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Deux semaines étaient passé depuis l'incident du sortilège, Hermione était soulagée de ne plus ressentir aucune douleur, elle avait comme l'impression de revivre. Elle dormait bien mieux la nuit et avait même du mal à se lever le matin. Severus ne savait rien sur cet épisode au grand soulagement de la jeune femme. Elle pouvait alors reprendre son petit plaisir quotidien, ridiculiser le « Sauveur ».
Elle éprouvait ce petit plaisir malsain depuis qu'elle partageait le point de vue de Severus, et le pauvre garçon n'avait plus personne, hormis son acolyte ridicule de Ronald Weasley, auquel se raccrocher.
C'est avec ce regain d'énergie qu'Hermione se leva en ce jeudi Matin, Severus et elle avait cours en commun aujourd'hui, et cela s'annonçait extrêmement jouissif de voir cet incapable de Potter saccager une autre de ses potions.
Elle se dirigea vers la salle de bain et prit une bonne douche, lava ses cheveux et les sécha d'un coup de baguette. Avec l'âge, ses cheveux s'étaient assouplis et avaient poussé plutôt rapidement , lui arrivant aujourd'hui dans le milieu du dos. Elle les boucla légèrement pour leurs donner un mouvement. Depuis son mariage, elle avait pris l'habitude de se maquiller légèrement, donnant à ses grands yeux noisette un air de biche. Un trait de mascara sur ses cils et un léger rouge à lèvres sur ses lèvres lui donnaient un air beaucoup plus adulte et respectable. Les taches de rousseur recouvrant son visage lui donnaient un air de poupée. Elle aimait cette femme qu'elle voyait dans le miroir.
Elle quitta la salle d'eau et se dirigea vers son armoire pour choisir des vêtements. Il faisait déjà froid au château et l'hiver ne tarderait pas à arriver, la pluie cédant doucement sa place aux flocons. Elle choisit une robe noire mi-longue, une paire de collants noirs et prit ses escarpins noirs habituels.
Le code vestimentaire, pour un enseignant, n'était pas imposé, mais la logique voulait le respect d'un code vestimentaire suffisamment strict quand vous enseigniez à des adolescents prépubères.
Avant la rentrée de septembre, Hermione était allée sur le chemin de Traverse pour faire l'acquisition d'une dizaine de robes de professeur. Étant par ailleurs professeur de potion, elle avait adopté les plus robustes et les plus protectrices en cas d'explosion ou d'incidents. Ses robes étaient toutes de couleurs noires unies et semblables en tout point à celle de Severus. Il était d'ailleurs venu avec elle pour conseiller les meilleures face aux capacités élevées de ces cornichons d'élèves à faire tous exploser.
Elle possédait cinq robes de potions renforcées, et cinq autres robes prévues pour les rondes, les dîners, et les autres heures de la journée hors de leur laboratoire.
Toute de noir vêtu elle sortit de sa chambre et partit en direction de la cuisine/salle à manger, où Severus était installé avec un café noir en main. Il lui dit : « As-tu bien dormi ? Je ne te vois plus t'enfuir en pleine nuit, je pense que tes insomnies ont dû passer… Si elle venait à revenir, demande-moi simplement une potion de sommeil sans-rêves et je te prépareais une potion anti -insomnie. »
Elle le regarda, posa sur le dossier du fauteuil qui se trouve là,sa cape et lui dit : « J'ai bien dormi merci. Et toi ? Je te remercie, mais je pense que c'était un épisode. Le cerveau humain est complexe et cela ne m'étonnerait pas que ce soit le contre-coup de la cérémonie, ou quelques choses semblables. J'y penserais si cela venait à arriver, mais tu sais, je suis tout à fait capable de préparer moi-même cette potion… »
Il recourba ses lèvres en ce presque sourire si usuel à lui seul et lui dit : « En parlant de cela, j'ai reçu un hibou du ministère il y a deux ou trois jours, il y était dit qu'il fallait que nous nous rendions ce week-end au ministère pour agréer du tutorat que nous exerçons. Ils sont curieux de savoir où en est ta maîtrise pour devenir Maître des Potions. Vu qu'avec l'accord de Dumbledore, tu as passé tes aspics plus tôt, ils se demandent si ta maîtrise ne pourrait pas être avancé en décembre. Ils voudraient profiter du fait que le congrès se tient ce mois-là pour te faire passer ta maîtrise. Mais je suspecte que ce soit pour impressionner tous les vieux croûtons centenaires quant à tes capacités. Libre à toi d'accepter ce rendez-vous de ce week-end, mais je pense que le ministre qui gère ces événements sera plus enclin à répondre à tes questions. »
Elle sourit, enjouée, que le ministère se rend enfin compte de ces capacités et opina d'un hochement de tête en lui disant : « Qu'en penses-tu réellement ? »
