Le Psychologue – Chapitre 5
Eren repoussa le plaid qui l'avait réchauffé cette nuit et se redressa doucement. Il ne faisait pas encore jour, il le savait pertinemment. Le lycéen alluma son téléphone et vérifia l'heure : six heures quarante. Le lycéen était fatigué. La veille, il s'était endormi dès que Levi s'en était allé et ne s'était pas réveillé une fois durant la nuit, fait si rare qu'il se devait d'être souligné. Au vu de l'heure, Eren aurait pu dormir un petit peu plus, mais il avait peur de ne pas entendre son alarme et se réveiller à temps. Il était hors de question qu'il rate ou arrive en retard à ses cours. En se rappelant sa situation actuelle, Eren rit amèrement. Pourquoi pensait-il à sa scolarité ? Son avenir était clairement compromis. De plus, cela faisait déjà quelques jours qu'il ne suivait plus, trop perturbé pour cela. Était-ce pour autant une raison pour tout lâcher ? Non, Eren n'était pas comme ça.
Inutile de rester là plus longtemps. Eren se leva, alluma les lumières et alla boire un verre d'eau dans la cuisine. Un frisson parcourut ses cuisses nues et le jeune homme baissa la tête. Ah. Il avait dormi avec son t-shirt de la veille et son boxer. Les souvenirs de la veille se rappelèrent à son esprit encore un peu embrumé et ses yeux retrouvèrent un semblant de vie. Levi l'avait ramené chez lui après son évanouissement, avait passé une partie de la soirée à lui parler et s'occuper de lui. D'abord il l'avait forcé à manger, puis il l'avait aidé à se déshabiller pour se mettre à l'aise. Il avait voulu savoir où se trouvait la chambre du gamin mais celui-ci avait répondu que le canapé lui suffisait amplement. Eren avait simplement indiqué à son aîné l'endroit dans lequel il entreposait plaids et couvertures.
Ces faits bouleversèrent Eren, qui fut obligé de poser son verre d'eau sur la table. Ses yeux s'humidifièrent alors qu'il se couvrait la bouche avec la main, prenant appui sur la table avec l'autre. La honte le submergeait. Comment avait-il pu se montrer aussi faible devant son psychologue ? À cause de son manque de jugeote et de prudence, le noiraud avait écourté sa soirée avec ses collègues pour s'occuper de lui. Il n'avait pas besoin de s'encombrer de ce fardeau qu'était Eren. Ce dernier se sentait affreusement mal, comme si toutes ses faibles avaient été révélées au grand jour, même s'il savait que cela n'était pas réellement le cas. Paradoxalement, Eren lui était reconnaissant. Levi le connaissait à peine et était un psychologue, pas un ami. Il aurait très bien pu le laisser et il était clair qu'Eren n'aurait peut-être pas réussi à rentrer en un seul morceau, dans son état. De plus, Levi avait pris soin de lui, dans un sens. Le lycéen avait bien remarqué ses tentatives pour le faire réagir par rapport à la situation dans laquelle il se trouvait. Il était clair qu'Eren ne voulait pas à nouveau l'embêter, ni se retrouver dans un tel état. Aujourd'hui, il allait mieux, certes, mais n'était pas entièrement remis. S'il voulait éviter de s'évanouir à nouveau en plein service ou à n'importe quel autre moment, il allait falloir qu'il fasse des efforts. Le cas échéant, il aurait l'impression de décevoir son aîné et étrangement, il ne le voulait pas.
Levi lui avait demandé de prendre soin de lui-même. Eren n'était pas sûr d'y arriver entièrement, mais il allait commencer par essayer de manger un peu, et pas des biscuits cette fois. C'était déjà un début.
{…}
Eren était fatigué, mais il mit un point d'honneur à essayer de suivre. Quelques notes étaient apparues sur sa feuille auparavant vierge. Il n'était pas encore très attentif, mais c'était déjà un début. Il ne voulait pas tout laisser tomber sur un coup de tête, pas comme ça.
