Une étreinte

Base : FMA (manga)

Disclaimer : Aucun personnage ne m'appartient. Ils sont tous la propriété de Hiromu Arakawa.

Genre : Romance – Tragedy – Shônen-Ai (Edvy) – OS

Résumé : Leurs destins sont opposés. Jamais ils n'auraient dû les faire se croiser autant. Jamais. Alors, pour ne plus y penser… Une étreinte. Juste une. Encore une.

Musique : « Kodoku » (FMA, OST 2)

Note : Je ne sais pas trop quoi dire à propos de cet OS, si ce n'est que l'idée de l'écrire m'est venue il y a bien trois ans. Pourtant, quand j'y ai mis le point final, en 2014, j'avais l'étrange sensation que cet OS était banal trop pour être publié. Du coup, il a longtemps traîné dans mes dossiers. Pourtant, lorsque j'y ai rejeté un coup d'œil récemment… J'ai compris pourquoi je ne voyais pas son intérêt à l'époque : car il n'est pas de ses OS qui peuvent vous transporter en une lecture et qui se suffisent à eux seuls. Mais inscrit dans un recueil tel que Life qui, pour moi, dégage une atmosphère particulière, à la fois douce, mélancolique et lyrique… Là, un tel OS peut dévoiler son potentiel. Tout du moins, c'est mon impression. Quelle sera la vôtre ? ~


Edward regarda le plafond. Baigné dans la nuit, de longues ombres filiformes y dansaient comme des spectres indécis, ondulant au gré du vent qui soufflait au-dehors et murmurait doucement son désarroi à la lune. Il s'agissait probablement des ombres des arbres qui bordaient le jardin et que la lune enrobait de sa timide lueur nacrée. Par moments, un nuage fugace s'étirait sur l'astre luminescent, et plongeait brusquement la pièce dans une obscurité angoissante. À chaque fois, le cœur de l'alchimiste se serrait comme si les ténèbres, qui étaient jusqu'à lors repoussées jusque dans les coins les plus reculés de la chambre, étendaient avec violence ses bras vers lui dans l'espoir, peut-être, de l'étouffer. La seule chose qui les en empêchait encore était une couleur qui brillait malgré elles ; une couleur qui les pourfendait, et qui luisait d'une façon anormalement vive.

De l'améthyste.

« Tu ne dors pas ? » lança Envy à Edward en dardant ses yeux sur lui, le transperçant à son tour. L'alchimiste n'avait même pas besoin de plisser les yeux pour distinguer ceux d'Envy dans le noir : il était pire qu'un chat. Il tourna dos à Envy, et lui lança :

« Je pourrais te retourner la question.

- Non. Car tu sais que je ne dors pas », rétorqua l'androgyne, à raison, en haussant un sourcil.

« Oui. Mais tu pourrais faire semblant. Tu as déjà essayé de dormir avec quelqu'un qui te fixe comme un hibou ahuri ?

- Non. Mais je me couche bien à côté d'une crevette qui se tortille comme un ver toute la nuit durant, et je ne me plains pas », souligna l'homonculus avant d'écarter brusquement la couette, et de s'asseoir en tailleur dans le lit. Il appuya son coude droit sur son genou et passa longuement la main dans ses cheveux en bataille... Mais ordonnés. « Tu as décidé de passer une nuit blanche, chibi ? Ça fait déjà deux heures que tu est là, à fixer le plafond... » Puis, avec un sourire lascif, il rajouta : « Si tu cherches comment passer le temps, moi, j'ai bien une idée... ~ »

Edward se tourna enfin vers lui et lui adressa un regard blasé. Il haussa un sourcil, puis répliqua :

« Je suis pas trop d'humeur, là...

- Je sais comment arranger ça ~ » souffla Envy tout en se penchant vers lui et en embrassant ses lèvres avec une avidité notable. Il plaqua l'adolescent sur le lit et laissa ses mains glisser un peu partout sur (et sous) son pyjama... Jusqu'à sentir de petits crocs bien hostiles lui pincer la langue. Pas suffisamment pour le blesser mais largement assez pour lui faire comprendre qu'il avait intérêt à s'écarter. Le brun le fit à contrecœur, fit la moue puis gronda :

« On peut savoir ce qui te met de si mauvais poil ?

- ... »

Edward ne répondit rien et préféra se planquer sous la couette d'un geste brusque. Envy resta un moment silencieux, puis leva les yeux au ciel d'un air désespéré. Qu'est-ce qu'il avait encore fait pour mériter ça, bon sang ?

