Bonjour tout le monde !
J'espère que vous allez bien :) Nous voici de retour avec un réveil difficile pour Hermione et un horizon qui s'assombrit pour les protagonistes du square Grimmaurd. Une fois encore, merci aux nouveaux arrivants, fav et follow, ça fait plaisir ! :)
Réponse à Jenny : Contente que ces passages aient été efficaces héhé ! Tu le sauras en partie dans ce chapitre ;)
Réponse à Ana : Thank you so much for your review ! :D It was really kind of you to leave a comment on this story ! I'm so pleased to see that our heroes are in character, that was quite a trouble for me while I was writing them. You're quite right for the dates, I realized it in the middle of a chapter and totally forgot to change it Anyway, thanks a lot for your kind comment and I hope you'll enjoy the rest of the fanfic (and sorry for my misspelling, it must be quite dramatic aha)
En espérant que ce chapitre vous plaise !
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Chapitre XX : Une lumière dans les ténèbres
Le soleil dardait de timides éclats lorsque Hermione ouvrit lentement les yeux. Sa main passa négligemment sur le côté gauche du lit pour n'y trouver que les couvertures renversées et froides. Sirius était parti depuis bien longtemps. La jeune femme battit des paupières avec gravité et se redressa. Un morceau de parchemin gribouillé à la va-vite trônait sur l'oreiller du grand brun. Elle le saisit avec angoisse et lut.
« Ne t'en fais pas pour moi. Sirius. »
Hermione se retourna, le dos allongé sur le matelas en poussant un long soupir. Ces quelques mots ne pourraient décemment pas la rassurer. Sirius fonçait droit vers le danger et rien de ce qu'elle n'avait fait ou dit n'avait pu empêcher son départ. C'était un véritable aveu d'échec pour elle.
« Ne t'en fais pas pour moi. »
Hermione esquissa un sourire mauvais. Le fait même qu'il ait rédigé cette note trahissait ces mots inscrits. Bien sûr qu'elle était inquiète ! L'homme dont elle était éprise s'était rué sur un terrain inconnu, dans une mission de sauvetage incertaine. Éprise… Le bout de parchemin circula doucement sur ses lèvres. Hermione ne pouvait nier plus longtemps le fait qu'elle était en train de tomber amoureuse de Sirius Black. Si l'on mettait de côté cette volonté pugnace de se mettre régulièrement en danger, la jeune femme aimait tout en lui : son charisme, ses attentions, sa façon de lui répondre et de la regarder, sa fougue, la manière qu'il avait de la toucher… Il avait fait, sinon naître, tout du moins exacerber des désirs qu'elle couvait depuis longtemps. Et elle aurait aimé avoir le temps d'explorer tous les aspects de leur relation.
C'est donc le cœur lourd qu'Hermione se leva et quitta la chambre de son hôte à pas feutrés. Elle descendit prudemment les escaliers jusqu'à arriver dans le couloir menant à la cuisine. D'habitude, on entendait les éclats de voix des occupants depuis le premier étage. Ce matin toutefois, le silence planait contre les murs sinistres du square Grimmaurd. Hermione pénétra dans la cuisine et fit face aux jumeaux, accompagnés par Molly, Harry et Ron. Tous déjeunaient en silence avec, sur le visage, la même gravité. Hermione les rejoignit en silence, son cœur se serrant à la vue d'une pareille assemblée. Harry et Ron relevèrent vite le nez pour accueillir leur meilleure amie et Ron déplaça le siège à côté de lui pour qu'elle puisse s'asseoir. La belle brune le remercia d'un bref hochement de tête. Molly sortit de sa langueur et lui adressa un tendre sourire. Mais Hermione vit tout de suite que ce sourire n'atteignait pas les yeux de la matriarche Weasley. Ses sourcils étaient joints et elle avait les traits tirés par une nuit probablement bien éprouvante. Cette vision redoubla le chagrin d'Hermione. Elle prit une brioche dans sa main et tritura plus qu'elle ne mangea la pâtisserie pourtant alléchante. C'est dans cet abattement général que surgit plus tard la jeune Ginny Weasley.
Cette dernière cherchait déjà du regard sa meilleure amie, prête à lui asséner moult questions sur la nuit qu'elle venait de passer, mais elle se ravisa bien vite en voyant l'état désolant du groupe. Avalant sa salive, Ginny se faufila entre les chaises pour s'asseoir à côté d'Hermione. Son regard circula vers chaque personne présente à la table.
" Bonjour", murmura-t-elle d'une douce voix.
L'assemblée sursauta dans un mouvement commun et des visages se relevèrent vers elle.
" Bonjour ma chérie, lui répondit sa mère en lui adressant à elle aussi un sourire triste.
- Salut frangine, ajouta Ron sans se départir de sa mine contrite.
