Rien des univers originaux ne m'appartient.


Chapitre 7

Le lendemain d'Halloween et de sa soirée mouvementée, Harry et Draco se retrouvèrent dans une salle de classe inutilisée. C'était un samedi donc ils avaient tout le temps qu'ils souhaitaient pour parler. Après avoir dépoussiéré magiquement deux bureaux et jeté quelques sorts de rembourrage pour le confort, ils s'installèrent en tailleur dessus.

« Harry, tu dis que Jor est ton frère. Tu m'as dis que tu as été adopté par un Jotun qui avait été lui-même adopté par un Asgardien. Tout ça, ajouté à ton nom de famille, m'a fait réfléchir. C'est peut-être insensé, ce que je vais dire, mais je pense que c'est Loki, le dieu de la malice et des illusions qui t'a adopté. Est-ce que je me trompe ? »

Harry prit une grande inspiration. Son père lui avait dit qu'il n'avait pas forcément à cacher son identité mais qu'il était préférable que ça reste une affaire relativement privée. Il décida de tout raconter à son ami. Il ne savait pas pourquoi mais depuis qu'il avait rencontré Draco, il avait le sentiment qu'il pouvait lui faire entièrement confiance. Il n'avait vécu cela qu'avec son père et ses frères et sœur auparavant mais son instinct ne l'avait jamais trompé alors il le suivrait.

« Si tu veux bien, Draco, je vais te raconter un peu mon histoire. Ça va être un peu long mais ne m'interromps pas, s'il te plaît. Il y a des moments qui vont être durs à te dire mais je pense qu'il est important que tu saches tout car tu es mon meilleur ami. Je me sens très proche de toi et je sais que c'est réciproque. »

Draco hocha la tête, s'installa plus confortablement et fit signe à son ami de continuer.

« Quand j'étais bébé, mes parents biologiques sont morts, ils ont été assassinés lors de la guerre. Ils étaient des sorciers midgardiens, comme toi. Mon père était un Sang pur et ma mère était une Née-moldue. Après leur mort, j'ai été envoyé chez la sœur de ma mère qui n'avait aucun pouvoir. Elle vivait avec son mari et son fils. Ne me demande pas leur nom, ils m'ont interdit de les utiliser et j'ai fini par les oublier alors je les appelais madame et monsieur.

Ils n'étaient pas gentils avec moi. Ma tante était jalouse de ma mère et haïssait tout ce qui relevait de la magie, je l'ai appris plus tard. Elle et son mari étaient obsédé par la normalité, rien ne devait être en dehors. Je mangeais très peu, au maximum une fois par jour, et je dormais dans un placard tout petit et très sombre avec des araignées pour seule compagnie. J'étais un peu l'elfe de maison, je faisais tout, le ménage, le jardinage… J'ai commencé à faire la cuisine à 3 ans et quelques en faisant le petit-déjeuner. Tu peux me faire confiance, j'ai eu de sacrées brûlures les premières fois que j'ai fait cuire des œufs au plat ou des saucisses. Mais j'ai vite appris ce qu'il fallait faire pour ne brûler ni mes mains ni la nourriture sauf quand mon cousin poussait la chaise sur laquelle je montais pour atteindre la poêle.

Ma tante me donnait les corvées et me parlait mal mais c'est à peu près tout. J'aurais bien aimé qu'elle soit comme une mère mais j'ai vite appris qu'elle n'avait de l'amour que pour mon cousin. Elle ne m'a jamais montré le moindre signe d'affection, elle ne m'a jamais touché plus que nécessaire. Papa dit que c'est pour ça que je suis si tactile maintenant.

Mon cousin était un benêt, gros et gras tellement il s'empiffrait de sucreries à longueur de journée. Des fois il me tapait avec ses copains mais il cherchait surtout à me créer des problèmes en m'accusant de toutes ses bêtises ou en sabotant mes corvées pour que je ne les finisse pas à temps.

