Bonjour tout le monde !

J'espère que vous allez bien :) J'espère que vous avez trois heures devant vous car je dépose devant vos paliers un chapitre de 8000 mots aha, d'où le délai bien dépassé parce qu'il y a eu prise de tête sur prise de tête, lecture intempestive du dictionnaire des synonymes et j'en passe !

Réponse à LilithPhantasterei : Merci une fois de plus pour tes reviews ! :D Moi aussi, c'est généralement les chapitres qui me plaisent le plus parce que les personnages font moins attention à maintenir les apparences et ça bouscule les choses en place. Et puis je ne pouvais pas m'empêcher de faire le petit discours féministe venant d'Hermione, parce que bon, c'est la meilleure d'entre eux ;)

Réponses à Aventure : WOAH ! Merci pour toutes tes commentaires :D Je suis contente que tu ressentes ces bons sentiments pour les Weasley, je voulais vraiment en faire les comic reliefs de cette fanfic :) Et Hermione pertinente comme toujours ! ;) Merci encore pour ton engouement !

Réponse à Pauline : Et bien tadaaaa, le voilà ! :D Désolée pour l'attente !

Sans plus attendre, je vous laisse avec un pavé et de belles choses à venir ;) Prenez soin de vous !

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Chapitre XVI : Révélation

Le square Grimmaurd était plongé dans un mutisme total. Total, si l'on excluait les ronflements de la jeune Ginny Weasley. Amplifiés par l'alcool, ils résonnaient comme une fanfare de tubas désaccordés. Hermione se retournait encore et encore dans le lit, l'oreiller fermement appuyé contre ses oreilles. Dire que Ginny l'empêchait de dormir était un euphémisme. Dire qu'elle était la seule et unique responsable de son insomnie, un mensonge. Depuis qu'elle s'était installée dans le lit, Hermione n'avait pas pu fermer les yeux. Elle était traversée par des trains de pensées incohérentes qui la maintenaient éveillés, peu importait l'heure tardive.

L'une des pensées récurrentes étant bien évidemment le cas Sirius Black. Cette obsession avait fini par avoir raison de son sommeil et de sa tranquillité. La jeune femme ne comprenait pas pourquoi elle misait autant de choses sur lui. Sirius s'était toujours montré sympathique et affectueux avec elle, depuis son arrivée. Alors pourquoi ne pouvait-elle pas simplement se satisfaire de cela ?

Alors qu'elle était en pleine introspection, un ronflement plus sonore que les précédents vint la faire sursauter. N'y tenant plus, Hermione se releva prestement du lit. Elle prit son oreiller sous le bras et sa robe de chambre. En sortant de la pièce, la jolie brune ne manqua pas de lancer un regard assassin vers sa camarade. Comme elle s'y était attendu, le couloir était désert et plongé dans l'obscurité. Tâtonnant, la jeune femme trouva enfin les escaliers et s'y engagea.

Le salon dégageait encore la moiteur des allers et venues de la soirée. Le mobilier avait été laissé tel quel, tandis que les sortilèges d'Hermione s'étaient évaporés. La jeune femme s'installa sur le canapé près du mur et s'allongea. Tapotant les coussins, elle mit sa robe de chambre sur son corps, en guise de couverture. Satisfaite par le silence qui l'entourait, Hermione ferma les yeux et se laissa aller à la rêverie.

o O o

Ce fut à une heure très matinale que Sirius ouvrit les yeux. Il battit frénétiquement des paupières, l'esprit embué. Jetant un œil à l'horloge, le beau brun constata qu'il n'était que six heures du matin. Il voulut alors se rendormir mais son cerveau choisit ce moment précis pour lancer le processus de mal de crâne traditionnel des soirées arrosées. Sirius grimaça en sentant les à-coups portés contre sa boite crânienne. Il se redressa en maugréant et regarda aux quatre coins de son lit, à la recherche d'une bouteille d'eau. Mais force était de constater qu'il n'avait pas pensé à en ramener. Il jura dans un murmure et se leva, cette fois-ci bien réveillé.

Comme il pouvait s'y attendre, la maison était déserte et silencieuse. L'animagus prit les escaliers et se rendit dans la cuisine d'un pas discret. Il se servit un verre d'eau fraiche et resta adossé contre l'évier. Les tambours dans son crâne se firent moins violents. Sirius passa une main sur son visage fatigué. Dix ans auparavant, il n'aurait jamais émergé avant au moins quinze heures après une soirée comme celle-ci. Son corps lui envoyait là un message un poil vexant. Il se resservit un second verre et frissonna au contact glacé de l'eau. En repensant à la soirée, Sirius se dit qu'il avait vraiment passé un agréable moment. Les décorations, la musique, les jeux, tout avait été parfait. Il avait même été surpris de voir les garçons et les filles jouer le jeu et se mettre sur leur 31 pour l'occasion. La plus belle découverte ayant été sans conteste Hermione. Elle avait été magnifique dans sa robe de soirée safran et avait charmé toute l'assistance, à commencer par lui.

Un sourire en coin éclairant son visage, le beau brun sortit de la cuisine et s'engagea dans le couloir. Il hésita à remonter se coucher mais l'appel de la nicotine le tiraillait. Il vérifia qu'il n'avait pas laissé un paquet dans le couloir mais ses recherches furent non concluantes. Il se rapprocha du salon et ouvrit la porte. Le séjour était plongé dans l'obscurité totale. Il fit quelques pas et regarda dans chaque recoin. Alors qu'il se dirigeait vers le piano, ses yeux se posèrent sur une forme indistincte dans le canapé. Curieux, il se rapprocha jusqu'à la révélation. Il manqua de s'étrangler lorsqu'il comprit que la forme en question était Hermione qui dormait, recroquevillée, sur le canapé. L'animagus s'immobilisa quelques secondes mais la jeune femme ne fit aucun mouvement. Rassuré, Sirius se dirigea vers le piano et prit le paquet de cigarettes qui trônait là. Il s'apprêtait à faire demi-tour lorsque sa curiosité prit le dessus. Ses pas l'amenèrent au pied du canapé, vers la jeune femme endormie. Sirius s'accroupit et regarda la belle brune.

