Le Psychologue – Chapitre 8
Eren regardait l'écran de son très vieil ordinateur avec une lassitude sans nom. C'était bien ce qu'il pensait. Après plusieurs soirées de recherche, le lycéen devait se rendre à l'évidence : tous les appartements qui pourraient être « abordables » pour quelque étudiant lambda avait un loyer trop onéreux pour le petit salaire qu'il avait. S'il pouvait bénéficier d'un peu d'aide financière de la part de son père, ce serait faisable mais Eren ne pouvait pas se résoudre à le contacter. La dernière fois qu'il lui avait envoyé un message, le brun s'était pris une réponse cinglante. Une chose était sûre, son géniteur ne voulait plus entendre parler de lui. Pourtant, Eren avait la main près de son téléphone. Se rendant compte de son geste, il la ramena aussitôt vers lui. Non, hors de question de lui envoyer un quelconque message. Néanmoins, ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il nourrissait l'espoir secret de pouvoir avoir une conversation normale avec son père un jour. Il ne demandait que ça : être traité normalement par son géniteur, que celui-ci oublie sa différence et cesse d'être hargneux à son égard. Eren se refusa à penser à cela plus longtemps et secoua la tête pour se remettre les idées en place.
Ces temps-ci, la vie d'Eren était une bataille à part entière. Il se battait chaque jour pour ne pas toujours céder à ses pulsions suicidaires, de plus en plus présentes au fur et à mesure que le temps passait, que Jean franchissait une limite. Pour le moment, il n'avait pas encore touché Eren de manière intime, mais cela ne saurait tarder. Le brun essayait de se préserver et de ne pas trop y penser. Autrement, il déprimerait tout seul, sachant très bien dans quelle position il se retrouverait ce jour-là. Celle du faible, pétrifié, incapable de bouger, qui ne pourrait pas empêcher Jean de parvenir à ses fins. Et voilà que ses mains tremblaient à nouveau. C'était instinctif, il ne pouvait pas s'en empêcher.
Il s'était écoulé une petite semaine depuis qu'il s'était confié à Levi sur son traumatisme et depuis que celui-ci l'avait invité dans un café et lui avait offert un chocolat chaud. Eren allait un peu mieux, mais ce n'était pas encore ça. Néanmoins, il tenait comme il le pouvait, gardant en souvenir l'attitude de Levi envers lui. Même si, de l'extérieur, l'on pouvait penser que le noiraud était une personne froide qui faisait simplement son travail et encore, le lycéen savait que la vérité était toute autre. Levi lui avait tendu la main comme personne ne l'avait jamais fait. Régulièrement, lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs, ils se saluaient et le noiraud prenait de ses nouvelles. Il ne lui avait pas donné de rendez-vous. En avait-il marre de le voir ? Non, bien au contraire. Il avait mis Eren à l'aise en lui disant qu'il pouvait venir quand il en avait besoin et qu'il se débrouillerait pour pouvoir le recevoir. Eren sortit un petit papier de la poche de son jean gris foncé. Un numéro de téléphone y était inscrit à l'encre d'un stylo noir. L'écriture était fine et élégante.
Les mains d'Eren avaient cessé de trembler. Levi lui avait donné son numéro de manière à ce que le lycéen puisse le prévenir un minimum de ses potentielles venues. D'une certaine manière, cela éviterait au brun d'avoir une nouvelle altercation avec la secrétaire désagréable de Levi. C'était un soulagement. Eren n'allait pas mentir, cela l'arrangeait. Il n'avait pas besoin de remontrances supplémentaires de la part de cette femme.
Rien que voir ce numéro rassurait Eren. Ainsi, il pourrait voir Levi plus facilement. Cette semaine, il n'en avait pas eu trop besoin, sa précédente confession lui ayant fait du bien. Pour le reste, il avait fait de son mieux pour rattraper les cours qu'il avait ratés et assister aux autres. C'était Armin qui lui avait pris les cours lorsqu'il était absent et en avait tout naturellement demandé la raison à Eren. Ce dernier lui avait simplement répondu qu'il ne s'était pas senti très en forme et le blondinet l'avait cru. Comme toujours.
