Un OS sur la servante écarlate juste pour mon plaisir.
Du pur NICK&JUNE.
J'avais besoin de les réunir un peu, de laisser mon envie de les voir ensemble prendre le dessus.
J'espère que vous trouverez aussi du plaisir à le lire.
RETROUVAILLES
Deux semaines que j'étais partie de chez Luke. Deux semaines sans ma petite Nichole. Deux semaines face à moi-même.
J'étais seule avec ma conscience. C'était un lourd fardeau.
Je revivais sans arrêt la mise à mort de Fred, la puissance que j'avais ressentie, j'étais redevenue Defred et depuis cela ne me quittait plus. Je me sentais libérée et pourtant j'étais prisonnière de mon acte désormais. Je ne savais pas comment avancer.
Je devais rester en planque mais pour combien de temps ?
Emily m'avait aidée, elle avait trouvé un moyen de me cacher via son réseau d'anciennes servantes et marthas. Cette solidarité était toujours présente, la violence de cette vie à Gilead n'avait pas tout foutu en l'air. Certaines d'entre nous avaient révélé le meilleur d'elle-même. Certains hommes aussi.
Des hommes éconos, des barmaids, des livreurs, des bouchers, des gardiens, des commandants.
Lawrence…
Et Nick.
Surtout Nick.
Pourtant je ne le connaissais pas en tant qu'individu, son passé était un vrai mystère. Par contre, je connaissais son cœur, je savais ce qu'il y avait à l'intérieur.
Moi.
Nous deux.
Nous trois.
Je revêtis un manteau pour aller chercher une des bûches entassées derrière le chalet. C'était un petit chalet isolé et abandonné. Je ne savais pas vraiment où j'étais, nous avions roulé des heures. Le froid me saisit, je resserrai les pans du col de mon manteau rouge.
Devant le feu de cheminée, je restai agenouillée pour me réchauffer. Je me sentais triste, rien à faire. J'avais cette sensation d'avoir tout perdu, d'avoir tout foiré. J'avais piétiné le peu de liens que j'avais renoués avec Luke. J'avais renoncé à ma fille. Et même si c'était pour son bien, ça me tuait. Quel genre de mère étais-je ?
Encore et toujours cette même question, cette même culpabilité. La nuit allait tomber, je fis le tour pour fermer les volets et je me préparai un casse-dalle pour diner. J'avais la flemme de cuisiner. J'avais la flemme de tout. Je devais me reprendre, je devais commencer à échafauder un plan pour l'avenir mais c'était difficile de me couper à nouveau de mes amis, de mes proches, de renoncer à mes enfants. D'être loin de Nick.
Je devais penser à autre chose. L'amour me rendait vulnérable, me faisait souffrir, m'ôtait toute lucidité.
Une fois mon sandwich avalé, je pris un livre. Ici, il n'y avait pas de télé, pas de connexion internet, ni de réseau, donc pas de pc, ni de portable. Je ne savais pas ce qui se passait dans le monde. Cela ne me faisait pas réellement défaut, je m'étais habituée à ce mode de vie. Quelqu'un passait me déposer un carton de vivre tous les cinq jours, parfois il y avait un mot d'Emily dedans. Elle me donnait des nouvelles de mes proches. C'était toujours de bonnes nouvelles mais je n'y croyais pas vraiment.
Le lendemain, je devais être livrée, mon frigo était bientôt vide. Je ne mangeais pas beaucoup pourtant mais les denrées périssables m'étaient données avec parcimonie. Il y avait pas mal de produits secs : riz, pâtes, conserves, gâteaux, chips et autres cochonneries mais ceux-là je ne voulais pas y toucher, je ne voulais pas me réhabituer à toutes ces merdes addictives. A la place, je faisais du sport sur le vieux vélo d'appartement qui trainait dans le salon. Je devais rester en forme et éventuellement perdre les quelques kilos de grossesse qui me restaient. Cela m'aérait la tête même si ce n'était pas ce que je préférais. Comme je ne pouvais pas courir car il faisait trop froid, je me contentais de ce que j'avais sous la main. Et courir seule, cela m'aurait rappelé Boston et cet entrepôt sanglant empreint du malheur de tant de gens.