Hermione dormait à poings fermés, sa main crispée sur sa robe de chambre qu'elle avait étendue comme une couverture. Son souffle était lent et régulier. Elle avait les lèvres légèrement entre-ouvertes et murmurait des syllabes obscures. Ses yeux étaient dissimulés par plusieurs mèches de cheveux qui s'étaient étalés en cascade sur son visage et sur l'oreiller. Le sourire de Sirius s'accentua à la vue de la jeune femme. Elle était adorable lorsqu'elle dormait. Il la contempla pendant quelques secondes avant de la voir frémir. Remarquant son frisson, Sirius remonta légèrement sa robe de chambre sur son épaule pour la réchauffer. Il en profita pour glisser délicatement une mèche hors de son champ de vision et la placer derrière son oreille. La main d'Hermione vint alors brutalement se saisir de lui. En un éclair, elle ouvrit les yeux pour contempler l'animagus.

"Qu'est-ce que… Sirius ?!", dit-elle d'une voix hachée. Ses yeux s'écarquillèrent à la vue du beau brun.

Ce dernier éclata de rire devant la promptitude de la jeune femme. Elle avait de sacrés réflexes.

" Bonjour Cendrillon, dit-il d'une voix douce. Puis-je savoir pourquoi tu ne dors pas dans ta chambre ?

- Dans ma… Oh, bon sang", gémit-elle en sentant son cerveau pulser sous l'effet de l'insomnie et de l'alcool.

Sirius redoubla d'hilarité devant l'état de la jeune femme. Il ne s'était pas attendu à avoir une si charmante vue de beau matin.

" Toi aussi ? , remarqua-t-il en accentuant son sourire en coin.

- Faut croire… Soupira la jeune femme en posant une main contre son front qui était brûlant.

- Qu'est-ce que tu fais recroquevillée ici comme une pauvre malheureuse ? La relança-t-il, amusé.

- Ginny et ses ronflements. L'alcool aidant, j'ai fui au plus vite ce concert de l'enfer…"

L'animagus éclata de nouveau de rire.

" Ça n'est pas drôle, cette fille est une usine à elle toute seule !" S'écria Hermione, effarée.

Mais Sirius continuait à rire à gorge déployée. Sa main était restée contre l'épaule de la jeune femme et elle sentit les secousses de son fou rire. Son mal de tête commençait à la rendre folle.

" Sirius, bon sang ! Ça n'est pas drôle enfin !" Le morigéna-t-elle, mi-furieuse, mi gémissante.

Le grand brun se mordit l'intérieur de la joue pour cesser son hilarité et reposa sa tête contre sa main, la regardant tendrement. Elle était encore plus jolie lorsqu'elle était énervée, et Merlin savait qu'il aimait la taquiner jusqu'à ce niveau.

C'est alors qu'ils remarquèrent tous deux à quel point ils étaient proches. Le souffle d'Hermione se fit rare lorsque le salon fut de nouveau silencieux, ponctué seulement par leurs respirations. Sirius était près, trop près d'elle. Son visage n'était qu'à quelques centimètres du sien et il la regardait avec une telle tendresse qu'elle se sentait complètement dénudée. Sa main reposait toujours sur son épaule et ne semblait pas vouloir bouger. Elle se mordit fugacement la lèvre inférieure et continua à le détailler. La belle brune constata aussi un bref changement dans le regard de son interlocuteur.

En effet, Sirius s'était aussi tu et n'arrivait pas à se détacher du regard inquisiteur de la jeune femme. Une foule d'émotions traversait son visage et il fut pris au dépourvu. Une part de son esprit lui annonça qu'il était un peu plus proche de la jeune femme que ne l'autorisait la bienséance. Il allait reculer, d'un instant à l'autre, pour lui laisser de l'espace. Il allait le faire…

Hermione tentait de lire le moindre signe d'encouragement chez Sirius mais celui-ci avait un visage impassible. Pour autant, il ne quittait pas cette proximité qu'ils partageaient tous deux. Elle sentit son souffle contre sa peau et frémit. Pesant le pour et le contre, la jeune gryffondor essaya par tous les moyens de prendre une décision pour fuir cette proximité tentatrice. Et puis sa raison se perdit dans les orbes profondes du regard du beau brun et elle se rapprocha lentement. Sirius la vit réduire l'espace qu'il y avait entre eux mais n'eut à aucun moment la présence d'esprit de reculer.

Encore hésitante, Hermione sonda son regard, puis ferma les yeux et réduisit définitivement l'espace entre elle et lui. Sirius sentit le contact des lèvres sur les siennes et demeura interdit. La jeune femme s'immobilisa ainsi et conserva ses lèvres sur celles du grand brun. Après quelques secondes, voyant qu'il ne reculait pas, elle approfondit son baiser. Hermione se laissa emporter dans un tourbillon d'émotions alors que ses lèvres accentuaient la pression sur celles de son partenaire. C'était tout ce dont elle avait rêvé, et plus encore. Sirius sentit l'insistance du baiser et, après avoir hésité quelques secondes, se mit à y répondre. Le cœur de la jeune femme s'embrasa lorsqu'elle sentit son partenaire répliquer positivement au baiser. Elle se rapprocha davantage de lui et laissa ses mains se nouer à son cou. Ses doigts s'entremêlèrent dans les cheveux bouclés du grand brun pour accentuer leur étreinte. Sirius ferma les yeux et se laissa finalement aller, perdant tout contrôle. Il passa sa main dans le dos de la jeune femme pour la maintenir contre lui. Leurs corps s'épousèrent fiévreusement. Il entrouvrit les lèvres et sentit la langue de sa partenaire s'y glisser. Hermione ne répondait plus qu'à ses instincts : elle n'aurait jamais pensé qu'un baiser puisse être si érotique. Elle s'aventura davantage contre l'étreinte de son partenaire et accentua son baiser et ses caresses. Tout son être lui criait de prendre possession de lui, de le dévorer entièrement. Elle fit courir sa langue contre les lèvres du beau brun, émerveillée par les sensations que leur étreinte lui procurait. Sirius fit passer sa main contre la nuque de la jeune femme et accentua la pression, la collant à lui en une étreinte violente et fiévreuse. Hermione sentit ses doigts malaxer la base de sa chevelure et soupira de bien-être. Elle continua à l'embrasser à perdre haleine, approfondissant le ballet de leurs lèvres jointes. Sous les à-coups emportés de la jeune femme, Sirius esquissa un gémissement de plaisir.

