Plusieurs personnes étaient là et conversaient entres-elles. J'étais là, debout, flanqué de mon frère à regarder au dessus tous ces gens qui s'étaient déplacés pour cet événement. Dans les premiers rangs, il y avait bien entendu la famille Crownguard. Seulement le paternel manquait à l'appel, évidement prêt à conduire sa fille à l'autel. Jarvan n'avait apparemment pas pu se présenter, forcément par obligations. Dans la deuxième rangée, mon supérieur et mes hommes non loin de lui occupaient les premières places. D'un côté, quelques Demaciens avec la famille Crownguard et de l'autre, les Noxiens. Cette distincte séparation me tira un sourire en coin. C'était presque drôle à voir. À en juger par leur évitement mutuel, je me dis que cette paix allait être difficile à maintenir et à instaurer, mais ce mariage allait les unir au moins pour une première fois. Deux nations, si puissantes et se détestant, unifiées, pouvant maintenant avoir sa place dans ce monde.

Je fus agréablement surpris du décor. Morgana avait fait un splendide travail, et je me dis qu'il allait plaire à Lux, sans l'ombre d'un doute. La cérémonie se déroulait à l'extérieur, dans un petit jardin non loin de la tour. Un autel presque naturel était formé de pierres, tout près d'un microscopique lac. Derrière moi se dressait un gigantesque arbre aux feuilles colorées, allant de jaune au rouge. Quelques feuilles rouges ornaient le sol et d'autres flottaient sur l'étendue d'eau. Les bancs étaient formés d'anciens troncs d'arbres peint en brun très froncé et couvert d'une couverture vin. Deux colonnes de pierre encadraient le célébrant près de moi, et ces dernières étaient décorées de bandes de satin rouge et blanc en une sorte de spirale magistrale. Une allée au milieu était saupoudrée de feuilles rouges et de pétales de ce qui me semblait être des roses. Cette allée donnait sur un sentier qui menait lui à une porte de la tour. Le marcher prenait quelques minutes, et c'était exactement cela qui me séparait d'elle, ces quelques minutes.

Soudainement, tout le monde se mirent à réduire leur volume de voix jusqu'à ce que le silence fut. Instinctivement, je rivai mon regard vers le chemin de pétales. Une douce musique se mit à envahir l'espace. La première personne à sortir des boisés qui nous empêchait de voir la tour fut Sona. La musicienne, munie de son drôle d'instrument, envoûtait presque tout le monde. Je jetai un vif coup d'œil à mon petit frère. Il ne lui manquait que le filet de bave coulant de la commissure de sa bouche. Il la dévorait littéralement des yeux, c'en était presque drôle. Je ne fus pas surpris par contre que l'on avait demandé à cette charmante demacienne de jouer, elle était une des bonnes amies de Luxanna et forcément, elle devait avoir un petit béguin pour Draven.

Quand Sona le vit, ses joues rosirent. Sa robe bleue clair semblait animée tellement elle volait doucement à cause de la brise qu'il y avait. Ses long cheveux bleues étaient noués en une charmante toque en haut de sa tête et deux minces mèches ondulées encadraient sont visage aux airs sympathiques. La musicienne se posta avec Morgana, formant ainsi le duo de demoiselle d'honneur. La placer en face de mon frère ne faisait qu'alimenter le feu qui dévorait ses joues, et ce dernier n'avait plus de yeux que pour elle. Avec un sourire en coin, je reportai mon attention vers le chemin, et ce fut à mon tour d'être estomaqué.

Ma chic tunique de cuir noir semblait bien banale comparativement à la splendide femme qui se dirigeait vers moi. Même si j'étais vêtu de ma plus belle cape rouge sang avec l'emblème noxienne et de mon plus bel ensemble, je ne lui arrivait pas à la cheville. Bien entendu, elle s'était fait faire une nouvelle robe pour cet événement. Utiliser celle qu'elle avait à Demacia aurait été étrange et aurait surtout causé un malaise.