L'homonculus poussa un long soupir et attrapa la couette, visiblement dans le but de la retirer. Sauf que : le petit blond s'y agrippa avec une poigne insoupçonnée. Impossible de lui faire lâcher prise. Une veine palpita un peu sur la tempe d'Envy. Bon, pas le choix : il se glissa sous la carapace improvisée d'Edward, dans ce cocon de chaleur où il avait décidé de se cacher. Dessous, il fit glisser sa main sur la tête du petit blond et demanda :

« Au risque de me répéter : je peux savoir ce qu'il se passe ? »

Il ne le montrait pas, mais cette réaction l'inquiétait quelque peu : d'ordre général, Edward, surtout après leurs ébats, dormait comme un loir jusqu'au petit matin. Le souffle profond et lent, les traits relâchés, il s'abandonnait à Morphée pendant quelques heures d'inconscience où, enfin, il pouvait retrouver l'innocence et la sérénité qu'un garçon de son âge n'aurait jamais dû quitter si tôt. Envy veillait sur lui jusqu'à l'aube, puis partait avec la nuit comme un fantôme, pour ne revenir que quelques jours plus tard. Ces moments fugaces, ces quelques heures passées dans ce silence nocturne, étaient rares... Mais l'homonculus les appréciait, probablement plus qu'il ne l'aurait dû. Ils représentaient, pour lui, d'agréables souffles d'air frais dans une vie qui n'en comportait que trop peu. Pourtant, cette nuit... Edward semblait angoissé par quelque chose. Comme une peur sourde qui venait étreindre tout son corps et le crisper suffisamment pour le priver de sommeil. Et pour le priver, lui, de la vision de son petit blond endormi.

« Rien d'important », marmonna le plus jeune en s'écartant progressivement, à mesure qu'Envy lui caressait les cheveux.

« Hey. Si tu continues à faire ta mauvaise tête, je pars », menaça l'homonculus en forçant Edward à émerger de cette fichue couette. Il commençait à lui courir sur le haricot, là (Ed : « Haricot » ? Tu me cherches, là ?).

Edward se renfrogna. Envy haussa les épaules et s'assit au bord du lit pour se lever, lorsque, dans son dos, il entendit l'alchimiste murmurer :

« C'est peut-être mieux, oui. »

Les mots traversèrent de part en part l'androgyne comme autant de lames de rasoir trop aiguisées. Fixant son regard sur un point indistinct sur la moquette, il demanda :

« Et pourquoi ça ? »

Ce fut au tour d'Edward de se redresser dans le lit. Un crissement métallique suivit le doux son voluptueux de la couette que l'on repliait, lui indiquant que l'alchimiste devait certainement avoir agrippée celle-ci avec son poing droit. Un silence pesant envahit la pièce à présent plongée dans la nuit noire. Il fallut attendre que la lune réapparaisse pour qu'Edward continue :

« Tu crois que ça va nous mener où, tout ça ?

- De quoi tu parl-... ?

- Arrête de jouer au con, Envy », le coupa brusquement l'alchimiste en élevant la voix.

L'homonculus remarqua que la couette, posée contre sa cuisse, tremblotait. Edward devait la serrer avec force.

« Tu crois qu'on va pouvoir, indéfiniment, jouer au chat et à la souris comme ça ? Peut-être que tu te voiles la face, mais moi pas », assura le plus jeune d'un ton étrangement mâture. Oui, décidément... Edward avait quitté son adolescence trop. « Tôt ou tard, il faudra choisir un camp, Envy. Et, à mon avis, ce sera plus tôt que tard : votre « jour promis » est pour bientôt, d'après ce que je me rappelle ?

- … Tu t'en fais encore pour ça ? » soupira l'androgyne en laissant sa tête heurter violemment et théâtralement le creux de sa paume, pour bien faire entendre à Edward son désespoir. Combien de fois, déjà, avaient-ils eu cette discussion ? Deux ? Trois ? Quatre ? Il ne savait même plus ! Quelle raison pouvait bien pousser Edward à toujours remettre ce sujet sur le tapis ? Bon, certes, peut-être le fait qu'il ait toujours évité d'y répondre, mais quand même ! À ce point, ça tournait à l'obsession ! Quel plaisir les humains tiraient-ils à se tourmenter de la sorte à propos d'un futur qui n'arriverait peut-être jamais ? Qui savait ce qui pouvait leur arriver demain, ou après demain ? Ou encore plus tard ? Personne ! Alors à quoi bon ressasser sempiternellement les mêmes angoisses ?

« Oui. Pas toi ?

- Non.

- Heureux de savoir que, le jour venu, tu n'hésiteras pas à porter le premier coup. Je ne peux pas... Plus, en dire autant.

