L'interprète
Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas. Seule l'histoire est de moi ! :D
Base : FMA (manga)
Genre : Romance – Hurt / Comfort – OS – Shônen-Ai (Edvy)
Résumé : Cohabiter, ce n'est jamais facile. Alors faire ménage à trois avec deux piles électriques survoltées qui s'aiment mais ne se comprennent pas… Al a testé pour vous, et il peut l'affirmer, ce n'est pas de tout repos !
Musiques : Nocturne of Amestris (FMAB OST 2), Teardrop, You Belong With Me, We Are Never Ever Getting Back Together (Taylor Swift), Interlude (FMAB OST 1), 22 (Taylor Swift)
Note : Voici un petit OS dont l'idée m'est venue récemment. Après ma dernière grosse fic, je ressentais le besoin de revenir à une intrigue plus simple et guillerette, qui me permettrait de simplement décompresser et, si possible, de vous amuser un peu ;3 J'espère pouvoir y parvenir ! Je vous souhaite une bonne lecture ~
« Je peux savoir où tu vas ?
- Nan.
- Et je peux savoir pourquoi j'ai pas le droit de savoir ?
- Non plus.
- Sympa.
- Ouais, il paraît.
- Tu peux te calmer ?
- Tu peux me foutre la paix ? »
Un silence.
Alphonse soupira tout bas.
Dans la pièce adjacente, la conversation s'envenima :
« Changer de ton, ça te dirait pas ?
- Nan.
- M'expliquer pourquoi tu me fais la gueule ?
- Parce que justement, tu sais pas pourquoi je te fais la gueule. C'est ça, le problème. »
Un nouveau silence.
Puis, le bruit de la porte qui claque violemment.
Alphonse sursauta avec celui-ci et se tassa dans le fauteuil qu'il occupait, fatigué d'avance. Il reposa le livre en compagnie duquel il se détendait jusqu'à ce que ces éclats de voix malheureusement familiers ne le tirent de sa bulle, puis secoua la tête. Impossible de passer une soirée tranquille : la nuit n'était jamais suffisamment animée pour les deux furies avec lesquelles il partageait ce petit appartement en plein cœur de Central. Et le fait qu'il fût vingt-deux heures passées n'empêchait aucunement ses deux colocataires de vivre leur vie comme en plein jour, au mépris des voisins – dont les plaintes étaient par ailleurs fréquentes. Cela dit, d'ordinaire, Alphonse était plutôt tiré de ses rêveries et autres occupations par d'autres types de cris. Néanmoins, cette nuit, apparemment, c'était plutôt le désamour qui était au menu. Comme bien souvent ces derniers temps.
« PUTAIN ! » rugit une voix masculine vraisemblablement un peu agacée tandis que le fracas d'un objet qui explosait contre un mur accompagnait ce juron expectoré avec tant d'énergie. « Merde, à la fin ! Qu'est-ce que j'ai fait, encore ?!
- Je l'ignore, Envy, mais tu seras gentil de ne pas tout casser chez nous », avertit Alphonse d'une voix lasse de ce qu'il présageait : il allait devoir passer plusieurs heures en compagnie de l'homonculus. Un homonculus qu'il ne portait pas spécifiquement dans son cœur et avec lequel son frère avait pris la mauvaise habitude de le laisser quelques heures sitôt qu'il se prenait la tête avec.
Et comment dire… ?
Ces heures étaient généralement très longues.
« Merci de me rappeler que je n'ai rien à foutre ici », grogna Envy depuis l'entrée avant de faire soudainement irruption dans le salon, bien décidé à en découdre avec quelqu'un. N'importe qui. Et malheureusement pour Al… il était la seule personne présente pour l'instant dans leur petit cinquante mètres carrés. Donc ce serait lui qui trinquerait. Voilà. C'tout.
« Je n'ai pas dit ça.
- Non, mais c'est comme si. » Envy s'approcha de lui d'un pas vif puis s'arrêta net devant lui. Il le toisa, croisa les bras et, les yeux plissés, asséna : « Je sais que tu peux pas m'encadrer et que tu préférerais que je sois ailleurs. Mais tu sais quoi ? J'm'en cogne. C'est pas pour toi que je viens.
