second chapitre :)

n'hésitez pas à me faire part de vos avis si le coeur vous en dit ! (youu la rime)


LA RÉSURRECTION DE LENE


Hé quoi ? Votre haine chancelle ?

Ah ! courez, et craignez que je ne vous rappelle.

N'alléguez point des droits que je veux oublier ;

Et ce n'est pas à vous à le justifier.


Accroupi par terre, Suzaku tient le corps ensanglanté de Lelouch fort contre sa poitrine. Ses yeux verts, dilatés, se lèvent vers C.C, debout devant lui.

« Et maintenant ? souffle-t-il, luttant contre les larmes, sa respiration bloquée dans sa gorge.

Maintenant, tu vas faire ce que je te dis. »

Le visage de la sorcière est de marbre. Seul un pli barre son front, unique témoin de l'émotion qui tempête dans sa poitrine. Elle sait qu'elle doit agir vite.

« Lelouch est mort. » La voix de Suzaku est brisée et il se déteste pour ça. C'est la troisième fois qu'il répète cette phrase, et elle parait toujours aussi irréelle à ses lèvres. N'est-ce pas ce qu'il a toujours voulu ? Que Lelouch meure et qu'Euphémia soit vengée ?

La lèvre inférieure de C.C tremble. Elle ignore les dernières paroles du pilote et reprend :

« Suzaku, on n'a plus beaucoup de temps alors tu vas m'écouter attentivement. »

Le regard du jeune homme est brouillé. Il ne sait plus quoi faire, que dire. Alors à la place, il acquiesce simplement.

C.C lui lance le masque de Zero qu'elle a réussi à récupérer sur le Knightmare de Lelouch.

« Porte le. Disparais des radars de l'Empire et rejoins les Chevaliers Noirs.

Tu veux que… je devienne Zero ?

Oui. Maintenant que l'empereur est mort, Schneizel va tout faire pour prendre le pouvoir à la place d'Odysseus et il faut l'en empêcher. »

Jamais C.C n'a vu une telle expression d'horreur sur les traits livides de Suzaku. Il lui présente son visage tiré, dévasté, et murmure difficilement. « Sa Majesté est… est morte ?

Je suis désolée Suzaku. Mais si tu retournes là-bas, il y a de grandes chances qu'on t'inculpe pour trahison.

Mais, mais… ! J'ai… j'ai gagné la confiance de l'empereur ! Je suis devenu un des Knights of Round, ils ne peuvent plus rien me faire ! Je suis un Britannien d'honneur !

Certains au sein du gouvernement ont encore des doutes sur ta loyauté tu sais, ne sois pas naïf. Je sais ce qui s'est passé en Euro-Britannia. La soudaine disparition d'un ambassadeur important qui apparait de nulle part ne passe pas inaperçue après que les effets du Geass se soient effacés. »

Un éclat instable traverse les prunelles écarquillées de Suzaku, et C.C se sent obligée de s'accroupir à côté de lui, comme s'il allait s'effondrer à tout moment.

« Alors… Bismarck est au courant pour l'affaire Julius Kingsley ? demande-t-il la voix basse, reprenant tant bien que mal contenance.

Probablement. Il était aussi au courant pour le plan de Charles et Marianne.

Quoi ?

Pour ça, je t'expliquerai plus tard, ça n'a plus d'importance maintenant. »

La main de la sorcière vient se nicher sur l'épaule du pilote du Lancelot et, comme elle le sent vaciller sous ses doigts, elle l'attire doucement contre elle, jusqu'à ce que le corps sans vie de Lelouch s'affaisse entre eux. C.C retient un frisson.

« Écoute. J'ai un plan. Si tu remplaces Lelouch en tant que Zero, il peut marcher. »

A présent, les sanglots à demi étouffés de Suzaku se cognent à sa colonne vertébrale.

« Et toi, renifle-t-il en redressant son menton, qu'est-ce que tu vas faire ?

Moi, je vais poursuivre V.V. » La voix de C.C porte une intonation nouvelle, qui vibre dans sa gorge. « Je le connais, il va aller chercher du renfort et je crois savoir où il est parti. »

Un sourire tord ses lèvres : « Mais il ne pourra pas s'enfuir bien loin. »

Suzaku hoche la tête, ses yeux se baissant sur le cadavre qu'il tient toujours contre lui. Il écarte une mèche foncée, dissimulant la peau froide du visage, refermant les pupilles vides d'un geste du pouce.

« Qu'est-ce que j'y gagne dans tout ça ? dit-il sans redresser le regard.

