Le PsychologueChapitre 7

Le lendemain, Eren se présenta devant le bureau de Levi tôt dans la matinée. Le psychologue ne lui ayant pas donné d'heure précise la veille, le lycéen avait dû improviser, sortant un horaire peu tardif pour que Jean ne se doute de rien.

La secrétaire interpela Eren, qui lui donna son nom et lui dit qu'il avait rendez-vous avec le docteur Ackerman. La jeune femme haussa un sourcil après avoir tapé son nom sur son ordinateur.

- Je n'ai pas de rendez-vous à votre nom, désolée.

Eren sentit l'espoir le quitter. Ses yeux devinrent légèrement brillants. Il n'allait pas pleurer, non, mais était incapable de dissimuler l'intense émotion qu'il ressentait à ce moment précis. Le jeune homme vacilla légèrement, en proie à un désarroi immense qui fit peina un peu la secrétaire. Eren tenta tout de même :

- Il… Il a de la place ce matin ?

Levi avait forcément prévu un créneau pour le voir, à moins que… À moins qu'il ne lui ait dit ça que pour qu'il ait un moment de tranquillité pour lui-même. C'était louable, mais ce n'était pas dont le lycéen avait besoin. Être seul le bouffait petit à petit. Être seul avait commencé à lui faire faire des bêtises. Nerveux et perdant espoir, Eren frictionna doucement et inconsciemment son poignet droit qui le démangeait, à travers la manche de son uniforme.

- Techniquement, oui, mais le docteur Ackerman ne prend pas souvent les rendez-vous imprévus pour le jour-même, vous savez, jeune homme. Je suis désolée, répéta la jeune femme d'un air contrit.

Eren sentit son monde s'écrouler. Néanmoins, il ne voulait, ou plutôt ne pouvait se résoudre à cela. Il avait besoin de parler, de voir Levi.

- Je peux… Entre deux séances, je peux peut-être lui parler, c'est sans doute une erreur, je…

- Écoutez, jeune homme. Je suis déjà allée le déranger lorsque vous êtes venu sans rendez-vous la première fois et je ne compte pas faire ça à chaque fois. Le docteur n'a pas que ça à faire non plus, il n'a pas que vous à gérer, sachez-le. Alors vous allez faire comme tout le monde et prendrez un rendez-vous. J'ai de la place pour jeudi, dans deux jours, si vous voulez.

Eren ne l'écoutait plus. Le regard perdu dans le vague, le jeune homme se sentait atrocement mal. Il frictionna un peu plus fort son poignet. Il devait parler à Levi, vraiment. Il se sentait prêt à lui dire quelque chose d'important par rapport à son histoire. De toute manière, il n'avait pas le choix. Ce n'était pas tous les jours qu'il se sentirait capable de cela alors c'était maintenant ou jamais. Certaines paroles de Jean, qui l'avait bien raccompagné chez lui la veille au soir, tournaient en boucle dans sa tête. Des paroles au sinistre écho du passé. Les mots de la secrétaire qui se trouvait face à lui n'arrangeaient rien à son moral, bien au contraire.

- Eren.

Le lycéen sursauta légèrement à l'entente de son prénom, prononcé par cette voix qu'il commençait à bien connaître, à force. La voix qu'il avait espéré entendre, la voix qui reflétait son espoir. Il tourna aussitôt la tête vers Levi qui venait de sortir de son bureau.

- Monsieur, j'étais justement en train de dire à ce jeune homme qu'il ne devait pas abuser de votre gentillesse et de venir sans rendez-vous. Je lui ai proposé de revenir jeudi.

- C'est moi qui lui ai dit de passer alors il va venir maintenant, rétorqua froidement Levi, les yeux pourtant teintés de bleu.

Surprise, la secrétaire hocha simplement la tête pour dire qu'elle avait compris. Levi, quant à lui, passa un bras dans le dos d'Eren et le fit entrer dans son bureau, tout en douceur. Son visage décomposé lui serrait le cœur. Après avoir bien fermé la porte derrière lui, Levi s'empressa de s'installer face à Eren, comme d'habitude. L'adolescent était prostré sur sa chaise, mais semblait paradoxalement soulagé.

