Le Sacrifice


Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, ce sont ceux de Hiromu Arakawa (merci à elle !)

Base : FMA (manga)

Rating : T

Genre : Humor – Romance – Shônen-ai (Edvy) – OS

Résumé : Pour Edward, cette journée s'annonçait comme les autres. Du moins, jusqu'à ce qu'il se fasse convoquer aux aurores par le colonel pour une raison inconnue ! Mais le petit alchimiste est à mille lieues d'imaginer à quel point la chose est sérieuse, et à quel point il est dans la mouise.

Musiques : Interlude (FMAB OST 2), Hot N Cold (Katy Perry), Call me by your name (Montero), Blank Space (Taylor Swift)

Note : Non, je ne suis pas morte (et franchement, je répète tellement cette phrase à longueur d'année que je pense que je vais finir par en faire mon épitaphe). Après plus d'un an de pause, me revoici, vous ne rêvez pas ! \o/ Ou six mois, c'est selon, si vous suivez mes réseaux sociaux ou non. Il faut dire qu'il s'en est passé, des choses, depuis avril 2020. Sans parler de la saleté qui traîne et qui a mis un peu le boxon dans nos vies, dans la mienne, il y a eu aussi pas mal de changements depuis le dernier OS. Enterrement, accident, déménagement, démission… en bref, du bon comme du moins bon, quoi ! (Ed : Tu as gagné en cynisme, non ? W.A. : Non, en xp. C'est ça de vieillir. Ou de rester cloîtré chez soi pendant un an, ça doit pas aider non plus.)

Enfin, on n'est pas là pour parler de ça, vous me direz. Et vous aurez parfaitement raison. Aujourd'hui, on est là pour se changer les idées et repartir du bon pied (aux amis qui passeraient par là : vous pouvez rigoler). Après un neuvième OS pour le moins sérieux, sur lequel je vous avais laissés ronger votre frein comme une malpropre, voici une histoire plus légère placée sous le signe du rire (et d'un soupçon de bêtise). Merci à Couw-Chan, ma correctrice, de m'en avoir donné l'idée :p

En toute honnêteté, après tant de mois d'inactivité, je me sens un tantinet rouillée niveau clavier, mais j'espère que je serai à la hauteur de ce comeback pour arriver à vous arracher au moins un sourire. Et qui sait, peut-être aussi un rire ? ;)


CLANG CLANG CLANG CLANG CLANG.

Edward jeta un œil craintif sur sa gauche.

Au bout du banc qui tressautait sur ce rythme endiablé se tenait un Alphonse plus que remonté. En dépit du soleil éclatant qui rayonnait sur Central City en cette belle matinée, l'armure, que l'astre découpait à contre-jour, faisait grise mine – et c'était peu de le dire. Le géant, bras croisés, lançait un regard noir à la porte à double battant en bois vernis qui leur faisait face, à son frère et à lui. Il tapait si fort du pied contre le carrelage que son aîné commençait à craindre qu'il n'y fît un trou. Pire, à cette heure de la journée, le couloir dans lequel les deux garçons patientaient depuis maintenant quinze minutes était si vide que tout y résonnait comme dans une cathédrale. Ce boucan de tous les diables n'y faisait pas exception. Autant dire que pour passer inaperçus, si tant était qu'ils l'eussent pu, vu leurs dégaines, c'était raté. Encore heureux que le vendredi fût le jour où la plupart des soldats étaient en permission ! Edward en aurait presque remercié le ciel. Pour autant, ce n'était pas le cas de tous. Ainsi, les quelques lève-tôt qui s'étaient aventurés dans l'aile du Q.G. où les alchimistes se trouvaient n'avaient pas manqué de les dévisager en passant ; surtout lui, du reste.

Curieux. D'ordinaire, c'est plutôt Al qui attire l'attention. Mais bon, j'imagine que c'est plus poli – ou moins risqué – de regarder de travers un ado qu'un gaillard de deux mètres de haut qui a l'air de vouloir faire décoller le premier qui passerait à portée, songea Edward en enfonçant son menton dans la paume de sa main gauche. Enfin, vu la tête que je me tape, moi aussi, de quoi je m'étonne, franchement ?