Une nouvelle chance. »


.oOo.


Quelque chose à la périphérie de la conscience de Lene lui fit frémir les paupières. Tout son corps fut pris de tremblements alors qu'elle se réveillait laborieusement, une douleur sourde lui vrillant le crâne. Loin, très loin au-dessus d'elle, elle entendit une voix grave et rauque épeler son nom, avant qu'une poigne implacable ne s'empare de ses cheveux, redressant violemment son corps vers le haut.

Lene hurla. Elle voulut se débattre, mais ses bras retombèrent sans force le long de ses côtes. Sous ses doigts repliés, un plancher froid et lisse semblait l'attirer vers le bas. Lene voulait simplement se laisser retomber et dormir, d'un sommeil profond, sans fin, mais la douleur qui parcourait chaque cellule de son corps ne lui laissait aucun répit. Un faible gémissement passa la barrière de ses lèvres et sa tête fut secouée dans tous les sens.

Le brouhaha d'une foule tournoya autour d'elle. Un doigt inconnu, fin et ganté, glissa sur la peau sensible de sa jugulaire et ce ne fut qu'à ce moment précis que les yeux de Lene réussirent à s'ouvrir sur la clarté du monde, vaille que vaille.

La première chose qui lui éclata à la figure (et elle s'en serait bien passé) fut l'image du Grand-Duc d'Euro-Britannia, Augusta Henry Highland. Assis. Sur quelque chose qu'elle identifia comme un trône.

Elle ouvrit la bouche pour parler, ne grognant que des sons incohérents, et se récolta une gifle en réponse.

« Lene Ronsard. »

La voix du Grand-Duc résonna dans la pièce et le brouhaha cessa aussitôt. Tant bien que mal, avec l'impression d'avoir de la colle sur les cils, Lene papillonna des paupières, jusqu'à ce que ses yeux puissent rester ouverts.

« Vous n'êtes pas autorisée à prendre la parole. »

Là, ce n'était pas la voix de Highland, mais de l'homme qui agrippait sauvagement ses cheveux au-dessus de sa tête. Avec le peu de forces qui lui restait, Lene battit des jambes, et les yeux émeraude du barbare apparurent d'un seul coup dans son champ de vision, sombres et dangereux.

Lene connaissait cet homme. Shin Hyuga Shaing, le général du Saint Ordre de Michael, qui s'était cogné à l'unité spéciale de la République Unie d'Europia des mois auparavant. Un sourire malsain déforma ses lèvres alors qu'elle le voyait froncer les sourcils. L'homme qui avait perdu ses effectifs face à Leila Malcal et aux membres de l'unité W-Zero.

« Paris aura ta peau. La République renaitra de ses cendres, tu verras » lui souffla-t-elle au visage, goguenarde, et elle vit distinctement ses traits se tordre de fureur.

Alors qu'elle se prenait une nouvelle gifle, Lene entendit Highland chuchoter avec une autre personne, avant que sa voix grave ne recouvre à nouveau le son résonnant du coup qui lui brûlait maintenant la joue.

« Il suffit ! Emmenez-la aux sous-sols, elle sera interrogée au lever du soleil. D'ici là, surveillez les abords de Saint-Pétersbourg. D'autres terroristes viendront peut-être la chercher dans la nuit et nous devons être parés à toute éventualité. »

Alors qu'elle était trainée hors de la salle du Grand-Duc, Lene hurla de toute la force de ses poumons douloureux.

« Je ne suis pas une terroriste ! Je suis une honnête citoyenne de la République d'Europia, et je ne laisserais pas de vulgaires privilégiés me dicter ma conduite et me voler mon pays ! L'Europia n'a pas dit son dernier mot, ce sont NOS troupes qui gagneront la guerre ! Vous m'entendez ? Britannia n'est rien face à la puissance du peuple ! A bas l'Empire ! A bas cette dictature et cette injustice immonde ! »

Lene savait parfaitement ce qu'elle allait faire.

Elle allait attendre la nuit et, dans l'obscurité de sa cellule, elle s'ôterait la vie.

Aux yeux de beaucoup, Lene n'était rien, ou pas grand-chose. Elle en avait conscience.

Lene s'était toujours tenu près du champ de bataille, sans y être, permettant, à sa manière, la victoire… ou la défaite. Souvent, la nuit, après une journée de travail harassante, elle repensait aux batailles que l'Europia perdait, aux bouts de terre dont ils étaient dépossédés, peu à peu, pas à pas. Elle repensait aux japonais qu'on envoyait au combat pour préserver les soldats européens, au système qui se « britannisait » plus qu'on ne voulait l'admettre. Elle repensait aux mains de ses collègues qui maniaient l'acier et analysait chaque pièce, et à ses mains à elle, qui n'avaient pas assez d'expérience pour pouvoir réellement faire ce boulot.