- Merci, souffla-t-il.

- Pour ? Demanda Levi.

- Pour m'accepter quand même ici, alors que je viens comme ça, sans rendez-…

- Je t'arrête tout de suite, gamin, le coupa le noiraud. C'est moi qui t'ai dit de venir alors tu n'as pas à t'en vouloir ou te sentir illégitime parce que cette cruche t'a dit tout ça.

De la surprise se mêla à la tristesse dans le regard d'Eren alors qu'il comprenait le sous-entendu.

- Vous… Vous avez tout entendu ?

- Ouais, j'étais derrière la porte, sur le point de sortir. Autant dire que je n'ai pas du tout apprécié.

Le pire avait été d'entendre la voix d'Eren : fragile, pleine d'angoisse, de désespoir. Une épreuve pour lui qui était déjà passablement préoccupé par le gamin.

Levi regarda sérieusement Eren et le bleu transparaissait entièrement dans son regard lorsqu'il déclara :

- Tu peux venir me voir n'importe quand. Dès que tu as besoin, tu n'hésites pas, d'accord ?

Eren ne répondit pas, mais surprit Levi par sa réaction. Ses yeux verts brillaient plus que d'ordinaire, mais pas de joie. Une larme dévala rapidement sa joue, terminant sa course sur sa main qui essuyait déjà sa peau. Il hocha la tête, un léger sourire étirant ses lèvres. Sans dire un mot, il le remerciait. Le cœur de Levi rata un battement et son masque d'impassibilité avait du mal à tenir. Eren essayait de rester digne, mais c'était difficile pour lui et le noiraud en était conscient. Pour le mettre à l'aise, il lui demanda d'un ton adouci :

- Besoin de parler ?

Eren hocha la tête et fit entendre le son de sa voix :

- Déjà je voulais… Vous remercier pour hier.

Le remercier d'être intervenu, d'avoir compris la situation, d'avoir agi en conséquence, d'avoir eu la bonne stratégie.

- Y a pas de quoi. C'était lui ? Enchaîna Levi, même s'il connaissait déjà la réponse.

Nouveau hochement de tête de la part du brun. Levi avait la confirmation finale de ses soupçons. Son instinct avait vu juste.

- Il m'a raccompagné chez moi. Cette blessure à la lèvre, c'était parce qu'au départ j'avais dit non quand il me l'avait demandé. Me voir refuser l'a mis dans une colère noire. Quand vous nous avez trouvés aux casiers, il en avait remis une couche pour que je dise oui. Et je l'ai fait.

Eren se triturait toujours le poignet à travers la manche de son uniforme et avait détourné le regard, ce qui n'échappa pas à Levi, qui s'abstint toutefois de l'interroger là-dessus, préférant attendre qu'il parle de lui-même. En fonction de ses réponses, il aviserait.

- Quand on est arrivés, il est resté un peu et… Il m'a dit des choses que je n'aurais jamais voulu entendre à nouveau.

Le regard d'Eren était fuyant, Levi ne parvenait pas à accrocher son regard, contrairement à d'habitude. Il remarqua que les mains aux longs doigts fins du brun avaient commencé à trembler.

- S'il tient sa promesse, je ne pourrai pas tenir.

Les tremblements avaient gagné sa voix.

- Quelle est cette promesse ? Demanda patiemment Levi tout en essayant de ne pas laisser paraître son inquiétude ni dans son ton, ni sur son visage.

- Reproduire le passé, répondit Eren du tac au tac.

Le regard vert fuyant devint sombre et vide. Le jeune homme était prêt, il allait le dire. De toute manière, ce n'était pas comme s'il revivait régulièrement la mémoire du passé depuis le retour de Jean dans sa vie. Ces moments le hantaient, c'était particulièrement le cas pour un souvenir en particulier. Les mots attendaient, trépignant sur sa langue, prêts à s'évaporer à la moindre hésitation. De peur de perdre ces mots et d'être incapable de parler de ce qui le torturait par la suite, Eren n'attendit pas plus longtemps :

- J'avais quatorze ans… Seulement quatorze ans. Il avait le même âge que moi.