Magnifique telle une princesse, Lux venait vers moi au bras de son père. Sa nouvelle robe était d'une pleine longueur et très ajustée, épousant chacune de ses formes. Sans corset, sans artifices, blanche et aux airs des plus soyeux. Elle semblait plutôt simple, mais sa simplicité la rendait tout simplement merveilleuse. Ses épaules étaient dénudées et de douces manches de dentelle couvraient ses fins bras, attachées via l'aisselle. Derrière elle s'épanouissait la traîne légère. Son visage était bien évidemment couvert de ce voile de toile blanc, attaché sur sa tête grâce à un diadème. Sur ce dernier figuraient des rubis et des saphirs, symbolisant l'union de deux nations. Dans ses fines mains se trouvait un bouquet de roses rouges et bleues, dans le même ordre d'idées que son diadème.

Je sentis mon cœur battre plus fort dans ma poitrine au fur et à mesure qu'elle arrivait vers moi. Je commençais à peine à réaliser ce qui se produisait. J'étais tétanisé, littéralement. Je ne revins à mes esprits seulement quand la main de monsieur Crownguard s'approcha de moi pour me donner celle de sa fille. Nous échangeâmes un regard lourd de sens, auquel je répondis d'un hochement de tête et d'un très mince sourire. Presque simultanément, je pris la deuxième main de Lux et l'amenai à se placer devant moi. Je pris alors son voile et le fit passer derrière sa tête, dévoilant son visage d'ange.

Je n'écoutais presque pas ce que disait le célébrant tellement j'étais obnubilé par la demacienne devant moi. Elle était tellement belle, elle et ses grand yeux bleus maquillés, ses lèvres roses, si douces et délicates. Ses cheveux tombaient en fines cascades dorées sur ses épaules. Elle n'avait pas de coiffure extravagante, simplement ondulées par je ne savais quel procédé, un truc de femmes. Comme Sona, quelques petites mèches sinuaient les côtés de son visage, la rendant simplement parfaite. J'avais de la difficulté à croire que cette perfection allait être mienne. Une fine larme roula le long de sa joue rose. Son sourire, si beau et sincère, me contamina. Je ne pouvais pas m'empêcher de sourire, moi aussi.

Je fus sorti de ma contemplation de ma future femme seulement quand je l'entendis prononcer les mots «je le veux». Le célébrant me posa alors la fameuse question, à la quelle je répondis la même chose.

-Par les droits qui me sont destitués, annonça le vieil homme, je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage. Vous pouvez embrasser la mariée.

Toute la salle se mit à applaudir au moment où il prononça ces mots. Personne ne devait se douter de la suite. Il allait de soit, un baiser devait toujours officialiser un mariage, mais avait-il besoin d'être passionné? La seule envie qui m'habitait à ce moment-là fut de la prendre dans mes bras et la capturer pour l'éternité. Je pris alors sa joue dans ma main et du pouce l'effleurait. Son sourire se fendit jusqu'à ses oreilles et les larmes coulaient maintenant à flots. Sur la pointe des pieds, la jeune blonde saisit ma nuque et me força à me pencher sur elle, imposant à nos lèvres une subite et tant attendue rencontre.

Quand je posai ma bouche sur la sienne, le monde n'existait plus. Il n'y avait que nous dans cet endroit charmant, nous aimant comme deux fous. Ma main quitta sa joue et grimpa à sa nuque, saisissant ses cheveux. Ma seconde glissa le long de son corps de déesse et se posa sur sa hanche, l'attirant encore plus contre moi. Ce baiser aurait pu durer une éternité si nous n'avions pas eu besoin de respirer. Ce petit havre de paix était d'une divinité. Ce que je ressentais à l'intérieur de mon être, était-ce cela, le bonheur? Était-ce l'amour? Ce sentiment de renaître, d'être plein d'énergie, cette fougue… Ressentant le besoin d'air, Lux se détacha de moi et s'empourpra aussitôt.

-Je t'aime Darius, chuchota-elle. Je t'aime tellement.

-Et moi dont, ma chérie, répliquai-je sur le même ton.

Je posai un dernier baiser vif sur sa bouche avant de faire volte-face devant tous ces gens qui nous acclamaient. Je saisis ensuite la fine main de ma femme et nous mena vers le chemin de pétales. J'échangeai un bref regard avec Garen et ce que je vis me surpris. Il ne semblait plus aussi haineux, il m'avait l'air même heureux. Forcément, il devait avoir bien vu la joie sur le visage de sa petite sœur, comprenant enfin que nous pouvions nous aimer et qu'elle était en sécurité avec moi. Le chevalier demacien me gratifia même d'un mince sourire accompagné d'un hochement de tête approbatif. Je lui rendis la pareille en continuant notre marche vers la tour noxienne.