Je m'endormis sans m'en rendre compte, je me réveillais en pleine nuit en sueur. Pas une nuit sans cauchemar. Toujours le même. Je rêvais de Fred, qu'il était encore en vie, de Serena qui mettait au monde un enfant en bonne santé, qu'ils vivaient heureux dans une maison pleine d'enfants qui n'étaient pas les leurs. Il y avait Nichole et Hannah parmi eux. Elles hurlaient en me voyant arriver, elles ne voulaient pas partir avec moi, elles ne me reconnaissaient pas et avaient peur de moi.
A l'aube, je me fis un petit café pour ensuite m'installer dans le canapé. Cette solitude commençait à me peser. J'avais envie de voir quelqu'un, n'importe qui. Après une douche rapide, je revêtis un jean et un t-shirt à manches longues. Je pris la décision de guetter par la fenêtre l'arrivée du livreur. Il y avait encore une bonne demi-heure avant l'heure prévue de la livraison. Je finis par me lasser de faire le guet après une heure sans voir personne à l'horizon. Pourquoi ce retard ? J'allais renoncer quand mon cœur eut un loupé avant de s'exciter follement dans ma poitrine. Je tirai le rideau pour être sûre de ne pas avoir la berlue.
Nick.
Bouleversée, mes mains se posèrent sur la vitre, je n'osais le quitter des yeux. Il portait un colis bien plus gros que d'habitude. Il s'arrêta en plein élan quand il m'aperçut. Je lui souris, il me le rendit au centuple. Je fis volte-face pour courir vers la porte d'entrée que j'ouvris à la volée. J'aurais voulu courir jusqu'à lui mais il était déjà devant moi en quelques grandes enjambées. Je lui laissais le passage et il entra pour déposer le colis sur la table du séjour. Il se tourna vers moi, je ne lui laissais le temps de rien dire ou faire, je lui avais déjà sauté dans les bras.
-Tu es là, lui dis-je avec une affection démesurée tout en le serrant fort dans mes bras.
Il me rendit mon étreinte, caressant mes cheveux, son nez dans le creux de mon cou. Je sentais mon corps trembler contre le sien. Il effleura mon cou de ses lèvres et je pris feu littéralement. Je cherchai sa bouche avec avidité, ôtant avec impatience son manteau. Il se laissa faire, et une fois libéré, il encadra mon visage de ses mains, plongea sur ma bouche, y enfourna sa langue. Je fis un effort pour ne pas arracher les boutons de sa chemise. Je reculai en l'attirant vers le canapé, il me força à faire demi-tour, me colla contre la table, défit le bouton de mon jean, tira dessus et me hissa sans peine sur la table non loin du colis. Il n'y eut aucun préliminaire, aucune parole, il prit possession de moi avec frénésie, ses mains agrippant mes hanches, son visage collé au mien, les sourcils froncés, les yeux fermés. Je gémissais d'un plaisir douloureux. Les deux mains à plat sur la table, le corps cambré vers l'arrière, je perdais pied. Cela faisait si longtemps, trop longtemps. Je fus rapidement happée par un orgasme d'une rare intensité provoquant cris et spasmes. Il se crispa à son tour, exprimant, moins bruyamment que moi, le plaisir qui le consumait.
Nous étions haletants, pourtant ça n'avait pas duré plus de deux minutes. Il m'aida à descendre et nous nous rhabillâmes prestement. Je cherchais son regard, il semblait en plein désarroi, esquivant le mien. Je caressai sa joue pour le ramener vers moi.
-Mon chéri…
Ses iris sombres se posèrent sur moi d'un seul coup. Il était surpris, je l'étais aussi. C'était sorti tout seul.
-…ça va ?
Il ne répondit pas, il se posta devant la fenêtre et mis les mains dans ses poches. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me rapprochai de lui, collant mon visage contre sa nuque, l'entourant de mes bras. Il respirait encore très fort.
