Alexandre aussi fut convoqué devant la reine et il arriva auprès d'elle quelques minutes à peine après le départ de l'émissaire. Il mit un genou à terre quand il arriva afin de la saluer, mais elle lui demanda de se relever, le considérant comme un allié précieux, il n'était nullement nécessaire qu'il s'agenouille devant elle.

Après les salutations d'usage, Lexa se releva et demanda à Alexandre s'il savait pourquoi il avait été convoqué. Celui-ci, incrédule regarda de chaque côté de la salle à la recherche éventuelle d'une réponse qui bien évidement ne pourrait venir de lui.

Lexa se rapprocha donc de lui, Melchior et Philémon restant en retrait deux pas en arrière d'elle.

— Alexandre, si je vous ai fait venir ici c'est afin de faire de vous un membre important d'Isarian. Je voudrais que vous fassiez partie du haut conseil et à ce titre, tous vos avis et opinions seront écoutés avec l'attention qui leur sera due.

— Faisant partie du haut conseil, vous aurez bien évidement le droit d'aller et venir à votre guise dans toutes les parties du château, hormis bien évidement mes quartiers privés.

— Les gardent devront vous obéir si vous leur donnez un ordre qui vient de moi et vous deviendrez par conséquent un des membres les plus importants d'Isarian.

Le grand conseil était chargé de toutes les affaires importantes d'Isarian. C'est en passant par le grand conseil qu'il était décidé de lancer une guerre ou d'y mettre fin. C'est par le grand conseil que les guerres intrinsèques pouvaient être résolues et c'est également par le grand conseil que toutes les lois étaient établies et rédigées et le grand conseil devait également faire en sorte que les lois soient respectées.

Melchior, qui jusque-là était resté calme, s'insurgea fermement et osa se mettre face à face à la reine afin de lui faire entendre son mécontentement. Un avancement d'Alexandre de cet ordre le placerait au même niveau que lui hiérarchiquement et cela lui était intolérable.

Face à face avec Lexa, leurs regards s'étaient planté l'un dans l'autre, personne d'autre dans la pièce n'osait bouger tellement la tension était palpable.

— Ma reine, Alexandre n'est qu'un homme du peuple, et vous en fait un homme...

Il fut interrompu dans son élan par Lexa qui dégaina son épée et lui mit sa lame sous la gorge. Philémon voulut intervenir, mais la reine lui fit savoir qu'il y perdrait la vie et lui demanda ne pas réagir. La lame de l'épée de Lexa était maintenant au plus près de la peau de Melchior, tellement qu'une goutte de sang commença à perler sous la gorge de celui-ci. Son regard en disait long, il était en colère et il se retenait de ne pas contre-attaquer, car il savait qu'il y perdrait la vie.

— Oseriez-vous contredire un ordre direct de votre reine ?! demanda Lexa sur un ton qui en aurait effrayé plus d'un.

— Alexandre a fait plus pour son peuple en quelques jours que vous en toute une vie, il mérite sa place auprès du grand conseil au même titre que toutes les personnes ici présentes.

— Et si jamais vous avez quelque chose à y redire, je vous invite à me défier !

— Mais ma reine vous n'y pensez ! protesta Philémon tout en s'approchant vivement de celle-ci.

La tension était palpable, Melchior et Lexa se lançaient dans un duel de regard, nul ne voulait plus dire un mot. Finalement Melchior se recula d'un pas, baissa la tête et acquiesça à l'ordre de celle-ci tout en s'excusant. Excuses que Lexa savait être non sincère.

Alexandre qui jusque-là était resté sans dire un mot s'avança vers Lexa, mis un genou à terre et accepta avec respect l'honneur qui lui été donné. Ce qui eu pour effet de faire reculer immédiatement Melchior, qui, à la simple vu de son regard, l'on pouvait deviner aisément qu'il n'appréciait pas Alexandre. La tension semblait cependant redescendre et Lexa rangea son épée au fourreau. Elle se mit donc face à Alexandre, prit une petite boite gravée d'un lion qui était posé près d'elle et le lui tendit. À l'intérieur se trouvait un anneau, anneau que portaient tous les membres du conseil. Il était le symbole d'Isarian et de sa grandeur.

Alexandre prit celui-ci et le mit à son doigt en jurant de faire tout son possible pour y faire honneur avec force et courage. Il ne savait cependant pas encore à quoi s'attendre avec ce nouveau statut. Il fit part de ses appréhensions à Lexa qui lui affirma que les premiers temps il les passerait avec elle ou Philémon afin de lui apprendre les rudiments que devaient acquérir les personnes du haut conseil. C'était un immense honneur que d'être choisit afin d'y siéger. Alexandre le savait et intérieurement il se disait qu'il ferait le nécessaire pour s'en montrer digne. Melchior, lui, de son côté avait quitté la pièce précipitamment, fulminant au passage, ne supportant pas qu'un inconnu, aussi intelligent soit-il soit du même niveau que lui. Un autre allié de Lexa pourrait nuire à ses intentions et il se devrait être plus prudent à l'avenir.

L'émissaire de Lexa de son côté, était désormais en route vers Zénarie. Il savait au fond de lui — même qu'il y avait une chance qu'il ne revienne pas en vie de sa mission. Mais la fierté de servir la reine et son peuple était pour lui un immense honneur. Et la teneur de son message était d'une importance capitale pour le bien de sa patrie. C'est donc à la fois avec crainte, courage et fierté qu'il faisait le chemin.

