Le Loup qui aimait un agneau


Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas. Ils sont à Hiromu Arakawa :)

Base : FMA (manga)

Rating : T

Genre : Romance – Family – Shônen-ai (Edvy) – OS

Musiques : Life Is Strange – Before the Storm Menu theme (Life Is Strange – Before the Storm, OST), Life Is Strange Menu Theme et Spanish Sahara (Life Is Strange, OST), Rise (Katy Perry, Boyce Avenue piano acoustic cover)

Résumé : Edward a un secret, qu'il ne veut plus porter seul. Mais Alphonse est-il seulement prêt à l'entendre ?

Note : Bien qu'il n'y ait pas de continuité entre les OS qui composent ce recueil, on pourrait dire que celui-ci se situerait plutôt au début de la relation entretenue par Edward et Envy ~


Edward s'appuya dos contre le mur.

Inspira.

Expira.

Posa la main sur sa poitrine, à hauteur de son cœur battant.

La tête rejetée en arrière, il ferma les yeux. Il devait se calmer. Respirer doucement et ne pas se laisser submerger par le stress qui lui serrait pourtant la gorge à l'en étouffer. Plus facile à dire qu'à faire, cela dit, surtout quand on avait l'impression de jouer sa vie sur un moment qui s'annonçait décisif.

Ce moment où il allait devoir avouer.

Ce moment où il allait devoir se montrer fort, pour affronter sa plus grande peur : le jugement de son frère.

« Courage, Ed… Courage... » s'enjoignit-il à mi-mots, la main crispée sur son débardeur qu'il tordait entre ses doigts, faute de pouvoir presser son cœur au rythme endiablé.

Le jeune alchimiste rouvrit les yeux. Face à lui, le mur opposé de l'étroit couloir dans lequel il était bloqué depuis déjà de longues minutes sans savoir quoi faire : fuir, ou aller de l'avant ? Pourtant, Edward n'avait pas grand-chose à faire pour amorcer une vérité qui, tôt ou tard, devrait être dévoilée ; juste quelques pas. Il était en effet si proche de la porte de la chambre d'Alphonse qu'il se trouvait presque dans le halo lumineux que la petite lampe de chevet de son cadet projetait dans le corridor. Edward se rapprocha de l'encadrement de la porte et observa à la dérobée son petit frère. Celui-ci, assis par terre, lui présentait son dos. Comme souvent à une heure aussi avancée de la nuit, Alphonse lisait ; à cela prêt que, cette fois-ci, il ne s'agissait pas d'un livre d'alchimie.

Une part d'Edward lui chuchota de ne pas perturber un tel moment de tranquillité, à laquelle Alphonse goûtait d'ordinaire si peu ; l'autre le fustigea immédiatement pour sa couardise. Malheureusement, la bataille était inégale : l'amour-propre du blond s'en mêla et l'emporta en balayant les derniers doutes de l'alchimiste.

« Allez. »

Ce simple mot lui donna le tempo : d'une impulsion, Edward se décolla du mur et s'engagea dans la lumière, tête basse. Une boule lui nouait l'estomac. Mais hors de question de rebrousser chemin.

C'était maintenant ou jamais. Et si ce n'était pas maintenant, il n'oserait plus. Il se connaissait.

Lentement, Edward leva la main droite et toqua trois petits coups sur la porte entrouverte de la chambre d'Alphonse.

« Oui ? Nii-san ? »

Cette voix si aimante transperça le cœur de l'aîné des deux frères Elric, qui sentit poindre en lui une culpabilité parfaitement justifiée. Comment aurait-il pu en être autrement, sachant qu'il s'apprêtait à révéler à son frère, son plus proche parent, qu'il l'avait trahi de la plus honteuse des façons…

… et ne regrettait rien ?

« Al ? J'entre », annonça Edward, qui essaya d'adopter une attitude détachée.

Il pénétra dans la petite chambre cosy qu'Alphonse s'était choisie dans le nouvel appartement qu'ils occupaient en plein Central City. Ce faisant, Edward prit toutefois garde à ne pas fermer la porte derrière lui. Il avait déjà l'impression d'être pris au piège : autant éviter d'aggraver ce sentiment en se coupant toute retraite.

« Je ne te dérange pas ? » s'enquit le blond.

Il s'approcha de son cadet, qui leva la tête vers lui dans ce qui aurait pu être un sourire.

« Du tout. Au contraire. J'avais envie d'un peu de compagnie… Même si je préférerais que tu dormes. Il est déjà tard. »

Edward sourit à son tour.

Toujours à se soucier de son bien-être avant le sien.

« Je sais. Mais… » Edward se mordit la lèvre. Son regard ne fuit pas celui de son interlocuteur, mais son corps, au balancement incertain, traduisit sa forte envie de rebrousser chemin dans l'instant. « Je… Je ne trouve pas le sommeil, car… Je… Enfin, je… » Alerté par le ton hésitant de son frère, Alphonse posa son livre sur le côté et l'écouta attentivement tandis qu'il lâchait enfin : « J'ai besoin de te dire quelque chose. D'important.

- Quelque chose ''d'important'' ? » répéta Alphonse, pour de bon intrigué.

« Oui. Pour moi et… Pour nous.

- C'est-à-dire… ? »

Edward ne répondit pas. Là, debout, en plein milieu de cette pièce, il n'était pas à l'aise. Il sentit le besoin de construire un cadre plus solide, pour une discussion qui s'annonçait houleuse. Aussi choisit-il d'attraper la chaise du bureau d'Alphonse, qu'il amena près du lit, sur lequel il convia son frère à s'installer. Alphonse comprit que ce qui s'apprêtait à être dit était important. Il accepta donc l'invitation, délaissant définitivement sa lecture pour prendre place sur le lit.

« Qu'est-ce qu'il y a, nii-san… ? » rebondit Alphonse, qui avait remarqué comme Edward peinait à poursuivre sur sa lancée.