Lorsqu'elle l'entendit, Hermione ouvrit vivement les yeux et recula aussitôt. Sirius prit une longue inspiration qu'il avait retenu jusqu'alors et ouvrit les yeux à son tour. Il constata que le visage d'Hermione était désemparé, la stupeur figeant ses traits. La belle brune contempla son partenaire sans pouvoir respirer. Qu'avait-elle fait ? Et pourquoi l'avait-il laissé faire ? Pourquoi lui avait-il répondu?! Éperdue, la jeune femme se releva brutalement du canapé, manquant de tomber en arrière. Sirius fit un mouvement pour la redresser mais elle évita son contact d'un geste brusque. Ce fut au tour du grand brun d'être désemparé devant l'attitude de la jeune femme.

" Hermione", murmura-t-il, d'un souffle.

La jeune femme entendit le trouble dans la voix de l'animagus et se mit debout en catastrophe.

" Je suis désolée, je suis désolée", s'exclama-t-elle, son corps tremblant comme une feuille.

Sirius se releva à son tour et fit un pas en arrière, conscient de la panique de la jeune femme.

" Hermione, ce n'est rien… Tenta-t-il de la rassurer mais la voix d'Hermione reprit de plus belle.

- C'est n'importe quoi, je suis désolée, je n'aurais pas dû faire ça… Pardonne-moi, je ne voulais pas…

- Hermione…", la supplia-t-il maintenant, aussi désemparé qu'elle. Il tenta de lui prendre la main mais elle la recula vivement, comme s'il l'avait brûlé. Cette réaction le peina plus qu'il ne l'aurait voulu.

La jeune femme sembla reprendre des couleurs et continua de répéter inlassablement, d'une voix fatiguée maintenant.

" Je n'aurais jamais dû faire ça, je te prie de m'excuser… Ça ne se reproduira plus…"

Et avant qu'il n'ait le temps de lui répondre, elle le dépassa et fit quelques pas en direction des escaliers.

" Je suis exténuée, je ne sais absolument pas ce que je suis en train de faire, excuse-moi…"

Elle voulut le regarder pour adresser une nouvelle fois ses excuses mais renonça, la honte dominant beaucoup trop son esprit.

" Hermione ! L'appela Sirius de nouveau, désemparé face à sa fuite.

- Non, ne… Je vais aller dormir. Désolée de t'avoir importuné", répondit-elle en un souffle.

Puis elle sortit du salon et monta les escaliers d'un pas raide. Sirius ne put la retenir de force : il ne voulait pas agir sans son consentement et elle avait été particulièrement claire sur ces derniers mots.

Il quitta des yeux les escaliers où la jeune femme avait fui et se retourna vers le canapé. Sa robe de chambre était encore là, renversée maladroitement lors de son départ précipité.

"Bordel", murmura-t-il en passant sa main contre ses lèvres.

Sirius sentait encore l'étreinte des lèvres douces et chaudes d'Hermione. Il ferma les yeux un instant pour se remémorer ce baiser aussi fiévreux qu'inattendu. Plongé dans ses réflexions, il n'eut pas le cœur d'aller fumer mais resta dans le salon, ébahi.

o O o

" Sirius ? Qu'est-ce que tu fais là ?"

L'animagus se réveilla brutalement à l'entende de son nom. Il ouvrit les yeux et tomba sur Ginny Weasley qui le regardait avec des yeux ronds.

"Que… Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Bredouilla-t-il, tentant de sortir de la brume.

- Ben, tu es allongé au beau milieu du salon et tu as…"

La petite rousse ne conclut pas sa phrase. Sirius perçut le trouble dans ses yeux et jeta un œil autour de lui. Le salon était baigné de lumière et ils n'étaient que tous les deux. En faisant le tour, il remarqua que sa main était crispée sur une robe de chambre bleu clair.

« Hermione… » pensa-t-il. Sirius revit alors la scène en un éclair. Le réveil brutal, Hermione qui dormait dans le salon, les taquineries… Et ce baiser. Hermione l'avait embrassé. Sirius n'arrivait pas à croire que cela était arrivé. Hermione l'avait embrassé… Et il avait répondu à ce baiser.

« Bien sûr ! Qui n'aurait pas répondu à une telle étreinte ?! » Se demanda une partie de son cerveau, cognant furieusement contre ses tempes.

Sirius, ébahi, contempla encore longuement la robe de chambre qu'il tenait contre lui. Puis ses yeux se relevèrent vers Ginny qui continuait de le regarder sans rien dire, les yeux exorbités.

" Ça n'est pas ce que tu crois… Dit-il enfin.

- Tu dois admettre que ça n'est pas évident… fit remarquer la jeune fille. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- … J'aimerais bien le savoir", avoua-t-il dans un souffle.

Puis il se leva et laissa la robe de chambre pendre sur un coin du canapé.

" Les autres sont levés ? Demanda-t-il à Ginny, à défaut de pouvoir l'éclairer sur le précédent sujet.

- Non, je ne crois pas… J'ai l'impression que tout le monde comate, répondit-elle après un temps.

- Je vais préparer du thé", lança-t-il machinalement, se dirigeant vers la cuisine.

Ginny suivit son déplacement sans se départir de sa stupeur. Alors qu'il était dans l'encadrement de la porte, elle finit par lancer :

"Sirius !

- Oui ?

- Est-ce que ça va ?"

Le grand brun la regarda. Il semblait aussi déboussolé qu'elle.

" J'en sais rien", dit-il avec franchise.

o O o

" Je crois que c'était sans conteste l'une des meilleures soirées de l'année !

- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu as des souvenirs de la soirée ? Demanda Ron en direction de Fred qui portait un sourire satisfait.

- Pas grand-chose ! , avoua ce dernier. C'est donc que c'était une très bonne soirée !"

L'assemblée rit de bon cœur de sa remarque. Le clan Weasley s'était levé en début d'après-midi et avait rejoint Harry, Ginny et Sirius qui entamait leur déjeuner. Tous étaient installés à la table de la cuisine, avec des mines fatiguées mais détendues.

" C'était une soirée intéressante, il faut bien l'avouer, reprit Harry qui se servait une tasse de thé.

- On a appris de sacrées choses sur les résidents de Grimmaurd, je suis satisfait ! , ponctua George en dévorant un pain d'épice.

- Et on a bien abusé de la boisson, acquiesça Fred avec un sourire désabusé.

- En parlant de gueule de bois, quelqu'un sait où est Hermione ?" Lança enfin Ron.