Le blondinet s'inspecta du coin de l'œil dans l'armure reluisante de son frère : cernes bien installés, cheveux en bataille, veste et manteau enfilés à la va-vite par-dessus un pantalon plein de boue et un haut de pyjama trois fois trop grand…

Moui. Clairement, il avait déjà été plus présentable que ça.

Je ressemble vraiment à rien, se lamenta le jeune garçon en tentant d'arranger sa tignasse comme il pouvait. Même pas eu le temps de me donner un coup de brosse, quoi… Le colonel abuse, sérieux. Je passe pour quoi, moi, après ? Pour le crado de service qui change pas de fringues d'un jour sur l'autre ? Comme si ça suffisait pas d'être le seul gamin de l'armée et de mesurer un mètre…

CLANG CLANG CLANG CLANG CLANG.

Edward cligna des yeux.

« Euh… Al ?

- Quoi ? »

Le chef de famille se tassa. Il demanda d'une petite voix :

« Tu… peux arrêter, s'il te plaît ? C'est pas que ça devient pénible, mais un peu quand même.

- J'y compte bien.

- D'accooord, je vois… »

Le jeune alchimiste marqua une pause, évalua ses chances de survie, puis décida de mener l'enquête :

« Il y a une raison particulière pour laquelle tu tires la gueule depuis deux jours ? Ou peut-être une autre qui m'expliquerait pourquoi tu tiens tant à te faire remarquer, histoire que le colonel débarque comme un fou furieux pour nous secouer les puces avant même qu'on se soit dit "bonjour" ?

- Oh, ça ! Il y en a un TAS, t'inquiète.

- Ah. Heureux de le savoir. »

Eh ben… Je lui demanderais bien s'il s'est levé du pied gauche, mais vu qu'il peut pas dormir, je suis pas sûr que ce soit une bonne idée. J'ai plus peur de rajouter de l'huile sur le feu qu'autre chose, et si je fais ça, c'est pas Môsieur le Flame Alchemist qui va m'aider à le maîtriser.

« Désolé, hein. Il est mal luné, en ce moment », glissa tout de même Edward à l'adresse du sous-lieutenant Havoc, qui faisait le pied de grue à sa droite. « On a tous des jours sans.

- Pas de souci. C'est un peu… compliqué pour tout le monde, aujourd'hui, de toute façon.

- Ah oui ? » invita Edward, très intéressé.

Une furieuse quinte de toux sur sa gauche attira son attention. L'adolescent se pencha pour apercevoir le lieutenant Hawkeye, droite comme un « i » aux côtés, elle, de son cadet – qui la dissimulait complètement, quoiqu'il fût assis. La soldate ne payait pas de mine, mais Edward doutait sérieusement que ce raclement de gorge désapprobateur provînt de son frère désincarné. Qu'importe. Faute de connaître la raison de cette mise en garde, le jeune garçon choisit de ne pas y prêter attention :

« Et sinon, vous voulez toujours pas me dire pourquoi vous êtes venus me tirer du lit aussi tôt, ce matin ? J'ai l'impression que tout le monde ici est au courant, sauf moi. En plus, vous me faites peur, avec vos têtes d'enterrement ! C'est quoi, cette histoire de convocation, à la fin ? Ça pouvait pas attendre ? On s'est vus hier ! C'était si urgent que ça ? J'aurais pas pu… je sais pas ? petit-déjeuner, avant, au moins ? J'ai ultra faim… et sommeil, aussi, accessoirement. »

Edward bâilla à s'en décrocher la mâchoire pour illustrer son propos et tenter de détendre l'atmosphère ; peine perdue. Le lieutenant fusillait du regard le sous-lieutenant, ce dernier évitait à présent soigneusement celui de tout le monde, et Al était reparti dans une sonate en cacophonie majeure. Un plaisir.