- Encore heureux… » répliqua Alphonse, sans animosité toutefois. Il se leva sans précipitation et contourna soigneusement l'homonculus. Contrairement à celui-ci, il n'avait pas particulièrement envie de poursuivre la dispute entamée par son frère, dont il ignorait la cause. Une soirée tranquille. Voilà ce à quoi il aspirait.
Mais Envy en avait décidé autrement.
« T'en as tellement marre de ma gueule que tu te sens obligé de te casser quand je te parle ?
- Je n'ai juste pas envie d'alimenter ton agacement.
- C'est ça.
- Contrairement à ce que tu crois, Envy, tout le monde n'est pas ligué contre toi », se défendit Alphonse en se retournant d'un coup vers lui, agacé par ce colocataire tempétueux qu'Edward lui avait imposé. Car oui. Tout ça, à la base… Cette cohabitation un peu bizarre, ces nuits mouvementées, c'était parti d'Edward ; Edward qui avait eu l'idée de faire tout à coup débarquer Envy dans leur vie. Le jour où son frère lui avait annoncé la bouche en cœur qu'il entretenait une relation plus qu'amicale (le fait qu'elle pût être seulement amicale étant déjà hallucinant en soi) avec l'homonculus, Alphonse, qui n'en avait jamais rien soupçonné, était tombé des nues. Mais il n'avait pu refuser à son frère cette requête qui semblait lui tenir tant à cœur : autoriser Envy à partager leur quotidien. Pourquoi ? Car le petit alchimiste lui avait juré l'aimer. Et c'était peut-être aussi ça qu'il n'arrivait pas à pardonner à Edward : le fait qu'il n'eût pas partagé avec lui tant sa bisexualité nouvellement découverte que ses premiers émois amoureux. Mais il devait avouer qu'au-delà de ces cachotteries, ce qui l'ennuyait plus dans l'immédiat était que la cohabitation ne se passait pas très… bien. En tout cas pas aussi idéalement qu'Edward aurait pu le souhaiter et le lui avait promis.
Et ça, c'était en grande partie de la faute d'Envy. L'homonculus n'était vraiment pas facile à vivre… et ne faisait rien pour arranger les choses non plus ! Alors, pour peu qu'Edward fût de mauvais poil, comme c'était présentement le cas ces jours-ci, il devenait tout de suite moins prompt à tolérer les écarts de conduite de son amant. S'ensuivaient de loooongues prises de bec. Cependant, Alphonse, lui, était d'un naturel plus calme et conciliant que son frère, qu'importât son état : son réservoir de patience était quasiment infini. Aussi, s'il devait avouer ne pas ressentir de franche sympathie pour l'homonculus, il n'avait jusque-là entretenu aucune rancœur à son égard, malgré toutes les crasses qu'Envy avait pu leur faire par le passé et sur lesquelles même Edward peinait à tirer un trait. Lui était trop… « généreux » pour ça, dirait son frère. Il pardonnait facilement.
Sauf une chose.
Qu'on rendît triste son aîné.
Et justement, en ce moment, Envy le faisait souvent. Edward n'était pas heureux, et ça, Alphonse avait du mal à l'encaisser. Mais devait-il pour autant ressasser cet état de fait dans son coin et attendre une éventuelle rupture sans réagir, alors qu'il était évident qu'Edward était attaché à Envy et souffrirait plus encore de leur séparation ?
Franchement, il se dégoûtait de simplement y avoir pensé.
« Écoute », intervint soudainement l'armure après un moment de silence vraiment pesant qu'Envy s'apprêtait pourtant à rompre en lui crachant à nouveau son venin. « Pourquoi on ne discuterait pas calmement ?
- Peut-être parce que j'ai pas envie d'être calme alors qu'Ed vient de me planter là et de sortir en pleine nuit, tout seul, sans explications ? » rétorqua Envy en lui lançant un regard noir.
Aussi tendue que fût la situation, Alphonse dut se retenir de pouffer. À cet instant, Envy, embourbé dans sa fierté mal placée, lui faisait penser à un vieux matou vexé. Cependant, soucieux de ne pas déclencher l'ire de son interlocuteur, Alphonse garda pour lui sa comparaison – certes rigolote – et essaya de se montrer diplomate malgré tout. Après tout… Il avait l'impression de déceler derrière ce mur dégoulinant d'orgueil une pointe d'inquiétude et devait reconnaître que voir Envy se préoccuper de la sorte de son frère n'était pas pour lui déplaire. C'était bien de sa faute si le petit alchimiste était parti sur un coup de tête, et savoir qu'il en avait un minimum conscience et le regrettait apaisa son frère.