Les tremblements augmentèrent. Levi avait la furieuse envie de le prendre dans ses bras mais il risquait de le brusquer. Il se mit d'ailleurs une claque mentalement pour avoir pensé à cela. Il était psychologue et il y avait des frontières à ne pas dépasser.

- Je voulais pas, j'étais pas prêt…

Les mots s'insinuaient en Levi avec une lenteur sadique et ses prunelles devenaient toujours plus bleues au fur et à mesure qu'il en comprenait le sens.

- J'avais dit non…

Les larmes montaient aux yeux d'Eren, au même rythme que le choc prenait possession de Levi. Son corps entier se crispait. Celui du brun face à lui tremblait réellement. Eren Jaeger porta sa main droite à son visage pour s'essuyer les yeux et sa manche retomba légèrement, dévoilant le début d'une plaie récente au niveau de son poignet. Ce bout d'entaille glaça le sang de Levi qui comprit instantanément, les yeux grands ouverts et les sourcils légèrement froncés. C'était pire que ce qu'il pensait.

- Il s'en foutait, il se nourrissait de mes supplications.

Un soupçon de rage teintait la voix d'Eren ainsi que son regard devenu encore plus sombre.

- Il prenait du plaisir à me violer. Il était content de me voir souffrir.

Les doigts d'Eren étaient crispés comme jamais alors qu'il était pris en tenaille par ses souvenirs qui le révoltaient. Tandis que sa main droite essuyait toujours tant bien que mal ses larmes salées, son poing gauche était si serré que ses phalanges blanchies ressortaient bien sur sa peau mate. Il avait la haine. Il aurait tant voulu que Jean paye pour ce qu'il lui avait fait. Il aurait aussi aimé pouvoir se défendre, ce jour-là. Mais Eren avait été faible et il l'était toujours, d'une certaine façon. Il se haïssait pour cela, ressentait tant de dégoût envers sa propre personne…

Eren hoqueta soudainement en sentant deux bras s'enrouler autour de lui. Levi venait de s'assoir sur la chaise près de lui, de la rapprocher et de le prendre dans ses bras. Cette étreinte aussi inattendue qu'inespérée, recolla quelques morceaux du cœur meurtri d'Eren, qui laissa tomber sa tête sur l'épaule de Levi. Dans un état mental lamentable, il agrippa la veste du psychologue dans son dos, serrant fort le tissu entre ses doigts crispés. Eren s'accrocha à Levi comme à la bouée de sauvetage qu'il était actuellement. Il était le seul à s'inquiéter pour lui, à l'écouter, à chercher à lire entre les lignes. Levi était celui qui lui permettait de tenir, d'espérer, mais…

- Je suis en train d'arriver à la limite, Levi…

La voix brisée d'Eren fendit le cœur du susnommé, qui ne releva pas le fait qu'il l'avait appelé par son prénom. Il était beaucoup trop préoccupé par son état actuel que par cela. Eren arrivait à ses limites, Levi venait de franchir les siennes. En tant que psychologue, il avait dépassé certaines frontières mais il s'en foutait. Il était humain, avait un cœur et avait déjà, inconsciemment, commencé à s'attacher à Eren. Le voir dans un tel état mental lui faisait mal, si mal que, même s'il l'avait voulu, il n'aurait pas pu s'empêcher d'agir. Eren avait besoin de soutien. Et après les révélations qu'il venait de lui faire, Levi ne comptait pas le lâcher. Pas alors qu'il était brisé. Il n'arrivait même pas à concevoir qu'Eren ait tenu tout ce temps avec ce secret et les mauvais traitements de Jean, passés et actuels, sur les épaules. Il n'avait même pas encore réussi à avaler la pilule. Tout ce qu'il retenait, c'est que Eren avait de sérieux soucis qui menaçaient sa santé mentale. Le fait qu'il en parle était une bonne chose néanmoins. C'était un début, un pas vers la guérison. Mais que valait un pas en avant contre des dizaines de pas en arrière dus à son mal-être ? Il faisait du surplace, s'enfonçant dans ses problèmes, sans arriver à en sortir. Il était coincé.