Sirius se crispa sur sa tasse à l'entende de son nom et jeta un regard oblique vers Ginny. Celle-ci le remarqua mais fit au mieux pour dissimuler son trouble.

" J'ai tenté de la réveiller mais elle m'a dit qu'elle se sentait trop mal encore pour faire une apparition" , mentit-elle.

Cette déclaration fit rire les jumeaux mais accentua le trouble de Sirius. Il avait l'impression d'avoir une pierre imposante au creux de l'estomac. Il aurait tellement aimé avoir été capable de se retenir. De repousser Hermione et de faire en sorte qu'elle ne se sente pas aussi coupable. Mais il devait bien admettre que la ferveur avec laquelle elle l'avait embrassé ne l'avait pas laissé de glace, loin de là.

Le déjeuner se poursuivit avec lenteur entre les participants qui peinaient à émerger de leur nuit agitée. Lorsqu'ils eurent terminé, les jumeaux annoncèrent qu'ils partaient pour une sieste bien méritée. Harry et Ron se posèrent dans le jardin pour lire des magazines de Quidditch. Quant à Sirius, il se leva et contempla la table. Il restait encore suffisamment à manger et Hermione n'était toujours pas descendue. L'animagus sortit un plateau et commença à le remplir d'une tasse de thé, de pain d'épice et de quelques fruits. Il fallait bien qu'elle s'alimente et cela leur donnerait une occasion de se parler. Tous deux devaient éclaircir la situation.

Sirius emporta le plateau et s'engagea dans les escaliers. Arrivé sur le palier de sa chambre, il hésita. S'il devait être honnête, le grand brun ne savait absolument pas comment aborder le problème. Est-ce que ce baiser avait une valeur quelconque pour la jeune femme ? Hermione avait-elle succombé à un instinct primaire et à l'alcool restant ? Ou souhaitait-elle réellement l'embrasser, lui ? Et lui d'ailleurs, que ressentait-il pour elle ? Sirius se mordit longuement l'intérieur de la joue mais ne recula pas devant sa résolution. Alors qu'il allait toquer, il entendit un vacarme provenir des escaliers. Ginny arriva en précipitation, les cheveux trempés. Elle sortait tout juste de la salle de bain et arriva à hauteur de Sirius.

" Hey Sirius ! Ça va ? Pas trop fatigué ? Moi si, je pensais justement faire une sieste ! Tu t'es fait un plateau repas ? T'as raison, rien de tel que gamberger avec son déjeuner au lit !" S'écria-t-elle d'une voix fluette.

Le grand brun la regarda débiter son flot de paroles avec désarroi.

" Non, je… C'est pour Hermione. Je pensais qu'elle aurait un peu faim. Il faut qu'elle mange un bout, ça l'aidera à faire passer la gueule de bois, expliqua-t-il. Il se sentait stupide avec son plateau au bord du bras.

- Avec sa gueule de… Ah mais oui, mais tout à fait ! C'est très prévenant de ta part. Tiens, je vais le prendre comme je m'apprêtais justement à aller me coucher ! Je ne manquerai pas de lui dire que tu es passé, c'est adorable !"

Ginny s'empressa de mettre ses mains sur le plateau. Sirius la regarda interloqué mais n'eut pas le réflexe de le lâcher. La petite rousse lui cachait clairement quelque chose. Son babillage fluet n'aurait trompé personne. Son sourire crispé non plus. Mais l'animagus comprit alors que ce qu'elle essayait de cacher, c'était qu'Hermione voulait à tout prix l'éviter, lui. Il se mordit la langue pour s'empêcher de lâcher un juron et lâcha finalement le plateau.

" Merci Sirius, c'est super gentil. Je lui dirais que ça vient de toi, promis ! Pépia Ginny.

- C'est ça", répondit le beau brun avec amertume.

La jeune fille voulut rajouter quelque chose mais ce dernier prenait déjà les escaliers en direction de sa chambre. Elle esquissa une grimace gênée et entra dans la chambre.

" Je viens de mentir éhontément à Sirius, j'espère que tu apprécies l'effort."

Hermione se retourna vers sa camarade qui posait le plateau sur sa table de nuit.

" Merci pour le plateau, murmura-t-elle avec un sourire gêné.

- Me remercie pas, c'est Sirius."

La jeune brune se mordit la lèvre inférieure. Elle prit la tasse de thé fumante et avala une gorgée. Le poids qu'elle avait sur l'estomac ne se dissipait pas. Ginny s'assied brutalement sur le lit, face à elle, et lança :

" Tu vas me dire ce qu'il se passe, maintenant ?"

Hermione déglutit. La petite rousse semblait tendue.

" Je ne sais pas…

- Hermione, tu as dépassé ton quottât de « Je ne sais pas » et de remarques floues, il est temps que tu passes aux aveux.

- Ginny, pitié, le prends pas comme ça, grimaça la jeune femme.

- Faut que ça sorte un bon coup, allez, balance ! La tanna sa compagne.

- Ok… J'aiembrasséSiriusjesaispascequim'aprisetilm'aembrasséaussi

- Va falloir me la refaire en vitesse normale", lança la rouquine en haussant un sourcil.

Hermione prit une grande inspiration et gémit :

" J'ai embrassé Sirius. Parce que je suis complètement folle. Et il a répondu à mon baiser. Parce que… Parce que j'en sais rien et j'ai trop peur de lui demander."

Ginny fit les yeux ronds et aspira ses lèvres pour ne plus faire qu'une ligne fine sur son visage. Hermione attendit que celle-ci réagisse. Au bout d'un moment, elle vit les tremblements de ses joues et une nuance cramoisie peupla peu à peu son visage. Désemparée, Hermione voulut savoir ce qui se passait mais avant qu'elle ne pose la question, Ginny éclata de rire.

" Ahahahahaha, oh bon sang ! S'écria-t-elle d'une voix forte.

- Ginny, mais… Mais arrête, ça n'a rien de drôle ! S'exclama Hermione, les yeux écarquillés de stupeur face à la réaction de son amie.

- Oh Merlin, c'est trop drôle, j'en peux plus ! Continua la petite rousse en se tenant le ventre.

- On t'a jeté un sort ma parole, ça n'est pas possible !

- À moi ? Dixit la jeune fille qui embrasse le parrain de son meilleur ami !" Hoqueta Ginny entre deux fous rires.