Eren regarda l'heure et soupira en s'étirant. Il était dix-neuf heures et le brun avait tout sauf envie d'aller travailler. Cependant, il n'avait pas le choix. Il éteignit et referma son épave qui lui servait ordinateur avec douceur car il était si vieux et si fragile qu'un rien pouvait le casser et l'étudiant n'avait vraiment pas besoin de ça.
Eren enfila un manteau léger, sortit du frigo une part d'omelette qui lui restait et la mangea rapidement. Depuis que Levi l'avait ramené chez lui la fois où il s'était évanoui à son travail, le jeune homme aux yeux verts si particuliers essayait de penser à manger un peu plus. Il cuisinait parfois en avance des plats qu'il pourrait manger plus tard. Autrefois, rares étaient les fois où il se préparait des repas plus ou moins corrects, ou du moins plus nourrissants que des biscuits. Eren prit ses clés, ses papiers, son téléphone, éteignit toutes les lumières et sortit de chez lui.
{…}
Vêtu de sa chemise blanche, de son pantalon et de ses baskets noirs, Eren sortit des vestiaires et commença son service. Il était plus ou moins en forme et mangeait plus régulièrement qu'auparavant. Par conséquent, il ne devrait pas avoir de problèmes de vertiges ou autre.
Le bar-restaurant était calme ce soir-là. Le nombre de clients était raisonnable, Eren ne se sentait pas submergé. Ce jour-là était une des rares fois où le jeune homme pouvait dire que travailler ne le dérangeait pas, dans le sens où rien ne le perturbait, ne l'empêchait de remplir sa tâche. C'était presque un plaisir. Comble de la chance : tous les clients étaient plus ou moins sympathiques et patients. Toutefois, il y avait un bémol : en effet, Eren avait chaud. Sa chemise lui collait presque à la peau. Hors de question toutefois de l'enlever et de la remplacer par un t-shirt. C'était pour cette raison qu'il ne se permettait même pas de retrousser ses manches. Il ne fallait pas qu'on puisse voir ses bras, victimes de ses pulsions de mal-être. Il allait mieux, certes, mais certaines choses qui se transformaient habitudes avaient la peau dure.
- Oh, tiens, Eren !
Surpris par cette voix familière, le susnommé se retourna vers une petite table et eut une impression de déjà-vu. Sa professeure de musique, Petra, se trouvait entourée par Hanji, Levi et Erd, comme la dernière fois. Sauf que ce jour-là, Eren était plus en forme. Et puis… Voir les orbes grises de Levi était un plaisir. C'était bête, mais il se sentait toujours mieux lorsque le noiraud était dans les parages.
- Comme on se retrouve ! S'exclama Hanji lorsqu'Eren se fut suffisamment approché de leur table.
- Tu as l'air en forme, lâcha Erd.
Le léger sous-entendu présent dans sa petite phrase ne fut pas remarqué par Eren, tout comme il ne notifia pas le regard légèrement inquiet du médecin. Sans doute se demandait-il s'il allait réellement mieux que la fois précédente où ils étaient tous trois venus dans ce bar-restaurant. En tous les cas, le jeune serveur se contenta d'acquiescer en souriant et prit leurs commandes. Levi, qui n'avait pas parlé depuis le début, n'ouvrit la bouche que pour dire ce qu'il souhaitait boire et manger. Cette fois, les quatre compères restaient manger. À aucun moment Eren ne remarqua l'homme qui s'était installé à la table d'à côté. Il partit amener la commande en cuisine avant de revenir dans la grande salle.
L'un de ses collègues lui intima d'aller prendre la commande de la table numéro quatre, qui se trouvait d'ailleurs juste à côté de celle de Levi et les autres. L'homme était à une place, dos à Eren, qui ne pouvait voir son visage dans l'immédiat. En s'approchant, le serveur récita la formule habituelle :
- Bonjour, que désirez-vous commander ?