Lors de la récréation aux alentours de dix-heures trente, Eren rejoignit Mikasa et Armin. Ceux-ci ne semblèrent pas remarquer les cernes d'Eren, ni ses joues toujours creuses ce qui, finalement, n'était pas un mal.. Ils discutèrent et le lycéen aux yeux verts sembla s'évader un peu, l'espace de quelques minutes. Il pensait à autre chose, avait l'esprit ailleurs, ses problèmes mis de côtés l'espace d'un instant. C'était une petite bouffée d'air frais non négligeable. Peut-être que l'ignorance de Mikasa et Armin allait aider Eren. Ou bien l'enfoncerait-elle.
Eren ne le savait pas encore.
Ce dont il était au courant, en revanche, c'est qu'il allait retrouver Jean à la prochaine heure de cours, musique. Eren profita donc un maximum de ses amis. Il avait besoin de force mentale pour résister et ne pas tout laisser tomber.
{…}
- Hein ?
Levi haussa un sourcil. La secrétaire de son cabinet était venue le voir pour lui dire qu'un élève désirait le voir. En temps normal, il aurait envoyé n'importe quel avorton bouler s'il n'avait pas de rendez-vous. Et Eren Jaeger n'en avait pas. La date de sa dernière séance avec le petit remontait à plus d'une semaine et cela faisait d'ailleurs quelques jours qu'il ne l'avait pas vu. La dernière fois, c'était lorsqu'il l'avait ramené chez lui. Et c'était vrai qu'il avait oublié de programmer la date de leur prochaine entrevue. Pour une fois, Levi pouvait avouer être en tort.
- Qu'est-ce que je fais, monsieur Ackerman ? Je lui dis de revenir une autre fois ? Demanda-t-elle.
- Non, fais-le entrer, lâcha Levi.
Car après tout, c'était Eren.
La secrétaire s'effaça et une petite tête brune apparut à l'encadrement de la porte. D'une voix neutre, Levi lui intima d'entrer et de s'installer, ce que le lycéen fit sans attendre. Ce fut seulement lorsqu'Eren fut en face de lui que le psychologue remarqua un détail sur le visage du jeune. Un détail qui lui fit froncer les sourcils.
- Salut, gamin, fit-il simplement, ses yeux fixant toujours ce « détail ».
- Bonjour monsieur Ackerman, répondit Eren, le regard fuyant.
Sa lèvre fendue n'était peut-être pas un détail, finalement. C'était récent, mais pas trop. Le sang autour de la plaie semblait coagulé, cette blessure ne devait avoir que quelques heures. Le reste de son visage, lui, n'avait que très peu changé. Eren Jaeger semblait un peu plus en forme que la dernière fois qu'il l'avait vu. C'était le seul élément rassurant qu'il pouvait percevoir avec sa vision.
- Je suis venu pour… M'excuser pour l'autre soir, finit par dire Eren d'un ton peu assuré.
Levi se laissa aller contre le dossier de sa confortable chaise de bureau, sans lâcher le lycéen du regard aiguisé. Sentant qu'il n'allait pas s'arrêter là, le noiraud ne le coupa pas, gardant nombre de ses pensées pour lui. Il ne cessa pas de fixer la petite blessure du gamin. Pourquoi cela le dérangeait-il autant ? À ce moment précis, ses yeux se teintèrent d'un bleu léger et très clair. Inquiet. Il était inquiet.
- Je… Je suis désolé d'avoir ruiné votre soirée.
Levi soupira, exaspéré :
- Tu penses encore à ça ? Te torture pas l'esprit, gamin. J'ai jamais dit que je t'en voulais alors maintenant, passe à autre chose. Dis-moi plutôt, t'as mangé aujourd'hui ?
Légèrement étonné par cette question, Eren le regarda finalement, en haussant un sourcil et posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis ce matin où il s'était réveillé chez lui, un paquet de sablés sur la table basse :
- Vous vous en souciez vraiment ?
Levi, qui ne s'attendait pas le moins du monde à un revers de la part du gamin, perdit un peu sa neutralité, son masque d'indifférence habituel. Le bleu transparaissait clairement dans ses prunelles, qui ne paraissaient plus si grises à ce moment-là. Il était clair que ce lycéen aux yeux verts si particuliers l'avait déstabilisé. D'ordinaire, c'était lui qui posait les questions, pas ses patients. Pourtant, ce jour-là, le noiraud ne savait pas si Eren était venu en qualité de patient ou non. Pourtant, il la voyait, cette lueur révélatrice. Levi avait l'intuition que le brun face à lui avait effectivement besoin de parler de quelque chose. Pourquoi cette question, dans ce cas ? Pourquoi la perturbait-il autant ?