Sa remarque fit grimacer Hermione. Elle n'avait pas tort, s'il y avait bien un problème, il venait d'elle.

" Et alors ? C'était comment ?

- Je t'en prie, n'en rajoute pas…

- Non, je suis sérieuse, comment c'était ? Insista la jeune Weasley, maintenant sérieuse.

- C'était fou, répondit après un temps la belle brune. Complètement fou. Je crois que je n'ai jamais eu le cœur qui battait aussi fort…"

Le visage de Ginny s'illumina en un éclair.

" Han, c'est le rêve ! Je suis tellement contente pour toi !"

Mais le regard ulcéré d'Hermione eut raison de sa tirade enthousiaste.

" Contente pour moi ? Ginny, je crois que tu as pris un trop gros coup sur la tête : on parle bien de Sirius Black. Pas d'un Gryffondor de notre promotion qui serait joueur de Quidditch ou membre d'un club d'échecs.

- Et le problème, c'est... ? Demanda la rousse avec un œil circonspect.

- Mmh, je ne sais pas, quand je pense à Sirius Black, je pense aux dix bonnes années de plus, à son séjour de douze ans à Azkaban, à sa réputation de tombeur de ses dames et à son statut de parrain de mon meilleur ami, railla Hermione en esquissant de grands gestes à mesure qu'elle parlait.

- Vraiment ? C'est ce que tu te dis quand tu es avec lui ?" Relança Ginny.

Hermione se tut et la regarda dans les yeux pendant de longues secondes.

" Non…

- Herm, je t'adore, mais il faut vraiment que tu arrêtes de penser aux qu'en dira-t-on et que tu commences à vivre pour toi-même."

La jeune femme poussa un long soupir mais hocha la tête en guise de reddition.

" Tu as raison, mais c'est tellement dur de mettre cette partie-là de côté.

- Je comprends mais je t'assure que tu vivras tellement mieux en assumant tes choix plutôt qu'en suivant les conseils de n'importe qui.

- J'ai bien peur que tu aies raison…

- Bien, maintenant que l'on a tiré ça au clair… Sirius donc ?"

Hermione leva les yeux au ciel une nouvelle fois devant la pugnacité de son amie.

" Les autres mis à part, ça reste un dossier prise de tête.

- Dis m'en plus…

- Je… On ne s'est pas techniquement embrassés. Je lui ai plutôt sauté dessus.

- Ça c'est ma fifille ! S'exclama Ginny en gloussant.

- Génial, mais ça n'est absolument pas comme ça que je souhaitais faire un premier pas vers lui. D'ailleurs, je ne voulais même pas faire un pas vers lui ! Je ne sais pas si je l'ai terrorisé, inquiété, fait pitié… J'ai fui le plus rapidement possible du salon.

- Tu es paniquée parce que tu ne sais pas ce qu'il ressent pour toi donc, résuma Ginny.

- On ne peut plus vrai, assura Hermione.

- Je crois que pour ça, il n'y a qu'une solution.

- Je t'écoute.

- Il faut que tu lui en parles, déclara Ginny d'un ton égal.

- Je t'écoute sur tout autre chose que cette alternative, répliqua Hermione du tac-au-tac.

- Mione, si c'est ce qui t'inquiète autant, ça ne sert à rien de rester capitonnée dans cette chambre et de jouer aux devinettes ! Telle que je te connais, ton cerveau va te créer une foule de scénarios possibles et tu ne seras pas plus avancée ! Il faut que tu te confrontes à lui… , expliqua la jeune Weasley en maintenant une main amicale sur les poings d'Hermione.

- Mais c'est… Tellement horrible de se dévoiler de la sorte, finit par avouer la belle brune.

- Tu parles à la sorcière qui est en crush sur ton meilleur ami depuis ses onze ans et qui se ridiculise un peu plus chaque année dès lors qu'elle tombe sur lui, lança Ginny d'un rire sans joie.

- Tout bien considéré…"

Ginny décocha un coup de coude à son amie qui eut un pouffement.

" Tu as intérêt à aller le voir et à lui parler ou je l'envoie dans ta chambre au prochain repas ! Menaça la petite rousse en pointant un doigt accusateur face à elle.

- Je crois que je serais prête à entamer une grève de la faim plutôt que d'assumer mon baiser de ce matin…

- Je t'en crois capable mais je ne te laisserai pas faire… Allez, maintenant je te laisse cogiter. Si tu me cherches, je serais en train de contempler rêveusement un garçon à la cicatrice en éclair et mon idiot de frangin, ponctua Ginny en se relevant du lit pour prendre la porte.

- Je devrais pouvoir te retrouver", répondit Hermione avec un sourire contrit.

La porte se refermant sur son amie, Hermione se laissa tomber sur le matelas, les bras croisés derrière la tête. Elle ferma les yeux un instant pour se remémorer du baiser échangé avec Sirius. Elle pouvait presque retrouver la sensation de ses lèvres chaudes et mutines contre les siennes. Il fallait à tout prix qu'elle réfléchisse à ce qu'elle souhaitait faire avant que Ginny ne la pousse dans ses derniers retranchements. Que ressentait-elle ? Et que souhaitait-elle qu'il arrive entre eux deux ? Voilà deux questions qui méritaient toute son attention…

o O o

L'après-midi passa en un éclair pour certains, Hermione la première. Les jumeaux se réveillèrent à dix-sept heures et ne profitèrent pas longtemps des rayons du soleil d'août. Ron et Harry virent leur après-midi filer à toute vitesse tant ils étaient pris par leurs pronostics de Quidditch. Pour Sirius en revanche, cette après-midi fut une torture. L'animagus erra dans sa chambre de nombreuses heures, incapable de focaliser son attention sur une simple tâche. Dès qu'il tentait d'éloigner son esprit de considérations gênantes, ce dernier revenait à la charge et le plongeait à nouveau dans cet océan d'incertitudes. Et à la frustration de n'avoir obtenu encore aucune réponse de la part d'Hermione, s'ajoutait maintenant une franche irritabilité.

