Le Psychologue – Chapitre 9
(Avant toute chose : si vous aimez cette fanfiction ou que vous avez tout simplement des choses à dire, n'hésitez pas à m'en faire part en me laissant une petite review ou en m'envoyant un mp ^^ ça me ferait vraiment plaisir.
Bonne lecture ! L'histoire avance doucement.)
Aux alentours de minuit moins vingt, Levi fut étonné de voir son téléphone vibrer. L'effet de surprise fut décuplé en voyant s'afficher un numéro inconnu. Il comprit cependant tout de suite après avoir lu le contenu du message.
[De : ?]
M. Ackerman, ça va pas du tout.
C'était sans doute Eren. Pourquoi lui envoyait-il un message à cette heure-là ? Certes, Levi était encore avec Petra, Hanji et Erd étant rentrés depuis un moment, mais tout de même.
- Un problème, Levi ? Demanda la rousse.
Ce soir, c'était elle qui conduisait. Levi, de son côté, ne pensait pas être aussi transparent. Mais bon, c'était Petra, son amie d'enfance, il lui faisait confiance. Alors, il laissait souvent ses boucliers baissés avec elle. Son étonnement et sa préoccupation avaient dû se voir.
- Oui, je crois, finit par répondre le noiraud.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- C'est Eren.
Petra lui jeta un coup d'œil surpris, mais surtout sceptique. Depuis quand son ami psychologue donnait son numéro à des élèves ?
- Tu lui as donné ton numéro ? Tu ne trouves pas que c'est un peu… Trop ?
Levi, dont les yeux bleus étaient teintés de bleu, se mordit la lèvre inférieure. En faisait-il effectivement trop avec Eren ? Possible. Cependant, il ne pouvait pas se résoudre à agir seulement comme le dictait sa déontologie. Le lycéen aux yeux verts si particuliers avait besoin d'une aide constante, pour le moment. Honnêtement, Levi le pensait capable de faire une connerie. Après tout, il avait déjà eu un aperçu de sa bêtise.
- Il est beaucoup plus fragile et instable qu'on ne le pense.
Levi commença à taper une réponse. Au même moment, il reçut un nouveau message de la part du numéro inconnu, qui confirma le fait que c'était bien Eren. Il l'ajouta alors en contact pour gagner du temps.
[De : Eren Jaeger]
Je peux vous voir demain matin ?
- À ce point ?
- Tu n'imagines même pas ce qu'il a pu me dire en séance.
- C'est par rapport à son père ? Le mec odieux qui était à côté de nous, précisa Petra, je suppose que c'était lui.
- C'était bien lui, je pense. Mais lui, c'est clairement le cadet des soucis d'Eren.
- Qu'est-ce qui peut le perturber plus que la mort de sa mère et le comportement odieux de son père ?
- Un viol.
Une réponse froide, glaçante. Levi avait parlé, c'était un fait. Même si c'était de l'ordre du secret médical, il estimait Petra en droit de savoir. Après tout, elle était la professeure principale du brun aux yeux verts et commençait à s'inquiéter pour lui depuis un moment. La rousse comprit alors que la décision de lui donner cette information n'était pas due au hasard. Levi ne l'avait pas échappée pour rien. Petra était une alliée et avait à cœur le bien-être de ses élèves. Si savoir cela lui permettrait de prendre des mesures de son côté aussi, alors le noiraud ne regrettait pas son choix.
Il répondit finalement au message de son cadet, ayant l'intuition qu'il ne fallait pas trop attendre.
[À : Eren Jaeger]
Est-ce que tu me jure de ne pas faire de connerie avant ?
Levi avait préféré être cash. Il fallait qu'il sache pour savoir quoi faire et il espérait qu'Eren serait honnête avec lui. Généralement, ce n'était pas un problème, le jeune homme avait toujours trouvé plus simple de lui dire la vérité. Voir un psychologue ne servait de toute façon à rien si l'on décidait de lui mentir.