Et puis, mon oncle était quelqu'un de très violent. Il me frappait souvent, me jetait contre les murs. Il a même piétiné ma main une fois jusqu'à ce qu'elle soit complètement cassée parce que mon cousin lui a dit que j'avais volé un de ses jouets. J'ai quand même dû faire mes corvées après, avec l'autre main jusqu'à ce que ma magie répare les dégâts les plus importants. Il utilisait des fois ce qu'il avait sous la main pour faire plus mal. Il disait qu'un monstre comme moi devait garder les traces de ses leçons pour se rappeler où était ma place.

Mais le pire, c'était ce qu'il appelait ses « petits jeux ». Je ne te donnerai pas de détails, j'ai encore du mal à en parler, mais ça faisait vraiment très mal et je me sentais très sale après. Ça n'arrivait pas souvent car il ne voulait pas que ma tante soit au courant mais je mettais toujours des jours à m'en remettre quand ça lui prenait.

Le jour de mon cinquième anniversaire, ma tante s'est disputée avec mon oncle. Apparemment, j'allais atteindre l'âge où je devais aller à l'école et si mon oncle n'arrêtait pas de me faire mal, les autorités allaient s'en rendre compte. Ma tante était obsédée par le regard des autres, il fallait absolument qu'elle soit normale à leurs yeux, c'était le plus important. Elle lui dit de choisir entre me traiter mieux et se débarrasser de moi. Qu'il était hors de question que le monstre ne gâche leur vie.

Mon oncle était furieux ce jour-là, je ne l'ai jamais vu si enragé, j'étais terrifié. Il m'a entraîné dans un entrepôt abandonné de notre ville très tard le soir.

Il m'a fait tellement mal ce jour-là, Draco… Il m'a frappé pendant ce qui m'a paru des heures. Tout mon corps me faisait souffrir quand il en a fini avec moi. C'est ce jour où j'ai été brûlé au visage. Il disait qu'il ne voulait pas que les monstres me reconnaissent à cause d'une vieille cicatrice alors il a utilisé une bombe de déodorant, c'est un produit pour sentir bon, c'est très inflammable, et une allumette. Quand mon visage a brûlé, j'ai senti que j'allais mourir. Non, en fait, je voulais mourir pour ne plus souffrir.

Quand il a trouvé qu'il avait fait assez de dégâts pour que je ne survive pas, il m'a laissé dans l'entrepôt et est rentré chez lui. Il a dit en partant qu'il ne m'achèverait pas pour ne pas se salir les mains, que je ne méritais pas qu'il devienne un meurtrier. Il était sûr que j'allais mourir sur place et ça aurait été le cas si papa n'était pas arrivé. »

Harry s'arrêta un instant, pour se calmer un peu. Raconter sa jeune enfance était difficile, même avec toute l'aide qu'il avait reçu de sa famille et des soigneurs. Il avait les larmes aux yeux et tremblait un peu. Draco était très pâle, son teint virant même légèrement verdâtre. Il serrait les poings et la mâchoires mais respecta la demande du plus jeune et ne fit aucun commentaire. C'était très difficile pour lui, il avait envie de prendre son ami dans les bras et de ne plus le laisser partir.

Harry se détendit un peu, le plus dur à raconter était passé, il savait que la suite serait plus simple.

« D'après ce que papa m'a dit, il se promenait sur Midgard, curieux de voir ce que devenaient les sorciers dans ce royaume qu'il n'avait pas visité depuis longtemps. Et il a senti ma magie qui appelait à l'aide, désespérée. Il est apparu dans l'entrepôt et a trouvé mon corps agonisant. Moi, j'avais trop mal pour réaliser quoique ce soit. Je n'ai même pas réalisé que quelqu'un était arrivé.

Il m'a transporté à Asgard, malgré l'interdiction d'Odin d'y faire entrer quiconque. Odin n'a rien pu dire lorsqu'il a vu l'état dans lequel j'étais, les enfants sont sacrés à Asgard, même les enfants d'autres royaumes. J'ai été tout de suite emmené auprès des soigneurs.

