Le PsychologueChapitre 12

Eren était pétrifié et implorait mentalement la terre entière pour qu'on lui vienne en aide. Cependant, personne ne savait qu'il était là, à part Historia, qui se changeait actuellement avec ses comparses. Elle ne se doutait de rien et ne pourrait prévenir personne. Tous les autres lycéens se changeaient dans la pièce qui leur était réservée. Il était seul face à son cauchemar.

- J'ai été très… Contrarié par le changement de plan de classe en musique. Moi qui prévoyais de m'amuser un peu avec toi pendant ce cours, j'ai été très déçu. Tu m'as manqué, tu sais ?

Non, Eren ne le savait pas et ne voulait pas savoir. Tout ce qu'il désirait, c'était fuir, s'éloigner le plus possible de ce taré. Cependant, l'étreinte sur son cou s'était resserrée et il commençait réellement à peiner à respirer.

- Et cette petite blonde… Très mignonne, je te l'accorde mais un peu trop collante à mon goût. Il va falloir arranger ça. Tu es d'accord, n'est-ce pas ?

Sans hésiter, Eren hocha la tête à contrecœur. Il ne devait surtout pas contredire Jean, encore moins l'énerver plus qu'il ne l'était déjà. Il voulait qu'il desserre sa prise le plus tôt possible, il commençait sérieusement à manquer d'air. Le fait qu'il essaie de le faire lâcher prise avec ses mains sur son poignet ne changeait rien. Jean avait plus de force que lui et sous son uniforme se cachait une musculature certaine. De toute manière, Kirstein avait toujours été plus musclé, plus fort avec un ascendant dominant net. Il s'était toujours considéré, sûr de lui, comme un mâle alpha, bien qu'Eren avait toujours trouvé ce concept idiot. Il n'y avait pas d'alpha, d'oméga, juste des humains avec leur caractère. Mais Jean avait toujours raison, il ne fallait pas le contredire.

- Tu vas me faire le plaisir de la dégager de la place à côté de toi certains cours. C'est moi, ton mec. Elle n'est qu'une petite chose fragile que je pourrai briser aussi facilement que toi.

Eren hocha vivement la tête sans avoir réellement écouté. Il lui tardait juste que Jean ait fini de parler et le libère, enfin. C'était vraiment difficile, là. Il cherchait l'air partout mais il ne venait pas. S'il ne le lâchait pas, il allait peut-être finir par le tuer. Sa peau avec déjà commencé à changer de couleur.

- Sache que je vais te briser, Eren. Te briser jusqu'à ce que tu n'aies plus de volonté.

Le brun avait bien entendu et compris cette phrase, même s'il était en train de suffoquer. Sa vue se floutait déjà. Il n'arrivait pas à faire bouger Jean d'un iota. Sa pris s'était encore resserrée et Eren se sentait trop impuissant. À ce stade, il était incapable de parler, d'émettre un quelconque son. Il était un mannequin de bois que Jean pouvait soulever à sa guise et très aisément s'il le voulait. Il savait également que son « petit-ami » ne proférait que rarement des menaces en l'air. Son moment approchait.

Eren se remit à se débattre. Il avait absolument besoin d'air, c'était vital. Il était à deux doigts de tourner de l'œil tant Jean le serrait fort. Il aimerait tant appeler à l'aide ! Qu'on le sorte de cet enfer. Jean semblait jouir de son impuissance à tel point que le voir se débattre pour chercher à respirer fit naître un sourire carnassier sur son visage déformé par la folie et la perversion. Si Eren avait été plus conscient que cela, il aurait pu dire qu'il connaissait cette étincelle malsaine dans le regard de l'homme qui était en train de l'étouffer. Ses yeux à lui étaient entrouverts, menaçaient de se fermer très bientôt. S'il n'avait pas d'air d'ici très peu de temps, il allait…

La porte du hall des toilettes s'ouvrit brusquement et Jean desserra sa prise d'un coup, sans pour autant lâcher le cou d'Eren. Il se retourna, prêt à engueuler par réflexe ceux qui avaient osé le déranger alors qu'il était avec son petit-ami. Mais il changea aussitôt de tactique en voyant la carrure des deux lycéens qui venaient d'entrer. Un grand blond baraqué et un autre, aux cheveux noirs, plus grand mais moins armoire à glace.