Peut-être que si ces japonais — injustement envoyés au casse-pipe — avaient pu avoir de meilleurs équipements, ils ne seraient pas morts et les batailles seraient gagnées.

Lene construisait ces Knightmares Frames et avait toutes ses morts sur la conscience.

Hyuga, qui continuait de la trainer dans les couloirs de plus en plus sombres du palais de la capitale, finit par la jeter dans une des nombreuses cellules qui bordaient les murs humides des cachots. Sa poigne lui serrait les poignets sans ménagement et la jeune femme commençait à sentir le sang se figer dans ses doigts endoloris.

A présent à terre, la silhouette sinistre du général la surplombant, Lene comprit que la bravade qui lui permettait de tenir jusqu'à maintenant n'avait plus lieu d'être ici, alors qu'il ne restait plus qu'elle et Hyuga, dans le clair-obscur moite de la prison. Son teint pâli et, pour se donner contenance, elle se concentra sur le frottement de ses poignets, leur redonnant une once de couleur.

« Tu étais une ouvrière, n'est-ce pas ? »

La voix de Hyuga était mielleuse et terrifiante. La mécano remarqua le passage du vouvoiement au tutoiement et se sentit bête d'avoir espéré, ne serait-ce qu'un peu, du répit de la part du militaire. Elle ne releva pas le regard, figée sur la pierre sale.

« Même si tu ne parles pas maintenant, tu parleras demain, ne te fais pas d'illusion. Nos méthodes sont généralement très persuasives. »

Comment j'ai pu être si conne ? Comment j'ai pu croire que lui et moi avions les mêmes valeurs ? Comment j'ai pu me tromper à ce point ?

Lene avait toujours pensé que les Euro-Britanniens, quand bien même ils se trouvaient au-delà de la frontière, ne pouvaient, au bout du compte, être aussi différents d'eux. N'avaient-ils pas tous le « euro » en commun ?

Elle s'était tellement trompée. Et elle se sentait tellement stupide. Tout n'était pas bon, comme tout n'était pas mauvais. Enfin, si, probablement Hyuga. Lene ne sentait rien de bon chez lui — et n'avait rien envie de sentir.

« Je vous déteste tous.

— On ne peut faire autrement en temps de guerre. »

Lene avait la voix rauque des larmes trop retenues et, depuis le sol, elle voyait bien l'étincelle de jubilation qui tordait presque imperceptiblement ses traits. L'envie de lui cracher sur ses bottes toutes blanches la titilla jusqu'à qu'un gros molard atterrisse sur le cuir poli.

Vlan. Troisième gifle.

« Je me fiche bien de ce que tu peux faire, dit Hyuga tranquillement en refermant les barreaux de la cellule. Tu vas mourir ici, d'une façon ou d'une autre. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu ne vaux rien. L'Europia ne dépenserait jamais un misérable sous pour te récupérer, tu n'es personne.

— Ça te donne la trique, de rabaisser des pauvres femmes qui ne peuvent plus se défendre ? répliqua Lene, le ton faible.

— Tu sais pourquoi tu es encore en vie, là, maintenant ? »

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent et, à cette vue, un rictus apparut sur les lèvres de Hyuga.

« Tu n'as même pas pensé à cela une seule seconde. Tu es bien une fille du peuple.

— Tais-toi…

— On a identifié tous les ingénieurs qui étaient avec toi, dans ce camion. Vous aviez tous vos papiers d'identité et absolument tout ce qu'il fallait pour que l'on sache qui vous étiez. Il n'y avait que toi qui venait de Castle Weisswolf.

— Tais-toi !

— Pendant que tu étais évanouie, ceux qui étaient encore vivants ont été interrogés mais ils n'avaient rien d'intéressant à dire. Ils sont morts.

TAIS-TOI ! »

Lene se jeta sur les barreaux. Les yeux inhumainement narquois de Hyuga la défièrent alors qu'il contemplait, presque avec un air satisfait, son visage dévasté de larmes.

Le général commençait à s'éloigner au moment, d'une voix sourde à la détresse de la mécanicienne, il termina : « De toute façon, ce n'est pas comme si Malcal fera long feu. Elle n'a pas l'expérience militaire nécessaire pour mener à bien une guerre à elle toute seule.