-Nick ?
Silence.
Il était doué pour ça. Il exprimait rarement des choses, il était très réservé, ne pleurait jamais. C'était déstabilisant. Avec le temps, l'amour nous avait lié et j'avais vu sa carapace s'effriter quand ça nous concernait Nichole ou moi.
Nous restâmes ainsi quelques instants.
-Tu as peur pour moi ? Tentai-je.
Il se tourna enfin vers moi.
-J'aurais toujours peur pour toi.
Je hochais la tête, l'air grave. Je le contemplai avec adoration refoulant toute culpabilité. Je ne pouvais rien contre les élans de mon cœur. J'avais vite saisi en revenant auprès de Luke que rien ne serait plus comme avant. Cet amour que je lui portais s'était atténué, transformé. Il était le père de mon ainée. Je l'avais tant aimé, je l'aimais encore mais ce n'était en rien comparable à la passion que je vouais à Nick. J'étais physiquement impacté par sa présence, dès qu'il posait les yeux sur moi, je me sentais comme la 8ème merveille du monde. Quand il parlait, j'en avais des frissons. Auprès de lui, j'étais heureuse à un degré non quantifiable. Je ne connaissais rien de sa vie, rien de son quotidien au sein de Gilead mais cela ne changeait rien. Il n'y avait pas de malice, ni de triche dans ce que nous ressentions l'un pour l'autre. Un amour viscéral nous liait. Il ne parvenait pas à cacher son amour pour moi, c'était palpable.
-Je dois te dire quelque chose.
-Pas maintenant, le coupai-je.
Je voulais le voir sourire à nouveau comme quand l'on s'était vu lui et moi avec Nichole dans la maison abandonnée. Je le tirai par la main vers l'extérieur. Le vent nous saisit de plein fouet.
-On devrait prendre nos manteaux, me fit-il remarquer.
Nous nous couvrîmes donc et je courus dans la neige, attendant qu'il me suive, ce ne fut pas le cas. Sans réfléchir, je formai une boule de neige rapidement que je lui balançai en pleine figure, il s'essuya le visage et m'observa, impassible. Je rigolais à n'en plus finir. Quand je le vis préparer entre ses mains une boule immense, je perdis toute hilarité.
-Tu n'oseras pas ?
-Je vais me gêner.
Je pris mes jambes à mon cou en criant. Je perçus ses pas dans la neige, il me courait après.
-Arrête Nick !
Je déviais brusquement, je sentis la boule me frôler. Il attrapa mes jambes et je m'affalais lourdement au sol. Il me retourna sans difficulté et s'affala sur moi.
-Alors on fait moins la maline.
Il ne riait pas mais ses yeux brillaient de taquinerie. Sa proximité avait réveillé tout mon désir pour lui.
-Tu as fait exprès de me rater. Tu as eu peur de ma réaction ?
-Tout à fait, reconnut-il, tu aurais encaissé haut la main et j'aurais pris cher, je te connais, tu as une force et un courage extraordinaires en toi.
J'étais très émue par ses paroles.
-C'est comme ça que tu me vois ?
-C'est comme ça que tu es : combative, fière, têtue, courageuse, téméraire, empathique, passionnée…
-…violente, dure, rancunière, colérique, ajoutai-je.
Il essuya la larme qui coulait sur ma tempe.
-Je suis un assassin, murmurai-je d'une voix cassée.
Il secoua la tête :
-Gilead fait ressortir ce qu'il y a de pire en nous.
-Ce n'est pas une excuse, j'ai fomenté sa mort. Je me suis délectée de tout ça.
Le froid de la neige me transperçait.
-Je ne crois pas que tu te sois délectée de sa mort. Tu n'avais pas d'autre choix pour te libérer de tout cette haine, je l'ai compris et j'ai participé à tout cela.
-Parce que tu m'aimes, soufflai-je, la gorge nouée.
-Parce que tu es l'amour de ma vie.