- Qu'est-ce que tu fous ? Lui demanda aussitôt le blond en s'approchant, l'air pas commode.

- Je m'amuse avec mon petit-ami, répondit Jean le plus naturellement du monde. On aime bien tout ce qui est… Hard, si tu vois ce que je veux dire.

Le blond, dont les yeux bleus lançaient des éclairs, n'avaient pas l'air de le croire. Jean lâcha le cou d'Eren qui haletait aussi discrètement qu'il le pouvait. Puisqu'il était à deux doigts de s'évanouir et que le châtain le savait, celui-ci soutint légèrement Eren en le tenant par la taille, sans toutefois changer de position. Si le brun aux yeux verts devait s'écrouler, cela devrait attendre que Jean se soit enfui. Eren, qui peinait à garder conscience alors qu'il avait d'un coup accès à tout l'air dont il avait besoin, le savait. Il devait tenir bon, au moins un peu. Ce n'était pas passé très loin.

- Dans tous les cas vous n'avez pas à faire ça ici, dit le brun.

- Bien sûr, bien sûr. Je m'en vais. Mon chéri, roucoula-t-il à l'intention d'Eren, fais tes affaires et on se retrouve tout à l'heure !

Tout en espérant que le brun réussirait à tenir debout le temps qu'il parte, Jean esquissa un sourire tout ce qu'il y avait de plus faux et entreprit de s'en aller. Juste avant de sortir de la pièce, il lança un regard noir à Eren, un regard menaçant que le jeune homme comprit aussitôt. Jean voulait qu'il se taise, comme toujours. À peine eut-il fermé la porte derrière lui qu'Eren se laissa glisser contre le mur. Il avait fait des efforts mais sa tête tournait beaucoup trop. Il ne pouvait pas faire semblant.

- Hé ! S'exclama le brun en le rattrapant in extremis.

- Je savais que ce petit con mentait, grogna le blond. Hé, tu nous entends ?

Eren releva difficilement la tête et regarda les deux personnes qui l'avaient sauvé. Il n'arrivait pas à les voir correctement, sa vue était trop floue. Sa tête tournait encore énormément. Les sons des voix des deux lycéens lui parvenaient mais il devait faire des efforts considérables pour assimiler et comprendre leurs paroles.

- Oui, souffla-t-il, à bout de forces.

Le brun lui tenait la tête et cette fois, Eren se laissait aller à haleter bruyamment sans se cacher, respirant à plein poumon. L'air lui avait trop manqué.

- Putain, on est arrivés à temps, fit le grand brun, l'air inquiet.

- Je te le fais pas dire.

Des cernes s'étaient dessinés sous les yeux d'Eren, dont les yeux s'ouvraient un peu plus facilement à mesure qu'il reprenait possession de son corps.

- Ça va aller ? Lui demanda le blond.

Eren hocha la tête, récupérant toujours son souffle. Après un instant durant lequel il profita de l'air retrouvé, il les remercia faiblement et même si sa vue revenait peu à peu à la normale, sa tête tournait toujours. Presque instinctivement, il se remit à trembler sans pouvoir s'en empêcher, sans se soucier des deux présences près de lui.

- Comment tu t'appelles ?

- Eren, articula le concerné.

- Alors Eren, sois honnête. C'est lui qui t'a fait ça, au visage et aux mains ?

Eren secoua doucement la tête de droite à gauche.

- Accident de vélo sur la route tout à l'heure, expliqua-t-il lentement, la voix rauque.

Les deux jeunes gens se regardèrent, pas vraiment convaincus mais Eren ne le vit pas. Il était perturbé et commençait à peine à prendre conscience de ce qui lui était arrivé. Jean l'avait étranglé, petit à petit. Il aurait pu lui briser le cou s'il l'avait voulu. Et il lui avait parlé, encore et encore, proférant de nouvelles menaces, toujours. Distraitement, Eren effleura de sa main sa gorge endolorie qui commençait déjà à se colorer. Tout était en train de s'enclencher. C'était pour bientôt et il le savait. Ses tremblements se mirent soudain à augmenter, sous les yeux préoccupés de ses deux sauveurs.

- On fait quoi de lui ? Demanda l'un.