Le grand brun envoya valser son livre d'un geste et descendit dans le jardin pour fumer une cigarette, en compagnie de ses camarades. Harry regarda son tuteur d'un air circonspect : il avait l'impression que sa consommation s'était accentuée ces derniers jours. Il ne lui en toucha toutefois pas un mot. Dix-neuf heures sonnèrent et il fut temps de préparer le repas. Harry proposa de l'aide à son parrain et celui-ci accepta. Molly et Arthur avaient quitté le square Grimmaurd de bonne heure le matin, laissant un mot dans lequel ils expliquaient qu'ils devaient repasser au Terrier et ne seraient de retour que le lendemain en fin d'après-midi. Les jumeaux mirent la table et s'installèrent rapidement, leur estomac criant famine. Alors que Ginny se rongeait l'extrémité des ongles, Hermione apparut enfin dans l'encadrement de la cuisine.

La petite rousse poussa un soupir de soulagement en voyant arriver son amie. Et ce bruissement ne passa pas inaperçu puisque Sirius se retourna à ce moment précis. Lorsqu'il la vit, son sang ne fit qu'un tour mais il tenta par tous les moyens de garder sa contenance.

" Mione ! Tu es enfin levée, on commençait à s'inquiéter ! S'exclama Ron qui avait déjà la bouche pleine.

- Sacrée gueule de bois, hein Herm ? , Glissa George avec un rictus.

- Oui, je n'étais vraiment pas dans mon assiette", s'excusa la jeune femme timidement.

Sirius remarqua avec un certain déplaisir que la jeune femme ne levait pas les yeux vers lui mais les gardait ostensiblement fixés sur ses chaussures. Il se maudit intérieurement et déposa le plat sur la grande table de la cuisine. Son regard insista auprès d'Hermione mais la jeune femme tint bon.

" Est-ce qu'on relance un nouveau round ce soir ? Lança Fred avec avidité.

- Très peu pour moi ! Lança Ginny en se tenant le ventre.

- Je crois que j'ai encore beaucoup de choses à réprimer de mon côté… répondit Harry en secouant vivement la tête.

- Et toi Mione ? Ça t'a plutôt réussi non ?" Demanda George en se tournant vers la belle brune.

Hermione contempla longuement sa fourchette et murmura :

" Je crois que c'est tout l'inverse…

- Sirius alors, notre homme ! Tu es partant ?"

Ce dernier fronça les sourcils et se servit un verre de vin.

" Non, tu vois, c'est le problème avec ce genre de soirées… Ça ne finit qu'en regrets pour certains.", lâcha-t-il avec plus d'amertume qu'il n'aurait souhaité livrer.

Hermione déglutit et Ginny piqua un fard. Seuls les garçons ne comprirent pas le sous-entendu.

" Décidément jeunes gens, vous nous décevez…

- Dixit le jumeau qui est allé se coucher le premier, répliqua Ron avec un sourire sardonique.

- Il marque un point, là, Freddy", grimaça George.

Fred leva les yeux au ciel mais capitula. Le diner se passa dans une relative tranquillité. Les jumeaux et Harry essayaient d'égayer l'assemblée mais ils ne furent pas chanceux du côté d'Hermione. La jeune femme était en effet morose et rien ne semblait pouvoir la distraire de son assiette.

Quant à Sirius, il avait bien du mal à assumer cette situation. Il n'avait plus qu'une envie : s'enfuir de ce climat austère. Être ainsi ignoré par Hermione le damnait. Il avait l'impression d'être puni pour quelque chose qu'il n'avait pas commis : c'était elle qui avait fait le premier pas et maintenant, il se trouvait relégué à une simple présence en bout de table. Alors qu'ils avaient partagé tellement d'instants tous les deux, de jour comme de nuit… L'amertume de Sirius se teintait d'irascibilité et le grand brun tentait par tous les moyens de noyer son affect en resservant fréquemment son verre. Ginny remarqua son manège mais ne put se décider à lui faire une remarque. L'animagus en était déjà à la moitié de la bouteille, à lui tout seul. Elle lançait régulièrement des œillades préoccupées vers Hermione. Au bout d'un moment, cette dernière sortit de son état catatonique pour regarder l'animagus. Le grand brun portait une fois de plus son verre à ses lèvres et semblait porter toute la misère du monde sur ses épaules. La jeune femme le regarda longuement puis lança un regard entendu à Ginny.

Le diner se poursuivit dans une douce langueur. Les garçons ne firent pas plus attention que cela au mutisme d'Hermione, ni au visage renfrogné de Sirius.

" J'ai du mal à croire qu'on reprend les cours dans deux semaines ! Se lamenta Ron tandis qu'il se servait une portion généreuse de dessert.

- Tu l'as dit, frangin, répondit Fred en prenant une bouchée.

- L'été passe toujours trop vite.

- Il va falloir qu'on s'occupe de nos fournitures de classe, un de ces quatre, fit remarquer Ginny.

- Tout doux Minnie, répliqua George en pointant sa cuillère vers elle.

- On ne se prononce pas pour vous, mais nous, nous avons une réputation à tenir, expliqua Fred. Les jumeaux Weasley ne s'occupent jamais de leur rentrée avant la deuxième semaine de cours !

- Comme si maman allait vous laisser faire… , lança Ron d'une œillade.

- Blague à part, j'aimerais bien me rendre sur le Chemin de Traverse la semaine prochaine. Faire quelques achats de rentrée mais aussi du matériel de Quidditch, tenta Harry en terminant son assiette.

- Je te suivrai ! Annonça Ron, enthousiaste.

- Ouais, on fera un point plus tard. Pour le moment, et puisque personne ne se décide à retenter l'expérience, je vais aller me coucher ! Annonça Fred en se levant de table.

- Même chose pour moi, ça ne t'embête pas si je t'emprunte quelques bandes-dessinées Sirius ?" Demanda George.

L'animagus consentit à lâcher son verre et répondit d'un ton bas.

"Aucun problème."

Les jumeaux quittèrent la cuisine tandis qu'Harry et Ron servaient une boisson chaude au restant du groupe. Ils discutèrent encore quelques temps puis Harry fit signe de se lever et fut rejoint par Ron.

" Bonne nuit la compagnie et à demain", lança Harry avec un sourire, plaçant une main amicale contre l'épaule de Sirius. Ce dernier soupira et recouvrit la main de son filleul avec la sienne. Il la serra légèrement et consentit à la lâcher après un court moment.

" Bonne nuit tout le monde, cuvez bien !" Annonça Ron avec un sourire jovial.

Ginny les regarda partir dans l'encadrement de la porte. Elle lança à Hermione :

"On y va aussi ?"

Hermione la regarda et se mordit l'intérieur de la joue.