De son côté, Petra conduisait désormais en se mordant la lèvre inférieure. La révélation de Levi l'avait perturbé, c'était clair et net. Elle commençait à comprendre pourquoi son ami de petite taille se préoccupait beaucoup du jeune brun. Petra commençait à se dire qu'il allait falloir qu'elle soit plus attentive à l'attitude d'Eren en classe. Oui, elle avait toujours remarqué cette étrange ombre dans son regard, mais n'aurait jamais pu imaginer d'où elle venait.
- Si tu imagines que c'est tout, tu te trompes lourdement, lâcha Levi.
- … Je commence à penser que son cas est assez compliqué, dit simplement Petra.
- Oui et non, nuança le noiraud en se concentrant à nouveau sur son téléphone, qui venait de vibrer.
Il venait de recevoir un nouveau message, qui lui glaça le sang.
[De : Eren Jaeger]
Je ne peux rien promettre.
Levi tourna aussitôt la tête vers Petra, qui reporta son attention sur lui.
- Ça te dérange si on fait un petit détour ? Lui demanda-t-il.
Petra comprit aussitôt où il voulait en venir. Elle n'était pas son amie d'enfance pour rien. Elle le connaissait très bien, à la limite du par cœur.
- Tu as son adresse ? S'enquit-elle plutôt.
- Évidemment, j'ai dû le ramener la dernière fois, je te rappelle.
- Il t'a dit quoi ?
Levi lui lut la conversation et Petra eut l'air choquée. Il y avait de quoi. La dernière réponse d'Eren était tout ce qu'il y avait de plus honnête. Il n'avait pas cherché à cacher ses potentielles intentions. Il avait besoin d'aide. En tournant légèrement la tête vers le noiraud, elle vit tout le bleu dans son regard et comprit alors une chose, qu'elle ne pouvait pas lui reprocher. Il avait commencé à s'attacher au jeune lycéen et s'inquiétait beaucoup plus de son état qu'il ne voulait le laisser entendre. À sa place, Petra serait sans doute pareille. Elle n'était pas du genre à laisser les gens se faire du mal sans rien faire.
{…}
Eren s'était péniblement levé pour aller se changer. Même son t-shirt actuel le dégoûtait. Il avait besoin de s'habiller autrement. Ses mains tremblaient toujours tandis que, même si les larmes avaient arrêté de couler, ses yeux restaient rouges et gonflés. Il était stressé. Depuis son dernier message, Levi ne lui avait toujours pas répondu. Autant dire que cette absence se faisait ressentir. Il espérait qu'il accepterait de le voir le lendemain. Il en avait besoin. Même si ce qui s'était passé dans le bus avait l'air de n'être pas grand-chose, cela touchait profondément Eren, dont les souvenirs de son passé se rappelaient sans cesse à lui. Ce qui le dégoûtait le plus, c'était de n'avoir pas réussi à bouger. Il en avait été incapable.
- Tout ça va me rendre fou… Souffla Eren, les mains dans ses cheveux décoiffés.
Ses yeux étaient fermés avec force, créant des rides à leur coin. Il avait dix-sept ans, bientôt dix-huit, mais avait plutôt l'impression d'en avoir le double, ou la moitié, il ne savait plus trop. Eren avait beaucoup trop de choses à penser, que ce soit mentalement ou dans la vie de tous les jours. Il n'arrivait pas à tout gérer, justement. C'était trop, il était submergé. Ses blessures psychiques ne l'aidaient en rien. L'épisode du bus, encore moins. Il lui rappelait trop ce qu'il était : un faiblard qui n'arrivait pas à garder son calme. Eren savait que tout ça, c'était à cause de tout ce que lui avait fait Jean. Néanmoins, il n'arrivait pas à faire autrement que se fustiger comme si tout ce qui lui arrivait était uniquement de sa faute.
