Disclaimer : Si j'étais l'auteur de Game of Thrones, tous les Stark auraient survécu et les enfants aussi!

Résumé : Maintenant loin du Nord, Lyarra Stark doit désormais composer avec les intrigues de la cour et les menaces qui entourent ses proches. Sera-t-elle capable de préserver ceux qu'elle aime? [La Louve du Nord tome 2]

Note de l'auteur : Merci à ma beta, Marina Ka-Fai, pour sa relecture et sa correction.

Une Louve à Port-Réal

Chapitre 6 : Longue vie au roi

Nous étions en plein repas du soir lorsqu'on fit irruption dans la salle à manger. Mon père n'était toujours pas revenu et ne nous avait pas fait parvenir des nouvelles, j'avais donc prit la décision de manger à l'heure habituelle avec mes soeurs sans l'attendre. Nous tressaillîmes en voyant Lord Renly Baratheon entrer en trombe dans la pièce sans se faire annoncer. Un comportement très cavalier et peu coutumier des usages de la cour. Toutes les trois, nous le dévisageâmes avec surprise tandis que Septa Mordane s'exclamait que ce n'était pas correct de faire ainsi son entrée. D'un geste de la main, je fis taire notre professeur de l'étiquette et de broderie.

-Lord Baratheon, il y a un problème? Vous êtes tout en sueur, puis-je vous offrir un verre d'eau? proposais-je en me levant.

Il était aussi très essoufflé, à croire qu'il avait couru pour venir ici... C'était peut-être le cas. Il avait son armure sur le dos et s'appuyait sur ses genoux pour reprendre sa respiration. Un comportement qui ne pouvait que m'inquièter. Avec l'absence de Père et cette arrivée anormale, il y avait de quoi éveiller mes soupçons mais je tenais quand même à rester courtoise.

-Non, non. Pas d'eau. On vous demande dans la chambre du roi, Lady Lyarra, sur le champ.

-Ser, en voilà une proposition indélicate! s'exclama la septa.

-Dans la chambre du roi? répétai-je interloquée.

-Oui, immédiatement. Lord Stark m'a envoyé vous chercher. Le roi a demandé à vous voir.

-D'accord, j'arrive. Je reviens dès que possible. ajoutais-je à l'adresse de mes soeurs qui me regardaient, soucieuses.

Je déclinai l'offre de la septa pour être chaperonnée et suivis le frère du roi en dehors de la tour à grand pas. Je ne comprenais rien à la situation. Que se passait-il enfin? Pourquoi me demander auprès de l'ami de Père? Cela avait aucun sens... Minute, il n'était pas parti à la chasse ce matin? Je ne pensais pas qu'il serait déjà rentré.

-Pardonnez-moi Lord Baratheon mais vous n'étiez pas avec le roi à la chasse aujourd'hui? L'expédition du roi s'est déjà terminée?

-La chasse a été interrompue. fit-il sombrement.

-Je vois.

Interrompue. Il s'était passé quelque chose de grave. De très grave... Et vu les soupçons que Père et moi entretenions sur la sécurité au Donjon Rouge, rien de bon ne pouvait sortir de mes conclusions. Instinctivement, j'accélérai le pas pour me rendre plus vite à la chambre où j'étais attendue. Je ne connaissais pas le trajet exact bien que j'en avais une vague idée, ayant parfois exploré les différentes salles du château. Guidée par le chevalier, je me rendis finalement devant la porte de la pièce où on m'attendait. Je vis la reine sortir avec ses enfants et me foudroyer du regard avant de s'éloigner dans le corridor, escortée par son frère.

-Entrez Lady Lyarra. Je vais monter la garde. me glissa lord Renly.

J'inspirai profondément et frappai au battant avant de pénétrer dans la chambre. L'odeur me sauta au visage et je ravalai mon dégout Une odeur de pourriture, de sang, une odeur de mort... Mon père était debout auprès du lit où était étendu le roi. Ce dernier tourna la tête vers moi et me fit un large sourire malgré la faiblesse évidente qu'il éprouvait.