- Bonjour Ginny", la salua Harry à son tour, jouant avec la surface de son verre.
Alors que l'assemblée se regardait sans trop savoir que faire, la petite rousse reprit :
" Il va pleuvoir aujourd'hui… Ça serait une bonne occasion de s'occuper d'une nouvelle pièce de la maison", tenta-t-elle.
Hermione la remercia intérieurement d'essayer de les sortir de leur torpeur. Elle passa sa main sur la sienne.
" Tu as raison ma chérie, murmura Molly en hochant vigoureusement la tête, tentant de réprimer des larmes. Cela fera plaisir aux garçons de retrouver un foyer accueillant."
La fratrie Weasley accueillit cette remarque avec une mine sombre. Harry hocha à son tour la tête, et il reprit, d'une voix grave :
" Je vais m'occuper de notre chambre."
Son regard interrogateur se posa sur Ron. Ce dernier fixa quelques instants son assiette intacte et fronça le nez.
" Je vais t'aider, affirma le jeune homme.
- Herm… Tu veux qu'on fasse la même chose pour la nôtre ? , demanda Ginny avec un peu plus d'entrain.
- Mmh, bonne idée", répondit cette dernière, sa main crispée sous la nappe, à l'abri des regards.
La troupe retomba dans le silence et la majorité ne parvint pas à avaler une bouchée. Ils se levèrent peu à peu et chacun s'attribua une pièce dans laquelle ils mettraient tous leurs efforts pour éviter de voir défiler les minutes les séparant de leurs compagnons absents. Lorsqu'elle se dirigea vers sa chambre, Hermione aperçut du coin de l'œil le gramophone qui traînait dans le salon. Son cœur se serra à cette vue. Il lui semblait bien loin, le temps où elle, Rémus et Sirius avaient passé leur journée à danser et à s'occuper du hall de la maison. Réprimant un sanglot, elle se lança à la suite de Ginny et essaya de se perdre dans le travail pour éviter de penser à son compagnon.
o O o
Le soir venu, les habitants du square Grimmaurd se retrouvèrent autour de la table. Les jumeaux avaient retapissé leur chambre aux couleurs de Gryffondor et le parquet avait été récuré de fond en comble, ainsi que le vieux mobilier. Harry et Ron avaient conservé les teintes bleues et vertes de la leur mais s'étaient débarrassés de tous les nuisibles qui peuplaient leur espace de vie. Hermione s'était acharnée sur le papier peint de leur chambre et, cette fois-ci, avait refusé d'utiliser la magie pour installer le remplaçant. Il fallait plus que tout qu'elle occupe ses mains et son esprit. Autrement, elle était perdue.
C'est donc épuisés physiquement, mais aussi moralement, que les jeunes gens échangèrent autour des modifications apportées au square Grimmaurd. Une pensée était présente dans tous les esprits mais restait toutefois tue : il régnait une étrangeté déplaisante dans cette maison maintenant qu'elle était dépossédée de son propriétaire. Sirius n'aurait sans doute pas été ravi de l'apprendre mais le square Grimmaurd paraissait bien vide sans lui. Molly Weasley se tenait debout, dos à eux, devant la cuisinière, tandis que les jeunes gens échangeaient sur leurs travaux.
" Il faudrait que l'on s'attaque aux salles de bain dès demain, annonça George en faisant léviter distraitement un de leurs casse-têtes multicolores.
- Ça ne serait pas du luxe vu le nombre de logés au square Grimmaurd, acquiesça Ron.
- Il ne nous restera que la bibliothèque et quelques chambres, affirma Fred.
- Non !" , s'exclama Hermione, incapable de réfréner cette pensée.
Ginny leva des yeux inquiets vers elle tandis que les garçons la toisaient avec un regard d'incompréhension.
" Qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda Fred en fronçant les sourcils.
- Rien justement, s'empressa de répondre Hermione, sentant ses joues rougir. Sirius ne voudrait pas qu'on la refasse… C'est la pièce dans laquelle il est le plus à l'aise."
Les jumeaux échangèrent un coup d'œil puis haussèrent les épaules.
" On aura bien de quoi faire pour les jours à venir, une pièce de moins nous facilite la tâche.
- Il faudra aussi s'occuper de sa chambre d'ailleurs, ponctua Harry qui ajouta, avec une grimace, et enlever les posters de pin-up. Je pense qu'il est revenu de sa période adolescente.
- Qui sait ? Il s'en sert peut-être encore ?" , ne put s'empêcher de glisser George avec un sourire désolé envers l'assemblée.
Sa boutade eut l'effet bienheureux de dérider un peu les autres.
" Peut-être qu'il ne voudrait pas que l'on y touche pour le moment ? Je veux dire, c'est assez intime, argua Ginny.