C'était tellement dur que résister à ses pulsions était tout simplement une torture. Eren n'arrivait pas à penser correctement. Dans ces moments-là, qui étaient moins récurrents depuis qu'il parlait de ses malheurs à Levi, céder était la seule chose qui lui permettait de retrouver ses esprits ainsi que sa capacité de réflexion. Il avait eu un espoir en envoyant un message au noiraud, qui s'était éteint lorsque celui-ci avait arrêté de lui répondre. Des pensées encore plus noires submergèrent Eren. Il l'avait dérangé, à coup sûr. Il avait dépassé les bornes. Ses messages, envoyés si tard, étaient si inconvenants, si inappropriés. Levi allait lui en vouloir et peut-être même refuser de le voir le lendemain. Eren ne voulait pas ça. Surtout pas.
Dans un geste désespéré et tremblant, Eren retourna dans le salon, saisit son téléphone et rédigea un court message, dans l'espoir que l'avis de Levi sur lui ne change pas.
[À : Levi Ackerman]
Pardon. Oubliez ça. S'il vous plaît, n'annulez juste pas pour demain. Je ne vous dérangerai plus de la sorte, promis.
Eren n'avait que lui actuellement. Il était le seul qui arrivait à le faire parler de ses soucis tout en lui changeant les idées. C'était sa bouée de sauvetage, son ancrage dans ce monde, l'homme qui lui permettait d'espérer avoir une vie meilleure. Il aurait tout donné pour qu'il soit là, qu'il l'aide. Mais il n'est pas là. Levi était adulte, il avait sa vie, en dehors du travail et Eren ne devait pas le déranger. C'était mal. Pourtant, il l'avait fait. Il avait fait une erreur.
Quelque chose se brisa en Eren, dont les larmes inondaient à nouveau ses joues. À ce moment précis, il céda, faible face à la noirceur en lui. C'était toujours la même chose. Sa volonté, pas assez forte, ne pouvait pas lutter bien longtemps contre ce mal-être qui le rongeait. Fébrile car il savait parfaitement ce qu'il allait faire, le lycéen alla récupérer quelque chose dans sa salle de bain avant d'aller dans la cuisine. Là, il se mit devant l'évier et releva sa manche gauche. Ce qu'il y vit lui fit penser que l'horreur en lui devenait physique. Elle prenait toujours plus d'ampleur, tout comme elle bousillait son être. À cet instant, Eren se trouva laid, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur. On l'avait pourri.
Une nouvelle marque alla accompagner ses semblables, sous un regard vert absent.
{…}
- On a eu de la chance, dit Petra en suivant Levi dans l'ascenseur.
- J'te le fais pas dire, acquiesça celui-ci.
Les deux amis de longue date avaient pu entrer dans l'immeuble grâce à la présence d'une habitante de l'endroit qui avait décidé de rentrer à ce moment-là. Elle leur avait donc déverrouillé la porte, leur épargnant un obstacle dont ils pouvaient facilement se passer.
L'ascenseur les amena rapidement à l'étage d'Eren et Levi, se souvenant du numéro d'appartement du plus jeune, indiqua la porte à son amie. Alors qu'il allait naturellement toquer, en bon gentleman qu'il était, Petra l'arrêta.
- C'est ouvert.
En effet, la porte n'avait, semblait-il, pas été bien fermée par son hôte. Encore une fois, les deux adultes n'allaient pas s'en plaindre. Alors, Levi poussa la porte sans hésiter, tout en se rappelant de notifier au gamin qu'il n'était pas très sûr de ne pas fermer la porte de son appartement à clé le soir.