Il y eut un long silence baigné de mes larmes avant que je n'éclate en sanglots. J'étais à la dérive depuis si longtemps et en quelques mots il m'avait réconcilié avec moi-même. Je cachai mon visage avec mes mains.
-Pardon, m'excusai-je.
Je n'arrivais pas à me reprendre.
-Viens.
Il m'aida à me relever et me serra contre lui. J'aurais voulu rester ainsi le reste de ma vie.
-Rentrons, tu es gelée.
Une fois à l'intérieur, je retirai mon manteau mouillé et je montai à l'étage pour me faire couler un bain bien chaud. Je me déshabillai et me faufilai vers l'escalier en tenue d'Eve.
-Nick ?
Il rangeait les courses. Il se matérialisa en bas de l'escalier et grimpa les marches quatre à quatre dès qu'il m'aperçut. Je courus vers la salle de bain mais il m'emprisonna de ses bras avant que j'atteigne mon but.
-Viens là toi.
Je riais de nouveau tandis qu'il embrassait mon épaule, mon cou, ma joue, ma bouche. Ce bonheur me fit mal car il ne perdurerait pas dans le temps. Il finirait par partir.
-Tu repars quand ? Le questionnai-je, entre deux baisers.
Il se figea, refroidi. Il redressa sa tête, moins enjoué.
-Ce soir.
-Non ! M'écriai-je en entourant sa nuque.
Ses mains caressaient mon dos.
-Reste quelques jours.
-Je ne peux pas.
-Cette nuit alors ?
Il m'observa avec résignation puis me souleva dans ses bras pour me plonger dans mon bain.
-Juste une nuit.
Je lui souris :
-Viens prendre ce bain avec moi.
Il ne fit pas prier. Je le détaillais tandis qu'il se déshabillait, un désir sans borne me traversa de part en part. Je lui fis une place, il s'installa derrière moi. Blottie contre lui, je me réchauffai à la vitesse de la lumière. Je fermai les yeux pour savourer ce moment. Sa main effleura mon épaule, mon bras, ma taille, ma hanche, se fourra entre mes cuisses. Il savait y faire, bordel ! Je gémis à n'en plus finir jusqu'à ce qu'un long râle de plaisir clôture cet intermède. Alanguie, je commençai à somnoler quand il attrapa ma main pour la déposer sur ses parties intimes en tension. Il glissa un peu plus dans la baignoire, sa tête se cala sur le rebord, il ferma les yeux, conscient du plaisir à venir. Mon front se posa contre sa joue, ma main entama un lent va-et-vient qui devint de plus en plus prononcé. Il bloqua subitement mon geste. Il m'entraina à sa suite hors de la baignoire, il trouva une serviette se sécha à moitié avant de se concentrer sur moi. Il me sécha les cheveux, le visage, le cou, les épaules, il s'attarda sur mes seins, sa langue frôlant leur pointe. Je me mordis les lèvres, étonnée d'être si rapidement réceptive alors que je me remettais à peine d'un orgasme de folie. Il posa un genou à terre, plongea son visage contre mon sexe, j'agrippai ses cheveux violemment en sentant sa langue me parcourir intimement. Le souffle coupé, je vacillai…il me rattrapa et m'emmena jusqu'à la chambre. Il resta debout, dangereusement silencieux, tel un prédateur, résistant à l'envie de me sauter dessus. Je pris position à quatre pattes sur le lit, une position que j'affectionnais. Se raccrochant à mes épaules comme appui, il s'engouffra en moi, encore et encore de plus en plus fort, de plus en plus profondément. Ses mains englobèrent mes seins, les pétrissant sans relâche. J'étais malmenée par cet accouplement désespéré qui nous emporta loin dans le plaisir.
Nous nous allongeâmes sur le lit, essoufflés. Face à face, nous nous perdîmes dans le regard de l'autre. Front contre front, je caressais son nez du mien, lui, me caressait le bas du dos, là où il y avait ma cicatrice. J'étais apaisée, je le lui devais.