« Eh bien justement. Peut-être que moi, je pourrais y trouver une explication », proposa doucement Alphonse en faisant demi-tour pour se rasseoir. Il invita Envy à faire de même. Le matou refusa net, toujours sur les nerfs.
« Et comment tu vas t'y prendre ? T'es devin, peut-être ?
- Non, mais je suis son frère. Et crois-moi, ça me permet d'en savoir beaucoup plus que n'importe quel devin. À condition que tu me racontes ce qui s'est passé avant cette énième scène », répliqua Alphonse sans se laisser démonter le moins du monde. Envy, blessé, voulait blesser lui aussi. Il le voyait bien. Mais il ne lui en laisserait pas l'occasion ! Il invita donc d'un ton plus jovial : « Allez, cesse de faire ta mauvaise tête. Je veux juste aider. Assieds-toi, qu'on parle un peu. »
Envy, surpris par cette proposition inattendue et par la gentillesse d'Alphonse, cligna plusieurs fois des yeux. La rage qu'il avait éprouvée à se faire violemment éconduire par son amant s'évanouit quelque peu, désamorcée par la prévenance du cadet de celui-ci. Pris de court et, il devait l'avouer, se sentant même stupide de s'être autant énervé, il dansa maladroitement d'un pied sur l'autre, hésitant. Car quand même… Pourquoi demander son aide à ce stupide tas de ferraille ? Il pouvait aussi filer à l'anglaise par la fenêtre et écumer toute la ville sans plus tarder. Il la connaissait comme sa poche ! Il aurait tôt fait de retrouver un petit blondinet avec un manteau rouge qu'on voyait à des kilomètres et-…
« Si tu penses à partir pour aller chercher mon frère tout seul et le ramener ici vite fait bien fait, oublie », lança Alphonse. « Si tu le retrouves mais que tu ne sais toujours pas ce qu'il te reproche, ça va finir pareil sauf que cette fois, vous en aurez pour toute la nuit. » Le plus jeune soupira et tapota l'espace libre dans le canapé qu'il occupait déjà. « Allez. Assieds-toi. Qu'on fasse le point. »
Envy lui retourna un regard blasé :
« C'est une séance de psychologie de comptoir à deux balles que tu me proposes, en fait ?
- Un peu. Sauf que pour les amis de la famille, c'est gratuit », précisa le jeune garçon d'un air malicieux. Envy aurait beau faire, il n'aurait pas raison de l'infinie patience d'Alphonse, ni de sa volonté pacifiste qui le poussait à vouloir régler le moindre conflit et à bien se garder d'en créer de nouveaux. Et cette volonté paya : Envy le regarda d'un air étrange, comme s'il méditait un instant sur ces derniers mots. Ceux-ci semblèrent faire mouche puisque l'homonculus, certes toujours de sale humeur, s'installa finalement aux côtés de l'armure. Il se laissa choir lourdement sur le coussin et se pencha en avant, appuyant négligemment sa tête dans le creux de ses mains, les coudes solidement ancrés dans ses cuisses. Un moyen de signifier : « Je participe à ton truc à la con, mais pas de bonne grâce. T'es prévenu. ».
Alphonse y vit tout de même du progrès. S'il avait pu, il aurait souri.
« Tu me racontes ? » encouragea le plus jeune des frères Elric en fixant attentivement son interlocuteur. Ne pas manquer une miette de ce qu'il allait dire. Car là où Envy retrouvait largement Edward, c'était dans son incapacité à relater objectivement des événements – d'après ce qu'il avait pu en juger. Ces deux phénomènes oubliaient toujours ici un détail comportemental, là un incident pour eux sans gravité, pour surtout éviter de se poster en fautifs… même quand ils l'étaient. Et quelque chose lui disait que cette fois-ci ne dérogerait pas à la règle.
« Y'a rien à raconter, en fait », commença l'homonculus d'un ton acide, qu'il essaya de corriger toutefois par la suite, bien que sans succès : « C'était une soirée paaaarfaitement normale et soudain, elle est juste partie en vrille. » Une pause. « Enfin… Ouais, non, elle était pas tout à fait normale de base parce qu'Ed tirait une tête de six pieds de long en sortant de la douche. » Il glissa un coup d'œil en coin, soupçonneux, à Alphonse, puis gronda : « Et je t'arrête tout de suite : je n'y suis pour rien. C'était à cause d'un bouquin qu'il a récupéré à la bibliothèque, d'après ce que j'ai compris.