Petra et Levi entrèrent et perçurent aussitôt un bruit léger et limpide : de l'eau qui coulait et qui s'arrêta brusquement. Le noiraud s'avança en premier et ne mit pas longtemps à trouver Eren dans sa cuisine. Le visage ravagé par une tristesse sans nom accompagnée de larmes qui commençaient à peine à sécher, Eren avait l'air absent. Vêtu d'un t-shirt foncé, d'une veste kaki et d'un pantalon de jogging assez large, il faisait peine à voir, car tout semblait trop large pour lui. Son corps flottait dans chacun des vêtements. Ce qui attira tout de suite l'œil de Levi fut un éclat argenté au bord de l'évier. Les battements de son cœur s'emballèrent, mais pas dans le bon sens du terme. La lame de rasoir encore mouillée, fraîchement lavée, lui glaça le sang. Petra, derrière lui, s'avança vers le jeune homme, qui la remarqua à peine à ce moment-là. Ses yeux semblèrent retrouver un semblant de vie.
Eren eut un mouvement de recul et eut l'air paniqué.
- Que… Qu'est-ce que vous faites là ? Co-comment vous êtes entrés ? Demanda-t-il.
Sa voix brisée ne passa ni inaperçu aux yeux de Levi, ni à ceux de Petra.
- Tu sais pas fermer une porte, c'est aussi simple que ça, dit simplement Levi, d'un ton un peu plus froid que prévu, omettant volontairement de répondre à sa première interrogation.
- Qu'est-ce qui t'arrive mon petit Eren ?
Petra s'était encore rapprochée et de sa main douce, essuya la joue gauche du lycéen. Le côté maternel de ce geste fit briller ses yeux et vibrer tout son être, le bouleversant en profondeur. Depuis combien de temps ne l'avait-on pas regardé de cette manière ? La réponse était simple.
Eren détourna le regard. Ses larmes avaient eu beau se tarir, leur trace humide était là, bien présente et l'émotion qui le tiraillait en tous sens menaçait de le faire craquer à nouveau.
- Rien… Les tracas du quotidien, vous savez… Des choses et d'autres.
La tentative de sourire forcé que fit Eren ne dupa aucun des deux adultes, mais Levi fronça très légèrement les sourcils. C'était la première fois qu'il voyait Eren mentir, lui qui ne le faisait jamais devant lui. Cependant, ses pensées se tournèrent à nouveau vers la lame de rasoir, posée au bord de l'évier. Une petite boule au ventre, il remarqua néanmoins un autre détail.
- Gamin, tu jettes souvent tes affaires comme ça ? Demanda-t-il simplement.
Une partie du pantalon dépassait de la poubelle et Eren se rendit compte de l'erreur qu'il avait faite. Par chance, le tissu de ce côté-là ne comportait rien de spécial, aucune trace de l'horreur qu'il avait vécue. Néanmoins… Pourquoi Levi s'en approchait-il ? Eren repoussa vivement la main de Petra, qui ne comprit pas son geste, et se mit entre le noiraud et la poubelle.
- Il… Il était devenu trop petit, je…
Eren se fustigea intérieurement. Il était si déboussolé, si perturbé, si troublé qu'il n'arrivait même pas à essayer de mentir correctement. Le pire, c'est qu'il en était parfaitement conscient. Dans cet état, mentir était profondément inutile et il le savait. Pourtant, il s'entêtait. Mais Levi était là et Eren savait qu'il ne croyait pas un traître mot de ses mensonges. Tout comme il n'arrivait pas à se persuader du fait que son poignet le grattait atrocement. Il ne pouvait pas non plus ignorer la sensation du sang qui coulait légèrement, tout en s'accrochant au tissu de sa veste. Comme elle n'était pas très épaisse, le pourpre foncé se verrait très bientôt sur le kaki.
- Arrête de mentir Eren, ça te va pas.
Le ton de Levi s'était adouci.
- Viens avec moi, on va parler un peu.
Eren secoua la tête, sans s'écarter de la poubelle.
- Non, c'est pas la peine, vous… Vous ne deviez pas venir… Il se fait tard et… Merde, je voulais pas vous déranger avec ces messages. Si j'avais su que ça vous ferait venir…
- Tu t'en seras abstenu, c'est ça ? Le coupa Levi. Je préfère que tu m'écrives, peu importe l'heure, plutôt que tu fasses des conneries.