—… Mlle Malcal est forte. Elle n'est pas seule.

— C'est ce que tu crois. Il est facile aux japonais de retourner leur veste sans aucun honneur.

— Ferme ta gueule. Ferme ta PUTAIN de gueule ! »

Lene ne voyait déjà plus la silhouette de Hyuga disparaissant dans le corridor. Vidée de ses forces, secouée de sanglots incontrôlables, elle s'effondra par terre, la tête entre ses mains.

Recroquevillée sur elle-même, ses pleurs ne tarissant pas, la culpabilité ne mit pas longtemps avant de s'abattre sur elle. Tout était de sa faute.

On l'avait envoyé, avec d'autres ingénieurs en mécanique, près des frontières scandinaves pour prêter main forte à l'armée de terre qui campait là-bas, assaillie sous les assauts répétés des troupes britanniennes. La nuit leur avait caché le danger et, quelques heures avant d'arriver au lieu du campement, leur camion avait sauté sur une mine ennemie dissimulée à la limite de la frontière russe. Lene s'était évanouie avant d'avoir pu compter leurs morts, et cela devait être à ce moment-là que les soldats de Britannia les avaient trouvés. Elle-même ne s'était réveillée avant des heures, preuve de l'impact mortel, alors elle ne désirait pas imaginer l'état de ses compagnons, interrogés et exécutés sans soins.

Si elle n'avait pas été sous le commandement de l'unité W-Zero, elle serait aussi morte avant d'avoir pu songer à revoir Leila Malcal. Si c'est ça, j'aurais préféré mourir quand on était encore dans le camion.

Cette nuit-là, on ne lui apporta pas à manger. La cellule ne disposait pas de couchette. Lene passa des heures à sangloter par terre. Les pensées se bousculaient à l'intérieur de son crâne et, plus le temps glissait sur elle, plus elle se haïssait, plus elle haïssait Britannia, plus elle haïssait les mines et les frontières dangereuses, Hyuga, le chômage qui l'avait conduite à chercher du travail dans l'armée, les Knightmares Frames, les bourgeois feignants qui étaient sûrs de ne pas risquer leur vie dans le luxe de la capitale, et même la République — cette même République qui envoyait des japonais se faire tuer au combat et qui ne bougerait même pas le petit doigt pour elle.

Tu sais pourquoi tu es encore en vie, là, maintenant ?

La réalité la rattrapait durement, à présent que la solitude commençait à l'étouffer. Plus personne ne s'inquièterait pour son existence.

L'Europia ne dépenserait jamais un misérable sous pour te récupérer, tu n'es personne.

Les soldats censés attendre du renfort en matériel signaleraient l'absence des ingénieurs si ce n'était pas déjà fait. Ceux prévenus seront dans l'embarras à cause des pertes humaines mais finiront par envoyer d'autres mécaniciens pour ne pas que Britannia continue de manger leur territoire petit à petit. Peut-être que ceux-ci arriveront à les aider réellement.

Ils sont morts.

Et elle, Lene, sera torturée le lendemain même alors qu'elle n'avait jamais rien connu d'autre que son ancienne usine de textile et les salles froides où on testait les prototypes de Knightmares. Elle souhaita être morte de faim à errer dans les rues après le début de la guerre ou avoir pu trouver un autre travail. Peut-être aussi dans le textile. Tout plutôt que de se retrouver à des centaines de kilomètres de Paris, seule, blessée et affamée, prisonnière de la nation ennemie à elle sienne, qui était aussi la plus grande puissance mondiale.

De toute façon, ce n'est pas comme si Malcal fera long feu. Elle n'a pas l'expérience militaire nécessaire pour mener à bien une guerre à elle toute seule.

Il fallait juste que Lene soit forte encore un petit moment. Elle le devait à Mlle Malcal. La femme qui l'avait, en quelques sortes, sauvé du froid et de la faim. Pendant le temps où elle avait travaillé pour elle, Lene lui en avait toujours été incroyablement reconnaissante. Si elle n'aimait pas spécialement son boulot, elle aimait Malcal, l'idéal européen, celle qui arriverait à redorer le blason de l'Europia, à sauver leur drapeau. Elle croyait en Leila Malcal. Elle croyait en la victoire grâce à l'unité W-Zero. Elle ne serait juste plus là pour le voir.

Cette nuit-là, Lene se raccrocha à l'image de Leila Malcal, qu'elle voyait de temps en temps dans la salle des machines. Elle lui avait même parlé, une fois. Ses longs cheveux blonds, presque blancs, ses yeux lilas, son doux sourire et son air si gentil…

Si gentil…


.oOo.