Je m'étais endormie, combien de temps ? Je n'en savais fichtre rien. Que de temps de perdu ! Nick n'était plus dans le lit. Je fis un bond hors du couchage pour aller vérifier s'il était encore là.
-Nick ! Criai-je du haut de l'escalier.
-Je suis en bas.
Il apparut dans mon champ de vision, il s'était changé, arborant un jean et un polo noir comme du temps où il était chauffeur.
-Je ne partirai pas en douce, rassure-toi.
-Je le sais, mais j'ai eu peur.
-Habille-toi, me réprimanda-t-il, tu vas attraper froid.
-Quelle heure est-il ?
-14h heures.
Voilà pourquoi je m'étais réveillée, j'avais la dalle. En retournant dans la salle de bain pour récupérer mes habits, je dus constater qu'il avait fait le ménage. En retournant dans la chambre, je découvris mes affaires pliées sur la commode. Je me rhabillai tranquillement, appréciant cette sérénité retrouvée. Il y avait une valise, la sienne. Il était arrivé sans valise pourtant. Avait-il anticipé que je voudrais qu'il reste ? A l'évidence.
Après quelques hésitations, j'ouvris sa valise pour y jeter un coup d'œil. Je souris en découvrant son nécessaire de toilette. Ses affaires soigneusement pliées portaient son odeur, je pris sa chemise blanche pour la humer, c'était un pur kiffe. Sur un coup de tête, je la revêtis et refermai sa valise.
Je descendis d'un pas léger, en sifflotant. Une bonne odeur de sauce tomate me titilla le nez.
-Le déjeuner est prêt, m'annonça-t-il en posant les assiettes sur la table.
Il eut un instant d'arrêt, fixant sa chemise avec insistance puis reprit le cours de ce qu'il faisait.
-Assieds-toi, ça va refroidir !
Je ne me fis pas prier. Je me régalai de ses spaghettis aux tomates fraiches.
-Un héritage de ma grand-mère italienne, balança-t-il sans remarquer l'émoi que provoqua cette confidence.
-J'ai dégoté du vin, continua-t-il. Tu en veux ?
Je fis oui de la tête. J'en bus quelques gorgées et cela me monta vite à la tête. J'avais perdu l'habitude.
-Donne-moi des nouvelles du monde extérieur, lui demandai-je. Est-ce qu'on me cherche ?
-Pas encore, me confia-t-il. Nous avons pris nos précautions avec Lawrence. Tu ne seras probablement jamais inquiétée pour… ça. Serena est en prison, sa parole n'a pas de valeur et Tuello pense que c'est Gilead qui a jugé Waterford. Il doit se douter qu'il est mort mais c'est hors de sa juridiction.
-Alors pourquoi je me cache ?
-Gilead cherche toujours à mettre la main sur toi et ils ont des indics au Canada.
Je soupirai, dépitée.
-Je ne peux pas rester comme ça. L'inactivité va me tuer.
-J'y réfléchis, crois-moi.
Il me servit une salade de fruits pour clôturer ce bon repas.
-Alors comme ça, tu as des origines italiennes ?
Il ne répondit pas, se leva à la place pour débarrasser. J'aurais dû m'en douter et fermer mon bec.
-Je vais fumer, dit-il en attrapant son manteau.
J'hésitai à le rejoindre à l'extérieur. Cela ne dura qu'un bref instant, je pris mon manteau et le suivis, il était assis sur une marche, je pris la même posture. Je posai ma tête sur son épaule.
-Je ne voulais pas te contrarier. Je ne poserai plus de questions sur ton passé.
Il termina sa clope, en prit une autre. Je m'en voulus de tout ce stress que je lui causais.
-J'ai un frère.
Mon cœur s'accéléra.
-J'avais un frère, rectifia-t-il. La drogue l'a tué. Il s'appelait Joshua. C'était mon frère ainé.
Je restai immobile en espérant qu'il continue sur sa lancée.