- Je pense qu'on devrait l'amener à l'infirmerie, il a vraiment pas l'air bien.

- Je t'avais bien dit que ce mec à la tête de cheval était bizarre.

- Là, c'est même plus bizarre. Il est dangereux.

Eren ne les entendait qu'à moitié et il lui fallut quelques minutes de plus pour pouvoir se relever et tenir debout. Lorsqu'il eut l'air un peu plus conscient, ses deux salvateurs se présentèrent : le blond s'appelait Reiner et le brun, Bertolt. Ils tentèrent de persuader Eren d'aller à l'infirmerie ou tout simplement d'aller se reposer quelque part, d'appeler la police par la même occasion, en vain. Sachant très bien qu'alerter les autorités ne ferait que précipiter sa chute, Jean ayant un parent dans la police, Eren ne pouvait pas compter là-dessus. Pour ce qui était de l'infirmerie, il refusait catégoriquement de s'y rendre, prétextant qu'il ne devait pas rater un seul cours. Ses notes n'étant pas excellentes, il valait mieux ne pas rajouter des absences à son palmarès. Bien qu'inquiets pour ce lycéen qui venait de se faire agresser, Reiner et Bertolt le laissèrent aller se changer. Toutefois, avant de partir, le grand blond lui dit :

- Si ce mec revient te faire chier, viens nous voir.

Eren acquiesça, sans mentir cette fois. Jean lui avait fait très peur et il le savait désormais capable d'aller plus loin. Alors il demanderait sûrement de l'aide, en espérant toutefois qu'il ne recommencerait pas. Pour ce faire, il allait falloir qu'il lui obéisse au doigt et à l'œil, ce qui n'était pas facile pour autant. Difficile de se soumettre tout en essayant de garder la tête hors de l'eau. Les deux idées n'étaient pas des plus compatibles.

Eren s'enferma dans une des cabines et se changea prestement il avait déjà perdu assez de temps comme ça. Néanmoins, il prit quelques secondes pour rédiger un message sur son téléphone.

[À : Levi Ackerman]

Je me demande si mes efforts serviront à quelque chose.

Eren savait que le psychologue lui avait donné son numéro uniquement dans le but de le prévenir en avance s'il comptait passer le voir. Il le savait très bien et pourtant, il ne pouvait pas s'en empêcher. Le noiraud était le seul à connaître toute son histoire. Historia avait bien deviné quelques bribes et était loin de tout savoir. Eren ne comptait pas lui narrer cette période de sa vie tout de suite. Il la connaissait à peine. Néanmoins, le lycéen savait qu'il lui en parlerait un jour, contrairement à Armin et Mikasa.

Parce qu'Historia ne se contentait pas d'une réponse simple, elle creusait, allait plus loin. Ce petit rien faisait toute la différence.

[À : Levi Ackerman]

Qui sait si je serai encore en vie demain ? Dans un mois ? Un an ? Il aurait pu me tuer aujourd'hui. Il en était capable. Il a failli. Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir.

Eren ne savait pas pourquoi il lui envoyait cela. Peut-être pour avoir un témoin, quelque chose comme ça, si jamais il lui arrivait malheur. Quelqu'un qui aurait des preuves, qui pourrait faire en sorte d'arrêter Jean pour éviter qu'il ne fasse d'autres victimes. Eren, lui, en était incapable. Ses derniers remparts s'effritaient à une inquiétante vitesse. En sortant des toilettes, il pesta contre lui-même et alla déposer son sac de sport dans le vestiaire, quasi vide, des garçons. Ensuite, il se mit en route vers le terrain, accélérant le pas. Il avait du retard et il le savait.

Eren soupira. Tout aurait pu être évité. Si le père d'Eren avait accepté de continuer à l'aider à payer son logement, le jeune homme aurait pris un appartement ailleurs sans hésiter. Là, il aurait moins eu à s'inquiéter de Jean. Il n'aurait pas eu à céder à son ultimatum. En somme, il aurait peut-être pu guérir ses blessures psychiques qui avaient du mal à se refermer, même après trois ans. Là, c'était impossible. Tout ce que pouvait faire le jeune homme, c'était essayer de garder la tête hors de l'eau. Et encore. Plus le temps passait, plus cela paraissait compliqué. Jean était plus rapide qu'il ne le pensait. Chaque jour, chaque semaine, il passait un nouveau cap, au risque de se faire prendre. Rien que ce jour-là, il avait dû se stopper car il avait coincé Eren dans un endroit où l'on pouvait les trouver facilement. Son excuse avait partiellement fonctionné, lui donnant l'occasion de fuir. Qu'elle soit crédible ou non, le brun aux yeux verts savait qu'il n'en avait cure.