« C'est un peu délicat. » Voûté, les avant-bras posé sur les cuisses et les mains nouées, Edward donnait l'impression de peiner à s'ouvrir. Ce qui n'était pas faux : il ne savait pas comment s'y prendre. « Je ne sais pas comment t'annoncer ça. J'aimerais… trouver les mots justes, mais je ne les ai pas. Je ne sais pas faire ça. Alors je vais y aller cash. »

Edward redressa la tête.

Plongea ses yeux dans ceux de son frère, profonds et insondables.

« Il y a quelques semaines, j'ai commencé à sortir avec quelqu'un.

- D'accord…

- … Je n'ai pas voulu t'en parler plus tôt, parce que je n'étais pas tout à fait sûr moi-même de… de tout ça. Jusqu'à présent, on s'est donc vus en cachette. Mais aujourd'hui, je n'ai plus envie qu'on se cache. Et je veux que tu sois au courant.

- Qui est-ce ? »

La question claqua dans l'air comme un coup de fouet. Edward perdit deux tons et sentit son courage s'envoler : Alphonse s'était aperçu qu'il tournait autour du pot pour éviter le point névralgique de la discussion. Il allait lâcher une bombe ; Alphonse l'avait deviné. C'était notamment pour cela que l'armure avait quitté sa bonhomie pour adopter un air dur, qui criait : « Je sais. ».

Mais non. Alphonse ne pouvait pas savoir. C'était impossible. Toutefois, Edward le percevait : son petit frère lisait sans mal en lui le sous-texte qui disait : « C'est la merde. Pardonne-moi d'avance. »

Edward déglutit puis, sans baisser les yeux, le regard droit et franc, répondit :

« Envy. »

Alphonse ne cilla pas. Ne bougea pas. Et ne dit rien.

Edward, rendu perplexe par cette absence de réaction, crut bon de préciser :

« Tu sais… Euh… L'homonculus… Celui, qui…

- Je sais, oui. »

Le ton était dur. Mais mérité, estimait Edward.

« Ça ne m'étonne pas trop », reconnut Alphonse, à la grande surprise d'Edward :

« Ah bon ? Mais com-… ?

- Depuis quelque temps, tu es parfaitement insensible aux avances de Winry qui n'a pas, on peut le dire, été pourtant très subtile.

- Oh.

- Et accessoirement, j'ai vu Envy sortir de ta chambre la semaine dernière… et tout à l'heure, encore.

- Urgh. »

Le rouge monta aux joues d'Edward, qui se passa nerveusement la main derrière la tête dans une vaine tentative d'atténuer son malaise.

« Effectivement, je comprends mieux…

- Mais moi, pas », dit sèchement Alphonse.

Edward se raidit. Alphonse, comme il l'avait redouté, n'était guère ravi par son aveu.

« Il faut que tu m'expliques, nii-san. Envy. Envy », insista son cadet plus lourdement en détachant les deux syllabes, comme pour les graver dans le crâne de son frère aîné et provoquer, chez lui, une prise de conscience inespérée.

« J… Je… » bafouilla Edward, qui se sentit rapetisser sous le regard inquisiteur de son frère. « En fait, ça c'est un peu fait comme ça et… je… Pour tout dire, » avoua l'adolescent dans un demi-sourire confus voire désolé, « … Au début, j'étais pas tout à fait sûr qu'il s'agissait d'un garçon et du coup…

- Ce n'est pas ce que je veux dire », coupa Alphonse, dont le poing s'abattit sur sa cuisse. Le bruit, retentissant, fit presque sursauter Edward. « Fille ou garçon, je m'en fiche. » Il rajouta, avec une pointe de reproche : « Tu le sais, d'ailleurs. Tu cherches juste à éviter le fond du problème.

- …

- Ce qui m'importe, c'est que tu te sentes bien avec la personne avec laquelle tu es. Or, je ne vois pas comment ça serait possible avec Envy. La preuve ? » souleva-t-il précipitamment alors qu'Edward s'apprêtait à argumenter. « Tu viens jusqu'à moi pour te justifier, parce que tu sais pertinemment que ce n'est pas une bonne personne. »

Edward, poings serrés, le corps tendu, soutint avec mal le regard de son frère. Soucieux néanmoins d'appuyer sa décision, il se risqua :

« Ce n'est pas…

- Tu as oublié, ce qu'il a fait ?

- Qu-… Comment ça ?

- La guerre d'Ishbal. Les émeutes de Lior. Et tant d'autres. Si je ne m'abuse, les massacres qui ont eu lieu là-bas, c'est lui qui les a provoqués. Tu as décidé de faire comme si de rien n'était…

- Bien sûr que non… !

- … ou tu cautionnes ? » termina Alphonse avec gravité.

Edward bondit aussitôt de sa chaise et s'indigna véhémentement :

« Ni l'un ni l'autre, évidemment !

- Alors quoi ?

- Alors je pense que ces horreurs n'auraient jamais dû avoir lieu et qu'Envy…

- … qui en est l'auteur…

- … Je sais ! » tonna le petit alchimiste, raide comme un piquet. « Je sais très bien ce qu'il a fait, et je pense qu'au fond de lui… il… il n'en est pas aussi fier que ce qu'il prétend.

- On devrait s'en réjouir… ?

- … ! »

Le sarcasme évident d'Alphonse manqua de faire s'étrangler Edward. Après un instant de flottement, l'alchimiste en prit un autre pour se calmer. Toutefois, il ne manqua pas de blâmer son petit frère :

« Tu es injuste. Ce que je veux dire, c'est que… Envy… ne… n'a pas… n'a pas vraiment pu… ou plutôt voulu…

- … commettre plusieurs crimes contre l'humanité… ?

- C'est ce que je pense.

- Tu es naïf, nii-san. »

Edward accusa le coup… et ne sut que répondre.

Il avait envie de protester. Envie de tenir tête à Alphonse, pour faire valoir ses arguments avec plus de voix encore. Néanmoins, il devait avouer – et surtout, s'avouer à lui-même – qu'il se sentait désarmé face à la conviction d'Alphonse, contre laquelle ses doutes et ses incertitudes, encore persistants, se heurtaient malgré lui.