Le ton enjoué, le sourire un peu exagéré, tout cela disparut bien vite lorsque l'homme tourna la tête vers le lycéen. Le visage mat d'Eren perdit ses couleurs, pâlissant en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Le vert émeraude de ses yeux si singuliers se mua en vert sapin, tant l'ombre y régnait. Le fait qu'il soit, en plus de tout cela, bouche bée et qu'il manqua de faire tomber son carnet ainsi que son stylo attira le regard des quatre voisins de table de l'inconnu. Aucun ne manqua le choc inscrit sur le visage du lycéen, qui baissa légèrement la tête et détourna très vite le regard. Naturellement, certains se posèrent des questions, tandis que les autres se concentraient déjà sur autre chose. Seul le regard aiguisé de Levi ne quitta pas Eren, qui recula légèrement et tourna la tête, semblant chercher quelque chose, ou quelqu'un.
Toujours sous le choc, Eren cherchait l'un de ses collègues du regard il devait passer la commande de la quatre à quelqu'un d'autre. Pourquoi diable cela devait-il tomber sur lui ?
- C'est très impoli de poser une question et de ne pas en attendre la réponse.
Eren reporta son attention sur l'homme, qui avait bien tourné la tête dans sa direction, mettant au jour l'entièreté de son visage. Ses yeux turquoise tirant plus sur le bleu que sur le vert n'étaient toutefois pas si différents de ceux d'Eren, tout autant que l'étaient ses cheveux bruns. Sa moustache rasée de près et ses lunettes métalliques renforçaient l'air sévère et fermé qu'il dégageait. Une chose était sûre, l'air mal à l'aise du jeune serveur n'échappa à personne. Il était évident qu'il cherchait une échappatoire, comme s'il était tombé dans un piège.
- Tu cherches à t'enfuir ? Tes « préférences » t'auraient-elles rendu lâche ? Enchaîna l'homme aux yeux turquoise foncé.
Cette fois, Eren ne dévia pas le regard et fronça légèrement les sourcils. Le choc passé, il se ferma à son tour. La personne en face de lui voulait-elle vraiment jouer à ça ? Pas de problème. En tous les cas, il était hors de question que le brun lui donne raison. L'air plus sombre d'Eren attira l'attention, terminant de stopper les conversations à la table voisine, qui entendait tout de l'échange.
- Je cherchais plutôt à t'épargner ma présence, puisque tu ne la supportes pas, répondit plutôt Eren. Prends ça pour un acte de charité.
Levi, qui observait toujours la scène de peur d'en manquer une miette, glissa son regard sur l'homme, dont les yeux et le visage lui faisaient penser à quelqu'un. Et après quelques secondes d'analyse, il reporta ses yeux acier sur Eren. Aucun doute, la ressemblance était là. Si la personne assise à côté d'eux était le père du lycéen qui venait le voir régulièrement, peut-être en apprendrait-il plus sans l'avoir même demandé. Il était d'ores et déjà clair que leur relation était extrêmement mauvaise. Maintenant, restait à savoir pourquoi.
- Ta charité, si c'est comme ça que tu l'appelles, ne m'intéresse pas le moins du monde.
La froideur dans son ton ne lui disait rien qui vaille.
- Si tu veux bien me laisser m'en aller, je peux trouver quelqu'un d'autre qui pourrait s'occuper de toi, proposa tout aussi froidement le lycéen aux yeux verts.
- Maintenant que tu es là, rends-toi plutôt utile.
L'homme dont tout le monde commençait à voir la ressemblance avec Eren, sauf Levi qui l'avait remarquée avant, reporta son attention sur le menu, avant de regarder le serveur et lui dire d'un air hautain :
- Un magret de canard avec son accompagnement. À point, le magret. Pour la boisson, un galopin. Maintenant, si tu pouvais te dépêcher, ça m'arrangerait.
- C'est pas en me parlant comme ça que je vais aller plus vite, le nargua Eren en notant la commande sur son carnet, sans le regarder.
- Ne me parle pas sur ce ton, commença l'homme d'un ton légèrement menaçant.