« De mon avis, c'est une bonne chose à faire, c'est le seul moyen pour clouer le bec à ses vieux machos, sexistes centenaires démodés. Le ministre ne pense pas comme cela, il veut, de mon avis, t'attirer dans ses filets pour te proposer un post sous-payé. Mais cela mit à part tu devrais , toujours de mon avis, faire ta maîtrise en décembre comme il le propose. Bien entendu, tu n'es pas obligé d'accepter les propositions du ministre. Il pense qu'en te faisant passer ta maîtrise plus tôt alors tu lui seras redevable et accepteras ses offres. Il se trompe, mais il ne le sait pas encore et cela est à prendre à notre avantage. »
Elle sourit et lui dit le cœur plus léger : « Merci, c'était tout ce que je voulais entendre. C'est entendu, nous irons à ce rendez-vous ce week-end. »
Elle se saisit d'une plume, d'une page vierge de parchemin et entreprit d'écrire sa réponse au ministre de la magie. Elle prit la liberté de fixer le rendez-vous au samedi matin onze heures. Elle allait dire à Severus qu'il fallait se dépêcher d'aller à la volière s'ils voulait que leur lettre soit reçue dans les premières, quand un jeune hibou d'une couleur ébène vint hululer à la fenêtre du salon. Severus lui dit plutôt inquiet : « Cela doit être important pour qu'ils nous écrivent en pleine semaine et surtout qu'il prend le risque que son hibou soit vu. Je prends le message, nous le lirons en chemin pour la volière. »
Le jeune hibou tendit sa patte et permis à Severus de lui prendre le message. Le sceau du parchemin était bien celui du seigneur des ténèbres. Hermione prit un raisin dans la corbeille à fruit et le tendit au petit hibou qui pinça le doigt de la jeune femme en guise de remerciement. Il s'enfuit sans demander son reste.
« Aussi colérique que son maître, sans étonnements. Bon, il serait temps d'y aller si nous ne désirons pas manquer le petit-déjeuner Hermione. N'oublie pas ta cape ! »
La jeune femme prit sa cape en passant sans pour autant esquisser un petit sourire à la remarque de son mari. Cette complicité était très récente.
Juste après ce mariage, que ni lui, ni elle n'avaient voulu, il avait été impossible pour eux de se tenir dans la même pièce sans qu'ils ne soient prit d'envies meurtrières.
Cela était passé et Severus avait cessé de prendre pour principale responsable de ce mariage Hermione. La colère et la rancune avaient disparu pour laisser place à un véritable intérêt de connaître un tantinet l'autre. Bien sûr, leur courtoisie avait des limites, mais ils évoquaient l'un pour l'autre un grand respect et une certaine complicité quand il était question de ridiculiser les élèves. Non, bien entendu, la complicité n'était pas seulement sur ce point-là, Hermione avait découvert que son conjoint pouvait être un orateur incroyable et surtout, il était un homme d'une culture générale supérieure à tous les hommes de son âge. Il était un cuisiner hors pair et surtout, il partageait ce goût incroyable pour la lecture et les bonnes œuvres.
Hermione avait également appris récemment que son mari était de sang-mêlé. Chose qu'elle ignorait lors de son mariage avec lui, bien entendu, elle l'avait suspecté de nombreuses fois en raison de la grande variété de ces connaissances et de ces citations d'auteurs, de cinéastes et de musiciens moldus. Elle avait, au préalable, pensé que c'était en raison de son rôle d'espion pour le seigneur des ténèbres et Albus, mais cela semblait bien trop familier et trop commun pour que cela soit en rapport avec une quelconque mission.
Il lui avait avoué, au cours de leur nombreuse discussion du soir, appartenir à une lignée sorcière, maintenant presque éteinte, du nom des Princes.
Il lui avait fait part de son enfance difficile et lui avait avoué ne pas comprendre pourquoi sa mère, de sang pure, avait épousé un homme comme son père. Thobias Rogue avait été décrit par son fils comme un homme impitoyable, pitoyable, alcoolique, agressif, violent, dépressif et surtout complétement accro aux jeux d'alcools, de pouvoirs, et d'argents et tout ce qui pouvait permettre à celui-ci de dilapider la maigre fortune de la famille. Il était également machiste, sexiste, violeur, mais Severus le suspectait, n'ayant aucune preuve de cela. Cependant, il lui avait décrit son paternel comme une ivrogne brutale couplée avec une racaille, et lui avouait également ne pas comprendre comment il avait fait pour travailler. Il ne savait pas si c'était parce qu'il n'avait pas d'argent, ou si c'était parce qu'il avait un gosse et une femme à nourrir.
