Disclaimer : Si j'étais l'auteur de Game of Thrones, tous les Stark auraient survécu et les enfants aussi!

Résumé : Maintenant loin du Nord, Lyarra Stark doit désormais composer avec les intrigues de la cour et les menaces qui entourent ses proches. Sera-t-elle capable de préserver ceux qu'elle aime? [La Louve du Nord tome 2]

Note de l'auteur : Merci à ma beta, Marina Ka-Fai, pour sa relecture et sa correction.

Une Louve à Port-Réal

Chapitre 7: La mort de l'enfance

Je ne savais pas comment j'avais fait mon compte mais j'avais réussi à m'égarer dans le Donjon Rouge après être sortie des appartements royaux. Je montais et descendais des escaliers, arpentais des longs corridors jalonnés de colonnes et de fenêtres qui s'ouvraient sur la nuit noire. Père allait être furieux que je n'avais pas encore obéi mais pour l'instant je n'en avais cure. Je marchais et marchais, mon cerveau surchauffant sous les réflexions. Comment ça allait finir toute cette histoire? Comment les Lannister allaient réagir à la décision de mon père? Est-ce que les Martell allaient venir dans le Nord pour me voir ou j'allais partir pour le sud tandis qu'eux repartiraient à Winterfell? Si c'était le cas, je n'aurais eu que quelques semaines au lieu d'années avant d'être obligée de les quitter pour ma nouvelle famille... Je sortis dans une cours intérieure et tombai sur une personne qui montait la garde près d'une porte. Je mis un moment à le reconnaître et malheureusement pour lui, il venait de tomber sur moi. Je m'apprêtai à l'apostropher, lui lancer des accusations en pleine figure, mais je m'arrêtai à temps. Non, ça serait imprudent de faire cela... Même si j'avais de sérieux doutes sur l'innocence du jeune homme dans la mort du roi, si je m'en prenais à lui, j'allais éveiller les soupçons. Déjà que mon père allait faire des vagues chez les lions, je n'allais quand même pas en ajouter. Si j'arrachais la tête de l'écuyer, la reine me ferait embarquer pour un sermon avant même le lever du jour.

-Ser Lancel, je suis égarée, pouvez-vous m'aider? demandai-je plutôt, essayant de contrôler mon ressentiment.

Ce dernier leva la tête en sursautant. Je le vis plisser les yeux en ma direction. Il devait sans doute essayer de me reconnaître. Avec les torches du couloir dans mon dos, mon visage était sûrement dans l'ombre. Je m'avançai plus dans la cour pour l'aider à m'éloigner du contraste de luminosité.

-La... Lady Lyarra? demanda-t-il finalement avec nervosité.

-Oui, c'est moi. Pouvez-vous m'aider à regagner la tour de la Main, je vous prie? Je me suis égarée en revenant de... De mon rendez-vous. expliquai-je.

-La reine m'a demander de garder la porte du r... Du prince Joffrey. fit-il gêné.

-Peut-être que vous pourriez me l'expliquer dans ce cas? M'enquis-je avec une patience méritoire.

Je n'avais pas envie d'être gentille ce soir. Tout allait mal et garçon innocent ou pas, je n'étais pas d'humeur à endurer des hésitations sans fin.

- Un serviteur peut-il être appelé? Il pourrait m'indiquer le chemin.

-Bien sûr. En fait, il vous suffit de...

Il m'expliqua ce que je devais faire pour regagner la tour de mon père et j'acquiesçai à ses informations.

-Merci Ser Lancel. Je vous souhaite une bonne garde auprès du R... Du prince Joffrey.