« Et admettons que l'on décide, comme tu le fais, ''d'oublier'' ces petites ''exactions'' et d'accorder le bénéfice du doute, ou en tout cas, des circonstances atténuantes à Envy pour ses méfaits les plus remarquables… Qu'en est-il du reste ?

- D… De quoi tu-…

- Je parle de tous les autres crimes qu'il se plaît à commettre quotidiennement. Tu réalises les risques que tu encoures, toi, à titre personnel, en le fréquentant ?

- Les ''risques''… ?

- Nii-san. Au cas où ça t'aurait échappé, Envy a un sacré palmarès et est, entre autres, un assassin. »

Edward se tut, soufflé.

« Pour parvenir à ses fins, tous les moyens son bons. Je ne crois rien t'apprendre en te rappelant qu'il n'hésite pas, si besoin est, à flouer les autres. »

Le blond baissa la tête.

« C'est sa raison d'être. Et c'est ce qu'il fait de mieux, car c'est un jeu d'enfant, pour lui.

- Oui, mais…

- Pourquoi ferais-tu exception ? Tu crois voir plus clair que les autres ? Qu'Envy ne peut pas abuser de ta crédulité ?

- Je ne-…

- Alors je te le demande : as-tu pensé aux risques que tu prenais en t'engageant avec lui ? Tu ne penses pas qu'il a intérêt, justement, à te duper ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ? » attaqua Edward, piqué au vif.

« Envy a tout intérêt à entretenir cette relation avec toi », traduisit Alphonse, peu impressionné par l'agacement naissant chez Edward. « Déjà, pour te faire te tenir tranquille.

- Ça ne changerait rien ! Si tu fais référence aux manigances perpétuelles des homonculi, je ne m'en mêle pas par plaisir, si tu veux savoir ! C'est généralement un concours de circonstances qui veut que je me retrouve embarqué dans des histoires – leurs histoires – pas possibles. Ce qu'ils font ne me plaît pas, c'est sûr, mais je ne cherche pas particulièrement à contrecarrer leurs plans – que je ne connais même pas, d'ailleurs ! Alors le fait que je sorte avec Envy n'y changerait rien !

- Peut-être, mais en étant proche de toi, il pourrait mieux te surveiller… et t'éviter de t'égarer, comme tu dis. Non pas que je ne le souhaite pas, au contraire ! » précisa Alphonse en essayant de faire de son calme un bouclier contre la colère d'Edward, qui montait peu à peu. « J'aimerais bien que tu t'attires moins d'ennuis, en fait. Mais du côté d'Envy, ça l'arrange aussi clairement. Sans compter que t'avoir à la bonne, c'est aussi se faciliter la vie pour plus tard.

- Développe ?

- À supposer que les homonculi n'aient pas pour toi des plans que nous ignorions et qui précipiteraient les choses, ce qui reste une possibilité, Envy aurait fort à gagner à obtenir un ascendant émotionnel sur toi d'ici au ''jour promis''. » Alphonse se leva à son tour et demanda : « Ça te dit quelque chose, le ''jour promis'' ? Tu y as pensé ?

- É-Évidemment… ! » bégaya Edward, une fois de plus désarçonné.

« Oh, vraiment ? » ironisa son cadet, bras croisés. « Et qu'est-ce que tu as prévu, à ce sujet, au juste ? Le mot ''sacrifice'' t'évoque quelque chose, lui aussi ? Parce que pour rappel, c'est à toi – et à moi – qu'il s'applique. Et je ne pense pas qu'il faille le comprendre au sens figuratif, quand on sait de quoi sont capables les homonculi. Alors ma question est la suivante : que feras-tu lorsque le jour promis arrivera ? Tu t'es arrangé avec Envy à ce sujet ou bien… ?

- Ça, c'est bas », cracha le blond. Il fit un pas résolu en avant pour se grandir et user un peu de son autorité de grand frère. « C'est un sujet qu'on n'a pas encore abordé et…

- Comme c'est pratique !

- … qui n'est pas évident à aborder non plus !

- Et qu'Envy ne se fatiguera pas à amener, si tu veux mon avis.

- Eh bien je n'en veux pas ! » s'écria Edward, au bord de la crise de nerfs.

« Et pourtant, il le faut ! » rétorqua Alphonse du tac-au-tac. « Parce que tu te voiles complètement la face ! Tu te laisses abuser par ses…

- Tu ignores tout d'Envy ! » rugit Edward, à présent à quelques centimètres seulement de son petit frère et dans une colère peu commune. « Tu ne sais pas ce que je sais sur lui !

- Oh ! Et qu'est-ce que tu sais de lui, au juste ? À part le fait que c'est un meurtrier qui pourrait en vouloir à ta vie et qui n'aurait aucun mal à te briser le cœur ?! Ou encore le fait que c'est un homonculus et que, par définition, il n'est pas humain ?!

- Tu es bien placé pour savoir que c'est le cadet de mes soucis, ça ! » vitupéra Edward… avant de porter soudainement la main à sa bouche, le visage décomposé.

Un silence.

Pesant.

Edward, tremblant, mesura instantanément la portée de ses mots.

Un peu tard.

Toute colère évanouie, presque chancelant tant la violence de ses propos le submergeait, il s'empressa de dire :

« Je suis dé-…

- Désolé ? Tu peux l'être », reprocha Alphonse sans regarder son frère.

Edward, contrit, lui attrapa le bras dans un geste qu'il voulait tendre et assura :

« Ce… C'est pas ce que je voulais dire, Al. Pardon.

- Je te crois », affirma Alphonse, au grand soulagement d'Edward, qui eut l'impression que son cœur, aux battements suspendus, s'était remit à fonctionner. « Mais tu aurais pu mieux choisir tes mots.

- J'ai été maladroit.

- Très.