- Et puis rien ne dit qu'il ne sera pas revenu dès demain, non ? Proposa Ron en haussant les épaules.
- Il faudrait un miracle", marmonna George avec un air sombre.
Leur conversation fut alors brusquement coupée par un bruit fracassant. Tous sursautèrent et se retournèrent vers la provenance de celui-ci. Le plat en terre cuite dans lequel Molly cuisinait s'était renversé à ses pieds. Ses mains tremblaient. Elle se retourna vers la compagnie, un air stupéfait sur le visage.
" Je… Je suis désolée les enfants…", murmura-t-elle d'une voix blanche.
Puis elle porta ses mains à ses lèvres et tout son corps se mit à trembler. Ses épaules se secouèrent invariablement tandis que de gros sanglots s'échappaient de ses lèvres. Les jumeaux se précipitèrent vers elle, l'enserrant dans leurs bras. La matriarche se laissa aller dans leur étreinte et sanglota plus fort.
" Ça va aller maman", murmura Fred tandis qu'il la guidait vers une chaise pour s'asseoir.
Tous s'étaient levés en entendant les pleurs de Mrs Weasley. Harry et Ron se baissèrent rapidement pour ramasser les débris du plat tandis que George et Fred restaient de chaque côté de la chaise pour empêcher leur mère de basculer. Celle-ci avait le visage dans les mains et continuait de pleurer. Hermione se posta à ses genoux et lui tendit prestement un mouchoir. Seule Ginny restait immobile, à quelques pas d'eux, les larmes aux yeux.
" Merci ma petite, murmura Molly en direction d'Hermione.
- Je vous en prie…", répondit Hermione dans un souffle, elle-aussi sur le point de pleurer.
Mrs Weasley se moucha longuement et essuya d'une manche rageuse les larmes qui dévastaient son visage d'habitude si épanoui.
" Je suis désolée les enfants, murmura-t-elle avec une voix hachée. Je suis désolée de vous infliger ça…
- Enfin 'man, tu ne nous infliges rien. Et puis ça n'est qu'un plat ! , s'exclama Ron, le nez au sol.
- Un petit reparo et il n'y paraîtra plus", acquiesça George.
Mais Molly restait secouée de petits sanglots aigües.
" Je m'étais promis de rester forte", avoua la matriarche avec un regard désolé pour Ginny.
Cette dernière se mordit alors les lèvres pour étouffer un sanglot à son tour. Elle se rapprocha de sa mère et posa ses mains sur les siennes.
" Ça n'est rien maman… " , lui répondit-elle dans un souffle.
Molly tapota les mains de la benjamine en soupirant.
" Je suis tellement inquiète pour eux", finit-elle par lâcher.
Les jeunes gens se regardèrent entre eux : le même abattement se lisait sur leur visage.
" Nous aussi, avoua Ron en esquissant une mimique désabusée.
- Chaque heure passée ici sans nouvelle est infernale", confirma Harry en se frottant l'arrière du crâne.
Les jumeaux acquiescèrent silencieusement. Molly les regarda tour à tour et ses yeux se posèrent sur Hermione qui était encore à ses genoux. La sorcière ainée passa sa main sur la joue de la jeune femme. Cette dernière se perdait dans le regard troublé et affectueux qui lui était adressé.
" Parfois, j'oublie que vous êtes sur le point de devenir adulte… , murmura-t-elle, et Hermione ne sut dire si cette remarque lui était adressée à elle ou à Molly elle-même.
- Certains le sont déjà aux trois quarts", affirma Fred en bombant le torse.
Molly lui adressa un sourire en coin et tapota ses dernières larmes dans son mouchoir.
" Et d'autres ont dû le devenir par la force des choses", conclut Hermione en s'aidant de Mrs Weasley pour se relever.
Elle prit Ginny dans ses bras tandis que Harry reconstituait les débris du plat d'un geste de sa baguette. Molly se releva et épousseta sa tenue.
" Bien… Bon… Il va falloir rattraper ce diner, qui est avec moi ?"
Il y eut un mouvement unanime et le clan se retrouva bien vite à déguster leur plat dans une atmosphère plus sereine. Un petit groupe s'attarda à table pour lancer une partie de cartes tandis que les autres allaient se coucher. Hermione et Ginny montèrent en direction de leur chambre une heure plus tard. La petite rousse s'allongea pensivement, scrutant le plafond. Hermione la rejoignit, une fois son pyjama mis.
" Ça fait bizarre… , murmura la cadette.
- Cette atmosphère ?
- Non, je pensais à… Ça fait bizarre de voir sa mère pleurer. "
Hermione passa une main contre l'épaule de la jeune fille.
" Elle est inquiète, comme nous tous.
- Oui. Pour une fois, on est tous sur un pied d'égalité, annonça Ginny en continuant de regarder le plafond. Je crois que c'est ça, le plus inquiétant…
- Quoi ? , Relança Hermione en tournant la tête vers elle.