Eren attendit bien d'avoir fini d'écrire avant de lever ses yeux, de les ancrer dans ceux de Grisha Jaeger et de répondre sur un ton glacial :
- Commence par arrêter de me traiter comme une merde et après on verra.
Sur ces paroles sucrées, Eren se détourna et s'en alla vers les cuisines, le corps entier tendu, les poings si serrés que ses phalanges blanchies furent remarquées par quelques-uns.
Petra se tourna vers Levi et, sachant qu'Eren venait parfois le voir, lui demanda tout bas :
- Il t'en avait parlé, de ça ?
Levi secoua la tête pour lui signifier que non, mais il sentait que son téléphone allait vibrer, un de ces jours. Néanmoins, il commençait à comprendre pourquoi Eren ne se sentait pas de demander de l'aide financière à son père.
{…}
Vingt-trois heures dix. Eren s'était changé, avait revêtu son t-shirt kaki, son manteau sombre et son jean. Il faisait frais lorsqu'il sortit du bar-restaurant. Il mit aussitôt les mains dans ses poches, celles-ci commençant déjà à faire les frais du froid mordant de cette soirée automnale. Peut-être qu'Eren aurait dû penser à s'habiller plus chaudement, mais il n'y avait pas pensé en partant quelques heures plus tôt. Après tout, il ne faisait pas si froid.
Alors qu'il marchait vers l'arrêt de bus le plus proche, ne se sentant pas de faire tout le chemin à pieds à cette heure-ci, Eren soupira. L'image de son père au restaurant le hantait. Une chose était sûre, Grisha n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, aussi bien physiquement que mentalement. Le mépris semblait ne plus quitter l'ombre de son regard. Le cœur d'Eren ne pouvait s'empêcher de se serrer à cette pensée. Dans son malheur, il pouvait s'estimer heureux que son père lui adresse encore la parole. Tout de même, le jeune homme donnerait tout pour que son géniteur change ou du moins, se rende compte que son fils n'était pas une merde. Il était humain, comme lui. Simplement, il aimait les hommes et non les femmes. Qu'est-ce que cela changeait ? Eren n'était pas un détraqué et ce n'était pas parce qu'il avait une orientation sexuelle différente qu'il allait sauter sur tout ce qui bouge. Être homosexuel ne faisait pas non plus de lui un lâche. Si le lycéen se sentait nul et faible, ce n'était pas pour cela, mais simplement parce qu'il avait vécu des choses qui n'auraient pas dû lui arriver et qu'il n'avait pas été assez entouré pour pouvoir se remettre complètement. À chaque fois qu'une épreuve surgissait dans sa vie, Eren n'avait généralement que rarement le temps de guérir avant qu'un nouvel obstacle ne vienne le perturber.
Par chance, Eren arriva juste à temps à l'arrêt de bus, celui-ci étant prêt à partir. Le lycéen monta dans l'autobus et s'assit là où il trouva de la place. C'était bondé : des tas de jeunes partaient en soirée à l'autre bout de la ville, où se trouvait une boîte de nuit réputée. Eren soupira, sans faire attention au fait que quelqu'un venait de s'asseoir à côté de lui. Lui aussi aurait aimé partir en soirée et faire les prolongations dans un endroit animé. Cependant, son travail était très prenant et énergivore : le lycéen était sacrément fatigué et il fallait qu'il fasse attention car en plus d'avoir fini son service plutôt tard ce soir, il commençait les cours assez tôt le lendemain. Pour les soirées et autres évènements de ce type, il faudrait attendre un moment. C'était loin d'être au programme.
Eren sentit une pression venant de sa droite et il jeta un léger coup d'œil. Là où il y avait auparavant une place vide se trouvait un homme d'âge mûr à l'air bourré ou défoncé, au choix. Le lycéen fronça légèrement les sourcils. Son voisin de siège avait de la place, ce n'était pas la peine qu'il se rapproche autant du jeune étudiant ? De son côté, pour rester poli et ne pas déranger, Eren se décala, se collant presque à la paroi du bus, à la vitre également. Au lieu d'accepter la place qu'il lui laissait, l'homme s'approcha de nouveau, collant sa cuisse à celle du brun aux yeux verts. Les sourcils un peu plus froncés, Eren ne dit rien, mais se sentit de plus en plus gêné. C'était quoi, son problème ?