En prononçant ce dernier mot, le regard du noiraud s'était fait plus gris que bleu en s'ancrant dans celui d'Eren.
- Maintenant, tu discutes pas. Tu vas dans ta chambre, je te rejoins dans deux minutes.
Le regard qu'il lui lança le dissuada de riposter ou de chercher à discuter. Voûté et l'air vaincu, Eren sortit à contre cœur de la cuisine, laissant Levi et Petra seuls. Non, le noiraud ne savait pas où se trouvait la chambre du lycéen, mais l'appartement n'était pas bien grand, il était même affreusement minuscule alors ce serait rapide. Petra regard Levi, un air inquiet peint sur le visage. Ce dernier soupira :
- Petra, tu peux rentrer chez toi si tu veux, moi, il faut que je reste un peu, tu t'en doutes bien. Je me débrouillerai.
- Non, je reste. Tu avais raison, son comportement n'est pas… N'est pas normal. Même si c'est mon élève et que je sais qu'il y a des frontières à ne pas dépasser, je ne peux pas laisser un gosse aller aussi mal sans rien faire. Va lui parler, il en a besoin. Moi, je vais ranger les trucs qui traînent et tu me feras un topo à la fin, d'accord ?
Petra était toujours aussi sensible et bienveillante. Levi fit un micro-sourire…
- D'accord.
… Qu'il perdit aussitôt, en se rappelant de plusieurs choses. Cette fois, Eren ne barrait pas l'accès à la poubelle. Petra vit son regard et comprit aussitôt. Elle s'approcha et en sortit le vêtement, dont la moitié dépassait du bac. Suspicieuse, elle le retourna et retint un hoquet de surprise. Levi se rapprocha, se posta à côté d'elle et réalisa bien vite la chose. La tâche blanchâtre se détachait parfaitement sur le gris. Le dégoût afflua. Petra en eut même la nausée.
- Je vois, lâcha Levi, le regard sombre.
Il commença à s'en aller mais s'arrêta et dit, sans se retourner vers son amie :
- Tant que tu y es, pense à te débarrasser de la lame de rasoir à côté de l'évier.
Sans guetter sa réaction, Levi la laissa seule et entreprit de trouver la chambre du jeune homme, ce qui ne prit pas beaucoup de temps. La pièce était très petite, composée d'un lit simple, d'une table de nuit et d'un placard ancré dans le mur face au lit, avec une vieille porte coulissante donnant sans doute sur ses vêtements. Pas de bureau, pas trop de couleurs, pas de décoration. La chambre était froide, impersonnelle, tout comme le reste de l'appartement. Une porte, à côté du placard, donnait sur un semblant de salle de bain.
Eren se trouvait assis sur son lit, voûté, la tête baissée. Il se triturait les doigts nerveusement et Levi put notifier de légers tremblements. Le lycéen n'avait pas remarqué la présence de son aîné, autrement il aurait déjà levé la tête.
- Eren.
Même s'il avait entendu son nom, le susnommé n'eut aucune réaction notable. Alors, Levi s'assit à côté de lui. Il garda le silence un moment, ne sachant pas comment aborder les choses. Il fallait dire que le sujet était délicat. Il se mordit légèrement la lèvre inférieure en se rendant compte que c'était la première fois depuis le début de sa carrière qu'il ne savait pas quoi dire, tant Eren était… Différent des autres. La preuve en est que, contre toute attente, ce fut le lycéen à côté de lui qui prit la parole le premier :
- Je comptais vous en parler demain.
Sa voix était faible, toute aussi brisée que lorsqu'il se trouvait dans la cuisine. Levi tourna la tête vers lui, le bleu de ses yeux bien visible.
- Mais ce n'était pas demain que tu avais besoin d'en parler.
Eren ne dit rien et ce silence confirma ce que Levi avait pensé tout haut.