Les festivités allaient de bon train, tous s'était retrouvés dans l'ancienne salle d'entraînement qui avait été aménagée pour une fête digne de ce nom. Bien entendu, Draven s'était assuré d'un bar ouvert, personne n'allait manquer d'alcool, et c'était dans ses priorités. Les gens dansaient, mangeaient, buvaient, bref, les gens étaient heureux, presque autant que je l'étais. La nouvelle mariée dansait avec les gens qu'elle aimait pendant que je restai un peu à l'écart, conversant avec mon frère et Morgana. Je n'étais pas aussi festif, les grosses fêtes n'étaient pas trop mon style, mais je savais que la demacienne, elle, adorait. Je la laissai donc faire, préférant être avec un petit sous groupe. Je remerciai mes deux acolytes pour l'organisation de cette soirée. Draven leva son verre et l'entrechoqua avec les nôtres.

-Je suis contente que cela te satisfait, lança la sorcière. Ce n'était pas évident de mixer vos deux goûts, mais je pense que nous nous en sommes bien tirés.

-Oh et cette robe, commença Draven avec un air théâtral, elle est d'une beauté, j'ai presque envie de la prendre!

-Tu parles de la robe ou de la mariée? Demanda Morgana en riant.

-Mieux vaut pour lui de parler de la robe, répliquai-je avec une hilarité et un avertissement sous-entendu. Enfin, c'est mieux pour sa tête.

-Je rigole, mon frère, bien sûr que je ne veux pas ma précieuse tête dans le bol de punch! Enfin, ce que je veux dire, c'est qu'elle est splendide.

Je me contentai de sourire et retournai mon attention vers la mariée en question. Il avait raison, elle était tellement belle, je pouvais la dévorer des yeux toute la soirée. Mon frère délaissa alors notre petit groupe pour «offrir une danse digne de se nom à la chère Sona», si je pouvais le citer. La sorcière en robe violette m'invita alors à aller rejoindre la demacienne qui me faisait de l'œil, ce que je fis sans me faire attendre. Je la rejoignis et la volai du groupe dans lequel elle était en prenant sa main. Je la fis tournoyer sur elle-même avant de la coller contre mon torse. Tout sourire, elle ne put s'empêcher de poser un chasteté baiser sur ma joue et de glisser ses mains sur mon torse.

-Je sais que tu aimes les fêtes, soufflai-je à son oreille en me penchant vers elle.

-J'accepte, gloussa-elle.

-Tu acceptes? M'enquis-je avec un brin de confusion.

-Je sais que tu veux t'en aller d'ici, et puis, j'ai quelque chose à te montrer. Suis-moi.

Je me dis au fond qu'il allait de soi, il fallait bien quitter à un moment donné et cela faisait au moins deux heures que nous étions là à festoyer. De toute façon, cela arrivait souvent que les mariés s'enfuyaient de la fête, enfin, ici du moins. La jeune mage me prit la main et m'entraina vers le petit lac où avait eu lieu la cérémonie. Elle ne put que nous sortir de la tour, j'étais plus vite. Je décidai de la prendre dans mes bras, comme une enfant. Elle rigola et fut surprise de mon brusque geste, mais entoura mon cou de ses bras, jouant le jeu. Elle me glissa à l'oreille de l'amener au petit lac, ce que j'avais déjà deviné. Nous y rendre ne pris bien évidemment que quelques minutes, de savoureuses minutes passées près d'elle. Avant de la déposer, je glissai quelques baisers dans son cou et sur sa douce bouche.

La demacienne fit alors bouger ses fins doigts et transforma sa robe blanche en une courte et mignonne petite robe rouge très clair, tirant presque sur le rose. Un large ruban de satin rouge vin entourait sa taille et de fines bretelles du même ruban étaient assorties. La jupe était très courte comparativement à son habitude, arrivant à peine à ses genoux. Bien entendu, le décolleté en forme de V plongeant sur son torse attira mon attention et lui décrocha un gloussement.

