Disclaimer : Ce one-shot n'est pas de moi mais de bnhayyy, qui l'a publié originellement sur Tumblr en anglais. Elle m'a généreusement accordé sa permission pour le traduire et vous le partager ici. Ce n'est donc pas une traduction littérale de son texte mais une adaptation que j'espère assez fidèle.

Je vous conseille vivement de jeter un œil à sa page où vous pourrez trouver d'autres OS anglophones d'une grande qualité.

Merci beaucoup et bonne lecture !


Ymir baissa les yeux sur le nourrisson blotti entre ses bras et ne su quoi penser.

C'était - c'était un bébé. Il était petit, fripé et il ressemblait à un humain à peu près autant qu'un titan. La société avait beau avoir décrété que c'était mignon, si l'on admettait la vérité, tous les bébés étaient vachement laids, surtout aussi jeunes. Celui-là n'y faisait pas exception.

C'était aussi un membre de la royauté. Cet aspect était plutôt important.

Le Culte d'Ymir avait fait de ladite royauté une chose absolument magnifique. Enchanteresque, mythique, intouchable - sainte.

Et bien évidemment, ses sujets s'étaient attelés à cette stature avec plaisir, car elle était supposée être la réincarnation d'une déesse. Même si elle était une imposture, qu'elle n'avait du pouvoir sur pas grand chose et qu'elle n'était bonne à rien sinon être celle à qui l'on jetait la pierre, ses adorateurs ignoraient la vérité. Donc ils la couvrirent de parures et agirent comme si elle était au-dessus d'eux, et pendant un moment cela lui suffit pour oublier que tout n'était que supercherie.

(Après avoir appris qui était Ymir, la véritable Ymir, elle ne put s'empêcher de penser à quel point la petite paysanne sans nom qu'elle était, parée de joyaux et considérée divine, était plus proche de la réalité que ce que tout le monde aurait pu imaginer.)

Mais la véritable royauté était plus complexe. Elle était le fruit de machinations politiques et de réactions disproportionnées, entretenue par des apparitions publiques de façade, qui détournaient l'attention des foules des vrais enjeux. Particulièrement des réunions confidentielles qui se déroulaient à couvert, à l'abri des regards indiscrets. La royauté était exiguë et tant basée sur le secret et l'obscurité qu'il y était impossible d'y demeurer réellement altruiste.

Donc évidemment, Historia y excellait.

Ou du moins, c'était le cas jusqu'à ce que ces politiciens avides et calculateurs fassent leur grand retour. Il disposaient d'une nouvelle chanson et d'une nouvelle chorégraphie, mais le ton de la mélodie ne changeait guère -ils souhaitaient que Historia hérite d'un titan et qu'elle ponde autant de rejetons royaux que possible jusqu'à ce que la malédiction ne la rattrape et qu'elle n'y succombe.

Et Historia, qui n'était plus la frauduleuse martyre qu'était Christa Lenz, ne put se résoudre à refuser.

Et Ymir… Peut-être était elle devenue trop passive durant les deux ans de presque-paix grâce à son rôle de personnalité-presque-royale, car malgré toute sa rage, elle ne pu trouver meilleur plan d'évasion que celui proposé par une ordure aux pulsions génocidaires qui était bien décidé à exterminer quatre vingt pourcent de la population mondiale.

Et elle se haïssait pour ça.

(Ymir se haïssait également pour avoir abandonné Historia au moment où elle avait cruellement eu besoin d'elle, aussi bonne la raison de son départ fût-elle. Elle détestait le fait que le spectacle d'avoir pu observer son titan changer de forme et déployer ses ailes pour apprendre qu'il pouvait voler fut amoindri par la pensée omniprésente de sa mort imminente. Mais plus que tout, elle exécrait l'idée qu'elle devait son retour et le fait de pouvoir rester plus qu'une simple année à ladite ordure génocidaire.)

Ymir haïssait donc beaucoup des événements qui s'étaient déroulés récemment.

Mais alors qu'elle observait le bébé qui, dans un monde meilleur, n'existerait pas, elle s'avoua qu'elle ne pouvait pas le détester tant que ça.

Elle plissa les yeux. L'enfant s'agita, comme s'il pouvait la sentir le sonder, pour au final laisser échapper un petit éternuement. Il se détendit alors de nouveau avec un babillement de contentement, s'installant confortablement dans ses bras, comme si elle était quelqu'un de sûr et de fiable plutôt qu'une personne jugeant et remettant considérablement en question son existence.

Petite chose béate, pensa-t-elle.