- Tu sais que je ne voulais pas dire que-…

- Et toi, tu n'as pas compris ce que je voulais dire en te rappelant qu'Envy n'est pas humain. »

Alphonse, encore peiné, s'écarta de son frère et se rassit. Edward, qui souhaitait faire reprendre à la conversation un ton plus calme, l'imita et essaya d'adopter une posture moins défensive. Assagi, il prêta une oreille attentive à ce que son petit frère clarifia :

« Envy n'est pas humain.

- Je sais.

- Alors tu sais sans doute qu'il vit différemment de nous. »

Edward fronça les sourcils, incompréhensif.

« Précise ?

- Envy a des besoins différents. Il ne mange pas. Ne dort pas. N'a aucun besoin particulier et ne tombera jamais malade… contrairement à toi. Ainsi, s'il ne se blesse ni ne meurt, il pourra vivre éternellement. En revanche, pour s'assurer de cette vie immortelle, il dépend d'un père qu'il ne peut pas trahir : c'est lui qui recharge sa pierre lorsqu'elle est épuisée. Et alors, tout recommence. » Alphonse marqua une pause. « En conclusion, Envy n'a pas le même rapport à la mort que toi ; que nous, et ne l'aura jamais.

- … »

Edward, le regard fixé sur ses pieds, ne répondit rien.

Alphonse poursuivit :

« Tu comprends ce que je veux dire ? Cette différence entre vous deux n'est pas anodine. Vous n'aurez jamais le même quotidien. Or, il n'est pas facile d'être avec quelqu'un dont tu ne partages pas vraiment la vie.

- …

- Ou, plus encore, la même espérance de vie.

- Al… » souffla Edward avec douceur, touché par l'avertissement de son frère.

Cette fois-ci, il n'était plus question de reproches : Alphonse s'inquiétait sincèrement pour lui et le mettait en garde contre les petites lettres en bas du contrat qui encadrait cette relation aux antipodes d'une idylle. Ces petites lettres étaient triviales à première vue mais, à terme, pouvaient fragiliser ce qui peinait déjà à éclore.

« Je… je sais, tout ça », admit Edward. « Je n'y ai pas réfléchi autant, mais je ne me suis pas engagé sans en avoir conscience. Tout ce que tu dis est vrai. Mais je… je… » Animé d'une nouvelle énergie, il déclara vivement : « Je veux y croire. Et je veux essayer.

- Pourquoi ? »

Une question de plus à laquelle il faudrait fournir une réponse, loin d'être évidente.

« Je… » Edward balança nerveusement sa jambe droite d'avant en arrière. « J'ai du mal à définir pourquoi. Surtout que… » Il soupira douloureusement. Un sourire triste passa brièvement sur son visage, que l'adolescent s'efforça de dissimuler derrière quelques mèches de cheveux en baissant à nouveau la tête. « … Je sais très bien qu'Envy n'est pas un ange et qu'il a un lourd passé derrière lui. Je sais qu'il ne pense pas… vraiment… comme nous. Et qu'il a beaucoup de défauts. »

Edward, après une grande inspiration, se redressa pour basculer légèrement en arrière. Il regarda le plafond comme s'il était capable de le traverser pour se perdre dans l'étendue du ciel et confia :

« Je ne peux pas pardonner ce qu'il a fait. Personne de sensé ne le pourrait. Chaque vie qu'il a ôtée comptait et comptera toujours. Malheureusement, aucune ne reviendra. Quand j'y pense… Ça… ça me rend triste. En colère aussi, bien sûr, mais surtout triste.

- Alors pourquoi, nii-san ? Pourquoi lui ?

- …

- Par compassion ?

- Peut-être un peu.

- C'est noble.

- Mais… ?

- Mais pour aussi noble qu'elle soit, la compassion ne devrait pas justifier ton choix.

- Mais elle peut faire ouvrir les yeux. »

Un timide sourire, où affleurait une certaine tendresse, naquit sur les lèvres du blond.

Edward glissa souplement de sa chaise jusqu'au lit, pour s'asseoir aux côtés d'Alphonse. Puis, à la proximité des corps se joignit celle des cœurs :

« Envy n'hésite pas à duper son prochain et a fait beaucoup de mal autour de lui. C'est un fait. Je sais qu'il donne l'impression d'en être fier. Et d'un côté, il l'est.

- … ''d'un côté''… ?

- Mais en apprenant à le connaître… En essayant de le comprendre, même un peu, et de ne pas m'arrêter à ce qu'il se plaît à laisser voir, j'ai compris que ce n'était pas vrai. La vérité, c'est qu'on ne lui a jamais rien permis d'accomplir d'autre dont il puisse être fier. On lui a dit qu'il ne pouvait pas exister autrement qu'en blessant les autres.

- …

- C'est là que se trouve la vraie violence, dans l'existence d'Envy. En l'obligeant à penser ça on lui a fait, à lui aussi, beaucoup de mal. Il ne l'avouera jamais, mais je le sais. Alors oui, quand je vois ça, je ne peux pas m'empêcher d'avoir de la peine pour lui. Il n'a pas choisi cette vie et il ne sait pas comment faire pour en choisir une autre, car on ne lui a jamais appris. » Edward essaya de capter le regard de son frère, pour y trouver un appui. « En fin de compte, c'est parce qu'il souffre qu'il fait souffrir les autres.

- Ce n'est pas une excuse.

- Non. Mais c'est une explication. Or, si explication il y a, alors solution on peut trouver.

- Nii-san, tu ne peux pas sauver tout le monde.

- Pas ''tout le monde''. Mais Envy, peut-être.

- Mais pourquoi serait-ce à toi de… de te sacrifier, pour trouver cette solution ? Ou… Ou alors est-ce que tu entends te servir de ta vie amoureuse dans un but expérimental… ? Ce n'est pas sain de sortir avec quelqu'un simplement parce que tu as pitié de lui et que tu penses pouvoir le ''sauver''. Rien de bon ne pourra sortir de cette relation si tu l'envisages exclusivement sous cet angle.

