Disclaimer : Si j'étais l'auteur de Game of Thrones, tous les Stark auraient survécus et les enfants aussi!
Résumé : Maintenant loin du Nord, Lyarra Stark doit désormais composer avec les intrigues de la cour et les menaces qui entourent ses proches. Sera-t-elle capable de préserver ceux qu'elle aime? [La Louve du Nord tome 2]
Note de l'auteur : Merci à ma beta, Marina Ka-Fai, pour sa relecture et sa correction.
Une Louve à Port-Réal
Chapitre 4 : Tournoi et révélation
J'avais bien failli m'endormir tandis que les servantes s'étaient occupé de ma longue chevelure. On l'avait lavée, soigneusement séchée, démêlée et tressée. J'aimais la sensation de mes cheveux attachés ainsi, ça allait être moins d'entretien que lorsqu'ils étaient libres sur mes épaules ou que je ne faisais qu'une simple natte. Ce n'était pas une coiffure très répandue à la cour mais je ne m'en souciais guère. Depuis quand je me préoccupais de l'image que je renvoyais? Seule comptait ma langue. Je ne sacrifiai toutefois pas mon collier en argent que j'attachai autour de mon cou avant de me glisser dans une robe de velours bleu pâle. Aujourd'hui, je devais faire bonne impression, on allait au tournoi organisé en l'honneur de Père. Sansa était tout excitée d'être conviée dans la loge de la famille royale tandis que Arya avait hâte de voir les chevaliers combattre. Moi, j'avais autre chose à faire. Je devais ouvrir l'œil et surveiller quelques Lannister. Je doutais fort qu'ils fassent quelque chose de répréhensible devant tout le monde ou qu'ils disent une information intéressante à portée d'oreille mais il ne fallait négliger aucune piste. J'allais aussi en profiter pour observer l'écuyer du roi que je n'avais même pas remarqué. C'était mortifiant quand on y pensait. Après un dernier coup d'œil dans la glace qui me faisait face, je tournai les talons et sortis de ma chambre en laissant avec regret mon livre sur les poisons derrière moi. Je le connaissais presque par cœur mais j'aurais aimé l'emporter pour me distraire pendant les combats malgré ma mission. Après avoir vu l'exécution d'un déserteur, j'étais à la fois curieuse de voir un tournoi mais aussi dégoûtée à l'idée que du sang allait être versé devant nous. Pour une personne qui se voyait plutôt comme un mestre afin de guérir, la mort dans un tournoi était un véritable gâchis. Mais bon, je n'était pas au conseil restreint, mon opinion n'avait aucune importance à Port-Réal. Mon premier arrêt fut pour la chambre d'Arya. En voyant sa mine maussade, je m'armai de patience. Le premier combat de la journée allait commencer et il n'allait pas être à coup d'épée, mais d'argument.
-Tu n'es pas prête. fis-je remarquer d'un ton calme.
-Si. Je vais au tournoi habillée comme cela.
-Tu es en pantalon, en vêtements de voyage, Arya. Je sais que tu as une robe présentable que tu peux mettre.
-Je n'ai pas envie de mettre une robe. ronchonna-t-elle.
-Je sais. Moi, je n'ai pas envie d'aller à ce tournoi et pourtant j'y vais. Alors, tu vas me faire le plaisir de mettre une robe pour aujourd'hui.
-Il n'en est pas question! s'obstina-t-elle.
-Arya Stark, si je dois t'habiller moi-même, je le ferai. Mets une fichue robe, un point c'est tout. Allez!
Ma sœur ouvrit la bouche en signe de défi mais je fis quelques pas en sa direction et elle la referma aussitôt sans rien avoir dit. Poussant quand même un cri de protestation, elle alla chercher un vêtement plus adapté et se changea avec mauvaise humeur. Je saisis un peigne et essayai de démêler ses mèches mais sans trop de résultats. Je soupirai mais n'insistai pas.
-Bon, c'est mieux que rien. Va nous attendre en bas, je vais voir si Sansa est prête.
-C'est sûr, elle va passer la journée avec son beau prince. se moqua Arya.
-Eh bien, la ponctualité est une grande vertu. Tu devrais en prendre exemple.
-J'étais prête, c'est toi qui m'as forcée à me changer!
-Arya, je vais t'assommer. Tu veux toujours avoir le dernier mot.