-Mon enfant, merci d'être venue. Haleta-t-il.

-Votre Majesté, je suis venue dès que votre frère m'a prévenue que vous désiriez ma présence. Que puis-je pour vous? demandais-je en exécutant une révérence.

-Pas de cela. Il n'y a plus de roi qui tienne. Je ne souhaite qu'une chose, regarder ton visage pendant que je m'en aille de l'autre côté.

Interrogative, je tournai la tête vers mon père pour demander des explications sur l'état de Robert.

-Un sanglier. Il n'a pas su l'éviter. me répondit-il tristement.

-Je vois...

Je pris une chaise et, suivie du regard par les deux hommes de la pièce, allai m'installer au chevet du mourant. Je n'aimais pas cet homme mais si sa dernière volonté était de voir mon visage qui lui rappelait tellement celle qu'il avait aimée, je n'allais pas refuser. Aux portes de la mort, que je fusse Lyanna ou Lyarra Stark, ça n'avait plus aucune importance. Je pris sa main entre les miennes et le regardai avec compassion.

-Je suis désolée Maj... Ser Robert. dis-je doucement.

-Ned, tu as fais un travail fantastique avec ta fille. soupira le roi qui me sourit en retour. J'espère que tu pourras en faire autant avec Joffrey.

-Avec Joffrey? demanda lord Stark.

-Je n'ai été ni un bon père, ni un bon mari, ni un bon roi. Je désire que tu sois le régent des Sept Couronnes. Dirige Westeros le temps que mon fils devienne adulte et apprends-lui à être un vrai seigneur. Sa mère le couvre trop et lui fait passer tous ses caprices.

-Robert... commença Père avec une gêne qui m'étonna.

-Bon sang Ned, je ne t'ai jamais écouté et voilà où j'en suis rendu. Tu peux faire cela pour moi non? Je suis mourant. Tué par un foutu sanglier parce que j'avais trop bu. Cet imbécile d'écuyer m'a fait boire et boire. Boire à la chasse, peut-on concevoir une telle chose! Il n'y a bien qu'un crétain comme moi pour faire cela.

-Ser, ne vous agitez pas. fis-je doucement.

Je ne tenais pas à ce qu'il accélère son trépas à cause d'une forte émotion. D'autre part, je sentais le froid m'envahir. Lancel, le gentil Lancel avait fait boire plus que de raison le roi à la chasse? Ce qu'était imprudent comme venait de dire l'ami de Père. Accident ou acte délibéré? Par les dieux de la forêt, ça me donnait froid dans le dos. Qu'est-ce qu'allait devenir Westeros une fois Robert parti? Je connaissais pas de grand admirateur du roi mais il avait une qualité indéniable. Aidé de Lord Arryn, il avait réussi à rétablir la paix dans les Sept Couronnes et même un sentiment de sécurité qu'on avait pas connu depuis longtemps avec Aerys II le fou. Ce qui me fit repenser à ce que Ser Jaime m'avait confié. Il avait vraiment sauvé la situation. S'il n'avait pas tué le roi, un acte qui aurait dû lui valoir le respect des autres, la capitale aurait pu être entièrement détruite. Robert aurait peut-être gagné mais à quel prix? Comment pouvait-on monter avec sérénité sur le trône alors que des centaines de milliers de civils étaient mort par notre guerre? Des soldats étaient une chose mais des femmes et des enfants? J'étais déjà horrifiée du sort que la princesse Elia avait subi avec ses enfants... J'avais commencé à étudier avec plus d'attention l'histoire de Dorne depuis mon arrivée à Port-Réal. Donc, à l'échelle d'une ville? Impensable... Le roi me ramena à la réalité alors que j'étais plongée dans mes pensés. Il avait retiré sa main et avait demandé à mon père de lui apporter du parchemin avec une plume et un encrier. Dû à sa faiblesse, il faillit renverser la bouteille mais je la rattrappai avant qu'elle ne se renverse sur les draps.