Prenant le silence de son aîné comme une réponse en elle-même, Eren eut un sourire amer. Pourquoi lui avait-il demandé cela ? Bien sûr que Levi ne se souciait pas vraiment de savoir s'il avait mangé. Il ne le connaissait pas, en dehors du cabinet. Pour lui, le lycéen ne devait être qu'un patient, un chiffre comme un autre. Cette prise de conscience brisa le lycéen, sans qu'il ne comprenne pourquoi. Après tout, Levi n'était pas un ami, un membre de la famille, un proche. C'était juste… Son psychologue. Un médecin de l'âme. Son travail consistait à le soigner, rien de plus. Alors il lui posait des questions, sans se soucier réellement de la réponse. Il devait le faire parler, rien de plus.
Eren était donc seul, irrémédiablement. Oh, il n'espérait pas grand-chose de Levi. Il attendait simplement… Qu'on s'inquiète pour lui. Pas beaucoup, juste un peu. En fait, le lycéen voulait juste compter pour quelqu'un, pouvoir parler, être écouté, compris. Il désirait simplement qu'on lui demande sincèrement : « Ça va ? Tu as mangé ? Tu te sens bien ? ». Juste ça. Levi l'avait fait, mais seulement pour la forme. Parce qu'il était psychologue et rien d'autre. Pour cela, Eren se sentait trahi alors qu'il ne le devrait pas. Il aurait dû s'y attendre. Parfois, le jeune homme se haïssait pour sa naïveté. Aujourd'hui n'y fit pas exception.
Sans crier gare et alors qu'il ne s'était pas écoulé plus de cinq secondes, Eren se leva, la tête baissée.
- Mes excuses sont faites. Au revoir, Monsieur Ackerman.
Cette voix froide, ce n'était pas Eren, pas celui qu'il connaissait. Avant même que Levi ne puisse avoir le temps de réagir, le lycéen sortit en trombe du cabinet.
Le bleu teintait désormais quasi entièrement les iris si claires du psychologue, qui s'en voulut bien vite. Il avait laissé le gamin le déstabiliser et le voilà maintenant qui s'enfuyait. Après une rapide analyse de la situation, le noiraud soupira. À tous les coups, Eren avait dû croire qu'il se fichait de lui, piquant un fard. C'était faux. Levi se souciait bien plus de lui qu'il ne le pensait. Il n'avait simplement pas l'habitude qu'on lui pose de questions qui ne concernaient pas son travail.
Levi passa une main dans ses cheveux de jais, se décoiffant légèrement. Personne ne l'avait jamais perturbé de cette façon. Une chose était sûre, il n'allait pas laisser les choses se passer comme ça. Et puis, lui n'avait pas encore pu poser la question qui le taraudait depuis le début de leur entrevue. Cette lèvre fendue ne lui disait rien qui vaille. À son tour de poser des questions.
{…}
Eren était arrivé en cours en retard et à reculons. Cette petite entrevue avec son psychologue l'avait plus brisé qu'autre chose. Après leur semblant de discussion, le lycéen avait eu l'idée de rentrer chez lui, mais c'était une mauvaise idée. Jean avait décidé qu'il le raccompagnerait à son appartement après les cours. S'il s'éclipsait avant, il ne donnait pas cher de sa peau lorsque le châtain viendrait le retrouver. Eren n'étant plus quelqu'un de suicidaire comme lorsqu'il était plus jeune, il était hors de question pour lui de mettre la tête de cheval en colère. Pas en ce moment. Dans la matinée, il avait passé un palier, beaucoup plus vite qu'Eren ne l'aurait imaginé. Jean, qui mettait toujours un point d'honneur à faire en sorte que son petit-ami puisse cacher les marques sur son corps, avait changé les règles du jeu. Jean ne voulait pas que qui que ce soit se doute qu'il battait Eren de temps à autres. Il évitait ainsi toujours d'abîmer son doux visage. Mais le jeune homme avait été pris d'une rage folle lorsqu'il avait intimé Eren de manger avec lui au réfectoire et que celui-ci avait poliment refusé, prétextant ne pas avoir faim. Jean avait tiré Eren par le bras et, une fois derrière le lycée, le coup était parti. Beaucoup d'autres avaient suivi, mais un seul avait atteint le visage et plus précisément la lèvre du brun aux émeraudes brisées.