Malheureusement, mon cas était désespéré. Le corps d'un Midgardien n'est pas fait pour survivre à ce que j'avais subit. Alors papa a eu une idée. Il a supplié Odin pour avoir le droit d'effectuer un rituel d'adoption, le même qu'Odin avait utilisé pour lui. Grand-Père a hésité. Il y a très longtemps, on lui a dit qu'un de enfants de Loki apporterait la fin d'Asgard, la mort d'Odin lui-même. C'est Grand-Mère, Frigg, qui l'a convaincu. Elle ne pouvait tolérer qu'on me laisse succomber à mes blessures.

Après le rituel, mon corps était un tiers Midgardien, un tiers Jotun et un tiers Asgardien. Il était donc plus résistant et j'ai pu être soigné. J'ai passé très longtemps auprès de soigneurs, presque un an, pour me guérir complètement, physiquement et mentalement. Et pendant ce temps, papa me rendait visite tout le temps. Grand-Père venait régulièrement prendre de mes nouvelles et m'a enseigné plein de choses comme les coutumes et la magie d'Asgard ou des langues de différents royaumes.

J'ai rencontré mon oncle Thor aussi. Au début, il me faisait un peu peur. Ma précédente expérience avec un oncle ne me donnait pas envie de retenter l'expérience, et puis il est grand et imposant. Mais il est tellement gentil, en fait. Comme un gros nounours, un peu. Et il rit tellement fort qu'on est obligé de rire avec lui.

Après, j'ai passé ma vie à Asgard. Je me suis entraîné à la magie avec papa et un peu au combat physique avec oncle Thor. Mais je ne suis pas très doué pour le combat physique, ça fait bien rire mon oncle et ses amis, qui sont des guerriers. Mais tout le monde a été très gentil avec moi.

Grand-Père a même accepté que je rencontre mes frères, Jor, Sleipnir et Fenrir et ma sœur, Hel. D'habitude, il n'autorise pas les enfants de Loki à se voir mais il m'a dit qu'il était sûr que je n'étais pas un danger alors j'avais le droit. Je crois que, là aussi, c'est Grand-Mère qui l'a convaincu. La seule condition est que chacun d'entre eux reste dans le royaume où il a été envoyé.

Je m'entends super bien avec mes frères et ma sœur, même si en dehors de Jor, je les vois assez peu. Ma sœur aime un peu trop me taquiner mais papa m'a dit que toutes les grandes sœurs sont comme ça.

Et puis, un jour, une prophétesse a demandé à nous voir, Grand-Père, papa et moi. Elle nous a dit qu'une prophétie midgardienne faite avant ma naissance avait guidé mon destin. Elle a dit que je devais retourner sur Midgard, plus précisément en Angleterre, pour vivre avec les sorciers jusqu'à ce que la prophétie se réalise. Au début, papa n'était pas d'accord du tout mais Grand-Père lui a rappelé qu'on ne pouvait pas changer le destin et que nous n'avions pas le choix. C'est un peu hypocrite puisqu'il a banni mes frères et ma sœur dans d'autres royaumes à cause d'une prophétie aussi… Mais bon.

Oncle Thor et papa ont des amis qui habitent à New-York. Ils n'ont pas tous des pouvoirs mais ils sont super forts et protègent les gens. Alors on a été vivre un an avec eux pour que je m'habitue à la vie sur Midgard. C'était sympa, ils sont tous très gentils avec moi. Surtout Oncle Tony qui adore me gâter. C'est un grand enfant en fait, même s'il manque de confiance en lui et qu'il essaye de le cacher en frimant. Je te les présenterais un jour.

J'ai reçu ma lettre pour Poudlard là-bas. C'est bizarre parce qu'elle était à mon nom actuel, papa s'attendait à ce qu'elle arrive à mon ancien nom, il n'était pas sûr que le rituel fait sur Asgard soit pris en compte sur Midgard. Et puis je suis venu, et voilà. »

Draco resta silencieux plusieurs minutes. Ses sentiments étaient sens dessus dessous. Il était enragé à l'idée que son ami ait subit ces monstruosités dans son enfance. Il était soulagé qu'il ait trouvé une grande famille aimante et protectrice. Il ne comprenait pas comment il pouvait se sentir si proche de lui alors qu'ils ne se connaissaient pas depuis longtemps.