- Je n'ai pas dit ça.

- Alors explique-moi ce que tu comptes faire ? Quand ton paternel te rappellera à l'ordre, pour quelle solution opteras-tu ? Moi, je ne sais plus », avoua l'alchimiste d'une voix éteinte.

Envy daigna enfin se retourner, après un long silence au cours duquel il réfléchit un peu plus sérieusement à cette question qu'il lui nouait étrangement le ventre. Edward ne lui accorda pas un regard : il gardait ses yeux rivés sur son automail, dont les doigts tremblants avaient déjà relâché leur emprise sur la couette. La paume face au ciel, il hésita longuement avant de fermer le poing, puis se tourna vers Envy. Ce fut au tour de ses orbes dorées de mettre à l'épreuve l'impassibilité de l'homonculus. Il sentit le regard de l'alchimiste percer à jour les angoisses qu'il gardait tapies au fond de son être et les retourner d'une façon ô combien désagréable.

« Avoue que tu n'en as pas la moindre idée non plus », fut la phrase assassine que lui lancèrent ces lèvres pourtant si douces en tant normal. Envy eut l'impression de se prendre une gifle ; son corps aussi, visiblement, puisqu'il ne put s'empêcher de détourner immédiatement la tête. Il resta un moment immobile, les lèvres pincées, à évaluer ce que lui disait Edward. Edward avec qui, petit à petit, il avait pris l'habitude de passer du temps... Edward avec qui il passait ses nuits, quand il en avait l'occasion... Mais Edward qui était et resterait, quoi qu'il pût faire, un sacrifice essentiel que son père ne se permettrait pas de perdre jusqu'au jour promis. Envy devait assurer sa survie jusque là. Oui, jusque là. Mais après... ? Rien n'était prévu pour ce monde post-apocalyptique qu'ils allaient engendrer. S'il parvenait à survivre à la transmutation, Edward ne pourrait pas vivre dans ce monde mort, et même s'il en était capable... Psychologiquement, après avoir perdu tous ceux qu'il connaissait... En aurait-il seulement envie ? Et même, bien avant cela : Edward se battrait probablement jusqu'au bout pour sauver les siens et défendre cette vision si idéaliste qu'il avait du monde et des principes qui le régissaient.

Envy reconnut :

« Peut-être. Mais j'aviserai.

- Tu « aviseras » ? » répéta, incrédule, l'adolescent. « Mais tu « aviseras » COMMENT ?

- Chibi, si tu cries, tu vas finir par attirer l'attention de ton...

- Mais je m'en fous, BORDEL, je te pose une question ! COMMENT ?

- JE NE SAIS PAS ! »

Le cri d'Envy secoua l'alchimiste qui resta interdit, à fixer d'un air hébété son amant.

« Je ne sais pas, mais j'aviser-... » répéta-t-il, avant d'entendre un bruit de pas métalliques qu'Edward, tout comme lui, connaissait bien. Envy n'eut même pas le temps de se retourner que son petit blond lui appuyait violemment sur la tête pour le forcer à aller sous la couette. Il sentit, plus qu'il ne vit, Edward lui grimper dessus avec précipitation et l'étouffer sous son poids. Au travers de la couette, il distingua une faible lumière ; sûrement celle provenant du couloir qui s'étalait à présent dans la chambre maintenant que la porte avait été ouverte à la volée. Il entendit distinctement une voix demander :

« Ed ? Tout va bien ?!

- Oui, oui... J'ai juste fait un cauchemar, Al... Rien de grave...

- Tu veux que je reste un peu ? »

Envy sentit le corps d'Edward se raidir à cette question et entendit son cœur s'emballer contre ses côtes.

« Pas la peine, t'inquiète... Tu peux retourner lire, si tu veux. Ça va passer, et puis... J'ai encore pas mal sommeil, je devrais me rendormir sans problème ! »

Edward lui écrasa le nez à plusieurs reprises avec son torse en simulant un rire, qu'il savait forcé. Bon sang ! Il avait beau être immortel, il allait finir étouffé si l'alchimiste ne bougeait pas !

Alphonse ne devait pas être entièrement convaincu, puisqu'un silence s'ensuivit, mais au bout d'une interminable minute, l'homonculus entendit l'armure murmurer quelque chose d'inaudible pour lui, puis se retirer en refermant précautionneusement la porte derrière elle. Edward attendit encore quelques instants avant de se hisser sur ses bras pour rouler aux côtés de l'androgyne... Qui put enfin respirer ! BONHEUR !