- Il se serait mis dans cet état-là à cause d'un simple livre ? Quel livre, d'ailleurs ? Il en emprunte au moins une bonne dizaine à chaque fois qu'il passe par la bibliothèque ! » souligna Alphonse, qui commençait à être intrigué. Qu'est-ce qu'un livre pouvait avoir à faire dans toute cette histoire ?
« Tu mélanges tout », s'agaça Envy en agitant nerveusement la main pour couper court aux interrogations d'Alphonse. « Ce n'est pas à cause du livre qu'il s'est énervé. Enfin je crois pas. » Il éclaircit : « L'autre jour, quand on est allés à la bibliothèque, je lui ai fait remarquer qu'en ce moment, il avait toujours le nez fourré dans des bouquins d'alchimie ultra compliqués et que du coup, il ne parlait que de ça tout le temps. Et même si ce que je vais te dire va certainement t'être égal, car tu ne le vis pas : sache que y'a mieux comme sujet de discussion sur l'oreiller qu'une dissertation autour de formules chimiques dont tu te fous complètement.
- Ça, Envy, ça fait partie des détails que je préférerais que tu passes sous silence », se lamenta Alphonse, qui n'aimait pas vraiment être soudainement assailli d'images peu catholiques de ce que pouvait bien faire son frère avec Envy. Il voulait bien supporter les crises de nerfs de l'homonculus, mais pas ses récits érotiques, de près ou de loin. Ça, non.
« Ben alors ? On est gêné ? ~ » s'amusa Envy avec un grand sourire en tapotant l'épaule d'Alphonse de son index, avec l'insistance d'un enfant ; chiant, l'enfant. Pour toute réponse, l'armure lui tapa sèchement sur la main, embarrassée. L'homonculus leva aussitôt les siennes en signe de reddition, non sans conserver son air goguenard. Ce n'était pas souvent qu'il pouvait déstabiliser Alphonse et il devait avouer que c'était plutôt rigolo de percer ses défenses. Mais… sa dispute avec Edward était encore trop fraîche pour qu'il pût laisser son esprit vagabonder librement ailleurs. En fait… Il espérait que la petite gambas sauvage déjà, allait bien, et avait aussi une bonne explication pour l'avoir rejeté comme ça. Désireux d'obtenir cette dernière, il reprit son sérieux et poursuivit :
« Je te taquine, te braque pas comme ça. » Il haussa les épaules. « Tout ça pour dire que j'avais suggéré à Edward d'emprunter, pour une fois, un autre type de livre à la bibliothèque. Histoire de varier un peu, quoi ! Alors il s'est pris un bouquin avec une enquête policière ou quoi… Bref, un truc classique, avec un mec qui tue des gens, un héros qui cherche à le coincer et…
- …
- …
- Quoi ?
- T'as la tête du gars qui pense : « Ça me rappelle quelque chose. ».
- Quoi ? Non ! Pas du tout ! » nia Alphonse avec véhémence, arborant un air innocent trop parfait pour être honnête.
Envy plissa les yeux, méfiant. Il savait très bien qu'Alphonse faisait la même tête quand il planquait des chats dans son plastron et que son frère le perçait à jour.
« Je vais faire comme si je n'avais pas vu que tu mens », accorda l'homonculus, avant de reprendre son récit : « Et avant qu'Ed n'aille se doucher, il a lu un passage un peu… « glauque » ? » demanda-t-il comme s'il attendait confirmation de la part de son interlocuteur. « En tout cas, il m'a expliqué que du coup, il se sentait pas top mais sérieux… C'est qu'un bouquin, quoi ! C'est fictif ! C'est complètement con d'être bouleversé comme ça pour une petite scène de rien du tout ! Du coup, j'avoue, j'ai pas pu m'empêcher de le chahuter un peu, et il a pas aimé. » Envy décolla son menton de ses mains, se redressa et laissa son buste retomber en arrière pour épouser mollement le dossier du canapé. Il rejeta la tête en arrière et soupira avec l'air philosophique de celui qui a tout compris à la vie : « Maintenant que j'y réfléchis, ce chibi a juste un trop gros ego, qui ne supporte pas la contradiction. En fait. »
Alphonse le regarda avec des yeux ronds comme des billes.