La tension était plus que palpable, mais ce qui commençait à inquiéter sérieusement Edward était qu'Alphonse, lui, ne paraissait guère s'en soucier. D'ailleurs, maintenant qu'il y réfléchissait, son cadet n'avait pas non plus semblé étonné par la venue des deux militaires à leur domicile ni par cette convocation surprise. Le blond se souvenait encore de l'accueil plus que froid que l'armure avait réservé à ses collègues. Son puîné s'était montré aussi avenant qu'une porte de prison.

Autrement dit, Alphonse devait en savoir long sur la question qui l'intéressait. À bout de patience, son aîné s'enquit :

« Al, tu sais, toi, ce qu'on fait là, pas vrai ?

- Je devine, oui.

- Et éclairer ma lanterne, non ?

- Je préfère pas. »

Edward cligna des yeux, incrédule, puis se renfrogna. Visiblement, il pouvait dire adieu aux prérogatives de l'âge et au respect qui allait avec.

J'y crois pas… Est-ce qu'il a décidé de me faire payer toutes ces années où j'ai râlé pour deux ? Putain, si j'avais su, j'aurais pas contracté un tel crédit… Et les deux autres qui jouent aux carpes, là… J'avais compris que ç'allait être une journée de merde dès que j'ai ouvert les yeux, mais là, je crois qu'on est partis pour battre des records, si Al s'y met.

Faute de pouvoir passer ses nerfs sur son frère adoré, le jeune alchimiste d'État reporta sa colère naissante sur d'autres :

« Je sais qu'on est en dictature, mais je sais aussi que je suis votre supérieur », grogna-t-il à l'adresse de son escorte. « Je me fous bien de ce que le colonel a pu vous ordonner, mais s'il se pointe pas dans les trois secondes pour m'expliquer pourquoi je suis là, je vous préviens, je me casse et je repasse dans deux heures. Parce que s'il peut nous faire poireauter comme ça, c'est que c'est pas si grave que ça, son problème. Il pourra bien attendre que finisse ma nuit et que je casse la cr…

- Ce ne sera pas la peine, Fullmetal. »

Edward se tendit comme un arc en voyant les portes du bureau face à eux s'ouvrir. L'adolescent contrarié qui râlait en lui batailla avec le militaire qu'il était censé être, si bien qu'au lieu de se lever pour imiter ses collègues et exécuter le salut de rigueur dans un claquement de bottes impeccable, il se contenta de faire un squat avant de saluer tout en restant assis. Quant à Alphonse, il ne daigna même pas broncher. Il snoba tout bonnement le nouvel arrivant.

Roy, pourtant, ne releva l'attitude ni de l'un ni de l'autre. Et pour cause : vu la tête de six pieds de long qu'il tirait, l'insubordination du premier et la crise d'adolescence du second devaient être le cadet de ses soucis.

O.K. Là, ça commence vraiment à m'inquiéter. Un Al à fleur de peau qui feule sur tout ce qui bouge, un colonel dépenaillé avec une tête de lendemain de cuite… Décidément, y a un truc qui tourne pas rond. Si ça se trouve, je ne me suis jamais levé, en fait. Je suis toujours dans mon lit, en train de cauchemarder tout ce bordel parce que j'ai enchaîné les heures sup.

Mais, après s'être pincé pour être sûr, le jeune garçon dut se rendre à l'évidence : il ne rêvait pas.

« Dans mon bureau, je te prie », ordonna tout à trac le colonel à un Edward décontenancé. « J'ai à te parler. »

Eh ben ! C'est ma fête, aujourd'hui ! Même pas un « bonjour » ni un « comment ça va » ? Pour l'amabilité, on repassera…, grommela l'alchimiste en son for intérieur en jetant un regard réprobateur à son supérieur mal léché.

Il ne récolta qu'un ordre expectoré d'un ton sec :

« Tout de suite !

- C'est bon, c'est bon ! J'ai pig…

- Et seul », rajouta Roy à l'adresse d'Alphonse, qui avait bondi sur ses pieds avant qu'Edward n'eût eu le temps de faire de même.