-Ce n'est pas ce que j'avais envie de te montrer, Darius, s'esclaffa-elle. Enfin, pas tout de suite.

Elle ajouta ce commentaire avec un clin d'œil qui me décrocha un sourire en coin. La jeune femme me demanda alors de rester où j'étais et elle fit un pas derrière. Habilement, ses mais firent des drôles de mouvements circulaires et se mirent à créé une sorte d'aura. La magicienne s'activa et continua la lancée de ce drôle de sort. Je voyais que cela lui prenait beaucoup d'énergie, enfin, de mana. Simplement à en juger par son air renfrogné et son corps tendu, je me doutais qu'un coup de main lui serait le bienvenu. Je décidai donc de lui désobéir et de venir me poser près d'elle. Je posai ma main sur son épaule et sentis un genre de courant passer. Comme elle avait dit, il y avait de cela plusieurs lunes, nous avions tous une source de mana, même très faible dans certains cas. Une aura bleutée se forma alors au contact de nos deux peaux, indiquant clairement un drainage de mana. Je me sentis tout à coup de plus en plus fatigué, mais donnai tout de même tout ce que j'avais.

-Regarde, chuchota Lux à l'intention de ses mains.

J'acquiesçai et portai mon regard vers l'éclat blanc qui naissait devant son abdomen. Lentement, elle dirigea la lumière vers son ventre et ce que je vis m'ébahi. À peine plus gros qu'un ongle, une petite boule étrange trouvait devant moi. Ce spectacle ne dura que quelques secondes tellement ce sort était drainant pour elle. D'un coup, la boule lumineuse disparut et Lux manqua de tomber. Je fus plus rapide et la prit dans mes bras. Elle me remercia d'un murmure et se remit sur ses pieds avec mon aide.

-Qu'est-ce que c'était? M'enquis-je avec curiosité.

-Qu'est-ce que tu crois que c'était? Répliqua la jeune femme avec un énorme sourire.

-Nous avons réussi?

-Oui, depuis un peu plus de deux mois.

Je ne pus profiter de la vague de joie qui m'envahit, une autre émotion fit surface: un brin de déception.

-Et pourquoi ne pas m'en avoir parlé avant? Lançai-je en inclinant la tête. Je commençais à me demander si l'incident n'avait pas…

-Je voulais t'offrir un cadeau de mariage, m'expliqua ma femme. Et puis, cela te motivais à continuer les essais. Je dois admettre que je m'y plaisait bien, ajouta-elle en riant.

-Tu crois que cette nouvelle va m'empêcher de le faire? M'esclaffai-je.

-Oh, j'espère que non!

Je ne répondis rien, je me sentais simplement heureux. Je la pris dans mes bras et l'embrassai comme s'il n'y avait pas de lendemain. Pour une fois dans ma vie, un dénouement heureux, une bonne nouvelle, quelque chose de bien. Je ne pensais pas que je pouvais être le héro d'une belle histoire, d'un conte de fée. Jamais je n'aurais cru quelqu'un qui m'aurait dit que j'allais vivre une aventure si tourmentée avec une fin si douce et agréable. Jamais je n'aurais cru quelqu'un qui m'aurait dit que j'allais m'amouracher d'une demacienne et que j'allais vouloir la marier, l'enfanter, la protéger, la chérir et passer le reste de ma vie avec elle.

Je délaissai sa fine bouche l'espace d'un moment et plongeai mon regard dans le sien. Je ne voyais que du bonheur, de la joie, et j'imaginais qu'elle voyait la même chose en moi. Je pris sa joue dans ma main, la caressant du bout du pouce. Mon autre main glissa le long de son dos et se posta juste en haut de ses hanches. Son visage d'ange, si près du mien, resplendissait. J'aurais pu me perdre dans ce paysage pour le restant de ma vie. Voyant que je ne disais rien, elle gloussa légèrement.

-Qu'est-ce qu'il y a? Me demanda Lux.

-Je t'aime, et je te trouve magnifique, c'est tout, soufflai-je.

-Oh, eh bien je t'aime aussi… mon amour.

Je repris alors mon assaut sur ces lèvres roses, perdu dans ce sentiment qui commençait à avoir du sens pour moi: l'amour.