- Que les adultes soient aussi paumés que nous, répondit la petite rousse.
- Hmm, se contenta de dire la belle brune, levant les yeux à son tour.
- Comment tu te sens ?", finit par demander Ginny au bout de quelques instants.
Hermione prit un temps pour répondre.
" En colère… Contre lui mais aussi contre moi-même… Mais surtout angoissée. Plus que tout, angoissée.
- Hmm, même chose ici, résuma la jeune fille en hochant la tête.
- Je ne peux pas concevoir que ça s'arrête comme ça, avoua Hermione, du ressentiment plein la voix.
- Hermione… Il va revenir. Ils vont tous revenir, affirma Ginny en tournant la tête pour la confronter.
- Il ferait bien oui, répondit-elle en serrant davantage la main tendue de Ginny.
- Ça n'est pas la fin de votre histoire", déclara cette dernière avec conviction.
Hermione éteignit alors la lumière, espérant de tout cœur que son amie ait raison.
o O o
Le lendemain s'annonça comme un jour brumeux pour le clan restant du Square Grimmaurd. Les occupants se retrouvèrent comme à chaque fois autour de la table de la cuisine. Les conversations allaient bon train mais personne ne pouvait ignorer la tension qui régnait en maître au-dessus de leur tête. Et si tout le monde s'efforçait de garder son calme et d'afficher une mine apaisée, l'ambiance était électrique. La matinée se résuma à de nouvelles avancées dans la restauration de Grimmaurd. Tout le monde s'engagea et profita de ces efforts pour oublier le fil du temps.
Molly Weasley décréta que l'après-midi serait réservée aux loisirs et au repos bien mérité des jeunes gens. A quinze heures passées, Hermione sortit de la bibliothèque dans laquelle elle s'était calfeutrée depuis bien trop longtemps. Cette pièce n'était généralement occupée que par la jeune femme et Hermione ne pouvait la dissocier de l'occupant des lieux. Le moindre espace lui rappelait Sirius et les nombreux moments qu'ils avaient passé ensemble clandestinement. S'arrachant à la contemplation des lieux, la belle brune se dirigea vers le jardin à la recherche de ses camarades.
Elle trouva Harry qui envoyait des revers de cognard vers un mannequin de bois. Ce dernier reculait violemment à chaque coup porté et les renvoyait avec autant de force. Le jeune homme répétait inlassablement le même mouvement, les yeux fixés vers sa cible. Hermione contempla son meilleur ami et fut admirative de sa concentration. Harry était posté de côté, ses bras tendus, tenant la batte dans un mouvement ferme et précis. Des gouttes de sueur perlaient à son front et jusqu'au bord de ses lunettes rondes.
" Je croyais que les attrapeurs n'avaient pas besoin de batte", le salua Hermione en s'accoudant au petit muret.
Harry ne se retourna pas mais répondit d'une voix hachée.
" Les entraînements de Quidditch reprennent dès la rentrée, je n'ai pas envie d'être à la traîne.
- Si tu étais aussi consciencieux dans les autres matières, tu me dépasserais et de loin Harry", fit remarquer Hermione avec un sourire en coin.
Sa remarque eut l'effet escompté puisque le jeune homme la gratifia d'un sourire goguenard et délaissa un instant des yeux sa cible.
" Tu veux essayer ? , lui demanda-t-il après quelques autres lancers.
- J'aurais peur de ne pas m'arrêter, avoua Hermione en pouffant.
- Ouais… Ouais, je vois ce que tu veux dire", répondit amèrement Harry.
Hermione se rapprocha vers son meilleur ami et se positionna derrière lui.
" Il représente quelqu'un en particulier ce mannequin ?"
Harry redonna un coup violent en direction de la cible de bois et fronça les sourcils.
" Moi, j'imagine… "
La jeune femme soupira et posa une main affectueuse sur son épaule.
" Ne te fais pas autant de mal… J'en connais un à Poudlard qui serait particulièrement ravi de t'épargner cette peine."
Harry grimaça un sourire et lâcha une bonne fois pour toutes la batte pour se retourner vers son amie.
" Je ne supporte pas le savoir en danger et de ne pas avoir de nouvelles.
- Moi non plus", avoua sans détour Hermione.
Le sorcier hocha la tête et leva les yeux vers elle.
" J'aurais aimé trouver les mots qui l'auraient empêché de partir… Herm, c'est la seule famille qu'il me reste, ajouta-t-il avec une détresse qu'il aurait préféré cacher.
- Harry…" , souffla Hermione qui réduisit la distance entre eux pour le serrer dans ses bras.