Ne pas rigoler.
Ne pas rigoler.
Ne pas rigoler.
« Je sais à quoi tu penses… » accusa l'homonculus en lui lançant un coup d'œil lourd de sens, sans pour autant bouger d'un pouce. On aurait dit une poule qui vous zyeutait férocement au travers des planches de son poulailler.
C'en fut trop pour Alphonse, qui ne put s'empêcher de pouffer et lui retourna :
« Si tu le sais, pourquoi t'évertues-tu à dire des bêtises plus grosses que toi ? Tu sais très bien que c'est l'hôpital qui se fiche de la charité ! Mon frère a ses défauts, et l'orgueil en est effectivement un, mais tu es loin d'être en reste, Envy !
- Peut-être, mais je ne prends pas la mouche pour ce genre de bêtises.
- Mais ça ne t'empêche pas de t'amuser à jouer les gros bras qui n'ont peur de rien pour flatter l'ego surdimensionné que tu n'as pas quand tu vois que comme rarement, mon frère est en difficulté face à une situation que toi, tu maîtrises. Tu m'étonnes qu'il se soit énervé ! Encore que-…
- Hey ! Tu déformes tout !
- Non, j'analyse, c'est différent.
- Ouais, ben t'analyses mal !
- Ce n'est pas faux.
- Si parce que-… ! Hein ? » Envy le dévisagea. « Euh… Tu es là pour éclairer ma lanterne ou pour m'embrouiller ? Non parce que les services gratuits, c'est bien, mais quand c'est pas de l'arnaque, hein. Et pour l'instant, j'ai plus l'impression de tourner en rond qu'autre chose.
- Ça, c'est parce que je n'ai pas tous les éléments à ma disposition.
- Ce qui est con puisque je t'ai donné tous ceux que j'avais. Donc, tu ne peux pas m'aider. » Envy prit appui sur ses genoux et se releva prestement. « DONC, je m'en vais de ce pas chercher l'autre tête de mule.
- Stop ! » l'arrêta Alphonse en se levant lui aussi pour barrer la route à l'homonculus. « On n'a pas fini !
- Je pensais que si ? Elle est là, notre solution : Ed est juste trop susceptible. Point barre. J'ai compris, comme tu le voulais, alors je vais le chercher. »
L'androgyne tourna les talons et se dirigea d'un bon pas vers la fenêtre – utiliser une quoi ? Une « porte » ? Mais pour quoi faire ? – décidé à quitter l'appartement. Mais Alphonse le retint par le poignet.
« Envy !
- Mais quoi ?!
- De quoi parlait le passage « glauque » que tu as évoqué ?
- C'est si important que ça peut pas attendre que je ramène l'autre crevette mal léchée ?
- Peut-être. Dis-moi. »
Envy poussa un soupir bien audible et leva les yeux au ciel. La chiantise, c'était de famille ?
« De ce que j'en ai lu – parce qu'Edward a absolument tenu à ce que je lise plutôt que de me l'expliquer – c'était un passage bateau avec le héros qui se réveille à l'hôpital après une course poursuite en voiture avec le meurtrier et l'accident qui va avec. Il se réveille groggy et découvre que toute son équipe est morte dans cet accident et, accessoirement, qu'il lui manque une patte. »
Il haussa un sourcil.
« Quand je te dis « bateau », c'est bateau. Tu vois ? Et Ed qui se met dans tous ses états à cause de cette histoire débile parce que y'a un peu trop de détails. Non mais sérieux.
- … »
Alphonse n'avait pas de visage. Mais ça ne l'empêcha pas de dévisager Envy.
Il le lâcha et… lâcha, halluciné :
« Non mais quelle NOUILLE ! »
L'homonculus, interdit, eut un brusque mouvement de recul. Une « nouille » ? De quoi il parlait, d'un seul coup ? La seule « nouille » qu'il connaissait, c'était celle d'Edward. Et il ne s'était pas trop attendu à la voir débarquer d'un coup dans la conversation.
« QUELLE NOUILLE ! » répéta Alphonse en s'envoyant une mémorable facepalm qui résonna dans toute la pièce. « C'est pas possible d'être aussi stupide !
- Hey !
- Non, pas ''Hey !'' ! Y'a pas de ''Hey !'' qui tienne ! Envy, tu es une ANDOUILLE ! Une véritable ANDOUILLE !