Le blond se figea en plein mouvement tandis que son frère fonçait d'un pas menaçant vers le haut gradé en l'invectivant :

« Ça vous arrangerait bien, hein ? Vous ne voulez pas vous embarrasser de moi, j'imagine ? »

Edward n'en crut pas ses oreilles. Mais en constatant avec quelle détermination Alphonse se ruait vers le brun, il dut au moins en croire ses yeux. Ni une ni deux, il se précipita devant son cadet pour le retenir – parce que vu son attitude, il était bien parti pour faire du petit bois de l'allumette qui lui servait de supérieur.

« Non mais, oh ! Al ! Ça suffit, maintenant ! Ça va pas ?! Qu'est-ce qui te prend ?!

- Laisse-moi parler, tu veux ?

- Hein ?! Mais tu "parles" pas, là ! Tu l'agresses ! Je te rappelle que c'est mon supérieur et un officier, qui plus est ! Tu sais ce que tu risques, à t'adresser à lui comme ça ?! T'as envie de finir la journée sous les verrous, ou quoi ?!

- Je m'en moque, j'ai deux mots à lui dire ! »

Alphonse dégagea son frère de son chemin d'un simple geste, doux mais ferme, et arriva à hauteur de Roy, sous les regards paniqués des subordonnés de celui-ci. Riza, d'ailleurs, avait déjà sorti son arme de fonction, mais le colonel la retint d'un signe. Les yeux rivés dans ceux de l'armure, trente centimètres plus haut, il conserva un calme olympien tandis que l'adolescent le houspillait :

« Vous pouvez bien vous cacher derrière vos grands airs, je ne suis pas dupe. Je sais ce que vous tramez, vous savez. Et je ne cautionne pas. Alors, allez-y ! "Parlez" à mon frère si ça vous chante, mais s'il n'est pas de retour dans dix minutes, je vous préviens, colonel ou pas, je défonce votre jolie porte bien cirée et je vous la carre dans la tête. Là, vous allez trouver à qui "parler", comme vous dites.

- Al !

- Je vous ai à l'œil, sachez-le », avertit Alphonse, ignorant superbement le rappel à l'ordre de son aîné.

Roy, pourtant, demeura imperturbable. Il plissa les yeux, et les lèvres pincées, répondit :

« J'avais cru remarquer, en effet.

- Tant mieux, c'était le but. Comme ça, vous…

- Hey, Al ! »

Edward, complètement affolé, repassa en quatrième vitesse devant Alphonse pour lui agripper le bras et le tirer en arrière. Ce faisant, il jeta un regard désolé à Roy dans l'espoir d'excuser la conduite de son cadet, mais ne rencontra en retour qu'une froide indifférence. Rien d'étonnant, en même temps. Mais voir cette expression chez le Flame Alchemist avait de quoi vous glacer le sang.

Le blond déglutit, puis chuchota à l'attention de son puîné, le palpitant à mille :

« Dis donc, je sais pas quelle mouche te pique, mais il va falloir te calmer. Tu pourrais nous attirer de gros ennuis, là. C'est déjà un miracle que le colonel t'ait pas repris et que j'en aie pas pris pour mon grade, mais si tu continues, on est bons pour…

- Pour rien du tout ! J'ai le droit de m'exprimer, encore ! Et puis… Et puis… Pourquoi tu le défends ?! C'est inadmissible, tout ça ! En plus, il sait très bien ce qu'il fait et il sait très bien que c'est mal ! Regarde-le, là, avec ses petits yeux sournois tout plissés !

- Shhh ! Baisse d'un ton, bon sang ! J'ai pas envie qu'il croie que t'es raciste en plus du reste !

- Quel "reste" ?! Je dis juste tout haut ce que tout le monde pense tout bas, c'est tout ! On n'a pas à se plier à ses désirs comme ça ! Tu n'as pas à le faire non plus ! Et tu as ma parole que je te défendrai bec et ongles, s'il le faut ! » s'emporta l'armure, suffisamment fort pour que sa menace fût audible de tous.