De cela, il lui avait parlé de sa mère qu'il décrivait comme une femme d'une beauté magnifique, là encore, il ne savait pas ce qu'il s'était passé pour qu'elle épouse cet energumène affreusement laid qu' était son père. Il dit avoir acquis son nez de lui, pour ce qui est du reste tout est de sa mère. Il la décrit comme une femme grande, très fine et vers sa fin de vie presque squelettique. Elle avait des cheveux fins et noirs corbeaux, comme Severus, et ses yeux étaient d'un noir profond qui envoûtait, mais effrayait aussi. Il ne la décrit pas longtemps ne voulant pas s'étendre sur la seule personne qui lui avait montré un semblant de considération pour sa personne.
Il conclut sur la mort de ses parents et la malnutrition qui habitait cette partie de l'Angleterre, l'impasse du tisseur. Il lui jura de ne jamais l'emmener là-bas. Il lui dit qu'au retour de sa sixième année, il ne vit personne sur le quai de la voie neuf trois quart. Il insista sur le fait que sa mère faisait toujours en sorte d'emmener et de ramener son fils à chaque rentrée et fin d'année. Il lui ajouta à demi-mot qu'il ne revenait jamais pour les vacances, car son père ne lui donnait pas à manger considérant son fils comme absent, enfin s'il l'avait déjà considéré…Il avait trouvé ça étrange, mais était resté une heure à attendre sa mère, sous les regards de pitié de ses camarades et de leurs parents. Il était rentré et avait simplement senti une odeur horrible. Ses parents étaient morts, étendu dans leur lit...
Le médecin, qui était venu, lui avait dit qu'il y avait eu une fuite de gaz et qu'ils n'avaient certainement pas souffert. Il lui souffla à demi-mot, le regard vide sur l'immense tapis, être devenu froid, distant, réservé, et colérique suite à cela, son père avait ouvert cette bouteille, il le savait, dépressif comme il était, c'était la seule explication possible. Ils l'avaient laissé seul et orphelin de parents à dix-sept ans.
Ils arrivèrent à la volière, Severus n'avait toujours pas ouvert la lettre et Hermione n'avait pas tellement envie d'être la première à découvrir ce qu'il leur voulait. Elle appella le hibou de son mari et attacha la lettre de réponse à sa patte. Elle le regarda partir avec sa missive, charger peut-être d'une bonne augure pour son avenir professionnel.
Il soupira et attira son regard curieux. Il lui dit : « J'espère que cela n'a pas de rapport avec notre mariage...»
Elle le regarda ayant soudainement un mauvais pressentiment, elle lui dit également : « Tu penses ? J'espère que non, que faisons-nous s'il découvre que nous n'avons rien fais du tout, il va êt… »
« Ne pense pas à ça aujourd'hui ! Ce n'est ni le lieu ni le moment. Nous aurons cette discussion à un autre moment promis, mais là, le plus important est d'arrêter de réfléchir, ce que nous avons beaucoup trop fait… »
Il prit la lettre d'une de ces poches intérieures et rompit le sceau. Il l'ouvrit rapidement, mais méticuleusement. Quand il eut fini de la lire, il la tendit à sa femme qui l'a lui arracha presque des mains sous le stress. Elle se figea sous le choc et balbutia : « Drago ? Mais pourquoi ? Crois-tu qu'après son initiation, il nous interrogea quant à « ça » ? »
Il souffla du nez et lui dit à demi-mot, ne semblant pas savoir lui-même l'émotion qu'il devait ressentir : « Notre mariage à décalé l'initiation de Drago. Il était à prévoir qu'il souhaitait à tous prix tenir son plan. Je dois te dire que je suis heureux qu'il ne t'ait pas choisi pour cette mission. Mais je ne suis pas non plus particulièrement ravi qu'il ait opté pour Drago…Je vais devoir, et je te le pari, m'assurer qu'il tienne parti de sa mission. En revanche, je ne sais pas s'il voudra nous parler en personne, mais cela reste une option à prévoir. »
La jeune femme s'appuya contre la rambarde de la volière et observa un instant le ciel bas et lourd de l'écosse en ce mois de novembre. Elle plia la lettre et la remit dans la poche de sa cape. En se tournant vers Severus, elle lui glissa : « Nous devons faire attention Severus, car tôt ou tard, il le découvrira et nous ne serons pas, ni toi, ni moi, capable de nous protéger. Officieusement, nous savons ce qu'il veut, mais nous savons aussi qu'il ne sait pas tout et qu'il n'obtiendra jamais ce qu'il désire. »
Sur ces paroles, elle partit en direction de la porte, ses escarpins donnant le ton de son humeur qui allait s'annoncer féroce pour ses élèves aujourd'hui.
Severus soupira une dernière fois en regardant le soleil se lever au loin. Il suivit son épouse pas bien sûr de cette journée, ni de sa patience.