-Quand Pryce m'a recruté, j'ai continué de les aider lui et mon père. Pryce a été généreux avec mon père qui avait perdu son affaire mais Joshua avait trop d'addictions et il a dépouillé mon père qui s'est laissé mourir. Il se sentait très seul depuis le décès de ma mère et moi j'étais parti au front. Il a dû se sentir abandonné.
Il termina sa cigarette et se leva.
-Tu n'es pas responsable, tu le sais ?
-Il faut assumer nos actes et leurs conséquences. Je sais que je suis responsable. Et maintenant, je n'ai plus de famille.
-Tu nous as, Nichole et moi.
-Tu es mariée, et Nichole vit avec ton mari. C'est lui son père. Je ne suis rien pour elle.
Il rentra dans la maison en ma laissant en plein marasme. Après quelques minutes, je le rejoignis dans la cuisine, il avait fini la vaisselle et attrapa un torchon pour essuyer tout ça.
-Nous sommes ta famille, persistai-je.
-Non, tu es mariée…et je le suis aussi.
Je crus avoir mal entendu.
-Qu'est-ce que tu as dit ?
Il resta dos à moi, essuyant les verres.
-Je suis marié, ça fait plusieurs mois maintenant.
Je reçu un coup de poing en plein estomac. Je pris appui sur la table, le visage penché vers l'avant, secouant la tête pour rejeter tout ça.
-Non…
Adieu sérénité, j'étais une boule de nerfs à présent.
-Je n'ai pas eu vraiment le choix, cela m'a été imposé, j'étais veuf depuis trop longtemps et j'ai vocation à avoir des enfants en tant que Commandant.
-Non…
J'étais en pleine sidération. Pourtant, ce qu'il disait avait du sens.
-Tu as une servante ? Quel âge à ta femme ? Je la connais ?
Il hésita à répondre.
-Non, laisse tomber, je ne veux pas savoir.
Il soupira.
-Je ne pensais plus te revoir June, je m'étais résigné…
La douleur perçait dans sa voix.
-Et je savais que l'on avait aucun avenir ensemble de toute façon, tu n'aurais jamais laissé Hannah derrière toi. J'étais condamné à rester là-bas pour t'aider à la récupérer un jour.
Un autre coup de poing.
-Je ne t'ai pas obligé à rester là-bas, Nick.
-Je n'ai jamais dit ça. Mais cela t'arrange que je sois encore là-bas, tu ne peux pas le nier.
-Je ne le nie pas mais je ne t'ai rien demandé Nick, tu pouvais fuir, te savoir là-bas ne m'a jamais rassurée. Tu le sais que je m'inquiétais pour toi.
Il daigna enfin me faire face. Il plia le torchon dans ses mains et le posa sur la table.
-Quand tu as quitté Gilead, j'étais soulagé, heureux de vous savoir en sécurité Nichole et toi. Je veux le meilleur pour vous et c'est auprès de Luke que vous l'aurez. Et en même temps mon cœur s'est brisé, tu comprends. De manière définitive. Maintenant tout ce qu'il me reste, c'est de continuer à rester là-bas pour pouvoir vous aider à récupérer votre fille et mettre fin à ce régime barbare que j'ai moi-même aidé à construire. Peut-être est-ce là ma punition. Je croyais vraiment à ce que je faisais mais l'être humain s'est encore révélé plus misérable que je n'aurais su l'imaginer. Je suis prisonnier de cette vie de décadences et d'hypocrisie. Je mérite ce qui m'arrive.
-Arrête ! Je m'en fous de tout ça ! Tu ne mérites rien de tout ça ! Pars si c'est que tu souhaites ! Tu ne m'es en rien redevable !
-Si, je te suis redevable, tu m'as ouvert les yeux, tu m'as redonné foi en l'humanité. Tu as fait de moi un père. Tu as fait ressorti le meilleur de moi-même.
J'osais enfin croiser son regard, pleine d'espoir.
-N'y retourne pas, reste avec moi, nous trouverons une solution pour le reste.
-Non. Nous avons des responsabilités envers nos conjoints, envers tes enfants. Ne sois pas égoïste.