-Je suis comme toi. me dit-elle en souriant effrontément avant de se sauver.
Je restai plantée sur place, incapable de répondre. Je ne pouvais pas protester, elle avait raison. Par les dieux de la forêt, j'étais fichue avec bien du monde! Souriant quand même un peu, j'allai frapper à la porte de la chambre de Sansa qui ouvrit aussitôt déjà dans une robe vert pâle et coiffée à la manière des dames de la cour.
-C'est l'heure d'y aller? me demanda-t-elle sans me saluer.
-Bon matin Sansa, ça va bien?
-Heu... Oui, bon matin... On y va?
-Oui, viens. On va descendre. L'invitai-je en roulant des yeux d'exaspération.
Elle m'emboîta le pas et se dépêcha de descendre au pied de la tour où père, Arya et Septa Mordane nous attendaient.
-Bien, vous voilà. Le tournoi va bientôt commencer. Je ne vais pas pouvoir y assister, j'ai quelque chose à faire. N'oubliez pas que vous êtes attendues dans la loge du roi Robert. J'exige que vous ayez toutes trois un comportement irréprochable, quoi qu'il se passe ou se dise. Septa Mordane veillera sur vous. C'est bien compris?
Nous acquiesçâmes et sortîmes à sa suite pour se rendre sur place. Le tournoi ayant lieu en dehors de la ville, nous y fûmes transportées dans des calèches pour que la population puisse admirer les nobles de la ville et les chevaliers en armures étincelantes défilant à cheval. Une vraie parade de conte de fée. À notre arrivée, je suivis Père qui nous introduisit auprès de la reine. Elle assura à mon père qu'elle veillerait aussi personnellement sur nous et qu'il pouvait aller rejoindre les hommes. Avant de partir, Père me donna quelques rouleaux de parchemin, on m'avait écrit et ça pourrait me distraire pendant cette longue journée. Une fois qu'il eut pris congé, Sansa fut invitée à s'asseoir aux côtés de Joffrey, Arya avec Myrcella et moi à l'arrière complètement loin de la vue de tout le monde. Le message était assez éloquent, la reine ne me voulait pas devant ses yeux. Pour le coup, ça m'agaçait d'une part puisque je ne pourrais pas bien surveiller les Lannister et mes sœurs mais pour lire ma correspondance, il n'y avait pas mieux. Les personnes qui m'avaient adressé une lettre étaient respectivement Trystane, Tyrion et Bran. En souriant, j'ouvris la lettre de mon fiancé que je parcourus avec intérêt. Il ne racontait pas grand chose de notable, relatant ses journées à Dorne et tout ce qu'il avait hâte de me montrer, me demandant comment je me portais à Port-Réal. N'ayant rien pour écrire, je fermai le rouleau soigneusement pour le relire plus tard et lui répondre. La lettre suivante était de Tyrion qui me disait qu'il était arrivé au Mur et qu'il avait pu voir les terres de l'au-delà. Il allait dans une longue description des installations, de la glace et malheureusement des manques de moyens de la Garde de Nuit. Mon père étant la Main et Robert obnubilé par moi, peut-être que je pourrais en glisser un mot? Il était drôle lui. Comme si j'étais si souvent invitée à donner des conseils au roi et à sa Main! Le post-scriptum me fit chaud au cœur, Jon transmettait ses salutations à Arya, à Sansa et à moi-même. Il m'avoua aussi que Père lui avait dit qu'il lui parlerait de sa mère à son retour et qu'il avait hâte d'en savoir plus. Pour le coup, j'en restai intrigué. Père avait dit à Jon qu'il lui parlerait de sa mère à son retour? Alors que Jon partait pour plusieurs mois au Mur s'entraîner et lui dans le Sud sans savoir quand il allait revenir? N'aurait-il pas pu prendre une soirée avec lui avant leurs départs respectifs? Décidément, là-dessus, je pensais que Lord Stark avait mal agit. La dernière lettre, celle que j'attendais depuis longtemps, était celle de mon petit frère. Je n'eus pas le temps de l'ouvrir toutefois. Je sentis une présence à mes côtés et je levai les yeux pour voir qui s'était. C'était un garçon d'environ mon âge, cheveux blond sable, yeux émeraude... L'écuyer du roi !