Il mit quelques heures à arriver à Zénarie. Aussitôt il fut encerclé par une horde de gardes à cheval qui le menacèrent. Il faut dire qu'avoir des visiteurs du clan ennemis n'était pas courant, et surtout très inquiétant. Il fut rapidement désarçonné par les gardes de Zénarie quand ils s'aperçurent qu'il portait sur lui le sceau des émissaires. Il conduira donc celui-ci à leur chef, Isidore, le chef incontesté des Zénariens.

Arrivés devant lui, les deux gardes qui tenaient l'émissaire prisonnier et les deux mains avant attaché, le bousculèrent jusqu'au pied de leur chef. Il tomba à genoux devant Isidore, les lèvres en sang. Visiblement, il avait été malmené par les gardes et ceux-ci ne faisait aucunement d'un quelconque regret.

Il s'expliqua donc devant le chef Zénarien, il était porteur d'un message et donna le parchemin à Isidore. Celui-ci, d'un ton arrogant et méprisant, le lui arracha et se mit immédiatement à le lire.

Instantanément une rage certaine envahit son esprit. Et il prit le premier objet qui était sous sa main pour le lancer avec fureur sur l'un des murs, se brisant instantément. Puis il déjeuna son épée et trancha la tête de l'émissaire qui roula au sol.

Puis il demanda à ce qu'on lui apporte une plume et un parchemin afin d'écrire un message sur celui-ci.

Il ordonna ensuite à deux de ses gardent d'enrouler la tête et de la renvoyer à Isarian avec le parchemin coincé dans sa bouche. Les gardes ne se firent pas prier pour exécuter la tâche, trop heureux d'exécuter ce genre de choses. Les Zénariens étaient un peuple violent, peu importe les infamies dont ils étaient coupables.

Pendant ce temps à Isarian, Alexandre passait la journée avec Philémon afin de commencer sa formation de membre du haut conseil. Lexa, quant à elle, avait prévu de venir rendre visite à son otage Clarke, afin de tenter de lui soutirer des informations sur l'attaque que son peuple devait conduire contre le sien. Elle prépara donc ses affaires et lui rendit visite.

Quand elle arriva, elle vit une scène pour le moins surprenante, mais décida cependant d'y assister sans esquisser le moindre geste, regardant simplement la scène qui se déroulait devant ses yeux.

Clarke était dans sa cellule, son masque sur le visage, les gardent sachant que la reine devait venir l'avait masqué. Et Armand, le garde que Clarke avec humilié précédemment était de retour, en train de lui pourrir la vie. Il était rentré dans la cellule de Clarke avec un fouet, et s'apprêtait à la frapper quand celle-ci se leva d'un bon, entourant de ses chaines le cou de Armand réussissant à l'immobiliser alors que sa vue était masquée. Celui-ci ne pouvait plus respirer, et avait bien du mal à se dégager. Louis, le deuxième garde, arriva frappé Clarke sur les genoux avec son épée afin de lui faire lâcher prise, ce qu'elle fit immédiatement.

Malgré la situation, Lexa ne pouvait s'empêcher de penser que sa prisonnière ne manquait clairement pas de courage, et qu'en d'autres circonstances, une guerrière de son rang aurait pu lui être très utile. Elle continua donc à observer la scène qui se déroulait sous ses yeux.

Louis avait donc libéré Armand des griffes de Clarke qui était un genou au sol, ne voulant pas montrer aux deux hommes la douleur qui l'envahissait à ce moment-là. Puis Armand, qui avait récupéré toutes ses facultés respiratoires, s'approcha d'elle pour la frapper de nouveau et l'immobiliser au sol avec l'aide de Louis, lui plaçant les mains au-dessus de sa tête. Clairement, les pensées des deux hommes avaient changé, et ils pensaient qu'ils seraient peut-être temps de s'amuser un peu... Mais Clarke, n'avait aucunement l'intention de se laisser faire et enroula l'une de ses jambes autour du coup d'Armand qui était maintenant à califourchon sur elle, s'agrippa à son bras et fit basculer le garde sur le côté, essayant de nouveau de l'étouffer avec ses chaines. Louis réussit à le libérer et frappa de concert Clarke qui était au sol, subissant leurs coups, relevant par la même occasion la manche de l'avant-bras de Clarke, dévoilant ainsi une marque en croissant de lune.

A sa vue, Lexa se pétrifia immédiatement et se recula d'un pas, horrifié. Instinctivement elle mit sa main sur le pommeau de son épée et se cogna contre le mur derrière elle. La femme qui était là, qui était sa prisonnière, la femme qui lui permettait de garder la paix et la sécurité de son peuple, celle dont elle ne voulait pas voir le visage tant elle la méprisait, elle était la femme qui lui avait sauvé la vie quelques mois auparavant. Elle en était complètement chamboulée.

Après avoir repris ses esprits, elle dégaina son épée et s'approcha à la hâte de la prisonnière, dégageant sans ménagement Armand et Louis qui étaient en train de s'acharner sur Clarke, leur ordonnant immédiatement de se reculer. Elle arracha avec rage et colère le masque qui recouvrai la tête de Clarke, et d'instinct, se recula encore d'un pas, ne sachant plus comment devoir réagir. Mais d'un coup elle se retourna, tuant successivement Armand et Louis, les transperçant de son épée. Elle releva Clarke, sans prononcer un seul mot et la détacha de ses chaines.