D'une main, Levi caressait les cheveux bruns d'Eren, dont il découvrit la douceur et les quelques reflets dorés. Il sentait le corps fin du jeune homme qui s'accrochait à lui, sentait ses os par endroits, à travers son uniforme. Il percevait sa respiration saccadée, erratique, au rythme des sanglots silencieux qui le secouaient.

Levi n'essaya pas de le consoler par la parole. Dans cet état, Eren ne l'écouterait pas à cent pour cent. Il ne relâcha pas son étreinte, ne cessa pas ses caresses sur sa petite tête. Bien sûr, il n'aimait pas savoir que sa chemise et sa veste étaient mouillées. Néanmoins, ce n'était pas le moment de s'en soucier. Eren n'avait pas besoin qu'on lui reproche quoi que ce soit, même des broutilles. Levi repensa alors aux paroles de sa secrétaire et se promit de lui en toucher un mot. Il était hors de question qu'elle crache de nouveau à la gueule du brun de cette façon.

{…}

- Merci.

Eren porta le chocolat chaud à sa bouche et le but lentement, savourant sa boisson. Cela faisait longtemps qu'il n'en avait pas bu. La dernière fois remontait à l'époque où son père l'aidait à payer son loyer. À ce moment-là, le lycéen pouvait encore se faire un peu plaisir.

C'était Levi qui lui avait payé le chocolat chaud. Quelques heures étaient passées depuis la séance semi improvisée de la matinée. Eren n'avait pas eu le cœur de retourner en cours et Levi avait de toute façon beaucoup de temps libre et aucune séance prévue avant la fin de la journée. Il avait laissé le brun manger au self avant de l'aborder au détour d'un couloir et de lui dire de le suivre. Ils étaient alors sortis en ville et le plus petit de taille s'était arrêté à un café et avait insisté pour payer quelque chose à l'étudiant. Ce n'était certes pas très déontologique d'agir de cette façon, mais Levi ne se voyait pas laisser Eren partir sans rien faire.

Le psychologue de petite taille, quant à lui, sirotait une sorte de thé en tenant sa tasse d'une façon bien particulière. Sur le chemin, ils n'avaient pas beaucoup parlé, aucun des deux ne trouvant le silence spécialement gênant. Ils s'étaient contentés de marcher côte à côte, se satisfaisant de la simple présence de l'autre. Autant dire que celle de Levi faisait un bien fou à Eren, même s'il ne comprenait pas pourquoi il l'avait emmené ici. La seule chose qui lui importait actuellement, c'était de ne pas être seul. Il se sentait fragile, surtout depuis qu'il avait révélé au noiraud son traumatisme. Il avait beau ne pas le connaître depuis très longtemps, Levi était pour lui un point d'ancrage, un homme rassurant, une épaule, une sécurité. Il lui inspirait confiance et bienveillance et ne s'arrêtait pas à son masque de froideur et son regard acier. Il avait d'ailleurs remarqué qu'il tirait plus sur le bleu ces temps-ci.

Eren n'était pas au maximum de son aise, mais il se sentait un peu mieux. Ses yeux verts avaient retrouvé un peu de leur clarté, même si l'ombre qui les habitaient ne les avaient pas entièrement quittés.

Levi entama la conversation, désireux de détendre Eren. Il voyait bien qu'il était encore tendu. Surtout, il voulait prendre la température.