-Lancel Lannister? fis-je le plus naturellement que je pus tout en rangeant mon courrier dans le petit sac qui l'avait contenu.
Mon cœur se serra dans ma poitrine quand je vis l'éclair de surprise traverser son regard.
-Vous savez qui je suis? dit-il incrédule.
-Bien sûr.
Par les Dieux de la forêt, quelle phrase triste! Est-ce qu'on l'ignorait à ce point à la capitale pour qu'il fusse si étonné qu'on lui adressât la parole? C'était pourtant un Lannister non?
-Je me présente, Lyarra Stark. poursuivis-je pour ne pas laisser un malaise s'installer.
-Tout le monde sait qui vous êtes, Lady Lyarra. La fleur du Nord qui met le roi dans tout ses états. Et la reine aussi je crois, si vous êtes assise ici avec moi... me répondit l'écuyer timidement.
D'accord, pour le coup, je me sentais encore plus mal. Et je devais le surveiller attentivement comme s'il s'agissait d'un criminel? Dans une confrontation entre une mouche et Lancel Lannister, pour l'instant, j'aurais déclaré que c'était la mouche l'agresseur...
-Eh bien, je suis certaine que vous serez de meilleur compagnie que certaines personnes Ser Lancel. fis-je en souriant. Votre vie à la capitale se passe bien? Je crois que vous êtes là depuis peu, je me trompe?
-Depuis un temps en fait, ma lady. Et vous-même, tout se passe bien à Port-Réal?
-Disons que le Sud est bien différent du Nord. Cela demande un temps d'adaptation. répondis-je diplomate.
Il semblait bien gentil, l'écuyer, mais je ne pouvais pas dire des choses compromettantes s'il les rapportait au roi ou à sa cousine la reine. Ce dernier me sourit et reporta son attention sur les combat qu'il y avait lieu dans l'arène et qu'on voyait si mal. Ce fut seulement à ce moment que je remarquai que le roi était aussi arrivé et ne m'avait sûrement pas vue. Une coupe de vin, il parlait très fort et injuriait les perdants ou les gagnants. Au rythme où il vidait ce qu'il buvait, il ne tarderait pas à être complètement ivre. Je plaignais sincèrement la reine d'avoir un tel personnage comme époux. Je ne l'aimais pas mais elle devait être désabusée de vivre à ses côtés. Je cherchai Jaime Lannister du regard mais ne le vit nulle part dans la loge royale. Il devait être en plein combat ou en liste pour combattre contre les autres adversaires. Finalement, on s'ennuyait, assis à regarder des brutes se taper dessus. Je comprenais encore mieux pourquoi Père s'était opposé à cette idée. Ces gens n'avaient-ils donc rien à faire de plus?
-Vous vous ne vous amusez pas, n'est-ce pas? fit Lancel me tirant de la somnolence qui commençait à m'envahir.
-Pour être honnête... Non. Je crois que ceci est une affaire d'hommes. C'est vous qui y participez et y trouvez du plaisir. Nous les femmes, on ne fait rien sauf regarder.
-Mais les filles aiment regarder les chevaliers en armure non? s'étonna mon partenaire de spectacle.
-Pas moi. On en apprend plus sur les gens au travers d'une bonne discussion que quand ils sont sur scène à jouer les gros bras. Quoi que le tempérament de certains peuvent ressortir. S'ils sont bons ou mauvais gagnants.
-Vous êtes décidément très étrange, Lady Lyarra. fit Lancel plus pour lui-même que pour moi je crois.
Il avait murmuré ses paroles et détourné les yeux pour observer la joute en cour. C'était drôle mais cette remarque me faisait penser à ce qu'un autre Lannister m'avait dit il y avait plusieurs semaines. Tyrion disait que je ne ressemblais à aucune femme de Port-Réal. Lancel semblait penser pareil.
-Les apparences sont très importantes pour le Sud je crois, non? fis-je prudente.
-Les apparences sont au centre de tout. Pas dans le Nord?
-Non. Sans nous mettre sur un piédestal, la loyauté et l'honneur sont plus importants. Quoi que ce soit à des degrés différents selon la maison concernée.
-C'est bien différent ici. commença Lancel mais il fut interrompu.
-Lancel ! Apporte-moi à boire ! Allez, apporte-moi de la bière d'érable. On doit en avoir encore non? tonna le roi qui se tordit le cou.
