez, cognes.

Ce qu'il pouvait être mélangé et stupide, ce Draven. Il me faisait autant rire qu'il me décourageait. Haussant les épaules, il cogna à la porte comme s'il n'y avait pas de lendemain. Je levai les yeux au ciel et me disait qu'à force de le laisser cogner à la porte, j'allais devoir la remplacer bientôt et lui balancer la facture, à ce petit con. Mon petit con préféré, tout de même. Contrairement à mes attentes, ce ne fut pas la voix de Lux qui répondit, mais bien celle de Morgana.

-Qui va la? S'enquit-elle avec sécheresse.

-C'est moi, ma chérie, se présenta Draven avec un ton qu'il voulait séducteur. Je peux voir madame Darius, s'il vous plaît?

-Toi oui, mais pas ton frère, ordre de madame Crownguard, répliqua Morgana en mettant l'emphase sur le Crownguard.

Avec un sourire en coin, je me distançai, ne me laissant aucune chance de voir quelque chose. Je trouvais presque charmant le côté traditionnel de ma future femme. Me dire aussi que j'allais enfin pouvoir la marier me ravissait intérieurement. Pouvoir être avec la seule personne qui a su me montrer où se trouvait mon cœur, c'était pour moi le plus beau cadeau de la vie. J'entendis au loin la voix de Draven parler avec celle de Lux. Je perçu le rire de cette dernière et ne pus m'empêcher de sourire de plus belle. J'imaginais cette femme à mes côtés, endurant mon idiot de frère, élevant nos enfants, une femme forte et puissante. Bref, je l'imaginais, elle, à son plein potentiel.

Je me mis alors à songer, et pour la première fois de ma vie, je rêvassais. Je rêvais à cette vie de rêve donc j'avais toujours voulu en être le héro, pour une fois. Je ne voulais plus être vu comme un vilain, comme une brute, comme une ordure. J'avais envie d'être une bonne personne, un mari, un père, même. Ce que je voyais dans les yeux de Lux, comment elle me percevait, c'était tellement différent de comment tous les autres me voyaient. Étrangement, je m'y étais fait à l'idée et j'avais tranquillement réalisé, grâce à elle, que je n'étais pas forcément le monstre que je croyais être. Cela faisait vraiment du bien d'être cette personne pour elle. De réaliser que j'étais en paix avec moi-même et fier de moi-même me fit comprendre que j'avais grandi à travers ces péripéties.

Leur discussion ne dura que quelques instants et ce fut le bruit de la porte qui s'ouvrait en grinçant qui me tira hors de ma rêverie. Draven, fier comme un paon, sortit de ma demeure et m'offrit son air le plus satisfait.

-Ta petite femme a dit oui, m'indiqua-il. Et je cite: ça pourrait lui faire du bien de sortir, voir d'autres paires que les miennes. Ah non, ça c'est moi qui a dit ça… enfin bref! Elle a dit oui, c'est un oui!

Je soupirai et secouai la tête. Au fond, je n'avais rien à perdre, Lux ne voulait pas me voir du restant de la journée, enfin, jusqu'à la cérémonie. Avais-je vraiment quelque chose de mieux à faire? De toute façon, je n'avais pas d'issues puisque c'était chez Draven que j'allais passer la nuit, étant expulsé de mon propre chez-moi. Je jetai l'éponge et lui dit qu'il pouvait bien faire ce qu'il voulait. Ses yeux s'illuminèrent comme un enfant qui recevait une sucette et il me prit par le bras, m'entrainant vivement avec lui vers le bar.

Rendu là-bas, je réalisai pourquoi il tenait tant à me faire venir. Il y avait plusieurs de mes connaissances qui pouvaient presque porter le titre d'amis qui se trouvaient à une large table, tous savourant une bonne bière. Quand ils me virent arriver, ils levèrent tous leur verre en mon honneur et m'offrirent un honnête sourire. La personne qui me marqua le plus était bien évidemment Shay, un ancien ami et collègue de guerre, celui qui s'était recyclé en capitaine de bateau. Ce dernier se leva et vint à ma rencontre, me prenant l'épaule fermement.

-Je t'avouerais, ricana-il, que je n'ai pas été surpris en recevant cette invitation. Félicitations, monsieur le général.

Je le remerciai d'une bourrade amicale et prit place autour de la table avec les autres hommes. Draven se glissa à côté de moi et me servit une chope avec le pichet qui de trouvait sur la table avant de s'en servir une.

-Pour mon frère! S'écria-il assez fort pour tous et chacuns l'entende.

-Pour général Darius!

Je devais admettre que je ne m'attendais pas à cela venant de mon frère. Les seules femmes presque dénudées étaient les serveuses qui faisaient de l'œil à mon frère. Je m'attendais à un bar où ces «jolies demoiselles charmantes» venaient littéralement te voir et te proposer des «services alléchants», si je pouvais citer Draven. Du coin de l'œil, je le vis, tout sourire attendant un commentaire de ma part sur sa petite soirée. Je le remerciai bien évidemment d'avoir su rester décent et surtout dans mes cordes. Nous n'étions qu'une poignée d'hommes, et vraiment, c'était bien suffisant.

La soirée se déroula tranquillement, forcément comme Draven l'avait prévu, ou pas, peu importait. J'étais bien entouré et nous rentrâmes à la maison assez tard, et surtout assez enivré. J'avais perdu le compte de chopes que j'avais bu et commençait à marcher un peu maladroitement. Draven, lui, était littéralement saoul. Un peu plus et il ramenait une serveuse chez lui pour finir la soirée. Ce ne fut que ma présence, dont je dû lui rappeler, qui l'empêcha de le faire. Malgré tout, je fus extrêmement satisfait de la petite soirée qu'il m'avait organisé et le remercia rendu dans sa demeure. Il m'assura que ce n'était rien du tout et prit place dans son fauteuil de cuir marron, son préféré.

-Alors, pas trop nerveux? S'enquit mon frère.

-Pourquoi le serais-je? Répliquai-je.

-Eh bien, ça reste un grand événement, un mariage. Et puis, tu dis adieu à tellement de portes, possibilité, femmes…

-Je n'ai plus besoin de cela, Draven, lui dis-je en m'esclaffant. J'ai besoin d'une seule femme, et c'est elle.

-Pourquoi te contenter d'une seule quand tu peux en avoir des dizaines en même temps comme moi?

Je ris de plus belle et lui expliquai que nous étions simplement différents. Il était d'une hilarité, principalement à cause de son innocence et de son goût en matière de relations. Épuisé et surtout avec l'esprit embrumé, je dis à mon cadet que j'allais piquer un somme, la journée qui allait venir restait tout de même une journée très importante, et j'avais bien envie d'être décent. Il comprit et me souhaita une bonne nuit, lui se dirigeant vers son énorme lit pouvant contenir des dizaines de femmes, et moi, me vautrant sur son sofa le plus confortable. Bien entendu, il m'avait invité à prendre place dans son lit majestueux, mais il était tout de même question de Draven. Et avec Draven, mieux valait ne pas prendre de chances. Je fermai les yeux et me laissait alors guider par mes pensées. Comme toujours, cet fut l'image de cette splendide demacienne qui envahit mon esprit et qui m'amena dans les bras du sommeil.