Malheureusement, Eren eut bien vite la réponse. Il fallait dire que la bosse de son voisin se faisait de moins en moins discrète et qu'il était encore plus difficile de ne pas y faire attention lorsque l'homme déboutonna son pantalon et qu'il glissa sa main sous son propre caleçon. Son regard vitreux ne quitta pas Eren. Ce dernier, horrifié, n'osa pas bouger. La seule chose qu'il réussit à faire, ce fut de détourner le regard vers la vitre. Il resserra ses mains sur son siège et fit tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas trembler. C'était fou comme il n'arrivait pas à réagir, à faire quelque chose de concret. Son esprit le voulait, mais son corps était comme… Bloqué, prisonnier de chaînes d'un passé encore bien trop présent. Un passé qui l'empêchait d'avancer, de se projeter, de se libérer. Un passé qui le cloua sur place, paralysé. Le regard dans le vide, il fut un spectateur de sa propre vie.
Ce ne furent qu'une dizaine de minutes plus tard qu'Eren descendit à l'arrêt le plus proche de chez lui. Le regard vide, il tituba jusqu'à un banc éclairé par la seule lueur blafarde d'un vieux lampadaire, qui donnait à l'endroit une allure glauque. Il se laissa tomber sur le siège de bois et laissa passer plusieurs secondes. Toujours pas remis de ce qui lui était arrivé, c'était à peine s'il commençait à réaliser. Ses mains tremblaient, son regard commençait à se remplir de larmes. Le cœur battant, Eren sortit un mouchoir en papier d'une des poches de son manteau et se mit d'un coup à essuyer frénétiquement sa cuisse droite, sur laquelle un fluide clair et visqueux reposait. Les larmes se mirent bien vite à couler.
{…}
Eren se balançait d'avant en arrière, recroquevillé dans son salon. Après être entré, il avait tout de suite enlevé son pantalon, qu'il avait jeté à la poubelle. Oui, il aurait pu tenter de le laver, mais il ne voulait plus le toucher. Il se sentait déjà assez sale comme ça. Assis sur son canapé et seulement vêtu d'un caleçon et de son t-shirt kaki, Eren se sentait sale, si sale… Il était dégoûté. C'était tout naturellement dans un état mental pitoyable qu'il eut la merveilleuse idée de commencer à céder du terrain à des pulsions familières. Non, il ne devait pas recommencer. C'était mal. Le souci était qu'il n'arrivait absolument pas à penser à autre chose. Il revoyait cet homme se branler sur lui et se revoyait lui, si terrifié qu'il en avait été paralysé.
Les mains tremblantes, il saisit nerveusement son téléphone. Ses doigts fébriles cherchèrent ce que l'esprit voulait, puis tapèrent un message. Peu importe si c'était inconvenant ou pas. C'était soit ça, soit il cédait totalement à ses pulsions sans sourciller. Là, c'était sa chance de résister encore un peu.
Cela faisait des jours qu'il avait enregistré le numéro de Levi dans son répertoire, mais c'était la première fois qu'il lui envoyait un message. À la seconde même où il le fit, il le regretta, mais ce qui était fait était fait. Impossible de rembobiner, de revenir en arrière. Il avait besoin d'aide. Son message ne reflétait qu'en partie son état : il était clair, net, concis, précis, sans faute. Il s'était concentré autant que c'était possible pour écrire quelque chose de compréhensible. Il ne savait pas ce qu'il attendait, mais il lâcha son téléphone, qui tomba à côté de lui sur le petit canapé. Ses tremblements, bien loin de s'apaiser, augmentèrent en intensité. Il n'allait pas y arriver, il allait céder.
Eren allait devenir fou.