Il sursauta en me voyant.
- Que diable faites-vous assise au loin, Lyanna?
Je grinçai des dents tandis que Cersei fusillait son mari.
-Lyarra Majesté, mon nom est Lyarra !répliquai-je sèchement.
Oh merde, je venais de lever la voix sur le roi devant tout le monde. Joffrey, Cersei, Lancel, mes sœurs, bref, tout le monde me dévisageait soit avec reproche soit avec effarement. Tous, sauf le principal concerné évidemment. Il éclata d'un rire tonitruant.
-Vous êtes bien comme votre sœur! Vous n'avez pas la langue dans votre poche. Oui, Lyyyyaaarrrra. Pardonnez-moi. Allez, venez vous asseoir plus proche. Vous ne devez rien y voir assise à l'arrière. Lancel, deux verres de bière d'érable. Cette demoiselle aussi devrait se rafraîchir et trinquer avec moi en l'honneur de son frère. Le tournoi est réalisé pour lui après tout.
Cruche, idiote, sans cervelle, imbécile! Je me traitai mentalement de toutes les insultes que je pus trouver et me levai, le rouge aux joues. Je glissai un regard d'excuse à Lancel et fis un pas en direction de l'avant. Non, j'allais mieux faire. Juste m'excuser par la penser, ce n'était pas suffisant. Je me retournai donc pour m'adresser à lui directement.
-Nous reprendrons notre conversation plus tard, Ser Lancel. Ne m'oubliez pas surtout. fis-je en souriant du mieux que je pus.
Je me penchai et l'embrassai sur la joue, ce qui déclencha ses rougissements et je rejoignis le roi qui m'étudiait avec curiosité. La reine pour sa part... Eh bien, je crois que je serais morte si les regards pouvaient tuer.
-Comme ça, mon écuyer vous plaît bien? Je n'aurais pas cru cela, vu que Stark et Lannister ne s'entendent pas d'habitude. commenta le souverain.
-Il a été gentil avec moi, Majesté. répondis-je d'un ton délibérément distant.
-Oui, oui. Allez, prenez place... Il y en a une de libre...
-Ici Lady Lyarra. m'invita le prince qui me fit signe avec un sourire narquois.
Cersei ouvrit la bouche pour objecter sans doute mais son mari ne lui en laissa pas le temps. D'un vigoureux signe de tête il m'encouragea à aller m'asseoir aux côtés de son fils aîné. Misère de misère. Je regrettais déjà mon ancienne place.
-Etes-vous de nature à parier comme mon oncle Tyrion, Milady? me demanda Joffrey qui se tourna vers moi.
Sansa se mit aussitôt à faire grise mine. J'allais devoir rattraper le coup avec elle à mon retour à la tour de la Main...
-Non, Votre Altesse. Mes connaissances en la matière étant limitées, je ne saurai dire qui est le plus habile pour se battre.
-Vos compétences interviennent après la bagarre n'est-ce pas? fit-il en faisant allusion à la fois où je l'avais soigné.
-Effectivement, je préfère soigner que de voir les gens se blesser.
-Mon oncle Jaime gagnera certainement le tournoi. C'est le meilleur épéiste de tout Westeros. se vanta-t-il. Même le Nord a dû entendre parler de lui.
-En effet, ses exploits nous sont parvenus.
-Ah oui, le Régicide. fit Joffrey avec dédain.
-Il y a d'autre exploits qu'il a réalisés, Votre Altesse. Fis-je, cherchant désesperemment lesquels.
Il avait bien dû faire quelque chose qui soit méritoire autre que le meurtre d'un roi? J'avais voulu flatter le prince, pas l'humilier.
-Lady Lyarra, votre verre. fit Lancel en arrivant près de moi et me tendant une choppe.
-Merci beaucoup, Ser Lancel. lui dis-je avec un sourire.
-Ce n'est pas un ser, il n'est pas chevalier. fit remarquer Joffrey l'air boudeur.
-Certes, mais je ne me vois pas l'appeler simplement Lancel, mon prince. Je tiens à rester polie.
-Sauf avec le roi? marmonna la voix de la reine derrière moi.