Tandis que l'ancien écuyer du roi Robert me jetait un drôle de regard, je quittais la cour à grand pas. Un accident ou un meurtre? Cette question tourna en boucle dans ma tête jusqu'à ce que je regagne mes appartements. Mes soeurs étaient couchées à mon arrivée et je n'eus pas le courage de les réveiller. J'aurais à répondre à des dizaines de questions si je leur demandais de faire tout de suite leur bagages. Et la journée avait été épuisante, même pour moi. Mais bien que je n'allais pas les prévenir, bien que j'étais morte de fatigue, je fus incapable de m'allonger sur mon lit, l'angoisse me nouant l'estomac. Alors, je fis venir du thé chaud dans ma chambre et entrepris de ranger ce que je venais tout juste de sortir de mes malles. Mes vêtements quittèrent les commodes avec mes bijoux, les tableaux que j'avais accrochés furent retirés et soigneusement enveloppés dans des linges pour les protéger puis je les disposai dans un coffre. Mes pots qui contenaient des odeurs pour me parfumer ou pour parfumer la pièce furent aussi soigneusement empaquetés dans mes bagages. Le soleil pointait le bout de son nez par la fenêtre quand je mis la dernière touche à mes préparatifs. J'avais retiré mes vêtements de la veille afin de prendre un bain bien froid pour me donner un coup de fouet et j'enfilai une robe noire en signe de deuil. Je sortis alors de la chambre que j'avais occupée et fit signe à Septa Mordane qui me regarda, effarée à cause de la tenue que je portais.

-Septa Mordane, je présume que Père n'est pas rentré ce soir ou qu'il est encore au lit?

-Non Mademoiselle, il n'est pas encore rentré. Puis-je faire quelque chose pour vous?

-Oui, faite venir mes soeurs dans ma chambre immédiatement.

-Je crois qu'elles dorment encore Mademoiselle.

-Alors, qu'elles se lèvent. ordonnai-je. C'est assez important, Septa Mordane. Après, vous commencerez à emballer nos affaires.

-Vos affaires Mademoiselle?

-Nous quittons Port-Réal. Aujourd'hui. expliquai-je. Père me l'a ordonné hier soir avant que je n'entre.

-O... Oui Mademoiselle. Je comprends. Je vais réveiller Lady Sansa et Lady Arya et leur dire que vous les attendez sur le champ dans votre chambre. fit-elle en s'inclinant et filant dans le corridor.

Dans un long soupir, je m'adossai au mur et massai mes tempes du bout de mes doigts. Je sentais monter un mal de tête. J'avais hâte que la journée se termine et qu'on soit déjà sur la route. Vers le Nord sûrement. C'était ce que Père voulait, sans doute...

-Lyarra? Lyarra! Que se passe-t-il? me demanda Arya qui se précipita sur moi tout échevelée; sa robe de nuit flottant dans son sillage.

Je regardai son visage inquiet et sentis les larmes me monter aux yeux. Je la saisis et l'étreignis fort contre moi. Ma soeur... Ma pauvre soeur... J'espérai lui épargner le stress que nous allions vivre dans les prochains jours, le temps qu'on allait quitter Port-Réal en trombe.

-Par les Sept, Lyarra, il est bien trop tôt! Pourquoi une telle rencontre... Lyarra? Pourquoi es-tu en noir? s'enquit Sansa qui fit son arrivée à son tour, toute impeccable.

-Venez, je dois vous parler. C'est grave.

Je les reconduisis dans ma chambre et fermai la porte. Mes soeurs échangèrent un regard effaré lorsqu'elles virent mes valises.

-Tu pars déjà pour Dorne? Tu avais dit que tu avais encore plusieurs mois avant de devoir le faire. attaqua Arya en premier.

-Non. Nous partons pour le Nord.

-Mais je dois épouser... commença Sansa.

-Silence! Sansa, tu oublies que ta loyauté va en premier à la famille Stark et aux Tully. Je sais que tu adores le prince Joffrey mais là, tu vas penser au bien de tout le monde et écouter ce qu'on te dira de faire. Lorsque vous allez sortir d'ici, vous allez directement dans vos chambres et faire vos bagages. Tout de suite, sans délai. C'est bien compris?

-Oui, mais... Que se passe-t-il Lyarra? Pourquoi on doit partir? demanda Arya l'inquiétude se reflétant sur son visage.