- Et si, au lieu de me balancer des insultes culinaires, tu m'expliquais ? » suggéra l'homonculus, clairement vexé.
« C'est-à-dire que je ne vois même pas comment il faut que je t'explique quelque chose d'aussi ÉVIDENT ! » s'alarma l'armure en présentant ses mains au ciel, comme si elle attendait de lui un quelconque secours.
« Eh bien c'est merveilleux que tu rejoignes ton frère sur ce point, mais j'en suis pas plus avancé, moi !
- Mais Envy ! Réfléchis deux sec-… ! Non. Attends. Plus simple : on est quel jour ?
- Le 13 octobre ?
- Ok. Et ça ne t'évoque rien ?
- Ça devrait ?
- Par rapport à Ed, j'entends.
- … Honnêtement ? Je ne vois pas.
- Le mois d'octobre, Envy.
- Quoi, le mois d'octobre ?
- Mais fais un effort, enfin ! » insista l'armure en tapotant sur son plastron avec virulence pour attirer l'attention de son vis-à-vis dessus. « Ed et moi on est même retournés à Resembool en début de mois, comme chaque année, justement pour ça ! » rappela Alphonse, au bord de l'arrachage de cheveux – qu'il n'avait plus.
Envy écarquilla les yeux.
Entrouvrit la bouche.
Leva son index en signe de compréhension soudaine.
Et s'exclama :
« OH ! »
Alphonse regarda le plafond.
Une épiphanie inespérée !
Dieu existait donc.
« Votre transmutation humaine ! » s'exclama Envy, avec un peu trop d'enthousiasme au goût d'Alphonse. Ce dernier préféra ne pas relever toutefois : Envy et le tact, ça faisait deux ; le souligner, ce serait enfoncer des portes (grandes) ouvertes. Mieux valait se focaliser sur le problème actuel : Edward… et ce qu'il avait probablement dû subir, psychologiquement parlant. Alphonse rebondit :
« Mais oui, la transmutation ! Quoi d'autre ?!
- Mais alors… !
- Alors quand Ed t'a dit qu'il ne se sentait pas bien à cause de ce livre, ça n'avait rien à voir avec sa prétendue hypersensibilité – dont tu n'aurais d'ailleurs pas eu à te moquer, mais passons ! C'était car ça lui a fait pensé à ce qu'il a vécu, enfin ! Un homme qui perd une jambe dans un accident ! Tu crois qu'il a pu penser à quoi d'autre qu'à ce qui nous est arrivé, à peine dix jours après la date fatidique ? Tu m'étonnes qu'il ait été bouleversé ! » tempêta Alphonse, bien remonté.
Envy resta coi devant ce déluge de reproches qui lui était adressé. Pouvait-il seulement en placer une ?
« Tu penses qu'il s'est senti comment quand tu lui as ri au nez ?! C'est pas possible ! Tu as vraiment l'empathie d'une moule !
- La ''moule'' te remercie de lui rappeler qu'elle est nulle en relations humaines », persifla Envy avec humeur. « L'empathie d'une moule », hein ? Ben visiblement, c'était contagieux. Parce qu'Alphonse venait de lui faire sacrément mal. Stupide boîte de conserve.
« … »
Alphonse comprit qu'il était allé trop loin. Il se calma instantanément, se tortilla, nerveux, puis décida de faire profil bas :
« Désolé. Mes mots ont dépensé ma pensée.
- Je crois pas. Je pense plutôt que ta pensée s'est exprimée clairement. Mais t'inquiète, hein. C'est bien. J'ai l'habitude, de toute façon. Il paraît que c'est de famille, d'être inapte à la vie humaine. Ou d'être considéré comme tel, en tout cas. »
Les mots de l'homonculus touchèrent le plus jeune des frères Elric avec la précision d'un poignard. Alphonse comprit qu'il avait fait bien plus de mal qu'escompté et percé la carapace finalement bien fragile d'Envy. Penaud, il se rétracta davantage, son pied droit décrivant des ronds maladroits au sol :
« C'est plutôt moi la « moule », vraisemblablement.
- Ouais.
- Mais un impair, ça se répare, pas vrai ? » demanda-t-il d'une petite voix confuse… qui se voulait engageante. « On fait la paix ? »
Alphonse lui tendit la main.