Ce qui me fit rougir une fois de plus. Plusieurs combats eurent lieu à mon plus grand désenchantement. Quand je ne reconnaissais pas les adversaires, pour flatter l'orgueil du prince, je lui demandais qui entrait en liste. À défaut d'apprécier les batailles, je pouvais au moins en apprendre plus pour pouvoir reconnaître les hommes que je pourrais éventuellement rencontrer plus tard. Enfin, sauf Hugh du Val qui mourut sous mes yeux. Bien que j'eus l'envie de déguerpir car c'était exactement le genre de spectacle que je ne voulais pas voir, je restai impassible sous le regard intéressé de mon voisin qui attendait sûrement que je pousse un cri d'indignation. Si c'était le cas, il en fut certainement fort déçu. La journée sortit de sa monotonie quand, suite au combat qui avait vu s'affronter Loras Tyrell et Robar Royce, le garçon qu'on appelait le chevalier aux fleurs sortit une rose rouge qu'il vint apporter à Sansa. Les autres dames avaient eu droit à des fleurs blanches mais elle à une fleur rouge. Je trouvai l'attention touchante et je le remerciai intérieurement d'avoir redonné le sourire à ma petite sœur.
-Vous êtes sans conteste la plus jolie demoiselle de la compétition si vous voulez mon avis. me glissa le prince à l'oreille ce qui me fit frissonner.
Mais pas un frisson agréable. Un de gêne. À quoi jouait-il? Il était fiancé à Sansa, pas à moi! Pourquoi me faisait-il du charme ainsi? Pour faire du mal à Sansa? Pour avoir un jouet de plus à sa disposition?
-Je n'aurais accepté de fleur de la part de personne d'autre que celle de Trystane Martell. lui répondis-je avec la plus grande amabilité que je pus. Vous savez sans doute que j'ai été promise au prince de Dorne.
-Hum. La rumeur court en effet au sujet de cette mésalliance avec un enfant. répondit Joffrey qui releva le menton dans une attitude hautaine.
J'avais déjà levé la voix sur le roi, j'avais donc fait une faute aujourd'hui... Est-ce que ça aggraverait mon cas si je giflais maintenant le prince? Sûrement... Sans doute... Dommage... Je le détestais ! Je ne connaissais pas bien les Martell mais de là à dire que c'était une mésalliance?! Eh bien, je défendrais mon fiancé face à ce petit blond arrogant ! Toutefois, pas maintenant. Je risquais d'être un peu trop honnête et directe dans mon discours.
-Je me sens lasse. Je vais aller me rafraîchir et me promener quelque peu. dis-je en me levant.
-Je vous accompagne. fit le prince qui glissa ses longs doigts froids le long de mon coude...
Misère, le père qui me regardait avec concupiscence, la reine qui souhaitait m'arracher la tête et maintenant le prince qui prenait tout prétexte pour me toucher... J'étais servie avec la famille royale!
-Joffrey, je crois que tu as bien rempli ton devoir d'hôte auprès de Lady Lyarra. Tu devrais maintenant t'occuper de ta promise. intervint la reine d'un ton mielleux. Je suis sûre qu'elle ne se vexera pas si tu restes avec sa sœur. ajouta-t-elle.
Pour une rare fois, j'étais d'accord avec la lionne.
-Aucun problème avec cela en effet, Votre Majesté. Peut-être que votre cousin Lancel pourrait me faire escorte?
-Non. grinça Joffrey. C'est un incapable. Mon oncle Jaime vous escortera.
Il le fit appeler sans attendre la permission de sa mère ou de son père... Quoi que ce dernier était tellement pris dans son vin et les joutes qu'il ne remarquait plus personne. A en juger par son expression quand il arriva, Jaime Lannister était tout sauf enchanté de jouer les gardes-du-corps auprès de ma personne. Je me retins de lui demander d'échanger de place avec l'écuyer du roi qui jouait les échansons. Le chevalier couvert d'or me suivit donc en dehors du campement du tournoi, restant silencieux, ne cachant guère son mécontentement. Le silence risquait de durer toute la balade et je n'affectionnais pas trop les climats tendus... Marchant vers les abords d'un bois, je cherchais ce que je pourrais bien dire pour briser l'inconfort entre nous.
-Aviez-vous une joute qui allait commencer? demandai-je finalement.
-Non.
Bon eh bien, essayons autre chose.
-Vous avez bien combattu jusqu'à présent.
-Oui.
Bon sang, est-ce que je perdais mon temps?
-Ça fait longtemps que vous êtes dans la Garde?