- Tu diras que tu es tombé, lui avait ordonné Jean d'un ton glacial.
Pour toutes ces raisons, Eren n'avait pas la tête aux cours. S'il pouvait se terrer chez lui et se mettre en boule sous sa couette, il l'aurait fait. S'il pouvait également, le lycéen se serait également réfugié dans la musique. En songeant à cela, Eren se fit la réflexion que cela faisait un bon moment qu'il n'avait joué ni du piano, ni du violon. Peut-être que ce serait ça, sa thérapie. Jouer, jouer jusqu'à épuisement de ses doigts. Cela faisait peut-être bien plusieurs semaines qu'il n'avait pas allumé son piano électrique, ni sorti son violon de son étui. Une partie de lui était en manque tandis que l'autre avait peur. Peur de toucher à nouveau à l'espoir. C'était la musique qui lui avait permis de remonter la pente. Mais Jean était revenu. Jouer ne serait-il pas, pour lui, se donner l'illusion de pouvoir s'en sortir ? Une illusion, en se brisant, détruisait tout ce qu'elle avait entraîné, que ce soit du négatif ou du positif. La chute n'en serait peut-être que plus dure à supporter.
Eren regardait par le ciel à travers la fenêtre lorsque l'on toqua à la porte. Le professeur d'histoire, Auruo Bossard, ordonna à la personne d'entrer de sa voix agaçante. Il y eut ensuite des chuchotis, auxquels Eren ne fit pas vraiment attention. Puis…
- Eren Jaeger.
La voix nasillarde de son professeur d'histoire le sortit de sa rêverie. Eren tourna la tête vers lui et tomba des nues. Levi se tenait, bien droit, les bras croisés sur son torse, à côté du vieux Bossard. À cet instant, son regard était gris acier et semblait plus froid que la glace. Le visage entier du psychologue était un appel à ne pas le contredire sous peine de finir six pieds sous terre.
- Le docteur Ackerman ici présent souhaiterait te voir. Prends tes affaires, un de tes camarades de classe s'occupera de te prendre le cours.
Eren, qui n'avait aucunement envie de voir le psychologue après ce qui s'était passé dut toutefois obéir. Il se dépêcha de ranger ses affaires dans son sac car il savait que tout le monde le regardait et n'aimait pas ça du tout. Être le centre de l'attention, ce n'était pas son truc, surtout en ce moment. Il se sentait si vulnérable qu'il avait peur qu'on perce ses secrets à jours rien qu'en le regardant. Bien que sa blessure à la lèvre semblait être banale, les plus curieux pourraient y voir autre chose. Quiconque de sa classe découvrait ce qui lui arrivait le propulserait vers une chute inexorable. À contrecœur, Eren marcha en direction du psychologue et le suivit. Il ne put souffler que lorsqu'ils furent sortis de la salle et que Levi eut fermé la porte derrière lui.
Sans un mot, Eren suivit le noiraud, qui marchait un mètre devant lui. À mieux le regarder, il n'était vraiment pas grand, mais nul doute qu'il savait imposer le respect mieux que personne. Son attitude, sa carrure et son regard incisif étaient ses meilleurs outils.
Le lycéen fut étonné lorsque Levi l'emmena à l'extérieur, dans un coin isolé de la cour. À cette heure-ci, elle était vide, tous les élèves du lycée suivant leurs différents cours. Levi s'arrêta devant un banc à l'ombre d'un grand arbre et fit signe à Eren de s'assoir. Ce dernier s'exécuta en silence, déposant son sac par la même occasion, et Levi s'installa à côté de lui. Un ange passa.
Mais aujourd'hui, Levi n'était pas très patient.
- Bon, tu vas me faire la gueule longtemps, le morpion ? C'est pas en tirant une gueule de constipé que je vais te laisser tranquille, soupira-t-il.
Eren croisa les bras sur sa poitrine et regarda devant lui, évitant de tourner la tête. Il n'avait pas envie de croiser le regard aiguisé de son aîné. Ce regard qui tirait vers le bleu.