Envy lui jeta un regard tout d'abord dédaigneux… puis las. Il soupira longuement mais accepta de serrer le métal froid et étrangement chaleureux. Il ne put toutefois s'empêcher de lancer :
« ''Faire la paix''. T'es vraiment un gamin.
- En même temps, je n'ai que quinze ans.
- Argument valide », constata simplement Envy en se fendant d'un sourire presque… complice ?
Il lâcha la main de son beau-frère, qui conclut :
« Tu sais, pour moi, tu n'es pas incapable de sentiments…
- Hey… !
- Laisse-moi finir, s'il te plaît. Je disais donc : tu n'es pas incapable de sentiments. Tu es juste… Maladroit.
- Grmpf.
- Un peu comme Ed. Et là-dessus... »
Alphonse sourit. Avec les yeux.
« Je pense que vous vous êtes bien trouvés. »
Envy quitta sa mine renfrognée.
C'était la première fois qu'Alphonse approuvait, un tant soit peu, le choix de son frère ; le fait qu'il l'eût choisi. Et qu'il lui reconnût également un point commun avec lui.
Quelque chose se réchauffa dans sa poitrine.
Mal à l'aise, Envy se tortilla. S'en rendant compte, il essaya de reprendre contenance et, pour ce faire, adopta sa pose favorite : une main sur sa hanche, avec l'air décontracté de celui qui maîtrise la situation (ce qui était complètement faux). Il s'enquit :
« B… Bon ben… Quand est-ce que tu vas le chercher ?
- Hein ? »
Alphonse resta interloqué. Il s'assura :
« Euh… Quand est-ce que je vais chercher quoi ?
- Ben l'autre crevette, quelle question !
- Edward ? Pourquoi tu veux que j'aille le chercher ?
- Parce que c'est toi qui sais.
- Qui sais quoi ?
- Rah ! » s'impatienta Envy. « Parce que c'est toi qui sais c'est quoi son problème !
- De quoi ? Hein ? Mais c'est pas ça, le problème, Envy ! Enfin !
- Commence pas à m'embrouiller !
- Mais c'est toi qui t'embrouilles tout seul ! » objecta l'armure, perdue. « Attends, je te réexplique : je ne voulais pas que tu y ailles au début parce qu'Edward t'aurait forcément envoyé sur les roses si tu avais débarqué sans savoir ce qu'il te reprochait. Mais maintenant que tu sais ce que tu as fait de mal, tu peux y aller sans risque ! C'est aussi simple que ça.
- Et ce qui est aussi « simple que ça », aussi, c'est que j'ai été infoutu de comprendre le problème tout seul. Donc c'est à toi d'y aller.
- Mais… Envy ! »
Alphonse, s'il l'avait pu, se serait pincé l'arête du nez. Malheureusement, il n'avait pas de nez.
« C'est toi qu'Edward veut voir venir le chercher ! Si c'est moi qui y vais, non seulement ça n'aura aucun sens, mais en plus, il t'en voudra beaucoup. »
Ce fut au tour d'Envy de rester interdit.
Avec une innocence qu'Alphonse trouva touchante, il demanda :
« Tu crois ? »
Alphonse croisa les bras et répondit gentiment :
« Bien sûr, idiot.
- On n'avait dit plus d'insultes.
- C'était affectif. »
Envy… rougit ?! Non, il devait se faire des idées. En tout cas, l'homonculus se détourna et grogna un « Mouais » peu assuré. Il se renseigna, incertain :
« Tu penses vraiment qu'il faut que j'y aille ? » Puis, plus triste : « J'ai quand même dit une sacrée connerie.
- Raison de plus pour filer sans attendre.
- Mais je ne sais pas où aller », tenta Envy d'un ton traînant pour se défiler. Se confronter à sa propre bêtise ? Sûrement pas.
« Bien sûr que si, que tu sais », démentit Alphonse en lui adressant un regard presque paternel. « Et ne compte pas sur moi pour t'aider », signala-t-il immédiatement pour lui couper l'herbe sous le pied. « Tu sais très bien que je ne suis pas devin.
- C'est vrai, tu n'es « que » son frère.
- Et toi, son compagnon. Alors tu serais bien avisé de savoir où chercher et de me le ramener en un seul morceau et souriant, s'il-te-plaît. Sinon, je te botte le cul ! »
Envy fit instantanément volte-face vers lui avec l'air outré d'un pigeon dans lequel on aurait shooté.