Le soleil brillait au-dessus des jardins impériaux de Pendragon, et le Prince Schneizel, malgré son habituelle répugnance à ce type d'endroit dégoulinant de courtoisie, n'était pas mécontent d'y faire une petite promenade cette fois-ci. D'une respiration — qui fut, étonnement, difficile à contrôler —, il huma le parfum des roses et de l'herbe fraiche coupée au millimètre près. Le pavillon privé de l'Impératrice Marianne avait toujours été entretenu avec le plus grand soin, à la demande de l'Empereur, même une décennie après sa mort.

Enfin, sa mort… Schneizel le croyait aussi, il y avait quelques heures.

« C'est pour cela que tu dois m'aider, Schneizel. Comme ça, toute seule, je ne peux pas faire grand-chose avec ce corps-là. »

Anya — plus précisément Marianne, dans le corps d'Anya — marchait tranquillement à ses côtés, profitant visiblement du soleil et des papillons qu'elle essayait de caresser d'un vague geste de main. Le prince chancela à la voix de l'adolescente qui continuait de parler sur un ton trop solennel et grave qui ne correspondait pas avec son caractère habituellement désintéressé.

« Je ferais ce que je peux, je vous le promets, articula Schneizel, un peu hésitant. Néanmoins, je vous avoue que j'ai toujours du mal à comprendre la raison de… votre présence ici-même. Vous dites que Lelouch a tué Père ?

— Oui. Mais je ne perds pas espoir de retrouver Charles. Son âme doit encore être coincée quelque part dans le monde de C, mais je n'ai plus beaucoup de temps. Il faut juste que je retrouve C.C et V.V. »

Ça y est, Schneizel était complètement perdu.

« Je vois » Non, il ne voyait pas du tout, mais il doutait que cela entraine des conséquences qui puissent changer ses plans de manière trop drastique.

Bismarck, accompagné de Marianne-Anya, était arrivé quelques heures auparavant au palais impérial de Pendragon, l'air bouleversé, répliquant à qui voulait l'entendre qu'il devait absolument avoir une conférence avec Schneizel sur le champ. Passée sa frénésie, et après quelques paroles qui avaient écarquillé les yeux du prince blond de la part de Marianne, le Knight of One avait pu s'expliquer, un peu plus calmement.

Premièrement, l'Empereur était mort et cela, ça avait de toute évidence le don de faire trembler Bismarck de la tête aux pieds. Schneizel lui-même n'y croyait pas. Comment son père, lui si désintéressé de la guerre et de ses rouages, alors encore en bonne santé, aurait-il pu trouver la mort ?

C'est par la suite qu'on le lui avait expliqué. Il existerait alors un pouvoir appelé Geass — que posséderaient à la fois Bismarck, l'Empereur, l'Impératrice et Lelouch — qui serait à l'origine de toute cette histoire. Ainsi, Marianne avait tenté de lui faire comprendre qu'elle arrivait à transvaser son âme dans le corps d'Anya grâce à ce pouvoir, ce qui lui permettait elle-même de ne pas rendre la vie. Enfin, son frère disparu, Lelouch, serait Zero et le frère de son père, V.V, serait un sorcier immortel (ou quelque chose comme ça) et C.C, une autre sorcière immortelle, serait en réalité le gaz secret qui avait déclenché tout ce foutoir à Shinjuku il y avait un an et demi de cela.

En clair, Schneizel trouvait toute cette histoire absurdement tirée par les cheveux. Ce qu'il comprenait, c'était que Lelouch était le terroriste qu'ils s'acharnaient tous à attraper depuis son précédent retour, un an après la Rébellion Noire, et qu'il possédait un pouvoir qui expliquait bien des choses (Schneizel se rendait aussi compte que c'était donc son propre demi-frère qui avait assassiné Clovis et Euphémia, mais ce genre de choses ne l'atteignait pas beaucoup).

Devant son air paniqué — il avait l'air sur le point de tomber dans les pommes — il avait rapidement congédié Bismarck et proposé à Marianne une petite balade dans les jardins de son ancien pavillon privé. C'était déstabilisant de s'adresser ainsi au corps d'Anya mais Schneizel pensait pouvoir s'y faire.

Galant, il l'amena à s'asseoir sur un banc et reprit la conversation, dans un état d'esprit un peu plus stratège, qui lui correspondait mieux :

« Dans ce cas, qu'attendez-vous de moi ? demanda-t-il, le plus charmeur possible.