- Ce n'est pas le cas. »

Alphonse réalisa alors qu'Edward rougissait. Face à cette vision de son aîné en plein émoi, une part du garçon ne put s'empêcher de s'émouvoir. Rares étaient les fois où Edward avait tombé le masque ainsi :

« Envy n'a pas que des mauvais côtés, Al. Il est… » Il chercha un instant ses mots et opta pour : « … Imprévisible. Complexe. Et plus que tout, surprenant.

- C'est une bonne chose ?

- Oui. Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut pas le résumer aux crimes qu'il a commis. Malgré eux… Il a plus à offrir que ce que l'on pourrait croire de prime abord. » Edward sembla mal à l'aise. « Je ne t'en ai jamais parlé parce que…. Parce que. » Le blond parut honteux. « Mais sache qu'Envy m'a sauvé la vie à plusieurs reprises, quand tu n'étais pas là. Je ne détaillerai pas les circonstances… » s'empressa d'ajouter Edward, qui ne leurrait pas Alphonse un seul instant : ces « circonstances » ne devaient pas être très glorieuses. « … Mais Envy a toujours été là lorsque j'ai eu besoin de lui. Quelque part, je lui suis redevable. Alors pourquoi ne pourrais-je pas, à mon tour, essayer de faire quelque chose pour lui ?

- Nii-san, ne mélange pas tout. Si Envy t'a aidé, c'est car c'est son travail de nous – te – protéger. Et si je ne m'abuse, d'après ce qu'on a pu constater, c'est ta surveillance qu'on lui a attribué en priorité. Ce n'est pas étonnant, qu'il vienne à ton secours lorsque tu es en danger. Tu ne lui dois rien, surtout alors que c'est souvent par la faute des homonculi que tu te retrouves en difficulté.

- Et c'est son travail de me couvrir les épaules quand je m'endors sur mes recherches, à la bibliothèque ? » interrogea Edward avec le plus grand sérieux. « C'est son travail de se faire passer pour un chauffeur de taxi pour m'éviter la pluie ? De se changer en passant pour m'aider à ramasser des documents que j'ai fait tomber par terre ? De m'indiquer mon chemin quand je suis perdu ? »

Alphonse cligna des yeux, incrédule.

Envy avait… Envy avait fait tout ça pour son frère ?

« Ce ne sont que des exemples. Plein de fois, Envy m'a aidé. Pour des broutilles, le plus souvent. Je dois avouer, j'ai été un peu long à la détente et j'ai mis du temps à me rendre compte que c'était lui… », reconnut Edward, qui ne manqua pas de foudroyer son frère du regard en voyant comme Alphonse retenait un gloussement, « …. mais au bout d'un moment, les coïncidences étaient un peu trop nombreuses. C'est ça qui m'a mis la puce à l'oreille. Et c'est là que j'ai décidé de coincer Envy pour savoir pourquoi il faisait tout ça pour moi. C'était il y a quelques mois.

- Et tu as eu ta réponse ?

- Oui. »

Edward s'empourpra un peu plus.

« Enfin… À moitié. Envy n'a pas été vraiment explicite mais je pense que… qu'il… qu'il…

- … t'aime… ? »

Edward, peu coutumier des débordements affectifs, se contenta de hocher sobrement la tête. Il constata cependant qu'Alphonse n'était pas convaincu.

« Tu penses qu'il ment. Je le vois bien. Mais si… si tu l'avais vu, tu penserais comme moi. Il était vraiment différent de d'habitude quand… il me l'a dit. Ou ''fait comprendre'', plutôt. » Le regard d'Edward se fit lointain, plongé dans un souvenir qui avait un goût d'irréel. « Je pense que c'est vraiment à ce moment-là que j'ai compris qu'Envy pouvait avoir plusieurs visages et que celui qu'il montre d'habitude n'est peut-être pas le vrai… Ou, en tout cas, pas le seul. Alors si je pouvais… si j'arrivais à… à faire en sorte que ce visage-remplace le masque qu'il porte constamment… Peut-être que-…

- Mais, toi, Envy… Tu l'aimes ? »

Edward s'accorda un instant de réflexion.

« Je ne peux pas l'affirmer. Pas encore. Je l'apprécie, en tout cas. J'aime passer du temps avec lui. Même s'il me tape encore un peu sur les nerfs parfois ! » plaisanta Edward d'une voix douce. « Mais ça a toujours été comme ça, entre nous… Il est un peu direct, je suis un peu… Ahem… borné… Forcément, des fois, ça coince.

- J'avoue avoir du mal à comprendre pourquoi tu… t'infliges ? ça. Si tu ne l'aimes pas vraiment, je veux dire.

- Je ne ''m'inflige'' rien du tout ! » rit Edward. « Je ne sais juste pas vraiment ce que c'est que d'aimer quelqu'un, finalement. Enfin… d'un amour qui soit autre que celui qu'on partage toi et moi, par exemple », expliqua Edward, qui était presque surpris par la question de son frère. « Je ne pourrais pas dire si j'aime Envy ou non. Mais est-ce que j'ai besoin d'être transi d'amour pour lui pour avoir envie d'essayer de vivre quelque chose de différent avec lui ? »

Cette fois, ce fut au tour d'Alphonse d'être surpris. Par moments, Edward le surprenait pas sa candeur. Mais en même temps, son raisonnement se tenait.

« Envy a choisi de faire un pas vers moi. Pourquoi je devrais reculer ? Parce qu'on n'est pas intimes ? Mais on ne le sera jamais si je ne vais pas, moi aussi, vers lui. Alors pourquoi ne pas donner sa chance à ce début… ? » Edward sourit. « J'ai envie de me laisser porter. De nous laisser le temps. Si ça ne fonctionne pas, tant pis. Si ça fonctionne, tant mieux. Mais ça, seul l'avenir nous le dira. En attendant… Je ne veux aucun regret.