Il prit une grande inspiration et posa la question qui le taraudait depuis la répartition.

« Tu m'as dit que tu étais l'héritier de plusieurs maisons… Mais la Grande Salle n'était pas le bon endroit pour parler de ça. Peux-tu me le dire maintenant ?

- Oui, je suis l'héritier du trône d'Asgard tant qu'oncle Thor n'a pas d'enfant. Je suis aussi l'héritier du trône de Jotunheim, puisque papa l'était avant d'être adopté par Odin. Et sur Midgard, je suis l'héritier direct de deux familles, celles de…

- Potter et Black. »

Les deux garçons sursautèrent en entendant la voix inattendue retentir. Ils se levèrent d'un bond et se tournèrent vers le Professeur Rogue qui se tenait à l'entrée de la pièce, les bras croisés et le teint plus pâle que d'habitude.

« Jeunes gens, si vous voulez que vos conversations restent privées, il va falloir apprendre des sorts pour verrouiller les portes ainsi que des sorts de silence. »

Il s'avança vers ses élèves. Il n'en revenait pas. Il avait vu ses deux serpents entrer dans une salle abandonnée et, poussé par la curiosité, décida de les suivre. Il avait entendu l'intégralité de la conversation passant par diverses émotions dont l'incrédulité, le dégoût et, principalement, la culpabilité.

Harry Lokison n'était autre qu'Harry Potter, le fils de son pire ennemi et de sa meilleure amie. Oh, comme Lily avait dû se retourner dans sa tombe en voyant le sort que lui réservaient sa sœur et le mari de celle-ci. Même s'il détestait James Potter, jamais il n'aurait souhaité ce qu'il avait vécu à personne. Il s'était préparé à haïr cet enfant sans même le connaître, s'étant lui-même persuadé que le fils ressemblerait au père dans son arrogance et ses tendances au harcèlement. Il avait redouté cette rentrée scolaire, persuadé de se trouver face à une réplique de son tortionnaire. Il se sentait terriblement stupide à cette idée. On ne peut reporter les péchés du père sur le fils, c'était puéril. Surtout qu'Harry n'avait vécu que peu de temps avec ses parents, pas assez pour être influencé par l'un ou par l'autre.

Ce qui le chamboulait encore plus était l'intervention d'un dieu Ase. Quelle était la probabilité qu'un dieu passe en Angleterre au moment même où Harry agonisait et que sa magie appelait à l'aide ? Il avait une myriade de questions qui se bousculaient dans la tête mais savait que ces informations pouvaient être glanées plus tard. Pour l'instant, il se demandait ce qu'il allait faire du fait qu'Harry Potter était bel et bien à Poudlard. Devait-il en informer Dumbledore ou devait-il garder le secret ?

Les garçons se remirent vite de leur frayeur. Harry regarda timidement le maître des potions, les épaules basses.

« Professeur Rogue ? Demanda-t-il en sortant le professeur de ses pensées.

- Oui, monsieur Lokison ?

- Est-ce que vous pourriez garder ça pour vous ? Papa s'est un peu renseigné et il a appris que j'avais été surnommé le Garçon qui a survécu, que je suis célèbre et qu'on raconte plein d'histoires sur moi. Mais moi, je ne veux pas être célèbre, et ces histoires sont des mensonges. Les gens ont déjà leur idée à mon sujet, l'image d'un héro courageux et fort. Mais je ne suis pas ça et je n'ai pas envie que le regard des gens sur moi change et ça arrivera forcément si mon nom de naissance est révélé. Je ne suis plus Harry Potter depuis mes cinq ans, je suis Harry Lokison. Harry Potter est mort, tué par son oncle qui le détestait. Harry Lokison est né ce jour, a appris ce qu'était l'amour d'une famille et ne veut pas retourner à sa vie d'avant. »

Voilà qui répondait à la question que se posait Severus. Non, il n'allait rien dire au directeur. Il savait parfaitement que celui-ci essayerait de manipuler le garçon qui se tenait devant lui. Il rendrait l'information publique et ferait de son mieux pour se servir de lui contre le Seigneur des Ténèbres sans penser une seule seconde à ce que désirait l'enfant.