Eren arriva finalement sur le terrain, la peur au ventre et les yeux rougis et cernés. Son cou commençait à rougir. Nul doute qu'il bleuirait plus tard. Par chance, le cours n'avait pas réellement débuté, tout le monde s'échauffait. Le lycéen se joignit au petit groupe en essayant de se faire discret. Il imita leurs mouvements, chauffant ses muscles. Bien évidemment, il était très difficile d'écarter la fatigue et la faiblesse qui le tiraillaient depuis que Jean l'avait étranglé. Chaque effort qu'il faisait lui donnait envie d'aller s'allonger, se coucher. Eren avait juste envie de rentrer chez lui et dormir, dormir, dormir.

Le réel cours commença. C'était de la course, notamment d'endurance. Entre temps, Eren aurait pu aller voir Historia, qui ne cessait de le fixer depuis son arrivée, mais il ne l'avait pas fait. Il avait besoin d'être seul quelques minutes, pour discuter avec lui-même.

Le cours fut une torture pour Eren. Chaque effort lui donnait l'impression que son corps allait lâcher, que chacun de ses muscles allait se délier, ses membres se détacher de son corps. Il tenait étonnamment bien, mais savait qu'il approchait de ses limites. Nombreuses furent les fois où, anticipant mal ses pas, Eren trébucha et s'étala sur le terrain, se rappant encore un peu plus. Quiconque le voyait pour la première fois dirait que ce garçon était d'une trop grande maladresse. La réalité, c'était qu'il n'arrivait pas à se concentrer. Trop préoccupé, trop apeuré, Eren ne savait plus où donner de la tête. Que penser ? Que dire ? Comment réfléchir ? Et toujours cette peur qui lui tordait les entrailles.

Il aurait pu mourir. Sous la colère, Jean aurait pu ne jamais le lâcher. Sous la fureur, Jean pourrait un jour lui fracasser le crâne. Avant, Eren n'aurait jamais pu imaginer cela. Aujourd'hui, c'était différent. Il avait vu une nouvelle facette du châtain, qu'il n'aurait jamais voulu connaître. Cette prise de conscience ne le quittait pas et lui faisait faire n'importe quoi. Il faillit également tomber dans les pommes à deux reprises, et de justesse. Par chance, il tint bon.

Lorsque le professeur annonça la fin du cours, Eren ne se fit pas prier et fut le premier à partir. Il courut jusqu'aux toilettes, lui-même étonné que ses jambes le portent encore. Il récupéra son sac sans même se changer et courut jusqu'aux arrêts de bus. Le sien étant déjà là, comme beaucoup d'autres, il monta et se prit une place dans un coin où il n'y avait encore personne. Il tremblait. Par chance, ce véhicule étant un autobus scolaire, il y avait peu de chances qu'un pervers comme celui de la veille apparaisse. Eren fondit alors instantanément en larmes. Il craquait. Quand pourrait-il enfin être en paix ? Pourrait-il un jour se remettre de tout ça ? Lui en laisserait-on l'occasion ? Il pleura, mais silencieusement, son visage caché par ses mains. Voûté comme jamais, Eren faisait clairement peine à voir. Il avait besoin d'être seul, de rentrer chez lui et de se poser dans son lit. Pour éviter que l'on s'assoie à côté de lui, il avait balancé ses deux sacs sur le siège à sa droite. Il tremblait et à l'heure actuelle, il se fichait éperdument de l'image qu'il renvoyait. Tant et si bien qu'il ne remarqua même pas qui s'assit sur la rangée d'à côté.

Lorsque le bus s'arrêta au septième arrêt, celui d'Eren, ce dernier descendit sans demander son reste.

Une fois chez lui, le jeune homme balança ses affaires au pif dans le couloir et se réfugia dans sa chambre. Là, il se déchaussa, se laissa tomber sur son lit et se mit en boule.

