Chapitre 2
Les élèves passèrent leur première nuit dans leur nouveau dortoir sans incident. Les garçons et les filles étaient répartis dans des dortoirs, non mixtes, de quatre élèves.
Draco invita Harry à partager un dortoir avec un grand métisse nommé Blaise Zabini et un garçon à lunettes plutôt discret appelé Théodore Nott. Ils décidèrent d'un commun accord de s'adresser entre eux par leur prénom.
Les lits à baldaquins recouverts de tentures vertes cousues d'argent étaient extrêmement confortables et douillets. Les garçons passèrent dans la salle de bain attenante chacun son tour avant d'aller se coucher.
Harry fut le premier réveillé le lendemain matin, deux bonnes heures avant l'heure prévue, et prit sa douche avant de se changer et de partir passer le temps dans la salle commune. Aussitôt, il s'intéressa à la multitude de livres disponibles et jeta son dévolu sur un lourd tome si vieux que le titre n'était plus lisible. Il s'installa dans le canapé devant la cheminée et commença sa lecture.
Petit à petit, la salle commune se remplit. Plusieurs élèves regardèrent curieusement Harry qui était toujours plongé dans son vieux grimoire. L'un d'entre eux, visiblement un cinquième ou sixième année, s'approcha pour regarder par dessus l'épaule du jeune homme.
« Hey ! Que lis-tu, Lokison ? Ça m'a l'air bien compliqué pour un enfant de onze ans, ça n'est même pas écrit en anglais ! »
Harry leva finalement les yeux de son livre et vit les élèves qui le regardaient. Il rougit aussitôt et répondit timidement :
« C'est un livre sur les potions, il est écrit en cambrien. C'est passionnant, vraiment !
- En quoi ?
- En cambrien, c'est une langue qui a disparue au Moyen Age. Je ne savais même pas qu'il restait des textes dans cette langue sur M… en Angleterre ! »
L'excitation du jeune homme fit sourire quelques serpents. D'autres froncèrent les sourcils. Comment cet enfant pouvait-il lire ce livre s'il était écrit dans une langue disparue ?
C'est à ce moment que les camarades de chambrée d'Harry descendirent enfin de leur dortoir. Celui-ci mit un marque-page et posa son livre avant de se lever pour les rejoindre.
Ils partirent ensemble pour prendre le petit-déjeuner dans la Grande Salle.
A la fin du petit-déjeuner, le Professeur Rogue distribua les emplois du temps. Leur premier cours de la journée, Défense contre les Forces du Mal, se passerait avec les Serdeigle, puis ils avaient Herbologie avec les Pouffsouffles et, après le déjeuner, un double cours de Potion avec les Griffondors.
Le professeur rappela aux élèves de première année qu'ils devaient se rendre à l'infirmerie après ce dernier cours.
Les élèves repartirent dans leur dortoir pour récupérer les affaires dont ils auraient besoin dans la journée.
Le cours de DCFM ressemblait un peu à une blague, le Professeur Quirrel ayant l'air d'avoir peur de son ombre et bégayant énormément. Ils ne parlèrent bien sûr que de théorie ce jour-ci.
« Draco, n'y a-t-il pas des remèdes au bégaiements ? Une potion, un sort… quelque chose ? C'est réellement un handicap si on ne peut même pas prononcer un sort correctement ! »
Draco réfléchit à ce que venait de lui chuchoter Harry. Il n'y avait pas pensé avant mais c'est vrai qu'il n'avait jamais entendu parler d'un sorcier affublé de ce handicap. Il se promit d'en parler à son parrain après le cours de Potions.
Le cours d'Herbologie fut bien plus intéressant à leurs yeux. Le Professeur Chourave leur présenta le plan de travail de l'année avant de leur montrer la première plante sur laquelle ils allaient travailler dès le cours suivant.
Après le déjeuner, les Serpentards et les Griffondors se retrouvèrent devant la salle du cours de Potions. Les regards étaient méfiants, les uns et les autres attendant une attaque venant de la maison adverse.
Harry s'approcha soudainement d'un rouquin de Griffondor.
« Hey, Ronald ! Comment vas-tu ? »
Tout le monde regarda le petit serpent avec des yeux ronds. Ron n'en croyait pas ses yeux. Il pensait qu'en étant réparti à Serpentard, le garçon avec lequel il avait passé plusieurs heures à discuter dans le Poudlard Express ferait mine de ne pas le connaître.
D'abord méfiant, il lu dans le regard de son camarade une douceur et une sincérité qui calma son angoisse.
« Ça va très bien, Harry. Comment as-tu trouvé tes premiers cours ? J'ai eu Charmes et Métamorphose ce matin, c'est pas mal du tout !
- J'ai eu Défense contre les Forces du Mal et Herbologie. L'Herbologie a l'air intéressant mais la Défense… Le professeur ne donne pas tellement envie de s'intéresser à sa matière. C'est dommage, les livres que j'ai lu étaient tellement passionnants !