Néanmoins, cette fois, Edward tiqua. La voix d'Alphonse était plus aiguë qu'à l'ordinaire. Pour une oreille étrangère, cela n'aurait trahi que la colère mal maîtrisée d'un enfant en pleine crise. Mais, pour un grand frère aimant, habitué à tendre la sienne à un petit frère qui n'avait plus que sa voix pour s'exprimer, ce détail apparemment insignifiant en disait long.

Dans ce ton, Edward décela une profonde détresse qu'il ne s'expliquait pas, et le souci – curieux – de le protéger. Aussi, plutôt que de réprimander une nouvelle fois son puîné, l'alchimiste changea de tactique. Il attrapa la main de l'armure et tenta d'apaiser ses craintes :

« Al, écoute… Je comprends que cette convocation au pied levé puisse te chambouler… »

Non, en vrai, je pige que dalle, mais je vais pas épiloguer là-dessus.

« Mais il faut que toi, tu comprennes que le colonel a tout à fait le droit de me faire mander à toute heure du jour ou de la nuit si l'envie l'en prend, alors…

- QUOI ?! C'est hors de question !

- Ce n'est pas à toi d'en décider ! » tonna le blond. « Répondre à ses ordres fait partie de mes obligations, Al. Je l'ai accepté en connaissance de cause le jour où je me suis engagé. Je pensais te l'avoir dit.

- P… Peut-être, mais ça… ça ne lui donne pas tous les droits ! Tu ne…

- Fullmetal. J'attends. »

La voix de Roy, passablement mécontent, crispa les doigts de l'interpellé. Edward jeta par-dessus son épaule un regard mauvais à son supérieur insensible, grommela quelque chose à propos d'un colonel mal… dégrossi, et conclut :

« Bon. On discutera de tout ça à mon retour. En attendant, tu restes avec le lieutenant et le sous-lieutenant, et tu évites de faire des vagues, s'il te plaît. »

Toutefois, avant qu'il ne franchît la porte, Alphonse le retint par la main et lui dit :

« S'il se passe quoi que ce soit, tu cries, hein. »

Soucieux de rassurer son frère, sans qu'il sût vraiment pourquoi il le fallait, Edward hocha la tête et complut enfin à l'ordre qui lui avait été donné. L'expression du colonel lorsqu'il passa devant lui pesa tant sur sa nuque que l'alchimiste se sentit – comble de l'horreur – rapetisser. Il enfonça sa tête dans ses épaules, mal à l'aise, et s'engouffra dans le bureau dans un silence de mort.

Alors que le jeune garçon prenait un siège et faisait mine de poser une fesse dessus, la porte claqua violemment derrière lui, le faisant sursauter.

Oh… Je vois qu'on a des mouvements d'humeur, en plus d'être désagréable. Au moins, je suis prévenu : je vais en prendre plein la gueule sans qu'on ait eu le temps d'échanger trois mots. Merveilleux.

Et il ne croyait pas si bien dire. À peine eut-il pensé cela que Roy passa d'un pas vif derrière son bureau, face à lui, et s'assit rageusement dans son fauteuil. Il croisa ses mains devant lui et plissa les yeux – peut-être dans l'espoir de le transpercer avec. Il en donnait foutrement l'impression, en tout cas.

C'est quand même vrai qu'il a un air de fouine, quand il tire cette tête, observa Edward, qui se garda bien de partager le fond de sa pensée. Il avait un minimum d'instinct de survie.

« Tu sais pourquoi tu es ici ? » lança subitement le brun avec un débit de mitraillette.

« Ben, pas vraiment… mais j'imagine que vous, oui ? » tenta le blond d'un ton badin en se fendant d'un petit rire (nerveux) dans l'espoir – vain – de dérider le plus âgé.

« Je serais toi, je ferais profil bas et j'éviterais d'aggraver mon cas. »

AH. Alors, il y a un « cas ». Bien, bien, bien… Enfin ! Ce serait pas la première fois que je m'attire des ennuis malgré moi. Reste à savoir pourqu…

Roy ouvrit son tiroir à la volée, en sortit une chemise pleine de papiers glissés pêle-mêle dedans, et la claqua contre le bois du bureau, sous le nez de l'adolescent.