Tous deux restèrent longtemps ainsi, sans rien ajouter. L'essentiel était dit et la jeune femme ne pouvait que partager la souffrance de son ami et tenter de le soutenir du mieux qu'elle le pouvait. Ils quittèrent le jardin quelques temps après, lorsqu'ils entendirent les jumeaux leur demander de l'aide.
o O o
Une autre journée se déroula au square Grimmaurd, puis une autre, sans qu'une quelconque nouvelle parvienne aux oreilles de la maison. Les mines s'assombrissaient, les langues se liaient et chacun avait droit à son coup de sang. Pour Ron, cela avait été lors de leur repas du troisième jour : il avait contemplé longuement les assiettes présentes sur la table. Une fois encore, le jeune homme en avait sorti deux de plus que nécessaire. Son automatisme l'avait freiné net et il s'était perdu dans la contemplation de ces deux assiettes inutiles, avant de les renverser d'un coup sec sur le sol de la cuisine. Il était alors monté dans sa chambre en un instant, pendant que les jumeaux ramassaient les morceaux. Pour Ginny, cela se manifestait souvent par des abruptes crises de larmes en regardant les affaires appartenant à son père. Dans ces cas-là, Hermione ou Molly la serraient le plus fort possible dans leurs bras jusqu'à ce que la douleur passe. Fred et George avaient failli en venir aux mains l'après-midi du deuxième jour avant d'être vertement réprimandé par Mrs Weasley. Tous deux avaient vite fait la paix autour d'une boite de caramels piégés. Harry s'isolait de temps à autre dans le jardin pour terrasser le mannequin de bois, tandis qu'Hermione lui préférait la bibliothèque et le canapé favori de l'hôte des lieux. L'angoisse permanente des deux premiers jours s'était transformée en résignation muette. La jeune femme étouffait tant que possible ses sentiments sous une chape de plomb et essayait de ne pas se raccrocher à l'idée de nouvelles. Cela lui donnait trop d'espoirs et elle ne voulait pas se bercer d'illusions. Ainsi la vie s'étendait, tumultueusement, au square Grimmaurd qui n'avait finalement pas réussi à protéger ses habitants de la menace d'une guerre à venir.
o O o
Au quatrième jour marquant la disparition d'Arthur et Sirius, l'ensemble des habitants avait rénové de fonds en comble le 12 square Grimmaurd. La maison n'avait certes pas retrouvé son charme d'antan mais c'était pour le mieux selon Molly. À la place d'une atmosphère austère, elle avait gagné la tiédeur et la convivialité du Terrier. Les couleurs étaient dans les tons chauds et chaque chambre avait gagné en personnalité. Hermione aurait aimé que Sirius puisse voir ce que le square était devenu en son absence.
L'assemblée se retrouva comme à son habitude dans la cuisine pour préparer le diner. Fred et George s'étaient réservé une petite partie du jardin pour lancer des expériences botaniques et espéraient pouvoir récolter bientôt le fruit de leurs recherches. S'occupant de découper des oignons, ils firent signe à Ron et Harry de donner un coup de main à Molly. Hermione et Ginny mettaient la table dans un silence confortable. Celui-ci fut toutefois brisé par un « bang » retentissant qui fit sursauter tout le monde. Le bruit provenait du salon et tout le monde entendit un concert de voix fortes et empressées. Sans avoir besoin de se concerter, ils se ruèrent en direction du salon.
« Les garçons ! Venez nous aider ! »
Les Weasley accélèrent lorsqu'ils reconnurent la voix d'Arthur. Fred ouvrit la porte dans un mouvement qui faillit la faire sortir de ses gonds et le reste de la troupe déboula derrière lui. Harry et Hermione se figèrent.
Arthur et Rémus sortaient de la cheminée, leurs vêtements sales et déguenillés. Arthur était crispé sur son bras gauche qui semblait en bien mauvais point. Rémus quant à lui avait l'arcade sourcilière recouverte de sang et de nouvelles entailles ornaient son visage exténué. Les deux hommes tenaient à bout de bras le corps inconscient de Sirius.
Fred et George se précipitèrent à leur aide tandis que Molly tentait de relever la tête de Sirius.
" Arthur ! Arthur ! Bon sang, que s'est-il passé ? , demandait-elle catastrophée.
- C'est Sirius, il nous faut de l'aide", s'empressa de dire Arthur qui fit un pas de côté pour que George le remplace.
Ginny en profita pour se jeter contre lui et le serrer fort contre elle. Hermione restait pétrifiée. Le corps de Sirius gisait dans les bras de ses camarades. Sa tête dodelinait dans les mains de Molly. Sa chemise était entrouverte, révélant des entailles profondes dans sa chair. Un flot abondant de sang recouvrait son torse et s'étendait jusqu'à ses mains. Ses cheveux, collés contre son front, étaient sales et poisseux. Son visage était cireux et ne tressautait pas. Hermione comprit qu'il ne respirait pas.