- Mais tu sais… Nii-san… Euh… Comment dire… ? » Alphonse, étonnamment, sembla gêné. « Je ne connais pas vraiment Envy, mais quelque chose me dit que vu son tempérament, il ne se contentera pas d'une relation… ahem… Platonique, comme tu sembles la décrire. Tu vois… ce que je veux dire ?

- … ! » Edward s'agita soudain. « Elle… » Prit un ton rouge écrevisse. « … Elle ne l'est pas. En-en-enfin pas trop ! » se hâta-t-il de nier à la vue du choc qui se peignait sur le casque d'Alphonse. Se sentant au pied du mur, l'aîné des deux frères se sentit le besoin de se justifier : « … Qu-Qu-Quand… Quand on prend le temps… de… de le remarquer… E-Envy… ne… n'est pas si mal, en fait. Physiquement parlant, je veux dire. Je… Je m'en suis rendu compte… récemment. »

Alphonse, qui assistait aux efforts désespérés d'Edward pour paraître insensible aux charmes d'Envy, se surprit à rire. Edward, honteux, lui envoya de petits coups maladroits pour le faire cesser, se félicitant toutefois parallèlement d'avoir préféré un euphémisme à la vérité toute nue. Car comment dire à son petit frère que loin de trouver Envy simplement « pas mal », il le trouvait beau ? Qu'il y avait une attirance physique indéniable et réciproque entre eux, qui jouait aussi dans sa décision en troublant son jugement ? Par orgueil et par peur, cela, jamais Edward ne pourrait l'admettre… tout comme il garderait à jamais secrètes les raisons les plus intimes et inavouables de son choix, qu'Alphonse serait de toute façon incapable de comprendre.

En effet, comment son cadet réagirait-il s'il lui disait que se sentir aimé par Envy, qui avait tout autant que lui désespérément besoin d'amour, l'avait poussé dans ses bras ? Plus encore, que dirait-il s'il savait, réellement, ce qui l'avait charmé chez Envy ? Edward préférait ne pas y penser : cela touchait à son désir le plus coupable et, pourtant, le plus humain.

Liberté.

C'était le premier mot qui lui était venu à l'esprit quand Envy et lui s'étaient, pour la première fois, parlé véritablement ; sans cris, sans coups et sans tension. Ce jour-là, Edward s'en souvenait bien. C'était une froide nuit d'hiver. Seule la lune lui tenait compagnie.

Jusqu'à l'arrivée d'Envy.

Edward avait d'abord été sur le qui-vive puis, presque naturellement, une conversation normale s'était engagée entre eux.

Ç'avait été le début de tout. Et lorsqu'Envy était reparti, aussi facilement qu'il était venu… Edward s'était pris à rêver ; à rêver de cette liberté dont l'homonculus jouissait et à laquelle il avait pour sa part depuis longtemps renoncé dès l'instant où il avait sacrifié ses membres et son autonomie puis, lorsqu'il avait entrepris cette difficile quête en compagnie de son frère pour réparer ses erreurs, quitte à faire une croix sur son futur et sur ses rêves et à vendre son âme à un gouvernement abject.

Plus d'indépendance.

Plus d'insouciance.

Et plus d'enfance.

Tout lui avait été ravi. Il avait été plongé de force dans une adolescence qui n'en était même pas vraiment une et qui s'accompagnait de responsabilités qui le dépassaient – quoiqu'il ne l'admettrait pas. Ainsi, bien qu'il l'eût choisi, une part d'Edward n'avait cessé de regretter un passé heureux où chaque jour était une nouvelle page qu'il lui appartenait, à lui et à lui seul, d'écrire.

Un passé où il était libre.

Cette liberté, il la retrouvait en Envy ; dans son inconséquence, plus précisément.

Aucun point d'attache.

Aucun compte à rendre.

Aucune responsabilité.

Aucune règle.

Et après lui, le Déluge.

Envy fonctionnait comme ça.

Enfin… Ça, c'était ce qu'Edward avait cru un long moment. Jusqu'à comprendre la terrible ambivalence de l'existence d'Envy : d'un côté, l'homonculus était libre comme l'air et ne se souciait que peu du lendemain, des autres et de ses actes ; de l'autre, il était enchaîné à un rôle, à une personne et à un lieu.

Exactement comme lui.

Si Envy lui paraissait libre, c'était simplement car il essayait de s'en donner les moyens – discutables. Mais l'androgyne aussi était, à sa manière, prisonnier. Or, ils n'aspiraient qu'à être libres. L'un comme l'autre. Pour enfin savourer une vie qui s'écoulait sans qu'ils ne pussent avoir d'emprise concrète sur elle.

Ce souhait était le leur, et devait le rester.

Personne ne pourrait l'entendre sans les juger, et eux ne pourraient l'expliquer sans blesser.

C'était en réalisant qu'ils partageaient bien plus que leur tempérament qu'Edward s'était aperçu qu'Envy et lui n'étaient pas si différents. Alors, bien sûr, ils n'avaient pas parlé de tout ça. À aucun moment. Cependant, ce profond désir de liberté était tellement ancré en eux qu'ils n'en avaient pas eu besoin : un regard avait suffi pour qu'ils retrouvent dans l'autre ce qu'ils ressentaient eux-mêmes et passent de parfaits inconnus à complices et gardiens d'un secret partagé.

Tout cela, Alphonse n'avait pas besoin de le savoir. Edward en était persuadé : son frère aurait beau lui dire qu'il le comprenait, il n'en resterait pas moins blessé par sa franchise. Alors quel intérêt ? Aucun. En revanche, ce qu'Alphonse devait savoir, c'était ça :

« E… Enfin bref. Je suis désolé de t'avoir caché tout ça jusqu'à maintenant, Al. Mais… Je ne savais pas trop comment tu allais réagir et je ne voulais pas tout précipiter. J'avais besoin de réfléchir à tête reposée, moi aussi, avant de t'en parler.

- Ce n'est pas grave, nii-san. Je suis content que tu aies décidé de te confier à moi. Même si…

- … ''Même si''… ?