« Il faut qu'on parle. »

Edward, dont la main était déjà tendue vers le dossier qui lui avait été présenté, suspendit son geste. Il frémit imperceptiblement, leva des yeux incrédules vers son supérieur et répéta lentement :

« Qu'on… Qu'on "parle" ?

- Parfaitement. »

L'adolescent cligna plusieurs fois des yeux, scruta son interlocuteur de haut en bas, inclina la tête avec perplexité et se rassit correctement sur son siège. Il déglutit, tira sur son col, puis se renseigna :

« Mais… euh… qu'on "parle"… ici ?

- Oui. Où ça, sinon ? »

Le blond se retourna et zyeuta la porte, mal à l'aise.

« Ben… Je sais pas trop, mais… le bureau est quand même ouvert aux quatre vents, quoi. Je suis pas sûr que ce soit l'endroit approprié, si je peux me permettre. On pourrait pas plutôt faire ça… je sais pas ? chez moi ?

- Alors, si je peux me "permettre", moi aussi, je crois que de ce côté-là, j'ai assez donné.

- Euh… O.K. Je pensais pas que c'était un souci…

- Eh bien si, justement.

- Ben fallait le dire ! Faut s'exprimer, aussi ! » s'agaça Edward en levant les mains au ciel. Il croisa ensuite les bras et renchérit : « J'suis peut-être un génie, mais j'suis pas encore devin, hein ! Faut m'aider, un peu ! Cela dit, je peux comprendre. C'est vrai que c'est pas forcément l'idéal. On va… euh… chez toi, du coup ?

- "chez toi" ? »

Le brun haussa un sourcil plus que surpris. Le blond, lui, fronça les siens.

Un ange passa.

Soudain, le visage d'Edward se décomposa. Il devint aussi blanc qu'un linge et corrigea précipitamment :

« VOUS ! Chez vous ! Enfin, je vous oblige à rien, bien sûr. Ici, c'est très bien aussi. Oui. Parlons ici. Faisons ça, ha ha. »

Après quelques secondes d'agitation, le jeune garçon finit par se calmer, un sourire nerveux plaqué sur le visage. Néanmoins, il ne pouvait tromper personne : son corps criait son stress. Les doigts de sa main droite pianotaient sur l'accoudoir de son siège tandis que ceux de la gauche agrippaient sa tête, ses jambes tressautaient comme s'il avait eu le diable au corps et il était à présent tourné sur le côté, le regard rivé sur la fenêtre. On eût dit que l'adolescent était à deux doigts de jouer les filles de l'air.

La chose n'échappa pas à Roy, qui plissa – encore plus – les yeux et lança :

« Un problème ?

- NON. Non, non. Aucun. Absolument au-cun. J'ai pas de problème. Vous avez un problème ?

- Oui. Et un gros.

- Ah… Ah oui ?

- Oui. Et ce problème, c'est, comme tu pourras le voir dans ce dossier… » Il tapota la chemise pour en rappeler l'existence à son subordonné, « … que ton frère a porté plainte contre moi.

- Q-QUOI ?! »

Edward manqua de s'étrangler. Le ciel aurait pu lui tomber sur la tête que cela aurait eu le même effet.

« Ala fait quoi ?! »

L'aîné des Elric s'empara du dossier et s'empressa de le compulser. Sur son visage, le choc le disputait à l'incompréhension. Le colonel, pourtant, n'eut cure de sa stupéfaction et lui assena le coup de grâce :

« Il a porté plainte contre moi pour détournement de mineur. Et le mineur en question, c'est toi, Fullmetal. »

Edward faillit en déchirer la feuille qu'il tenait. Les doigts crispés sur le papier, il se figea et resta coi. Roy poursuivit, sur le même ton traînant qu'un parent à deux doigts de coincer son gosse pour une grosse bêtise qu'il lui aurait cachée :