- Harry ? Tu connais Weasley ? Interjeta Draco qui regarda le Griffondor d'un air condescendant.
- Oh oui, on était dans le même compartiment dans le train ! Tu savais qu'un de ses grands frères travaille dans une réserve de dragons ? Et un autre est briseur de sort pour Gringotts ! »
Draco considéra le rouquin, se rendant compte qu'à part ce que lui en avait dit son père, il ne connaissait rien de sa famille. Un dresseur de dragon et un briseur de sort ? C'était loin de la lie de l'humanité que lui avait décrit son paternel.
« Des dragons? Vraiment ? Tu en as vu, Weasley ? »
Ron fut surpris de l'intérêt de Draco. Il regarda Harry qui paraissait parfaitement heureux de la tournure que prenaient les choses, si l'on en croyait son sourire enthousiaste. Il décida alors que pour le petit serpent, il allait faire l'effort d'avoir un esprit ouvert. D'après ce qu'il avait constaté du temps passé avec lui dans le train, Harry était un enfant foncièrement bon, même s'il avait eu des doutes suite à sa répartition à Serpentard. Et si Malfoy était ami avec lui, alors peut-être qu'il n'était pas si mal que ça.
« Oui, je suis allé en Roumanie, dans la réserve où travaille mon frère Charlie, il y a deux ans. C'était super, les dragons sont vraiment magnifiques. »
Les garçons discutèrent ainsi jusqu'à ce que l'heure du cours arrive sous les regards éberlués des deux maisons. On n'avait jamais entendu parler d'entente entre eux, ou alors c'était extrêmement rare. Mais la mésentente entre les Malfoy et les Weasley était de notoriété publique donc voir ces deux jeunes garçons discuter tranquillement était hors de toute compréhension.
Le Professeur Rogue ouvrit brusquement la porte, s'attendant à trouver des élèves sur le point de s'égorger, comme à chaque cours dans lesquels étaient mêlés des Serpentards et des Griffondors. Il fut donc abasourdi de voir trois élèves au centre, discutant avec enthousiasme de dragons et les autres écoutant la conversation. Il fut d'autant plus choqué de voir que deux des trois enfants étaient ceux qu'il craignait le plus de voir ensemble, l'histoire de leurs familles ne laissant rien présager de bon pour la paix en cours.
Il fit entrer les élèves et entama son discours, le même qu'il servait aux élèves chaque année afin de les impressionner et s'assurer que les cornichons ne fassent pas n'importe quoi dans un cours aussi dangereux que les potions. Le moindre ingrédient mal préparé ou mis au mauvais moment pouvait avoir des conséquences désastreuses, après tout. Et il s'enorgueillissait de n'avoir jamais eu d'élèves trop gravement blessé lors de ses cours, contrairement au Professeur Slughorn, son prédécesseur.
Harry, Draco et Ron se mirent ensemble à une table et commencèrent la préparation de la potion contre les furoncles. Rogue les observa du coin de l'œil. Il savait que Draco ne poserait aucun problème, il lui avait lui-même appris les bases. Weasley pouvait peut-être avoir le talent de ses jumeaux de grands-frères qui, s'ils étaient infernaux, étaient extrêmement doués pour modifier ou inventer des potions. Lokison était une donnée complètement inconnue.
Draco, comme attendu, prépara parfaitement ses ingrédients. Weasley laissait un peu à désirer, il manquait clairement de précision. Lokison, lui, bluffa le maître des potions. Non seulement il préparait ses ingrédients avec soin mais également avec rapidité. Il avait l'agilité et la délicatesse d'un maître dans ses gestes.
Il se tourna vers le reste de la classe, réprimanda Londubats qui semblait être très maladroit et failli faire exploser son chaudron à plusieurs reprises et remarqua qu'une autre élève, Granger, une Née-Moldue, s'en sortait plutôt bien.
Lorsque le cours prit fin, deux potions étaient parfaites, celle des trois garçons et celle de Granger qui avait dû faire tout le travail presque seule, ses partenaires la laissant se débrouiller.
Draco interpela le professeur à la fin du cours, lui demandant s'il existait une potion ou un sort pour aider quelqu'un à guérir du bégaiement, lui faisant part de l'inquiétude d'Harry face à ce handicap pour un sorcier. Le professeur resta coi un instant. Il n'y avait pas pensé. Comment se faisait-il qu'il n'avait jamais réfléchi aux conséquences d'un tel problème de langage pour lancer des sorts ? Il promit à son filleul qu'il allait se renseigner et se jura intérieurement d'en parler au directeur.
Les Serpentards se séparèrent des Griffondors pour se rendre à l'infirmerie dans laquelle Mme Pomfrey les attendait pour leur faire passer un bilan de santé.