-Vous êtes très prévenante. Vous ferez une excellente épouse... Il en a de la chance ce Martell. dit-il en me jetant un regard rempli de nostalgie. Tu es bien différente de Lyanna sur de nombreux points. Tu lui ressemble physiquement, tu es très indépendante, mais tu as un très grand sens des responsabilités et un souci d'autrui qu'elle n'avait pas toujours... Allons, je n'ai plus tellement de temps devant moi.

Il saisit la plume et se mit à écrire. Père et moi restâmes silencieux le temps qu'il rédige sa missive et lorsqu'il eut signé, il demanda à ce que tous deux la signions pour attester que c'était bien lui qui l'avait écrite. Curiosité quand tu nous tiens, je parcourus rapidement les lignes. Les dernières volontés du roi étaient très claires. Il demandait comme il l'avait annoncé que le gouverneur du Nord, sa Main, prenne la régence en attendant que Joffrey atteigne sa majorité.

-Ceci sont mes dernières volontés pour la succession mais il y a autre chose Ned. fit Robert avec réserve.

-Quoi donc?

-Tu avais raison au sujet de la fille. J'étais dans mon tort. Elle a droit de vivre. Laissez-la vivre en paix. Elle n'est pas responsable des péchés de ses ancêtres.

-Je suis soulagé que tu vois les choses comme moi Robert. soupira Père.

Un soupir de soulagement je devinai, même si je n'avais aucune espèce d'idée de quoi il parlait. La fille? De quelle fille ils parlaient tous deux? Les péchés du père? Le droit de vivre? Est-ce que ça signifiait qu'on avait essayé de la tuer? Si c'était le cas, pauvre enfant! J'espérais qu'elle n'avait pas trop été terrifiée par ces tentatives... Au moins là, elle pourrait respirer quand elle apprendrait que le roi ne serait plus dans quelques temps. Robert remit les accessoires d'écriture à Père et reprit ma main dans la sienne. Je croisai ses yeux bleu et comprit que ces simples gestes et discours l'avaient énormément épuisé. Il se rallongea contre ses oreillers. Il n'en avait plus pour très longtemps... Et je me surpris à être infiniment triste. Après tout, malgré son obsession envers moi, il avait été le plus respectueux et le plus gentil des membres de la famille royale que j'avais côtoyés de près.

-Je suis certaine que les Sept vous feront bonne acueil, Votre Majesté. murmurai-je pour ne pas le troubler.

Ces paroles ne s'adressaient pas tout à fait à lui, plus pour moi-même et pour les dieux du sud. Silencieux de part et d'autre du lit, Père et moi veillâmes sur le roi qui n'ajouta rien. Il avait fermé les yeux et sa respiration devenait de plus en plus haletante. Peut-être que le mestre Pycelle aurait pu faire quelque chose mais en juger l'immobilité de mon père, j'en conclus que son ami avait déjà signifié son refus de le recevoir à son chevet pour ses derniers moments... Seules nos pensés raisonnaient dans le silence de la chambre. Nos pensés au rythme de nos respirations jusqu'à ce que l'une d'elles ne s'arrête. Jusqu'à ce que les couvertures du lit cessent de se soulever et que la main dans la mienne ne se relâche. Je laissai une larme couler sur ma joue et relâchai mon étreinte avec délicatesse avant de me lever et de me tourner vers mon père.

-C'est fini... Longue vie au roi Joffrey Baratheon, premier du nom, roi des Andals, de Rhoynar et des Premiers Hommes, suzerain des Sept Couronnes et Protecteur du royaume... déclarais-je sombrement.