« Monsieur Lokison… Harry. Je vous promets de ne rien révéler de ce que j'ai entendu aujourd'hui à qui que ce soit. Je pense pouvoir affirmer que Draco ne dira rien non plus. Accepteriez-vous de répondre à quelques unes des questions que je me pose ?

- Bien sûr professeur !

- Vous dites que vous êtes le fils de Loki, le dieu de la malice, de la discorde et des illusions, c'est bien ça ?

- Hmm. Je ne sais pas si on peut vraiment parler de dieux. Différents royaumes existent et sur chaque royaume, différentes créatures existent. L'espérance de vie diffère d'une espèce à l'autre, d'un royaume à l'autre. Les Jotun et les Asgardiens ont une espérance de vie de plusieurs milliers d'années midgardiennes. Je suppose que les midgardiens qui ont été en contact avec ces peuples il y a très longtemps les a qualifié de dieux à cause de leur longévité, de leurs pouvoirs et de leur force.

- C'est en effet possible. J'imagine qu'ils ont dû voir des êtres qui leur ont semblé tout puissant et ont construit leurs cultes sur eux.

- Pour ce qui est de la malice, la discorde et les illusions… Je pense que papa aurait été un excellent Serpentard, en fait. Il n'est pas pour les conflits mais il n'hésite pas à en créer quand il sait que ça va être nécessaire et les illusions sont un de ses pouvoirs. Et puis… Je crois que sa réputation date de quand il venait sur Midgard il y a très longtemps. Oncle Thor m'a dit que c'est parce que papa avait l'humeur sulfureuse à cette époque et affectionnait être un briseur de ménage mais je n'ai pas bien compris pourquoi il a dit ça, juste que papa a hoché la tête d'un air amusé. »

Severus se racla discrètement la gorge tandis que Draco eut les joues un peu rouges. Mais ils ne firent pas de commentaire.

« Bien. Donc vous dites que votre père et votre grand-père sont au courant pour la prophétie qui a été énoncée avant votre naissance ?

- Oui, vous la connaissez aussi ? »

Le professeur hésita un instant puis décida d'être totalement honnête. Il se sentait toujours extrêmement coupable de la mort de sa meilleure amie et cette culpabilité était renforcée par ce qu'avait dû subir son fils après sa mort.

« J'en connais une partie seulement. Celle qui indique qu'un enfant naîtrait à la fin du septième mois, nés de parents ayant défiés le Seigneur des Ténèbres trois fois, et que cet enfant aurait le pouvoir de le vaincre. Je… Harry, je suis désolée, c'est moi qui ait entendu ce morceau de la prophétie et qui l'ait rapporté au Seigneur des Ténèbres. »

Les deux garçons regardèrent leur professeur, choqué. Draco savait, bien sûr, que son parrain avait été un Mangemort, comme son père. Mais il n'avait jamais réalisé les conséquences que ça pouvait avoir sur le long terme.

Harry resta un moment silencieux, semblant réfléchir intensément. Le maître des potions jaugea du regard son filleul. Il allait tout admettre à Harry et espérait que Draco serait fidèle à son ami et n'irait pas tout raconter à son père. Si Lucius venait à le savoir, son avenir d'espion était fichu si le Lord Noir revenait à la vie comme le pensait Dumbledore.

« Pourquoi me dire ça, professeur ?

- Lorsque j'ai rapporté cette prophétie, je désirais prouver ma valeur au Seigneur des Ténèbres. Il doutait de ma fidélité car je n'étais pas aussi dévoué que d'autres Mangemorts, pas aussi porté sur le massacre de moldus. Je devais trouver un moyen de rester dans ses faveurs si je voulais survivre. Quand j'ai compris que ma bêtise mettait en danger Lily…

- Lily ?