-Je ne peux pas tout vous dire tant qu'on ne sera pas parties de Port-Réal. Mais vous devez savoir que le roi Robert est décédé hier soir. Sa succession va engendrer du trouble au Donjon Rouge et Père nous veut loin d'ici.

-Mais, nous allons pas assister à ses funérailles? s'enquit Sansa inquiète. Ça ne serait pas plus poli de rester ici le temps de l'enterrement?

-Dis plutôt que tu veux rejoindre ton prince.

-Arya, s'il te plaît. Non Sansa, c'est trop risqué. Allez vite faire vos paquets maintenant. Allez. Et ne parlez à personne de ce que je viens de vous dire.

Mes soeurs acquiescèrent à mes recommandations et sortirent. Moi, je pris un moment pour reprendre mes esprits puis aller m'asseoir au bureau. Je pris de l'encre et du parchemin que je n'avais pas rangés, étant des accessoires que le Donjon Rouge nous avait offerts. J'entrepris d'écrire une lettre pour les Martell, les informant qu'un événement imprévu me forçait à regagner Winterfell au plus vite et de m'excuser auprès du prince Oberyn qui devait venir m'enseigner la culture dornienne. Je lui serais extrêmement reconnaissante s'il acceptait de me retrouver dans le Nord au lieu de la capitale. Après l'avoir lue et relue, je m'en déclarai satisfaite. Même si les Lannister tombait sur ma lettre, il n'y avait rien de compromettant dans mes lignes. Je pris une autre feuille de parchemin et entrepris cette fois d'écrire à ma mère. Cette fois ça allait être plus difficile, n'ayant pas échangé avec elle depuis son attaque envers moi suite à la chute de Bran. Je l'informai en premier de la mort du roi et que mon petit frère avait été attaqué. Dans des termes plutôt naïfs, je lui dis que je ne me sentais pas à l'aise après la maladie de Jon Arryn, l'accident du roi et l'attaque de Bran. Qu'après avoir insisté, Père m'avait donné l'autorisation de repartir. Je lui dis aussi que je trouvais le climat de la ville trop suffocant pour moi. Si Lady Stark lisait bien entre les lignes, elle comprendrait que c'était pour nos vies que je craignais après la mort suspecte de deux hommes et que le climat devenait dangereux pour nous les Stark. Les Lannister n'y verraient sans doute rien de bien menaçant. Juste une jeune femme qui avait le mal du pays. Ma dernière lettre fut pour Tyrion et récupérait les mêmes informations que les deux missives précédentes. Une fois le tout bien rédigé, je scellai mes lettres et me préparai à aller les poster. Je les glissai dans une poche de ma robe avant de sortir de ma chambre. Deux chose à faire, donner un coup de main aux domestiques à empacter nos affaires et envoyer des corbeaux. Me voir les aider à tout ranger ne fit qu'angoisser notre maisonnée. Peut-être que j'aurais dû y réfléchir à deux fois mais les voir aller deux fois plus vite n'était pas pour me déplaire. Je ne fus pas tellement surprise de voir que Arya avait fini en premier. Elle avait dû tout mettre sans dessus dessous dans ses malles. Avec elle, je commençai à descendre dans l'entrée nos coffres les plus légers, les lourds étant laissés aux hommes.

-Va voir où en est Sansa veux-tu bien? fis-je lorsque la dernière choses fut faite. J'ai du courrier à envoyer. Je reviens vite. lui dis-je et elle acquiesça avant de monter les escaliers. Moi, je sortis de la tour et me hâtai à travers le château pour me rendre à la volière où se tenaient les corbeaux.

-Deux lettres pour Winterfell et une pour Lancehélion. informais-je le garçon en charge des volatiles.