Généralement, après avoir parlé d'un épisode difficile de leur vie, ses patients pouvaient réagir de deux manières différentes : soit ils se renfermaient sur eux-mêmes après avoir parlé, soit ils se sentaient libérés et allaient rapidement mieux. Cependant, tout n'était pas manichéen. L'attitude d'Eren était un mélange, un mix dont il ne savait pas quoi penser. Une chose était sûre, il était hors de question pour lui de le laisser seul. Il avait bien compris qu'Eren n'avait actuellement que lui. Et même s'il s'éloignait petit à petit des principes déontologiques de son métier, Levi s'en foutait, sur le moment. Il pensait à tout ce que le lycéen lui avait confié et tout se reliait parfaitement. Comme toujours, le gamin puait, empestait la sincérité. Pour lui, mentir était profondément inutile : s'il venait le voir, ce n'était pas pour passer le temps ou manquer les cours. Au vu de tout ce que Levi avait pu entendre de lui ou voir, Eren voulait s'en sortir. C'était une évidence. Mais il était jeune et ses blessures, qu'elles soient mentales ou physiques, ne dataient pas d'hier. Elles ralentissaient son processus, allant jusqu'à faire régresser le jeune homme. Levi n'était pas dupe. Lorsqu'Eren avait voulu essuyer son visage lorsqu'il pleurait avec sa main droite, les yeux aiguisés du noiraud avaient vu un début d'horreur qui ne l'étonnait au final pas tant que ça. La marque qu'il avait vue semblait récente et bien d'autres étaient sans doute dissimulées par la veste et la chemise de son uniforme. Eren était vraiment en piètre état et autant dire que savoir cela lui serrait atrocement le cœur. Il ne pouvait même pas chercher à lui en parler de suite, c'était trop tôt. Le brun venait à peine de lui révéler l'un de ses plus grands secrets. Il était plus sensible que d'ordinaire et un rien pouvait le faire chavirer émotionnellement. Levi devait lui laisser un peu de répit à ce niveau-là. Il décida de continuer sur un sujet en lien, mais moins difficile à aborder.

- Cherche un nouvel appartement, tu peux pas continuer comme ça, lâcha Levi entre deux gorgées de thé.

Eren mit un peu de temps à répondre et lorsqu'il le fit, ce fut le regard plongé dans son chocolat chaud :

- Le problème, ce n'est pas de chercher un appartement. Il y en a beaucoup qui sont disponibles, ici. Le souci, c'est le prix. Celui dans lequel je suis est un des moins chers que j'ai pu trouver. Mon taf ne paie pas assez, j'ai déjà du mal à payer mon loyer correctement, alors…

- Mais tu te rends bien compte que si tu trouves autre chose, tu pourras être libre.

- Oui, évidemment, s'empressa de dire Eren. En fait, j'ai plusieurs possibilités, mais chacune à un prix.

Étrangement, cette dernière phrase résonna en Levi, lui rappelant la fois où Eren lui avait parlé du fameux « choix » qu'il avait dû faire. Le regard d'Eren était actuellement insondable, le noiraud n'arrivait pas à y lire clairement ses émotions.

- Soit je demande à travailler plus, soit je vais essayer de négocier avec mon père pour qu'il m'aide un peu. Le problème, c'est que les chances qu'il accepte sont quasi nulles.

Levi se rappela effectivement de cet élément qu'il avait lu dans le dossier du jeune homme : rejeté par son père, il s'était émancipé très tôt dans sa vie. Bien sûr, il voulut demander la raison de cet acte inconsidéré à Eren, mais se retint. Ce n'était sans doute pas le moment.

- Le souci qui se pose si je ne peux pas compter sur une aide de la part de mon père, c'est que je devrai obligatoirement chercher à travailler plus. Le problème, c'est que je pourrai difficilement allier mes études au travail. Je n'aurai sans doute plus le temps de faire mes devoirs, de réviser, de préparer mes examens.

Eren se passa une main dans les cheveux en soupirant.

- Ça veut dire sacrifier mon bac, mes études. Je sais pas si je pourrai aller loin dans la vie sans ça.

Levi ne fut qu'à moitié surpris de la vision de la vie d'Eren et son pragmatisme.

- Au moins, tu fais pas partie de ces morveux qui rechignent à aller en cours.

Eren rit légèrement, pour la plus grande surprise de Levi, qui ne se souvenait pas l'avoir déjà entendu rire du moins, sincèrement.

- Au contraire, j'aime les cours, j'aime apprendre.

Levi plissa légèrement les yeux et Eren put lire une once d'espièglerie dans son regard gris-bleu.

- Toi, t'es vraiment un cas.

Eren esquissa un léger rictus, un peu apaisé. Il n'était pas comme les autres et il le savait. En revanche, il n'arrivait pas à décider si c'était une bonne ou une mauvaise chose.