- Votre mère. Nous avions été très proches lorsque nous étions jeunes. Et puis j'ai commis de nombreuses erreurs et nous avons été séparés. Lorsque j'ai compris qu'Il allait s'en prendre à elle, je L'ai supplié de l'épargner. J'ai aussi été voir Dumbledore pour qu'il mette vos parents en sécurité. En échange, je suis devenu son espion auprès de l'Ordre du Phénix, un groupe monté par le Directeur pour lutter contre le Seigneur des Ténèbres.

- Vous vous êtes repenti.

- Oui, mais il était trop tard. Vos parents ont été tué moins de deux ans plus tard. J'ai été dévasté par la mort de votre mère.

- Et mon père ?

- Je… Comment dire ? Votre père et moi étions rivaux à Poudlard. J'ai souvent souffert aux mains de son groupe d'amis donc j'ai eu peu de remords pour lui. Avec le recul, je regrette sincèrement sa mort. S'il avait été vivant, votre vie n'aurait jamais pris cette tournure. Harry, je ne sais pas comment vous dire à quel point je suis désolé, à quel point je regrette d'avoir, ce jour, entendu cette prophétie et surtout de l'avoir transmise.

- Professeur. J'ai entendu ce que vous m'avez dit mais j'ai besoin que vous sachiez que, même si vous avez commis une énorme erreur, ce n'est pas vous qui avez levé votre baguette sur mes parents ni vous qui avez levé votre poing sur moi. Je ne sais pas si je peux vous pardonner entièrement mais je sais que vous aurez plus de mal encore à vous pardonner vous-même. Oui, j'ai vécu des choses difficiles. Mais, au final, j'ai trouvé tellement d'amour dans ma nouvelle famille que je ne peux pas être en colère contre vous. »

A l'immense surprise du professeur, l'enfant s'approcha et enlaça son professeur au niveau de sa taille. D'abord complètement figé, Severus passa lentement ses bras autour de l'enfant et laissa finalement tomber quelques larmes qu'il ne savait même pas qu'il retenait. Il n'avait plus pleuré depuis qu'il avait trouvé le corps sans vie de sa meilleure amie au pied du berceau de son fils. Il s'y était refusé, il ne méritait pas la rédemption. Et pourtant, Harry lui apportait ce qu'il ne pensait pas avoir un jour. Il ferait tout pour protéger cet enfant, il se le jura.

Draco observa la scène, le cœur serré. Aurait-il été capable d'un tel geste en apprenant ce que venait d'apprendre Harry ? Non, il en aurait voulu éternellement à Severus, il aurait cherché à se venger de la pire manière possible. Son innocent ami avait une âme d'une telle pureté après tout ce qu'il avait traversé qu'il avait du mal à le comprendre. Il était, en même temps, rempli d'une étrange fierté. Cet être extraordinaire était son meilleur ami. Comment aurait été la vie à Poudlard si Harry Potter était venu à la place de Harry Lokison ? Sans doute pleine de conflits, de rancœur et de colère.

Harry finit par libérer son professeur. Ils prirent tous un moment pour se remettre de toutes ces émotions. Il ne serait pas très Serpentard de sortir de cette pièce dans l'état émotionnel dans lequel ils étaient.

Après s'être repris, ils décidèrent de partir. Le professeur avait de nombreuses potions à brasser pour l'infirmerie et les garçons voulaient profiter de leur matinée pour se promener dans le parc du château, il faisait exceptionnellement beau pour un mois de Novembre en Écosse.


Ce chapitre a fait l'objet de nombreux remaniements. J'ai longtemps hésité entre faire des flashback ou faire raconter son histoire à Harry. Finalement, les flashbacks ne m'ont pas convenu car je devais décrire les sévices de Vernon et ça m'a fichu des frissons de commencer à les écrire.

Bonne nouvelle, j'ai réussi à me débloquer pour le chapitre 12 qui sera finalement aussi long que celui-ci.