— Que tu combattes les Chevaliers Noirs, évidemment. »

Définitivement, Schneizel détestait le ton que prenait la voix d'ordinaire si douce d'Anya. Il haussa un sourcil.

« N'est-ce pas ce que je fais déjà ?

— Tu laisses généralement ce soin à Cornelia. Mais elle est bien trop douce, elle ne fera pas l'affaire.

— Vous parlez bien de Cornelia ? ricana Schneizel. C'est probablement la personne la moins douce que je connaisse. Elle connait son ennemi et ne fait jamais de prisonniers.

— Quand bien même. Il faut que ce soit toi qui prennes le commandement des opérations. » Marianne tourna la tête dans sa direction, et jamais Schneizel n'avait vu les yeux d'Anya aussi froids. « Nous allons donc retourner dans la Zone 11. »

Ça, par contre, ça n'allait pas avec ses plans. Il répliqua : « Si Père est bien mort, je ne pourrais pas quitter Pendragon avant le couronnement d'Odysseus.

— Alors deviens empereur à sa place.

— C'est absurde ! rit Schneizel, à présent sûr qu'il ne partageait pas les motivations de Marianne. Même si nous étions tous au courant pour la condition d'Odysseus, Père n'a jamais fait de déclaration officielle à ce sujet. Il reste donc l'héritier légitime.

— Cela ne change strictement rien, répliqua la petite voix de l'adolescence. Odysseus n'a jamais été apte à gouverner et, de toute façon, il n'en pas l'envie. De plus, nous sommes Britannia et il serait aisé de te faire monter sur le trône. Personne ne s'en plaindrait. »

Vous connaissez mon frère, peut-être ? La colère bouillonnait à l'intérieur de Schneizel mais il était maitre pour camoufler ses émotions. A la place, il fit mine de reconsidérer la proposition, même s'il savait que sa décision était déjà prise.

A vrai dire, devenir empereur avait toujours été tentant à ses yeux et il savait que l'Empereur n'aurait jamais mis un incapable ne supportant pas les conflits comme Odysseus sur le trône. Néanmoins, s'asseoir dessus et assumer sa position, c'était devenir trop exposé aux yeux de Schneizel. Depuis l'apparition des Chevaliers Noirs, les membres de la famille impériale n'étaient plus en sécurité, en attestait l'assassinat de Clovis, qui était uniquement gouverneur de la Zone 11.

Maintenant qu'il savait que c'était Lelouch qui commandait le groupe de rebelles japonais, devenir empereur revenait à lui offrir sa mort sur un plateau d'argent. Encore plus s'il possédait le fameux Geass. Tranquillement, Schneizel sourit à Marianne en la regardant dans les yeux, presque ironiquement mielleux.

Hors de question de mettre sa vie eu jeu pour elle. De surcroit, de ce qu'il avait compris, les motivations de l'ancienne impératrice pourraient devenir dangereuses — surtout si elles incluaient une quelconque réincarnation de son père.

« Voici ce que je vous propose. Mettons Odysseus sur le trône et tirons les ficelles depuis les coulisses. Je deviens gouverneur de la Zone 11 et fais ce que vous voulez pour arrêter les Chevaliers Noirs. D'ici là, nous pouvons mettre Cornelia sur la piste de V.V et C.C »

Le visage d'Anya se froissa imperceptiblement de mécontentement. Schneizel devinait qu'elle préférerait exercer un contrôle total — sur lui et sur l'Empire — mais lui imposer ses conditions lui permettaient ainsi de revoir le rapport de force instauré par la surprise qu'avait provoqué sa venue subite. Finalement, Marianne hocha la tête.

« C'est d'accord. »

. Schneizel était dans son élément.


.oOo.


C'est officiel, j'adore les Européens.

Se rendre en Euro-Britannia n'avait pas été simple mais C.C trouvait qu'elle ne s'en sortait pas trop mal.

Selon ce qu'elle avait glané en laissant trainer une oreille ou deux, elle avait compris que des ennemis à la grande nation étaient morts la veille au soir et que cela avait entrainé des affrontements le long de la frontière, à quelques kilomètres de Saint-Pétersbourg. Quelle veine ! Puisque contre attente, les soldats européens avaient réussi à faire battre en retraite leurs adversaires et avaient à peine mis une heure à rejoindre la capitale, après avoir volé des véhicules britanniens.

Le chaos devenait alors la couverture parfaite pour C.C.