Deux heures étaient passées. Par chance, Eren ne travaillait pas ce soir et le jeune homme s'était finalement décidé à prendre une douche. Pour éviter de se torturer l'esprit, il ne passa que très vite sur son cou et évita de se regarder dans le miroir. Son cou avait sans doute déjà commencé à bleuir et il ne voulait pas voir ça. Les yeux rougis et gonflés, Eren enfila un pantalon de jogging, un t-shirt et une veste. Son type de tenue habituel lorsqu'il était chez lui. En reniflant, il alla chercher son téléphone et se cala sur son canapé. Le brun aux yeux verts ne fit même pas attention aux gargouillis de son ventre. Le regard vide, il alluma son cellulaire et fut surpris de voir que Levi lui avait écrit, avant de se rappeler qu'il lui avait envoyé deux messages avant son cours de sport.

[De : Levi Ackerman]

Les efforts finissent toujours par payer, Eren.

Bien sûr que tu vivras, idiot. Qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Eren ? Réponds, s'il te plaît.

Eren, explique-moi, vraiment.

Quatre messages, en tout et pour tout, auquel Eren répondit simplement :

[À : Levi Ackerman]

Je vais bien. Je vous en parlerai demain.

Pour sa plus grande surprise, son téléphone vibra presque aussitôt.

[De : Levi Ackerman]

Demain, samedi ?

[À : Levi Ackerman]

Pardon, je n'avais pas réalisé qu'on était vendredi. Lundi, dans ce cas.

[De : Levi Ackerman]

Non, demain c'est très bien. 11h au café de la dernière fois, ça te va ?

Les yeux d'Eren n'étaient plus tristes, mais simplement surpris. Son psychologue était-il réellement en train de lui dire qu'il pouvait le voir le week-end ? C'était surréaliste.

[À : Levi Ackerman]

Vous êtes certain de ce que vous êtes en train de me proposer ?

Nouvelle réponse quasi immédiate.

[De : Levi Ackerman]

Évidemment. Pour qui tu me prends, morveux ? Dans tous les cas, me fais pas chier. Demain, sois à l'heure.

[À : Levi Ackerman]

Comptez sur moi.

[De : Levi Ackerman]

Et cette fois, ne fais pas de connerie s'il te plaît.

Eren s'apprêtait à vite répondre, mais se stoppa aussitôt. Sa bonne humeur à peine effleurée, la voilà qui repartait déjà. Pas à cause de Levi, non. Il était plutôt content qu'il se soucie de lui et essaie de l'aider, à sa manière. Ce qui l'attristait, c'était de se rendre compte qu'il y avait effectivement pensé, dans le bus. Lorsqu'il s'était mis à pleurer, une certaine lame de rasoir à l'éclat argenté avait fait un petit tour dans son esprit et Eren n'aimait pas ça. Ce n'était pas lui, ça. Oui, il s'était déjà mutilé, plusieurs fois, et récemment, dont la veille. Néanmoins, il essayait de ne pas y penser. Il ne voulait pas y avoir recours à nouveau. Eren ne voulait pas continuer dans cette voie qui ne le mènerait qu'à sa perte. Il voulait s'en sortir, tant qu'il y avait encore un espoir. Si c'était le cas, il était très bien caché mais Eren le sentait, là, quelque part. Alors, il répondit à Levi.

[À : Levi Ackerman]

Ce n'est pas dans mon programme.

Nouvelle réponse rapide.

[De : Levi Ackerman]

Dans ce cas, je suis content. Prends soin de toi, Eren. Vraiment, j'y tiens.

Une douce chaleur traversa la poitrine d'Eren pour finir sa course au niveau de son cœur. L'imaginer, c'était une chose. Le voir écrit en était une autre. Il y avait encore de l'espoir pour lui. Cependant, il ne put s'empêcher de révéler quelque chose au noiraud, quelque chose qui le travaillait trop depuis que Jean l'avait agressé.

[À : Levi Ackerman]

Il a dit qu'il allait me briser, vous savez.

Eren ne fut même pas étonné de recevoir une réponse encore plus rapidement que les fois précédentes.

[De : Levi Ackerman]

On l'en empêchera. Je te le promets, Eren.