Le regard toujours rivé sur l'enfant, elle demanda :

"Comment il s'appelle ?"

"Ymir."

Elle soupira.

"D'accord, d'accord." Concéda-t-elle en se tournant vers Historia, assise en tailleur sur son lit à les regarder. "Comment elle s'appelle ?"

Historia sourit. "Ymir."

Elle se figea. Puis reposa lentement ses yeux sur la petite chose entre ses bras, détaillant l'unique fossette qui creusait l'une de ses joues et ses fines mèches blondes. Elles ne ressemblaient en rien, sauf apparemment…

"Non..." Murmura-t-elle, comme le modèle d'élégance et de grâce qu'elle était. Et ensuite plus fort, réalisant peu à peu, "Non."

Elle reporta son regard sur Historia. Cette dernière souriait comme si elle avait fait quelque chose dont elle pouvait être fière, alors qu'elle venait de maudire le monde d'une troisième Ymir.

"Historia…" Un nœud douloureux s'était formé quelque part dans son ventre, l'empêchant de savoir clairement que ressentir. Après une demi-seconde de silence - qui s'avéra être une demi-seconde de trop - elle articula. "C'est une terrible idée. Et puis, tu n'as pas besoin de deux Ymir."

Le sourire d'Historia s'affaiblit.

"Peut-être pas." Admit-elle. "Mais…"

Quelque chose vacilla dans son regard, ses yeux dérivèrent alors lentement vers un point invisible de la pièce. Elle se rattrapa rapidement, fixant de nouveau son regard sur Ymir, ses iris bleus se remplissant d'une volonté impérissable. C'était étonnamment attrayant, considérant les circonstances.

"Je trouvais que c'était approprié, car j'ignorais s'il y aurait deux Ymir très longtemps. Dans l'hypothèse où tu reviendrais un jour."

Oh.

La poitrine d'Ymir se vida de tout son air. Inconsciemment, elle raffermit son étreinte sur le nourrisson. Il - elle - la plus jeune Ymir - se blottit un peu plus contre elle et laissa échapper un soupir d'apaisement.

Elle avait raison. Il n'aurait pas dû - ne devrait pas - y avoir deux Ymir foulant cette terre pendant très longtemps. Certainement pas assez longtemps pour que la troisième se souvienne de sa prédécesseur. Il n'avait même pas été envisagé qu'elle survive pour ensuite pouvoir retourner sur l'île. Et pourtant…

"Et bah, c'est stupide." Pouffa-t-elle difficilement. "Je reviens toujours."

Les traits d'Historia se détendirent partiellement. Pas complètement - car la peur et la douleur qu'elle avait ressentit prendraient du temps avant de disparaître entièrement - mais suffisamment pour lui faire comprendre que ce n'était que temporaire.

"C'est vrai." Dit-elle.

Ymir la rejoignit sur le lit. S'installer dessus sans déranger le bébé au creux de ses bras demandait un peu d'adresse mais elle avait eu à affronter des défis bien plus complexes il y a de cela quelques jours seulement. Elle s'assit aux cotés de sa petite amie - compagne - raison d'être - femme, une fois qu'elle se serait débarrassée pour de bon de ces politiciens enragés - et transféra prudemment l'enfant dans ses bras. Tandis qu'Historia la prenait, elle déposa un baiser sur sa tempe et lui murmura :

"Tu peux toujours changer son nom. Ils vont penser que tu l'as appelé ainsi en hommage à l'originel."

Historia eut un petit rire et tourna la tête pour presser ses lèvres contre les siennes. Ymir se détendit immédiatement à leur contact, un léger goût de raisin était imprégné sur sa peau douce. À ce moment, elle réalisa douloureusement à quel point elle avait eu peur de ne plus jamais pouvoir ressentir cela, enfant ou pas.

Elle eut alors un petit mouvement de recul.

"Je doute que quiconque le pense."

Ymir soupira et nicha sa tête dans le cou d'Historia, pressant sa joue contre son épaule.

"Au moins, celle-là ne se transformera jamais en titan." Murmura-t-elle.

Il y eut un silence, rompu par la voix claire d'Historia, qui murmura à son tour, le nez dans ses mèches brunes.

"Tu as raison."

Un sourire étira les lèvres d'Ymir, un de ceux qu'elle n'autorisait personne à voir tant il était doux. Elle songea qu'elle pourrait se faire à l'idée de voir une petite fille portant son nom courir partout.

Et peut-être même qu'elle pourrait se faire à l'idée d'être mère.