Il ne dit rien, se contentant de tendre la main et je lui remis les rouleaux de parchemin. Après une hésitation, j'ajoutai quelques cerfs d'argent. Il me dévisagea, surpris, mais sembla comprendre le message puisque je le vis aussitôt poster les lettres sans attendre. Je le remerciai et retournai à grand pas vers la tour de la Main. J'y étais presque quand je vis Arya venir à ma rencontre. Tout comme moi, elle affichait une mine préoccupée.

-Sansa a presque terminé. On va pouvoir partir dans maximum une heure m'a dit Septa Mordane.

-Merci Arya. soupirai-je soulagée.

-Père n'est pas encore là. Est-ce qu'on va le voir avant de quitter?

-Je l'espère Arya, je l'espère. Mais s'il n'est pas là...

En fait, je ne savais pas trop ce que je devais penser. Devais-je partir à sa recherche où continuer à organiser notre départ? Il m'avait très clairement fait comprendre hier soir qu'il ne voulait pas de mon opinion dans ce qui allait arriver et ses instructions avaient été très claires. Je devais nous préparer à quitter Port-Réal mais devais-je attendre son accord? Ou bien je devais foncer avant qu'on nous retienne? Je détestais vraiment cette situation. J'avais l'impression d'avancer à l'aveugle dans un lieu inconnu et plongé dans le noir. Sans savoir si j'allais tomber dans un trou ou contre un mur, sans savoir si des ennemis me guettaient dans l'ombre. Mes compétences avaient été de gérer mes soeurs et frères, à m'apprêter et à tirer à l'arc, pas à organiser une fuite. Je soupirai de nouveau et allai reprendre la parole quand une vision me glaça le sang. J'aperçus des soldat aux couleurs Lannister débarquer en courant devant la tour de la Main, épées aux poings, et se précipiter à l'intérieur.

-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a encore? demanda Arya de nouveau.

Je devais être livide. Je me retins de vaciller sur mes jambes tremblantes. Trop tard... Il était trop tard... C'était ce qui me venait à l'esprit alors que j'entendis des cris monter depuis la tour. Arya se retourna et aurait peut-être foncé mais je bondis en avant et lui saisis le bras. Elle poussa un cri de douleur. Je lui serrais le bras de toutes mes forces. Sans ménagement, je la tirai plus loin derrière une colonne. Un coup d'oeil plus loin me fit jurer intérieurement. On avait entendu ma soeur pousser un cri.

-Lyarra..

-Chut !Arya, écoute-moi attentivement. On a pas longtemps. Tu connais bien le Donjon Rouge n'est-ce pas?

-Oui...

-Parfait. Tu vas sortir d'ici sans te faire prendre et partir pour... Pour Dorne. Je ne peux pas t'expliquer pourquoi, j'ai pas le temps, mais les choses sont très graves, encore plus que tu ne peux l'imaginer. Nous sommes en danger.

Je fouillai dans ma poche et lui donner ma bourse d'argent.

-Allez, va.

-Mais toi?

-Je ne peux pas abandonner Sansa. Et tu cours plus vite que moi...

Je me penchai et l'embrassai sur le front.

- Va ma petite louve, fais ça pour moi. Va t'en. Quitte Port-Réal le plus rapidement possible.

Elle acquiesça et me fit une rapide étreinte avant de s'éclipser au loin. Je pris une longue et profonde inspiration et sortis de ma cachette pour affronter mon avenir. Je sentis un choc me frapper sur le côté de la tête et j'en perdis l'équilibre. Aucun n'essaya de retenir ma chute et je m'affalai brutalement au sol. On me releva avec autant de douceur et des doigts s'enfoncèrent dans ma chair.

-Alors, on a essayé de s'enfuir? La reine a d'autres projets pour vous. Venez. Elle est impatiente de vous parler. me murmura une voix à l'oreille.

Sans ménagement, je fus poussée vers l'avant. Je tournai la tête et aperçus dans un coin ombragé ma petite soeur qui avait les mains devant sa bouche et qui pleurait.

-Par les dieux anciens et nouveaux, protégez-nous... suppliai-je intérieurement.

Tout cela allait mal finir.

Très mal finir, je le sentais.