- ''Même si'' je ne suis pas entièrement convaincu par… tout ça.

- Par Envy et moi, tu veux dire ?

- Oui. »

Edward, dont le teint avait repris une couleur plus conventionnelle, hocha la tête d'un air compréhensif.

« Je me doute. Ce n'est pas le genre de nouvelle que tu peux avaler facilement. Pourtant… » Il attrapa la main d'Alphonse. « Je ne te demande pas de me soutenir, hein. Je n'irai pas jusque là. Mais juste… si tu pouvais au moins… me comprendre ?

- J'essaie. Mais j'ai du mal.

- Il ne faut pas. » Edward, enfin, se leva. Il s'étira puis conseilla dans un sourire : « Arrête de te faire du mouron pour moi. Envy n'a pas de mauvaises intentions à mon égard. J'en suis persuadé.

- Mais peut-il vraiment changer ? Autant que tu le souhaiterais, je veux dire.

- J'en suis sûr. » Edward se tourna vers son frère. « Il a en lui plus d'humanité que ce qu'on croit.

- Mais suffira-t-elle à compenser la part qui ne l'est pas ?

- Oui. Si on lui donne la chance de grandir. » Edward agita le bras droit et rajouta : « J'en mets ma main à couper. » Il se rapprocha d'Alphonse et lui attrapa la tête pour l'attirer à lui. Il posa son front contre le sien et certifia : « Je te le prouverai. » Il s'écarta. Afficha un air tout à la fois serein et assuré. « Je crois en lui. Fais donc de même avec moi. »

Les deux frères s'échangèrent un regard fort. Malgré leur différend, il ne s'y trouvait aucune colère, mais une compréhension mutuelle que seul le puissant lien qui les unissait pouvait créer.

« D'accord », céda Alphonse face à un Edward ravi. « Je te souhaite de réussir. Par contre... » avertit-il, « Au moindre problème, je veux que tu viennes me voir. Envy trouvera à qui parler !

- Ha ha ! Ça marche, on fait comme ça ! Et toi, de ton côté… ! » commença Edward avec une énergie qui s'épuisa presque immédiatement. « … Euh… Si jamais tu croises Envy, tu-…

- Oui, oui. Je ne manquerai pas de le saluer comme il se doit et je ne le mettrai pas à la porte. Parole. »

Edward, satisfait, envoya un petit coup de poing amical dans l'épaule de son frère en guise de remerciement. Le poids sur son cœur s'en était allé et, couvé par le regard protecteur de son petit frère, le jeune alchimiste se sentait aussi léger que l'air. Il aurait même pu, il en était persuadé, s'envoler ! Et alors qu'il quittait la chambre d'Alphonse, Edward songea à la tête que ferait Envy quand il saurait que tout était arrangé avec Al.

Si seulement Edward avait su que cette tête, il aurait pu la voir en regardant sous le lit sur lequel il était resté assis un bon moment…

En effet, sitôt que le blond eut quitté la pièce, une voix émergea des profondeurs du lit :

« Il est parti ? »

Le corps d'Alphonse se porta légèrement en avant, vers la porte. L'adolescent vérifia d'un coup d'œil et d'oreille que son frère s'éloignait bien, puis se pencha pour regarder sous le lit et souffla :

« Oui. Tu peux sortir. »

Aussitôt, deux mains sortirent de sous le lit, entraînant avec elle un corps androgyne dont le propriétaire n'était autre que celui qui avait été au cœur de la discorde entre les deux frères : Envy. L'homonculus s'extirpa de sa cachette puis s'étira longuement pour dérouiller ses membres ankylosés d'être restés trop longtemps recroquevillés dans un espace si inconfortable. Il y avait dans son attitude une certaine désinvolture qui déplut à Alphonse, mais celui-ci ne fit pas le plaisir à Envy de le relever : il préféra se lever du lit pour aller fermer la porte ; on n'était jamais trop prudent. Il fit bien, d'ailleurs, car la sympathique voix d'Envy l'alpagua dès qu'il eut lâché la poignée de la porte :

« J'ai cru que vous n'alliez jamais finir de disserter sur ma poire et que j'allais finir par mourir étouffer par la poussière qu'il y a sous ce lit. Ça vous arrive, de faire le ménage ?

- Quand nous ne sommes pas sur la route ou en train de faire des recherches, oui.

- Autrement dit, ''jamais''. Mais je crois que j'avais remarqué », ironisa Envy en faisant mine d'épousseter ses bras nus.

Alphonse mit ses mains sur ses hanches avec un air de matrone et commenta :

« Vraiment, je me demande ce qu'il te trouve.

- Beaucoup de choses, apparemment », rétorqua Envy, qui noua ses mains derrière sa tête avec le détachement que cela supposait. « Ça t'en bouche un coin, hein, la boîte de conserve ?

- J'apprécierais que tu ne m'appelles pas comme ça.

- Et moi, j'apprécierais que la prochaine fois que je viens ici, tu me foutes la paix. Tu sais comment ça s'appelle, ce que t'as fait ? De me barrer la route et de me forcer à rester avec toi comme ça ? Une ''séquestration''. Ni plus ni moins. »

Envy avait à présent quitté son sourire pour une mine hostile, qu'il dirigeait volontairement vers Alphonse. Néanmoins, l'adolescent ne se laissa pas démonter. Droit dans ses bottes, il répondit :

« Je ne t'ai empêché de partir que parce que tes allées et venues m'intriguaient et que je voulais savoir ce que tu trafiquais avec mon frère.

- Ça, je risque pas de te le dire. C'est privé ~ Mais maintenant que t'as une idée de ce qui se passe dans sa chambre, puis-je m'éclipser ? » demanda l'homonculus d'un ton condescendant au possible.

« Non. J'aimerais te parler un peu.

- Me ''parler'' un peu ?! Mais on n'a fait que ça pendant une heure avant que l'autre crevette débarque ! C'est quoi, le problème ? T'en as pas encore fini, avec ton interrogatoire ?!