" Vas-y, toi. Moi… Je n'ai pas fini ma tasse", répondit-elle en rougissant légèrement.

Un sourire mutin naquit sur le visage de la petite rousse et elle hocha la tête.

"Mmh, pas de soucis, ma belle. À tout à l'heure… Bonne nuit Sirius, conclut-elle en lançant une œillade au grand brun.

- Bonne nuit", répondit-il sobrement, le regard vissé sur son verre.

La petite rousse se leva et ne manqua pas de faire un signe discret vers son amie pour l'encourager. Puis elle quitta la pièce en prenant soin de bien refermer la porte derrière-elle.

o O o

Sirius et Hermione étaient enfin seuls. La jeune femme s'accrochait désespérément à sa tasse de thé comme à une bouée de sauvetage. Elle n'avait attendu qu'une chose : que tout le monde quitte la table pour qu'elle puisse s'adresser à Sirius. Son après-midi n'avait été qu'une succession de réflexions intenses sur sa conduite de ce matin et elle se sentait enfin prête à l'affronter. Enfin, c'était une chose de se sentir préparée, et c'en était une autre que de devoir être face à lui et déclamer son texte. Hermione se sentait mal à l'aise maintenant, d'autant plus que le comportement de son compagnon ce soir la troublait. Sirius était renfermé, plus focalisé sur l'état de son verre que sur les multiples conversations de ses amis. Là encore, alors qu'ils n'étaient plus que tous les deux, le grand brun avait le regard fixé sur la table.

La jeune femme se mordit l'intérieur de la joue mais ouvrit la bouche, décidée. Mais avant même qu'elle n'ait le temps de prononcer un mot, Sirius se leva brusquement, son assiette dans la main. Il la déposa d'un geste maladroit dans l'évier et se retourna, ne lui jetant pas même un regard :

"Bon, je vais y aller…", dit-il d'une voix lasse.

Hermione se leva alors brusquement pour le retenir.

" Sirius !"

L'intéressé accepta enfin de la regarder. Son visage était hermétiquement clos. Pas de sourire en coin, pas d'œillades pétillantes comme il avait coutume de lui adresser. L'angoisse se resserra dans la gorge de la jeune femme. Pris de court par son comportement, elle bredouilla :

" Je suis désolée…"

À son grand désarroi, Sirius éclata d'un rire sans joie. Il s'adossa contre l'évier, face à elle, en croisant les bras.

" Tu l'as déjà dit maintes et maintes fois ce matin, Hermione. Il faut que tu diversifies un peu ton répertoire… ", la nargua-t-il avec un ton amer.

La remarque cynique de son interlocuteur plongea la jeune gryffondor dans un profond malaise. Elle aurait dû se douter que Sirius serait dans cet état-là. Lui parler serait finalement beaucoup plus difficile que prévu.

" Sirius, je…" , mais elle se retint de répéter ses excuses.

Elle se sentit tout à coup stupide. Mais elle ne fuirait pas une seconde fois. Voyant qu'elle restait debout mais n'ajoutait rien, Sirius céda et relança :

" Tu es désolée de quoi exactement, Hermione ? D'avoir cédé à une pulsion ? D'avoir de l'attirance pour quelqu'un de trop vieux et de trop accessible ?" Lui demanda-t-il fiévreusement, en se rapprochant d'elle.

La jeune femme écarquilla les yeux en entendant cette réplique. Elle perçut l'irascibilité du grand brun, sa colère, mais aussi tout simplement sa frustration. Et comment aurait-il pu en être autrement…

" Sirius, non, je voulais…" , murmura-t-elle cette fois-ci avec de la peine, faisant un pas vers lui.

Mais ce dernier y vit un geste de pitié et balaya sa remarque d'un geste.

" Pitié, pas de ça avec moi. Tu m'embrasses à corps perdu ce matin et tu me fuis le restant de la journée. Qu'est-ce que je suis censé en déduire ?!" S'exclama-t-il avec frustration.

Hermione déglutit. Il était vrai qu'elle avait agi de la sorte… Sans se demander ce que ressentirait Sirius. Elle lui avait interdit de la suivre, et c'est ce qu'il avait fait. Mais en se focalisant sur elle-même, elle en avait oublié son ressenti à lui. La jeune femme était stupéfaite de le voir ainsi. Frustré, perdu… Vulnérable. Ce n'était pas l'image qu'elle se faisait du grand et beau Sirius Black. Mais là encore, c'est parce qu'elle avait énormément projeté sur lui, sans prendre la peine de le laisser s'exprimer.

Sirius contempla Hermione qui était en plein tourment intérieur et se maudit. Il n'aurait pas dû boire autant ce soir, rien de bon ne sortait de sa bouche. Il réalisa qu'il avait déballé sa frustration inutilement sur la jeune femme et se montrait grossier. Sirius poussa un profond soupir et fit un pas en arrière. Sa main passa dans sa nuque et il massa douloureusement son crâne pour dissimuler son embarras.

" Laisse tomber, je ne sais pas ce qui me prend de dire des choses pareilles, je suis désolé… On pardonne et on oublie, d'accord ?" Murmura-t-il en osant lever les yeux vers elle.

Mais Hermione hocha négativement la tête. Elle se rapprocha jusqu'à se trouver en face de lui et répondit :

" Je suis désolée d'avoir réagi comme une voleuse après t'avoir embrassé… Mais je ne suis pas désolée de l'avoir fait."

Sirius battit frénétiquement des paupières. Il tenta de réprimer un rougissement : il ne s'était pas attendu à une déclaration de ce genre, surtout avec autant d'aplomb.

" Alors… Tu ne regrettes pas ce baiser ? Demanda-t-il enfin, embarrassé.

- Non, répondit fermement la belle brune.

- Est-ce que ce n'était qu'un baiser ponctuel et sans lendemain ?

- Non.

- … Est-ce que je te plais ?

- Oui."

Le cœur d'Hermione battait à tout rompre mais elle n'avait jamais été aussi sûre d'elle. Et à en juger par le visage abasourdi de Sirius, elle était parvenue à s'expliquer. Un long moment passa sans qu'il ne lui pose plus de questions. Long moment où Hermione eut le temps de se préparer à toutes sortes de réactions possibles venant de la part du beau brun.