-Un moment.
Par les dieux anciens et nouveaux, il n'était pas très coopératif !
-Pourquoi l'avez-vous tué? fit-je soudainement inspirée en me tournant vers le chevalier.
Ce dernier cligna ses yeux émeraude de surprise...
-C'est fou à quel point Joffrey lui ressemble! pensai-je distraitement.
-Qui ça? demanda Jaime réticent.
-Vous savez très bien de qui je veux parler. Ne faites pas semblant.
-Vous voulez le rapporter à votre père? railla-t-il.
-Eh bien Ser, vous avez peut-être hérité de la beauté légendaire des Lannister mais votre frère a clairement plus de manières. Non, je ne souhaite pas courir tout rapporter à Lord Stark. Il s'est fait son opinion sur vous et cette histoire.
-Eh bien, vous n'avez pas besoin de me poser la question dans ce cas.
-Mon p... Mon frère s'est fait une opinion. Pas moi. Je suis curieuse de savoir pourquoi vous l'avez tué.
-Parce que j'ai aucun honneur. Je lui ai enfoncé l'épée dans le dos et je l'ai regardé mourir. Nous étions en guerre, voilà tout. me répondit le soldat avec sarcasme.
-Bien. dis-je froidement.
Ce dernier me regarda avec un sourire insolant mais qui disparut quand je poursuivis.
- Et si vous me disiez la vérité cette fois?
-Mais c'est la vérité. Nous avons tous mas...
-Oh, je vous en prie! m'exclamais-je agacée. J'ai de l'estime pour Lord Tyrion qui en a pour vous. Vous n'auriez pas tué le roi si vous aviez eu d'autres choix.
-Par les Sept, vous êtes agaçante vous savez?
-Oui, on me le dit très souvent. Alors?
Le chevalier en armure d'or resta silencieux un moment me jetant parfois des regards que je ne parvenais pas à déchiffrer. Instinctivement, je ne le relançais pas, sachant qu'il pesait le pour et le contre.
-Mon frère a aussi de l'estime pour vous, ce que je ne comprends pas. Vous êtes bizarre et loin d'être un prix de beauté, quoi qu'en dise le roi Robert.
-Ce que le roi Robert pense m'est parfaitement égal.
-Nous le savons. Vous êtes particulièrement claire à se propos.
Il fit une pause, puis enchaîna :
-Je ne sais pas pourquoi je vous le dis mais je vais vous le raconter. Le précédant souverain... Il avait du feu grégeois. Il allait brûler tout Port-Réal. Il en a donné l'ordre lorsque la ville a été assiégée. C'est le dernier qu'il a donné à son maître du feu. J'ai commencé par lui avant de me tourner vers le roi. Je ne pouvais pas le laisser faire. Peu après l'avoir tué, votre frère est entré dans la salle du trône où je venais de m'asseoir sur le siège, les jambes tremblantes. Je n'avais que 18 ans à l'époque quand j'ai brisé mon serment.
-Vous avez occis un être qui voulait détruire sa capitale, ce qui l'aurait tué, ainsi que sa belle-fille et ses petit-enfants, et en récompense de ce geste salutaire pour Westeros, on vous appelle le Régicide?! Ce même roi qui a tué mon père Rickard et mon frère Brandon? dis-je sincèrement désolée pour mon vis-à-vis.
-Je ne veux pas de votre pitié. se renfrogna Jaime.
-Eh bien, vous allez devoir faire avec ma compassion que cela vous plaise ou non. lui répondis-je fermement.
-Vous n'êtes décidément pas comme les autre femmes. soupira-t-il.
-Non Ser Jaime. Non. Je ne suis pas comme les autres. Et je ne vous méprise pas. Vous êtes un peu brusque mais je dois vous avouer que vous me plaisez bien.
Ce dernier se renfrogna, mais je le détrompai aussitôt.
-Pas comme cela. Un peu comme un grand frère casse-pieds. Je suis fiancée à Trystane Martell, et je lui serai fidèle jusqu'au jour de mon mariage. Pas d'inquiétude à vous faire. Et maintenant, retournons à l'arène. Il ne faut pas que vous manquiez vos prochains combats.
Ce dernier me sourit et me tendit le bras.
-Si vous voulez bien me suivre, Lady Lyarra.
-Volontiers, Ser Jaime.