« Sirius. »
Son cœur tambourinait contre sa poitrine.
« Sirius. »
Elle n'arrivait pas à formuler la moindre pensée cohérente. Et son corps n'esquissait pas le moindre mouvement.
« Sirius. »
« Sirius ! »
Hermione sursauta lorsqu'elle entendit le cri déchiré. Elle crut d'abord que c'était elle avant de constater qu'Harry s'était jeté contre son parrain, tentant de l'étreindre.
" Harry, il faut qu'on l'allonge", répondit Rémus d'une voix déchirante.
Mais le jeune homme ne s'écartait pas. Le loup-garou posa une main ferme contre son dos.
" Harry, je t'en prie, il faut qu'on l'allonge, il nous faut de l'aide", le supplia-t-il.
Le brun secoua la tête et prit à son tour le corps de son parrain sous le bras pour aider les jumeaux et Rémus. Ils le déposèrent sur le canapé avec la plus grande prudence. Harry s'agenouilla à ses côtés et garda la main crispée sur le bras de l'animagus.
" Qu'est-ce qui lui arrive ? Bredouilla-t-il en sanglots.
- Nous n'en savons rien… , murmura Arthur en poussant un long soupir.
- Il a été touché par un sortilège lancé par Fenrir. Le temps que je me retourne, Sirius s'était effondré et son sang s'échappait de tous ses pores… " , ajouta Rémus en regardant son ami de toujours avec effarement.
« Ce sang… Pourquoi il y a autant de sang ? »
Hermione n'arrivait pas à détacher son regard du corps gisant de Sirius.
« Pourquoi ça ne s'arrête pas ? »
Arthur se redressa vivement et mit la main sur l'épaule de Molly.
« Il nous faut de l'aide. Je dois contacter Poudlard. »
Harry continuait de sangloter au chevet de son parrain et Rémus restait prostré devant lui, les larmes aux yeux. Molly hocha la tête et prit la parole.
" Je vais essayer de faire ce que je peux.
- Merci. Je reviens."
Et sans rien ajouter, Arthur s'évanouit dans un tourbillon de feu de cheminée. Mrs Weasley se retourna vers le corps de Sirius et releva ses manches.
" Les garçons, j'ai besoin de vous. Apportez-moi des bacs d'eau et des linges."
Puis elle s'agenouilla auprès du blessé pendant que les jumeaux se précipitaient à l'étage.
" Harry chéri, murmura-t-elle doucement, il me faut un peu plus d'espace pour l'examiner."
Le jeune homme secoua frénétiquement la tête, essuyant ses larmes dans sa manche, et se décala pour laisser Molly observer les dégâts. Elle écarta délicatement les pans de la chemise souillée et battit des paupières. Ses sourcils se froncèrent longuement.
" Ça n'est pas normal… "
Hermione peina à reconnaître sa propre voix lorsqu'elle s'agenouilla à côté de Molly.
" Il ne devrait pas continuer à perdre autant de sang…
- Hermione… , murmura Molly d'une voix hachée, tu ne devrais pas rester là.
- Je ne veux pas l'abandonner. Je ne veux pas."
La jeune femme sentit que toutes ses barrières s'effondraient et elle laissa échapper un sanglot déchirant. Ginny vola alors au secours de son amie et la prit dans ses bras avant de l'aider à se relever. Hermione opposa une résistance pendant quelques instants. Elle ne voulait pas le laisser. Pas ici, pas maintenant. Pas alors qu'elle risquait de le perdre une deuxième fois, et cette fois-ci pour de bon. Mais la détermination de Ginny ne connaissait aucune limite et Hermione fut bien forcée de suivre son amie dans le couloir. Elle s'effondra dans ses bras tandis que la petite rousse lui chuchotait que tout irait bien.
o O o
Molly retourna vers le grand brun et essaya plusieurs sorts de guérison mais si certains parvenaient à ralentir l'écoulement de sang, aucun n'arrivait à refermer les blessures profondes sur le corps de Sirius. Harry et Rémus la regardaient avec appréhension et détresse mais Molly ne se décourageait pas et à chaque échec, retentait un nouveau sortilège. Un « bang » caractéristique se fit entendre de la cheminée et apparut alors Arthur, suivi d'une silhouette familière et peu amène.
" Dites-moi que je rêve ! – s'écria Rémus avec effarement – Où est Dumbledore ?!
- Le directeur ne peut se joindre à votre charmante compagnie, Lupin. Il m'a envoyé à sa place pour réparer la situation… Toutefois, si son choix ne te convient pas, je serai ravi de retourner à mes activités somme toute plus intéressantes."
Harry fit aussitôt volte-face en reconnaissant la voix nasillarde et déplaisante de son professeur de potions. Severus Rogue se tenait immobile, contre le rebord de la cheminée, lorgnant avec un certain mépris aux lèvres l'assemblée présente dans le salon.