"Si cela n'est pas réciproque, je n'ai aucun…"

Mais avant qu'elle ne termine sa phrase, Sirius rompit l'espace qui les séparait et l'embrassa avec fougue. Hermione eut le temps de battre des paupières puis ses bras se refermèrent contre les épaules de son compagnon et elle approfondit le baiser. Sirius se pressa davantage contre elle, ses mains posées à chaque extrémité de la table contre laquelle Hermione était adossée. La jeune femme soupira de plaisir contre le corps du grand brun. Sa main droite vagabonda contre la nuque de son partenaire et s'agrippa à ses cheveux pour approfondir leur étreinte. De son côté, le grand brun continua à l'embrasser fougueusement, mordillant de temps à autre la lèvre inférieure de la jeune femme. Les soupirs de celle-ci étaient tout ce dont il avait besoin comme encouragements. Les cuisses d'Hermione se refermèrent autour de lui en une étreinte brusque, ce qui ne manqua pas de l'amuser. Leur baiser dura encore quelques instants avant que le grand brun ne se relève légèrement pour reprendre son souffle. Hermione fronça les sourcils en sentant la chaleur quitter son visage et elle ouvrit les yeux. Elle remarqua avec ravissement que Sirius était dans le même état qu'elle : échevelé, le souffle court, une lueur de désir flamboyant dans les prunelles. Tous deux se contemplèrent quelques secondes sans rien dire puis pouffèrent.

" C'est réciproque", finit par dire Sirius d'une voix chaude.

Il passa une main délicate sur la joue de la jeune femme et posa son front contre le sien. Hermione frémissait de cette proximité salutaire avec son compagnon. Elle déposa une série de baisers sur cette main qui la caressait. Elle aurait pu se noyer dans ce parfum entêtant. Sirius leva les yeux vers elle et la contempla.

" C'est déstabilisant pour moi-aussi, tu sais…", avoua-t-il dans un souffle.

Hermione esquissa un sourire radieux et se rapprocha pour l'embrasser une nouvelle fois. Sirius laissa ses lèvres vagabonder contre les siennes, emporté par la fougue de la jeune femme. Elle fit jouer sa langue contre la sienne et se pressa davantage contre son corps. Sirius laissa sa main gauche descendre dans le dos de la jeune femme jusqu'à parvenir à ses fesses et la laissa là, accentuant la pression de leurs deux corps enlacés. Tous deux étaient au firmament.

Après quelques ballets endiablés, ils se séparèrent de nouveau, sous l'impulsion d'Hermione. Celle-ci posa une main sur l'épaule de son compagnon et murmura :

"Ça fait tellement longtemps que je rêve de faire cela…"

Sirius sourit à la remarque de la jeune femme.

"Tu cachais remarquablement bien ton jeu.

- Menteur.

- Je t'assure…"

Hermione leva les yeux au ciel et renoua ses bras autour du cou de Sirius. Ce dernier la regarda avec chaleur. La jeune femme sentit une vague de désir déferler en elle et se retint de gémir sous ce regard.

" Même si j'adorerais continuer ces étreintes sur la table de la cuisine, j'ai peur que l'on attire vite l'attention, lança Sirius avec un sourire amusé.

- Tu as raison", répondit la jeune femme en relâchant légèrement les cuisses pour que Sirius puisse faire un pas en arrière.

Elle sentit son cœur donner des coups sourds dans sa poitrine et calma ses ardeurs. Elle ne voulait pas montrer à quel point il la rendait folle mais son visage trahissait le moindre instinct. Sirius vit son état et émit un feulement de rire.

" J'ai l'impression que je te fais de l'effet, souligna-t-il, taquin.

- Tu n'imagines pas à quel point", répondit automatiquement Hermione.

Puis elle écarquilla les yeux et devint cramoisie, ce qui redoubla l'amusement du beau brun. Il passa ses lèvres sur le front de la jeune femme et murmura :

" J'arrive peut-être mieux à le cacher, mais sache que je ressens la même chose."

La jeune femme se mordit le bord de ses lèvres pour atténuer son sourire victorieux, en vain. Elle finit par se lever de la table de la cuisine et épousseta machinalement sa jupe.

"Et maintenant ?" Demanda-t-elle enfin.

Sirius haussa un sourcil.

" Maintenant ? Je t'emmène dans ma chambre faire sauvagement l'amour jusqu'au matin", répondit-il de but en blanc.

Puis il éclata de rire devant le visage échauffé de la belle brune.

" Non, je pense qu'on devrait y aller étape par étape, si cela te convient… Ça fait longtemps, pour moi, que…, dit-il, soudain mal à l'aise.

- C'est nouveau pour moi, répondit la jeune femme en passant une main contre son veston. Ça ne me dérange pas… d'attendre, d'y aller par étape, ou de faire un pas en arrière. On fera à notre rythme…"

Sirius esquissa un sourire tendre et déposa un baiser sur ses lèvres.

"À notre rythme, ça me plaît comme idée", conclut-il dans un souffle.

Tous deux quittèrent la cuisine, les bras enlacés. Ils montèrent les escaliers jusqu'à la chambre d'Hermione en ne se quittant pas. Sirius la regarda une dernière fois et noua ses doigts aux siens. Ils se firent face, leurs corps n'étant séparés que par un fin espace.

" Est-ce que ça va aller avec le réacteur de ronflements ? Demanda-t-il avec une grimace amusée. Hermione mit une main devant sa bouche pour étouffer son fou-rire.

- Ça sera difficile mais je vais survivre…

- Tant mieux… Parce qu'on a encore beaucoup de choses à se dire, toi et moi", répondit Sirius en lui adressant un regard tendre.

Le cœur d'Hermione fit des saltos et elle rompit l'espace entre eux. Son baiser fut empressé et plein de désir. Sirius y répondit avec une commune joie.

" Bonne nuit Sirius… murmura-t-elle en se séparant de lui à contre-cœur.

- Bonne nuit Hermione", répondit-il en lui adressant une dernière caresse.

Elle le regarda monter les escaliers, sans parvenir à croire ce qu'il s'était passé entre eux. Elle s'adossa un moment contre la porte pour reprendre ses esprits et son souffle. Puis, la jeune gryffondor se saisit délicatement de la poignée et ouvrit la porte. Alors qu'elle essayait de faire le moins de bruit possible, une lumière éclata dans la pièce, la faisant sursauter.

« Alors, alors, alors ?! » S'écria une vive Ginny Weasley, se redressant brusquement dans le lit.

Hermione la contempla les yeux ronds, puis éclata de rire.