Eren se contenait. Il en voulait à Levi, beaucoup trop. Il lui en voulait de lui avoir fait espérer et il n'avait clairement pas l'intention de répondre. Cette fois, le lycéen n'avait pas demandé à voir le noiraud. S'il ne voulait pas parler, c'était son problème. Levi l'avait fortement déçu, alors il était hors de question de lui mâcher le travail.
- Au fait, la réponse, c'était oui, lâcha Levi, comme une bombe.
Eren tourna finalement la tête vers son aîné, après une seconde de flottement. Les sourcils légèrement froncés, le regard vert un peu perdu, le lycéen fixa Levi. De quoi parlait-il ? La colère et la rancœur se terraient au fond de lui pour le moment, mises à l'écart par la confusion.
Le gris était à peine visible. Le froid de son regard s'en était allé dès lors qu'il s'était assis ici, à côté d'Eren.
- Oui, je me souciais vraiment de savoir si tu avais mangé, explicita Levi.
D'abord, Eren fut suspicieux. Mais, en regardant le psychologue dans les yeux, le lycéen ne douta pas le moins du monde de sa sincérité. Par conséquent, la rancœur et la colère qui l'habitaient quelques minutes plus tôt s'effilochèrent, avant de disparaître en un claquement de doigt. Ce regard si profond ne trompait pas, il ne le pouvait pas. Eren avait l'intime conviction que Levi ne pouvait pas lui mentir, il était trop franc pour ça. Pour quelle autre raison l'aurait-il fait venir, autrement ? Pourquoi lui faire quitter un cours si ce n'était pas pour être honnête avec lui ? Au même moment, il se rendit compte qu'il avait agi de manière totalement stupide. Son regard dériva, fuyard. Il avait agi comme un gamin vexé.
Eren entendit un nouveau soupir.
- Je t'en veux pas, si c'est ça que tu te demandes, entendit-il Levi dire. À ta place, j'aurais sans doute réagi pareil. C'est à moi de m'excuser.
Eren releva fébrilement les yeux vers le noiraud. Le visage de ce dernier semblait s'être adouci, moins rigide, moins stricte que d'ordinaire. Levi se laissait aller, comme s'il savait qu'Eren avait besoin de ça. Savoir que celui qui l'écoutait n'était pas là en tant que psychologue actuellement, pour regagner sa confiance de manière rapide et durable.
- Si tu veux tout savoir, généralement, c'est moi qui pose les questions, pas l'inverse. Disons que tu m'as… Désarçonné. Voilà pourquoi j'ai mis du temps à répondre.
Eren hocha la tête, rouge de honte. Quand il repensait à son attitude durant leur précédente entrevue, il avait envie de se frapper. Levi vit cela et eut un léger rictus.
- Et quand j'y repense, tu ne m'as jamais répondu. Alors, tu manges un peu plus en ce moment ?
Eren hocha la tête et Levi ne mit pas en doute sa sincérité. Ses prunelles émeraudes puaient l'honnêteté tout autant que son attitude. Le noiraud commençait à connaître le garçon qui, dès le début, avait décidé d'être honnête sur sa situation. La première fois, cela avait fortement étonné Levi mais au fur et à mesure, il avait compris. Le jeune homme aux yeux verts ne cherchait pas à susciter la pitié, il avait simplement besoin de parler, de se confier, sans rien risquer.
- Disons que j'y pense un peu plus, depuis… La dernière fois, continua Eren, le regard soudainement ailleurs.
- Tant mieux, fit Levi, l'air légèrement soulagé. Heureux que tu y penses.
Tout naturellement, le psychologue trouva l'enchaînement parfait, en regardant les lèvres du brun. La plaie était toujours là, inchangée, obsédante.
- Par contre, reprit le noiraud, je suppose que ce n'est pas en mangeant que tu t'es fait ça.
Sans même qu'il ait besoin de montrer ce dont il parlait, Eren comprit et eut soudain l'air ailleurs. Pas triste ou perdu, juste… Ailleurs, les yeux dans le vague. Levi vit le lycéen effleurer sa lèvre avec son doigt avec une grande délicatesse saupoudrée d'une once de retenue, comme si le contact pouvait être nocif pour lui. Certes, la blessure était petite et ce n'était vraiment pas grand-chose, mais le psychologue voulait savoir.
- Oh, ça… Lâcha Eren. C'est Jean.