Le nouveau règne qui s'amorçait ne m'inspirait aucune confiance contrairement à celui qui venait de s'achever. Le fils n'était pas le père. Si dans certains domaines c'était une bonne chose, en d'autres c'était bien déplorable. Père resta immobile fixant le corps de son ami. Je me trémoussai sur place, un peu mal à l'aise, mais ne voulant pas interrompre son recueillement. Enfin, je l'entendis dire d'une voix défaite :

-Pardonne-moi de ne pas t'avoir dit la vérité. Tu dois maintenant la savoir de là haut.

-Père...? fis-je surprise.

-Je n'ai pas su lui dire. Il vivait ses derniers moments. S'il n'y avait pas eu cette attaque du sanglier, je lui aurais tout dit à son retour. Mais là... Cela change tout. Cela complique absolument tout.

-Mais... De quoi parlez-vous?

-Joffrey, Myrcella et Tommen ne sont pas les enfants du roi. C'est ce que Jon Arryn avait découvert avant sa mort. Voilà pourquoi les Lannister l'ont supprimé. Pour l'empêcher qu'il le dise au roi. Et sans doute pour cela qu'ils ont tué Robert. Ou essayé.. Ceci reste nébuleux. Ils ont dû savoir que j'avais retracé moi aussi la vérité.

-Attendez, que signifie ce que vous venez de dire? demandais-je, un vertige m'obligeant à me rasseoir.

Je n'étais pas idiote, je savais les implications que cela engendrait, mais... Non, je m'y refusais. Il ne pouvait pas y avoir une difficulté de plus. Un merdier de la sorte était juste trop gros. Un enfant illégitime, d'accord. Mais tous? Par les dieux ancien et nouveaux, on allait droit à la catastrophe. Et pour être totalement honnête, j'étais sincèrement terrifiée.

-Cela implique que Stannis Baratheon est l'héritier légitime de Westeros. Je dois le prévenir Lyarra. Toi, tu devrais rentrer à la tour de la Main... Et préparer Sansa et Arya à partir. Cela va être agité dans les prochains jours.

-Agité, agité! Vous plaisantez Père? Cela fera scandale, n'ayons pas peur des mots! Et que faites-vous du documents que le roi a signé? Ses dernières volontés étaient que Joffrey monte sur le trône, pas son frère Stannis.

-Je le sais Lyarra, mais je vais devoir rectifier le document. Va pendant que je préviens Lord Renly et la reine.

Il ouvrit la porte et fit entrer le seigneur d'Accalmie. J'admis que je restai un long moment, le temps de remettre de mon choc. Falsifier une lettre posthume me semblait mal et la volonté de mon père de prévenir la reine me paraissait très dangereuse. N'avait-il pas compris à quel point les Lannister étaient impitoyables? Lord Arryn était mort et maintenant Robert. Je fus soulagée en voyant Renly prendre les choses en main en expliquant qu'avec ses hommes, il pouvait mettre aux arrêts la famille royale le temps de la passation de pouvoir. La reine et les enfants resteraient dans leurs appartements en attendant l'arrivée de Stannis. Ça n'éliminait pas le danger, mais ça allait quelque peu le limiter... Je bondis de ma chaise en voyant Père refuser.

-Ne soyez pas inconscient Père, des mesures doivent être prises, enfin!

-Ce n'est pas honorable, Lyarra. Tout ceci dépasse ton rôle. Je t'ai demandé de retourner à la tour, c'est un ordre. commanda-t-il avec sévérité.

Je voulus protester, mais il refusa de m'écouter et sortit de la chambre mortuaire.

-Mais il est fou... Il est totalement inconscient. me plaignit-je auprès de Lord Renly.

-J'en suis parfaitement conscient, Lady Lyarra. En attendant, obéissez-lui, allez préparer votre départ. me dit-il compatissant avant de sortir à son tour.

Je pris plusieurs inspirations pour essayer de retrouver mon calme. Puis, avant de quitter à mon tour la pièce, je regardai la dépouille du roi.

-Majesté, si vous pouvez agir de là-haut, faites entendre raison à mon père. soupirai-je, tremblant de tous mes membres.