- Chuut ! » s'alarma Alphonse, qui moulinait des mains pour l'inciter au silence. « Arrête de crier, nii-san va t'entendre !

- Et après ?! Je trouve que j'ai déjà été sympa de me planquer pour sauver ta pomme quand il a débarqué. Tout ça parce que t'as pas les couilles d'assumer que tu te mêles sans cesse de ses affaires ! Ça, plus le fait que j'aie été obligé d'entendre tout ce qu'il avait à dire sur mon compte… ! Merci bien !

- Ose me dire que tu n'as pas aimé toutes les louanges qu'Edward a faites à ton propos.

- J'ose », cracha un Envy arrogant, bras croisés.

« Pourtant, nii-san se confie peu. C'était une chance unique pour toi de savoir ce qu'il pense de toi car crois-moi, tout ça, Edward ne te l'aurait jamais dit et ne te le dira jamais.

- Une ''chance'' ? Je trouve pas. Y a franchement certains commentaires dont je me serais passé », grogna le brun.

« Tu parles de…- ?

- Tu sais très bien desquels je parle. D'ailleurs, c'est qu'un ramassis de conneries. Je l'ai jamais aidée, la crevette. Il se fait des films et oh ! Tu lui feras bien comprendre, avec la subtilité qui est la tienne, que j'ai ni l'envie ni le besoin d'être ''aidé''.

- Pourquoi tu te braques ? C'est si difficile que ça d'admettre que pour mon frère, tu as des bons côtés – que moi, je cherche encore, cela dit ?

- Je ne me braque pas.

- Bien sûr.

- J'explique juste.

- Tout à fait.

- Tu me cherches ?

- En quelque sorte. Je cherche le ''vrai'' Envy, derrière le masque. Celui dont mon frère m'a parlé et qui doit probablement exister.

- Ben creuse toujours. »

Les deux garçons se jaugèrent du regard avec froideur. Néanmoins, Alphonse, le premier, céda :

« Je ne suis pas ton ennemi, Envy.

- Juste mon beau-frère. C'est pire.

- Je veux simplement m'assurer que mon frère est entre de bonnes mains.

- Tu joues les nounous ?

- Toujours. »

Envy cligna des yeux, soufflé par cette réplique, puis éclata de rire.

« Vous faites vraiment la paire !

- Et c'est pour ça que je ne veux pas qu'il arrive quoi que ce soit à Edward. Alors, Envy... » Alphonse lui agrippa le poignet. « Je vais te poser la question à toi, puisque tu t'es montré si ingénieux pour l'éviter avec mon frère. »

Envy se raidit.

« Lorsque le jour promis arrivera, que feras-tu ? »

Un silence.

Profond.

Lourd de sens.

Puis…

« Tu sais que je ne peux pas répondre.

- Je sais. Tu ne peux pas répondre, oui. Aujourd'hui. »

Alphonse resserra sa prise, faisant siffler Envy de douleur.

« Mais la prochaine fois que je te poserai la question, quand le jour promis sera à notre porte, j'espère que tu auras une réponse plus adaptée à me donner. »

L'armure tira à elle le brun, pour l'attraper au collet.

« Je ne te laisserai pas faire souffrir mon frère ; encore moins le trahir, à un moment pareil. Tiens-le toi pour dit.

- Je sais bien. »

Envy, d'un geste sec, l'écarta de lui.

« T'as fini ?

- Oui. »

Envy, bien qu'il n'en eût pas besoin, remit correctement son haut, émit un « Tss » d'agacement et contourna Alphonse, décidé à lui fausser compagnie. Toutefois, alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la porte pour s'en aller, le plus jeune le retint :

« Tu sais… Pour me tenir tête comme ça, nii-san doit beaucoup t'aimer. »

La voix d'Alphonse, qui tournait toujours le dos à Envy, se fit alors infiniment plus douce :

« Il croit en toi. »

Une pause.

« Ne le laisse pas avoir tort sur ton compte. »

Les deux garçons, dos à dos, se retournèrent d'un même mouvement l'un vers l'autre.

Leurs regards se croisèrent.

Mais Envy, avec une vivacité surprenante, se détourna aussitôt pour murmurer :

« Je ne sais pas si je mérite sa confiance. »

Il s'avança. Ouvrit la porte.

« Mais j'essaierai d'en être digne. »

Sur ces mots, l'androgyne s'engouffra dans le couloir, disparaissant dans ses ténèbres et laissant Alphonse à nouveau seul, avec ses pensées et cette ébauche de promesse. Envy la tiendrait-il ? Alphonse n'en savait trop rien. Mais ce dont il était sûr, c'est qu'il y avait bien un fond de vérité dans ce qu'Edward lui avait dit ce soir.

Lorsque son regard avait capté celui d'Envy, un bref instant… Il avait compris ce que son frère avait voulu lui dire. Car si, dans son regard, Envy avait dû lire la sincérité…

… Dans celui d'Envy, Alphonse avait décelé l'espoir.

L'espoir de ne plus être seul.

L'espoir d'être enfin aimé.

Et l'espoir de pouvoir, peut-être, voir une lumière au bout du tunnel.

Ne restait plus qu'à souhaiter que celui qui saurait lui offrir cet espoir serait bien son frère. Mais cela, Alphonse n'en doutait pas… ou plus.


FIN


Je pensais que cet OS serait plus court, mais en fin de compte, il est assez long ! J'avoue qu'il ne m'a pas été simple de détailler les sentiments d'Edward o.o C'était un vrai défi : avancer des arguments convaincants, les aligner logiquement et ne pas partir dans le OOC était vraiment difficile u.u' Pourtant, je pense m'être bien débrouillée !

J'espère, en tout cas, que l'histoire vous a plu ~ N'oubliez pas le petit review qui fait plaisir ;p

BisouX à tous et à toutes ! ~


Rédaction et édition : White Assassin

Correction : Couw-Chan