" Professeur ?! , balbutia le jeune homme.
- Votre clairvoyance ne cessera de me surprendre Potter, pointa Rogue, les lèvres pincées. Et maintenant, dégagez, voulez-vous."
Trop surpris pour protester, Harry s'écarta pour laisser de la place à son professeur. Severus s'avança d'un pas et contempla le corps inanimé de Sirius avec dédain.
" Est-il vraiment utile de sauver ce cabot insouciant ? Demanda-t-il en haussant un sourcil en direction d'Arthur.
- Merlin Arthur ! On a demandé de l'aide, pas un coup de grâce ! Vociféra Rémus en pointant Rogue du doigt.
- Rassure-toi Lupin, je ne vais pas intenter aux jours de ton précieux camarade. Il a l'air de se débrouiller très bien tout seul, tempéra Severus en remontant ses manches.
- Vous pouvez l'aider ?", lança Harry, d'un ton désespéré.
Severus prit un temps et tourna son regard vers les blessures de Sirius.
" Aussi pénible qu'il m'est de le dire, oui. Maintenant, sortez tous", annonça-t-il, d'un ton qui ne souffrait aucune contradiction.
Harry se leva précipitamment et rejoignit Arthur. Rémus sortit à son tour, non sans lancer un regard acéré en direction de son ennemi de toujours. Il retrouva les deux jeunes filles, restées dans l'encadrement de la porte. Hermione releva son visage baigné de larmes en direction du loup-garou.
" Que se passe-t-il ?" , balbutia-t-elle.
Rémus poussa un soupir résigné, ses doigts s'attardant sur son arcade sourcilière.
" Severus est avec lui… Il semblerait que Dumbledore nous l'ait envoyé.
- Rogue ?! Rogue est ici ? S'exclama Ginny, effarée tandis qu'Hermione fronçait les sourcils, accusant le coup.
- Il va pouvoir l'aider ? , demanda-t-elle, le regard fixé sur la chemise déchirée du loup-garou.
- J'imagine… S'il parvient à mettre nos différents de côté", soupira Lupin en s'adossant au mur.
Ginny les contempla longuement tous deux puis annonça vivement :
" Tu as besoin de soins Rémus, je vais chercher le nécessaire de ma mère.
- Merci Ginny", répondit Rémus d'une voix lasse.
Il regarda la petite rousse s'engager rapidement dans l'escalier puis reporta son regard sur Hermione. Tous deux se contemplaient, un certain malaise flottant entre eux. Hermione le regardait avec la même appréhension que lui, mais aussi avec une lueur de ressentiment. Rémus en connaissait parfaitement la cause.
" Je suis désolé, finit-il par annoncer dans un souffle. Je ne voulais pas que ça se termine ainsi.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? , demanda Hermione en prenant sur elle.
- La mission d'observation a tourné court lorsque Fenrir nous a repéré. J'ignorais qu'il serait sur place et je n'ai pas eu le temps de réagir. Il nous a fait prisonniers dans un camp de trolls. J'ai reçu quelques doloris, mes camarades aussi. Ils ont tenté par tous les moyens de nous faire parler de l'Ordre. Sans succès. Et puis Sirius est arrivé… Le groupe a débarqué en pleine nuit."
Hermione l'écoutait attentivement, sans bouger d'un muscle.
" Les sorts volaient dans tous les sens. Arthur est entré dans notre tente et nous a libéré tous les trois. J'ai récupéré une baguette sur l'un des rafleurs et nous sommes entrés dans la danse… "
Le regard de Rémus se fit plus sombre. La tête basse, il semblait avoir toutes les peines du monde à rester debout.
" Je n'ai pas vu, je ne sais pas… Sirius était dans les hauteurs, il déblayait le chemin pour nous permettre de nous enfuir. Je l'ai entendu hurler et l'instant d'après, il était à terre, sanguinolent… "
Hermione battit furieusement des paupières. La voix de son ancien professeur était tremblante.
" Je n'ai pas voulu tout ça… Je ne voulais pas qu'ils risquent leur vie… , murmura-t-il avec douleur.
- Ils ne pouvaient pas faire autrement", expliqua Hermione d'une voix hachée.
Rémus releva alors les yeux vers elle. La jeune femme combattit l'envie qu'elle avait de le serrer dans ses bras.
" Tu es en colère, murmura Lupin sans détour.
- Oui", avoua la belle brune dans un souffle. Elle peina à reconnaître la voix grave qui avait franchi ses lèvres.
Rémus hocha la tête, esquissant un gémissement de douleur.
" Je ne voulais pas te causer de tort Hermione… Je voulais simplement te protéger, affirma le loup-garou avec douleur.