« Cette plainte, comme tu peux le voir, inclut de graves accusations qui dépassent de loin ce simple premier chef. Apparemment, "je" viendrais régulièrement chez vous, à raison de deux fois par semaine, pendant plusieurs heures parfois, au prétexte de vouloir m'entretenir avec toi en tête à tête. À ces occasions, ton frère aurait entendu des bruits suspects venir de tachambre qui, d'après lui, suggéreraient que "je" fais plus que te parler. Amusant, n'est-ce pas ? En tout cas, c'est sa version des faits, et ce qu'il a déclaré à nos collègues pas plus tard qu'hier. Tu vois, c'est consigné ici, mot pour mot. Juste . Personnellement, je n'ai aucun souvenir de m'être rendu chez vous ces derniers temps, mais il semblerait que je sois atteint d'une démence précoce, car ce manège auquel je prendrais part malgré moi dure déjà depuis plusieurs mois, à ce qu'il paraît. Alors, de deux choses l'une. »

Ce fut au tour de Roy de croiser les bras. Avec ce simple geste, associé à un regard réprobateur qui lui fit l'effet d'une chape de plomb balancée en pleine tête, Edward eut la désagréable impression que les murs de la salle s'étaient tout à coup rapprochés.

« Soit ton frère est devenu timbré à force de rester enfermé dans son armure et commence à avoir des hallucinations…

- HEY !

- Soit c'est toi qui affabules complètement et qui cherches à m'attirer des ennuis, avec la complicité de ton frère, grâce à ce faux témoignage. Ou, pire, en lui faisant croire que tout ça est vrai. Dans un cas comme dans l'autre, ça a marché. Je peux te dire… » Roy se pencha sur son bureau jusqu'à ce que son nez vînt frôler celui d'Edward – pourtant enfoncé dans son siège – et sourit de manière inquiétante. « … que j'ai passé une sale journée hier, et que celle d'aujourd'hui s'annonce bien pire. C'est pourquoi j'ai tenu à t'en faire profiter toi aussi, Fullmetal, car j'ai comme qui dirait l'intuition que tout ceci n'est pas étranger à la mission que j'ai pu te confier le week-end dernier. Tu sais ? Sur ton jour de repos ? Vu ta mémoire, dont les capacités ne sont plus à prouver, ça m'étonnerait que tu aies oublié. Je te savais rancunier, mais à ce point ; laisse-moi te dire qu'il va falloir penser à consulter. »

Après de longues secondes durant lesquels les deux hommes se regardèrent en chiens de faïence, le colonel se recula. Son rictus s'élargit.

« De toute façon, tu seras forcé d'en parler avec quelqu'un plus tôt que prévu, vu que nous sommes tous deux convoqués pour une audience cet après-midi. Mais voyons le bon côté des choses ! Nous pourrons discuter de tout ça tous ensemble et, au moins, tirer toute cette histoire au clair. Peut-être aurai-je alors une chance de ne pas être mis à pied par mes supérieurs. Ou condamné à de la prison, aussi, accessoirement. Après, tu me diras, je risque quoi ? Quinze, vingt ans ? Allez, on va dire dix-sept. J'ose espérer que tu seras encore vivant, quand je sortirai, Fullmetal. »

L'adolescent crut l'entendre grogner quand il grinça :

« Tu as plutôt intérêt, en tout cas, après avoir ruiné toutes mes opportunités de carrière. Je m'en voudrais de ne pas honorer ma part de l'échange équivalent. »

Edward sentit sa bouche s'assécher. S'il y avait eu un trou, il aurait voulu s'y cacher. Il s'y serait enfoui, et n'en serait plus ressorti. Plus. JAMAIS.

Car lui, il le connaissait, le fin mot de l'histoire ; très bien, même.

Non, Alphonse n'était pas fou. Non, il n'avait pas cherché à mettre le colonel dans la mouise. Tant s'en faut.

La réalité était pire que la fiction. Car oui, le colonel était venu maintes fois à leur domicile, ces derniers mois. Mais pas ce colonel. « Son » colonel. Celui qu'il ne pouvait présenter à personne, et encore moins à Al, sous peine de voir son amour propre réduit en miettes et de se faire chapitrer jusqu'à la fin des temps.