« Pardon ?
- Tu as très bien entendu ! Alors maintenant, tu te grouilles et tu le ramènes ici illico presto. Les rues ne sont pas forcément sûres la nuit. »
Alphonse lui adressa un sourire complice.
« Il paraît qu'il y traîne des androgynes en jupe. »
Envy lui retourna un regard blasé et se dirigea vers la fenêtre, qu'il ouvrit.
« C'est une jupe-short... »
Il sauta.
Mais sa voix parvint quand même à Alphonse :
« … et tu le sais très bien !
L'armure haussa les épaules. Oui, il le savait. Mais ça ne l'empêcherait pas de le taquiner malgré tout. Cette amusante idée en tête, Alphonse se posta à la fenêtre et regarda une ombre agile et souple glisser dans l'obscur manteau de nuit qui s'était déposé sur la cité. Il n'y avait rien d'humain dans ces déplacements félins à la limite de l'irréalisable ; pas plus que dans cette vitesse vertigineuse avec laquelle la silhouette, bientôt tout petit point, bondissait d'immeubles en immeubles. Pourtant… Alphonse pouvait le certifier : cette fois-là, malgré deux ou trois anicroches, il avait véritablement eu l'impression de converser avec un autre être humain. Gauche et plutôt soupe-au-lait, mais un être humain tout de même. Avec ses défauts, bien sûr, mais aussi avec ses qualités. Des qualités qu'il s'était probablement refusé à voir jusque-là, par commodité, et qui ne lui apparaissaient que maintenant.
Certes, Envy était loin d'être parfait.
Mais après tout, qui l'était ? Pas lui, en tout cas.
Et même s'il avait encore pas mal de reproches à faire à l'impulsif androgyne, Alphonse se sentait apaisé : il percevait désormais un peu mieux où Edward voyait de la beauté et de l'amour chez le brun. Il ne pourrait certainement jamais le ressentir comme son frère, directement concerné, mais au moins, à présent, il n'était plus aveugle.
Envy tenait à Edward. Mais pour le savoir, il fallait déjà bien vouloir le voir. Voir quoi ? Qu'Envy avait retourné toute la ville pour le ramener au petit matin. Que tandis qu'il le laissait le précéder pour qu'il pût se déchausser tranquillement dans l'appartement qu'il avait enfin retrouvé, il le couvait avec un regard de maman chat fière d'avoir retrouvé son petit. Qu'il attendait patiemment qu'il se fût entretenu avec son frère pour pouvoir lui adresser un mot. Qu'en voyant Edward revenir vers lui, il replaçait une mèche de cheveux rebelle dressée par la vicieuse capuche du manteau dont il se défaisait. Et qu'enfin, alors qu'Edward se retirait en premier dans la chambre qu'ils partageaient, il le regardait avec bonheur et bienveillance (et peut-être, aussi, lubricité).
Alors que l'homonculus, charmé par la vision, se dirigeait lui aussi vers la chambre, il s'arrêta net à hauteur d'Alphonse qui, il l'avait bien remarqué, le détaillait.
Alphonse qui l'avait grandement aidé.
Et qui l'aiderait encore, pas vrai ?
« Je peux compter sur toi à l'avenir… » murmura Envy en lui envoyant un coup de poing complice. « … cher interprète ? »
Sans attendre la réponse, il lui adressa un clin d'œil et disparut dans le couloir, à la suite du petit blond.
Alphonse rit, content.
Ce n'était pas tous les jours qu'on décrochait un CDI.
FIN
Fini ! :D J'espère que cette petite histoire vous aura plu ! ^o^ À la base, elle était censée être uniquement centrée sur des échanges humoristiques et être, je l'avoue, un peu moins profonde en ce qui concerne la relation Alphonse - Envy (Ed : C'est quoi cette histoire de « relation » ? Envy : Chibi jaloux ?). Mais finalement, l'approcher sous cet angle était bien plus intéressant ! J'ai d'ailleurs pris beaucoup de plaisir à l'écrire. J'espère que vous avez pu le ressentir :3
Allez ! Je vous dis à une prochaine fois ! ~ (N'oubliez pas le petit review qui fait plaisir ! :D)
Bisous à tous et à toutes ! ^o^
Rédaction et édition : White Assassin
Correction : Couw-Chan