- Je… comprends. Mais tu n'avais pas à le faire de la sorte, déclara la jeune femme en tentant de ne pas attiser sa colère.
- J'ai été stupéfait. De l'apprendre ainsi, avoua Rémus d'une voix grave.
- Moi aussi j'aurais préféré que tu l'apprennes autrement…
- Hermione…", reprit Rémus après un long silence.
La jeune femme répondit à son regard rempli de sollicitude.
" Je comprends ton attirance pour lui, mais je me dois de….
- Je l'aime, Rémus."
Le loup-garou frémit et ses yeux s'écarquillèrent de stupéfaction. Hermione elle-même resta stupéfaite une seconde. Mais elle reprit.
" Je l'aime. Je sais que ça n'est pas convenable, qu'il y a l'écart d'âge, que c'est ton meilleur ami, qu'une guerre se prépare… Mais voilà, je l'aime. Je ne suis plus une enfant mais une femme. Je connais mon esprit et je connais mes désirs. Et je le désire, lui. Je suis désolée si cela te déçoit mais je ne peux pas me conformer à ce que toi, Ron, Molly ou n'importe qui d'autre attend de moi. Je n'attends rien d'autre de lui que ce qu'il me donne en ce moment. Et Merlin m'en est témoin, j'espère encore profiter de ce qu'il veut bien m'offrir pendant encore longtemps s'il parvient à s'en sortir. "
Rémus contempla longuement son interlocutrice. Une palette d'émotions se jouait sur son visage et Hermione était incapable de dire ce qu'il pensait de toute sa tirade. Mais elle n'en regrettait aucun mot et était prête à défendre son opinion, quelle que soit la personne chère en face d'elle. Après des secondes mutiques, le loup-garou poussa un profond soupir, plaçant sa main devant ses yeux. puis il hocha la tête et répondit :
" Je suis désolé… Je ne voulais pas que tu souffres Hermione. Je voulais t'éviter une déconvenue ainsi que des sentiments tumultueux… Mais j'aurais mieux fait de t'écouter et de te laisser mener ta vie comme tu l'entendais."
Hermione déglutit et posa maladroitement la main sur l'épaule de son ancien professeur.
" J 'accepte tes excuses Rémus. Je sais que tu ne pensais pas à mal au fond…
- Je te remercie, murmura-t-il, soulagé. Il posa à son tour une main affectueuse sur l'épaule de la jeune femme.
- Je ne me mêlerai plus de vos histoires, je t'en fais la promesse.
- Pour cela, il faudrait que celle-ci perdure", balbutia la belle brune en jetant un œil du côté de la porte du salon, toujours fermée.
Rémus l'amena à lui et déposa un baiser furieux sur son front. Hermione se laissa aller dans l'étreinte réconfortante du loup-garou.
" Il va s'en tirer", affirma ce dernier, gardant la jeune femme contre lui.
Hermione sentit les battements frénétiques de son cœur et ferma un instant les yeux. Elle ne voulait plus se battre. Ne plus être forte pendant un instant. Simplement rester là, profiter de l'étreinte de son ami. Ses bras se nouèrent contre Rémus et tous deux restèrent ainsi quelques temps, sans rien ajouter.
Ginny les rejoignit au bout d'un moment, avec le matériel nécessaire pour nettoyer la blessure de Rémus. Hermione soupçonna la jeune fille de leur avoir laissé le temps nécessaire pour eux de s'expliquer avant de rappliquer et, pour cela, elle lui en était très reconnaissante. Le trio s'installa dans la cuisine et Rémus s'assied sur la table tandis que les deux femmes s'occupaient de ses blessures au visage. Si certains soins ravivèrent la douleur, il n'émit aucune protestation. Hermione profita de l'efficacité de sa camarade pour se tourner vers le jardin où elle savait qui l'attendait. Harry était assis par terre, le dos contre le muret. Elle posa une main réconfortante sur son épaule qu'il recouvrit de la sienne. Tous deux restèrent longuement dans cette position, sans un mot.
Au bout d'un moment, Harry se releva, époussetant son jean. Il hocha imperceptiblement la tête pour remercier sa meilleure amie et tous deux se dirigèrent dans la cuisine. Rémus et Harry se gratifièrent d'une franche accolade, tandis que les deux jeunes filles se pressaient la main. Le groupe se dirigea une fois de plus dans le couloir et attendit. Hermione sentait le sang battre dans ses tempes mais la main chaleureuse de Ginny lui permettait de tenir bon. Rémus affichait maintenant un visage plus amène mais tout en lui criait la fatigue et l'éreintement. Ils patientèrent ainsi, de longues minutes, avant qu'enfin la porte du salon ne s'ouvre sur eux. Tous sursautèrent et le cœur d'Hermione rata un battement lorsqu'elle aperçut Severus Rogue apparaître devant elle, la mine sombre.