Le coup fut rude. Autant laisser tomber car il avait renoncé. Sonnée, je me redressai.
-Ok, écoute… tu sais quoi…on va arrêter les frais, je vais faire un tour. Quand je reviens, je veux que tu sois parti.
Je ne lui laissai pas le temps de répondre. Je pris mon manteau encore humide et je quittai les lieux d'un pas déterminé. Je me consumais de colère, je la nourrissais. C'était mieux que de sombrer dans le désespoir. Je parviendrai à surmonter son départ. J'étais forte, je n'avais pas besoin de lui. Le froid me mordait, j'allais tomber malade avec cette humidité tout le long de mon dos.
Têtue, je pris un certain temps avant de faire demi-tour, transie, je n'étais pas sortie plus d'une heure mais cela avait suffi.
Il était parti.
Mon cœur se serra. Je m'accroupis devant le feu de cheminée qu'il avait renforcé et attisé avant de s'en aller. Je me couchai de bonne heure, un peu patraque. Je frissonnai, j'avais peut-être un peu de température. Comment savoir ? Il y avait zéro médoc, zéro thermomètre dans le placard à pharmacie. J'étais dans la mouise. Allongée sur canapé (je n'avais pas la force de monter), j'observais sa chemise posée sur le dossier d'une chaise. Elle devait être sèche maintenant. Je n'étais plus fâchée comme je le craignais, seul persistait un immense vide. Je fis un aller-retour pour la prendre et l'enfiler. Je me recouvris chaudement et je fini par m'endormir.
J'avais l'impression d'être déplacée, j'étais trop à plat pour réaliser que c'était vraiment le cas. J'ouvris les yeux avec difficulté, j'étais dans ma chambre, il faisait clair, l'aube pointait. J'avais un mal de crâne terrible.
-Tiens avale ça.
Un verre apparut devant moi et une main. Je fis un effort pour me redresser et avaler les cachetons.
-Nick ?
-Je suis là.
Il tira sur ma chemise, ôta mon t-shirt mouillé de sueur et m'en enfila un autre.
-Rendors-toi.
-Nick ? Insistai-je encore, confuse.
-Chut, rendors-toi.
Ce que je fis. Je dormais et me réveillais par à-coup. Nick était là, je sentais sa présence rassurante. Il dormait aussi, calé contre mon dos. La faim me sortit de ma torpeur. La nuit repointait son nez.
-Tu as faim ?
Je sursautai, me redressant, je parcourais la pièce du regard. Avais-je rêvé ? Je suis derrière toi. En effet, il était toujours allongé à mes côtés.
-Oui.
Il esquissa un geste pour se lever
-Attends ! Tu es là depuis combien de temps ?
Je me frottai le visage, amorphe.
-Je suis revenu vers 7h du matin. Je suis rentré chez moi par avion, c'était rapide, c'était déjà prévu. J'ai plus galéré pour revenir. Enfin bref, j'ai parlé à ma… enfin à tu sais qui. Elle voulait partir aussi, je l'ai emmenée avec moi.
-Quoi elle est là ? Flippai-je.
-Non je l'ai confié à mayday.
-Et ta servante ?
-Je n'en avais pas.
Je me tournai vers lui, soulagée de l'apprendre. Je me rallongeai, éreintée.
-Merci de m'avoir soignée.
-J'ai toujours ce qu'il faut, on ne sait jamais. Quand je t'ai trouvé, tu étais brulante de fièvre. Tu n'avais même pas verrouillé la maison.
Je caressai sa joue pour apaiser cette mine inquiète.
-C'est fini maintenant, j'ai juste pris froid.
Il hocha la tête, l'air grave.
-J'ai ramené quelques affaires si ta proposition tient toujours.
Il était plein de doutes. J'en avais aussi.
J'avais appris à faire face à l'adversité, à prendre des décisions risquées, à encaisser l'innommable.
J'avais aussi appris à faire confiance, à lui faire confiance.
Aveuglément.
-Ouais, elle tient toujours, lui souris-je à pleine dents.
Merci d'avance pour les comms