« Tu es sûr que je peux entrer par-là ? demanda-t-elle au garçon qui trépignait à ses côtés.

— C'est sans crainte, mademoiselle ! » Le jeunot aux tâches de rousseur — petit fripon illégalement immigré en territoire ennemi — avait, selon ses dires, réussi à échanger l'hospitalité euro-britannienne contre ses services au palais du Grand-Duc. C.C se demanda combien d'attentats avait-il organisé avec des soldats infiltrés, et combien en avait-il vu échoué. Elle lui sourit sous l'ombre de sa capuche avant de lui ébouriffer les cheveux.

« Attends-moi ici, je reviendrais.

— C'est ce qu'ils disent tous. »

Si C.C avait un cœur, il se serait certainement serré à cet instant. A la place, elle prit son air le plus mystérieux — et les yeux de l'enfant brillèrent. « Moi, je reviendrai. Il faut juste que tu me fasses confiance. »

Et elle fila dans les entrailles du quai souterrain.

Fumée. Sang. Métal.

L'air était étouffant. Pour un peu, elle aurait eu peur de mourir.

Dissimulée dans le renfoncement d'un parapet, C.C avait une vue imprenable sur la bataille sans queue ni tête qui se déroulait dans les sous-étages du palais. Des Euro-Britanniens se jetaient sur des Euro-Britanniens, aveugles, pendant que les uniformes sombres de la République se glissaient le long des murets du quai, entre les bateaux, remontant aux étages supérieurs. Un rideau volatile et grisâtre troublait l'atmosphère et C.C détalait, d'un pas de course silencieux, vers la direction de la sortie.

Le but de la sorcière était de passer inaperçue mais elle doutait qu'on ne la laisse sereine indéfiniment. Sa tranquillité précaire se brisa alors qu'elle venait de se stopper sur le palier des cachots, reprenant son souffle tant bien que mal.

La fumée provoquée par les flammes s'infiltrait sans difficulté dans ses poumons, et le grondement de l'incendie ne l'aidait pas à garder les idées claires. C.C avait chaud alors elle baissa sa capuche, la sueur dégoulinant sur sa peau. Tout ce qu'elle entendait, et qui couvrait les autres bruits alentours, c'était les hurlements et les cris de guerre.

Elle n'entendit donc pas les pas titubants du soldat dans le couloir dans son dos alors qu'elle s'avançait le long des cellules.

!

Le fourbe avait visé sa jambe.

Dans un hurlement de douleur, la sorcière s'écroula au sol, après avoir réussi — au pris d'une cheville tordue dans la manœuvre — à se retourner dans la direction de l'autre homme.

La main plaquée sur son mollet, C.C serrait les dents, le fixant dans le blanc des yeux tandis qu'il s'avançait pas à pas, le pistolet maintenant pointé sur sa tête. Pendant une demi-seconde, elle revit Suzaku et Lelouch en pensée, quelques minutes avant que V.V ne tue le prince.

« Alors comme ça, le rejeton de Marianne pense avoir gagner la bataille ? »

Non. Je ne dois pas oublier pourquoi je suis ici.

Et ce fut cette seule idée, résonnante entre les parois de son crâne confus, qui lui donna la force nécessaire de se redresser, d'attraper son propre revolver, et de vider la moitié de son chargeur dans le ventre de ce pauvre soldat euro-britannien. Il ouvrait la bouche, les pupilles dilatées, au moment où il retombait en arrière, dans une gerbe de sang. C.C ne s'attarda pas sur les détails ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait dans ce genre de situation. On pouvait tous avoir les mains tâchées de sang — figurativement ou non.

Vite. Elle devait faite vite. Sans perdre plus de temps, elle déchira un pan de son manteau et se fit un garrot rapide au mollet. Une grimace tordit ses traits à la vue du liquide poisseux rougissant le tissu, mais pas une fois elle ne se plaignit de la douleur. Titubante, C.C se redressa sur ses deux jambes, encore stable. Ça devrait le faire.

Dédaignant à l'autre homme, qui avait cessait de respirer, toujours au sol, elle reprit le couloir en sens inverse. La sorcière se doutait que V.V avait trouvé refuge en Euro-Britannia après le meurtre de Lelouch. Elle savait aussi qu'il aurait très bien pu rejoindre Pendragon sitôt la mort de Charles annoncée, mais cela présentait trop de risques. V.V s'était fait trop d'ennemis — Cornelia aurait pu le rattraper, les Chevaliers Noirs également et la route était longue jusqu'au continent américain. Il lui aurait fallu tout expliquer aux enfants de l'empereur et cela aurait pu remonter aux oreilles de Nunally trop de risques, trop de risques. L'Euro-Britannia restait sa seule chance de se trouver des alliés sûrs de combattre pour lui, à présent que la Fédération Chinoise n'était plus de leur côté. Et C.C était persuadée que, de toute façon, Marianne se chargerait très bien de résumer la situation aux enfants de son mari décédé — contrairement à V.V, elle avait moins de scrupules et de craintes.