- Pourquoi vous êtes venu ? Finit par demander plus tôt le jeune homme aux yeux verts en tournant la tête vers son interlocuteur.
- Parce que ça se sentait, que tu avais besoin d'aide maintenant.
Eren tourna à nouveau la tête et regarda la porte du placard incrusté dans le mur face à lui en soupirant.
- Je savais que je n'aurais pas dû vous envoyer ces messages, c'était… Incorrect.
- Du tout, rétorqua Levi. C'est pas pour rien que je t'ai donné mon numéro. Et je pense que j'ai bien fait de venir.
Eren haussa les épaules, le regard à moitié vide, mais les joues, bien sèches cette fois. Ses yeux n'en demeuraient pas moins rouges et gonflés, signe qu'il avait bien pleuré.
- Je sais pas, à vous d'en juger.
- Et si tu me parlais plutôt de ce qui t'a rendu mal ? Je suppose que ça a un rapport avec ce pantalon limite tout neuf que tu as jeté à la poubelle.
Eren prit sa tête entre ses mains, sans se mettre à pleurer pour autant comme il l'aurait pensé de prime abord. Il avait l'air au bout de sa vie, cette vie un peu trop sombre pour lui. Après quelques secondes d'hésitation, Eren se recula dans son lit jusqu'à toucher le mur auquel il était collé, ramena ses jambes contre lui, jambes qu'il entoura de ses bras. Puis, il parla. Chaque mot qui sortait de sa bouche était une douleur sourde et Levi le sentait.
Eren se confia durant de longues minutes, décrivant la scène en détail, expliquant le pourquoi du comment de chacune de ses réactions, de ses émotions. Ce qui ressortit le plus souvent, ce fut cette rage qu'il avait envers lui-même de n'avoir pas su faire autre chose que rester tétanisé. Levi dut lui rappeler à plusieurs reprises qu'il n'avait pas à se sentir coupable de cela, tout simplement parce que ce n'était pas sa faute et qu'il était normal, quand on avait peur, que l'on était terrifié par quelque chose, d'avoir ce genre de réaction. Mais Eren était tête.
- Si je n'arrive pas à réagir, comment je vais faire lorsque Jean essayera de… Me toucher ? Je vais faire comme la première fois et me laisser faire parce que j'ai peur ?
- Eren, il ne le refera peut-être pas forcément.
- Bien sûr que si ! S'emporta Eren. Il le refera parce qu'il est vicieux, pervers et j'en passe. Il voudra, parce qu'il en aura envie, parce que pour lui je suis rien, parce que je dois lui obéir, selon lui. Et moi je vais me retrouver comme un con à attendre que ça m'arrive sans rien faire, juste parce que j'ai peur ?
La colère était clairement visible sur les traits du jeune homme. Il était révolté, indigné contre ses propres faiblesses, contre lesquelles ils ne pouvaient pas faire grand-chose pour le moment, tant qu'il n'aurait pas guérit ses traumatismes, les blessures de sa psyché. Eren était vraiment particulier : il était têtu, impatient, avait ses faiblesses, comme tout le monde. Il était très mal et voulait s'en sortir, mais n'avait jamais le temps d'essayer de guérir. Il ne faisait pas toujours les efforts adéquats non plus. Disons surtout… Qu'il n'en avait pas vraiment l'occasion. Chaque fois qu'il faisait un pas en avant, un évènement faisait qu'il en faisait trois en arrière et ainsi de suite.
Levi était conscient de tout cela. Mais il gardait toujours en tête cet élément qui ne quittait pas son esprit depuis qu'il en avait pris connaissance. Depuis cette fois où Eren avait voulu essuyer ses larmes après la confession de son traumatisme. Il fallait que ça cesse. Levi n'imaginait même pas l'état des bras du lycéen. Pour cette raison, il finit par lui poser la question qui fâche :
- Tu te mutiles souvent ?