« Tu étais en colère au point de me tuer ? Parce que ça a manqué de peu ! » haleta Envy en inspirant profondément l'air qui lui manquait tant. Il sentit ses poumons se gonfler avec joie en recueillant le précieux oxygène. Fiouh.

« Qui sait ? Ça aurait peut-être résolu mon problème », lança l'alchimiste d'un ton légèrement acide. Il lui en voulait toujours, c'était écrit en gros sur son visage. Néanmoins, Envy ne pouvait pas vraiment lui en vouloir : il s'était entiché de l'alchimiste en connaissance de cause. Il savait qu'Edward était une forte tête et une grande gueule, mais souvent, ses actes finissaient par trahir ses pensées les plus profondes. Il disait vouloir le tuer et, pourtant, venait de lui sauver la mise et leurs entrevues en le dissimulant à la vue de son frère… en lequel il avait pourtant d'ordinaire toute confiance.

C'était probablement pour ça, aussi, qu'il n'arrivait pas à lâcher prise.

Qu'il s'acharnait, malgré le mal que cela leur faisait à tous deux, à passer ses nuits ici.

L'homonculus se rapprocha un peu de l'alchimiste, puis le bouscula pour le forcer à s'allonger. Sans lui laisser le temps de protester, il grimpa sur lui, lui immobilisa un poignet pour lui signifier qu'il n'avait pas intérêt à se dérober, et souffla :

« Je ne pense pas qu'il soit utile de retourner la question dans tous les sens comme ça : ce qui arrivera arrivera. De toute façon, en t'engageant là-dedans avec moi, tu savais dès le départ qu'il n'y aurait pas de happy end. C'étaient les petites lettres en bas du contrat, mais elles ont toujours existé. Tu m'as accepté ici... » Il désigna la chambre. « Et ici... » Il pointa du doigt le torse d'Edward. « En connaissance de cause. Si je te laisse en vie ou si je te sauve, mon père me tuera. Il n'en serait pas à son premier coup d'essai : Greed a déjà testé de se rebeller contre lui. Mal lui en prit. »

Il baissa la tête, et continua : « Et tu me connais suffisamment bien pour savoir que je ne te laisserai pas m'avoir. S'il le faut, je combattrai. Je te combattrai. Et je pense savoir qui gagnera ~ » lança-t-il d'un ton moqueur en jouant avec l'antenne du petit blond.

« Ah ouais ? T'as pourtant jamais essayé de te battre à la loyale avec moi ! C'est bien beau de frapper les gens à terre ou avec un bras qui fonctionne plus, mais attends voir ce que ça donne quand je suis au meilleur de ma forme ! Je te botte le cul en deux deux ! » répliqua l'alchimiste en secouant la tête pour l'empêcher de triturer sa mèche rebelle.

Vraiment, Edward démarrait toujours au quart de tour. Dans quelque occasion que ce soit, d'ailleurs ~

« Eh bien... J'aurai l'occasion de voir ça le jour J », se gaussa Envy en le toisant du regard. « Il faudra que tu donnes tout ce que tu as. »

Car sinon, tu n'auras plus rien.

Edward esquissa un sourire dans lequel Envy distingua nettement une pointe de tristesse, puis rétorqua :

« Parle pour toi. Compte sur moi pour te mettre la pâtée. Tu verras, je te ferai pleurer ! » prophétisa le plus jeune d'un air suffisant.

« Haha ! Encore faudrait-il que tu arrives à me toucher !

- Comme ça ? ~ » lança le plus jeune en glissant sa main plus bas, offrant à l'homonculus un regard qui voulait tout dire.

« Oh... Comme ça, ça me va aussi ~ » susurra Envy en se penchant pour l'embrasser, lui agrippant les cheveux avec passion. Peut-être qu'il l'aurait, finalement, son étreinte.

Une étreinte pour s'aimer.

Une étreinte pour oublier.

Une étreinte pour rêver.

.

.

.

Ils ne savaient pas de quoi demain serait fait.

De peines ou de joies ? D'interdits ou de secrets ?

Rien ne pouvait le leur dire.

Mais, juste l'espace d'une nuit...

Laissez-moi l'aimer encore.


FIN


Bon, j'avoue, c'est un peu triste... ._. Mais j'avais vraiment envie de réfléchir sur la relation qu'Edward et Envy pourraient entretenir à un moment proche du jour promis. Voilà ! Alors à la revoyure pour d'autres OS plus gais (Envy : « gays »?), je l'espère ! ;p

N'oubliez pas le petit commentaire, ça fait toujours plaisir :3

Bisous à tous et à toutes ! ~

White Assassin