Si elle retrouvait V.V, elle lui prendrait son code de force pour sauver Suzaku et Lelouch. Si son plan échouait, ou qu'elle perdait contact avec l'ancien pilote du Lancelot, il lui faudrait trouver une solution de secours et elle doutait que la situation actuelle le lui permette de le faire toute seule. Sa blessure à la jambe la ralentissait plus que prévu, tout compte fait.

C.C atteignait les escaliers pour quitter les cachots lorsqu'un cri l'arrêta net. Elle se retourna, inspectant le couloir vide. A part le cadavre ensanglanté du soldat, il n'y avait rien d'autre. Elle tendit l'oreille. Un cliquetis de chaine ? Non. Des gémissements. Elle fit quelques pas dans la direction de l'homme et lui donna un coup de pied dans le flanc. Il ne bougea pas. Les sons ne s'étaient pas arrêtés pour autant.

Il y avait tellement de bruits parasites dans les étages supérieurs et inférieurs qu'elle n'aurait pas dû distinguer quelque chose aussi nettement. C'est donc tout près.

La sorcière resta immobile quelques secondes pour envisager la présence d'une éventuelle menace. On eut dit un animal blessé, alternant entre les souffles erratiques et les grognements de douleurs. Parfois entrecoupés de plaintes sifflantes.

Les cachots. Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?

En se hâtant, elle fit le tour des cellules — pour la majorité, vides voire ouvertes — jusqu'à ce que les sons se fassent plus forts, plus nets. Elle arrivait même à distinguer des phrases hachées, des noms murmurés qu'elle n'arrivait pas à saisir.

Et puis, alors, elle la vit.

La cellule semblait avoir été ouverte de force, les barreaux pendant tels des vieux chiffons froissés sur le côté du mur. La silhouette était recroquevillée au milieu de la petite pièce sans meuble, le dos courbée, frissonnante, ses poignets ramenés à la hauteur de son visage.

C.C chuchota des mots au hasard dans l'espoir d'attirer son attention alors que les détails de cette petite forme secouée de sanglots lui sautaient à la figure.

C'était une femme. Ses vêtements étaient sales et ses bras nus, parcourus de petites brûlures blanchâtres. C.C parla plus fort, subitement alertée, et la forme releva la tête.

Visage. Cheveux bruns en bataille, courts. Elle ressemble un peu à Kallen… probablement à cause de sa coupe de cheveux… Mais elle a une cicatrice au-dessus de la lèvre… Un bec-de-lièvre ? Je ne vois pas bien à cause de ses larmes. Elle pleure ? Une prisonnière de l'Euro-Britannia alors… Ce serait une européenne ? Elle ne ressemble pas à une soldate pourtant. Et ce n'est pas une japonaise… Mais qui a ouvert la porte de sa cellule ? et ses poignets…

Merde. Ses poignets. Ils étaient couverts de sang. Même à cette distance, C.C pouvait voir les plaies encore fraiches qui continuaient de saigner et la petite lame en bois sale que la femme serrait entre ses doigts crispés. Elle continuait de fixer la sorcière, la peau livide et les yeux dilatés. On eut dit qu'elle voyait une déesse — ou une créature des enfers.

C.C s'avança de quelques pas, comme on approche un animal sur le point de nous sauter dessus. Le temps semblait figer et le grondement de l'incendie, moins fort.

« Qui êtes-vous… ? »

Sa voix était rauque et brisée. Ses larmes ne s'arrêtaient pas.

Elle a pleuré pendant longtemps. Un coup de vent aurait pu la faire s'envoler, se dit C.C, son regard, presque fasciné, fixé sur le bec-de-lièvre tremblotant.

A ce moment précis, C.C fit quelque chose qu'elle n'aurait pas pensé dans cette situation, où tout pouvait basculer à tout moment.

Elle tendit sa main à la femme recroquevillée par terre.

Elle ne le savait pas encore, mais cette étincelle — si minuscule, si insignifiante — qu'elle alluma dans les yeux chocolat à cet instant, elle ne l'oublierait jamais.


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