Envy.

Qui avait eu la merveilleuse idée de se grimer pour justifier leurs « entrevues » – comprendre : discussions agrémentées de parties de jambes en l'air endiablées. L'homonculus et l'alchimiste, qui s'étaient mis ensemble depuis peu, s'étaient entendus sur le fait que l'apparence du colonel était celle qui leur attirerait le moins d'ennuis, puisqu'il n'était pas rare qu'il passât chez les deux frères pour s'entretenir avec le plus âgé. Pour différencier la copie de l'original, un code, un seul : « Il faut qu'on parle. »

Sur le coup, l'idée avait paru excellente au petit malin qu'Edward était.

Mais qu'est-ce qu'on peut être con, quand on aime, quand même.

« J'attends des explications, Fullmetal. »

Edward leva des yeux honteux vers son supérieur.

Il était au pied du mur. Il fallait un coupable, et convaincant, qui plus était. Sinon, il était bon pour truster la première place dans la liste noire du colonel, et quelque chose lui disait que Roy était un poil plus rancunier que lui (W.A. : Ça s'appelle « le scénario », Ed.). Mais à qui faire porter le chapeau ?

L'adolescent étudia les possibilités qui s'offraient à lui, et autant dire qu'il n'y en avait pas trente-six :

1) Reporter la faute sur Alphonse, lui inventer quelque trouble psychologique afférant à son état et passer pour le pauvre grand frère dépassé par les événements (dont il faudrait bien prendre pitié, comprenez).

2) Tout avouer, à savoir qu'il entretenait une relation plus que condamnable avec un ennemi – et inhumain, pour parfaire le tableau –, et qu'il n'avait rien trouvé de mieux que de salir la réputation de son supérieur et mentir à son propre frère pour ne pas se taper la honte du siècle.

« Alors ? Lequel de vous deux dois-je prévoir d'étriper ? »

Le choix était vite vu.

Edward inspira un grand coup… et adopta un air de chien battu. Il fit appel à tous ses talents d'acteur pour laisser les larmes lui monter aux yeux, trembloter comme une feuille et prendre une voix éraillée tandis qu'il vendait sans état d'âme…

« Envy. C'était lui, pas nous. »

C'est ainsi que Roy, toute colère brusquement évanouie, recueillit le témoignage d'un Edward profondément ébranlé par les venues incessantes d'un homonculus polymorphe et enragé qui le battait comme plâtre jusqu'à l'en faire hurler afin d'obtenir de plus amples informations sur la pierre philosophale. C'est ainsi, également, qu'après trois longues heures d'entretien – et l'irruption d'une armure furibonde dans la pièce –, le jeune alchimiste se retrouva flanqué d'une escorte de quatre soldats armés jusqu'aux dents, qui ne le quitterait plus pendant des mois.

Mais bon. Edward ne regrettait rien. Rien de rien.

Envy et lui feraient avec, tout comme ils avaient fait avec Alphonse jusqu'ici. Après tout, c'est pas comme si c'était si grave, hein ? Le blond l'avait appris à bonne école, de la bouche même de son amant, lorsqu'ils avaient abordé la fâcheuse question du jour promis :

« Tu sais, chibi, parfois, il faut savoir faire des sacrifices. »

Comme l'avait très justement souligné Roy, Edward était comme qui dirait un poil rancunier. Et il avait une très, très bonne mémoire. Il avait donc décidé de prendre l'homonculus au mot.

Au moins, comme ça, ils seraient quittes, le jour J.


FIN


Fini ! \o/ J'espère que ça vous a plu ! :p En tout cas, moi, je me suis bien éclatée à écrire cette petite histoire couillonne x) (Envy : Mais c'est dégueulasse ! Ed : Bien fait pour toi ! Chacun son tour de se faire bai-… W.A. : Hop hop hop, pas de ça ici ! On est en rating T, pas M.) Sur ce, je repars sur une autre fic plus costaude.

N'hésitez pas à laisser un commentaire ;)

Rédaction et édition : White Assassin

Correction : Couw-Chan